Passage à la majorité chez les adolescents requérants d'asile et mineurs non accompagnés : aspects pratiques pour une approche interprofessionnelle efficace

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Passage à la majorité chez les adolescents requérants d'asile et mineurs non accompagnés : aspects pratiques pour une approche

interprofessionnelle efficace

PERNIN, Thomas, et al .

Abstract

An unaccompanied minor is a young person under 18 years of age separated from both parents and who is not cared for by an adult invested of this responsability by law or the custom. Their number has increased in Switzerland in 2015, prompting medical and social professionals to adapt their care to respond more appropriately to their needs. Specific elements of an initial health check for these young people, transcultural skills and a good knowledge of the network are necessary to provide optimal management. As these young people grow up and reach legal majority in Switzerland, it is important to anticipate a transition towards actors in the adult medical world. We propose an integrative and transversal understanding of this transition by exploring relationships with the community, associative, social, educational and mental health.

PERNIN, Thomas, et al . Passage à la majorité chez les adolescents requérants d'asile et

mineurs non accompagnés : aspects pratiques pour une approche interprofessionnelle efficace.

Revue médicale suisse , 2018, vol. 14, no. 603, p. 826-830

PMID : 29668144

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:104070

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Un mineur non accompagné est un jeune de moins de 18 ans séparé de ses deux parents qui n’est pas pris en charge par un adulte investi par la loi ou la coutume de cette responsabilité. Devant l’importante augmentation des mineurs non accompagnés arrivés en Suisse en 2015, les professionnels de santé ont adapté leur prise en charge pour mieux répondre à leurs besoins. Un bilan de santé initial adapté pour ces jeunes, l’acquisition de compétences transculturelles et une bonne connaissance du réseau sont nécessaires pour une prise en charge optimale. Ces jeunes attei- gnant leur majorité en Suisse, il est important d’étendre la ré- flexion à une transition des soins. Nous proposons une compré- hension intégrative et transversale de cette transition en explorant les relations avec le milieu communautaire et la santé mentale.

Majority in asylum seekers and unaccompanied minors Practical aspects for an effective

inter-professional approach

An unaccompanied minor is a young person under 18 years of age separated from both parents and who is not cared for by an adult invested of this responsability by law or the custom. Their number has increased in Switzerland in 2015, prompting medical and social professionals to adapt their care to respond more appropriately to their needs. Specific elements of an initial health check for these young people, transcultural skills and a good knowledge of the network are necessary to provide optimal management. As these young people grow up and reach legal majority in Switzerland, it is important to anticipate a transition towards actors in the adult medical world. We propose an integrative and transversal under­

standing of this transition by exploring relationships with the community, associative, social, educational and mental health.

INTRODUCTION

La législation considère comme mineur non accompagné (MNA) un migrant mineur (quiconque n’a pas 18 ans révolu en Suisse) séparé de ses deux parents et qui n’est pas pris en charge par un adulte investi de cette responsabilité par la loi ou la coutume. La jurisprudence du Tribunal administratif fédéral (TAF) précise qu’un requérant d’asile mineur doit être considéré comme accompagné lorsqu’il a, en Suisse, au moins l’un de ses parents ou une personne chargée de son éducation et précise que l’autorité parentale sur un deman- deur d’asile mineur n’appartenait pas d’office à ses frères et sœurs majeurs vivant en Suisse.

L’article C10 du Manuel Asile et Retour, édité par le Secréta- riat d’Etat aux migrations (SEM) de la Confédération Suisse,1 souligne la vulnérabilité particulière et la nécessité d’une mise en place de procédures spécifiques pour les requérants d’asile mineurs et non accompagnés. Il rappelle l’entrée en vigueur en Suisse, le 26 mars 1997, de la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE),2 qui souligne la nécessité d’évaluer l’intérêt supérieur de l’enfant pour toute décision le concernant.

Les mineurs non accompagnés demandeurs d’asile sont de plus en plus nombreux en Europe. En 2014, 24 075 de ces jeunes ont été recensés.3 La majorité de ces jeunes étaient des garçons (86%) et 65% d’entre eux avaient plus de 15 ans. Les pays prin- cipaux d’origine étaient l’Afghanistan, l’Erythrée, la Syrie, la Somalie, la Gambie et le Maroc. Le nombre de mineurs non accompagnés ne demandant pas l’asile est inconnu.

