Transferts, exports-imports, circulations
Quels paradigmes pour la science politique?
Chronologie :
Envoi de l’appel : mars 2019
Réception des propositions : 1
erseptembre 2019 Réception des communications : 1
erdécembre 2019 Tenue colloque : jeudi 19 Décembre, Sciences Po Lille
Organisateurs :
Guillaume Courty, Université de Lille – CERAPS ([email protected] )
Cécile Leconte, Institut d’Études Politiques de Lille – CERAPS (cecile.leconte@sciencespo- lille.eu )
Comité scientifique :
Thomas Alam (UNL – Ceraps), Julien Boyadjian (IEP Lille – Ceraps), Ioana Cirstocea (CNRS, Cessp), Fabien Desage (UNL – Ceraps), Anne-Cécile Douillet (UNL – Ceraps), Virginie Dutoya (CNRS, EHESS - Ceias), Isabelle Gouarné (CNRS, Curapp), Samuel Hayat (CNRS – Ceraps), Nicolas Kaciaf (IEP Lille – Ceraps), Alice Krieg-Planque (UPEC, Ceditec), Rémi Lefebvre (UNL – Ceraps), Antoine Mazot-Oudin (UNL – Ceraps), Anne Monier (UQAM, Philab), Julien O’Miel (UNL – Ceraps), Ioana Popa (CNRS – ISP), Gisèle Sapiro (EHESS, CNRS – Cessp)
Si les phénomènes circulatoires apparaissent comme un objet ancien
1des sciences sociales, voire comme un objet « implicite » de controverses
2ou d’œuvres devenues centrales dans l’histoire de ces disciplines
3, ce n’est que récemment que la notion de circulation y fait l’objet d’une problématisation explicite, particulièrement depuis le champ disciplinaire que constitue l’étude de la circulation des savoirs
4.
Cette problématique est désormais déclinée à travers un nombre croissant d’objets aussi divers que, outre les êtres et les biens, les savoirs et les expertises (des sciences ou de l’État), les procédures et dispositifs institutionnels, les catégories et les schèmes, les répertoires d’action (des militants, des intellectuels) et les dispositifs, les biens symboliques (idées, symboles, biens culturels et médiatiques) ou les discours (répertoires argumentaires, formules, slogans), les ethe et pratiques professionnels jusqu’aux modalités de présentation de soi, etc.
1 L’on pense notamment à la sociologie des élites développée par Pareto.
2 Citons par exemple la controverse ayant opposé Gabriel Tarde et Émile Durkheim sur la nature de l’imitation.
Sur ce point voir notamment Mucchielli Laurent et Massimo Borlandi (dir.), La Sociologie et sa méthode : les règles de Durkheim un siècle après, Paris : L’Harmattan, 1995,
3 Ainsi, par exemple, des processus de diffusion de nouvelles technologies du pouvoir ou des régimes de véridiction chez Michel Foucault ; voir notamment Surveiller et punir, 1975, pp.162-163 ; Foucault, M. (2004), Naissance de la biopolitique. Cours au collège de France, 1978-1979. Paris : Seuil. En particuliers leçons du 7 mars 1979.
4 L’emploi du terme « circulation » faisant suite à la remise en cause du paradigme diffusionniste, par trop linéaire et eurocentré. D’aucuns en voient les prémisses dans l’œuvre d’Edward Saïd, à travers la notion de
« travelling theory » ; E. Saïd, Réflexions sur l’exil et autres essais, Actes Sud, 2000. L’article de Pierre Bourdieu sur la circulation internationale des idées est fréquemment cité comme « acte de naissance » de cette problématique. Voir Bourdieu, Pierre. « Les conditions sociales de la circulation internationale des idées », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 145, no. 5, 2002, pp. 3-8.
Tandis que l’émergence de la problématique circulatoire en histoire remonte aussi bien à la démarche d’un Braudel recomposant des flux de marchandises qu’à celle d’un Dumézil retraçant des transpositions de scènes épiques, elle s’observe plus récemment en sociologie et en science politique. A cet égard, la multiplication récente dans l’espace francophone, dans ces deux disciplines, de séminaires
5, colloques
6, ouvrages
7et numéros spéciaux
8de revues adoptant la problématique circulatoire comme angle principal d’analyse ne laisse pas d’interroger sur les raisons de cet engouement apparent au sein des sciences sociales. Désormais notion « carrefour »
9des sciences sociales, la circulation doit-elle son succès, avant tout, au fait qu’elle recoupe et traduit les injonctions et les exhortations à l’internationalisation et à la multidisciplinarité ?
