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UN SOURCIER DE L'ESSENTIEL

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Academic year: 2022

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REMO TITO POZZETTI

MICHEL MOULIGNEAU

UN

SOURCIER DE

L'ESSENTIEL

Les Éditions de la Liberté

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PRÉFACE de Maria Manno

POSTFACE de Jean Coutsocheras

FRONTISPICE ET ILLUSTRATIONS

de Ronald Dieu

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DU MÊME AUTEUR

Béatrice Inaccessible (poésie, épuisé) Prix Max Rose des Jeunesses Littéraires de Belgique.

La nuit blanche (poésie, épuisé).

Le mal qui nous fit une bouche si pure (poésie, épuisé).

Chemin de la recherche (premier volet de « Cathédrale Boraine ») (poésie, épuisé).

Le Requiem pour les vivants et pour les morts (poésie, épuisé).

Mausolée d'Auguste Marin (deuxième volet de «Cathédrale Boraine ») (poésie, épuisé).

:

Entre le toit et le mur (troisième volet de « Cathédrale Boraine ») (poésie).

Les corons du Vatican (roman).

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à mes amis de Wallonie, d'Emilie Romagne, de Californie, de Thessalie, et d'ailleurs

qui m'aidèrent à traverser la vie...

Remo Tito Pozzetti.

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A Michel MOULIGNEAU,

« Grand Goéland ».

« ... Il traverse l'espace et, défiant le temps, il m'entraîne avec lui vers des sphères immuables accrochée - je le suis - et de cœur et d'esprit à son vol fulgurant au dessein admirable !!! ... »

Maria MANNO (Noël 1979)

Copyright Michel Mouligneau by 4, chemin de la Roquette 7460 CASTEAU/Belgique

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PRÉFACE

Par Maria Manno

Oserai-je affirmer à quel point je suis émue, à quel point je suis heureuse aussi, de me voir confier la rédaction de cette préface succincte et d'introduire à une œuvre (qui est toute une création !) envers laquelle j'éprouve une véritable vénération, qui n'est pas due exclusivement à l'affinité et qui ne doit rien à l'aveuglement... Présenter Michel Mouligneau ! ? Présente-t-on un météore ? Pour métaphorique que soit cette allusion, elle concerne bien le « cas moulignien »... Certes, il y a la trajectoire, sa trace de feu et de lumière... mais il y a surtout la nébuleuse dont il surgit et la galaxie infinie qui l'aimante. Comment cerner sans caricaturer ?

L'auteur ? Un esprit « à la Proust » dans un corps « à la Tolstoï »... une trépidante activité « à la Balzac » !

L'œuvre ? Celle d'un autodidacte. Diversifiée mais « Une ».

Éclectique au point d'aborder, avec bonheur, tous les genres littéraires mais rigoureusement ordonnée par une unité sous- jacente.

La poésie évoque Baudelaire, le théâtre, Beckett, l'apho- risme, Cioran, la nouvelle, Camus, l'essai, Teilhard, le roman, Buzzatti, la critique, Du Bos... mais, une fois ces parallèles établis, on se prend à songer, comme l'a bien remarqué Raymond Quinot, que « Mouligneau est spécifiquement Mouligneau » Et c'est très bien ainsi !

Michel Mouligneau a un jour déclaré « Mon destin, c'est mon existence plus mon œuvre plus une valeur ajoutée ». Le programmé est annoncé ; il est probe et généreux. Il s'accomplit contre vents et marées.

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Néanmoins, parlons-en de ces vents, de ces marées ! On dirait que la vie, en ses vexations, s'est très tôt liguée pour contrarier une évidente vocation.

Faut-il que nous vivions des temps de décadence, pour qu'une œuvre profonde, aussi originale, aussi exceptionnelle, reste, en dépit de ses vertus, de ses mérites, scandaleusement dans les Limbes (de l'indifférence, de l'incompréhension...).

