HAL Id: tel-00724666
https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00724666
Submitted on 22 Aug 2012
HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of sci- entific research documents, whether they are pub- lished or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers.
L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d’enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés.
Élites, pouvoirs et vie municipale à Brest, 1750-1820
Bruno Baron
To cite this version:
Bruno Baron. Élites, pouvoirs et vie municipale à Brest, 1750-1820. Histoire. Université de Bretagne occidentale - Brest, 2012. Français. �NNT : 2012BRES0002�. �tel-00724666�
1 THESE / Université de Bretagne Occidentale
sous le sceau de l’Université Européenne de Bretagne pour obtenir le titre de DOCTEUR DE L’UNIVERSITÉ DE BRETAGNE OCCIDENTALE Mention : HISTOIRE Ecole doctorale Sciences Humaines et Sociales
présentée par
Bruno BARON
Préparée à l’Unité de recherche n° EA 4451 Laboratoire du Centre de Recherche Bretonne et Celtique de l’Université de Bretagne Occidentale
Élites, pouvoirs et vie municipale à Brest,
1750-1820
Thèse soutenue le 23 juin 2012 devant le jury composé de :
Laurent COSTE
Professeur en histoire moderne, Université de Bordeaux III.
Stéphane DURAND
Professeur en histoire moderne, Université d’Avignon.
Philippe JARNOUX
Professeur en histoire moderne, Université de Brest.
Hervé LEUWERS
Professeur en histoire moderne, Université de Lille III.
Guy SAUPIN
Professeur en histoire moderne, Université de Nantes.
Yvon TRANVOUEZ
Professeur en histoire contemporaine, Université de Brest.
Sous le sceau de l’Université Européenne de Bretagne
Université de Bretagne Occidentale – Brest
Ecole doctorale Sciences Humaines et Sociales Centre de Recherche Bretonne et Celtique (EA 4451)
ÉLITES, POUVOIRS ET VIE MUNICIPALE À
BREST,
1750 - 1820
Tome I
Thèse pour l’obtention du doctorat en histoire Présentée par Bruno BARON
Directeur de thèse : Philippe JARNOUX Le 23 juin 2012
Jury :
- Laurent COSTE, Professeur en histoire moderne, Université Bordeaux III.
- Stéphane DURAND, Professeur en histoire moderne, Université d’Avignon.
- Philippe JARNOUX, Professeur en histoire moderne, Université de Brest.
- Hervé LEUWERS, Professeur en histoire moderne, Université de Lille III.
- Guy SAUPIN, Professeur en histoire moderne, Université de Nantes.
- Yvon TRANVOUEZ, Professeur en histoire contemporaine, Université de Brest.
REMERCIEMENTS
À Philippe Jarnoux pour ses conseils, ses orientations et le temps qu’il a bien voulu me consacrer.
Il a su m’accompagner jusqu’à l’aboutissement de ce travail, qu’il en soit ici remercié. Je l’assure de toute ma gratitude.
À Cathy pour sa présence et son soutien sans faille. Elle a accepté de faire des concessions pour que je puisse aller au bout de mon rêve.
À Nicole pour le temps qu’elle a bien voulu me consacrer à relire mes écrits, même si le suspense qu’elle affectionne dans ses lectures quotidiennes n’était pas tellement au rendez-vous !
À Christine Berthou-Ballot et à toute l’équipe des Archives municipales de Brest pour leurs compétences et leur professionnalisme. Ils m’ont permis d’avoir accès à des documents inestimables pour mener à bien mes recherches.
À Dominique des Archives départementales du Finistère pour sa gentillesse et sa connaissance des arcanes archivistiques.
À l’ensemble du personnel du Centre de Documentation du C.R.B.C.. La bibliothèque Yves Le Gallo est un outil précieux et indispensable pour réussir un tel travail.
À l’équipe du Service historique de la Défense à Brest pour les services qu’il offre aux doctorants.
Au personnel de la Bibliothèque Universitaire (site de la faculté Ségalen) et plus particulièrement à Mme Léostic du service du prêt entre bibliothèques pour sa disponibilité.
À Michèle Daniel pour toutes les photos qu’elle a prises aux Archives nationales.
ABREVIATIONS
Annales de Bretagne AB
Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest ABPO
Annales de démographie historique ADH
Annales historiques de la Révolution française AHRF Annales, Économies, Sociétés, Civilisations AESC
Archives départementales d'Ille et Vilaine Arch. dép. I.&V.
Archives départementales du Finistère Arch. dép. Finistère
Archives municipales de Brest Arch. mun. Brest
Archives nationales Arch. nat.
Bulletin de la Société Académique de Brest BSAB
Bulletin de la Société Archéologique du Finistère BSAF Bulletin mensuel de la Société polymathique du Morbihan BMSPM
Histoire, économie et société HES
Mémoire de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Bretagne MSHAB
Revue de Bretagne RB
Revue d'histoire économique et sociale RHES
Revue d'Histoire Moderne RHM
Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine RHMC
Revue Historique RH
Revue Historique de l'Ouest RHO
Service historique de la Défense de Brest SHD Brest
SOMMAIRE
INTRODUCTION……….. 7
1ère partie : UNE DIFFICILE AFFIRMATION MUNICIPALE DANS UN PORT MILITAIRE (1750 – 1789)………. 19
Chapitre I – Les pouvoirs dans la ville………...… 21
Chapitre II – L’organisation du corps de ville……… 65
Chapitre III – Le corps de ville au quotidien……….. 103
Chapitre IV – Les relations de pouvoir dans une société hiérarchisée..…………. 136
Chapitre V – Images sociales du corps de ville……….. 189
Conclusion de la 1ère partie…...……….. 232
2ème partie : DIX ANNÉES DE RÉVOLUTION (1789 – an VIII)……… 237
Chapitre VI – L’année 1789………... 239
Chapitre VII – La réorganisation municipale (mars 1790)………. 280
Chapitre VIII – Des Brestois, acteurs politiques de la Révolution……… 307
Chapitre IX – La redistribution des pouvoirs (1790 – an VIII)………... 367
Chapitre X – Du local au national : les administrations municipales face aux évènements révolutionnaires……… 413
Conclusion de la 2ème partie.……….. 457
3ème partie : AN VIII – 1820 : L’ÉTAT, SES SERVITEURS ET LES NOTABLES BRESTOIS……… 461
Chapitre XI – Une incessante redistribution des pouvoirs……….. 463
Chapitre XII – La confirmation d’une élite locale……….. 497
Chapitre XIII – Une administration municipale nommée et surveillée…….…… 533
Chapitre XIV – Les autorités municipales face aux quotidiens……….. 567
Conclusion de la 3ème partie..……….…. 603
CONCLUSION GÉNERALE..……….…. 607
TABLE DES ANNEXES……….….. 617
ANNEXES……….. 619
TABLE DES TABLEAUX……… 835
TABLE DES GRAPHIQUES………..………. 839
TABLE DES CARTES ET PLANS ……… 841
SOURCES……….……. 842
BIBLIOGRAPHIE……… 858
INDEX DES NOMS DE PERSONNES……….…… 892
TABLE DES MATIÈRES………..……… 901
INTRODUCTION
« Brest est une ville bien construite, avec beaucoup de rues régulières et agréables, et le quai, où maints vaisseaux de guerre sont amarrés, pendant que d’autres mettent à la voile, a beaucoup de cette vie et de ce mouvement qui animent un port de mer. »1 Cette citation d’Arthur Young résume la situation brestoise de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle. Cité de construction récente, Brest est une ville-champignon. La volonté royale depuis le XVIIe siècle d’en faire le port principal de la marine de guerre sur l’Atlantique lui a valu un développement rapide. Aménagements portuaires, constructions de logements, organisations de voies de communication jalonnent l’histoire brestoise. Au milieu du XVIIIe siècle, la cité est reconnue dans le royaume pour son rôle militaire prépondérant sur la façade atlantique.