Derrière l’apparent effet de mode, l’on peut toutefois s’interroger sur l’existence éventuelle de raisons plus profondes susceptibles d’expliquer ce succès. Il apparaît en effet que la problématique circulatoire se situe au croisement d’enjeux dont l’étude est centrale pour les sciences sociales. Elle peut ainsi être un point d’entrée pour l’étude de la domination, qu’elle mette en lumière l’inégale propension des acteurs et des biens à circuler à travers les espaces et les frontières, à se saisir de références permettant de subvertir (ou de renforcer) les rapports de domination existants ou qu’elle soit mobilisée pour analyser les processus de fabrication d’idéologies ou de schèmes « dominants ». Elle est également un point d’entrée privilégié pour l’étude des processus de réception, de traduction, de
« fertilisation », d’appropriation et, à ce titre, des enjeux de (non-)communication, le malentendu, l’erreur de traduction s’avérant tour à tour comme obstacles ou au contraire comme conditions de la circulation. Elle est, enfin, étroitement liée à l’étude du changement, les phénomènes circulatoires s’apparentant à la fois à des révélateurs des transformations observées par le chercheur et à des catalyseurs de changement, de par leurs effets sur les biens en circulation, sur les acteurs qui les font circuler et sur les espaces sociaux dans lesquels ils se déploient.
Les apports de la perspective circulatoire aux sciences sociales (décloisonnement des objets, dénaturalisation des découpages préétablis et des habitus méthodologiques et notionnels) et les pièges potentiels liés à l’utilisation de cette notion (illusions de linéarité, d’internationalisation, d’aplanissement des espaces sociaux) ont déjà suscité l’attention des politistes
10.
Adoptant une conception large de la circulation, entendue comme l’étude des passages entre espaces sociaux et frontières (étatiques, linguistiques notamment), le présent colloque entend prolonger ces premiers bilans, tout en entendant donner suite aux appels lancés
11en faveur d’un décloisonnement de la réflexion sur la problématique circulatoire. Il se veut une proposition de re-problématisation de l’emploi de la notion de
5 Citons par exemple le séminaire général 2018-2019 de l’Institut des Sciences Sociales du Politique, intitulé
« Circulation internationale des savoirs et des pratiques savantes au prisme des institutions universitaires ».
6 « Fabrication et circulation des savoirs sur le genre dans les pays du Sud », EHESS, 28 février-1er mars 2019, colloque organisé par E. Bouilly, V. Dutoya et M. Saiget.
7 Comby, J.-B. (dir.) (2017), Enquête sur l’internationalisation des biens médiatiques et culturels, Rennes, Presses Universitaires de Rennes.
8 « Discours austéritaires. Histoire, diffusion et enjeux », Langages et sociétés, sous la direction de R. Guilbert, F. Lebaron, R. Peñafiel, 2019/1 (n°166).
9 Nous employons ici l’expression d’Antoine Vauchez (2013), « Le prisme circulatoire. Retour sur un leitmotiv académique », Critique internationale, 2013/2 (n° 59), p. 9-16., p.9.
10 Nous nous référons ici à l’analyse qu’en propose Antoine Vauchez (2013), Ibidem.
11 Voir Comby (2017), op. cit, p.167.
circulation dans les sciences sociales et ce à deux égard : tout d’abord, en rehistoricisant l’émergence et les usages de la problématique circulatoire au sein des sciences sociales ; ensuite, en interrogeant son caractère heuristique, principalement pour la science politique, dont les objets les plus classiques (travail de production doctrinale, pratiques partisanes par exemple) sont désormais également saisis à travers ce prisme.
Le colloque est ainsi organisé autour de deux axes :
Axe 1 Socio-histoire de la problématique circulatoire en sciences sociales : genèse, usages et limites
Axe 2 Usages de la problématique circulatoire dans la science politique
Pour nourrir ces deux axes, les communications pourront organiser leurs réflexions autour des trois questions suivantes :
a) Depuis quand, comment et pourquoi la formulation explicite de la problématique circulatoire émerge-t-elle dans les sciences sociales ?
