CONSIDÉRATIONS SUR LES MÉTABOLISMES DU SÉLÉNIUM
ET DE LA VITAMINE E CHEZ LES JEUNES RUMINANTS
M. HIDIROGLOU K.
JENKINS
R. B. CARSON G. A. BROSSARD E. BOROWSKY( 1
)
Institut de Rechercheszootechniques,
Ministère de
l’Agriculture,
Ottawa, Canada.(Contribution
n°326) (
$
)
Service de Recherches de Chimieanalytique,
Ministère de
l’Agriculture,
Ottawa, Canada.(Contribution
n°109)
SOMMAIRE
Dans une
première partie,
ce travail décrit les fluctuations du séléniumsanguin
ethépatique
chez les veaux dont les mères ont été nourries au foin
dystrophogénique.
On a d’abord constaté unebaisse dans ces tissus en fonction de
l’âge
dessujets.
Les taux de séléniumsanguin
ethépatique
ontété
plus
élevés chez les veaux dont les mères avaient reçu parinjection
unepréparation
sélénium-vitamine E que sur les veaux témoins, ou ceux traités oralement avec une
préparation
commerciale de séléniumprobablement
non assimilable.En outre, on a étudié les
incorporations
de la radioactivité sur différents tissus de veauxaprès injection
d’une seule dose de’SSe, en fonction de leurâge
et de leurrégime
alimentaire.Des radioactivités maximales ont été
enregistrées
dans les reins et le foie, et celles-ci ont étéplus
élevées chez les veaux nourris au lait que chez ceux
supplémentés
avec un concentré.Dans une seconde
partie,
on a étudié la distribution tissulaire de radioactivité chez des agneaux abattusrespectivement
4, 24et 48 heuresaprès injection
d’une seule dose detocophérol
radioactif- Ce travail montre pour lapremière
fois que chezl’agneau,
lesincorporations
maximales de radio- activité ont été observées dans les tissus de l’estomac, du duodénum et du foie. Des activitésspéci- fiques
très élevées ont été notées dans laglande
surrénale,qui
s’avéra un site deprédilection
d’incor-poration
detocophérol
radioactif.INTRODUCTION
Si de nombreux travaux
(W RI G H T, 19 65 ; PA UL S ON , 19 66)
ont été consacrés aumétabolisme du sélénium chez le
Mouton,
il n’en est pas de même chez leVeau, espèce particulièrement susceptible
à lamyopathie
nutritionnelle(MN)
dans certainesparties
du Canada tel que le Nord Ontarien
(H IDIRO GI, OU , NE L S ON ,
I,!S5ARD,TA Y J;O R ,
1967).
Une telle étude chez ce dernier
présentait,
à notreavis,
un certainintérêt,
du fait des différences existant dans l’évolution et les manifestationscliniques
de la MN chezces 2
espèces
de ruminants.Dans ce
but,
nous avonsétudié,
dans unepremière expérience,
les fluctuations des teneurs en séléniumsanguin
ethépatique
durant lescinq premiers
mois de la viedu Veau.
Puis,
au moyen duradiosélénium,
nous avons abordé lesaspects quantitatifs d’incorporation
de la radioactivité dans le sang et les tissus des veaux.D’autre
part,
si la vitamine E est couramment utilisée dans laprophylaxie
outraitement de la MN, les travaux concernant son
absorption
et sa distribution tissu- laire chez lesjeunes
ruminants sont rares.Nous avons abordé l’étude de ce
problème
en administrant dutocophérol
radioactif chez
l’agneau.
EXPÉRIENCE
I aMéthodes
expérimentales
Trois lots de vaches Shorthorn en
gestation
furent constitués en novembre 1966,puis
nourrisdurant l’hiver au foin provenant
d’exploitations
atteintes demyopathie.
Lot A. ― Lot témoin
(r6 vaches).
