Article original
Potentiel hydrique et conductance stomatique
des feuilles de frêne (Fraxinus excelsior L)
dans une forêt alluviale du Haut-Rhône français
G Besnard, G Carlier
Laboratoire de
botanique
etbiologie végétale,
universitéJoseph
Fourier(Grenoble I),
38041 Grenoble
Cedex,
France(Reçu
le 28 avril1989; accepté
le 18janvier 1990)
Résumé - L’article décrit l’évolution de l’intensité de la
transpiration,
de la conductancestomatique
et dupotentiel hydrique
des feuilles de frêne au cours deplusieurs journées d’été,
dans une forêt alluviale du Haut-Rhônefrançais.
Les relations entre cesgrandeurs
etl’influence des facteurs
micrométéorologiques
sont discutées. Durant les étés 1986 et1987,
lepotentiel
de l’eau dusol,
dans la zone desracines,
n’ajamais
été inférieur à-0,025 MPa,
sauf à 25 cm deprofondeur
où il a atteinttemporairement -0,1
MPa. La conductance sto-matique dépend principalement
del’éclairement;
partemps ensoleillé,
elle restependant
une
grande partie
de lajournée
auvoisinage
de sa valeur maximale(16×10 -3 m·s -1 ).
Laconductance maximale est
remarquablement
élevée parrapport
à celles d’autres arbres derégions tempérées,
cequi permet
unetranspiration
intensejustifiant
laréputation
du frêned’être un gros consommateur d’eau. Le
potentiel hydrique
foliaire est corrélé trèssignifica-
tivement avec la
transpiration;
il décroît trèsrapidement
dans lamatinée;
si latranspiration
est
intense,
lepotentiel
minimalpeut
atteindre-1,94
MPa(moyenne
pour 5feuilles).
En au-cune
circonstance,
la chute diurne dupotentiel hydrique
foliaire n’aprovoqué
de fermeturestomatique,
cequi
s’accorde bien avec la forteproductivité
des frênaies alluviales. En re-vanche,
unerégulation stomatique
restepossible
en cas de chuteplus importante
dupotentiel hydrique foliaire,
comme le montre l’évolution de la conductance et dupotentiel
des feuilles d’une branchecoupée.
frêne / conductance
stomatique
/transpiration
/potentiel hydrique
foliaire / forêt alluvialetempérée
Summary -
Waterpotential
and stomatal conductance of ash(Fraxinus excelsior L)
leavesin an alluvial forest of the French upper Rhône
valley.
This paperreports
on the time-course of the
transpiration
rate, stomatal conductance and waterpotential
of ash leavesduring
selected summerdays
in an alluvial forest of the French upper Rhônevalley.
The relation between thesephysiological quantities
and the influences exerted on themby
the micro-* Correspondance et tirés à part
meteorological
factors are discussed.During
the summers of 1986 and1987,
thedepth
ofthe water table at the research site remained close to 1.90 m. The soil water
potential
inthe root zone never fell below -0.025 MPa
except
at 25 cmdepth
where ittemporarily
attained -0.1 MPa. The stomatal conductance
depends mainly
on thelight intensity.
Onsunny
days,
the stomatal conductance tends to remain close to its maximum value(16
x10 -3-
m·s -1
)
for most of theday.
This maximal value ishigher
than that of many othertemperate
trees, thusallowing
ahigh transpiration
rate. Ash’sreputation
forhigh
waterconsumption
therefore appearsjustified.
The leaf waterpotential
ishighly
correlated with thetranspi-
ration rate. It decreases
sharply
in themorning
and may fall as low as -1.94 MPa when thetranspiration
rate ishigh.