La ville abrite un port mixte d’activités militaires et commerciales, un arsenal qui se développe et une population qui avoisine les 20 000 âmes2. En tant que ville maritime, Brest « n’est pas seulement un territoire dominé par le commerce et l’activité des arsenaux », c’est aussi « un espace vécu et le produit d’une représentation collective. »3
Notre étude débute en 1750 pour deux raisons : l’une tient à des considérations historiques et l’autre à des réalités pratiques. À partir de la moitié du XVIIIe siècle, les institutions municipales brestoises se stabilisent et ne changeront plus jusqu’à la Révolution. Les modalités de fonctionnement et de composition du corps de ville offrent ainsi des éléments d’analyse et de comparaison suffisants sur une durée de quarante ans, avant que les administrations locales connaissent une uniformisation à partir des lois de décembre 1789. L’autre raison qui motive le choix de cette date de 1750 se trouve dans la nature et la quantité des archives. Avant cette date, les archives conservées – notamment aux Archives municipales de Brest et aux Archives départementales d’Ille-et-Vilaine – ne constituent pas une masse assez importante pour donner une vision, des éléments de comparaison, des arguments et des axes de recherche suffisants. En revanche, à partir de cette date, registres de délibérations et registres de correspondance constituent une collection quasi complète, même si on doit encore regretter quelques lacunes dans les archives du Service historique de la Défense à Brest, source de documentation complémentaire indispensable pour une ville telle que Brest.
1 YOUNG Arthur, Voyages en France 1787, 1788, 1789. Journal de voyages, Tome I, Paris, A. Colin, rééd. 1976, p. 235-236.
2 LÉVY André, « Brest : 1681-1789 ou la croissance d’une ville champignon », Cahiers de l’Iroise, n°113, 1982, p. 5-12.
3 OUTET Frédéric, « De l’usage de la mer dans l’histoire des villes portuaires. Espace maritime et identités urbaines en France (XVIIe-XVIIIe siècles) », La ville maritime. Temps, espaces et représentations. Actes du colloque juillet 1996, Brest, CRBC, 1996, p. 25-38.
Deux raisons motivent également la date de clôture de 1820. Tout d’abord dans les années 1815- 1820, on assiste à la disparition d’une génération d’hommes ayant marqué l’histoire de Brest par un investissement politique qui, pour certains, avait débuté sous l’Ancien Régime comme Louis Branda, Charles-Louis Gillart ou Jean-Pierre Guilhem.
De plus, à partir de la seconde Restauration, quelques nouveaux venus, inconnus jusque-là, se démarquent du reste de la société locale et engagent une carrière politique qui les mènera pour quelques- uns d’entre eux jusque dans les années 1840-1850. Cette période et ces milieux ont déjà été étudiés et analysés par Yves Le Gallo dans sa thèse sur Brest sous la Monarchie de Juillet4, ce qui justifie que nous n’y revenions pas.
En prenant ces limites chronologiques, nous avons choisi volontairement de ne pas respecter la coupure académique entre les époques moderne et contemporaine5. Cela permet de comprendre et d’analyser l’évolution des individus à travers les successions de régimes politiques et de tenter de connaître leurs réactions au gré des évènements. « Relativiser la rupture traditionnellement imputée à la Révolution dans le domaine institutionnel »6 permet également de s’interroger sur la continuité dans l’exercice du pouvoir municipal ou dans le choix et les rôles des différents acteurs politiques. Si la Révolution a marqué la disparition de la société d’ordres, les acteurs de l’Ancien Régime n’ont pas tous remisé leurs ambitions politiques. Nous assistons à une redistribution des rôles mais pas obligatoirement à une extinction d’une classe ou à l’émergence exclusive d’une catégorie d’hommes. Des individus ont ainsi traversé les époques, arrivant toujours à profiter du système pour se maintenir sur le devant de la scène.
Car si 1789 constitue indéniablement une césure dans l’organisation générale du pays, à l’échelle locale il n’en a pas toujours été de même. Depuis deux décennies, cette barrière est souvent franchie par les historiens afin d’obtenir une vision plus globale des transformations ainsi que l’illustrent les thèses de Laurent Coste sur Bordeaux, de Georges Fournier sur les villes du Languedoc, de Stéphane Durand sur l’Hérault, de Christian Kermoal sur le Trégor, de Béatrice Baumier sur Tours ou de Sylvain Turc sur Grenoble7.
Au cœur de cette étude, se trouve la question de la structuration de la municipalité, de son fonctionnement et de sa position dans la hiérarchie des pouvoirs qui régentent l’espace urbain. Pour
4 LE GALLO Yves, Études sur la Marine et l’officier de Marine. Brest et sa bourgeoisie sous la Monarchie de Juillet, Quimper, Imp. Cornouaillaise, 1968.
5 MARAIS Jean-Luc, « La sociabilité des élites fut-elle brisée par la Révolution ? Angers 1764-1854 », HAUDRERE Philippe (dir.), Pour une histoire sociale des villes. Mélanges offerts à Jacques Maillard, Rennes, PUR, 2006, p. 323-338.
6 BAUMIER Béatrice, Tours entre Lumières et Révolution. Pouvoir municipal et métamorphoses d’une ville (1764-1792), Rennes, PUR, 2007, p. 467.
7 COSTE Laurent, La difficile gestion municipale d’une grande ville sous l’Empire : Bordeaux de 1805 à 1815, thèse de doctorat de 3ème cycle (dir. Jean-Pierre Poussou), Bordeaux, Université de Bordeaux III, dactyl., 1990. FOURNIER Georges, Démocratie et vie municipale en Languedoc du milieu du XVIIIe au début du XIXe siècle, 2 tomes, Association Les Amis des archives de Haute-Garonne, 1994. DURAND Stéphane, Pouvoir municipal et société locale dans les petites villes de l’Hérault aux XVIIIe et XIXe siècles : le cas de Mèze de 1675 à 1815, thèse de doctorat (dir. François-Xavier Emmanuelli), Montpellier, Université de Montpellier III, dactyl., 2000. KERMOAL Christian, Les notables du Trégor. Éveil à la culture politique et évolution dans les paroisses rurales (1770-1850), Rennes, PUR, 2002. BAUMIER Béatrice, Tours entre Lumières et Révolution. Pouvoir municipal et métamorphoses d’une ville (1764-1792), Rennes, PUR, 2007. TURC Sylvain, Les Élites grenobloises, des Lumières à la Monarchie de Juillet. Noblesses, notabilités et bourgeoisies. 1760-1848, Grenoble, PU Grenoble, 2009.
comprendre cette construction politique municipale et les rapports de force dans la ville, il faut à la fois observer le fonctionnement des institutions, connaître les individus qui composent chaque groupe et analyser les relations entre tous ces hommes. Il faut tenter de cerner le parcours de tous les intervenants (carrière professionnelle, origine géographique, liens, réseaux) mais aussi essayer de définir le poids qu’ils ont pu avoir sur la cité : ont-ils tous eu un rôle prépondérant ? Ont-ils vraiment influé sur la vie socio- politique ou économique ?
