Données PIP
Mise à jour des signalements de matériovigilance
Juin 2016
sm .sa nte .fr
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Introduction
Suite à la décision de police sanitaire du 29 mars 2010 de suspension du marché et d’utilisation des implants mammaires pré-remplis de gel de silicone de la société Poly Implant Prothèses (PIP), l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) publie régulièrement la synthèse des signalements de vigilance déclarés à l’Agence, chez les femmes porteuses d’implants PIP en silicone.
Cette synthèse correspond à l’analyse des données déclarées à l’Agence, portant sur le nombre de ruptures, de complications et de conséquences cliniques observées parmi les 30 000 femmes qui ont été estimées porteuses de ces implants, et ce, 6 ans après leur suspension.
Le dernier bilan a été publié en juillet 2015.
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Définitions
Contracture capsulaire
La rétraction périprothétique, ou contraction capsulaire, improprement appelée “coque” , résulte de l’évolution anormale et excessive de la réponse physiologique de l’organisme à tout corps étranger que l’on y introduit et qu’il ne peut éliminer. Il l’isole, à défaut de l’éliminer, en constituant autour une membrane d’exclusion, fibreuse, constituée de vaisseaux sanguins, de collagène et de cellules types myofibroblastes.
Si cette membrane reste fine et souple, l’implant garde sa forme et sa consistance ; si elle se rétracte et/ou s’épaissit, la surface offerte à l’implant diminue, il prend alors une forme plus sphérique et devient plus ferme. La formation de cette contracture est souvent accompagnée d’une gêne, d’une douleur et d’une fermeté excessive des seins. La fréquence de cette complication varie en fonction du type, du volume et de la qualité de la prothèse, mais également des conditions d’implantation.
Classification de Baker :
Stade I : sein souple, normal, absence de modification du sein à l’inspection et à la palpation Stade II : légère rétraction palpable mais non visible
Stade III : rétractation visible et palpable, le sein est déformé Stade IV : le sein est figé, dur, déformé et douleureux, parfois froid.
Dysfonctionnement
Le terme ‘‘dysfonctionnement’’ est employé pour désigner une altération de l’implant mammaire.
Effet indésirable
Le terme ‘‘effet indésirable’’ est employé pour désigner un signe clinique.
Épanchement/Lymphorée
Accumulation de liquide (liquide lymphatique pour les lymphorées) dans une zone de l’organisme qui n’en contient pas naturellement.
Événement indésirable
Le terme ‘‘événement indésirable’’ est employé pour désigner un dysfonctionnement ou un effet indésirable.
LAGC à localisation mammaire (Lymphomes Anaplasique à Grandes Cellules)
Entité rare de lymphome T non hodgkinien (LNH).
Perspiration
Le phénomène de perspiration (ou transsudation) est une complication physique qui consiste en un suintement de silicone à travers la paroi d’un implant intact (sans rupture). Il s’agit d’un phénomène silencieux, non détectable à l’imagerie. De plus, en cas de rupture de l’implant, ce phénomène est masqué par la présence de silicone dans la loge prothétique. Ainsi, la perspiration n’est, la plupart du temps, détectée que lors d’explantations préventives d’implants intacts.
Siliconome
Quantité de gel de silicone qui quitte l’enveloppe de la prothèse mammaire en formant un nodule.
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Évolution des déclarations d’explantations à l’ANSM
En mars 2010, il avait été estimé que
30 000
femmes étaient susceptibles d’être porteuses d’un implant mammaire PIP rempli de gel de silicone. Les données transmises à l’ANSM au 31 mars 2016 (figure 1), indiquent que, sur ces 30 000 femmes, un total de18 667
femmes a subi une explantation de leur(s) prothèse(s) PIP entre 2001 et fin mars 2016 (soit un total de32 433
explants).FIGURE 1 : NOMBRE CUMULÉ DE FEMMES PORTEUSES D’IMPLANTS PIP EN GEL DE SILICONE, AYANT SUBI UNE EXPLANTATION SIGNALÉE À L’ANSM
On distingue deux types d’explantations :
les explantations faisant suite à la détection d’un événement indésirable, correspondant à la détection d’un dysfonctionnement de l’implant et/ou d’un signe clinique ;
les explantations préventives qui font suite à un souhait de la patiente de retirer les implants PIP sans qu’un signe clinique ou échographique d’un événement indésirable n’ait été détecté préalablement.