A Genève, une task force4 a été mandatée par le Conseil d’Etat par décision du 6 mars 2013 et a rédigé trois rapports concer- nant les conditions d’accueil des mineurs dans le canton. Le nombre d’arrivées de MNA en Suisse a très fortement aug- menté, atteignant 2736 entrées en 2015.5 Environ 200 requé- rants d’asile mineurs non accompagnés vivent actuellement à Genève. Sur le plan socio-éducatif, ces jeunes bénéficient d’un encadrement spécifique par des éducateurs ou des assistants sociaux de l’Hospice général et des tuteurs du Ser- vice de protection des mineurs dans le foyer qui les accueille.

Ils bénéficient d’une assurance maladie et les soins de pre- mier recours sont assurés par l’équipe de l’Unité santé jeunes Drs THOMAS PERNINa, DAGMAR M. HALLERb, ANNE MEYNARDc et FRANÇOISE NARRINGd

Rev Med Suisse 2018 ; 14 : 826-30

a Unité santé jeunes et Responsable de la Consultation de médecine interne générale ambulatoire pour étudiants, Service de médecine de premier recours, HUG,1211 Genève 14, b Unité santé jeunes, Service de pédiatrie générale, Département de l’enfant et de l’adolescent et Département de médecine communautaire, de premier recours et des urgences, HUG, 1211 Genève 14, et chargée de cours, UIGP, Faculté de Médecine, Université de Genève, c Chargée d’enseignement, UIGP, Faculté de médecine, Université de Genève et Centre médical de Lancy, Route de Chancy 59, 1213 Petit-Lancy , d Unité santé jeunes, Service de pédiatrie générale, Département de l'enfant et de l'adolescent et Département de médecine communautaire, de premier recours et des urgences, HUG, 1211 Genève 14 thomas.pernin@hcuge.ch | dagmar.haller-hester@unige.ch |

anne.meynard@unige.ch | francoise.narring@hcuge.ch

Passage à la majorité

chez les adolescents requérants d’asile et mineurs non accompagnés

Aspects pratiques pour une approche

interprofessionnelle efficace

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(USJ) des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Dans le cadre du suivi à l’USJ, ces jeunes bénéficient d’une approche globale permettant d’identifier et de traiter des troubles liés à la santé somatique ou mentale par une équipe multidisci- plinaire : médecins internistes généralistes, pédiatres, gyné- cologues et psychiatres formés en médecine de l’adolescent, infirmières spécialisées, une psychologue ainsi que des secré- taires médicales compétentes pour l’accueil des jeunes.

Nous proposons ici de situer l’approche du médecin de premier recours pour les soins à l’arrivée dans la perspective de la transition du passage à la majorité (18 ans) d’un MNA. Cette approche peut aussi être utilisée pour tout adolescent migrant.

PREMIÈRE CONSULTATION MÉDICALE

Vignette clinique 1

Randa est une jeune somalienne de 15 ans et demi, arrivée il y a un mois en Suisse dans le cadre d’une demande d’asile.

Vous la recevez avec un interprète communautaire pro- fessionnel pour son bilan médical. Vous vous appuyez sur les recommandations actuelles pour son bilan de santé et anticipez déjà la question du passage à l’âge adulte.

Que savez-vous :

X de l’appréciation de l’âge d’un mineur non accompagné ?

X de la possibilité de recourir à un interprète communau- taire ? de sa fonction ?

X du bilan de santé initial ?

X de l’accompagnement éducatif, des services de protec- tion de l’enfant et des services juridiques après le passage à la majorité dans votre ville/canton ?

X des parcours de formation après l’école obligatoire ?

X  des associations qui s’adressent aux jeunes migrants (adolescents et jeunes adultes) ?

X de la transition dans les services de soins adultes (accès aux soins urgents pédiatriques/adultes, lieux de soins pour jeunes migrants, cabinets pédiatriques et généra- listes familiarisés, services de santé mentale) ?

La Société suisse de pédiatrie, comme d’autres sociétés inter- nationales, recommande à ses membres6 et à tout médecin sollicité de ne pas participer à la détermination de l’âge des jeunes requérants d’asile et de prendre position dans ce sens auprès des institutions cantonales en charge de la migration.

En effet, l’âge osseux,7 l’examen physique ou dentaire sont des éléments trop approximatifs et très imprécis pour la détermination de l’âge.