Une analogie, pourtant, m'a frappée : lorsque, découvrant, ébahie, (ce fut mon premier contact avec l'œuvre mouligienne) Deux poèmes « Génie » et « Présentation » puis, - et là, ce fut le

« coup de foudre » la subjugante odyssée spirituelle qu'est « Le Privilège de l'Infortune »... je repensai à la prodigieuse aventure (relatée en un livre au symbolisme digne du « Petit Prince » ou du

« Vieil Homme et la mer » puis mise en images dans un film étourdissant) de Jonathan le Goéland...

La comparaison s'impose (au delà même de « L'Albatros » de Baudelaire)... Un Goéland apte à sortir du nombre (en faveur, finalement, du Nombre) puise en ses dons, des ressources ultimes afin d'accéder, pour tous, à un sort meilleur. Dans sa quête d'infini, il s'exerce, solitaire, et réussit des exploits, des prouesses, qui, à sa grande stupeur et surtout à sa grande peine, ne lui valent que railleries, jalousies. Il ira jusqu'au bout de lui-même mais ne sera reconnu... que par certains...

Michel Mouligneau qui pouvait déjà faire sienne l'histoire du vilain petit canard (lequel se trouve être un cygne) est ce grand Goéland que nous allons nous attacher à suivre - grâce à Remo- Tito Pozzetti - ... « en son vol fulgurant, au dessein admirable ».

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PRÉAMBULE

Il y a deux ans, j'avais consacré à l'écrivain montois Michel Mouligneau une étude intitulée « Mouligneau le Démiurge ».

Cet ouvrage, édité avec des moyens ,« de fortune », avait au moins eu le mérite d'attirer l'attention sur un écrivain de valeur.

Notamment à Paris, à Rome, à Athènes...

Depuis cette esquisse, l'œuvre de Michel Mouligneau s'est tout naturellement ramifiée davantage.

Dès lors, il m'a semblé opportun de proposer un véritable essai, structuré, se présentant en deux parties : « Mouligneau le Démiurge » (dans une version refondue qui a principalement trait à l'homme, à son passé, à son contexte) puis, sous le titre : « Un sourcier de l'essentiel, Michel Mouligneau » une analyse spéci- fique de l'œuvre, présentée toutefois, (avec une volonté de clarté, dirait mon ami le grand poète parmesan Rolando Mora), dans ses grandes lignes car il n'est pas concevable d'explorer en un seul ouvrage toutes les arcanes d'une œuvre aussi diversifiée...

Pourquoi, me demandera-t-on me suis-je attaché à un tel point à l'œuvre de Michel Mouligneau ?

Nombreux sont ceux qui savent qu'un accident, dont je fus la pitoyable victime, en 1941, a marqué tragiquement mon existence, réduite, en maintes périodes, à une géhenne.

Une indicible déception m'avait, une fois de plus, plongé, en 1972, dans un désarroi qui m'acheminait vers une issue fatale...

Afin de rédiger mes mémoires... « d'outre - tombe », je m'étais réfugié dans un cadre à l'écart.

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Dans un état de déréliction insurmontable, j'attendais sans savoir qui viendrait et si l'on viendrait.

Grande fut ma surprise (qui n'allait pas tarder à se métamorphoser en émerveillement) de découvrir dans ma boite aux lettres, deux ouvrages d'un auteur dont le nom m'était absolument inconnu (alors que, pendant un quart de siècle, j'en avais cotoyé tellement).

Particularité qui m'émut... ces deux ouvrages : « Le Privilège de l'Infortune » et « La Rime » avaient été déposés discrètement par Michel Mouligneau lui-même et non pas expédiés par courrier postal...

Grâce à ce signe du destin - je m'en expliquerai plus loin - je renouai avec la passion de lire, le plaisir de marcher à travers vaux et bois en méditant les pages lues ; je retrouvai la raison de vivre... et, petit à petit, l'être que j'incarnais encore (mais au bord de l'asphyxie) recouvrait providentiellement un rythme nouveau de respiration...

C'est dans le souvenir de ces heures à la fois « infortunées » et « privilégiées » que je vais tenter, ci-après, de révéler ce que l'œuvre moulignienne comporte essentiellement sur le plan de l'éthique, de l'esthétique, de la structure architechtonique.

Remo-Tito Pozzetti.

