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Academic year: 2022

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HAL Id: tel-02074109

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Submitted on 20 Mar 2019

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Les dynamiques industrielles des filières : une application au domaine des oléo-protéagineux

Guillaume Assogba

To cite this version:

Guillaume Assogba. Les dynamiques industrielles des filières : une application au domaine des oléo-protéagineux. Economies et finances. Université de Bordeaux, 2018. Français. �NNT : 2018BORD0443�. �tel-02074109�

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[1]

THÈSE PRÉSENTÉE POUR OBTENIR LE GRADE DE

DOCTEUR DE

L’UNIVERSITÉ DE BORDEAUX

ÉCOLE DOCTORALE

ENTREPRISE, ÉCONOMIE, SOCIÉTÉ - E.D. 42

Par Guillaume Vincent Junior ASSOGBA

Les dynamiques industrielles des filières : une application au domaine des oléo-protéagineux.

Sous la direction de : Vincent FRIGANT

Soutenue le 21 décembre 2018 Membres du jury :

M. COLLETIS, Gabriel

Professeur agrégé, LEREPS - Université de Toulouse 1 - Capitole. Rapporteur M. CHANTRE, Guillaume

Ingénieur, Directeur de l’ITERG (Institut technique des corps gras). Responsable industriel M. FRIGANT, Vincent

Professeur, GREThA - Université de Bordeaux. Directeur de thèse M. LUNG, Yannick

Professeur Emérite, GREThA - Université de Bordeaux. Président du jury M. RUGRAFF, Éric

Maître de conférences – HDR, BETA - Université de Strasbourg. Rapporteur

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Titre : Les dynamiques industrielles des filières : une application au domaine des oléo-protéagineux

Résumé :

Concept populaire au sein de l’école française d’économie industrielle ainsi que dans le domaine des politiques industrielles de la période d’après Seconde guerre mondiale au début des années 1980s, la filière fait l’objet d’une résurgence dans la période actuelle. Ce retour s’est effectué, dans le langage et l’action politique, à la faveur des Etats Généraux de l’Industrie (EGI) de 2009. Toutefois, le flou qui entourait la notion de filière et qui avait conduit en partie à son abandon n’a pas été éclairci. Ce travail de thèse a pour objectif de proposer une vision de la notion de filière permettant d’en saisir les dynamiques dans le contexte économique actuel caractérisé par une internationalisation des activités productives. Outre cette dimension conceptuelle, les travaux qui vont suivre proposeront des méthodes de description et d’analyse de filière. Ces méthodes seront appliquées au domaine des oléo-protéagineux. La première partie de la thèse reviendra sur les acceptions et méthodes statistiques classiquement associées au concept de filière. La seconde partie quant à elle, en se basant sur les travaux de méso- économie politique, proposera une conception et une méthode méso-systémiques de la filière permettant d’en saisir les dynamiques.

Mots clés :

Filière, comptabilité nationale, analyse entrées – sorties, méso-système, institutionnalisme, politique industrielle, oléagineux, protéagineux

Title : The industrial dynamics of filiere : an application to the field of oleo-proteaginous

Abstract :

The popular concept, within the French school of industrial economics and of industrial policies, filiere from post-World War II to the early 1980s, is experiencing a resurgence in the current period. This revival was made, in language and political action, thanks to the 2009 Etats Generaux de l'Industrie (EGI). However, the vagueness surrounding the concept of filiere, which has led in part to its abandonment, has not been clarified. The objective of this thesis is to propose a vision of the notion of filiere that will make it possible to understand its dynamics in the current economic context characterized by an internationalization of productive activities. In addition to this conceptual dimension, the work that follows will propose methods for describing and analysing filiere. These methods will be applied to the field of oleo-proteaginous. The first part of the thesis will return to the statistical meanings and methods traditionally associated with the concept of filiere. The second part, based on meso- economical politics, will propose a meso-systemic conception and method of filiere in order to understand its dynamic.

Keywords :

filiere, national accounts, input-output analysis, meso-system, institutionalism, industrial policy, oleaginous, proteaginous

GREThA, UMR CNRS 5113, Université de Bordeaux, Avenue Léon Duguit, 33608, Pessac, France.

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Cette thèse a été réalisée au sein du GREThA, le Groupe de Recherche en Economie Théorique et Appliquée de l’Université de Bordeaux (UMR CNRS 5113), dans le cadre d’une

Convention Industrielle de Formation par la Recherche (CIFRE) financée par l’ITERG, Institut technique des corps gras.

L’ITERG, l’Université de Bordeaux ainsi que le GREThA n’entendent donner aucune approbation ni improbation aux opinions exprimées dans cette thèse. Ces opinions doivent

être considérées comme propres à l’auteur.

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Remerciements

Mes premiers remerciements sont destinés aux deux personnes qui ont encadré ma thèse.

Vincent Frigant, mon directeur de thèse que je remercie pour sa patience, ses bons conseils, sa confiance, et sa bienveillance. Guillaume Chantre, mon responsable industriel, que je remercie pour nos discussions enrichissantes, sa confiance, l’opportunité de découvrir le monde des oléo-protéagineux.

Je tiens ensuite à remercier les membres de mon jury, à savoir : Yannick Lung, Gabriel Colletis et Éric Rugraff de me faire l’honneur d’évaluer ce travail.

Mes pensées vont ensuite vers les salariés de l’ITERG et en particulier les trois piliers de la CVIC (Claudie, France et Agnès). Merci de m’avoir accueilli parmi vous durant ces trois années. Je remercie aussi le GREThA et ses membres, passés ou présents, que j’ai eu le plaisir de côtoyer. Je vais m’adresser tout particulièrement à la plateforme VIA INNO et à ses ingénieurs ainsi qu’à Mathieu Bécue. Votre présence a été indéniablement salutaire pour mon moral et pour ma réflexion. Je tiens à remercier Jean-Christophe Martin pour le temps qu’il m’a consacré sur les modèles entrées-sorties.

Durant la thèse, j’ai eu à rencontrer un certain nombre de personnes qui m’ont apporté aide et soutien d’une façon ou d’une autre. Je ne peux malheureusement pas tous les citer ici, mais je leur suis reconnaissant pour leur présence. Audry, Sandie, Solène, Manon, Anaïs, Hugo, Cédric, etc. merci à vous. A mes collègues de Ladoux-Michelin, merci pour m’avoir permis de prendre du recul et de la hauteur quand j’avais le nez dans le guidon. Merci Nicolas Dubuc (Fellow Michelin en Intellgence Technologique et Knowledge Management) de m’avoir accordé ta confiance ; tu es un mentor pour moi. Une pensée toute particulière à leurs Altesse

« De Desravines » et « De Labrousse », ainsi qu’au petit génie Julius Césarus.

A mes « Bros » du Pavé Mosaique, vous n’imaginez pas le bonheur que m’a procuré le fait de dégrossir des pierres avec vous. J’espère pouvoir porter à nouveau des santés avec vous très vite. Une pensée toute particulière à toi Alain Grange, ainsi qu’à la bande de la XIIIième heure et à Pierre Lucien Brun.

Merci à mes collègues du bureau F357. Je n’ai pas toujours été un joyeux luron, mais sachez que tous les moments partagés ensemble resteront gravés dans ma mémoire. Gwendoline, Lydie, Alexandre, Antoine et Sylvain, je vous souhaite du courage ; vous y êtes presque ! Aurélie et Samuel, merci aussi à vous pour les moments de rigolade dans le bureau.