Aussi, parmi les 18 667 femmes explantées :
5 041
femmes (27 %) ont subi une explantation faisant suite à la détection d’un événement indésirable.
13 626
femmes (73 %) ont subi une explantation préventive.0 2000 4000 6000 8000 10000 12000 14000 16000 18000 20000
2015 2016 2014
2013 2012 2011 2010 2009 2008 2007 2006 2005 2004 2003 2002 2001
12 15 36 70 112 180 345 539 776 1 1482 401 14 979
17 38418 29418 58018 667
Décision de police sanitaire (DPS)
Recommandation ministérielle
Nombre de femmes explantées
Année de déclaration à l’ANSM
5
Explantations faisant suite à la détection d’un événement indésirable
Au 31 mars 2016,
5 041
femmes (27 % parmi les 18 667 femmes explantées) ont subi une explantation sur signe d’appel, qui correspond à la détection d’un dysfonctionnement de l’implant et/ou à un signe clinique ayant eu pour conséquence l’explantation de la prothèse PIP.NB : Plusieurs dysfonctionnements peuvent survenir sur un même implant. De la même façon, plusieurs effets indésirables peuvent survenir sur une même femme.
Les dysfonctionnements de l’implant
5 924
dysfonctionnements ont été signalés à l’ANSM. La rupture de la prothèse représente le premier dysfonctionnement motivant l’explantation (figure 2) puisqu’elle représente 67,2 % des dysfonctionnements ayant entrainé une explantation, soit 3 978 cas.FIGURE 2 : RÉPARTITION DES DIFFÉRENTS DYSFONCTIONNEMENTS RETROUVÉS LORS D’UNE EXPLANTATION SUR SIGNES D’APPEL
2,31,7 8,7
20,2 67,2
Rupture
Perspiration du silicone
Plis/vague/rotation/retournement Modification du gel
Autres
%
6
Les effets indésirables chez la femme
3 966
effets indésirables ont été signalés à l’ANSM. Les trois effets indésirables les plus observés lors d’une explantation de la prothèse sur signes d’appel sont :l’épanchement/lymphorée/hématome (653 cas) ; la contracture capsulaire de stade III (561 cas) ; le siliconome (559 cas).
FIGURE 3 : Répartition des différents effets indésirables retrouvés lors d’une explantation sur signes d’appel
0 2 4 6 8 10 12 14 18 16
Contracture capsulaire III
Adénopathie Inflammation/Infection
Douleur
Contracture capsulaire IV Contracture capsulaire*
Faux positif
Contracture capsulaire I et II Cancer du sein
Autres
Épanchement/Lymphorée/hématome
Siliconome
*Stade non précisé
16,5
14,2 14,1 10,7
9,1 7,8
6,7 6,3
5,7 5,3
2,2 1,5
%
7
Explantations préventives
Au 31 mars 2016, l’ANSM a enregistré
13 626
femmes explantées de façon préventive (73 % parmi les 18 667 femmes explantées). Ces explantations font suite à un souhait de la patiente de retirer les implants PIP sans qu’un signe clinique ou échographique d’un événement indésirable n’ait été détecté préalablement. Dans ce cas, même si aucun signe d’appel n’existe, des dysfonctionnements de la prothèse ou des effets indésirables peuvent néanmoins être découverts à l’explantation.NB : Plusieurs dysfonctionnements peuvent survenir sur un même implant. De la même façon, plusieurs effets indésirables peuvent survenir sur une même femme.
