NOT AS P
ARA
UN G LOS
ARI O
ESCUELA DE NO TRABAJO
ESCUELA DE NO TRABAJO - NOTAS PARA UN GLOSARIO /
UN PRO YEC TO DE I NVE STIG ACI
ÓN FLO GIL IO RIC PAT OR O P IAD INIC
OD
ÉCOLE DU NON-TRAVAIL - NOTES POUR UN GLOSSAIRE
ÉCOLE DU NON-TRAVAIL
UN PROJET DE RECHERCHE INITIÉ PAR PATRICIO GIL FLOOD
NOTES POUR UN GLOSSAIRE
ESAAA éditions
10 € / ISBN 979-10-91505-25-3 / Collection DSRA ISSN 249 7-7977
MACA CO Press
ISBN 978-2-940568-10-9 / ecoledunontravail.org
ESAAA éditions10 € / ISBN 979-10-91505-25-3 / Collection DSRA ISSN 2497-7977
MACACO PressISBN 978-2-940568-10-9 / ecoledunontravail.org
1
ÉCOLE DU NON-TRAVAIL
NOTES POUR UN GLOSSAIRE
UN PROJET DE RECHERCHE
INITIÉ PAR PATRICIO GIL FLOOD
CONTEXTES DE
Andrea Fagioli Begoña Cuquejo Cristian Ureña Eduardo Cruces Ezequiel Valicenti Guillermina Mongan
Julie Marmet Leonel Fernández Pinola Lucas Daglio Louise Mestrallet y Chris Valens Madeleyne Dymond Marcela Sinclair Nacho Marciano Noemi Alberganti Patricio Gil Flood Sabrina Fernández Casas
Sara McLaren Sebastian Astorga
Tali Serruya
École du non-travail - Notes pour un glossaire
Auteurs : Andrea Fagioli, Begoña Cuquejo, Cristian Ureña, Eduardo Cruces, Ezequiel Valicenti, Guillermina Mongan, Julie Marmet, Leonel Fernandez Pinola, Lucas Daglio, Louise Mestrallet et Chris Valens, Madeleyne Dymond, Marcela Sinclair, Nacho Marciano, Noemi Alberganti, Patricio Gil Flood, Sabrina Fernandez, Sara McLaren, Sebastian Astorga et Tali Serruya.
Relectures : Mabe Bethonico, Sebastian Astorga, Sara McLaren, Patricio Gil Flood, Camille Garnier Paraboschi, David Zerbib.
Traduction : María Perez, Sara McLaren, Patricio Gil Flood.
Conception graphique : MACACO Press.
Copublié par :
ESAAA éditions et MACACO Press École supérieure d’art Annecy Alpes 52 bis, rue des Marquisats 74000 Annecy
France
ISBN 979-10-91505-25-3 Collection DSRA ISSN 2497-7977 MACACO Press
Rue des Vieux-Grenadiers 10 1205 Genève
Suisse
ISBN 978-2-940568-10-9 Dépôt légal : janvier 2021
L’artiste Patricio Gil Flood a participé au dispositif DSRA 2016-2019, Diplôme Supérieur de Recherche en Art, dans le cadre du projet Effondrement des Alpes, soutenu par le programme transfrontalier Interreg France-Suisse 2014-2020.
Cette publication est libre de droits, utilisation et impression, pour tous les auteurs mentionnés qui font partie du processus collectif de recherche École du non-travail - Notes pour un glossaire.
Le partage est autorisé, la publication peut être copiée, distribuée et communiquée publiquement.
Les connaissances et expressions artistiques produites à partir d’éléments antérieurs et contemporains - grâce aux réseaux diffus auxquels nous participons -, sont faites de pièces, de mélanges, d’expériences collectives ; chacun les recompose de manière originale, mais leur pleine propriété ne peut être attribuée et par là exclure d’autres personnes de leur utilisation ou reproduction.
Copyleft ( ) ESAAA éditions, MACACO Press, Andrea Fagioli, Begoña Cuquejo, Cristian Ureña, Eduardo Cruces, Ezequiel Valicenti, Guillermina Mongan, Julie Marmet, Leonel Fernandez Pinola, Lucas Daglio, Louise Mestrallet et Chris Valens, Madeleyne Dymond, Marcela Sinclair, Nacho Marciano, Noemi Alberganti, Patricio Gil Flood, Sabrina Fernandez, Sara McLaren, Sebastian Astorga et Tali Serruya.
c
INDEX ALPHABÉTIQUE DES NOTES
Abolition du travail
p. 23Alarme
p. 24Animaux
p. 25Apparence
p. 26Apparence du travail
p. 27Apprendre à ne pas travailler
p. 28Artiste
p. 31-32Artiste auto-organisé·e
p. 34Artiste entrepreneur
p. 35Avantages du non-travail
p. 36Buen vivir (Bien vivre)
p. 37-38Cycle
p. 39-40Décroissance
p. 41Désindustrialisation, Se désindustrialier
p. 42Diogène de Sinope
p. 46Divertissement
p. 47Économie de projet
p. 48Économie du sandwich
p. 49Enseigner
p. 50Extralegal
p. 51Fatigue
p. 52Flexibilisation
p. 53Hamac
p. 54Hechizo (Envoûtement)
p. 56Incertitude
p. 57Informel
p. 58Insaisissable
p. 59Inutile
p. 63Je n’ai pas travaillé
p. 64Le bon sauvage
p. 65Le temps de la récréation
p. 65Le temps est de mon côté
p. 67Loisir
p. 68Maison
p. 69Merci Jésus pour les vacances
p. 70Mon loisir, c’est
p. 71Mon travail, c’est
p. 72Ne rien faire
p. 73Non-travail
p. 74Non-travail et femme
p. 75Œuvre et ruine
p. 76Paradis
p. 77Paresse
p. 78Patrimoine immatériel
p. 79Pause
p. 81Permaculture
p. 83-85Plagiat
p. 86Quand le loisir est un délit
p. 89Quand travaille-je réellement ?
p. 90Recursear (Avoir recours)
p. 91Rémunération
p. 92Sandwich
p. 96Shanzhai
p. 97Sieste
p. 98Staycation
p. 99Temps au bord de la mer
p. 102Temps de fumer une cigarette
p. 104Temps réduit
p. 105Temps gagné
p. 106Temps perdu
p. 107Time Management
p. 108Transe
p. 110Travail
p. 111-112Travail alimentaire
p. 113Travail et patrimoine
p. 114Tropiques
p. 115Tropiques (Réflexions sur la vie sous...)
p. 119Utopie de marché
p. 122Vacances
p. 123Vacances de travail
p. 124Vie et travail
p. 125Vivre au rythme du chat
p. 126L’École du non-travail est un projet de recherche itinérant qui se présente sous différentes formes selon le contexte où il agit. Comme résultat de ces itinérances les bases de cette publication ont pris forme. Une publication collective où chaque participant développe un ou plusieurs termes ou expressions, qui relie sa pratique à l’étude centrale de l’École du non-travail.
INTRODUCTION
« Dans nos sociétés démocratiques dites libérales, le travail est ce sur quoi repose tout le système économico-politique de la dette. Quelle liberté permet cette société aux individus qui préféreraient ne pas ? »
Anne Doufourmantelle*
« On dit que je suis un paresseux rêvant par ci par là Et on m’envoie toutes sortes de warnings pour m’épater Et quand je dis que je me sens bien à regarder des ombres sur le mur Comment peux-tu être heureux si tu n’es pas à bord de notre train ? » Charly Garcia**
L’une de ces instances de recherche a été effectuée en septembre 2019 durant une résidence dans le cadre du programme de recherche de l’ESAAA (école supérieure d’art Annecy alpes), avec un groupe d’artistes et non-artistes qui d’une façon ou une autre avaient déjà participé à l’itinérance du projet. D’autres collaborateurs n’ont pu venir par manque de temps, éloignement ou financement, mais des apports ont été faits à distance.