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PREMIÈRE PARTIE

MOULIGNEAU LE

DEMIURGE

I

L'HOMME

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A première vue, le mot « démiurge » peut sembler austère, voire ambigu.

Il effraie ou séduit.

Dans la philosophie platonicienne, il désigne, tout simple- ment, Dieu, suprême ordonnateur du monde... ce Dieu qui, dans le Parménide, représente le soleil des intelligences...

Tous les gnostiques associent démiurge et divinité mais, tandis que la plupart considèrent qu'il s'agit d'un être bon, d'autres sont plutôt enclins à le redouter.

Mais quittons ces hautes sphères théologiques et tournons nos regards, plus humblement, vers l'origine étymologique du mot « demiourgos », formé de « demos » qui signifie « peuple » et de « ergon » qui veut dire « ouvrage ».

Le démiurge (demiourgos) est, à proprement parler, un ouvrier, un artisan, un architecte. Accordons-lui des lettres de noblesse, haussons-le à la condition d'instigateur de la pensée.

Cette éminente qualité ne s'applique-t-elle pas à ravir au tempérament de l'écrivain belge Michel Mouligneau dont on célèbre, à juste titre, la déontologie littéraire ?

C'est ce que nous allons nous efforcer de démontrer...

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L'ENFANT

FILS DES FORÊTS ET DES ÉTOILES

C'est le 24 janvier 1935 que Michel Mouligneau (alias Guy Latteur) vit le jour à Ghlin, bourg sis en bordure de la ville de Mons, chef-lieu de cette province de Hainaut que l'un des premiers « chroniqueurs » de la littérature française, le valencien- nois Jean Froissart, baptisa « terre tenue des dieux et du soleil » (allusion à une glaise « démiurgique » s'il en est !).

Ghlin est coiffé d'une couronne sylvestre, à l'instar du village de Casteau qui fleurit à quelques lieues et où s'établira plus tard, avec sa famille, l'auteur dont il va être question en ces pages.

Mais, d'emblée, gardons-nous bien de l'oublier, Ghlin est également le fief natal d'un fameux homme de lettres : Charles Plisnier, lequel fut, avant la dernière guerre mondiale, le premier romancier d'Oultre France à décrocher le très envié Prix Goncourt. Et, chacun s'en souvient, l'auteur de « Mariages », poète dyonisiaque autant que prosateur incisif, fut, tout comme Mouligneau, une âme avide d'idées, un remueur d'absolu, un fils des forêts et des étoiles...

Michel : c'est le prénom de son fils (qui s'exerce, déjà, avec talent, à illustrer les œuvres paternelles, particulièrement celles imprégnées de terroir, de ce terroir où fleure l'odeur de résine humaine).

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Mouligneau : c'est le nom du hameau ghlinois où l'auteur passa son enfance. Site esthétique, nanti d'une admirable chapelle du XV siècle, dont le rayonnement ne cessa de s'étendre à la ronde (atteignant même le Canada, à Montebello, plus précisé- ment, où la réplique fut bâtie, au lendemain de la dernière guerre mondiale, à l'initiative d'anciens hôtes de Ghlin). Michel Mouligneau : un pseudonyme qui concilie donc deux jouvences - un frémissement sentimental - une fidélité aux valeurs essentielles - et, en regard, une propension tourmentée, tourmentante, pour cet infini qui surplombe notre vallée de larmes livrée en pâture au terrorisme de l'absurde. De cette conjugaison devait « issir », tel un geyser, une œuvre littéraire démiurgique qui, dès 1969, manifesta son premier jaillissement sous forme d'une autobiographie « selon l'esprit » dont le titre est, à la fois, fascinant et déchirant : « Le Privilège de l'Infortune ». Ce livre prodigieusement abstrait - que nous analyserons plus loin - « couvre » en fait les premières années d'une vie que nous allons essayer de retracer ici. Or donc, au seuil de cette étude, en guise d'approche je suis tenté d'élire une stratigraphie de l'homme

« Mouligneau ». En planifiant à l'extrême, on pourrait la présenter ainsi :

1. - L'épreuve d'un enfant, 2. - Le cri d'un cœur, 3. - Les prodigalités d'un corps, 4. - Les feux d'un esprit, 5. - Les fruits d'une mémoire, 6. - Les émois d'une conscience, 7. - La voix d'une âme, 8. - Le souci de l'Homme, 9. - La vie d'une œuvre, 10. - L'œuvre d'une vie, 11. - Le destin d'une exception,

12. - Une vocation en voie d'accomplissement.