Arrivée récemment, Randa ne peut avoir un entretien avec un soignant sans l’aide d’un interprète. Le coût de l’interprétariat professionnel est pris en charge par les HUG. L’Association suisse pour l’interprétariat communautaire et la médiation culturelle8 définit un interprète communautaire comme géné- ralement issu de la migration et possédant des connaissances

attestées d’au moins une langue officielle et d’au moins une langue d’interprétariat. Ils connaissent aussi la terminologie de base dans les domaines de la formation, de la santé et du social et sont en mesure d’exposer des faits et des contextes de manière compréhensible et adaptée aux destinataires.

Leur travail repose sur un code professionnel qui définit les principaux aspects de leur attitude, de leurs droits et devoirs (confidentialité) et de leurs compétences professionnelles.

Le médecin de premier recours a besoin de compétences de communication spécifiques et devra être formé aux approches transculturelles afin de savoir travailler avec un interprète communautaire et demander une médiation culturelle si besoin. Il s’agit aussi d’utiliser les éléments de la formulation culturelle ou de pouvoir comprendre le point de vue du patient et de sa famille, restée au pays, pour tenir compte des représentations en santé.

Les éléments spécifiques des antécédents médicaux et de leur utilité concernant les MNA sont résumés dans le tableau 1. Randa étant arrivée récemment en Suisse, le médecin a besoin d’informations sur son statut légal et sa situation sociale, qu’il pourra d’autant mieux cerner s’il est informé sur les procédures d’asile et les droits de l’enfant.

Ainsi, l’approche globale HEADSSS (Home, Environment, Education, Employment, Activities, Drugs, Sexuality, Sui- cide, Safety) connue de la médecine de l’adolescent devra

Eléments spécifiques à rechercher Objectifs Antécédents médico-chirurgicaux personnels Hospitalisation, injection IM/IV,

tatouages au pays Recherche d’infections transmissibles (VIH, hépatites)

Malaria/paludisme au pays Possible explications d’un hyper- splénisme et éléments à intégrer si tableau de fièvre

Contact avec la tuberculose Stratification du risque de tuberculose latente ou active

Traitement par médecine traditionnelle Explication de cicatrices à l’examen clinique, exploration de maladies antérieures

Antécédents en santé sexuelle et gynécologie Notion de rapports sexuels antérieurs et d’infections sexuellement trans- missibles

Proposition d’un bilan de dépistage des IST

ATCD de grossesse(s), fausse couche

et interruptions de grossesse Exploration de la santé sexuelle en tenant compte de l’âge Rituel traditionnel du passage à l’âge

adulte pour la femme Recherche de possible mutilation génitale féminine

Antécédents familiaux (pas toujours connus)

Parents issus de la même famille Recherche de cardiopathie congénitale Cardiovasculaires (HTA, diabète,

hypercholestérolémie, AVC, infarctus, mort subite)

Stratification du risque cardio- vasculaire

Maladies génétiques Explorations complémentaires si suspicion

TABLEAU 1 Eléments de recueil d’antécédents spécifiques pour

les adolescents migrants IM : intramusculaire ; IV : intraveineuse ; ATCD : antécédent ; IST : infection sexuellement transmissible.

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s’adapter pour intégrer les particularités propres à la jeune migrante9 (tableau 2).

L’examen clinique doit être le plus complet possible et expli- qué au jeune. Il permettra de compléter l’anamnèse avec la recherche de signe en faveur de tuberculose (asthénie, ano- rexie, amaigrissement, toux, sueurs nocturnes), de gale (pru- rit nocturne, apparition de sillons scabieux ou vésicules perlées), de caries dentaires (douleurs dentaires), de parasi- toses digestives (douleurs abdominales, perte de poids, selles sanglantes) ou de déficit visuel ou auditif ayant des consé- quences sur l’apprentissage.

L’examen centré sur le développement est particulièrement important pour des adolescents sans suivi médical pédiatrique et ayant vécu de potentielles carences nutritionnelles : mesures anthropométriques (poids, taille, indice de masse corporelle) et évaluation du développement pubertaire. La recherche de

scoliose, d’organomégalie et d’adénopathies devra être réalisée comme pour les autres adolescents. Un examen par système et la prise de tension artérielle sont nécessaires. L’examen clinique est aussi l’occasion d’observer des traces de scarifica- tions, cicatrices, séquelles de violences. Ces éléments sont à noter dans le dossier pour des raisons cliniques et médicolé- gales (établissement ultérieur d’un certificat médical).