La question de ce projet se trouve partout, questionnant le travail (artistique ou non), et sa relation avec la rémunération et le temps. Partant d’une tentative entre auto-compréhension et exploration des façons d’adopter une position, nous essayons de nous approcher des contours d’un objet social qui subit un profond changement. Le projet présente des études de cas basées sur des expériences artistiques qui touchent à des aspects problématiques de l’art en tant que travail ; des positions artistiques qui essayent de démanteler ou dépasser certaines dichotomies comme le travail opposé au loisir, artistique au non-artistique, productif au non-productif, professionnel au amateur... Pour cela, l’École du non-travail parasite des institutions, réalisant des interventions comme des ouvertures, des tentatives de rendre plus perméable un moment dans une institution.
Notes pour un glossaire n’est pas un dictionnaire. Ce sont des notes, des commentaires sur notre présent, poétiques, et elles ne se présentent pas comme quelque chose de définitif, mais plutôt comme des spéculations qui n’épuisent pas toutes les questions possibles. Elles pourraient devenir obsolètes dans quelques temps. Aujourd’hui, présenter cette constellation fait sens. Ces notes sont le reflet d’un moment de recherche, d’un présent que nous traversons. C’est une collection de réflexions sur notre relation au monde, sur nos
façons de vivre et d’être en lien, comme la divulgation d’une construction de connaissance.
Une permaculture de la culture
L’École du non-travail insiste sur une pratique artistique qui ne se laisse pas définir, qui dérive. Comme un paysage que nous construisons en action. L’art comme un refuge de l’expérience et de l’expérimentation. Une recherche en art qui embrasse l’incertitude, tout comme nos pratiques artistiques élargies.
Ces qualités sont menacées par la professionnalisation et les pouvoirs économiques dont les flux sont plus libres que les personnes. Dans ce sens, la professionnalisation est comprise comme une compétition continue, comme une fausse promesse de financement de l’art. Ce projet propose de se situer entre les liens et les relations sociales pour éviter qu’autrui n’apparaisse comme une menace.
Dériver de la notion de travail jusqu’à la faire disparaître entre nous. Il ne s’agit pas de ne pas vouloir faire partie de la classe des travailleurs. Il s’agit de ne pas faire partie d’une classe de privilégiés pas plus que d’exploités. C’est refuser la compétition, ne pas accepter de vivre dans une méritocratie qui annule toutes nos intuitions et désirs.
L’École manifeste son désir de récupérer la micropolitique.
Art = cognitariat, qui met en relation connaissance et prolétariat, privilège et classe exploitée. Envol de promesses de post-capitalisme et post-travail, comme la possibilité d’une émancipation commune. Nous pourrions produire de la pensée à partir du quotidien. Une permaculture de la culture comme une façon de nous influencer et faire le moindre effort nécessaire pour obtenir ce dont nous avons besoin. Envisager les possibilités des arts comme étant autre chose qu’un pourvoyeur de contenus en échange d’un salaire (souvent
inexistant), mais plutôt comme comme un écosystème qui nous aide à nous soutenir de manière inclusive.
La pratique artistique du paradoxe
En attendant nous vivons remplis de paradoxes et de dichotomies. Nous essayons de les embrasser et de faire imploser nos sens à partir de nos propres pratiques. Nous passons par un confinement acélérationniste, comme des contraires qui se rencontrent. De nos jours, toutes les tâches qui ne sont pas directement vouées aux soins des un·e·s et des autres, ne sont pas primordiales. Dans ce scénario, comment déconstruire les structures et les bases productivistes ? Un exemple, une image. La construction d’un paysat des palmiers et des hamacs comme lieu de repos. Christophe Colomb le montre du doigt : « Leur contrée est si fertile qu’ils n’ont pas besoin de beaucoup travailler pour assurer leur subsistance » (note de son journal, décembre 1492). Orage tropical.
Les récits sont ancrés dans des couches historiques. Nous pourrions nommer quelques axes qui sont présents dans nos quotidiens. Depuis le commencement de la colonisation où le travail a amplifié sa fonction en tant que domination
« civilisatrice », comme une annulation de l’altérité. Depuis l’éthique chrétienne et son commandement divin du travail comme conduite, comme devoir afin de transcender la vie.
Depuis la modernité et la naissance de l’homme économique, soumis au travail pour exister, ou dans le meilleur des cas exploitant autrui, la modernité a été synonyme de colonialité, comme des faits inséparables***. Depuis le néolibéralisme en tant que système économico-politique, dans lequel le travail est synonyme de dette, de vie programmée.
L’École du non-travail s’appuie sur l’art en tant qu’alternative face à ces structures, comme une manière de souligner d’autres récits, d’autres formes de vie. Dans les expérimentations artistiques apparaissent toujours d’autres possibilités. Est- ce qu’aujourd’hui tout est-il devenu une expérimentation ? Disons plutôt « nous ne reviendrons pas à la normalité parce que la normalité était le problème » (slogan dans les rues de Santiago pendant les manifestations de 2019).
Un autre paradoxe, celui d’écrire et éditer un livre dont on ne sait pas quand il pourra être imprimé. Comment le faire circuler ? Dans la situation actuelle de post-confinement, où est l’espace public ? Notes pour un glossaire apparaît comme un contexte, qui co-existe en tension avec ceux déjà existants. En même temps que nous réalisons notre pratique questionnant le travail, nous essayons de la nommer d’autres façons possibles.
La flexibilisation qui nous a été volée
Á l’École du non-travail, nous ne pouvons pas considérer les choses de manière isolée, de manière individualiste. Quelques liens : lorsque nous disons non-travail, nous disons fugue, nous disons désindustrialisation, nous disons loisir, nous disons incontrôlable, nous disons flexibilité, nous disons tropiques, nous disons art. L’art est une méthode de mise en lien afin de générer d’autres expériences, d’autres connaissances. Peut- être que ces notes sont celles d’un glossaire de mises en lien. Ce que nous savons c’est que nous ne pouvons penser seuls. L’individualisme favorisé par le néolibéralisme est une stratégie de contrôle. Le début du néolibéralisme avec les dictatures d’Amérique latine, le renversement d’Allende et les disparus, comme points décisifs d’un plan. Il y a des pratiques artistiques qui se sont confrontées à cette situation, les conceptualismes latino-américains par exemple. On peut
écrire d’autres histoires de l’art. Quel sens y a-t-il à vouloir être salarié d’une institution qui reçoit des fonds, à travers un cadre légal, d’une entreprise qui fait des bénéfices en exploitant des gens à l’autre bout du monde ? Capitalisme mondial intégré *** ou la concentration du capital en faveur de la précarisation de la vie. L’appât du gain comme moteur de l’histoire, le progrès et la modernité forgés sur la croissance et la vitesse. Contre le lent, l’oisif, l’improductif, le différent, ce qui ne rentre pas dans les engrenages. Et cette histoire est inscrite dans les corps. L’École du non-travail questionne le travail comme une valeur en soi, utilisée dans la justification de ces opérations.
Ainsi, comme nous pouvons faire ces liens, nous pouvons en faire d’autres par des moyens plus poétiques. Ces Notes pour un glossaire proposent une constellation de micro situations qui possèdent un potentiel d’implosion à l’intérieur du système où on les met en pratique.