Les dysfonctionnements de l’implant
2 775
dysfonctionnements latents ont été découverts à la suite d’une explantation préventive.Les deux dysfonctionnements les plus observés sont : La perspiration de silicone (1236 cas)
la rupture de la prothèse (1048 cas).
FIGURE 4 : RÉPARTITION DES DYSFONCTIONNEMENTS DÉCOUVERTS SUITE À UNE EXPLANTATION PRÉVENTIVE SANS SIGNE CLINIQUE
7,9 1,6 8,2
37,8 44,5
Perspiration du silicone Rupture
Modification du gel
Plis/vague/rotation/retournement Autres
%
8
Les effets indésirables chez la femme
1 833
effets indésirables asymptomatiques ont été découverts à la suite d’une explantation préventive d’une prothèse.Les effets indésirables les plus observés sont :
les contractures capsulaires de stade I, II et III (total de 868 cas) ; l’épanchement/lymphorée/hématome (325 cas).
FIGURE 5 : RÉPARTITION DES EFFETS INDÉSIRABLES DÉCOUVERTS SUITE À UNE EXPLANTATION PRÉVENTIVE SANS SIGNE CLINIQUE
0 5 10 15 20 25 30
Contracture capsulaire III
Contracture capsulaire I et II Épanchement/Lymphorée/hématome
Contracture capsulaire*
Contracture capsulaire IV
Siliconome
Douleur
Adénopathie
Inflammation/Infection
Autres
*Stade non précisé
25,5
21,9
17,7
11,2
6,3 5,3 4,4 4,1 3,4
0,2
%
9
Situation globale
Au total,
8 699
dysfonctionnements et5 799
effets indésirables ont été déclarés à l’ANSM. Les ruptures et les contractures capsulaires représentent les deux événements indésirables les plus observés (figure 6 et figure 7).FIGURE 6 : RÉPARTITION GLOBALE DES DIFFÉRENTS DYSFONCTIONNEMENTS DÉCLARÉS
Les ruptures et les perspirations de silicone représentent à elles-seules près de 86 % des dysfonctionnements déclarés sur la totalité des explantations de prothèses PIP.
FIGURE 7 : RÉPARTITION GLOBALE DES DIFFÉRENTS EFFETS INDÉSIRABLES DÉCLARÉS
Les contractures capsulaires, tout stade confondu, et les épanchements/lymphorées/
hématomes représentent près de 60 % des effets indésirables déclarés sur la totalité
0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20
Contracture capsulaire III
Contracture capsulaire I et II Adénopathie
Contracture capsulaire*
Inflammation/Infection Douleur
Contracture capsulaire IV Faux positif
Cancer du sein Autres
Épanchement/Lymphorée/
hématome Siliconome
* Stade non précisé
17,7 16,9
11,3 10,6
8,6 7,9 7,3 6,7 6,6 3,9
1,5 1,1
4,2 1,7 8,4
28,0 57,8
Rupture
Perspiration du silicone Pli/vague/rotation/retournement Modification du gel
Autres
%
%
10
Les ruptures et les contractures capsulaires étant les dysfonctionnements et les effets les plus répertoriés, la survenue de ces événements a été rapportée à la durée d’implantation des prothèses PIP (lorsque l’information sur cette durée était disponible), sur une durée de 0 à 11 ans. Les ruptures survenant dans un délai supérieur à 11 ans après l’implantation ont été considérées comme “ normales ” dans l’évolution naturelle d’une prothèse.
Les ruptures
Au 31 mars 2016,
5 026
ruptures de prothèse PIP ont été déclarées à l’ANSM.La majorité des ruptures surviennent entre
4
et8
ans après implantation (figure 8).Les ruptures surviennent en moyenne
6,4
ans (médiane 6 ans) après implantation.FIGURE 8 : RÉPARTITION DU NOMBRE DE RUPTURES EN FONCTION DE LA DURÉE D’IMPLANTATION (ENTRE 0 ET 11 ANS)*
* Pour les déclarations pour lesquelles la durée d’implantation est renseignée.