L’orientation vers le réseau médical inclut une infirmière réfé- rente (garante du protocole de rattrapage vaccinal, de la subs- titution vitaminiques et des autres soins infirmiers généraux ainsi que l’observation de l’évolution du jeune, pour signaler rapidement au médecin l’apparition de nouveaux besoins), une psychologue ou un psychiatre si un besoin en santé mentale est détecté, d’une gynécologue selon la demande de la jeune ou l’appréciation clinique, plus ou moins d’autres spécialistes selon les situations. Le bilan paraclinique à adapter à chaque situation clinique sera réalisé selon les recommandations en vigueur.10

Eléments généraux

de l’approche HEADSSS Eléments spécifiques à rechercher chez les MNA Home(Habitation)

X Evaluer les conditions de vie au pays (parents vivants ou décédés, ensemble ou séparés, professions des parents, caractérisation de la fratrie, personne ressource dans la famille ou un cadre plus large, vie en milieu rural, semi-rural ou urbain) et les contacts restants

X Langues parlées, confession, pratiques religieuses (jeûne par exemple)

X Raison de la migration : guerre, catastrophe naturelle, migration économique, contexte de vie particulier

X Evaluer le trajet migratoire : durée du trajet, pays traversés, emprisonnements, travail forcé, abus, violences, hospitalisations, moyens de locomotion utilisés

X Statut légal (type de permis actuel, nombre d’entretiens effectués au Secrétariat d’Etat à la migration, possibilité d’une non-entrée en matière (NEM) selon le règlement de Dublin)

X Prise en charge sociojuridique actuelle : foyer actuel, assistant social et éducateur référent, curateur du Service de protection des mineurs référent, type de permis

Education and Employment

(Education et emploi) X Temps passé à l’école au pays

X Degré d’alphabétisation

X Inscription scolaire en Suisse dans une classe d’accueil, nom de l’école

X Langues parlées

X Emplois antérieurs/exploitation par adultes antérieure

X Projet professionnel, rêves d’enfant, attentes des parents Eating

(Alimentation)

X Apport alimentaire et appétit au pays, sur le trajet puis en Suisse/nourriture mal tolérée actuellement ?

X Compétences pour faire la cuisine de manière autonome essentielles pour repérer les risques de carences alimentaires Activities

(Activités) X Pratiques sportives

X Hobbies (musique, lecture…)

X Instrument de musique

X Activités en lien avec la religion/spiritualité

X Relations par téléphone ou internet avec la famille Drugs

(Drogues)

X Expérimentation des substances/consommation régulière d’alcool, tabac, cannabis ou autres produits

X Circonstances de la première consommation et des consommations habituelles

X Effets positifs et négatifs de la consommation

X Mises en danger avec ces produits Sexuality

(Sexualité)

X Identité de genre

X Orientation sexuelle

X Rapports sexuels antérieurs consentis ou non

X Education sur la sexualité et la procréation

X Connaissances et utilisation d’un préservatif/d’une contraception Suicide

(Dépression)

X Recherche de signes cliniques de dépression

X Recherche de signe de symptômes anxieux (peurs, attaques de panique, phobies, manifestations physiques d’anxiété)

X Evaluation de la qualité du sommeil

X Exploration d’un besoin de soutien psychologique Safety

(Sécurité)

X Activités ou sports extrêmes

X Accidents de la voie publique

X Rixes, bagarres au foyer ou à l’école

X Cartons rouges à l’école

X Conduites motorisées à risque (sans casque…)

X Sentiment de sécurité en Suisse (réseau mafieux, règlement de compte familial, mariages arrangés, dettes…)

TABLEAU 2 Approche HEADSSS et ses spécificités pour l’adolescent migrant récemment arrivé en Suisse MNA : mineur non accompagné.

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Le Service social international11 a publié un manuel auquel les soignants peuvent utilement se référer pour la prise en charge des MNA. L’avenir du jeune mineur et la définition d’une solution durable sont soulignés comme les fondements du passage à la majorité et d’une vie adulte épanouie.

TRANSITION DES SOINS À L’APPROCHE DE LA MAJORITÉ

Vignette 1 (suite)

Randa a désormais 17 ans et demi. Elle a été traitée par son médecin (généraliste ou pédiatre) pour une bilharziose, a reçu un traitement substitutif pour une carence en fer et en vitamine D, a actuellement une contraception pres- crite par la gynécologue et son programme vaccinal est à jour. Elle est bien intégrée à l’école, compte entrer en apprentissage prochainement et essaye de communiquer durant la moitié de la consultation en français.