Observer soixante-dix ans de vie municipale et de jeux de pouvoir suppose évidemment d’interroger les dynamiques à l’œuvre, en particulier à partir de la Révolution. Si les changements institutionnels apportés par la Révolution et les régimes qui ont suivi sont évidents et radicaux, ont-ils modifié en profondeur le paysage politique brestois et se traduisent-ils concrètement par un renouvellement du personnel politique ? Comment les élites sociales et politiques de Brest ont-elles vécu les modifications institutionnelles et les bouleversements intervenus au niveau du pouvoir central ?
Travailler sur une seule ville, Brest, permet « d’en explorer au maximum les sources et de saisir des mécanismes de la vie communautaire »8, d’en saisir la complexité et les particularités et de cerner au mieux les différents groupes sociaux et leur manière d’agir ou de se représenter. En matière de fonctionnement politique municipale, le foisonnement des modèles institutionnels d’Ancien Régime s’oppose assez clairement à l’uniformisation réalisée à partir de 1790 : le premier rend parfois nécessaire d’appliquer son regard à une seule ville tout en la situant dans des ensembles similaires tandis que le second permet des rapprochements plus aisés. L’abondance relative, mais récente, de la bibliographie sur ces questions, rend ces comparaisons fructueuses.
Toutefois, la plus grande partie de cette étude reposant sur la place de la municipalité, il est fondamental de s’interroger sur différents points. Quels sont les liens et les rapports entre les membres du corps de ville ou du conseil municipal ? De quelles façons exercent-ils leurs fonctions ? Avec les successions de régimes politiques, peut-on parler de continuité ou de rupture dans la composition des différentes administrations ? À l’intérieur de ces institutions, y a-t-il possibilité de dégager un profil-type de l’officier municipal ou au contraire les dissemblances sont t-elles si fortes que l’on peut considérer la société politique locale comme hétérogène ? Des rivalités ou antagonismes pour le pouvoir ont-ils existé ? Ces questionnements sur l’autorité municipale ne sont pas nouveaux ; Jean-Pierre Poussou en 2000 les formulait en ces termes : « La dialectique du pouvoir et de la ville est totale : la ville est un pouvoir ; elle est un lieu de pouvoir, elle est un enjeu de possession, ou au moins de contrôle, pour les autres pouvoirs ; enfin, le fonctionnement et le contrôle de l’autorité et des institutions urbaines n’ont cessé de donner lieu à des luttes de pouvoir. »9
8 MOUYSSET Sylvie, Le pouvoir dans la bonne ville. Les consuls de Rodez sous l’Ancien Régime, Rodez Toulouse, CNRS, 2000, p. 22.
9 POUSSOU Jean-Pierre « Introduction », SAUPIN Guy (coord.), Le pouvoir urbain dans l’Europe atlantique du XVIe au XVIIIe. Colloque Nantes janvier 2000, Nantes, Ouest-éditions, 2002, p. 7.
Si l’on traite ici d’élites sociales et d’élites municipales, il est impératif de tenter d’abord de définir les termes car « étudier une société, c’est notamment décrire et expliquer ses hiérarchies et les groupes qui la composent. »10
Mais dans cette étude, il faut assurément différencier les élites sociales des élites politiques, car le plus souvent à Brest, les deux ensembles ne se superposent pas exactement. Si l’autorité municipale a toujours été l’apanage d’un petit cercle considéré comme l’élite politique, le pouvoir réel était détenu par une élite sociale le plus souvent étrangère à la cité : les officiers de marine presque tous issus de la vieille noblesse militaire du royaume. Par ailleurs, en raison de l’importance stratégique du port et de la ville, le pouvoir central a toujours établi à Brest des représentants directs et autoritaires, commandants et intendants de marine, représentants en mission, préfets maritimes ou sous-préfets qui ont toujours la primauté sur les édiles, rejetés au second plan ou contraints à l’obéissance muette. Reste à savoir, toutefois, comment comparer la domination sociale collective d’un groupe : les officiers de marine, du pouvoir détenu par certains individus après 1789 ?
Après 1789 et la suppression des ordres, les rapports de force évoluent mais les autorités municipales restent contrôlées. Il n’y a plus de domination sociale collective d’un groupe (les officiers de marine) mais il reste une réelle autorité militaire d’encadrement. Les municipalités qui se succèdent subissent toujours cette présence et il suffit parfois d’un individu pour que cette domination devienne pesante.
Peut-on définir de la même manière les élites de 1765, de 1795, de 1805 ou de 1820 ? Car « à chaque époque certains états, fonctions ou professions passent pour supérieurs à d’autres et jouissent de plus de pouvoir, de fortune ou de considération. »11 Devant les redistributions fréquentes de pouvoirs intervenues au cours de ces soixante-dix ans, l’image des élites a évolué. Elles « ne se définissent pas seulement par leur statut, leur fortune ou leurs fonctions. Elles ont besoin, pour être reconnues, de bénéficier d’un prestige dont les supports sont variés et peuvent différer selon les temps. »12 De plus, du XVIIIe siècle au milieu du XIXe siècle, « la hiérarchie et la composition du milieu des élites se modifient en profondeur. »13
Différenciées du peuple, les élites se démarquent par des signes extérieurs qui reposent sur « le logement, l’habit, le langage, les manières et les mœurs »14 et la maîtrise d’une culture académique reste leur apanage15. La société étant hétérogène, elles établissent un rapport dominants-dominés dans lequel l’exclusion socioéconomique leur confère une supériorité.
10 ANTOINE Annie, MICHON Cédric (dir.), Les sociétés au 17e siècle. Angleterre, Espagne, France, Rennes, PUR, 2006, p.
14.
11 CHALINE Jean-Pierre, « La sociabilité mondaine au XIXe siècle », FUMEROLI Marc, BROGLIE (de) Gabriel, CHALINE Jean-Pierre, Élites et sociabilité en France. Actes du colloque Paris 22 janvier 2003, Paris, Perrin, 2003, p. 22.
12 CHAUSSINAND-NOGARET Guy (dir.), Histoire des élites en France du XVIe au XIXe siècle, Paris, Taillandier, 1991, p.
300.
13 TURC Sylvain, Les Élites grenobloises, des Lumières à la Monarchie de Juillet. Noblesses, notabilités et bourgeoisies. 1760- 1848, Grenoble, PU Grenoble, 2009, p. 33.
14 BIANCHI Serge, La révolution culturelle de l’an II. Elites et peuples 1789-1799, Paris, Aubier, 1982, p. 5.
15 CHAUSSINAND-NOGARET Guy (dir.), Ibid., p. 304.
Jusqu’en 1789, le terme élite rime souvent avec noblesse. Car en abordant la question des élites sous l’Ancien Régime, peut-on réellement dissociée cette notion de celle des ordres ? L’élite du royaume repose essentiellement sur un groupe restreint d’individus qui par le sang ou par la reconnaissance royale disposent de l’autorité. Si la noblesse est « le stade suprême de l’ascension sociale »16, elle n’est pas toujours synonyme de fortune. Pour faire partie de l’élite nobiliaire, il faut souvent posséder à la fois une aisance financière et une position de prestige, qu’elle soit militaire ou administrative car la noblesse est elle-même fortement hiérarchisée. « Être noble, c’est d’abord l’être dans le regard des autres par le genre de vie adopté et les fonctions occupées. »17 Il est donc indispensable de distinguer une noblesse de service – l’armée – qui n’a pas d’ambitions politiques, et une noblesse qui veut accéder aux emplois en fonction du mérite et non pas de la naissance, cette dernière se rapprochant en ce sens de la bourgeoisie18.
