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Une nécropole du Bronze final IIb à Saint-Epvre « Le Bois de Saint-Epvre » (Moselle)

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Academic year: 2022

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(1)

Fasc. 2 - n° 182

Une nécropole du Bronze final IIb à Saint-Epvre

« Le Bois de Saint-Epvre » (Moselle)

Stéphane Lenda, Théophane Nicolas et Ingrid Turé

Édition électronique

URL : http://journals.openedition.org/rae/6455 ISSN : 1760-7264

Éditeur

Société archéologique de l’Est Édition imprimée

Date de publication : 15 décembre 2010 Pagination : 645-655

ISBN : 978-2-915544-16-6 ISSN : 1266-7706

Référence électronique

Stéphane Lenda, Théophane Nicolas et Ingrid Turé, « Une nécropole du Bronze final IIb à Saint-Epvre

« Le Bois de Saint-Epvre » (Moselle) », Revue archéologique de l’Est [En ligne], Tome 59-2 | 2010, mis en ligne le 10 octobre 2011, consulté le 01 mai 2019. URL : http://journals.openedition.org/rae/6455

© Tous droits réservés

(2)

* Inrap Grand-Est Sud / UMR5594 ARTeHIS.

** Inrap Grand-Ouest / UMR7041 « Protohistoire européenne ».

*** Inrap Grand-Est Sud.

Mots-clés Nécropole, sépultures à incinération, pratiques funéraires, céramique, Bronze final IIb.

Keywords Cemetery, cremation burials, mortuary practices, pottery, Late Bronze Age IIb.

Schlagwörter Nekropole, Brandgräber, Grabsitten, Keramik, Spätbronzezeit IIb.

Résumé Une opération de sondages archéologiques préventifs sur le tracé de la LGV Est a permis de découvrir une petite nécropole à incinération datée du Bronze final IIb. Son étude permet de documenter les pratiques funéraires en usage à cette période sur le secteur de la large confluence de l’Elme et de la Nied française.

Abstract Trial trenches carried out on the LGV est rail track has brought to light a small cremation cemetery dating to the Late Bronze Age IIb period. Its study brings to the forefront mortuary practices in vogue during this period in an area around the confluence of the Elme and Nied rivers.

Zusammenfassung Bei archäologischen Präventivgrabungen auf dem Verlauf der Trasse der LGV Est wurde eine kleine Nekropole mit Brandgräbern aus der Spätbronzezeit IIb entdeckt. Ihre Untersuchung erlaubt es, die zu dieser Zeit im Sektor des Zusammenflusses der Elme und der französischen Nied üblichen Grabsitten zu dokumentieren.

À SAINT-EPVRE « LE BOIS DE SAINT-EPVRE » (MOSELLE)

Stéphane L

ENDA

*, Théophane N

ICOLAS

**, Ingrid T

URÉ

***

La découverte d’un ensemble funéraire de l’étape moyenne du Bronze final sur la commune de Saint- Epvre fait suite aux interventions archéologiques conduites par l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (INRAP)1 en préalable à l’aménagement de la Ligne à Grande Vitesse (LGV) reliant Paris à Strasbourg par la société Réseau Ferré de France (RFF). L’emprise concernée couvre une surface de 21 hectares, au sud de la voie.

Le site, au sud-ouest du village de Saint-Epvre (Moselle), en limite de la commune de Thimonville, au lieu-dit « Le Bois de Saint-Epvre » (section 29) (fig. 1) occupe le haut de pente menant au sommet

1. La fouille de cette nécropole a été réalisée dans le cadre d’un diagnostic sur une zone de stockage de matériaux, du 30 septembre au 24 octobre 2002 (LENDA, TURÉ, 2003).

d’une butte qui surplombe un ancien vallon, à une altitude de 267 m NGF. Le gisement, d’une surface d’environ 400 m², se situe à l’amorce d’une pente douce en direction du sud. Cette colline se trouve sur la rive droite de l’Elme, un affluent de la Nied française, à sa confluence avec le ruisseau de Prey2.

La nécropole est installée au contact de deux unités géomorphologiques, à une altitude d’environ

2. En contrebas et à l’est de la nécropole, au lieu-dit « La Terre de La Justice », une ancienne voie romaine orientée sud-ouest/nord-est a été interprétée comme une route vicinale pouvant rejoindre les grands axes menant de Metz à Strasbourg et de Metz à Sarre-Union (KUHNLE, 2002). La construction de cet axe de circulation se place dans la première moitié du Ier siècle après J.-C. avec une utilisation qui a pu perdurer jusqu’au haut Moyen Âge. Une nécropole à incinération gallo-romaine, composée d’au moins dix structures funéraires, la borde au nord, en bas de la pente du terrain faisant l’objet du diagnostic archéologique (fig. 2).

(3)

BAR-LE-DUC Meur the

Vosges Moselle

Meurthe-et-Moselle Meuse

Saône Mos

elle Madon

Seille Ni

ed Mos

elle

Me us e

Aire

Ornai n

NANCY METZ

ÉPINAL Saint-Epvre Orne

285 m

Localisation de la nécropole sur les reliefs du tracé de la LGV

210 m 260 m

235 m

Commune de Flocourt

COMMUNE DE THIMONVILLE

COMMUNE DE SAINT-EPVRE

L’Elme

Ruisseau de Prey

COMMUNE

DE MORVILLE-SUR-NIED

Dépar. D110b

Contexte géologique

Calcaire à Gryphées Alluvionscentes Gs intraliasique Gs intraliasique Limons des plateaux

Argiles de Levallois Argiles de Levallois

Calcaire à Nannobelus Calcaire à Nannobelus

Limons

des plateaux Gs à roseaux Nécropole du Bronze final

0 1 cm = 20 km1/200 000 50 km

Fig. 1. Saint-Epvre. Localisation de la nécropole sur les reliefs du tracé de la LGV, d’après Ernst, 2001 et GEstrEau, 2001, modiiés (dessin : I. Turé).