Temps perdu = temps gagné
Le sens peut être différencié de la fonctionnalité. Nous faisons les choses parce que cela a du sens. Est-ce que, par exemple, quand quelqu’un ressent la pulsion de créer une chanson, ou en train d’écrire pour faire exister de nouvelles lignes, ou de réaliser une action collective dans l’espace public, est-il en train de le faire pour gagner de l’argent ? Au delà du fait que tout le monde devrait être rémunéré pour ce qu’il fait, dans le domaine de l’art le temps n’est pas conçu en relation au capital. On situe plutôt le débat dans une lutte de forces entre les conditions matérielles et les conditions subjectives de la vie. Nous le faisons parce que cet acte a du sens à ce moment là et dans ce contexte. Ce sont des stratégies contre la reconversion, l’extractivisme, et le normativisme dans nos corps. Par contre, le capital ne perd jamais de temps.
Il est important de considérer ce qui a été réalisé par des artistes marginaux, ou non reconnus ou qui ont consacré leur temps à une recherche expérimentale qui ne rentre même pas dans une définition de discipline ou d’art. Ils ont expérimenté avec leurs vies. Cette démarche n’a rien à voir avec une recherche de reconnaissance, une autre idée du succès ? C’est le développement d’une sphère subjective, une pulsion qui en se mettant en relation avec les autres, devient une intervention sur la sphère publique qui n’a pas besoin d’être définie comme art, encore moins comme quelque chose de professionnel. Ce serait plutôt tout le contraire, un espace sans règles.
Essayer nos pratiques à travers des non-formes
L’École du non-travail essaie de préserver sa possibilité de fuite de l’art, son insaisissabilité. Nous pourrions faire une liste de lignes de fuite du désir, de l’animalité contre la domestication. Étant donné que l’on fait partie de la nécessité de maintenir la vie matérielle dans un système capitaliste, on ne peut pas exclure le non-travail, la contrepartie qui donne du sens à la subjectivité et la sensibilité à partir de laquelle on peut remettre en question de nombreuses tâches humaines.
L’urgence d’apprendre à ne pas travailler est latente. Le travail en tant qu’obéissance au capital et à son accumulation dans le système en vigueur, devient la cause de la misère des personnes. Le progrès et la modernité se sont chargés de normer les subjectivités. Un système qui pousse les gens à être dépendants (misérables ?), manipulables, prisonniers de peurs existentielles au lieu d’être autodéterminés.
Auto-connaissance, c’est en cela que consiste l’éducation, en un procédé d’analyse et autocritique. Une analyse de
cette autoconfrontation comme thérapie, comme une façon d’habiter le temps présent. Trouver une non-forme de autodétermination. Et l’art est un domaine fertile pour cela puisqu’il se confronte constamment à lui-même, puisqu’il est indéfinissable, une manière de repenser le rôle que devraient avoir les pratiques artistiques. Une pratique de connaissance qui ne se produit pas depuis la distance critique mais essentiellement à partir de l’affect et des sensibilités qui déclenchent la pensée.
S’organiser pour désorganiser
Nous vivons dans un monde de contrôle. Un monde de contrôle qui fait que chaque moment, chaque expression, chaque mot de nos vies est évalué, enregistré. Un pouvoir sur chaque mouvement des personnes, évaluant on ne sait comment chaque interaction. Nous savons qu’il n’y a pas de liberté des capitaux sans davantage de contrôle des sensibilités. Et le pouvoir capitaliste veut nous faire sentir responsables individuellement de la destruction de la planète.
Et bien une réponse possible est un art qui se glisserait dans les recoins des interpellations collectives, un bio-art.
C’est à nous de redéfinir vers où nous voulons rediriger le contrôle. S’organiser pour désorganiser. Encourager la décroissance (non-production, alternatives à la croissance) comme expérimentation politique dans la pratique artistique et comme expérimentation dans la vie. Expérimenter c’est traverser l’inconfort. Le plaisir de l’instant dans l’art est toujours accompagné d’une certaine incertitude, un sorte de « estar en le ir » (être dans “le aller”). L’ art comme outil (politique) afin de remettre en question le pouvoir de la connaissance (ou son utilisation, sa production, sa dissimulation, son inaccessibilité) qui structure nos vies.
L’École du non-travail cherche à mettre en circulation d’autres
notions autour de nos mots. Elle conçoit le monde comme langage et construction. Le poème invente une pensée au- delà de ce que nous savons, il ouvre le langage, fait sujet, refuse le monde, il le transforme. Occuper les mots école et travail comme tant d’autres, c’est tout comme lorsque nous intervenons dans la sphère publique. Nous reconceptualisons des termes et nous leur attribuons un nouveau sens en nous permettant d’usurper les mots. Nous espérons que ces notes donnent lieu à d’autres utilisations, l’indicible sera le bienvenu. Ce serait comme aller vers le paradis : une promesse d’incertitude éternelle.
Patricio Gil Flood Mai 2020
* Note « Éloge du risque » , journal Page 12.
** Paroles de Mirando las ruedas, cover de John Lennon.
*** Désobéissance épidémique. Walter Mignolo. Ediciones del siglo, 2010.
**** Le capitalisme mondial intégré et la révolution moléculaire. Félix Guattari.
Traficantes de sueños, 2004.
NOTES
Abolition du travail
Ce que l’on appelle peuple ne nous appartient pas, ni ses œuvres ni ses limites
Seule la force nous appartient, nos poignets nous appartiennent et nos genoux et notre cou et nos chevilles Des galeries souterraines rongent les jointures à leur propre rythme, une force consumée par toute appropriation
La transfiguration de sa ressource numineuse dans un geste constamment reconverti par l’univers
E.C.
Voir aussi : Buen Vivir (Bien vivre) / Vie et travail / Flexibilisation
Alarme
J’invite à déplacer l’aiguille du réveil. Chaque fois que je produis un « pas maintenant », je produis du temps.
M.S.
Voir aussi : Tropiques / Hechizo (Envoûtement) / Pause / Cycle
Animaux
Travailler comme animal.
La crevette qui s’endort, se fait emporter par le courant.
Chat pour lièvre (en fr : Rouler quelqu’un dans la farine).
Vie de chien.
Un travail de fourmi.
Chargé comme une mule.
Porc capitaliste.
Être un rat.
Le paresseux : fait partie des animaux les plus aptes en termes d’évolution. Lorsqu’il passe de longs laps de temps sans bouger accroché à un arbre, de la mousse pousse sur ses poils et sa peau, il imite la végétation, passant ainsi inaperçu auprès des prédateurs.
S.A. / G.M. / P.G.F.
Voir aussi : Insaisissable / Apparence / Tropiques
Apparence
Quand Christophe Colomb est passé par des masses terrestres connues (par les habitants locaux) comme Haïti et la Dominique (pour Colomb, c’était Hispaniola), il a écrit dans son journal et a informé les autres qu’il avait vu des sirènes sur leurs côtes. Pour lui, elles n’étaient pas les créatures désirées par les grecs, mais des hybrides menaçants qui appelaient à changer de cap. Il est très probable que l’apparence différente de la sirène soit le résultat du changements d’idées au sujet du temps, du divertissement, de la distraction, la conquête et la quête de la vérité. Qu’aurait-il été perdu si les gens de la mer s’étaient unis aux créatures magiques des profondeurs ? Leurs vies ? Ou le futur potentiel de leur travail encore irréalisé ? L’ « apparence » est un concept insaisissable et changeant, parce que c’est le signe sous lequel les actions et la logique se développent : essentiellement, c’est un antécédent, par conséquent il est complexe. Le travail peut être une chose, mais l’apparence du travail (voir « Travail ») est toute autre.