Lot B. - Au dernier mois de
gestation,
les i4vaches de ce lot ont reçu par voie intramusculaire deuxinjections
à 3 semaines d’intervalle d’unepréparation
aqueuse( 1 )
de sélénium et de vitamine E.Cette
préparation
contenait 30 mg de sélénium sous forme de sélénite de sodium et 1360UI d’acétate de d-atocophérol.
Lot C. - Dès leur naissance, les veaux nés des 14vaches constituant ce groupe ont reçu par voie buccale tous les i5
jours pendant
4mois lapréparation ( 2 )
suivante :Le sang a été
prélevé
toutes les 2semaines chez tous les veaux, mais il est à noter que pour lesveaux du groupe C, la
saignée
atoujours précédé
l’administration de lapréparation précitée.
Desprélèvements
de foie ont été effectués parbiopsie
suivant latechnique
décrite par ERWINet coll.(1956).
La détermination
fluorométrique
du séléniumsanguin
ethépatique
a été faite par la méthode de LOTTet al.
( 19 6 3 ) après digestion
desprélèvements
tissulaires suivant la méthode de CUMMINSet al.( 19 64).
Des échantillons de muscles du cou,
épaule, paroi thoracique, cuisse, masséter,
psoas,diaphragme
et coeur ont été
prélevés
immédiatementaprès
la mort et fixés avec une solution formolée au illoen vue
d’investigations histopathologiques.
Résultats et discussion
I,e nombre total des veaux
ayant présenté
dessymptômes cliniques
de myo-pathie (MN)
s’est élevé àhuit, répartis
comme suit : six dans le groupe témoin et un dans chacun des deux autres groupes.A
l’exception
de 2 veaux du groupe témoinayant
montré unepolypnée compli- quée
d’unemyocardite,
tous les autres ont manifesté dessymptômes
locomoteurs tels( 1
) Dystosel, Stevenson, Tumer and Boyce London, Ontario.
( 2
) Ephos, Stevenson, Turner and Boyce London, Ontario.
que la raideur et la difficulté de se lever. Tous ces veaux,
exception
faite de deuxsujets
atteints d’insuffisancecardiaque,
ontguéri spontanément
sans aucun traite- ment.I,e tableau i
indique
le taux de transaminaseglutamique oxalacétique (TGO)
duplasma
ainsi que le nombre de veauxayant
eu un TGOplasmatique supérieur
à 200(chiffre supérieur
à celuiindiquant
laMN).
Il va de soi que dans le groupe témoin
(A),
la maladie a fait sonapparition
alorsque les veaux étaient encore à
l’étable,
et que le nombre des veaux affectés s’est accruaprès
la mise aupré ( I er juin).
Comme le montre la
figure
i, lasupplémentation
en sélénium lors de la viepré-
natale
(B)
a entraîné une différence en sélénémie lors de la naissance des deux autres groupes(A
etC),
différencequi
apersisté jusqu’à l’âge
de 3mois.Comme les veaux ont été alimentés
uniquement
aulait,
aliment pauvre en sélé-nium
(H1 DIRO G I , OU , CAR B ROSSARD , 19 68),
la baisse en séléniumsanguin
s’estavérée
rapide
au début dans le groupe des veauxsupplémentés
lors de leur viefoetale, puis
s’est ralentie par la suite.Les teneurs en sélénium
hépatique
des veaux du groupe Bsupplémentés
lors deleur vie
prénatale
ont entraîné uneaugmentation
notable des réserves en sélénium du foie au moment de naissance(tabl. 2 ).
Lors de la seconde
biopsie
du foie de tous les veaux,qui
alieu 4
moisaprès,
on aconstaté une baisse de sélénium
hépatique
à peuprès parallèle
à celle du sang(fig.
i,tabl.
z).
Dans cette
expérience,
les veaux du groupe Cayant
reçudepuis
leur naissance lapréparation
commerciale contenant dusélénium,
n’ont montré aucun accroissement du séléniumsanguin
ouhépatique.
Il est évident que ce sélénium sous forme de bisul-fure,
substance insoluble dans l’eau(H OD G M A N , WEAST, WAr,r,AC!, 1953 )
a traverséle tube
gastrointestinal
sans être absorbé parl’organisme.