Ce paragraphe aurait dû être un poème de deux pages, mais l’urgence de la fin de thèse ne m’y autorise guère. « DEX » Zinzin et « DS » Mam’s, vous rencontrer est et sera l’une des plus belles chances de mon existence. Merci à vous d’être là pour moi, malgré la distance, mon caractère de cochon, mes bêtises. Vous êtes une famille pour moi.

Guillaume Vincent « Sénior », merci pour les relectures, le soutien, les repas du samedi, les discussions, le havre de paix. Mahunan, Zakia et Enza, merci pour tous les moments de détentes et d’évasion.

Amèle, chère grande-sœur, merci d’être toi. Aimée, chère petite sœur, merci pour tes prières ; courage dans la nouvelle voie que tu as choisi d’emprunter. Papa, merci pour d’avoir été présent et de m’avoir poussé toutes ces années à faire de mon mieux. Je me revois encore vous dire un matin retour de la remise des bulletins de notes de la 4ième, que je veux faire cinq doctorat. Voici déjà le premier ! Je ne sais pas si les quatre autres suivront, mais qui sait ! Maman, la femme la plus chère à mon cœur, merci pour le soutien inconditionnel et sans failles.

Pardon de vous avoir causé autant de soucis en mettant autant de temps à finir ce travail. Les études, c’est fini pour moi, ... pour l’instant en tout cas !

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[7]

Sommaire

Sommaire ... 7

Liste des tableaux ... 8

Liste des illustrations et des encadrés ... 9

Introduction générale ... 11

Première partie : La filière, un concept évolutif et principalement analysé par des approches statistiques ... 22

Introduction de la première partie ... 23

Chapitre 1 : Genèse et évolution du concept de filière ... 24

Introduction ... 24

Section 1 : La genèse du concept : la filière, un outil de description et de compréhension du système productif centré sur les interdépendances technologiques ... 25

Section 2 : La prise en compte des relations de dépendance et leurs implications sur l’usage de la filière . 40 Section 3 : Quid de la notion de filière ... 54

Conclusion : ... 66

Chapitre 2 : Une approche statistique de la filière ... 69

Introduction : ... 69

Section 0 : Notations et généralités sur l’analyse entrées-sorties ... 72

Section 1 : Revue de la littérature des méthodes de description d’une économie en filière ... 83

Section 2 : Proposition d’une méthodologie d’identification d’une filière ... 93

Section 3 : Application de la méthode proposée et discussions autour des résultats ... 104

Conclusion ... 138

Deuxième partie :La filière, en tant que méso-système ... 140

Introduction de la deuxième partie ... 141

Chapitre 3 : Conception méso-économique de la filière ... 142

Introduction : ... 142

Section 1 : D’une vision technique (ou technologique) de la filière à une vision méso-économique... 143

Section 2 : Approche en termes de méso-économie institutionnaliste ... 154

Section 3 : Propositions d’enrichissement du concept de filière ... 163

Conclusion ... 175

Chapitre 4 : Méthodes monographiques d’analyse de filière ... 176

Introduction : ... 176

Section 1 : Les méthodes monographiques dans la littérature de filière ... 177

Section 2 : Une méthode monographique basée sur la conception méso-économique institutionnelle de la filière ... 193

Conclusion ... 232

Conclusion générale ... 235

Bibliographie ... 243

ANNEXES ... 265

Table des matières ... 317

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Liste des tableaux

Tableau I-1 : Typologie d’industrie selon Aujac ... 44

Tableau II-1 : Représentation simplifiée d’un TES pour l’analyse input-output ... 76

Tableau II-2 : Processus de décision d’appartenance d’une branche à une filière ... 101

Tableau II-3 : Hypothèses de transformation des TES symétriques ... 106

Tableau II-4 : Branches de la filière centrée sur l’agroalimentaire française en 2013 ... 111

Tableau II-5 : Structure basée sur l’APL de la filière oléo-protéagineuse française en 2013 114 Tableau II-6 : Structure basée sur le mode de la filière oléo-protéagineuse française en 2013 ... 114

Tableau II-7 : Seuils des coefficients d’achat et de vente par année de comparaison pour la France ... 120

Tableau II-8 : Branches liées à la filière oléo-protéagineuse française par année ... 122

Tableau II-9 : Structure basée sur l’APL de la filière alimentaire française en 1995 SEC 1995 ... 123

Tableau II-10 : Structure basée sur l’APL de la filière alimentaire française en 2010 SEC 1995 ... 123

Tableau II-11 : Structure basée sur l’APL de la filière alimentaire française en 2010 SEC 2010 ... 124

Tableau II-12 : Seuils des coefficients d’achat et de vente par année de comparaison pour la France ... 130

Tableau II-13 : Branches de la filière centrée sur l’agroalimentaire française en 2010 SEC 2010 ... 131

Tableau II-14 : Branches de la filière centrée sur l’agroalimentaire Allemagne en 2010 SEC 2010 ... 131

Tableau II-15 : Branches de la filière centrée sur l’agroalimentaire au Royaume-Uni en 2010 SEC 2010 ... 131

Tableau II-16 : Structure basée sur l’APL de la filière centrée sur l’agroalimentaire allemande en 2010 SEC 2010 ... 132

Tableau II-17 : Structure basée sur l’APL de la filière centrée sur l’agroalimentaire anglaise en 2010 SEC 2010 ... 133

Tableau III-1 La structure de chaque rapport institué ... 162

Tableau III-2 La structure des relations incluses dans les flux de marché (échanges de biens et services) ... 170

Tableau III-3 La structure des relations incluses dans les flux de connaissances et/ou de technologies ... 171

Tableau III-4 La structure des relations incluses dans les flux financiers ... 173

Tableau IV-1 : Typologie des filières agro-alimentaires ... 184

Tableau IV-2 : Un modèle simple de caractérisation des filières agroalimentaires en Europe par la méthode de la chaîne globale de valeur ... 192

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Liste des illustrations et des encadrés

Figure I-1. Représentation simplifiée du découpage vertical de la filière et de la division du

technique du travail ... 27

Figure I-2 : Eléments constitutifs d’un Tableau Entrées Sorties ... 36

Encadré I-1 ... 46

Figure I-2. : Cinq types de gouvernance de la Global Value Chain ... 62

Figure I-3. : Cadre conceptuel de l’analyse en GPN ... 65

Encadré II-1 : Discussions autour de la stabilité conjointe ... 82

Encadré II-2 : Discussions sur les indicateurs des liens amont et aval ... 97

Graphique II-1 : Répartition par centiles des coefficients d’achats et de ventes ... 109

Schéma II-1 : Filière centrée sur l’agroalimentaire pour la France en 2013 ... 117

Encadré II-3 : Différences entre les SEC 2010 ET 1995 ... 120

Schéma II-2 : Filière centrée sur l’alimentaire pour la France en 2010 SEC 1995 ... 125

Schéma II-3 : Filière centrée sur l’alimentaire pour la France en 2010 SEC 2010 ... 126

Schéma II-4 : Filière centrée sur l’alimentaire pour la France en 1995 ... 128

Schéma II-5 : Filière centrée sur l’agroalimentaire pour l’Allemagne en 2010 ... 134

Schéma II-6 : Filière centrée sur l’agroalimentaire pour le Royaume-Uni en 2010 SEC 2010 ... 136