Par exemple, un cynique pourrait dire que dans la majeure partie des cas, on apprécie l’illusion de pouvoir faire un choix (plutôt que de réellement pouvoir en faire un), mitigée par un océan d’algorithmes spécifiques dans lesquels ce que l’on décide de faire se réduit au temps et à l’argent pas encore dépensé.
M.D.
Voir aussi : Tropiques / Shanzhai / Hamac / Sandwich
Apparence du travail
(≠ performance du travail) Lieux de travail résiduels tels que des bureaux ou des résidences.
M.D.
Voir aussi : Temps perdu / Vacances / Permaculture
Apprendre à ne pas travailler
Il faut apprendre à ne pas travailler. Mais il faut aussi penser à la signification de ne pas travailler lorsque l’on travaille avec plaisir, parce que c’est quelque chose qui nous comble, nous donne un statut et nous rend heureux. Ou quand nous le faisons gratuitement — souvent — pour peut-être obtenir un travail (vrai, faudrait-il ajouter ?). Y compris un travail chouette, à l’université ou dans le monde de l’art.
Mais plus généralement, il faut penser à comment nous arrêter, puisqu’on nous presse comme des citrons, même lorsque nous nous grattons ou que nous espionnons des anciens camarades de classe sur les réseaux sociaux, que nous cherchons un cadeau pour les potes sur Internet et aussi quand nous regardons du porno. Y compris quand nous écrivons contre le travail !
Avant, les choses étaient plus claires, ou peut-être que certain·e·s ont su les raconter de manière à ce qu’elles paraissent plus claires. Cela a fonctionné un temps, du moins pour ne pas être aussi perdue au moment de penser la dimension collective. Un Monsieur barbu a écrit à un certain moment, aux alentours de 1800, que pour que ce système de production/exploitation qui attirait tant son attention existe — et vis-à-vis duquel il se positionnait en tant que militant — il faudrait deux personnages et une relation qui les unisse : un·e qui sourit pretentieux·se et qui avance impétueux·se, et l’autre qui le fait avec méfiance, réticent·e comme quelqu’un qui vend sur le marché sa propre peau et qui ne peut s’attendre qu’à une chose : qu’on la lui tanne. Durant les décennies suivantes, il a été relativement facile de s’auto-positionner dans un des deux camps, ou choisir avec lequel sympathiser.
Cela n’a pas été si facile. Avant, on nous a matraqués, et pas qu’un peu ! Ensuite, on a dû nous bourrer le crâne pour que nous travaillions. Le pilori, le fouet, la pendaison et ses homologues contemporains (parce que oui, ils existent toujours) n’ont pas suffi, il a fallu construire avec nos âmes des barreaux pour nous enfermer. Ils ont dû remplir nos cœurs avec l’idée que le travail est important, que l’homme se réalise à travers le travail (et les femmes, qui se sont toujours pliées en quatre à la maison et à l’extérieur ?), que arbeit macht frei. Et une étrange folie a pris possession de nous : l’amour du travail, la passion morbide pour le travail poussée jusqu’à épuisement de nos forces vitales, les nôtres et celles de nos enfants.
Mais cela n’a encore une fois pas suffi, ils ont tenté de nous impliquer. Et bien sûr, ils continuent à nous bourrer le crâne.
Pour notre propre bien, évidemment, nous devons laisser de côté la rancœur. Le monde est autre... il faut faire des efforts pour faire sa place, les pauvres sont paresseux·ses et c’est pour cela qu’ils sont pauvres. Celui qui ne travaille pas n’est pas une personne comme nous (ils ne dirent pas elles), les gens bien bossent, se décarcassent, ils comprenent quand l’heure est venue de se serrer la ceinture pour reconstruire les pays. Les personnes comme nous ne font pas grève. Les personnes comme nous ne deviennent pas millionnaires, mais ont une vocation : Attrapez la pelle ! Allez travailler, bande de paresseux (ils ne disent pas non plus « paresseux·ses ») de merde ! Comme s’il n’était pas acceptable de ne pas vouloir offrir sa vie — son sang, ses muscles et son cerveau ! Et bien plus — et que ce n’était pas, au contraire, le souhait le plus naturel du monde.
Mais lorsqu’ils veulent nous séduire, le discours change : ce n’est plus la même histoire. Ils nous disent que si nous
choisissons bien à qui nous confions nos dollars/euros (pas de monnaies populaires please...) nous pourrions devenir des athlètes de 15h. C’est très appétissant, il faut le reconnaître ! Les autres devraient ici travailler pour nous. Mais, si pour nous séduire ils nous disent que l’on pourrait parvenir à ne plus travailler, le travail est-il bon ou mauvais ? Si nous pouvons avoir le luxe d’être paresseux·ses sans être pauvres parce que nous avons un revenu, la merde qui paraissait consubstantielle à la paresse s’effondre-t-elle ? La merde est- elle le manque d’envie de travailler ou le manque d’argent ? Ne pas travailler, c’est autre chose. Il ne s’agit pas de laisser d’autres le faire pour nous. Cela ne signifie pas non plus cesser de créer les conditions pour que ces êtres perdus dans la nature, humains que nous sommes, puissions créer une pseudo-atmosphère dans laquelle ne pas mourir.
Il est urgent d’apprendre à ne pas travailler pour cesser d’être ces gérant·e·s de la pauvreté que l’on nous oblige à être. Ces mines vivantes en lesquelles ils nous ont transformé·e·s. Des dépôts organiques de données qu’on vient extraire avec des moyens divers et raffinés.
Il est nécessaire de comprendre comment leur gâcher la fête, ou plus humblement s’il est possible de la leur gâcher.
S’ils ont définitivement gagné — game, set, match — ou pas. Parce que si nous ne pourrissons pas leur fête, nous ne pourrons pas ne pas travailler. Cela signifie vivre pour eux.
Et, pendant que nous y sommes, nous devrions aussi nous demander qui ils sont, parce que ce n’est pas du tout évident.
Et, en passant, qui nous sommes.
A.F.
Voir aussi : Insaisissable / Extralegal / Désindustrialisation / Recursear (Avoir recours)
Artiste
Les artistes actuels sont, au mieux, des travailleurs intellectuels free-lance de pointe, au pire, des individus pratiquement incapables de ne pas s’identifier au dévorant désir de travailler sans cesse, des névrosés déployant une série de pratiques qui coïncident assez précisément avec les exigences du capitalisme neolibéral, prédateur et en mutation permanente. Les artistes sont des gens qui agissent, communiquent et innovent de la même manière que ceux qui passent leurs journées à tenter de capitaliser chaque échange de la vie quotidienne. Ils n’offrent aucune alternative. (Liam Gillick)
L.M. et CH.V.
Voir aussi : Économie de projet / Diogène de Sinope / Apparence / Time Management / Flexibilisation
Artiste
Texte de réponse à Liam Gillick Cher Liam,
Tu as raison. Cette définition s’applique à certain·e·s artistes.
Souvent ceux·celles qui travaillent pour l’institution, ou pour le marché de l’art. Ils deviennent des agents du Grand Capital, et l’essence de cette profession se dilue. Pourtant au sein même du corpus d’artistes, il y en a qui luttent contre ce système.
Nous sommes le 27 mars 2020, c’est le 10ᵉ jour de confinement suite à la crise sanitaire de la Covid-19 en Belgique et dans une grande partie de l’Europe.
Le chômage technique touche une grande partie des travailleurs de tous les secteurs, dont les artistes qui voient s’annuler leurs expositions, leurs spectacles, l’impossibilité d’accéder à leurs ateliers. Ils ne chôment pas pourtant, jamais autant de contenu culturel n’a été mis en ligne — gratuitement
— que depuis le début de ce confinement. Ou peut-être est-il seulement plus visible, vu que les gens passent encore plus de temps sur Internet pour s’occuper. Sans doute certains cherchent à se visibiliser plus, pour la suite, « faire le buzz ».