À Brest, la noblesse militaire est omniprésente et constitue l’élite sociale de la cité. Elle domine dans tous les domaines, par les différents pouvoirs qu’elle détient, une élite locale plus modeste constituée d’une bourgeoisie qui appuie sa richesse sur le négoce et sa respectabilité sur les offices de justice. Peut- on dès lors intégrer le bourgeois à l’élite d’Ancien Régime ou le noble peut-il seul se targuer d’en faire partie ? En se basant uniquement sur le principe des ordres, le bourgeois urbain arrive en second rang et ne peut se hisser à la hauteur de la noblesse, même si par son mode de vie et ses moyens financiers, il ambitionne de s’élever dans l’échelle sociale.
Dans la seconde moitié de l’époque moderne, la bourgeoisie urbaine tend pourtant à intégrer le cercle des élites en atteignant le rang de notables, souvent par le biais de l’acquisition d’un office ou la participation à l’administration municipale. De ce fait « le notable est avant tout un individu que sa position sociale met en évidence » et « la notabilité s’impose quand un même individu cumule plusieurs fonctions et profite de ce cumul. »19 Car au XVIIIe siècle, le bourgeois aspire à obtenir des responsabilités en corrélation avec sa position économique. Il estime faire partie de « la structure supérieure du tiers état urbain »20 même s’il est relégué dans la société à une place subalterne derrière le représentant de la noblesse. À Brest, l’élite sociale constituée principalement par la noblesse militaire ne participe pas directement à l’administration de la ville, la jugeant sans doute indigne de son rang et laissant cette prérogative, qu’elle estime secondaire, à des élites locales qui peuvent être qualifiées de notables et bourgeoises.
Toutefois, « définir la bourgeoisie d’Ancien Régime demeure toujours aléatoire car c’est un groupe social qui, dans sa couche supérieure, se situe volontiers dans un état de transition vers la noblesse »21. Dans la pratique quotidienne, il nous faut distinguer deux modalités de constitution des élites : d’une part, le prestige et la respectabilité sociale, d’autre part les réalités économiques et de
16 BIANCHI Serge, Ibid., p. 5.
17 SAUPIN Guy, La France à l’époque moderne, Paris, A. Colin, 2006, p. 47.
18 CHAUSSINAND-NOGARET Guy, « Aux origines de la Révolution : noblesse et bourgeoisie », Annales Economies Sociétés Civilisations, n°30-2, 1975, p. 265-278.
19 JARNOUX Philippe, « Les citadins et le monde rural dans la Bretagne du XVIIIe siècle », Élites et notables en Bretagne de l’Ancien Régime à nos jours. Actes de colloque (1997-1998), Brest, CRBC, 1999, p. 57-68.
20 GUIGNET Philippe, Les sociétés urbaines dans la France moderne, Paris, Ellipses, 2006, p. 53.
21 SAUPIN Guy, Ibid., p. 51.
pouvoir. Des interactions et interférences multiples contribuent de plus à rendre complexe et fluctuantes les définitions respectives.
À partir de la Révolution, les compositions élitaires se transforment en profondeur : les élites sociales se renouvellent et les élites politico-locales prennent une autre dimension. La déchéance rapide de la noblesse et la disparition de l’ordre en tant que tel laissent place à de nouvelles catégories d’individus issus du Tiers-état. Les anciennes élites roturières prennent ainsi le pas sur les nobles et se substituent à l’élite sociale qui dirigeait le pays. Les bourgeois des villes bénéficient alors d’une promotion sociale qui résulte directement de la disparition de la noblesse, de la redistribution des pouvoirs et de la multiplication des fonctions administratives permettant à nombre d’entre eux d’accéder à des positions d’autorité. Dès lors, des individus qui avaient la puissance économique (négociants), des détenteurs d’offices subalternes et des professions libérales (avocats, notaires, greffiers) ou des fonctionnaires civils se retrouvent sur le devant de la scène, formant une élite politique à tous les échelons du pays qui remplace désormais l’élite sociale qui monopolisait la majeure partie des pouvoirs.
Avec l’avènement de l’Empire, la mise en avant des notables fait d’eux désormais les détenteurs de « tous les leviers de commande : ceux de la politique, de l’administration, de l’économie traditionnelle (la terre) ou nouvelle (l’industrie ou les sociétés capitalistes en voie d’émergence) et de la culture. »22 Dorénavant, « les vrais notables sont les hommes les plus hauts placés et les plus proches du pouvoir d’État. »23 À Brest, une bourgeoise impériale puis de Restauration s’est progressivement mise en place.
Elle s’appuie principalement sur des individus issus du négoce, sur des propriétaires-rentiers et sur quelques hommes de loi. Cette élite politique n’a pourtant plus autant de pouvoirs qu’a pu avoir dans un passé récent sa devancière. Le pouvoir municipal est strictement contrôlé et encadré par une élite de fonctionnaires et d’agents de l’État qui détiennent le pouvoir réel.
Entre 1750 et 1820, les élites brestoises ont évolué dans leur composition locale, politique et sociale. Celles de 1820 n’ont plus le même profil que celles de 1750, une transformation en profondeur s’est réalisée modifiant les rapports au sein de la société.
Dans les années 1970-1980, Guy Chaussinand-Nogaret et Louis Bergeron ont ouvert la voie à un chantier considérable : étudier l’individu non pas en tant que tel mais à l’intérieur d’un ensemble, offrant ainsi d’innombrables perspectives24. Depuis, ce chemin a été largement emprunté. Aujourd’hui, l’historiographie dispose d’un nombre volumineux d’écrits reprenant les mêmes voies et associant prosopographie et histoire sociale et politique25. Tout cela étant complété par des dictionnaires
22 CHARLE Christophe, Histoire sociale de la France au XIXe siècle, Paris, Seuil, 1991, p. 41.
23 CHARLE Christophe, Ibid., p. 43.
24 BERGERON Louis, CHAUSSINAND-NOGARET Guy, Les masses de granit. Cent mille notables du Premier Empire, Paris, EHESS, 1979. BERGERON Louis, « Un dictionnaire de biographie sociale : les grands notables du Premier Empire », Bourgeoisies de province et Révolution. Actes du colloque de Vizille 1984, Grenoble, PU Grenoble, 1987, p. 109-113.
CHAUSSINAND-NOGARET Guy (dir.), Histoire des élites en France du XVIe au XIXe siècle, Paris, Taillandier, 1991.
25 Voir par exemple : SAUPIN Guy, Nantes au XVIIe siècle, vie politique et société urbaine, Rennes, PUR, 1996. SAUPIN Guy, « Élite sociale et pouvoir municipal dans les villes littorales de Bretagne aux Temps modernes », LE BOUËDEC Gérard, CHAPPE François (dir.), Pouvoirs et littoraux du XVe au XXe siècle. Actes du colloque international de Lorient (24,25,26 septembre 1998), Rennes, PUR, 2000, p. 85-97. SAUPIN Guy (dir.), Histoire sociale du politique. Les villes de l’Ouest
biographiques tels que celui de Bernard Gainot sur les membres du Comité de Salut Public, de Edna Hindie Lemay sur les Constituants, de Luc Boisnard sur les élites impériales ou celui, plus ancien, de Jean Pascal sur les députés bretons26.
Dans le domaine de l’histoire urbaine, deux types d’ouvrages se dégagent : les études monographiques abordant la vie d’une cité et celles élargissant le regard à un espace géographique plus étendu.