Encadré III-1 : Le pouvoir ... 152

Figure III-1. Matrice des institutionnalismes selon Hall et Taylor ... 156

Figure III-2 L’industrie comme mode d’articulation de quatre rapports institués fondamentaux ... 159

Figure III-3 La structure de chacun des quatre rapports institués au regard du contexte institutionnel ... 163

Figure IV- 1 : schéma simplifié des opérations et des articulations technico-économiques d'une filière-type ... 181

Figure IV- 2 : Bases et fondements des segments stratégiques des filières ... 182

Figure IV- 3 : Méthodes, outils et utilisation de l’analyse de filière ... 188

Figure IV- 4 : Typologie de filières selon l’économie néo-institutionnaliste ... 190

Figure IV- 5 : Modèle systémique ... 191

Graphique IV-1 : Surfaces cultivées et production française des principaux oléagineux et protéagineux ... 201

Figure IV- 6 : Carte de la production des oléagineux en France ... 202

Figure IV- 7 : Répartition des surfaces cultivées d’oléagineux et protéagineux en France en 2016 ... 203

Figure IV- 8 : Procédés d’extraction des matières protéiques végétales ... 204 Figure IV- 9 : Exemple du processus de trituration d’une graine oléagineuse (cas du colza) 205

(11)

[10]

Figure IV- 10 : Processus de raffinage chimique d’huile brute ... 206 Figure IV- 11 : Débouchés des protéagineux produits en France ... 208 Figure IV- 12 : Organisation du secteur des semences ... 212 Graphique IV-2 : Evolution comparée par rapport au blé tendre des marges des producteurs de colza et de tournesol ... 216 Figure IV- 13 : Les usines de trituration et de raffinage en France durant les décades 1970, 1980 ... 219 Figure IV- 14 : Organisation de la filière avant les années 1980 ... 221 Graphique IV-3 : Evolution comparée des ventes d’huiles végétales par type en France ... 225 Graphique IV-4 : Evolution comparée de la consommation d’huiles végétales par type en France ... 226

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Introduction générale

La réalisation du présent travail a été motivée par la réunion de deux constats. Le premier est celui fait par l’Institut technique des corps gras (ITERG) sur les difficultés à saisir l’organisation ainsi que les dynamiques du domaine des oléagineux. L’ITERG est le centre technique industriel des corps gras qui comprennent la fabrication des huiles végétales brutes et raffinées, les graisses animales, les margarines et les dérivés d’acides gras. Créés en 1948, les Centres Techniques Industriels (CTI) sont des organismes de recherche et de transfert d’innovation au service des entreprises de filières industrielles (notamment les PME), dirigés par des représentants d’entreprises sous le contrôle de l’Etat. Ces fonctions impliquent pour les CTI d’avoir une bonne connaissance des filières qu’ils soutiennent. Dans l’exercice de son rôle pour la filière des oléagineux, l’ITERG a été confronté à un problème d’analyse de la dynamique et de la structuration de cette dite filière. Cette difficulté a conduit le centre technique industriel à lancer une réflexion, qui sera suivi ensuite par les principales instances représentatives de la filière, sur ce qu’est et ce qui caractérise la filière des oléagineux.

Dans le même temps, nous avons fait le (deuxième) constat, tout comme G. Colletis (dans Bidet-Mayer et Toubal, 2013), que la notion de filière est placée au cœur des actions et du discours public sur l’industrie depuis les Etats Généraux de l’Industrie (EGI) de 2009. La notion de filière qui avait pourtant été mis en arrière-plan au cours des années 1980, fit son retour, au moins dans le langage politique. Cette notion qui avait té conceptualisée au début des années 1960 en partant du domaine agricole, a servi de cadre à la définition et à l’application de politique industrielle à l’époque en France (1960 – 1980), avant d’être abandonnée car jugée en inadéquation avec les changements structurels subit par le système productif alors. Il parait donc logique de s’interroger sur la pertinence de ce retour en grâce de la filière en tant que cadre de définition et d’application de politiques industrielles. La première étape pour répondre à cette interrogation nécessite de passer en revue les acceptions classiques du concept de filière, d’en dégager les limites qui avaient conduit à son abandon et de proposer des adaptations afin de le rendre théoriquement pertinent dans le contexte économique qui prévaut actuellement.

L’acception la plus courante de la filière est celle d’une structuration du système productif en une succession verticale d’activités complémentaires entre elles.

La rencontre entre ces deux volontés (celle de compréhension de la filière des oléagineux et celle du questionnement du sens de la notion de filière dans le contexte actuel) a donné naissance à notre projet de thèse. Thèse qui sera donc articulée autour de deux problématiques,

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[12]

l’une théorique et l’autre empirique. La question théorique est celle de la proposition d’une conception de la filière qui soit adaptée au contexte actuel et qui permette de comprendre et saisir les dynamiques industrielles de tout type de filières, et plus particulièrement de celles liées au domaine agricole et/ou alimentaire. Empiriquement, nous devons aboutir à une ou plusieurs méthodes permettant de décrire finement et de comprendre les mécanismes intrinsèques caractérisant la filière des oléagineux. En cours de thèse, à la faveur d’un changement dans l’écosystème des oléagineux, il a été décidé de rajouter la composante protéagineuse à la filière à étudier.

Nous expliciterons ce changement de périmètre dans la première des deux clefs de voûte de cette introduction. Ce premier point d’articulation va en effet nous amener à présenter les domaines des oléagineux et des protéagineux en France, en y adjoignant une lecture historique.

Nous y justifierons pourquoi ces domaines sont un cas d’application intéressant pour nos propositions théoriques et méthodologiques à propos du concept de filière. La filière sera placée au cœur de notre deuxième point d’articulation introductif. Nous exposerons les raisons du recours à ce concept dans le langage et les pratiques politiques et théoriques. Nous nous mettrons une attention particulière sur les raisons du choix de ce concept pour répondre à la problématique empirique qui nous a été adressée.

Ø Les oléo-protéagineux : un domaine historiquement structuré en filière

Les huiles et matières grasses végétales sont une composante des corps gras et sont issues de la transformation (trituration/extraction et/ou raffinage) de fruits ou graines appelés oléagineux.

En France, les principaux oléagineux cultivés et/ou transformés de nos jours sont le colza, le tournesol et le soja. Outre ces trois sources d’huiles végétales, nous pouvons recenser des sources plus marginales telles que l’olive, la noix, les pépins de raisins, etc. Les huiles obtenues à partir de ces dernières sources sont dites huiles à goût et sont soumises à des règles de fonctionnement plus spécifiques que les principaux oléagineux. Au nombre de ces règles, nous avons par exemple les Indications Géographiques Protégées (IGP), les Appellations d’Origines Contrôlées (AOP) qui imposent des critères de production des graines et de fabrications des huiles. Une troisième composante de sourcing végétal d’huiles peut être retrouvée en France.

Il s’agit des sources dites exotiques en raison de leur provenance géographique (hors Europe).

On y retrouve par exemple le coprah, le palme, le coton etc. C’est d’ailleurs autour d’une de ces ressources exotiques que la structuration industrielle de l’huilerie en France a débuté.

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[13]

Les activités de production d’huiles et protéines végétales en France, ont été organisées progressivement et ont connu trois grandes phases : la première, des années 1800 jusqu’à l’avant Première guerre mondiale ; la deuxième de la fin de la Seconde guerre mondiale jusqu’au début des années 1980s ; et la troisième du début des années 1980s jusqu’à nos jours.