D’autres continuent comme ils ont toujours fait. D’autres ont enfin le temps nécessaire pour créer, en dehors de leur travail alimentaire suspendu ou des dossiers à remettre qui sont reportés.
L’avenir est incertain (il l’a toujours été), mais peut-être que cela leur permettra de se poser des questions sur leur
manière de travailler, et pourquoi ? Et comment ? Et pour qui ? Et comment être rémunéré à la juste valeur du travail fourni ?
Peut-être cela permettra de remettre en avant l’entraide, le soutien collectif entre pairs, de questionner le système de l’art et l’exploitation (auto-exploitation bien souvent) que subissent les artistes. Penser un système solidaire de financement des artistes, et pas qu’eux bien sûr, pour toutes les professions qui sont précaires. Je ne sais pas. Nous verrons.
En attendant, je t’embrasse, prends soin de toi.
Louise
L.M.
Voir aussi : Économie de projet / Diogène de Sinope / Apparence / Time Management / Normativiser / Flexibilisation
Artiste auto-organisé·e
Le terme d’ artiste auto-organisé·e joue sur la notion de mener une discussion sur la validation et la légitimation entre paires, une déhiérarchisation. Pour exposer en toute transparence les relations de pouvoir. Dans ce sens, l’« autonomie » des artistes est toujours connectée, ce n’est pas un phénomène isolé, et il y a différents degrés de liberté. Dans nos relations plus « entrepreneuriales », la valeur est identique à la récompense et à la solution, et les résultats sont la seule possibilité espérée. Au contraire, dans l’ auto-organisation, la valeur se situe dans la validation des activités humaines en tant que contribution à la société (Passage de L’École du non- travail - Notebook N1).
P.G.F.
Voir aussi : Paresse / Travail / Permaculture / Inutile / Recursear (Avoir recours) / Temps de fumer une cigarette
Artiste entrepreneur
Étre un·e artiste en tant qu’entrepreneur n’est pas la même chose que s’auto-organiser. L’idée d’entrepreneur est associée à l’idéologie de la productivité et des entreprises qui, tout d’abord, transforme le public en de simples consommateurs. Ensuite, elle élimine la réflexion critique de l’art et la possibilité de l’expérience, la transformant alors en quelque chose de seulement négociable, comme n’importe quelle autre partie de notre vie. De plus, elle nie la possibilité de l’émancipation des sphères sociales et publiques cooptées par le capital. La défense de ce type d’idéologie élimine la vision alternative du monde et continue de diffuser une sorte de relation patriarcale. Enfin, évidemment, elle ferme toute possibilité de négociation (Passage de L’École du non-travail - Notebook N1).
P.G.F.
Voir aussi : Paresse / Travail / Merci Jésus pour les vacances / Travail / Économie du sandwich
Avantages du non-travail
Tomber malade tranquillement Créer des liens et se faire des ami·e·s
Faire des photos que seulement toi tu pourras voir Faire du sport et regarder faire du sport
Se faire couper les cheveux spontanément dans le jardin Questionner tes principes/décisions
Te perdre dans la montagne sans conséquences négatives Regarder des films/documentaires auxquels tu ne comprends rien Boire du vin et de la bière sans t’enivrer
Prolonger le temps durant lequel tu te réveilles et te lèves Faire le travail seulement si tu veux, et ne pas être obligé·e de le présenter Discuter de la beauté des canards
Te faufiler dans une résidence et en tirer bon profit Ne pas jouer à la pétanque
Essayer de faire bouger un pendule avec le regard Écouter ce que te disent les animaux
Lancer des cochons pour voir comment ils tombent Faire des promenades nocturnes
T’exposer
Écouter les plaintes des institutions sans te sentir concerné·e Connaître d’autres pays à d’autres époques par les écrits de collègues Faire des promenades aléatoires
Défigurer ton corps dans des couloirs étranges Descendre les escaliers pour arriver en haut Comprendre de nouvelles formes de performance Accompagner ses ami·e·s
Ne pas méditer C.U.
Voir aussi : Le temps est de mon côté / Transe / Artiste / Non-travail
Buen vivir (Bien vivre)
(Du Quechua SUMAK KAWSAY)
Cosmovision andine et amazonienne, animiste et holistique dans laquelle les humains sont sur un pied d’égalité avec les non-humains (bois, animaux, rivières, etc). Cette relation d’unité spirituelle et de communion avec l’écosystème étant biocentrique et non anthropocentrique, oblige à respecter et prendre soin du monde en évitant l’exploitation et l’abus proférés par l’être humain. Ce concept a été incorporé aux constitutions de l’Equateur (2007) et de Bolivie comme une alternative (post-coloniale et post-capitaliste) à la néfaste vision développementiste, extractiviste et capitaliste.
S.A.
Voir aussi : Abolition du travail / Utopie de marché / Désindustrialisation
Buen vivir (Bien vivre)
Pendant la période coloniale, il était courant que les indigènes soient obligés de faire du travail forcé au cours duquel ils mourraient ou étaient simplement assassinés parce qu’ils n’étaient pas considérés utiles. Ils représentaient plutôt un obstacle à l’extractivisme appliqué. Dans leur mode de vie, il n’y avait pas de place pour l’accumulation. Ils n’étaient pas paresseux, ils ne travaillaient simplement pas. Ils cultivaient un autre type de comportement qui n’incluait pas le travail comme une forme de relation avec le monde.
P.G.F.
Voir aussi : Abolition du travail / Utopie de marché / Désindustrialisation
Cycle
Cycle biologique :
Naitre — grandir — se reproduire — mourir.
Cycle humain normatif réussi :
Naître (dans les meilleures conditions).
Grandir.
S’éduquer :
a- Être dans le meilleur établissement primaire pour apprendre ton rôle social et tes responsabilités.
b- Entrer dans le meilleur établissement secondaire où tu devras beaucoup étudier pour avoir les meilleures qualifications pour pouvoir entrer dans le meilleur établissement universitaire.
c- Choisir le parcours universitaire qui aille avec tes intérêts / aptitudes et beaucoup étudier pour te démarquer et pouvoir entrer tout de suite sur le marché du travail / économique.
Développement de carrière.
Se reproduire : pas avant d’avoir choisi la·e partenaire idéal·e pour cela et en étant sûr·e d’avoir les ressources nécessaires pour que les enfants puissent accomplir leur cycle humain normatif réussi.
Mourir.
C.U.
Voir aussi : Time Management / Mon loisir, c’est / Recursear (Avoir recours) / Insaisissable / Flexibilisation
Cycle
Cycle École du non-travail :
Naître (dans des conditions déterminées et non choisies par nous-mêmes).
Grandir à son propre rythme.
S’instruire en tant que sujet et non comme objet d’éducation.
Perdre son temps.
Développer sa sensibilité.
Questionner le status quo.
Se laisser aller à l’incertitude.
P.G.F.
Voir aussi : Time Management / Mon loisir, c’est / Recursear (Avoir recours) / Insaisissable / Flexibilisation
Décroissance
Idéologie politique. La décroissance est un courant de pensée politique, économique et sociale favorable à la diminution régulière et contrôlée de la production économique, avec l’objectif d’établir une nouvelle relation d’équilibre entre l’être humain et la nature, mais aussi entre les êtres humains.
(Wikipedia).
S.A.
Voir aussi : Permaculture / Se désindustrialiser / Pause
Désindustrialisation, Se désindustrialiser
« L’industrialisation est représentée comme si elle était aussi l’origine de notre histoire, omettant tous les processus antérieurs qui ont dessiné et effacé ce “Nouveau Monde”.