Le premier est apparu dès l’époque moderne avec des histoires de villes qui prenaient parfois la forme d’annales ou de livres d’or27 et s’est prolongé tout au long des XIXe et XXe siècles. La grande collection d’histoire urbaine des Editions Privat28 a ensuite inscrit l’histoire des villes dans le renouveau de l’école historique française avant que les deux dernières décennies du XXe siècle ne voient réapparaître des études analysant, sur une période plus ou moins longue, les institutions et la vie municipale : Jacques Maillard et Angers en 1984, T.J.A. Le Goff et Vannes en 1989, Benoît Garnot et Chartres en 1991, René Favier et les villes du Dauphiné en 1993, Guy Saupin et Nantes en 1996, Xavier Hourblin et Reims en 2008.29 Ces études souvent très fines ont permis d’appréhender la complexité et la multiplicité des comportements et fonctionnements d’une ville. Et elles ont assurément contenté Jean Meyer qui se plaignait en 1974 qu’« en France, l’histoire urbaine des XVIe-XVIIIe siècles est restée longtemps, sinon négligée, du moins sous privilégiée par rapport à l’étude des masses rurales. »30
Parallèlement à ces études locales, l’historiographie s’est enrichie d’ouvrages analysant et présentant les diverses formes d’autorités municipales sur un territoire plus vaste, allant de la province au pays. Pour la Bretagne, le travail d’Antoine Dupuy sur l’administration municipale au XVIIIe siècle31 a longtemps servi de référence par la diversité de ses intérêts et la précision de son érudition, puis Jean Quéniart en 197832 s’est intéressé aux pratiques culturelles urbaines, Claude Nières en 200433 a également travaillé sur les villes bretonnes dans leur ensemble mais s’il étudie le rôle des municipalités dans les aménagements urbains, il ne fait qu’une place modeste aux structures politiques locales. À l’échelle de la
atlantique français à l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècle), Rennes, PUR, 2010. JARNOUX Philippe, Les bourgeois et la terre. Fortunes et stratégies foncières à Rennes au XVIIIè siècle, Rennes, PUR, 1996. JARNOUX Philippe, « Horizons maritimes : les bourgeoisies urbaines en Bretagne sous l’Ancien Régime, enclavements et ouvertures », Élites et notables de l’Ouest, XVIe-XXe siècles, entre conservatisme et modernité, Rennes, PUR, 2003, p. 247-262.
26 GAINOT Bernard, Dictionnaire des membres du Comité de salut public, Paris, Tallandier, 1990. LEMAY Edna Hindie, Dictionnaire des Constituants 1789-1791, Paris, Universitas, 1991. BOISNARD Luc, Élites bretonnes sous l’Empire, Ille-et- Vilaine et Finistère. Dictionnaire biographique, Saint-Malo, 1998. PASCAL Jean, Les députés bretons de 1789 à 1983, Paris, PUF, 1983.
27 Voir par exemple à l’échelle bretonne, le travail de Joseph Daumesnil sur Morlaix (DAUMESNIL Joseph, ALLIER Adolphe, Histoire de Morlaix, Morlaix, 1879), celui de Jean-Louis Dauvin sur Brest (DAUVIN Jean-Louis, Essais topographiques, statistiques et historiques sur la ville, le château, le port et la rade de Brest, Brest, 1816) ou les écrits de Stéphane de La Nicollière-Teijeiro sur la ville de Nantes (LA NICOLLIÈRE-TEIJEIRO (de) Stéphane, Le Livre doré de l’Hôtel de ville de Nantes avec les armoiries et les jetons des maires, Nantes, Grinsard, 1873).
28 Ces ouvrages abordent relativement rapidement pour la plupart des villes les réalités municipales.
29 MAILLARD Jacques, Le pouvoir municipal à Angers de 1657 à 1789, 2 tomes, Angers, PU Angers, 1984. LE GOFF T.J.A., Vannes et sa région : ville et campagne dans la France du XVIIIe siècle, Loudéac, Salmon, 1989. GARNOT Benoît, Un déclin : Chartres au XVIIIe siècle, Paris, CTHS, 1991. FAVIER René, Les villes du Dauphiné aux XVIIe et XVIIIe siècles, Grenoble, PU Grenoble, 1993. SAUPIN Guy, Nantes au XVIIe siècle, vie politique et société urbaine, Rennes, PUR, 1996. HOURBLIN Xavier, Les finances de Reims à la fin de l’Ancien Régime. 1765-1789, Paris, CHEFF, 2008.
30 MEYER Jean, « Quelques vues sur l’histoire des villes à l’époque moderne », AESC, n°29-6, 1974, p. 1551-1568.
31 DUPUY Antoine, Études sur l’administration municipale en Bretagne au XVIIIe siècle, Paris, Librairie A. Picard, 1891.
32 QUÉNIART Jean, Culture et société urbaine dans la France de l’Ouest au XVIIIe siècle, Paris, Klincksieck, 1978.
33 NIÈRES Claude, Les villes de Bretagne au XVIIIe siècle, Rennes, PUR, 2004.
province, les travaux sur l’institution municipale ont surtout été relancés par la thèse de Guy Saupin sur Nantes34 et le travail de Samuel Le Goff sur les petites villes en est un exemple35. Sur un plan national, les mêmes questionnements historiographiques sur la vie municipale d’Ancien Régime ont longtemps été incarnés par le solide travail de Maurice Bordes36 avant que des chercheurs comme Philippe Guignet – qui a ruiné « le mythe de la célèbre caste municipale »37 – ou François-Joseph Ruggiu38, sous des angles très différents, ne rénovent les interrogations et que de vraies synthèses deviennent possibles, celle de Guy Saupin puis de Laurent Coste39 par exemple. Le premier a fait « une interprétation de l’histoire sociale des institutions municipales », quant au second, il a « dressé une très utile synthèse comparative du renouvellement des oligarchies municipales à l’échelle du royaume. »40
En revanche, tous ces ouvrages basés sur la diversité des institutions municipales ont pour cadre l’Ancien Régime. À partir des années 1790, un grand vide existe. Dans les écrits consacrés au monde urbain pour les périodes de la Révolution, du Consulat, de l’Empire et de la Restauration, il est essentiellement fait allusion à la mise en place de la première administration communale au printemps 1790, au développement du principe de notabilité voulu par Napoléon Bonaparte et aux destitutions provoquées à la suite du retour de la monarchie. Entre ces quelques points de repère, le manque d’informations est criant. Déjà en 1968, Jean-René Suratteau constatait que « depuis longtemps, les historiens de la période révolutionnaire regrettent – à juste titre – l’absence d’études érudites locales sur les différents départements français. »41
Diverses raisons peuvent expliquer qu’aucun travail de synthèse n’ait encore été réalisé. Les lois de décembre 1789 ont uniformisé les organisations municipales rendant ainsi cette question moins attrayante par la perte de la diversification et provoquant de fait un désintérêt. De plus, l’instauration du principe électif a provoqué une multiplication du nombre d’édiles dans toutes les communes, situation rendant colossal un éventuel travail de synthèse. Car il faudrait pour cela qu’une base identique soit adoptée et adaptée à chaque ville afin de pouvoir établir une analyse cohérente, non pas du fonctionnement, mais de l’évolution des compositions des divers conseils pour en retirer une étude nationale qui permettrait, par exemple, de connaître l’ensemble des catégories socioprofessionnelles ayant participé aux institutions locales, de savoir s’il y a eu continuité ou rupture avec l’Ancien Régime, d’appréhender et d’approfondir le renouvellement des élites par le jeu des élections et des nominations…
34 SAUPIN Guy, Nantes au XVIIe siècle, vie politique et société urbaine, Rennes, PUR, 1996.
35 LE GOFF Samuel, Élites et pouvoir municipal dans les petites villes bretonnes au XVIIIe siècle (1730-1788), Thèse (dir.