These such low waterpotentials
do not appear to induce the closure of stomata in any case, which agrees with the knownhigh productivity
of ashin alluvial communities. On the other
hand,
stomatalregulation
seems to occur with afurther decrease in leaf water
potential,
as issuggested by
the time course of conductance andpotential
in the leaves of a cut branch.ash / stomatal conductance /
transpiration
/ leaf waterpotential
/temperature
allu- vial forestINTRODUCTION
Dans
laplaine
alluvialedu
Rhône entreGenève
etLyon,
onobserve depuis
unsiècle
uneextension croissante
defrêna- ies
àFraxinus excelsior
L.Ces frênaies s’installent
à lasuite
desgroupements mésohygrophiles
à Alnus incana(L) Moench
ou à Alnusglutinosa L lorsque
la nappe
phréatique s’abaisse au-des-
sous de
1,5
à 2 m(Richard
etPautou, 1982). Dans la
zone où se trouve notre sited’étude, l’abaissement
du niveau de la nappepar rapport
à lasurface
du solrésulte :
- de
l’alluvionnement occasionné par les
crueset;
-
de
ladérivation d’une partie
dudébit
du fleuve
versle canal d’alimentation
d’une usinehydroélectrique.
Le
frêne
est uneespèce de lumière, craignant les gelées
deprintemps,
àforte préférence pour les sols bien pour-
vus en eau,
ni trop tassés,
nitrop argi- leux, mais défavorisée par la présence
d’une nappe superficielle;
sesracines
doivent pouvoir s’enfoncer jusqu’à
1 mou, mieux
1,5
m(Devauchelle
etLévy, 1977;
LeGoff
etLévy, 1984).
Le frênecontribue à la
forte productivité
des fo-rêts alluviales de bois durs (Pautou
etDecamps, 1985), mais
il se trouve aus-si, associé
auhêtre, à l’étage
monta-gnard (Richard
etPautou, 1982).
Le
frêne
est ungros
consommateur d’eau(Ladefoged, 1963 ; Braun, 1977).
Aussenac et
Lévy (1983), grâce
à desexpériences
sursujets
de 2 ans encuves
de végétation, expliquent
saloca-
lisation préférentielle dans les biotopes
à
bonne alimentation
en eaupar
ledé- clenchement tardif
dela régulation
sto-matique
en casde
détressehydrique.
Le travail décrit ici a pour
objet
derecueillir des informations
surle comportement stomatique
et lepoten- tiel hydrique foliaire
dufrêne
dans lesconditions naturelles d’une zone allu-
viale, durant la période estivale, afin de contribuer
àexpliquer
salocalisation
écologique (Aussenac, 1985).
MATÉRIEL ET MÉTHODES
Localisation
Le site d’étude est situé sur l’île des Mo-
lottes,
commune desAvenières, départe-
ment de
l’Isère, approximativement
àégale
distance de
Lyon
et Genève(45°35’ N, 5°56’E).
L’altitude est de 207 m. Le sol est de textureprincipalement
sableuse avec,vers 2 m de
profondeur,
un horizon de gra- viers et cailloux. Legroupement végétal
estprincipalement composé
de Fraxinus excel- sior L et Alnus incana(L)
Moench pour les arbres,Evonymus
europaeaL,
Cornus san-guinea
L etCrataegus
monogynaJacq
pour les arbustes,Impatiens glandulifera Royle,
Allium ursinum L et Rubus caesius L pour les herbacées. Il
s’agit
d’ungroupement
de transition entre l’aulnaie à Alnus incana et la frênaie.Les frênes ont une hauteur moyenne de 10 m, un diamètre
(à 1,30
m dehauteur)
in-férieur à 10 cm et recouvrent environ 25% de la surface du sol. L’enracinement est dense
jusque
vers0,25
m et reste notablejusqu’à 1,10
m;quelques
racinesatteignent 1,50
m.Les
résultats
d’unerecherche paral- lèle, effectuée dans
la mêmestation
surl’aulne blanc,
ont étépubliés (Besnard
et
Carlier, 1988).
Méthodes
Mesures
physiologiques
Les mesures sont faites sur des feuilles adultes du sommet des
houppiers
de 4 ar-bres accessibles à
partir
d’uneplateforme.
Le
potentiel hydrique
foliaire ψf est me- suré à l’aide d’une chambre depression (Scholander
etal, 1965)
réalisée par Colli- card(1982).
Pour limiterl’évaporation
seproduisant après
l’excision de la feuille, lamesure est faite dans les 2 min
qui suivent,
et la chambre est
tapissée
d’unpapier
filtreimbibé d’eau distillée.