La
protection apportée
aux veaux de ce groupe C contre lamyopathie
était dueprobablement
à lasupplémentation
en vitamine E ou auSantoquin,
un anti-oxydant
desynthèse.
Ces résultats confirment ceux que nous avons obtenus lors
d’une expérience précédente, !HIDIROGI,OU
etal., 19 68)
oùmalgré
une carenceprimaire
ensélénium,
le taux élevé en vitamine E du
régime
avaitapporté
uneprotection
totale contre lamyopathie.
EXPÉRIENCE I b
Méthodes expérimentales
L’expérience
aporté
sur 8 veaux de race Holstein, âgés de moins d’une semaine et maintenus encage,
répartis
en 2lots de quatre et nourris comme suit :Le
dosage chimique
du sélénium alimentaire a été effectué comme dansl’expérience
i a.Les veaux ont été abattus 24h
après
avoir reçu par voie buccale r mCi de ?5Se, par 45kg
depoids
vif. Unsujet
dechaque
lot fut abattu 2, 4 et 6 semainesaprès
le début del’expérience.
Le radiosélénium a été fourni par New
England Corporation
sous forme deH,S E O, (activité spécifique
72,2mCi/mg Se).
Le sang a été recueilli aux intervalles de temps
indiqués
au tableau 4et l’activitéspécifique
a étérapportée
au ml deplasma.
Des
aliquots
de tissuslyophilisés
ont étédigérés pendant
z4h avec del’hydroxyde d’Hyamine
ro-X,puis comptés
dans unspectromètre
Packard(modèle 57 8).
Résultats et discussion
Dès la
première
collecte de sangqui
a eu lieu 2 heuresaprès
l’administration du&dquo; S e,
une radioactivitéappréciable
est apparue dans leplasma.
Cette radioactivité n’a pas cessé de croître durant cet essai de courte durée( 24 h)
chez tous les veaux(tabl. 4 ).
La radioactivité maximale estenregistrée
dans le rein et les radioactivités minimales ont été notées dans les muscles et le cœur(tabl. 5 ).
Ces résultats sur la
répartition
tissulaire du radioséléniumcorrespondent
auxdonnées obtenues lors d’une
expérience précédente !HIDIROGI,OU
etal., 19 6 7 )
où lesteneurs en sélénium ont été déterminées par voie
chimique ;
dans ce cas, le cortex rénalcontenait de 4à 5fois
plus
de sélénium que lefoie,
et des teneurs très faibles avaient été observées dans les muscles.Comme
le montre le tableau 5 dans le cas d’une alimentation au laitseul,
la radioactivitéincorporée
dans les tissus a été engénéral plus
élevée que dans le cas des veauxsupplémentés
au concentré.Ces différences d’activité
spécifique
sont liées auxquantités
de séléniumingérées, lesquelles étaient,
à desâges comparatifs,
moins élevées chez les veaux nourris aulait
(tabl. 4).
Cette
expérience
sur le métabolisme du radiosélénium chez les veaux, peu connujusqu’à présent,
semble montrerqu’il
estanalogue
au métabolisme de cet élément mineur chezl’agneau.
EXPÉRIENCE
2Méthodes
expérimentales
Du
( 5 -Me-H 3 ) a-tocophérol qui
nous a été fourni par Radiochemical Centre, Amers lam,England,.
a été administré par voie buccale à six agneaux
âgés
de 4mois environ, à raison de 1mCi/1 4 kg
depoids
vif(activité spécifique
2.000mCi/mM).
Ces agneaux, nés de brebis nourries au foindystropho- génique,
ont été tués parpaires,
4, 24, et 48 haprès
l’administration. Du sang a étéprélevé
auxheures
indiquées
au tableau 6, etaprès centrifugation,
leplasma
et les autres tissus ont étélyophilisés..
Après quoi,
tous les échantillons ont été extraitsplusieurs
fois par unmélange
méthanol-chloro- forme 1 : 2(v/v)
et la radioactivité a été mesurée par un compteur à scintillationPackard, (modèle 5
78 ) .