André Lespagnol), Rennes, Université de Rennes II, dactyl., 2004.
36 BORDES Maurice, L’administration provinciale et municipale en France au XVIIIe siècle, Paris, Sorbonne, 1972.
37 SAUPIN Guy (dir.), Histoire sociale du politique. Les villes de l’Ouest atlantique français à l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècle), Rennes, PUR, 2010, p. 15.
38 GUIGNET Philippe, Le pouvoir dans la ville au XVIIIe siècle. Pratiques politiques, notabilité et éthique sociale de part et d’autre de la frontière franco-belge, Paris, EHESS, 1990. RUGGIU François-Joseph, Les élites et les villes moyennes en France et en Angleterre (XVIIe-XVIIIe siècles), Paris, L’Harmattan, 1997.
39 COSTE Laurent, Les lys et le chaperon. Les oligarchies municipales en France de la Renaissance à la Révolution, Bordeaux, PU Bordeaux, 2007. SAUPIN Guy, Les villes en France à l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècles), Paris, Belin, 2002. SAUPIN Guy (dir.), Histoire sociale du politique. Les villes de l’Ouest atlantique français à l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècle), Rennes, PUR, 2010.
40 SAUPIN Guy (dir.), Histoire sociale du politique…, p. 16.
41 SURATTEAU Jean-René, « Heurs et malheurs de la sociologie électorale pour l’époque de la Révolution française », AESC, n°23-3, 1968, p. 556-580.
Les variations fréquentes des modalités institutionnelles et l’affaiblissement des pouvoirs municipaux lors des temps-forts révolutionnaires ont sans doute aussi détourné les chercheurs des questions municipales.
Notre travail sur les constructions municipales à Brest vise à combler un vide en matière de compréhension des institutions locales et leurs évolutions. Les essais sur l’histoire brestoise ont débuté dans la seconde moitié du XIXe siècle avec Prosper Levot et Antoine Dupuy42, puis se sont prolongés dans les premières années du XXe siècle avec des érudits locaux tels que Maurice Bernard, Louis Delourmel ou André Kernéis43, qui ont toutefois commis de nombreuses erreurs dans l’interprétation et l’utilisation des documents d’archives. Les Cahiers de l’Iroise44 ont consacré, durant les années 1960-1980, de nombreux articles aux réalités politiques brestoises. Des travaux universitaires de maîtrise ou de master ont également complété et enrichi cet aspect de l’histoire de la cité45. Toutefois, aucune étude n’a été réalisée pour comprendre les inter-connections entre vie municipale, jeu de pouvoirs et structures sociales et les modifications socioéconomiques et socio-politiques qui se sont produites durant ces soixante-dix ans. Si le XIXe siècle est illustré à Brest par les deux grandes thèses d’Yves Le Gallo et de Marie-Thérèse Cloître46, les historiens des temps modernes ont beaucoup plus analysé les développements de la marine que ceux de la ville.
Pour ce travail dans le quotidien de la vie municipale, la recherche s’est appuyée en très grande majorité sur les archives municipales et locales qui ont constitué la source-souche47. Si les registres de délibérations municipales permettent « d’évaluer l’importance des attributions et leur évolution », ils « ne sont pas toujours exempts de lacunes »48. Mais, ces documents ont cependant permis de comprendre l’évolution des institutions, d’identifier les acteurs et d’arriver à dresser un portrait de ces individus pour
42 LEVOT Prosper, Histoire de la ville et du port de Brest. Le port depuis 1681, Brest, Anner, 1865. LEVOT Prosper, Histoire de la ville et du port de Brest. La ville depuis 1681, Brest, Anner, 1865. LEVOT Prosper, Histoire de la ville et du port de Brest pendant la Terreur, Brionne, Le Portulan, rééd. 1972. LEVOT Prosper, Histoire de la ville et du port de Brest sous le Directoire et le Consulat, Brionne, Le Portulan, rééd. 1972. DUPUY Antoine, « L’affaire Bergevin », Bulletin de la Société Académique de Brest, n°6, 1879-1880, p. 459-482.
43 BERNARD Maurice, « La municipalité de Brest de 1750 à 1790 », Annales de Bretagne, n°28-1, 1912, p. 47-61, n°30-4, 1915, p. 377-423, n°31-1, 1916, p. 82-124, n°31-2, 1916, p. 157-199, n°31-3, 1916, p. 359-407, n°33-3, 1918, p. 336-378, n°33-4, 1918, p. 471-535. DELOURMEL Louis, « Les Malassis », BSAB, n°28, 1903, p. 35-74. DELOURMEL Louis, « Brest autrefois », BSAB, n°35, 1911, p. 165-190. DELOURMEL Louis, ESQUIEU Louis, « Correspondances de la municipalité avec les députés de Brest aux États Généraux et à l’Assemblée Constituante (1789-1791) », BSAB, n°32, 1907, p. 99-137. KERNÉIS André, « Contribution à l’histoire de la ville et du port de Brest », BSAB, n°35, 1910-1911, p. 11-79, n°36, 1912, p. 97-285.
44 Revue qui a succédé au vieux Bulletin de la Société Académique de Brest, émanation de la première société savante locale au XIXe siècle.
45 Par exemple : FACCENDA Sébastien, Société et vie quotidienne à Brest de 1776 à 1789 d’après les inventaires après décès, TER (dir. Fanch Roudaut), Brest, UBO, dactyl., 1995. GUEGAN Isabelle, Un drame né de la mer. Une épidémie de typhus à Brest et en Bretagne (1757-1758), TER de master (dir. Philippe Jarnoux), Brest, UBO, dactyl., 2010. LE GRAND Morgane, Brest au XVIIIe siècle, ou l’émergence d’une bourgeoisie négociante, TER (dir. Philippe Jarnoux), Brest, UBO, dactyl., 1998.
MADEC Michel-Jean, Administration et vie municipale à Brest (1800-1814), TER (dir. Yves Le Gallo), Brest, UBO, dactyl., 1985. QUENTRIC Raymond, La vie politique à Brest sous la Restauration (1815-1830), TER (dir. Yves Le Gallo), Brest, UBO, dactyl., 1971. RIOU Jean-Yves, La politique des municipalités brestoises sous la Révolution. 1788 – 9 thermidor an II, TER (dir. Edmond Monange), Brest, UBO, dactyl., 1976.
46 LE GALLO Yves, Études sur la Marine et l’officier de Marine. Brest et sa bourgeoisie sous la Monarchie de Juillet, Quimper, Imp. Cornouaillaise, 1968. CLOÎTRE-QUERÉ Marie-Thérèse, Brest et la mer. 1848-1874, Brest, CRBC, 1992.
47 Terme très approprié emprunté à Sylvie Mouysset. (MOUYSSET Sylvie, Le pouvoir dans la bonne ville. Les consuls de Rodez sous l’Ancien Régime, Rodez Toulouse, CNRS, 2000, p. 30.)
48 FOURNIER Georges, Démocratie et vie municipale en Languedoc du milieu du XVIIIe au début du XIXe siècle, 2 tomes, Association Les Amis des archives de Haute-Garonne, 1994, tome 1, p. 233.
pouvoir établir leur carrière politique, les liens qu’ils ont pu tisser et leur positionnement dans la société brestoise.