La
transpiration
TR et la résistance sto-matique
à la diffusion de vapeur d’eau RDsont mesurées à l’aide d’un
poromètre
à ré-gime
stationnaire Li-Cor 1600. Cetappareil
n’est pas utilisable
lorsque
les feuilles sont mouillées par la rosée oulorsque
l’humiditéde l’air est
supérieure
à 85%. La mesure estfaite sur la face abaxiale. En effet, un essai
préliminaire
a montré que,lorsque
les sto- mates sont ouverts, la résistance de la face adaxiale est environ 25 foisplus
élevée que celle de l’autre face. La résistance d’ensem- ble de la feuille, calculée selonPallardy
etKozlowski
(1981)
est doncpratiquement
égale
à celle de la face abaxiale. Pour laprésentation
des résultats, on calcule la conductancestomatique, qui
est l’inverse de la résistance.La mesure au
poromètre
est effectuée lapremière,
sur une feuille enplace;
celle-ciest aussitôt cueillie pour la mesure du po- tentiel
hydrique. Cinq
feuilles sont traitées successivement. Les mesures sontrépétées
6 à 9 fois au cours de la
journée.
Les heures sont
indiquées
entemps
uni- versel(TU),
en retard de 30 min sur l’heure solaire locale.Une
expérience,
destinée àpréciser
lesrapports
entre conductancestomatique
etpotentiel hydrique foliaire,
a consisté à sui-vre l’évolution de ces 2
grandeurs
au coursde la
perte
d’eau par les feuillesportées
parune branche
coupée,
méthode utilisée par Beadle etal,
1978. Les conditions microcli-matiques
réalisées au cours de cetteexpé-
rience sont
précisées plus
loin(section Résultats).
Mesures microclimatiques
Un
capteur
Li-Cor 190SB,
sensible auxpho-
tons de
longueur
d’ondecomprise
entre 400et 700 nm, est installé sur le
poromètre.
Lamesure de la
transpiration
et de la rési-stance
stomatique
dechaque
feuille est doncaccompagnée
de celle du flux depho-
tons
(éclairement) perpendiculaire
au limbein situ.
La
température
de l’air t et son humiditérelative HR sont mesurées à l’aide d’un psy- chromètre à ventilation J Richard.
Mesures concernant l’eau du sol
La
profondeur
de la nappe estrepérée grâce
à un
piézomètre.
Lacharge hydraulique
H dusol
(H
<0)
est lue sur des tensiomètres Nar-deux DTM 5000 enfoncés aux
profondeurs
Z(Z
<0) égales
à 25, 65, 105 et 155 cm(Va-
chaud et al,
1978).
Lepotentiel hydrique
ψs est calculéd’après
la relation :ψ
s
(MPa)
= H(MPa)
+ Z(cm)/10
000Lorsque
lacharge hydraulique
tombe endessous de
-0,08 MPa,
de l’airpeut
s’intro-duire dans le tensiomètre et la lecture n’est
plus
valable. Ceci ne s’estproduit
que du 7 au 9 août 1986 et seulement pour le ten- siomètre situé à 25 cm deprofondeur.
RÉSULTATS
Évolution
del’état
del’eau dans le
solPendant
les étés 1986 et1987, la pro- fondeur de
lanappe
est restéecomprise
entre1,75
et1,95
m,à l’ex-
ception d’une période d’inondation par
crue
du Rhône
enjuin
1987.En
profondeur,
le sol restetoujours proche
de la saturation :au-delà
de 1 mde
profondeur,
lacharge hydraulique
esttoujours supérieure
à-0,019 MPa
et varietrès peu. Par
contre,
leshorizons supé- rieurs
sontsoumis
àl’extraction
parles
ra-cines et à
l’évaporation superficielle :
lacharge hydraulique
y aatteint
unminimum de -0,1 MPa à 25
cmde profondeur, mais - 0,031 MPa seulement
à 65 cm,durant
lapremière décade d’août
1986.Cet
assè-chement relatif
afait suite
àl’absence de
précipitations du
7juillet
au 10août 1986.