1800s – 1945 : une activité centrée sur l’huile d’arachide

Dans le courant des années 1800, des commerçants ramenaient des colonies d’Afrique Occidentale Française (AOF), des graines d’arachides qui étaient ensuite transformées en huile végétale dans trois grandes zones de France : la région bordelaise, la région marseillaise (qui produisait aussi de l’huile d’olive) et la région du Nord (centrée sur Coudekerque). L’arachide transformée provenait essentiellement des ports du Sénégal et de Gambie. L’huile produite était utilisée dans l’alimentation. Cette organisation tricéphale (et dépendante des colonies d’AOF) va perdurer au moins jusqu’au début de la Seconde guerre mondiale. Elle connaitra ensuite une crise qui débutera durant la Seconde guerre mondiale à la faveur de l’industrialisation des colonies voulue par le gouvernement de Vichy (Terrasson, 1997, pages 11 – 19). Afin de régler les problèmes de ravitaillements dus à la guerre, le gouvernement de Vichy a demandé aux huiliers de privilégier le transport d’huiles végétales brutes en provenance des colonies, plus faciles et pratiques que les graines d’arachides. Pour ce faire, les industriels français ont créé des usines de trituration (processus de transformation des graines en huiles) au Sénégal, en Algérie et au Maroc. Les usines françaises ont ainsi concentré une partie de leurs activités sur le raffinage et le conditionnement de l’huile. Ce glissement a constitué le premier choc subit par une profession centrée alors sur les huiles végétales.

1945 – 1980 : une tentative de structuration autour du CNTA

Cette deuxième phase s’inscrivait dans un contexte de reconstruction de la France et de son économie, suite aux séquelles de la guerre. Elle va être marquée dans un premier temps par la dépendance européenne et française vis-à-vis des oléagineux et protéines végétales produits aux Etats-Unis. En effet, l’huile et le tourteau de soja en provenance des Etats-Unis va se substituer aux importations en provenance des anciennes colonies africaines de la France. Les Américains dominaient la production mondiale d’oléagineux et de protéines végétales avec près de 75% de cette production mondiale en 1965 (Hache, 2017). En ce qui concernait le soja américain et ses dérivés, la Communauté des Etats Européens était l’un des principaux débouchés (jusqu’à 43% pour les graines et 54% pour les tourteaux en 1974). Cette situation a été rendu possible grâce aux accords du Dillon Round de 1960 – 1961, où les droits de douanes

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[14]

des oléagineux (dont le soja) importés en Europe (quel que soit l’origine) ont été annulés. La France et l’Europe étaient dans une position de forte dépendance vis-à-vis des Américains.

Cette dépendance a pris toute sa mesure lors de l’embargo de 1973 sur le soja américain. Suite à des conditions climatiques particulièrement défavorables, et une demande mondiale de protéines végétales en hausse, les Américains ont décrété un embargo sur les exportations de soja, provoquant ainsi une hausse des cours et des coûts pour les éleveurs qui utilisaient les tourteaux du soja pour nourrir leurs bêtes. C’est à ce moment que la France et l’Europe ont lancé un Plan protéines, et encouragé la culture du colza et du tournesol. Les incitations à la production de ces deux oléagineux (colza et tournesol) a pris la forme du « deficiency payment ». Le mécanisme de cette aide reposait sur le paiement d’une compensation aux industriels qui achetaient le colza et le tournesol à des prix supérieurs aux cours mondiaux auprès des agriculteurs européens. Cette compensation permettait aux industriels de réaligner le coût d’achat des matières premières sur les cours mondiaux plus faibles, et garantissait aux agriculteurs un revenu suffisant pour les encourager à cultiver les dits oléagineux. Toutefois, il fallait pour ces derniers (les industriels), adapter les outils de production à la transformation de colza et de tournesol. Ces adaptations coûteuses ont donné lieu à des restructurations au sein de la profession, afin d’en éviter la disparition. Le projet de restructuration qui a été privilégié, notamment dans le bassin Aquitain, a été celui porté par le Comptoir National des Techniques Agricoles (CNTA), le groupe Dreyfus, Elf-Aquitaine et certaines coopératives agricoles en 1974. Ce consortium porté par le CNTA a ainsi pris possession de plusieurs usines de transformation à travers le pays. La période a été aussi marquée par la création des interprofessions des protéagineux (Union Nationale Interprofessionnelle des plantes riches en Protéines - UNIP) en 1976 et celle des oléagineux (Organisation nationale interprofessionnelle des graines et fruits oléagineux – ONIDOL) en 1978. Le CNTA a été créé en 1949, avec comme ambition de servir le développement des oléo-protéagineux en France, notamment par le négoce de semences. C’est pour sauver l’activité de production française de production d’oléo- protéagineux, et par manque de capitaux suffisants que le CNTA s’est associé aux acteurs du consortium qui a pris le contrôle de plusieurs usines de trituration en France. Notons que le CNTA était détenu à plus de 51% par des coopératives agricoles (Marloie, 1985).

Ces restructurations ont ainsi conduit à l’émergence d’une vraie structuration en forme de filière avec des agriculteurs réunis en coopératives, des semenciers et des négociants en graines oléagineuses en la personne morale du CNTA, et les outils de transformations de ces graines en huiles végétales et tourteaux. L’accent était surtout mis sur les coproduits protéiques que

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sont les tourteaux. Toutefois, cette structuration est de nouveau entrée en crise au début des années 1980. L’élément déclencheur de la crise a été l’incendie d’une usine de trituration bordelaise en 1980. Cet évènement a contribué à affaiblir un système déjà fragilisé par des difficultés financières (coûts d’adaptation des usines élevés, pression des centrales d’achat des grandes enseignes de distribution pour réduire les prix d’achat des huiles végétales1, controverse du colza érucique2, etc.). L’usine de Bordeaux constituait la clef de voûte du projet porté par le consortium. Son incendie qui a mis aux arrêts l’activité de trituration a donc diminué la rentabilité financière du projet, provoquant la sortie de Louis Dreyfus en 1982. Cette fragilisation du CNTA qui contrôlait l’activité de négoce des semences et une majeure partie de celle de trituration a été un choc pour la filière. La survie de l’appareil industriel de transformation des oléagineux, et donc de l’ensemble de la filière, était en jeu.

1980 – de nos jours : une dynamique construite autour de Sofiproteol

Afin de sauver les installations industrielles de transformation des oléagineux produits en France et donc assurer un débouché aux agriculteurs, une société de financement de la filière a vu le jour en 1983. Il s’agit de Sofiproteol qui est né de la volonté conjuguée des acteurs de la filière (des semenciers aux triturateurs en passant par les agriculteurs) et du gouvernement de l’époque, sous l’impulsion de Jean-Claude Sabin (président des producteurs de protéagineux, des interprofessions oléagineuses et protéagineuses et du conseil de surveillance du CNTA).