Ainsi, la désindustrialisation en son démantèlement total est aussi une opportunité de générer une pause sur les décombres de l’histoire latino-américaine et repenser notre projet en tant que communauté depuis les fragments et restes de ce qui semblait être l’histoire unique : la désindustrialisation comme point de rupture pour démanteler, démanteler pour construire, construire pour détruire, détruire pour créer. »
Couverture de livre : Rencontre Art et Désindustrialisation, Chili 2019
1.
Je voudrais insister sur un mot que durant les dernières années j’ai activement tenté de mettre en dialogue, avec l’intention d’actualiser les lectures depuis notre lieu d’énonciation en le contextualisant. Je fais référence au concept de Désindustrialisation. Dans un premier temps, pour beaucoup de personnes il est difficile de le mentioner et même de l’écrire.
Ceci rend compte de sa transition vers l’insertion de ce terme à la discussion, en particulier dans les enquêtes menées dans un contexte latino-américain. Celui-ci s’est pendant longtemps concentré seulement sur l’Industrialisation, une étape définitivement clôturée et qu’il est urgent d’accepter pour ainsi pouvoir faire l’expérience du présent, accéléré dans la contingence des révoltes populaires, si bruyante qu’elle ouvre ses couches de ruines. Paradoxalement, les études sur
l’Industrialisation ont piégé pendant bien longtemps le présent dans une constante nostalgie du passé, standardisées par des protocoles institutionnels. On a enfermé l’Industrialisation dans des mots clés qui aujourd’hui semblent trompeurs. Un exemple emblématique : le patrimoine, devenu un intrant théorique pour la société du spectacle encouragé par le tourisme culturel (et qui a cependant échoué). Surtout, en Amérique latine, il est nécessaire de démanteler l’idée même de Révolution Industrielle, dans laquelle finalement la grande avancée a été l’extraction du paysannat vers l’industrie, créant la classe ouvrière. Malgré tout, aujourd’hui il est très clair que la nostalgie de ce passé brutal à cause de l’exploitation ne peut continuer de se cacher dans le décor délabré de la devanture.
Le déchaussement théorique causé par les mots qui verbalisaient le mal-être qui a lieu depuis déjà plusieurs décennies dans notre contexte, est aujourd’hui accéléré par la contingence, mettant fin à la pertinence des études sur l’Industrialisation pour s’ouvrir définitivement à la Désindustrialisation. La Désindustrialisation n’est pas seulement un démantèlement économique mais aussi culturel, et spécifiquement appliqué à la zone où la clôture et la reconversion de certaines industries comme les mines de charbon, la sidérurgie, la faïence et textile, etc. ont échoué.
Commencen avec sa fin, un questionnement de l’ordre social imposé à travers le contrôle et la discipline sur les familles de travailleurs au sein desquelles aujourd’hui, la nouvelle génération « post-industrielle » alimente un soupçon général face au système hérité, mais aussi une proposition de futur construit conjointement. Une fois les industries démantelées, il est également nécessaire d’éliminer les restes de ses pratiques imposées et pour cela les concepts associés tels que le patriarcat, la verticalité, le sexisme, le machisme, le sacrifice, la pollution et surtout la fausse éthique du bon
travailleur·se. Ceux-ci se trouvent répudiés par le changement de paradigme impulsé par les demandes collectives, organisées en associations autonomes qui défendent leurs territoires contre les plans installés sans consultation. La Désindustrialisation, qui n’a pas fait l’objet de consultation, a été également imposée, avec les traumatismes qu’implique un plan de déconstruction massif. Il est aussi transitoire et se manifeste comme un état de suspens au dénouement final de l’étape industrielle déjà obsolète et qui a perdu la bataille pour l’avenir. Ceci, paradoxalement, représente une grande opportunité en Amérique latine parce que la Désindustrialisation ne peut prétendre ni à l’unité ni à la totalité, car elle est une série de processus fissurés au sein d’une multiplicité de démantèlements. Donc ces processus restent ouverts pour des assemblements dans d’autres possibilités d’énonciation et d’expérience. La Désindustrialisation garde ainsi dans son inventaire les mots qui seront pertinents pour de nouvelles utilisations, comme par exemple toutes les dénominations dans toutes les langues à la surface de la terre, qu’elles soient natives ou coloniales, métisses et imposées, ainsi que les connaissances qui y sont associées et les pratiques, prêtes pour leur transformation.
2.
Je ne sais pas encore comment, mais il est nécessaire de proposer un projet de vie avec une perspective latino- américaine imbriquée dans le monde. Je ne sais pas encore comment, mais nous devons accélérer la désindustrialisation en Amérique latine sans regarder en arrière, tant l’industrialisation que sa désindustrialisation imposée par la machine coloniale et occidentale sur nos corps, pour ainsi débloquer les failles du présent. La foi placée dans la machine par les propositions accélérationistes est cohérente avec le bien-être continu en Europe et en Amérique du Nord qui s’est
construit sur la base du colonialisme et de l’externalisation des coûts à d’autres continents. Mais il est possible de l’accélérer aussi en Amérique latine d’une autre manière, grâce à nos expériences et antécédents métisses et natifs, avec toutes les strates et les restes laissés à disposition pour nous permettre de nous les approprier depuis l’intérieur. Une autre référence latino-américaine en accord avec le monde actuel, la neuro phénoménologie de Francisco Varela, a mis en avant la trompeuse utopie de l’intelligence artificielle basée sur l’infini intérieur qu’ouvrait l’esprit, le corps. Lors de l’une de ses excursions dans l’art, Varela invitait à expérimenter nos corps comme des laboratoires personnels et portables, activés à travers la méditation qui nous connecte à l’instant présent, un lieu de découverte humain et de transformation.
Je ne sais pas encore comment, mais il faut au moins nous motiver à nous rencontrer et à dialoguer sur ce sujet, même si ce n’est pour l’instant que dans le domaine de l’art, ce sera notre apport à ce désir de découverte et de transformation du présent.
E.C.
Voir aussi : Apprendre à ne pas travailler / Décroissance / Buen Vivir (Bien vivre) / Insaisissable / Temps gagné
Diogène de Sinope
(404-323 av. J-C) Philosophe grec aussi appelé « le cynique » ou « le chien ». Il a vécu comme un vagabond dans les rues d’Athènes, inspiré à ce que l’on dit, par une souris. Il possédait seulement un manteau, un sac, une canne et un bol, duquel il s’est défait en voyant un enfant boire de l’eau avec ses mains.
Dans sa philosophie, la vertu requiert de renoncer aux désirs, honneurs et richesses. On raconte que son père était banquier et aurait falsifié de l’argent, raison pour laquelle ils auraient été exilés de Sinope. Selon Diogène Laercio dans Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres (III après J-C), Diogène de Sinope « faisait l’éloge de ceux qui avaient l’intention de se marier et ne se mariaient pas, de ceux qui étaient prêts à prendre le large et ne levaient pas l’ancre, de ceux qui allaient se lancer en politique et qui ne le faisaient pas, de ceux qui allaient élever leurs enfants et ne le faisaient pas, et de ceux qui étaient prêts à être les conseillers des plus puissants mais ne s’approchaient pas d’eux ». Parmi ses anecdotes notables on notera celle-ci : pendant qu’il prenait le soleil, Alexandre s’est planté devant lui et lui a dit : « Demande-moi ce que tu veux ».
Il lui a répondu : « Ne me fais pas d’ombre ». Stevenson dit de cette anecdote : « l’indifférence de Diogène a touché une corde sensible chez Alexandre. Quelle était la gloire d’avoir conquis Rome si quand ces barbares turbulents se sont précipités au Sénat, ils y ont trouvé les Pères assis en silence et indifférents à leur audace ? » Selon ce qui se dit, il est mort de coliques après avoir mangé un poulpe vivant, ou après avoir retenu sa respiration.