Ces repères me serviront peut-être de fil conducteur et j'essaierai, autant que possible, de vertébrer mon texte en fonction de ce « topo » aussi arbitraire soit-il, quitte à prendre à son égard toute liberté...

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DONNÉES BIOGRAPHIQUES

NÉ A UX POR TES D'UN CHA R BONNA GE

Qui dira jamais assez l'influence exercée par le terroir sur de jeunes sensibilités ? Me voici à Ghlin, sur les lieux « mouli- gniens », dans le fief où s 'écoula l'enfance de notre auteur (à proximité de la maison natale - hélas, aujourd'hui disparue - de Charles Plisnier). Né aux portes d'un charbonnage, non loin d'un home pour aveugles, Michel Mouligneau vécut ses premières années dans une modeste maison de ce quartier ouvrier, dans un décor plutôt morose. Survint la guerre et son cortège de drames... Mouligneau connut ainsi successivement l'exode dans des conditions traumatisantes et le climat oppressant de l'occupation allemande. Il avait atteint à peine l'âge de sept ans lorsque son père décéda inopinément. Cette disparition eut pour conséquence de l'amener à résider d'abord dans un endroit isolé, à la périphérie de Ghlin, et ensuite, dans une demeure proche de la renommée chapelle de Moulineau.

L ORPHELIN RICHE DE SES SEULS YEUX

C'est en ce lieu que notre auteur connut, de façon à la fois pathétique (en tant qu'orphelin, en pleine période de chaos) et exaltante (du fait de l'indépendance dont il jouissait) ses plus belles intensités d'enfance qui allaient l'imprégner à jamais, l'éveil des sens, les affres des combats de la Libération, les premiers émerveillements d'ordre esthétique dans ce cadre bucolique qu'il célèbrera plus tard, à diverses reprises, notamment dans son poème : Terroir

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« Maison, ruisseau, forêt, chapelle. Tout me revient.

En moi, le souvenir vous veille et me soutient. »

« L'enfant dicte, l'homme écrit » déclara, un jour, superbe- ment, Julien Green, dans un saisissant raccourci. Il est manifeste que dans la formation littéraire de Michel Mouligneau la précocité émotionnelle, la familiarité avec la nature et l'autonomie d'un jeune être sensuel, avide de tout découvrir, se sont répercutées et se sont avérées prépondérantes pour l'épanouissement de son œuvre.

Celle-ci peut être, en grande partie, appréhendée à la lumière de ces données essentielles. Mais tout comme pour un livre, les pages du Temps doivent être tournées... Irréversiblement 9 ADOLESCENCE DOCILE MAIS SPOLIÉE...

Au seuil de l'adolescence, Michel Mouligneau fut contraint, par le remariage, - du reste heureux - de sa mère, de quitter les lieux où il se croyait à jamais enraciné afin de s'exiler à Nimy, dans un quartier offrant le triste privilège de ressembler à celui de sa naissance. Ses études s'effectuèrent dans un contexte de malaise. L'élève - au caractère assez renfermé - était docile mais peu studieux, quoique doué... Ce qui lui valut certains avatars ! En effet, s'il entreprit les Humanités gréco-latines au Collège des Jésuites, de Mons, puis au pensionnat du Collège de Tournai, il termina des études commerciales à l'Athénée de Mons.

C'est dire si - bien involontairement - l'enseignement laïque et religieux, classique et moderne, furent complémentaires. Ne cherchons pas à approfondir les causes de cette crise d'adoles- cence. Bornons-nous à dire que ses motivations fondamentales étaient principalement dues à une carence affective et à des émois sentimentaux perturbés.