Outre des capitaux publics, Sofiproteol disposait des Cotisations Volontaires Obligatoires (CVO) pour reprendre et financer les usines françaises de transformation des oléagineux. Les CVO étaient collectées par les interprofessions auprès de l’ensemble des parties prenantes de la filière. Dans leur quête de structuration d’une filière résiliente, les acteurs concernés ont dû faire face de nouveau aux contestations américaines, sur le deficiency payment (qu’ils tentaient de faire annuler par le GATT depuis sa mise en place) entre autres. Ces contestations ont abouti aux accords de Blair House de 1992 qui ont plafonné les surfaces cultivées en France et en Europe, de colza et de tournesol à destination de l’alimentation humaine et animale (via les tourteaux) et à l’abandon du système du deficiency payment. Sofiproteol a réussi à développer le maillon de la filière chargé de la transformation des oléo-protéagineux, mais aussi à impulser l’exploration de nouveaux débouchés aux huiles végétales tel que le diester (Sofiproteol a

1 (Terrasson, 1997, pages 11 – 19). Les huiliers se sont vus de plus en plus en contraints d’écouler leurs productions par ce biais des grandes enseignes de distribution. Ces dernières (supermarchés, hypermarchés) ont connu leur développement en France, dans les années 1960 ; devenant l’un des principaux moyens pour atteindre le consommateur.

2 Au début des années 1970, la consommation d’huile de colza a chuté en raison d’études ayant démontré la présence d’acide érucique nocif pour la santé.

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commencé à explorer cette piste dès le début des années 1980s). Le diester est un biodiesel obtenu à partir d’huile de colza. La filière ainsi formée va au fil du temps, étendre les liens en aval avec le développement notamment de l’oléochimie (chimie basée sur les oléagineux) de la protéochimie (chimie basée sur les protéagineux).

En sommes, le domaine des oléo-protéagineux en France, a été inscrit par les acteurs concernés dans une démarche de structuration revendiquée en filière. Si cet attachement au cadre de filière a été plus ou moins lisible dans les années 1980, il est de plus en plus compliqué, dans un contexte de multiplication, de changement et d’internationalisation des activités productives, de la retrouver aisément. Dans cette perspective, un objectif de ce mémoire de thèse est de proposer aux acteurs impliqués (plus particulièrement à l’ITERG), une grille renouvelée de description et d’analyse de cette filière qui désormais semble posséder des contours flous.

Ø La filière : un concept

La notion de filière vise fondamentalement à caractériser le fonctionnement des systèmes productifs selon une lecture singulière : verticale. Elle renvoie à un mode de découpage séquentiel vertical de l’activité productive, des matières premières jusqu’au produit final. Cette décomposition des actes productifs se traduit par deux usages du concept : outil de découpage structurel et outil de politique économique (Toledano, 1978). « Découpage structurel » car il permet de classer chaque activité économique dans un (ou plusieurs) ensemble donné d’activités interconnectées. Outil de politique économique et stratégique, parce qu’une fois le tissu économique global décomposé en blocs distincts d’activités, il devient plus aisé pour les instances de décisions nationales de planifier des actions ciblées. Conceptualisée dans les années soixante-dix dans la littérature économique française, sa perception et son utilisation ont évolué dans le temps. Ainsi, une multitude de travaux plus ou moins hétérogènes ont été réalisés en se fondant sur ce concept ; cette hétérogénéité trouvant sa source soit dans le domaine et/ou périmètre d’application (agriculture, électronique, etc.), soit dans les caractéristiques intrinsèques et/ou relations mises en avant (relations techniques, marchandes, etc.).

Travailler la notion de filière, selon l’optique de découpage structurel, relève de l’objectif de saisir des logiques de structurations techniques entre différents stades de production. Comme le notent Dutailly et Montfort (1983), « la filière est un ensemble d’activités cohérentes et articulées au sein du système productif tel que l’output de l’une est l’input de l’autre ».

Comprendre ces structurations repose sur un double niveau d’analyse : les emboitements techniques entre les différents stades de production mais aussi les frontières organisationnelles,

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puisque les stades isolés n’ont guère de raison de correspondre à des entités organisationnelles distinctes. Cette dualité pose d’ailleurs des problèmes de mesure car selon le degré d’intégration verticale choisi par les firmes, l’identification des filières sera plus ou moins aisée, en dépit des efforts d’identifier des unités de production homogènes. Cet usage de la filière en tant qu’outil de description et de découpage du tissu économique se retrouve essentiellement dans un premier temps chez les économistes de l’agriculture (Davis, Goldberg, 1957 ; Milhau, 1954) qui s’en sont servi pour formaliser l’organisation technique des activités agricoles et mieux cerner leurs fonctionnements. Notons que l’agriculture constituait un terrain d’application privilégié en raison de la relative bonne connaissance de ses divers acteurs (fournisseurs d’intrants ou de machines, stockeurs des récoltes, intermédiaires de distribution, etc.) et des relations inhérentes.

L’organisation des activités agricoles a ainsi pu être formalisée grâce au raisonnement en filière.

Le concept de filière s’est ensuite déplacé vers les autres domaines d’activités relativement plus complexes à la faveur du développement et de l’approfondissement d’outils empiriques tels que les nomenclatures et les tableaux entrées-sorties (sur la base des travaux de Leontief, 1941). En 1960, Aujac dira à propos de ces travaux (ceux de Leontief) qu’ils auront permis de mettre en évidence statistiquement l’interdépendance technique des productions et des consommations de toutes les industries, le produit fini de l’une étant matière première pour l’autre.

Ces tableaux ont en effet permis de décomposer et de décrire plus facilement le fonctionnement global de l’économie sur la base des liens entre les différents domaines d’activités. En outre, les tableaux entrées-sorties ont permis d’aller plus loin que la simple description organisationnelle en termes d’interdépendance grâce à la quantification des flux interactivités.

On peut désormais mettre en lumière la nature des relations au sein d’une filière. Une abondante littérature s’est alors développée qui a permis entre autres de développer des constructions statistiques et de mettre l’accent sur les liens techniques, marchands (Montfort, Dutailly, 1983) et technologiques au sein d’une filière (Truel, 1983). Ces mêmes développements ont également ouvert la voie à des travaux sur la hiérarchisation au sein des filières, avec notamment les travaux d’Aujac (1960).

Henri Aujac a combiné les travaux de Leontief (1941) sur les tableaux entrées-sorties et ceux de François Perroux (1948) sur la théorie de la dominance afin de démontrer que l’économie est régie par un certain ordre entre les différentes industries qui la composent. Il a ainsi repris l’effet de domination présentée par Perroux (1948, p.248) qu’il a dans un premier temps adapté à deux industries liées par des relations techniques. Le tableau économique français de 1951 contracté de 65 postes à 15 pour des raisons de mise en page a servi de matériau empirique à

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ces travaux dont l’une des finalités a été de faciliter la mise en place et le contrôle des prévisions de croissance et des effets des actions politiques car, comme l’écrit Aujac, prévoir le comportement de l’ensemble de l’économie à une politique économique nécessite au préalable, une analyse de structure, ce qui renvoie ici implicitement à un raisonnement en filière.

En résumé, la filière est passée d’un simple outil de description et de séquençage vertical de l’activité économique, à un outil de description et de découpage de l’activité qui entend apprécier la position (dominante ou dominée) de chaque acteur et expliciter les relations existantes entre eux. Cette évolution s’est accompagnée de méthodes de (re)composition des filières. Deux principales sont recensées : monographique et statistique. La méthode monographique raisonne à l’échelle microeconomique en partant d’un produit ou service et en reconstituant étape par étape, les divers éléments (ainsi que leurs fournisseurs) ayant contribué à son obtention ; c’est celle qui fut utilisée dès les débuts dans les travaux sur l’agriculture. La méthode statistique se place à une échelle plus large et se base sur les tableaux entrées-sorties afin de découper l’ensemble du tissu économique suivant une logique de filière. L’identification des rapports d’interaction et de dépendance favorise l’usage de la filière en tant que cadre de politique économique. En effet, prévoir la réaction de l’ensemble de l’économie à une mesure de politique économique, nécessite au préalable une analyse de la structure du tissu économique, dont le concept de filière peut rendre compte (Aujac, 1960).