S.A.
Voir aussi : Le bon sauvage / Avantages du non-travail / Sieste / Artiste
Divertissement
Je regarde les séries américaines et virtuellement je me transforme en un travailleur passionné, je suis le détective qui n’a pas besoin de vie sociale, le médecin qui vit à l’hôpital et étudie des cas étranges pendant la nuit pour sauver un patient en phase terminale, je suis le boxeur qui se surpasse et n’arrête jamais de s’entraîner ; l’avocat à la parfaite rhétorique qui construit des argumentations irréfutables. Je suis cet être concentré et créé pour faire et être cela et seulement cela. Un professionnel. Le divertissement est une forme de culte du travail, le non-travail est pensé pour glorifier une vie centrée sur le travail. Dans le langage du divertissement, la passion, proche de l’obsession, est une bonne chose si elle est concentrée sur le travail.
L.D.
Voir aussi : Artiste / Staycation / Hechizo (Envoûtement) / Vacances
Économie de projet
Dans ce contexte, le projet fait référence à un laps de temps spécifique éloigné de l’obligation, une condition temporelle.
L’économie ne fait pas tant référence à l’impact économique régional des projets (financés en public, en privé ou en associations) ni aux obligations financières apparemment suspendues offertes par le projet financé, sinon à l’économie habituelle du récepteur du projet.
On pourrait le voir depuis la perspective de l’artiste-travailleur, par exemple, dans laquelle le projet n’est pas distinguable des autres activités entreprises pour la survie. Ici me vient à l’esprit ce que l’on fait pour de l’argent. Pour l’artiste- travailleur, le projet présente un changement d’état en termes de visibilité et un soulagement temporaire de la recherche de cette dernière, au lieu d’un intermédiaire pour organiser les moyens de survie. L’économie de projet peut conduire à un autre phénomène comme l’échange de vérités, caractérisé par des phrases telles que « J’ai peur d’être honnête » lorsque je cherche un projet.
Il faut aussi considérer l’artiste-producteur, l’artiste-chercheur, l’artiste-professeur, etc.
M.D.
Voir aussi : Artiste / Économie du sandwich / Time Management
Économie du sandwich
Système d’échange à travers lequel beaucoup d’artistes offrent leur travail et connaissance en échange d’une forme d’expérience professionnelle, de visibilité institutionnelle et de sandwichs offerts pendant la période de recherche, de création et/ou d’exposition.
T.S.
Voir aussi : Utopie de marché / Divertissement / Temps réduit
Enseigner
Créer des conditions pour produire de nouvelles connaissances, celui qui enseigne apprend aussi, et celui qui apprend enseigne aussi. Nos connaissances sont incomplètes, inachevées, et nous apprenons constamment.
Ce qui fait que nous nous éduquons n’est pas l’éducation, mais la capacité de reconnaitre l’inachevé de notre savoir...
Nous sommes les sujets (et pas les objets) de notre propre éducation. (Extrait de École du non-travail - Notebook 1).
P.G.F.
Voir aussi : Apprendre à ne pas travailler / Décroissance / Divertissement / Patrimoine immatériel
Extralegal
C’est un concept qui fait référence à des zones qui ne sont pas à proprement parlé définies par la loi et à des formes d’autorité et normes sociales qui ne sont pas codifiées par le droit étatique.
En 2018, lorsque je faisais des recherches sur l’économie informelle et populaire en Bolivie, j’ai inventé un concours pour la création d’un logo qui représenterait ce concept.
Description du logo gagnant : la main symbolise l’être humain.
Sa position à moitié fermée met l’accent sur le désir d’obtenir quelque chose et de la faire sienne. Les couleurs symbolisent le but.
L’étoile d’une forme assez commune symbolise la lumière, l’illumination intérieure, l’inspiration, les rêves, ce qui est inatteignable à travers les mesures conventionnelles de la société.
S.F.C.
Voir aussi : Plagiat / Vacances / Buen vivir (Bien vivre)
Fatigue
Qu’il est fatiguant de voir cet homme stationner, mon Dieu.
S.A.
Voir aussi : Cycle / Le temps est de mon côté / Inutile
Flexibilisation
Un terme associé au néolibéralisme, ou plutôt qui a été volé par le néolibéralisme. Nous voulions avoir la possibilité de choisir quand et où réaliser nos activités et comment utiliser notre temps. Le problème est que le cadre légal enlève ce pouvoir de décision aux personnes, pour le mettre entre les mains des patrons qui exploitent notre temps en faveur d’une accumulation de capital.
P.G.F.
Voir aussi : Rémunération / Hechizo (Envoûtement) / Désindustrialisation / Buen Vivir (Bien vivre) / Maison
Hamac
C’est un morceau de filet, de tissu ou de toile robuste étendu qui est suspendu par les extrémités et qui sert à s’allonger / se poser dessus.
Le mot hamac vient du Taíno (une langue indigène qui était parlée aux Antilles au moment de la conquête espagnole et qui est actuellement éteinte) et signifie « filet de pêche ».
Cette activité a donné lieu à son utilisation comme lit dans les opérations de pêche et les lieux éloignés de la résidence.
Le hamac est synonyme de plaisir lorsqu’il s’agit de faire la sieste, selon les pêcheurs.
Sa racine est Kechua, elle vient de samacú, ce qui signifie se reposer. Il est d’origine haïtienne et signifie arbre (l’un des endroits préférés pour les accrocher est entre deux arbres, profitant de l’ombre et de la fraîcheur qu’ils produisent).
« Ils ont pour leurs gîte des lits pendus en l’air », les premiers Européens étaient fascinés. Son utilisation a été étendue dans le monde entier par des sociétés commerciales au 16ᵉ siècle.
L’image du hamac était synonyme de l’imaginaire paresseux imposé aux indigènes pendant la période coloniale. Exotisme qui s’est étendu avec le rejet du travail, la lenteur et la luxure.
La langue Taíno était la langue des premiers Américains qui ont eu des contacts avec les Européens, et c’est l’une des principales sources de peuples autochtones dans la langue espagnole. Les voix Taíno sont pertinentes dans plusieurs catégories de connaissances, noms de plantes, d’animaux et de pratiques culturelles autochtones. Plusieurs de ces mots sont passés dans d’autres langues européennes via
l’espagnol. La langue a disparu à la suite de l’extinction de ses locuteurs dans les conquêtes territoriales et culturelles ultérieures. Nos corps dans un hamac se reposent sur cette mémoire.
P.G.F.
Voir aussi : Sieste / Maison / Tropiques / Inutile / Time Management
Hechizo (Envoûtement)
C’est un acte magique qui prétend produire des effets sur la réalité à travers des moyens surnaturels, comme l’utilisation de sorts.
En Bolivie, un objet hechizo est un artefact fait à la main avec des produits locaux, et non un produit importé ni fabriqué de manière industrielle. Ce qui est fait à la main a certaines imperfections, ou encore certaines particularités qui donnent à l’objet la qualification d’unique.
(...) « La producción d’unités et de monotonie n’est caractéristique ni de la nature ni de la culture » (...) Byung- Chul Han
S.F.C.
Voir aussi : Apparence / Flexibilité / Désindustrialisation
Incertitude
Ambiguïté sur une connaissance que nous présumons existante mais qui garde tout son potentiel pour une constante évolution. Aurons-nous de nouveau un travail ? Avons-nous besoin de travailler ? Le travail est-il l’avenir ?
La vie même.
P.G.F.