Peut-on proposer une périodisation de cette émergence en fonction des sciences sociales, identifier des colloques fondateurs, des numéros de revues ou des ouvrages rétrospectivement consacrés comme « pionniers » ? Il s’agit également d’identifier les acteurs impliqués dans la promotion de cette problématique, qu’il s’agisse de départements ou centres de recherche universitaires, d’organisations internationales (programmes de recherches européens par exemple), d’associations professionnelles, etc. L’on peut également s’interroger sur l’articulation entre l’institutionnalisation progressive de cette problématique et les relations de coopération/concurrence intra- et inter-disciplinaires
12ou voir en quoi elle est tributaire de la position respective des différents champs nationaux à l’échelle internationale.
Une dernière interrogation nourrit cette approche sociogénétique. Comment les disciplines ont-elles débattu et dépassé les schèmes classiques, qu’ils soient teintés de conceptions épidémiologiques sur la diffusion ou de modèles implicites de la structure sociale (la diffusion du haut vers le bas ou de l’international vers le national) ?
b) Qu’est-ce que la problématique circulatoire permet d’étudier (ou non) ?
Il s’agit d’interroger la « valeur ajoutée » du prisme circulatoire, plus particulièrement en science politique. En remettant à plat l’état de l’art de ces travaux sur la nature des biens en circulations, des acteurs impliqués et de leurs pratiques, des lieux et temporalités ainsi que des effets desdites circulations (sur les biens, les passeurs et les espaces sociaux), l’on accordera une attention particulière à certains aspects (dont certains sont encore peu étudiés) des phénomènes circulatoires tels que :
- la non-circulation
- les logiques affinitaires de la (non-) circulation
- les dispositifs matériels et les dispositions (cognitives ou corporelles) qu’elle implique - les effets qu’elle produit (fertilisation, hybridation, fécondation, adaptation)
12 S’agissant de la science politique, l’on peut ainsi étudier le (non-)déploiement de cette problématique dans les différents champs disciplinaires que sont l’histoire des idées, l’étude des politiques publiques, des mobilisations sociales (répertoires d’action), l’analyse de discours, etc.
Cet état de l’art doit permettre d’évaluer la propension du prisme circulatoire à renouveler l’étude des objets classiques de la science politique (des idées aux institutions), voire à faire émerger de nouveaux objets (les pratiques) et questionnements.
c) Quels sont les apports et les limites du prisme circulatoire du point de vue conceptuel et méthodologique ?
Les contributions pourront proposer une réflexion sur la façon dont la problématique circulatoire renouvelle la réflexion sur un certain nombre de concepts et sur les choix implicites que leur emploi recouvre, qu’il s’agisse des concepts employés pour rendre compte des phénomènes circulatoires (transfert, diffusion, circulation, mimétisme, imitation, contagion, etc.) ou bien de concepts connexes dont le prisme circulatoire semble disqualifier l’emploi (ainsi des concepts d’influence, de centre/périphérie, de précocité/retard, etc.).
Par ailleurs, les contributions pourront porter sur les implications de l’étude des circulations du point de vue méthodologique, qu’il s’agisse :
- de la création de champs d’études spécialisées comme les policy transfert studies - de l’articulation entre prisme circulatoire et certains champs de la science politique (par exemple, la politique comparée, les politiques publiques, l’histoire sociale des idées, la sociologie des media et de la communication politique, l’étude des mouvements sociaux, etc.)
- de choix théoriques ayant des implications méthodologiques (quelle articulation avec la théorie des champs ?)
- du choix des terrains, des modalités de production et de collecte des données (apport des prosopographies, des données statistiques, de l’analyse de réseau, etc.)
- des difficultés méthodologiques rencontrées, notamment en matière d’administration de la preuve.
Propositions de communication : Les propositions de communication doivent faire 5000 caractères au maximum. Elles doivent être envoyées aux organisateurs au plus tard le 1
erseptembre.
Les communications : Comprises entre 30 à 50 000 caractères, les communications pourront être rédigées en français comme en anglais et pourront consister en une étude de cas ou en un état de l’art sur l’une des questions posées dans l’un des deux axes. Elles doivent être envoyées aux organisateurs au plus tard le 1
erdécembre.
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