En France, une partie de la politique de planification qui a prévalu entre la fin de la Seconde guerre mondiale et le début des années 1980 a été construite en lien avec le cadre de filière. A vrai dire, les plans ont contribué à populariser et préciser le concept de filière en amenant les économistes à s’y intéresser. Pour illustrer ce décalage entre l’usage du concept et sa formalisation, on peut emprunter les propos de Pierre Massé (1962, page 84) qui disait à juste titre « [qu’]en France, la pratique de la planification a précédé la théorie ». Les pouvoirs publics français ont cependant opéré un virage dans les années 1970. Ce virage s’est traduit par le passage à une politique de créneaux, privilégiant le développement de « Champions nationaux » (Colletis, 2012, page 35). Le développement de ces champions nationaux, dans un contexte d’ouverture croissante vers l’extérieur ainsi qu’une intensification de la division internationale du travail et de la concurrence internationale, a conduit à des divergences entre les intérêts des firmes et ceux de la Nation (Jacquemin et Rainelli, 1984 ; Colletis, 2012). Pour Jacquemin et Rainelli (1984), le raisonnement en filière nécessite la convergence des objectifs de deux acteurs : la Nation et les Entreprises. Les objectifs poursuivis par ces acteurs variant de la « cohérence nationale » pour la Nation, à une recherche de profitabilité maximale et un

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accroissement de la compétitivité (hors coût et coût) pour les entreprises. Toujours selon Jacquemin et Rainelli, ces objectifs ont plus de chance de converger dans un contexte d’économie fermée, ce qui les amène à remettre en cause le concept de filière tel qu’il était développé jusqu’alors.

Le principe de cohérence nationale a été énoncé de prime abord par McArthur et Scott (1970, p.436). Elle suppose, dans une économie fermée, le développement conjoint d’une production déterminée et de tous les stades intermédiaires afférents nécessaires. Autrement dit, l’objectif de l’Etat à l’époque des premiers plans était de s’assurer du bon fonctionnement de toutes les étapes de production d’un bien ou d’un service dans les domaines jugés prioritaires. Ce principe a été adapté au contexte d’internationalisation croissante par Jacquemin et Rainelli (1984) qui considèrent que l’objectif des pouvoirs publics est de s’assurer de la maîtrise (et donc de la production) nationale des biens intermédiaires. C’est d’ailleurs ce principe qui a poussé à la mise en place de champions nationaux qui avaient pour mission entre autres, de contrôler et structurer l’ensemble de la chaîne de production dans leur domaine respectif ; ce contrôle passant par une intégration verticale poussée. La préoccupation des politiques était ainsi d’assurer l’indépendance de l’économie nationale vis-à-vis d’approvisionnements étrangers. Si les entreprises ont adhéré à cet objectif dans un premier temps (situation d’après-guerre et de reconstruction oblige), elles se sont par la suite tournées vers un autre mode de raisonnement et la poursuite d’autres objectifs. En effet, il leur a fallu s’adapter à l’intensification de la concurrence mondiale. Cette concurrence se traduisit par une recherche continue de compétitivité coût et hors coût et de rentabilité qui entraîna un approfondissement de la division internationale du travail. Dans les faits, cette division a été caractérisée dans un premier temps par un processus de délocalisation de certains segments de production par les firmes multinationales. Ce phénomène a par la suite été exacerbé avec la vague des désintégrations verticales et l’expansion de l’internationalisation des chaines de valeur dès les années quatre- vingt-dix (Milberg, Winkler, 2013). Les firmes ont en effet privilégié le contrôle de quelques segments jugés stratégiques à celui de l’ensemble des chaînes de production. Ainsi, on a assisté à un arbitrage de la part des entreprises qui a conduit à la délocalisation des segments de production les moins rentables3. Mais, à cela, faut-il encore rajouter que l’intérêt des firmes pour un stade de production donné, varie en fonction des changements et innovations technologiques car la répartition de la valeur ajoutée à capter par stade de production se trouve

3 Très peu d’industries échappent à ce mouvement bien qu’il se décline quelque peu différemment selon les secteurs. Le cas de l’industrie automobile a ainsi été particulièrement bien été documentée (Rugraff, 2012 ; Frigant, Layan, 2009 ; Lung, 2004).

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modifiée. Sur la base de ces constats, la notion de filière a été sortie du langage politique jusqu’aux Etats Généraux de l’Industrie de 2009 et la mise en place de Comités Stratégiques de Filières chargés de superviser l’application de politiques visant à assurer le développement cohérent et résilient de filières jugées stratégiques.

En ce qui concerne le langage économique, la notion de filière en a été aussi sortie dans les années 1980 pour une part de raisons similaires à son sort dans le domaine des politiques publiques. En effet, les théoriciens ont jugé que dans le contexte d’internationalisation croissante, cette notion ne permettait plus de rendre compte de l’organisation du système productif. Le deuxième groupe de raisons de l’abandon de la notion de filière par les économistes a été l’incapacité, ou du moins la difficulté, à saisir et comprendre le comportement des agents la composant ; ainsi que l’influence du comportement de ces derniers sur les processus engagés (Morvan, 1977). La notion de filière relève pourtant des approches dites méso-économique. En fait, Les théoriciens de la filière ont justement essayé de lui faire tenir ce rôle, mais se sont heurtés aux mêmes difficultés qu’a rencontré le développement de la méso- analyse : le manque de concepts adaptés (Morvan, 1977 et Bellandi et al., 2010). Une explication de cet échec de la notion de filière est donnée par Raikes et al. (2000) qui affirment qu’à l’époque du développement des TES et de la notion de filière, que l’économie en France était une science de la comptabilité et non du comportement. (Raikes et al., 2000).

Ainsi, la vision de la filière qui a servi de cadre pour des politiques industrielles après la Seconde guerre mondiale, ne permet pas de prendre en compte toutes les dimensions inhérentes aux rapports inter-firmes. Les asymétries de pouvoirs, d’information, mais aussi les choix stratégiques et ancrés historiquement des firmes ne peuvent être appréhendés par une filière qui se structure autour des seules complémentarités techniques. En effet, comme le note Levy et Belis-Bergouignan (2011, p. 472), les relations inter-firmes au sein de la filière forêt-bois- papier en Aquitaine sont caractérisées par des tensions se traduisant par des « conflits d’intérêts entre les différents segments et des difficultés de mise en œuvre de stratégies concertées ». Face à ce défi d’intégrer les relations économiques et sociales au cœur d’une conception analytique de la filière, il convient donc de traiter la filière comme un méso-système économique et social ayant pour finalité de proposer un bien ou service. Cette nécessité avait été comprise par des auteurs tels que De Bandt et Hugon (1988). Ils essayaient alors d’appréhender la dynamique industrielle à travers les méso-systèmes. De Bandt a d’ailleurs qualifié la filière de « cas particulier de méso-système » (De Bandt, 1989, p. 7). Hugon, quant à lui, définissait le méso- système ou la filière agroalimentaire lato sensu comme « un ensemble organisé d’agents en

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relations (de concurrence, de coopération, de conflit, etc.) à propos d’un champ d’activités diversifiés (les produits agroalimentaires) se traduisant par une dynamique liée aux transformations techniques et aux confrontations des logiques d’acteurs et conduisant à des modes de régulation déterminés » (De Bandt & Hugon, 1988, p. 177). Ces travaux ancrent la filière, en tant que méso-système, au sein d’un contexte d’États-Nations, l’imbriquant dans une concurrence internationale où les relations inter-firmes sont aussi « hors-marché ». Des travaux récents en économie rurale proposent de réhabiliter le concept de filière en ancrant l’analyse des relations inter-firmes au sein des systèmes économiques et sociaux, afin de dépasser les visions centrées sur les relations de marché (Lançon et al., 2016 ; Temple et al., 2011). Cette littérature met aussi l’accent sur l’importance d’insérer l’analyse de filières dans un cadre institutionnel. Une analyse institutionnaliste de la dynamique industrielle des filières et de son architecture permettrait d’apporter une nouvelle grille de lecture capable de mettre en évidence l’émergence, la stabilisation ou la déstabilisation des filières industrielles.