Voir aussi : Transe / Shanzhai / Temps gagné / Pause
Informel
Il nait en réponse à un état déficient, qui ne propose pas les conditions favorables à l’entrepreneuriat et à la création de petites et moyennes entreprises.
La culture d’un marché populaire et informel est telle en Amérique latine que les gens qui ont un poste fixe et déclaré se décident aussi à créer leur propre entreprise informelle pendant les week-ends. Cet argent supplémentaire génère un cadre de liberté, la création d’un travail plus plaisant, artistique et proche du loisir.
S.F.C.
Voir aussi : Extralegal / Abolition du travail / Artiste
Insaisissable
(L’imagination comme outil insaisissable) Si dovrebbe
sempre essere un po improbabili
(Affiche dans l’École du non-travail)
Nos vies logocentriques contemporaines, dans l’ère actuelle appelée Anthropocène par certain spécialistes, arrivent à un état d’oppression, d’épuisement et d’accélération extrêmement important. Il faut se préoccuper de savoir comment réinventer ou dynamiser les espaces-idées-actions susceptibles de mettre en crise le binarisme oppressif que nous nous traînons. Cela pourrait nous conduire directement à imaginer comment construire des lieux à partir desquels commencer à tracer de nouveaux modes d’existence, et pourquoi pas aussi de nouveaux corps. Des corps pas nécessairement post-humains.
Les classifications, institutions, pouvoirs, déterminations qu’ils ont listé, normalisé, divisé le monde en naturel/culturel, sauvage/civilisé, biologique/technologique, orient/occident, irrationnel/rationnel, homme/femme, désir/instinct, corps/
esprit, travail/loisir et beaucoup d’autres, aujourd’hui ne tiennent plus dans nos corps débordés. Nous avons une nécessité pressante de chercher des alliances pour pouvoir imaginer d’autres possibles et dans cette urgence, l’art se présente comme un territoire depuis lequel il est possible de
le faire, non seulement parce que depuis déjà plus d’un siècle art et vie sont très liés, mais aussi parce que son outil principal était l’imagination, aujourd’hui inséparable du concept de (non) futur, aussi sublime que radical.
Dans le cadre de cette urgence, pendant ces dernières années et dans des instances diverses, aux côtés d’artistes, d’activistes et d’ami·e·s, nous avons étudié un concept pivot que nous avons choisi de tester (en premier lieu comme force de fuite), pour développer de possibles moyens pour désactiver l’oppression subie sur nos corps, nos identités, nos vies. Pour cela (et comme moteur), nous avons forgé le concept/ la catégorie de ce qui est insaisissable, en considérant que l’une de ses acceptions est de se défiler avec facilité, ou, encore mieux, quelque chose d’insaisissable a la particularité de s’échapper de ce qui veut l’attacher. Fuire des choses fixés.
***
En 2019 avec Jorgelina Mongan, nous avons commencé quelques répétitions en partant de la performance et la lecture, en combinant des exercices dans lesquels les corps et les textes issus de la littérature, de la philosophie, des arts visuels s’entrelaçaient. Nous les avons nommés les Exercices sur l’insaisissable. C’était des rencontres ouvertes qui avaient trois lignes directrices : l’animalité, le genre et la monstruosité.
Des années auparavant, en tentant de rendre compte de l’instance qu’était en train de vivre l’activisme sexo-dissident argentin, nous avons réalisé aux côtés du collectif Sérigraphistes Queer une banderole peinte à plusieurs mains qui disait : « Être insaisissables au possible, pour/
jusqu’à ce qu’ils ne puissent presque plus nous nommer ».
Nous nous sommes auto-perçus comme des cuises à partir de ce moment.
À mon arrivée à l’École du non-travail (sans aucun doute un de ces espaces conçus pour de nouvelles alliances), j’ai proposé de partager ces expériences avec le pari qu’en les déroulant devant tous·tes les présent·e·s, nous pourrions non seulement amener à nos propres corps ces exercices mais aussi élargir les lignes directrices — instructions du concept pivot. Nous avions au préalable photocopié quelques exemplaires de certaines pages du beau texte Formes communes. Animalité, culture, biopolitique de Gabriel Giorgi, nous avons décidé d’ajouter l’art, ou encore mieux le travail (dans l’art) comme l’une des lignes directrices pour travailler la notion d’insaisissable, surtout (après de longues discussions) lorsque l’on prend en compte que justement le travail (dans l’art et en général) est aussi un espace de production de subjectivité. Après tout cela ont surgi ces interrogations : à quelles nouvelles questions donne accès le fait de penser l’insaisissable dans cette optique ? Comment situer l’art ou notre travail (ou non-travail) dans cette direction ? Quels exercices pouvons-nous proposer ?
***
Après ce que nous avons partagé, nous avons pu tracer ces premières notes, laissant trois nouveaux points de fuite à travailler dans le (non) futur :
L’existence paradoxale.
L’insaisissable comme outil poético-politique.
La prise de position.
***
L’École du non-travail définit l’école non pas comme un espace pour la professionnalisation, mais comme un projet qui prétend offrir une série de conversations, un lieu pour
la discussion critique, avec un temps pour être en contact avec des personnes de différentes disciplines et passions, tout en ayant un temps pour se reposer et de cette manière explorer le potentiel de l’art pour promouvoir d’autres formes de travail, penser et vivre pour nouer des relations basées sur la cohabitation et l’échange.
***
Confiance. Les potentialités de l’art permettent de générer les conditions d’existence pour tester par exemple une existence dans laquelle le paradoxal trouve sa place, pouvant ainsi faire cohabiter des éléments, subjectivités, images qui ne semblaient pas être possible dans le monde normé et tracé sous la logique du fonctionnel.
G.M.
Voir aussi : Désindustrialisation / Patrimoine immatériel / Cycle / Permaculture / Artiste
Inutile
Tout le temps qui est merveilleusement inutile se mesure avec des artefacts illusoires ; comme la mesure d’une dalle en comparaison avec le pied qui la parcourt, deux gouttes de pluie qui cherchent un podium sur la vitre d’une voiture ; un regard absorbé, perdu dans l’immensité d’une peinture ou dans les pages d’un livre.
L.D.
Voir aussi : Art / Cycle / Utopie de marché
Je n’ai pas travaillé
Pareil que toi (Nacho Marciano)
Je n’ai pas travaillé, même pensé Je n’avais pas de temps à perdre Pareil, pareil que toi hier
L’éternité n’est pas pour moi, Je réfléchis à me tuer ou mourir Pareil, Pareil que toi hier
Tu voulais me connaître Je te demandais pourquoi ?
Nous avons beaucoup parlé au passage Nous avons fait mille tours
Je veux vivre dans une autre réalité Je veux continuer et réagir pareil Pareil que toi hier
Musique et paroles composées à la fin des années 90, enregistrées et produites en 2013. Les paroles sont inspirées de la vie d’Arthur Rimbaud, documentée au cinéma avec le bio pic Rimbaud Verlaine sorti en 1995 et réalisé par Agnieszka Holland. Il a été intitulé Vidas al límite en Espagne et en Argentine.
N.M.
Voir aussi : Cycle / Artiste / Tropiques
Le bon sauvage
En Occident, avec l’arrivée de l’illustration et la déshumanisation du travail (bureaucratisation, mécanisation) les philosophes ont contre-attaqué. Au moment où le système capitaliste mondial commençait une période d’expansion sans précédent, la culture occidentale a popularisé le concept du « bon sauvage ». Paresser et se nourrir des fruits qui tombaient sur leurs genoux.
L’art et la science de ne rien faire. Andrew J. Smart.
L.D.
Voir aussi : Tropiques / Fatigue / Permaculture / Avantages du non- travail