Le
11 août1986,
unorage
aapporté
60 mm
d’eau;
lesprécipitations
ont été en-suite
régulièrement réparties jusqu’à
lafin
de l’été
1986(80
à100
mmpar mois)
etla
charge hydraulique n’est plus descen-
dues
au-dessous
de-0,02 MPa,
à aucuneprofondeur. Une représentation détaillée
de ces
données
adéjà
étépubliée (Bes-
nard et
Carlier, 1988).
Après
un moisde juin très pluvieux (plus
de 200 mmd’eau) l’été
1987 acomporté des précipitations régulières
et
la charge hydraulique n’a jamais
étéinférieure
à-0,035 MPa
à25
cmde
profondeur.
Évolution journalière des grandeurs physiologiques
Les conditions
micrométéorologiques
réali-sées sur le site au cours de 6
journées
demesure sont
résumées
sur letableau
I.À
titred’exemple, les figures
1 et 2présentent le détail de l’évolution des grandeurs micrométéorologiques
etphysiologiques
au cours de 2journées.
La conductance stomatique
etla transpiration
En raison de la
présence régulière
de ro-sée, la conductance stomatique
nepeut être mesurée
tôtle matin.
Iln’est donc pas possible
depercevoir le début de la phase d’ouverture
des stomates.Lorsqu’on peut
réaliser aumoins
2mesures, on constate une
augmenta-
tion de la conductance
concomitante
àcelle de l’éclairement, jusque
vers10
h30, heure
àlaquelle
laconduc-
tance a
généralement atteint
savaleur
maximale (Tableau II). Si l’ensoleille-
ment estpermanent,
comme le 6 août(fig 2),
laconductance
nevarie
passi-
gnificativement jusque
vers 16 h 00.En cas de
passage
nuageux(fig 1),
laconductance subit des
variations dont le sens(mais pas forcément l’amplitude)
coïncide
bien
avec lesoscillations de
l’éclairement. La phase de fermeture des
stomates enfin d’après-midi
corres-pond
àla diminution de l’éclairement.
Le maximum absolu
de
toutes les va-leurs
individuelles disponibles de
conduc-tance
stomatique atteint 20×10 -3 m·s -1 ,
mais la
moyenne
pour 5feuilles
ne dé-passe pas 16,4×10 -3 m·s -1 (tableau II).
La transpiration varie dans le même
sens que la
conductance stomatique le
matin,
lesoir,
et en cas de passagenuageux (fig 1). Mais, pendant
lesjours les plus chauds, où
le DPV estaussi le plus élevé,
lemaximum de la
tran-spiration
estatteint plus
tardque celui de la conductance (tableau II).
Le potentiel hydrique foliaire
Le
potentiel
debase,
mesuré alors queles feuilles
sont encore recouvertesde
ro-sée,
estcompris
entre-0,08
et-0,2
MPa.La corrélation entre le
potentiel
de baseet le
potentiel
de l’eau dusol,
même dansla couche la
plus superficielle (25 cm), n’est
passignificative (tableau III).
L’é-cart
moyen
entrepotentiel
debase
etpotentiel du sol dans
cettecouche
estvoisin de 0,1 MPa,
cequi correspond
bien
à la dénivellationde
10 m entresol
etfeuilles.
Le
potentiel chute rapidement jus- que
vers 10 h 00.Ensuite,
suivant lesjours,
ilpeut
semaintenir
à peuprès
constant
durant la journée,
remonterlé- gèrement dans l’après-midi,
ou encorecontinuer à décroître.
Comme
on pou- vaits’y attendre,
les variations dupo-
tentiel
sont inverses de celles de latranspiration. Le minimum de potentiel
coïncide
à uneexception près (le
8juil-
let
86)
avec le maximum de latranspi-
ration
(tableau II) et, pour l’ensemble
de toutes les mesuresdisponibles,
leminimum absolu du potentiel coïncide
avec le maximum
absolu
de latranspi- ration (le
6août 86).
La fin de journée
esttoujours
mar-quée par
uneremontée
très nette dupotentiel, mais
les mesures n’ontjamais
pu
être prolongées suffisamment tard
pour suivre le retour aupotentiel
debase mesuré le
matin.