LES PRODIGALITÉS D'UN CORPS

Peut-être est-il opportun de préciser qu'outre certains exploits donjuanesques, Michel Mouligneau mena de concert une

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intense activité de sportif et de voyageur notamment, grâce à certains parents « folkloriques » qui l'hébergeaient souvent dans leur appartement ixellois. Considérant le rôle éminent que le sport a joué dans son évolution, je me suis penché sur les antécédents de notre littérateur (lequel conduit sa carrière d'écrivain avec la même fougue et la même débauche d'efforts qu'il prodiguait jadis pour sa passion olympique).

- « Le Sport, m'a dit Michel Mouligneau, est une sorte de lyrisme physique... Il a accaparé - avec des résultats qui sont loin d'être négligeables - une grande partie de mes loisirs juvéniles... Contrairement à ce que pensent certains intellectuels frileux - qui ne sauront jamais rien des joies que procurent les disciplines sportives assumées généreusement - , le Sport n'annihile pas la fécondité spirituelle mais il contribue à son éclosion... ».

Ce qui m'a paru, immédiatement, attachant chez Mouligneau, c'est le don total d'un homme ouvert aux multiples virtualités d'une vie dont les refuffades ne le ménagèrent pourtant pas. On se trouve en présence d'un être « entier », non seulement intègre mais complet. Il n'est pas si fréquent de voir se manifester chez un individu, en une sorte de symbiose, facultés physiques et intellectuelles. C'est pourquoi, avant de revenir à l'examen de son œuvre littéraire, il m'a semblé utile de m'attarder sur les performances de celui qui fut et qui reste un grand extraverti (quoique ses ouvrages soient rigoureusement introspectifs). Au fil de nos multiples entretiens, Mouligneau a évoqué certaines réminiscences que j'ai vidimées à des souvenirs personnels ainsi qu'à des récits de témoins éclectiques qui avaient pressenti que les prouesses de Guy Latteur étaient celles d'un « enfant de la balle » dans toute l'acception de l'expression ! Obnubilé, envoûté, par le football, Guy-Michel-Latteur-Mouligneau se complaisait à feinter et à dribbler, sous les regards éberlués de ses professeurs, la bande de ses condisciples lancée à ses trousses et qui, vainement, s'évertuait à lui subtiliser un ballon qui semblait aimanté à ses pieds. Nanti d'une technique exceptionnelle, doté d'une puissance et d'une précision de shoot peu communes, il était la vedette, l'as de l'école. Notoire, la chose demeure profondément gravée dans

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des pléiades de mémoires : le futur auteur de « La Rime » avait commencé par se singulariser en possédant véritablement le génie du football ! Hélas, il dut enfreindre l'interdiction de s'inscrire à un club et ce n'est que déjà bien tard qu'il s'affilia à l'Albert Elisabeth Club de Mons. Il appartenait à la catégorie des juniors et il fut incorporé, ipso facto, dans l'équipe première. Mouligneau semble « avoir la chair de poule » et frémir d'émotion lorsqu'il évoque l'hymne local du « Doudou » que la fanfare interprétait au moment de l'apparition des joueurs sur le terrain. Il fut l'objet d'un film de trente-cinq minutes, au cours desquelles le ballon dont il jonglait ne toucha point le sol. Ce court métrage fut présenté au stage d'entraîneurs de l'École du Heysel. Mais peu soucieux de « bichonner » sa publicité, de soigner sa popularité, Mouligneau cessa rapidement de plaire à ceux qui ne cultivaient pas, comme lui, une notion « aristocratique » du football. Trop idéaliste, trop esthète, il ne s'accommoda pas des courtes vues de ses dirigeants - attitude qu'il élut d'ailleurs, par la suite, sur les divers plans de l'existence. Il se résigna à ne se produire qu'en dilettante. Sa carrière s'étala, cependant, sur trois lustres. Elle lui procura d'intenses satisfactions qu'il avoue et qu'il continue à évoquer avec cette tendresse sauvage qui gicle - sans crier gare ! - de derrière son prime abord bourru, voire hirsute... Je l'entends toussoter, s'éclaircir la voix nerveusement, et puis, lancer une grande phrase :

