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Erica Mongini. Le Cours de dessin

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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Le Cours de dessin

Erica Mongini

4.94

---INFORMATION--- Couverture : Classique

[Roman (130x204)]

NB Pages : 42 pages

- Tranche : 2 mm + (nb pages x 0,07 mm) =

4.94

---

Le Cours de dessin Erica Mongini

822217

Jeunesse / Ado

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Chapitre I

Vers une heure du matin le gamin fit un rêve bizarre.

Son lit aux barreaux en fer oscillait comme lorsqu’il était bébé dans son berceau. La petite figurine guerrière qu’il avait reçue pour ses six ans tomba toute seule de l’étagère.

Même le lampadaire au-dessus du lit, qu’il entrevoyait à peine dans la pénombre, bougeait doucement comme lorsque sa mère le heurtait par mégarde en faisant le ménage.

C’était un rêve désagréable, qui frôlait presque le cauchemar.

« Bah, je suis en train de rêver » se dit-il en refermant les yeux. Il se retourna sur le côté et se rendormit aussitôt.

A des centaines de kilomètres de là des édifices centenaires s’écroulaient, des façades se lézardaient. Des gens paniqués en pyjama erraient sans but dans les rues, des maisons qu’on aurait crues en carton-pâte se repliaient douloureusement sur elles-mêmes ; puis les sirènes des véhicules de secours vinrent déchirer le silence hébété qui suit tout cataclysme.

Le lendemain matin le garçon s’habilla à la va-vite,

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contrôla machinalement le contenu de son cartable et jeta un coup d’œil distrait dans le salon. Ses parents étaient tenanciers d’un hôtel sur la côte, et c’était l’heure où les plus matinaux parmi les hôtes prenaient leur petit-déjeuner. Il y avait effectivement le couple d’allemands avec bébé arrivés la veille, une dame seule déjà lourdement fardée malgré l’heure matinale que ses parents appelaient entre eux

‘l’ogresse’ car elle dévorait des quantités impressionnantes de petits pains et de croissants.

Mais ce matin-là il remarqua quelque chose de bizarre : tous les hôtes avaient le regard rivé sur l’écran de télévision, habituellement éteint à cette heure-là. Même sa mère fixait l’écran au lieu de s’affairer en cuisine comme d’habitude.

« Dépêche-toi, tu vas être en retard pour l’école » lui lança-t-elle sans se retourner. Il haussa les épaules. Bien sûr, il n’était plus un bébé mais il appréciait un dernier câlin avant d’affronter la journée et en voulut secrètement à sa mère de se montrer aussi indifférente.

Ce ne fut que dans la cour de l’école qu’il entendit pour la première fois chuchoter les mots ‘tremblement de terre’

et ‘victimes’ par les plus grands. Il fut bientôt l’heure de rentrer en classe. L’institutrice, après avoir fait l’appel, croisa les mains devant elle dans une attitude presque de prière et leur dit sur un ton faussement réconfortant :

« Certains d’entre vous savent qu’un terrible tremblement de terre a fait de nombreuses victimes dans la montagne. Ici, heureusement, nous sommes sur la côte, il ne peut rien nous arriver. » Elle marqua une petite pause satisfaite, comme si le fait d’habiter sur la côte relevait de son mérite personnel. « Je vous demande toutefois d’observer une minute de silence en hommage à ces pauvres gens ».

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2 5 Il y eut donc une minute de silence. Certains se donnaient des coups de coude pour réprimer un fou rire, d’autres serraient exagérément les paupières, quelques-uns levèrent les yeux au ciel. Le garçon s’efforça de penser à ce que devait être un tremblement de terre. Il se souvint de son rêve de la nuit précédente et fit subitement le lien. C’était le seul fil tenu qui le reliait à une réalité qui lui paraissait malgré tout complètement abstraite.

La réalité lui apparut tout d’un coup nettement plus concrète lorsqu’il entrebâilla la porte du salon à son retour de l’école et découvrit les images qui passaient en boucle à l’écran. Des maisons qui auraient pu être la sienne, des maisons construites et habitées avec passion, réduites à un amas de poussière et de gravats. La journaliste interviewait des survivants, des gens qui présentaient des blessures plus ou moins légères (les autres devaient être à l’hôpital) et eux répondaient d’une manière saccadée, comme si les mots dans leur bouche avaient perdu tout leur sens.

Sa mère éteint brusquement la télé. « Tu es trop petit pour regarder ça » grommela-t-elle. Puis changeant de sujet comme elle le faisait souvent : « Tu as déjà fait tes devoirs ? ». Pourtant, elle savait pertinemment qu’il n’avait pas encore fait ses devoirs puisqu’il rentrait à 16h, toujours à la même heure, et que la pendule du salon indiquait précisément cette heure-là.

« Hier pendant la nuit j’ai senti une petite secousse » dit-il, ignorant sa question.

« C’est possible. Moi je n’ai rien senti. De toute façon ici on ne risque rien. »

« On ne connaît personne qui habite dans ce coin-là ? » Elle fit non de la tête. C’était rassurant. Après tout, il y

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avait partout des guerres, des catastrophes, des ouragans…

on n’y pouvait rien. On ne pouvait que se féliciter d’habiter dans un pays en paix, dans un endroit sûr où rien ne pouvait vous arriver, à moins de traverser la rue sans regarder – mais pour ça il avait toujours été plus que prudent.

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