Relations
entreles grandeurs mesurées
Relations
entrela conductance stomati- que gs
etles facteurs microclimatiques.
La
relation
entrela conductance
etl’é- clairement reçu Q peut
être mise sous laforme proposée par Burrows
etMil- thorpe (1976) :
1/gs = (a
+b)/Q
Si
l’onprend
encompte
latotalité des
mesures
(157 couples)
cetterelation
s’écrit :
1/gs = 73 + 16 166/Q
indiquant
quela conductance
vaut lamoitié de
sonmaximum
pour Q
=16 166/73 soit 221 μmol·m -2 ·s -1 · La
cor-rélation
esthautement significative (r
=0,77 **).
Si l’onconsidère
les me-sures
journée par journée,
lescorréla-
tions sont encore
meilleures, sauf
le 8juil
et le 23sept
1986 oùelles
ne sontpas significatives;
ces 2jours-là,
iln’y
a
pas
eude
mesures sousfaible éclai-
rement. Enfait, pour les éclairements supérieurs
à 700μmol·m -2 ·s -1 ,
les va-riations de conductance
ne sontplus significatives : l’ouverture des
stomates estmaximale.
** P ≥ 0,99
II
n’existe
pas de relationsignifica-
tive
entrela conductance
etles
autresfacteurs microclimatiques. On
constatecependant
que les valeurs lesplus
éle-vées de la conductance ont été obser- vées aux
températures
auplus égales
à
26 °C
et auxDPV au plus égaux
à1,3 kPa;
ilpeut s’agir
d’uneffet unique
car ces 2
variables
sont enétroite
cor-rélation.
Il enrésulte
uneréduction
dela transpiration quand
letemps
est trèschaud
et sec.Relations
entrele potentiel hydrique
foliaire ψ f
etla transpiration Tr.
Le
potentiel hydrique foliaire varie
ensens inverse de la
transpiration.
Pourl’ensemble
desdonnées,
il existe entreψ
f
et Tr une
relation
linéaire dutype proposé par Elfving
etal (1972), qui
s’écrit :
La
corrélation
est hautementsignifica- tive (r = 0,68 **).
Larelation curviligne fai-
sant
intervenir
un terme enTr 2 n’est pas
plus significative. L’évolution dans le temps de ψ f
etTr (fig 3)
ne montrepas
d’effet d’hysteresis :
àtranspiration égale,
il
n’y
apas
dedifférence systématique
entre
le ψ f du matin
etcelui de l’après- midi.
Larelation linéaire
et l’absenced’hysteresis indiquent
l’existencedu flux d’eau conservatif (Katerji et al, 1983) pos-
tulépar
lemodèle du Van
den Honert(Milburn, 1979) pour la circulation
del’eau dans
lesystème sol- plante-atmo- sphère.
Suivant Pallardy
etKozlowski (1981)
lapente
dela partie linéaire de
larelation
ψ
f
= f (Tr) rend compte de la résistance
au
flux
d’eauliquide atteignant
lesfeuilles dont la transpiration
estmesurée;
l’inverse de la pente exprime la conduc-
tance
hydraulique.
Pour lefrêne, d’après
la
relation numérique ci-dessus,
cetteconductance
vaut10,8
x10 -9 mol.
m -2
. s -1 . Pa -1 (si
l’onadopte
letype
d’unité employé par Schulze
etal,1985).
Relations
entrela conductance
sto-matique g s
etle potentiel
ψfII est
important de savoir si, dans les conditions biotopiques du présent travail,
un
mécanisme stomatique limitant la chute du potentiel fonctionne chez le frêne. Un indice de l’intervention d’un tel mécanisme peut
êtrefourni par la boucle reliant, dans
l’ordre
chronologique,
lespoints
définis par lescouples (ψ f - g s ).
Partemps
bien en-soleillé,
il y ad’abord,
endébut de journée, augmentation
de la conductance et chutedu potentiel. Puis, dans le
cas où une ré-gulation stomatique intervient, la conduc-
tancediminue tandis que le potentiel
resteconstant. En
fin de journée la conductance
estdevenue faible
et lepotentiel
remonte(Körner
etCochrane, 1985).