- « La virilité du sport, quand aucune vulgarité ne la contamine, procure une jouissance intellectuelle... »

Son âme est encore habitée par la sensualité qui nimbait les entraînements dans la brume, dans la boue, sous la pluie, ou la neige, ainsi que les saines fatigues noyées, après la douche revigorante, à larges lampées de bière-kriek... Grâce au football - que le montois Saint Georges en soit loué ! - Latteur- Mouligneau put effectuer des déplacements intéressants et gagner assez de deniers pour meubler sa bibliothèque et, par ricochet, son esprit. Mais l'échelle n'est point tirée... Loin s'en faut ! Le tennis, école de volonté s'il en est !, fut l'autre sport de prédilection de Mouligneau. Ame déjà courtisée par les attirances antithétiques,

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notre ami en appréciait le caractère individualiste en opposition à la discipline collective du football. Adolescent, il exorcisait sa solitude en martelant de drives rageurs le mur d'un Carmel. Il s'initiait de la manière la plus déplorable à un sport coulé dans l'assimilation de tournures classiques... dont il ignorera longtemps jusqu'à l'alpha... Vers l'âge de dix-sept ans, il rejoignit un club...

Son premier service foudroyant, son revers redoutable, l'inépuisa- ble résistance de son jeu de jambes, constituaient ses uniques atouts. Tout le reste relevait de la pure inspiration : autant Mouligneau était-il doué pour le football et autant ses victoires au tennis ne résultaient que d'un concours... de ténacités ! Il fut champion du Hainaut, catégorie C, et accéda à la série B, y remportant, à deux reprises, au sein de l'équipe montoise, le titre de champion de Belgique interclubs de division III. Il n'entra dans la « légende » que grâce à son opiniâtreté à repêcher les balles qualifiées « d'impossibles » et à remonter (« quand même, ainsi qu'eut dit le Passeur d'Eau d'Émile Verhaeren), à force du poignet nommé « endurance », des parties mal engagées... Un de ses exploits sidéra ! Il faut l'avoir vu pour y croire ! dans le laps de temps d'une seule journée dominicale, le futur auteur de « Une vie à part entière » livra cinq matches de tennis de compétition et un de football de haut niveau...

Concluons avec une gerbe de broutilles. Mouligneau « taquine » le basket, le ping pong, le cross country (il fut vainqueur de deux galops de neuf kilomètres) et il s'adonna - itou ! - aux plaisirs et aux dangers de la natation en se produisant dans des endroits sinistres : un lac quasi gelé au pied du Cervin ou, à cinq heures du matin, dans l'océan dechaîné, en Armorique. Et le souvenir de ses randonnées en vélo le laisse rêveur ! Que de bornes outre passées ! Les sports mécaniques ne « l'emballent pas », dit-il, en faisant la moue, mais on n'oublie pas qu'au volant d'une puissante voiture, il réalise des performances, lorsqu'elles s'avèrent nécessaires : l'ascension et la descente acrobatiques de certains parcours suisses ou « le raid » entre Casteau et la Bretagne !

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Préface de Maria Manno Illustrations de Ronald Dieu Postface de Jean Coutsocheras

(membre du Parlement Européen, Président du Pen Club de Grèce) Le poète Remo Pozzetti (né à Hornu le 27 mars 1927) consacre à l' écrivain belge Michel-Mouligneau un substantiel essai dont le mérite est d'inciter les lecteurs pour qui l'odyssée littéraire n 'est en rien dissociable de l' aventure humaine, à une compréhension approfondie d'une œuvre où l'écriture et la vie font cause commune.

On trouvera, en ces pages, une chaleureuse approche par un exégète avisé d'une « somme » importante et d'un auteur, solitaire/solidaire,

« singulier... parce que plural » !

Michel Mouligneau est né le 24 janvier 1935 à Ghlin/Mons.

A la fois poète, romancier, dramaturge, aphoriste, essayiste... il est l'auteur -en autodidacte- d'une trentaine d'ouvrages dont certains ont été distingués (par l'Académie Française, le Prix Plisnier,...).

Les Éditions de la Liberté

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