La dix-septième année de vie est l’occasion d’anticiper la majorité (18 ans en Suisse). Une étude en 2013 en Autriche,

France, Hongrie et Suède par l’UNHCR (Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés) et le Conseil de l’Europe12 décrit beaucoup d’anxiété pour ces jeunes lors du passage à la majorité (18 ou 21 ans selon les pays) : peur d’une perte d’assistance sur le plan social, changement de logement, impacts sur la formation et l’insertion socioprofessionnelle future et la question du retour au pays.

Sur le plan de la santé, la transition médicale de la médecine de l’adolescent à la médecine adulte est un véritable défi pour des situations somatiques ou psychosociales com- plexes.13 Un programme de transition structuré, des ques- tionnaires spécialement élaborés pour évaluer les capacités transitionnelles du jeune,14 un compte rendu médical de syn- thèse et l’utilisation de nouvelles technologies sont proposés ainsi qu’un accompagnement du passage entre unités de soins.

Actuellement à l’Unité santé jeunes des HUG, la transition médicale des adolescents vers la médecine adulte fait l’objet d’une procédure selon un protocole expérimental permettant d’organiser des entretiens infirmiers de transition au pro- gramme Santé migrants (Service de médecine de premier recours). En l’absence de recommandation clinique dans ce domaine, ce protocole s’appuie sur les besoins des jeunes MNA.

Professionnels de santé en médecine

de l’adolescent Interprètes communautaires

et médiateurs culturels Enseignants/

Professionnels de santé scolaire

Explication et anticipation de la transition vers les structures de médecine de premier recours adulte (médecin de ville du réseau si patient francophone) ou consultations spécialisées avec interprète si patient allophone

Professionnels de santé en médecine adulte

Milieu associatif et sportif

Adolescent mineur non accompagné

allant accéder au statut de majeur

à 18 ans

Coordination avec le médecin d’adolescent et accueil du jeune préparé

Assistants sociaux/éducateurs

Vécu du milieu de vie

Interaction et vie en communauté

avec les autres jeunes Service de protection des mineurs

Explications données lors du passage à la majorité

Exploration de l’autonomisation du jeune

Proposition d’un contrat Jeune Majeur

Exploration des questions techniques relatives au droit de l’Asile Professionnels de santé mentale

pour coordination du moment opportun de la transition

Connaissance des projets de terrain et des échanges avec les jeunes

Avocats

Vécu de la situation juridique des jeunes

Recommandations générales

Eléments de médiation culturelle

Echanges informels

Ressenti relaté des jeunes concernant les rencontres avec différents professionnels

Vécu du jeune à l’école

Ebauche du projet professionnel

FIG 1 Coordination des différents professionnels dans la transition médicale des MNA

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Un entretien de préparation avec Randa aborde le passage à la majorité, dans le but d’apprécier son niveau de compréhension et d’évaluer selon les éléments médicaux et psychosociaux rapportés si le moment est opportun ou non pour effectuer une transition qui va impliquer les différents intervenants du réseau et leurs rôles spécifiques (figure 1).

La transition doit être adaptée aux adolescents et garantir l’accès à des soins de qualité. Elle peut être divisée en trois parties (phases de préparation, transfert et engagement).15 La phase de préparation permettra de discuter du passage aux soins adultes, des futurs besoins de santé, des changements de soignants référents et du cadre plus large du changement de prise en charge à 18 ans. La phase de transfert doit être consolidée par une personne ressource pouvant créer le lien entre les structures de prise en charge des adolescents mi- grants et des adultes migrants afin de favoriser une bonne communication et transmission entre les deux structures.

Enfin, la phase d’engagement correspondra à la vérification de la bonne adhésion du jeune au nouveau suivi médico-infir- mier et pourra être accompagné par une personne ressource comme une infirmière de transition.

CONCLUSION

La prise en charge des mineurs non accompagnés et des adolescents migrants entre 12 et 18 ans demande des compé- tences solides en médecine de l’adolescent, médecine tropi- cale, pédiatrie, médecine de premier recours, gynécologie, psychologie et psychiatrie ainsi que des connaissances juri- diques, du réseau social et du milieu éducatif au sein d’un réseau coordonné. Des compétences transculturelles sont utiles pour optimiser la prise en charge des jeunes et le bilan

Un adolescent migrant est avant tout un adolescent à part entière Des compétences transculturelles permettent une meilleure prise en charge initiale des patients adolescents migrants