Partant ainsi des constats que la filière est un concept particulièrement adapté pour analyser les filières agricoles et agroalimentaires, et que le domaine des oléo-protéagineux relève de ces derniers, en plus d’une volonté affirmée de structurer en filière, il nous parait opportun d’appliquer les propositions qui seront faites théoriquement et méthodologiquement durant les présents travaux à ce domaine.

Pour ce faire, nous allons structurer notre rédaction en deux parties. La première partie traitera de la filière dans son acception statistique. Après un historique et un exposé des développements qui ont conduit à sa conceptualisation (chapitre 1), nous discuterons des approches statistiques développées et proposerons puis appliquerons une méthode de description et d’analyse s’inscrivant dans ce cadre (chapitre 2).

La deuxième partie sera articulée autour de l’acception monographique mésosytémique de la filière. Nous proposerons dans un premier temps (chapitre 3), une voie de développement de la notion de filière en tant que mésosystème institutionnel. Nous exposerons dans un second temps (chapitre 4), une méthode de méso-analyse de la filière permettant d’en saisir les dynamiques industrielles. Cette méthode sera également appliquée au domaine français des oléo- protéagineux. Nous garderons à l’esprit que les méthodes proposées devront pouvoir être mobilisables par un organisme tel que l’ITERG.

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Première partie : La filière, un concept évolutif et

principalement analysé par des approches statistiques

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Introduction de la première partie

L’objectif de cette première partie est double. Le premier est la réalisation d’un état des lieux historique des développements du concept de filière. Le deuxième objectif prendra la forme d’une tentative de description et d’appréhension des dynamiques de la filière française des oléo- protéagineux par le biais des approches statistiques ou allant souvent de pair avec la notion de filière en France. La démarche d’atteinte de ces objectifs se fera sous la forme de deux chapitres.

Le chapitre 1 nous permettra de présenter la notion de filière ainsi que les évolutions de sa conception en France, de ses débuts à son abandon progressif. Nous parlerons ainsi des considérations théoriques ainsi que des travaux qui ont sous-tendu les principales définitions et utilisations du concept de filière. Parlant des utilisations, il s’agit essentiellement de la conception et l’application de politiques industrielles, avec la notion de filière comme cadre.

Nous traiterons ensuite des raisons qui ont motivé les analystes et les pouvoirs publics à substituer le cadre conceptuel de la filière par de nouvelles approches.

Le chapitre 2 sera l’occasion pour nous de présenter les approches statistiques qui ont été développées et utilisées dans la littérature pour décrire et étudier les filières. Nous exposons ainsi les principales méthodes qui sont basées sur l’utilisation des Tableaux Entrées-Sorties (TES) et les modèles qui en découlent. Pour chacune des méthodes, une discussion de la pertinence par rapport à l’objectif empirique de cette thèse est menée. Sur la base de ces discussions, nous proposons une méthode statistique applicable à la notion de filière. Nous tenterons enfin d’appliquer cette méthode proposée, dans un premier temps, à la France avec pour ambition de tenter saisir la filière des oléo-protéagineux. Dans un deuxième temps, nous menons une étude historique sur la France en nous basant sur des TES d’années différentes.

Enfin, nous mènerons une étude comparative des résultats français avec ceux obtenus en appliquant la méthode aux TES de certains pays européens.

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Chapitre 1 : Genèse et évolution du concept de filière

Introduction

« Lorsqu’il se révèle nécessaire de lire l’appareil productif français à partir d’un découpage significatif de la réalité qui aurait une portée théorique et qui faciliterait la compréhension des activités et des politiques menées par les principaux agents, « la filière » apparait comme une catégorie économique de plus en plus efficace ». Cette réflexion de Morvan (1982) à propos de la notion de filière permet d’expliquer l’engouement qu’a connu l’analyse en filière en France, du début des années 1950s à la fin des années 1990s. Issu de l’école française d’économie industrielle, l’utilisation du concept de filière est enracinée dans l’approche en termes de méso- analyse de l’économie industrielle. Par cette approche, les analystes essaient de tenir compte simultanément des caractéristiques et comportements des entreprises (échelle microéconomique) et de l’Etat (échelle macroéconomique).

En l’absence d’une définition unique et acceptée de tous de la notion de filière, cette dernière fait l’objet d’un consensus. Ainsi, une filière fait référence à l’ensemble des étapes concourant à l’obtention (et à la distribution) d’un bien à partir de matières premières. La filière est caractérisée par une lecture verticale des organisations productives ; clé de voûte de tous les analystes et chercheurs s’y intéressant. Il y a ainsi presqu’autant de sens donnés à la filière, que de travaux la traitant. Les chercheurs sont passés de la filière centrée sur le produit, à celle prenant également en compte les relations techniques et de domination entre les différents intervenants.

Le sens donné au concept de filière n’est pas le seul à avoir évolué ; l’utilisation qui en a été faite a aussi changé au cours du temps. Si les premiers auteurs y voyaient un simple outil de description et de compréhension de l’appareil productif, au gré du développement des outils statistiques entre autres, la filière a été utilisée en tant qu’outil de conception, d’application et de suivi de politiques industrielles et de stratégies. Toledano (1978) résumait bien cette idée en affirmant que la filière se traduit par deux usages : l’outil de découpage structurel et l’outil de politique économique. « Découpage structurel » car il permet de classer chaque activité économique dans un (ou plusieurs) ensemble donné d’activités interconnectées. Outil de politique économique et stratégique, parce qu’une fois le tissu économique global découpé en blocs distincts d’activités, il devient plus aisé pour les instances de décisions nationales de planifier des actions ciblées. En outre, la compréhension des stratégies d’expansion ou de maitrise de certaines activités par les firmes devient plus aisée. Certains auteurs considéraient

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en effet la filière comme cadre de compréhension des stratégies de firmes. Morvan (1982) dénombrait ainsi quatre principaux avantages de la maitrise des filières par les firmes : la possibilité d’une meilleure allocation des facteurs, une plus forte protection contre la politique étrangère (indépendance de fournitures, résistance face aux concurrents, etc.), une meilleure diffusion de l’innovation et une articulation plus efficace entre la logique de production et la logique de consommation.

L’objet de ce chapitre est donc de retracer l’évolution du sens donné au concept de filière, de la vision centrée sur le produit et les interdépendances technologiques (section I) à la prise en compte des relations de dépendance et des modalités d’utilisation de la filière (section II). Enfin à travers la section III, nous mettrons en exergue les principales critiques adressées à la notion de filière et présenterons deux concepts voisins à cette notion.