En parallèle, l’utilisation de la méthode prosopographique offre la possibilité de constituer de nouveaux groupes – sans toutefois se limiter à la seule notion de métier49 – qui ne sont pas dès le départ reconnus en tant que tels : réseaux familiaux, appartenance à une paroisse, origines géographiques, liens professionnels, etc. et « permet une réflexion sur la nature d’un groupe social »50. Dès lors, « il s’agit de constituer la biographie collective d’un corps ou d’un groupe de personnes en établissant et en croisant des notices individuelles. »51 La méthode n’est pas infaillible car « les hommes rentrent moins facilement qu’on ne le voudrait dans les petites cases fabriquées par les historiens »52 mais, pour un travail sur les élites, « il est impossible aujourd’hui d’étudier une famille, un groupe, une communauté sans partir des individus eux-mêmes, de leur pratique, de leur comportement, de leurs relations et du même coup faire sien l’arsenal méthodologique de la micro-histoire. »53 Nous nous sommes efforcés de ne pas rester cantonné aux limites territoriales étroites de la ville mais d’étendre l’analyse à l’échelle bretonne ou française par le jeu des comparaisons même si « généralement, aucune des grilles élaborées pour une région ou une cité ne peut être reprise in extenso pour une autre. »54
Pour mettre en forme ce travail, pour suivre l’évolution de la structuration municipale et parallèlement celle des hommes qui y ont participé, un plan chronologique nous a semblé s’imposer.
Même s’il rend parfois plus délicates les synthèses thématiques longues, il nous semblait plus adapté pour mettre en évidence les variations répétées des rapports des forces, les jeux discrets des pouvoirs et des
confrontations et le temps long des mutations sociales diffuses.
49 SAUPIN Guy (dir.), Histoire sociale du politique…, p. 10.
50 PETITEAU Natalie, « Prosopographie et noblesse impériale : de l’histoire d’une élite à l’histoire sociale », Histoire, économie et société, n°17-2, 1998, p. 277-285.
51 CHARLE Christophe, NAGLE Jean, PERRICHET Marc, RICHARD Michel, WORONOFF Denis, Prosopographie des élites françaises (XVIe-XXe siècles). Guide de recherche, Paris, CNRS, 1980, p. 6.
52 LE GOFF T.J.A., Vannes et sa région : ville et campagne dans la France du XVIIIe siècle, Loudéac, Salmon, 1989, p. 94.
53 LEMERCIER Claire, « Analyse de réseaux et histoire de la famille : une rencontre encore à venir ? », Annales de démographie historique, n°109, 2005, p. 7-31.
54 BAUMIER Béatrice, Tours entre Lumières et Révolution. Pouvoir municipal et métamorphoses d’une ville (1764-1792), Rennes, PUR, 2007, p. 139.
1 ère PARTIE
UNE DIFFICILE AFFIRMATION
MUNICIPALE DANS UN PORT
MILITAIRE
(1750-1789)
Chapitre I – Les pouvoirs dans la ville
Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la répartition des pouvoirs dans la ville de Brest est en grande partie le résultat de son statut de port militaire. Brest est la principale
« base navale du Ponant » et l’administration militaire et civile de la marine y dispose d’une autorité prépondérante. Le commandant de la marine dirige l’état-major et toutes les forces navales, tandis qu’un intendant de marine s’occupe des questions matérielles et administratives inhérentes à la construction ou à l’armement des navires et à la gestion de l’arsenal. Port de guerre, la ville est aussi une place forte stratégique dont le commandement et les défenses échoient à un gouverneur militaire qui dispose de troupes parfois nombreuses et de prérogatives importantes dans ses rapports avec les pouvoirs locaux. Comme les autres cités, Brest est aussi l’objet de la surveillance de l’Intendant de la province, relayée dans la ville par un subdélégué et de celle plus ponctuelle du gouverneur de la province. Enfin localement, les corps d’officiers de justice (sénéchaussée, amirauté…) d’une part, la municipalité de l’autre, s’efforcent d’affirmer leur tutelle juridique et leur présence administrative concrète. Mais ces deux dernières instances peinent à asseoir leur autorité face aux pouvoirs civils et surtout face aux responsables militaires.
1- L’omniprésence de la Marine
La ville de Brest ne doit son développement important qu’à l’installation de toutes les infrastructures de la marine militaire. Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, l’administration militaire navale a pris de l’ampleur, l’arsenal a connu un essor régulier. Les officiers de marine, le plus souvent issus de la meilleure noblesse, se sont installés au sommet des hiérarchies sociales locales et le plus éminent d’entre eux, le commandant est devenu le personnage dominant de la société brestoise. À ses côtés, l’intendant de marine fait figure de gestionnaire. Les deux hommes sont en relation directe et régulière avec le même ministre de tutelle. Chacun doit cependant prendre garde à ne pas empiéter sur les prérogatives de l’autre.
Ces deux hommes sont, dans des registres différents, les personnages les plus puissants et influents dans la ville.
a- Brest et la Marine : une histoire récente
Le choix de Brest pour l’implantation d’un port militaire et d’un arsenal répondait à une logique maritime avec un site idéal1 et bien placé sur la façade Atlantique pour accueillir les escadres, un espace pouvant recevoir, au prix de longs aménagements, les infrastructures portuaires et « industrielles » nécessaires à une flotte de guerre et « une culture maritime locale », le tout s’ajoutant à un arrière-pays pouvant subvenir à une partie des besoins2. Dès le début de leur développement et durant tout le XVIIIe siècle, le port et la cité ont connu un accroissement du nombre des officiers de marine, conjugué à une prise de pouvoir de plus en plus importante de ces derniers sur l’ensemble de la ville, allant même jusqu’à influer sur la vie intellectuelle et culturelle.
- la volonté royale
L’historiographie retient traditionnellement le gouvernement de Richelieu comme point de départ du grand rôle militaire de Brest. La paix d’Alès signée en juin 1629 a clos trois ans de guerre avec les protestants français et leurs alliés anglais. Ce conflit avait mis en exergue les difficultés rencontrées sur le plan maritime et avait permis à Richelieu de prendre conscience que la marine de guerre française avait accumulé un retard considérable. Or, « la puissance des armes requiert non seulement que le Roy soit fort sur la terre, mais aussy qu’il soit puissant sur la mer. »3 Le cardinal avait dès lors convaincu Louis XIII de lancer un vaste programme de structuration navale afin que l’Angleterre ne puisse « descendre impunément dans nos isles, et mesmes dans nos costes »4 et le site de Brest5 avait été remarqué. Pourtant en 1630 quand Richelieu s’attribue le gouvernement de Bretagne6, « Brest n’est […] qu’une petite bourgade d’un bon millier d’habitants, installés derrière le château, au sommet de la berge très pentue de la Penfeld, et tout indique alors qu’elle n’a guère d’avenir. »7
1 Ce site offre des bonnes conditions pour l’accueil des navires mais peut cependant constituer un point délicat pour la navigation en fonction des vents
2 LE BLANC François-Yves, « La ville-arsenal de Rochefort », BRAGARD Philippe, CHANET Jean-François, DENYS Catherine, GUIGNET Philippe (coord.), L’armée et la ville dans l’Europe du Nord et du Nord-Ouest.
Du XVe siècle à nos jours, Louvain, PU Louvain, 2006, p. 71-85.
3 HILDESHEIMER Françoise, Testament politique de Richelieu, Paris, Société de l’Histoire de France, 1995, p.
321.