Dans les cas étudiés
ici,
ce schéma(fig 4)
estpresque toujours compliqué
par la
réponse des
stomates aux pas-sages nuageux (exemple le
30juillet 1986). Mais
le 6 août1986, journée
sans
nuages,
laconductance
maximale est conservéedurant plusieurs heures
alors que ψ f décroît jusqu’à la plus
basse valeur mesurée dans
toutel’é-
tude(-1,94 MPa).
Il n’intervient donc pasde régulation stomatique.
Pour déterminer si des conditions
plus
sévères
peuvent
causer unefermeture diurne des stomates,
une branche a étécoupée le
27juillet
87 à 13 h etdéposée
au
sol.
Parrapport
aux conditions ré-gnant
auniveau des houppiers,
cettebranche
a étésoumise
à destempéra-
tures un peu
plus faibles (18,3-19,5 °C
contre
20,2-21,9
°C à unehumidité
unpeu plus élevée (65 - 75%
contre 53 -75%)
et à deséclairements moins
in- tenses(maximum : 1 300
contre1 500;
minimum : 15
contre 50μmol ·m -2 ·s -1 ).
Aucune de
ces conditions nepeut être responsable
desphénomènes
constatés(fig 5) :
dès lespremières minutes, le po- tentiel des feuilles de la branche coupée chute bien au-dessous de celui
desfeuilles
enplace
alors que laconduc-
tance n’est pasmodifiée. La fermeture
des stomates intervientplus tardivement, quand le potentiel foliaire atteint 1,9
à -2,4
MPa. Enfin
dejournée, les
stomatesdes
feuilles
enplace
seferment
etleur potentiel remonte;
sur labranche coupée
la
fermeture
estplus poussée pendant que le potentiel
restetrès bas.
DISCUSSION
Sur le site
dela présente étude, la
tran-spiration du frêne peut être bien supé-
rieure à celle d’autres arbres tempérés
(Tableau IV), que l’on considère les
va-leurs
instantanées maximales
oules estimations journalières (obtenues ici
par intégration des courbes
desfigs
1et
2). Ladefoged (1963)
aobtenu des valeurs moindres que les nôtres mais, semble-t-il, dans
unbiotope différent.
Le
frêne
ensituation alluviale
estbien gros consommateur d’eau.
Cette caractéristique est, pour
unepart,
liée à la forte valeur de laconduc-
tancestomatique maximale : 16×10 -3 m·s
-1
.
Parcomparaison,
lesvaleurs de
la
conductance maximale
de toute unesérie d’espèces d’arbres, calculées d’après
lesrésistances compilées par
Kôrner
etal (1979)
nedépassent pas
5×10
-3 m·s -1 . Hinckley
etal (1978) font
état de 28
espèces
dont laconduc-
tance
maximale
va de2,2
à4×10 -3 m·s
-1
. Celle
de Fraxinus americana estestimée à
2,7×10 -3 m·s -1 (Davies
etKozlowski, 1974).
Enrevanche,
Bes-nard (1987)
atrouvé 20×10 -3 m·s -1
comme valeur
maximale pour
laconductance de l’aulne blanc [Alnus
in-cana
(L) Moench]
et16×10 -3 m·s -1
pour celle
dusaule cendré (Salix cine-
rea
L).
Celle decertains peupliers
at-teint 14×10 -3 m·s -1 (Pallardy
etKozlowski, 1981).
D’après Hinckley et al (1978),
laconduc-
tance
maximale
debeaucoup d’arbres
est
réalisée dès que l’éclairement dépasse 200 μmol· m -2 ·s -1 ;
à cetéclai-
rement
le frêne n’atteint que
lamoitié de
saconductance maximale mais
ce niveau estdéjà bien supérieur
àcelui
des conductances maximales citées
plus
haut.L’éclairement
est lefacteur essentiel
de l’ouverturestomatique
du frênedans les
conditions
dubiotope étudié;
les autres
facteurs microclimatiques
nelimitent cette ouverture
que par temps
sec et très
chaud.