Le bilan de santé initial permet de mettre à jour le plan vaccinal, de détecter des maladies contagieuses et parasitaires, des carences vitaminiques et d’évaluer les besoins en santé mentale de ces jeunes

Le travail coordonné en réseau avec des professionnels de la santé scolaire, du milieu éducatif et social, du milieu associatif, du milieu juridique ainsi que de la protection des mineurs est primordial

Le clinicien devra anticiper le passage à la majorité du jeune, lui expliquer ce qui changera dans sa prise en charge et se coordonner avec les professionnels de santé de médecine de l’adulte pour une transition efficace et de qualité. Cette dernière pourra être facilitée par une personne ressource comme une infirmière de transition

IMPLICATIONS PRATIQUES

1 Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) de la Confédération Suisse. Article C10 relatif aux requérants d’asile mineurs non accompagnés. Manuel Asile et Retour 2015. www.sem.admin.ch/sem/fr/home.

htm

2 Convention relative aux droits de l’enfant. 1989. Disponible sur : www.unicef.

fr/sites/default/files/convention-des- droits-delenfant

3 ** European Migration Network, European Commission. Policies, practices and data on unaccompanied minors in the EU Member states and Norway. Synthesis Report 2015.

4 Rapport concernant les conditions d’existence des mineurs dans les centres d’accueil. Task force mandatée par le Conseil d’Etat 2013. Disponible sur : www.

ge.ch/conseil_etat/2009-2013/ppresse/doc/

pointdepresse-20131113-annexe1.pdf

5 * Depallens S, Plati C, Ambresin AE.

Une population qui grandit ? Les mineurs non accompagnés aujourd’hui en Suisse.

Paediatrica 2016;27:21-2 (n° spécial).

6 Depallens S, Jäger F, Pellaud N.

Position de la Société suisse de pédiatrie : détermination de l’âge des jeunes migrants. Bull Med Suisses 2017;98:21-2.

7 Schwitzgebel V, Georg F. L’âge osseux ne permet pas de déterminer l’âge des jeunes requérants d’asile. Paediatrica 2016;27:29.

8 Association suisse pour l’interprétariat communautaire et la médiation intercultu- relle. Guide de collaboration avec les interprètes communautaires. Disponible sur : www.inter-pret.ch

9 Parisi V, Meyer de Stadelhofen L, Pechère B, et al. L’apport du guide d’entretien HEADSSS dans l’apprentissage de la démarche diagnostique avec un

adolescent : perspectives d’étudiants lors de cours à option interprofessionnels. Rev Med Suisse 2017;13:996-1000.

10 Gehri M, Jäger F, Wagner N. Prise en charge clinique de la population migrante : focus pédiatrique. Paediatrica 2016;27:3- 10 (n° spécial).

11 * Service social international. Prise en charge des mineurs non accompagnés sur le canton de Genève 2017.

www.enfants-migrants.ch/fr/sites/default/

files/adem/u115/Mapping_LongueVersion_

FR_GE_0.pdf

12 * UNHCR & Council of Europe field research on European State practice regarding transition to adulthood of unaccompanied and separated asylum- seeking and refugee children. Unaccompa- nied and separated asylum-seeking and refugee children turning eighteen : what to celebrate ? Strasbourg 2014.

13 Jacquin P, Loison S, Le Roux E, et al et le groupe Collaboratif “Pass’Age” en Ile-De-France . Adolescents et jeunes adultes atteints de diabète : réussir la transition de la pédiatrie à la médecine d’adulte. Médecine des Maladies Métaboliques 2015. Doi : 10.1016/

S1957-2557(15)30242-X 14 ** Transition Steering Group.

Southampton children’s hospital, University hospital Southampton, NHS Foundation Trust. Ready steady go materials. Disponible sur : www.uhs.nhs.

uk/readysteadygo

15 Meynard A, Ambresin AE, Suris JC.

Transition aux soins adultes : une vue d’ensemble. Rev Med Suisse 2015;11:434-7.

* à lire

** à lire absolument

paraclinique permettra de détecter les pathologies usuelles chez les jeunes. L’anticipation de la majorité doit faire l’objet d’une attention constante afin de se coordonner au mieux avec les différents collègues du réseau et de favoriser une continuité de soins au service des jeunes. Une évaluation pluridisciplinaire avec une infirmière de transition dédiée pourrait être un modèle intéressant à évaluer et à développer dans le futur.

Conflit d’intérêts : Les auteurs n’ont déclaré aucun conflit d’intérêts en relation avec cet article.

Figure

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