0 100 200 300 400 500 600
11 10 9 8 7 6 5 4 3 2 1 0
24 59 136
261
429 445 457
505 477
406 303
157
Nombre de ruptures déclarées à l'ANSM*
Durée d'implantation en année
11
Les contractures capsulaires
Au 31 mars 2016,
2 480
contractures capsulaires ont été déclarées à l’ANSM (tout stade confondu). La majorité des contractures capsulaires surviennent entre5
et10
ans après implantation (figure 9). Les contractures capsulaires surviennent en moyenne6,5
ans(médiane 6 ans) après implantation.
FIGURE 9 : RÉPARTITION DU NOMBRE DE CONTRACTURES CAPSULAIRES EN FONCTION DE LA DURÉE D’IMPLANTATION (ENTRE 0 ET 11 ANS)*
* Pour les déclarations pour lesquelles la durée d’implantation est renseignée.
0 50 100 150 200 250
11 10 9 8 7 6 5 4 3 2 1 0
13
62 77 119
177
206 236
234 219 227
202
87
Nombre de contractures capsulaires déclarées à l'ANSM* Durée d'implantation en année
12
Les lésions tumorales observées
Selon les avis formulés par l’INCa, les tumeurs déclarées ne sont pas reliées aux particularités des prothèses PIP.
Adénocarcinomes du sein
Un total de
87
cas d’adénocarcinomes du sein a été signalé à l’Agence fin mars 2016, chez les femmes porteuses de prothèses en gel de silicone PIP (0,29 % sur les 30 000 femmes estimées). Ces lésions tumorales sont observées, quel que soit le contexte de l’implantation (esthétique ou reconstruction).L’avis d’experts coordonné par l’Institut national du cancer de mars 2014, confirme l’absence de sur-risque d’adénocarcinome mammaire chez les femmes porteuses d’implants, en comparaison avec la population générale.
Lymphomes anaplasiques à grandes cellules associés à un implant mammaire
Trois cas de lymphomes anaplasiques à grandes cellules associé à un implant mammaire de la marque PIP ont été enregistrés en 2011, 2014 et 2015. Ces trois cas sont observés chez des femmes ayant eu plusieurs implantations successives, parmi lesquelles une prothèse de la marque PIP est impliquée.
À ce jour, sur les 29 cas de lymphomes anaplasiques à grandes cellules associés à un implant mammaire recensés, les implants de la marque PIP ne sont pas plus représentés que les autres marques d’implants.
.
13
Synthèse
En France, le nombre estimé de porteuses de prothèses mammaires en silicone PIP était de
30 000
.Fin mars 2016,
6
ans après la décision de police sanitaire de suspension du marché et d’utilisation de ces implants, les données transmises à l’ANSM indiquent que18 667
femmes ont eu recours à une explantation de leur prothèse, dont 13 626 à titre préventif, soit 265 femmes en plus comparé au dernier bilan de 2015.
Dans environ 20 % des cas d’explantation préventive, il y a eu découverte d’un dysfonctionnement de la prothèse et/ou d’un effet indésirable.
Le taux de rupture constaté des implants PIP sur l’ensemble des prothèses explantées est de
15,5 %
.Au total sur les 18 667 femmes explantées,
7 708
femmes ont présenté un événement indésirable (dysfonctionnement ou effet), relatif à leur(s) prothèse(s) PIP.Ce dernier bilan montre une tendance à la stabilisation des explantations, avec un taux d’explantation sur signes, légèrement supérieur sur la dernière année. Ceci peut s’expliquer par la durée d’implantation des prothèses concernées naturellement allongée par rapport aux précédents bilans.