Deplus,
lepotentiel hydrique foliaire n’atteint jamais
la va-leur
critique pour laquelle
la fermeture estdéclenchée. D’après
Aussenac etLévy (1983)
cepotentiel critique
estde
- 3 MPa pour des sujets de
2 ans encuves
de végétation. L’expérience du
rameau
coupé montre qu’une fermeture variable, mais pouvant être importante,
se
fait
àpartir de
-2MPa, mais
il estpossible que les réactions des feuilles
d’untel
rameausoient différentes
decelles des
feuilles surpied (Tobiessen
et
Kana, 1974).
Bienentendu le poten- tiel critique
est unrepère mais
n’estprobablement pas
unfacteur direct de la fermeture : Beadle
etal (1978) rap-
pellent que
lefonctionnement des
sto- mates estactionné par la turgescence des cellules gardiennes, laquelle peut avoir
desrelations variables
avecψ f . Chez
Neriumoleander Gollan
et al(1985)
montrent que laconductance
stomatique
est en relationplus
étroiteavec l’état de l’eau
dans le sol qu’avec le potentiel hydrique foliaire.
Nonobstant
cesréserves, le poten-
tiel
critique
deplusieurs espèces
defeuillus
a été déterminé : il est habi- tuellementcompris
entre-1,5
et -2,5
MPa(Hinckley et al 1978). Celui
dufrêne
seplace dans le bas
de cet in-tervalle,
ou mêmeau-delà,
mais iln’est
jamais
atteintdans
les conditions dubiotope.
En fait lacaractéristique la plus remarquable
dufrêne
estque
sonpotentiel hydrique
minimal estle même
quecelui
debeaucoup d’autres
arbres(voir, par exemple, Roberts
et al1979),
alors que sa
transpiration
estintense.
C’est
cequ’exprime la valeur
de saconductance hydraulique, qui excède
celle d’autres feuillus
(tableau IV) et,
afortiori
deconifères (Schulze
etal, 1985;
Granier etClaustres, 1989).
Laconductance
hydraulique dont
ils’agit
se
rapporte
autrajet du sol
auxfeuilles
et
prend donc
encompte
la conduc- tancedu sol.
Or celle-ci esttoujours
très bonne
grâce
au taux élevéd’hu-
midité (Daudet
etVachaud, 1977).
Sur un tel sol il est normal
que l’é-
volutionjournalière du potentiel hydri- que foliaire
etcelle
de la conductancestomatique soient conformes
aux mo-dèles
1 ou 2 deHinckley
etal (1978),
caractérisant des conditions
nonlimi-
tantes pourl’absorption
de l’eau. Dans de tellesconditions, Kaufmann (1977)
vérifie que la relation
dupotentiel
àla transpiration
estlinéaire
et ne montrepas
d’hysteresis.
C’estbien
cequi
estconstaté
ici. PourKaterji
etal (1983)
ce
type de relation dénote l’absence de contribution des
réservoirs internes de l’arbre. Il reste à vérifier chez le frêne enbiotope
sec que cecomportement
est
modifié
en casde sécheresse.
CONCLUSION
L’aptitude du frêne
àtranspirer intensé- ment,
enbiotope alluvial
ànappe phréa- tique peu profonde, s’explique par
uneconductance stomatique
trèsélevée, proche de
sonmaximum pendant
unegrande partie
de lajournée,
tant que l’éclairement estsupérieur
à 700μmol·m -2
·s -1
.
Même en cas detranspi-
ration
intense, le potentiel hydrique fo-
liaire
ne tombepas
au dessous de- 1,94 MPa (en moyenne),
cequi
té-moigne d’une bonne conductance hy- draulique.
Lepotentiel critique pour lequel
les stomates sefermeraient
n’estpas atteint,
cequi
estprobablement
unélément important
dela haute producti-
vité des frênaies
alluviales.
REMERCIEMENTS
Les auteurs remercient M le
professeur
Pau-tou pour les avoir fait bénéficier de sa
connaissance des formations alluviales, M
Thony
pour son aide dans l’étude de l’eau dusol,
MGruffaz, directeur,
et les techni- ciens de l’Ententeinterdépartementale
pour ladémoustication,
pour leur collaboration aux travaux de terrain.RÉFÉRENCES
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