L’activité
spécifique, qui
estrapportée
en DPM/mg de tissu est obtenue parl’emploi
d’étalonsinternes.
Résultats et discussion
Mentionnons tout
d’abord
queplusieurs
heures se sont écouléesaprès
l’adminis-tration orale de la
vitamine E
tritiée avant que l’on trouve une radioactivité assezimportante
dans leplasma des
agneaux.I,e pic
de cette radioactivité s’est situé sur3
sujets
à la 128heure,
et sur leç e
à la2 ¢e
heure.Ces résultats confirment ceux obtenus par CARAVAGGIet al.
(ig68)
lors de l’étudedes fluctuations du
tocophérol
du sérumaprès
administration orale d’acétate d’a-toco-phérol
non radioactif chez la brebis.Une activité
spécifique
très élevée a été trouvée dans laglande
surrénale 4 heuresaprès
l’administration orale(tabl. 7 ). Elle
était encoreimportante
chez les agneaux tués 24h ou4 8
hplus
tard. WISS et al.( 19 6 2 )
ontrapporté
des résultats semblableschez le Rat
après
administration orale deC’ 4 -ot-tocophérol. Cependant, d’après
MBir!,oRS et Me C. BARNES
(z 9 66),
si l’activitéspécifique
dans cet organe estélevée,
la radioactivité totaleincorporée
est, par contre, faible du fait du faiblepoids
de cetorgane.
D’après
notreexpérience,
nous remarquons, commeS2!ERNB!RG
etPASCOE- DA
wsoN
( 1959 )
l’ont fait chez le Rat, que les tissus de l’estomac et du duodénum contenaient lesquantités
lesplus importantes
de radioactivité dans les 4premières
heures
qui
ont suivil’injection
orale. On a observé par la suite une baisse relative 24 heuresplus tard,
suivie d’une remontée.Des radioactivités
particulièrement
élevéesenregistrées
dans le foie 24 heuresaprès l’administration,
se sontmaintenues 4 8
heures.Les
radioactivités assez élevées des poumons et de larate,
étaientcependant
inférieures à celle du foie.
Des radioactivités d’ordre décroissant ont été observées dans le coeur, les muscles
et les reins en accord avec les résultats de KRISHNAMURTAY et BIERI
( 19 6 3 )
pour le rein.De fortes variations individuelles ont été observées lors de
l’incorporation
de laradioactivité dans les mêmes organes des
sujets
tués en mêmetemps.
Une observa- tion similaire a d’ailleurs été faite chez les humains de mêmeâge
parD JU
et al.(ig 5 8) ;
ils attribuent la variabilité individuelle aux différentes
quantités
detocophérol ab-
sorbées.
Reçu
pourpublication
en novembre19 68.
SUMMARY
METABOLISM OF SELENIUM AND VITAMIN E IN YOUNG RUMINANTS
In the first part, this work describes the
changes
in selenium in blood and liver of calves whose dams had been fed onhay
known to cause musculardystrophy.
It was shown at the start that therewas reduction in these tissues in relation to the age of the
subjects.
Blood and liver ofcalves
hadmore selenium when their dams had been
given by injection
apreparation
of selenium andvitamin
E than in control calves or thosegiven by
mouth a commercialpreparation
of selenium which wasprobably
not assimilable.Next was studied the
uptake
ofradioactivity by
different tissues of calves afterinjection
of asingle
dose of ?5Se in relation to age andfeeding.
Greatestradioactivity
was recorded inkidney
andliver and was greater in calves fed on milk than in those
given
a concentratesupplement.
In the second part of the trial distribution of
radioactivity
was studied in lambs killed 4, 24or4
8 hours after a
single
dose of radioactivetocopherol.
The work showed for the first time that in lambs greatestuptake
ofradioactivity
was in the tissues of the stomach, duodenum andliver. Very
high radioactivity
was seen in the adrenals which showed themselves to be apreferential
site forincorporation
of radioactivetocopherol.
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