4 HILDESHEIMER Françoise, Ibid., p. 322.
5 « En 1631 Le cardinal de Richelieu fit mettre sur les chantiers plusieurs vaisseaux et frégates dans le port de Brest. Il fit construire un gros magasin et plusieurs hangars. Il approvisionna le port les années suivantes de tout ce qui était nécessaire pour un armement de vingt vaisseaux et frégates. » Extrait du mémoire rédigé en 1776 par Le Roy-Paulin, ingénieur en chef. (Arch. mun. Brest, 2S27)
6 Louis XIII vient de le nommer Grand-maître et Surintendant de la navigation et du commerce.
7 CROIX Alain, L’âge d’or de la Bretagne 1532-1675, Rennes, Ouest-France, 1993, p. 197.
Brest, bénéficiant des bonnes grâces du ministre, a profité des mesures prévues pour faire du royaume une puissance navale. « Avec Richelieu, on atteint pour la première fois une vue large et cohérente de ce que devrait être la politique maritime de la France, effort sans grands lendemains mais qui servira de modèle à Colbert. »8 Dès 1635, l’arsenal, quoique modeste encore, est devenu le plus important du pays. « Le havre est de toute marée et y peuvent toujours les vaisseaux entrer et sortir. La chambre capable de 500 vaisseaux à l’aise. »9 Les ateliers et les magasins prennent forme sur la rive gauche de la Penfeld, rivière qui a la particularité de pouvoir accueillir des navires à fort tirant d’eau. De plus, la situation de la ville au fond d’une rade représente un atout défensif non négligeable. Certes, le site se trouve très éloigné des centres de décision et l’acheminement des matières premières ainsi que des troupes n’est pas des plus aisés.10 Mais avec Brest, la France dispose d’un lieu idéal géographiquement pour l’installation d’un port militaire et d’un arsenal. Ce site offre des possibilités dont ne disposent pas Brouage ou Dunkerque.
Quand Mazarin succède à Richelieu en décembre 1642, le nouveau ministre n’a pas les mêmes priorités, ni les mêmes vues que son prédécesseur en matière de force maritime. La production navale et la présence militaire déclinent temporairement. « Une nouvelle période de décadence urbaine et portuaire »11 débute. « Les dépenses de la marine royale qui étaient encore de plus de 50 000 livres par an en 1646 et 1647, tombèrent à une moyenne de 17 000 livres de 1655 à 1658. »12
Avec l’arrivée au pouvoir de Louis XIV et sous les directives de Jean-Baptiste Colbert, le port et son arsenal retrouvent un certain dynamisme car comme le fait remarquer Charles Colbert de Croissy en 1665 lors de son inspection des côtes bretonnes, à Brest « nous n’aurions rien trouvé à remarquer qu’a la baye et le chasteau […] il seroit à propos de construire un quay de maçonnerie du costé de Recouvrance […] Quant au chasteau et fortresses nous en avons marqué les deffauts par des mémoires particuliers joint au présent procès verbal, tant pour ce qui regarde le manque de munition, les deffauts dans les fortifications et réparations d’icelles. »13.
Colbert voulant créer un arsenal digne d’une puissance maritime, il amène donc le souverain « à donner à la marine française par rapport à l’armée une place qu’elle n’avait
8 CORVISIER André, « Quelques réflexions sur les relations entre armée et marine sous l’Ancien Régime », ACERRA Martine, POUSSOU Jean-Pierre, VERGÉ-FRANCESCHI Michel, ZYSBERG André, État, Marine et Société. Hommage à Jean Meyer, Paris, PU Sorbonne, 1995, p. 125.
9 CROIX Alain (coord.), La Bretagne d’après l’itinéraire de Monsieur Dubuisson-Aubenay, Rennes, PUR, Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, 2006, p. 933.
10 QUÉNIART Jean, La Bretagne au XVIIIe siècle (1675-1789), Rennes, Ouest-France, 2004, p. 28.
11 CLOÎTRE Marie-Thérèse (dir.), Histoire de Brest, Brest, CRBC, 2000, p. 51.
12 CLOÎTRE Marie-Thérèse (dir.), Ibid., p. 52.
13 KERHERVÉ Jean, ROUDAUT François, TANGUY Jean, La Bretagne en 1665 d’après le rapport de Colbert de Croissy, Brest, CRBC, 1978, p. 186.
jamais eue jusque là dans la politique royale. »14 Il alloue les crédits nécessaires et fait se développer toutes les activités liées à la construction navale. « Le ministre Colbert qui prévoyait que le port et la rade fourniraient un asile assuré aux forces navales qu’elles seraient dans la plus belle position pour la défense de l’océan et pour attaquer les Anglais dans la Manche, commença par y faire construire plusieurs vaisseaux depuis 90 canons jusqu’à 30. Il fit jeter les fondations de magasins, d’arsenaux, hangars et autres bâtiments. »15 Durant toute la fin du XVIIe siècle, ingénieurs et constructeurs se succèdent pour réaliser ces aménagements et bâtir les infrastructures adéquates aux besoins de la marine.
Devenue un pôle militaire majeur, la ville de Brest voit s’accroître les édifices en lien avec la construction navale. Parallèlement, les fortifications s’améliorent. « M. le maréchal de Vauban venu en Bretagne par ordre de Louis XIV en 1680 pour les projets de la ville et de la côte de Brest fit refaire tous les parapets des ouvrages extérieurs du corps de la place. Il ouvrit des embrasures sur les parapets des tours, fit relever les plates-formes, établit une batterie haute et une batterie basse dans le parc au duc (cette dernière a été refaite et changée de place en 1766) Il creusa un large fossé autour des ouvrages extérieurs, établit un chemin couvert avec son parapet et un glacis dans la règle ordinaire16… En 1681 cependant on commença l’enceinte de Recouvrance et celle de Brest. Le projet fut d’abord d’élever le rempart jusqu’au cordon, de creuser le fossé sur la largeur de trois toises et de laisser deux toises de plus au delà du fossé ; tous ces travaux furent suivis sans interruption. »17 En 1694, une trentaine de batteries, sans compter le Château et les remparts, protège l’entrée du port18.
« La ville de Brest devint le centre des forces maritimes. Le dépôt de tous les approvisionnements les plus précieux à l’Etat, et enfin l’asile immuable de la plus grande puissance du Roi. »19 Ces travaux, incluant le Château, les fortifications de la ville et la construction des batteries et forts extérieurs, ont coûté plus de trois millions de livres20. Vauban a fait de Brest « la première place forte de France et d’Europe. »21
Sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI, le port militaire demeure le plus important du royaume. Les aménagements se poursuivent et les bâtiments et infrastructures se
14 CORVISIER André, Ibid., p. 126.
15 Arch. mun. Brest, 2S27, mémoire de Le Roy-Paulin, 1776.
16 Tout ceci concerne les travaux entrepris au Château.
17 Arch. mun. Brest, 2S27, mémoire de Le Roy-Paulin, 1776.
18 PETER Jean, Vauban et Brest. Une stratégie modèle de défense portuaire (1683-1704), Paris, Economica, 1998, p. 56.
19 Arch. mun. Brest, 2S27, mémoire de Le Roy-Paulin, 1776.
20 PETER Jean, Le port et l’arsenal de Brest sous Louis XIV, Paris, Economica, 1998, p. 297.
21 PETER Jean, Vauban et Brest. Une stratégie modèle de défense portuaire (1683-1704), Paris, Economica, 1998, p. 301.