Section 1 : La genèse du concept : la filière, un outil de description et de compréhension du système productif centré sur les interdépendances technologiques

Une des problématiques de l’économie industrielle consiste en la compréhension et la description de l’organisation ainsi que des articulations des systèmes de production. Dans la poursuite de cet objectif, un certain nombre de concepts ont été développés. La notion de

« filière » en fait partie. Elle propose une vision des systèmes productifs axée sur les interrelations verticales entres différents acteurs, d’une ou plusieurs matières premières à des produits finis ou semi-finis. L’étude de ces relations est sous-tendue par l’idée de l’existence d’interdépendances, voire de dépendance, entre les acteurs du tissu économique.

Si le concept de filière n’a été formalisé qu’à partir des années soixante, on en retrouve les prémices, de façon plus ou moins implicite, dans des travaux antérieurs. Certains auteurs (Temple et al., 2011), en font remonter l’usage aux physiocrates, notamment à travers François Quesnay et son tableau économique publié pour la première fois en 1758. Quesnay présentait dans ce tableau la circulation des richesses au sein de l’économie entre trois classes : les propriétaires terriens, la classe productive constituée par les fermiers et les travailleurs fermiers, la classe stérile regroupant les commerçants et artisans. En substance, les propriétaires louent la terre aux fermiers qui produisent des biens agricoles. Une partie de ces biens est ensuite distribuée par les commerçants et l’autre est réutilisée par les artisans pour obtenir des biens manufacturés dont une partie sera achetée par les fermiers. Le tableau économique de Quesnay a également jeté les bases de la quantification et du suivi des relations d’échanges au sein d’une économie (section 1.2). À peu près à la même période que Quesnay, un autre auteur a implicitement utilisé le concept de filière dans son raisonnement, il s’agit d’Adam Smith et de

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son concept de division du travail. En effet, hormis des périmètres d’analyse différents, l’intra- entreprise pour la division du travail à la Smith et l’inter-entreprises pour la filière, la logique de structuration verticale des activités est commune aux deux notions (figure I-1).

Il faudra cependant attendre la fin des années cinquante et le début des années soixante pour voir des travaux se référant plus explicitement à la filière. Ce sont les économistes de l’agriculture qui ont les premiers initié la réflexion dans le sens d’un raisonnement en « filière ».

Les principaux auteurs initiateurs de ces travaux sont Milhau (1954) et Davis & Goldberg (1957). Il s’agissait alors de décrire de façon plus formelle, l’organisation technique des activités agricoles et agroalimentaires, et d’en comprendre le fonctionnement. Ce travail de formalisation devait servir à améliorer leur gestion et en assurer un meilleur suivi. Davis &

Goldberg ont proposé le concept d’« agribusiness » définit comme l’ensemble des opérations concourant à la fourniture d’intrants agricoles, les opérations de productions des fermes, le stockage, l’acheminement et la distribution des biens agricoles ainsi que des produits dérivés.

On retrouve en substance l’idée selon laquelle diverses opérations et acteurs sont techniquement liés entre eux en vue de la fourniture d’un bien donné. C’est ce même postulat de base qui sous- tend le raisonnement en filières. D’autres visions ont été proposées au cours du temps, avec des angles d’approche plus ou moins différents. M.-C. Paternoster (1980) disait à juste titre à ce propos, « [qu’]à chaque période correspond une notion de la filière plus ou moins complète, complexe. Elle fait ainsi référence à des niveaux de développement différent, à des contextes productifs et économiques différents ». L’appréhension de ce concept a donc évolué au gré des avancées théoriques et/ou empiriques.

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Figure I-1. Représentation simplifiée du découpage vertical de la filière et de la division du technique du travail

La question de la définition du concept de filière a ainsi fait l’objet d’une multitude de travaux.

Si aucune des réponses apportées ne s’est imposée comme l’unique, elles ont contribué à une meilleure compréhension et favorisé une utilisation massive du concept de filière. Nous notons toutefois l’existence d’un consensus dans la littérature, à défaut d’une définition standardisée.

Par consensus, la filière renvoie à une architecture du système productif tel qu’à partir d’une ou de plusieurs matières premières, soient mis à disposition du consommateur final, un bien ou un service après toute une série d’étapes de transformations successives. L’articulation entre ces différentes étapes est principalement de nature technique. Chacune a besoin du savoir-faire et de la technologie de la précédente pour façonner la matière sur laquelle elle travaillera à son tour. Ce sont d’ailleurs ces articulations techniques qui ont cristallisé l’attention de la plupart des théoriciens de la filière. Ces derniers se donnant pour ligne directrice d’expliquer et de découper la production de biens en étudiant les complémentarités et interdépendances technologiques entre les différents acteurs impliqués. Mais, bien avant cela, l’analyse de la filière était centrée sur le « produit ». Le terme produit étant entendu ici, soit comme la résultante d’un processus de production, soit comme la matière à l’origine dudit processus. La

Produit A

Produit B

Produit C

Produit D Division technique du

travail Filière

Processus intra-entreprises Processus inter-entreprises

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description des différentes étapes et de leur articulation n’est donc qu’un corollaire de l’analyse du produit. A son apparition, le raisonnement en termes de filière permettait ainsi de proposer un instantané de l’organisation des activités économiques concourant à l’obtention d’un bien ou service ou à l’exploitation d’une matière. Par exemple, l’étude des caractéristiques du produit « pain », induisait la description du processus qui a permis sa production. L’étude du produit de base « blé » conduisait à s’intéresser aux usages qui en étaient faits, ce qui revenait à décrire une filière.

De cette description de l’activité économique en filière ont été tirés des éléments d’aide à une catégorisation et une compréhension de stratégies de filière de la part des acteurs concernées (Morvan, 1982, pages 146-156), et pour certains à une lecture des mouvements d’intégration (ou de diversification) amont ou aval des entreprises par les analystes (Rainelli, 1991, page 224). Les objectifs poursuivis pouvant ainsi être par exemple la captation et la diffusion de l’innovation, la protection contre de nouveaux entrants, l’acquisition de pouvoir dans les négociations, etc. Deux acceptions se dégageaient des différents travaux : le raisonnement en « filière de produit » et celui en « filière de production ». La première met l’accent sur le produit final consommé, tandis que la deuxième est focalisée sur la matière première (sous-section 1.1).

Par la suite, les questions d’intégration seront dépassées au profit de réflexions sur l’existence, la formalisation et l’utilisation d’interdépendances puis des dépendances interindustrielles (sous-section 1.2). L’objet d’étude de la filière se focalisant sur les acteurs et la nature des liens les liant.

1.1 Produit final vs Matières premières

La première raison d’être du concept de filière fut la formalisation de la description des processus de production et de distribution reliés entre eux. Cette description devant servir de point de repère aux différents intervenants, directs (entreprises) ou indirects (pouvoirs publics), a été dirigée sur le produit, qu’il soit primaire ou final. Paternoster (1980) présentait à juste titre, la filière comme un enchaînement de relations nécessaires entre produits. Le terme « produit » pouvant ici être entendu comme le bien ou service résultant d’un processus de production et devant servir à satisfaire un besoin, ou comme la matière première qui subira diverses transformations.

Dans le premier cas de figure, on parlera de « filière de produit », et on la définira comme une succession d’activités menées par des acteurs pour produire, transformer, vendre et consommer un produit ; ce produit pouvant être agricole, artisanal, industriel, touristique, informatique, etc.

Références

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