(4)

Sond A63

Sond A87

drainpierres

147800

898600

898400

898200

148200

148000

147600

147400

898600

898400

898200

1 /5000 1 cm = 50 m

0 100 m

BOIS DE SAINT-EPVRE

SECTION 12 BOIS DE SAINT-EPVRE

BOIS DE SAINT-AUBIN

“Les Parrières”

“Les quatre journeaux”

Che

inm

Che min

rura l

rura

l

30

32 29

28

20

21

22

33 d'exploitation

31 32

27

25

24 26

34

35

71

72 23

37

Commune de Thimonville

Commune de Thimonville 671G4

671D4

609G1

609D1

609G2

609D2

609G3

609D3

609G4

609D4

609G5

609D5 Sond B22

Sond B23

Secteur 2

Indice de nécropole protohistorique

Commune de Saint-Epvre

“Le Bois de Saint-Epvre”

Emprise de la Ligne à Grande Vitesse

0 20 m

1/400 1 cm = 4 m

St. 1

St. 2

St. 3

St. 4

St. 5

Secteur 1

Indice de nécropole gallo-romaine

Sondage A87

Fig. 2. Saint-Epvre. Plan général de l’opération (dessin : I. Turé).

(5)

254 m NGF. Le substrat du dos de la butte se carac- térise par des limons de plateau bruns avec des élé- ments fins sub-argileux ; ils reposent sur des alluvions anciennes quaternaires.

Cet ensemble funéraire regroupe trois sépultures à incinération à environ 6 m de deux fosses circulaires (fig. 2). Ces structures ont souffert de l’érosion (collu-

vionnement) et des pratiques agraires (labours et pose de drains).

LESFOSSESSÉPULCRALES

Les fosses sépulcrales sont creusées dans le substrat limono-argileux sur une profondeur comprise entre

0 50 cm

1/10 1 cm = 10 cm

niveau n° 1 niveau n° 2 vue cumulative

coupe cumulative et proposition de restitution us 1 us 2

us 3 us 4

légende :

us 1 : argiles brunes (substrat) us 2 : limon argileux brun grisâtre us 3 : niveau de sol ancien (post. au Bf IIb) (limon argileux brun)

us 4 : niveau de sol actuel (terre végétale)

0 5 cm

système de fermeture

Fig. 3. Saint-Epvre. Sépulture à incinération n° 1 (dessin : I. Turé).

(6)

0,20 m et 0,40 m, sous la couche de terre végétale.

Leur remplissage se compose d’un sédiment limoneux, de couleur brun grisâtre, identique à la couverture sédimentaire intercalée entre le substrat argileux et le labour. Dans ce secteur, il pourrait s’agir de lambeaux de sol ancien.

Aucun monument funéraire n’est apparu au déca- page ; les sépultures à incinération semblent donc iso- lées.

La sépulture à incinération n° 1

La fosse sépulcrale est circulaire, en cuvette à fond plat et à parois légèrement obliques (fig. 3) : diamètre de 0,50 m, profondeur conservée de 0,12 m, rem- plissage de limon argileux brun grisâtre. L’excavation montre des dimensions légèrement supérieures à celles de la céramique ossuaire.

L’affaissement de la partie inférieure de l’urne semble consécutif à une pression verticale probable- ment liée à l’effondrement d’un couvercle occultant la fosse sépulcrale. La position stratigraphique légère- ment supérieure de quelques fragments osseux par rap- port au reste de l’amas laisse supposer que le volume interne de l’urne n’était pas complètement comblé au moment de l’affaissement du couvercle.

Le vase ossuaire repose sur le fond de la fosse mais sa partie supérieure est détruite par les labours ; l’amas osseux semble intact cependant. Les os, regroupés au fond du vase, sont recouverts par un limon fin, résultat d’une percolation par infiltration lente.

Aucune répartition particulière n’est reconnais- sable pour les fragments de crâne et des membres ; les os du tronc se trouvent concentrés dans la partie supérieure de l’amas conservé.

Composition du dépôt funéraire et étude du mobilier

Le vase cinéraire n’est connu que par la partie basse. La céramique, de couleur « Terre de Sienne », montre des surfaces intérieure et extérieure lissées grossièrement à la « main-mouillée ». Le dégraissant se compose de calcaire et d’oolithes de taille milli- métrique à centimétrique. Un tesson associé permet d’émettre l’hypothèse de la présence d’un second vase au sein du dépôt.

Composition du dépôt osseux humain

Les vestiges osseux correspondent au squelette d’au moins un sujet de taille adulte, en l’absence de zone métaphysaire ou d’indice de vieillissement signi- ficatif. Le sexe reste indéterminé. L’amas osseux pèse 213 g pour 525 fragments, soit un poids moyen de 0,40 g / fragment (tabl. 1).

La sépulture à incinération n° 2

En surface, la reconnaissance du creusement est délicate et le contour de la fosse semble s’inscrire dans une forme ovale régulière de 0,35 m et de 0,24 m d’axes (fig. 4), d’orientation nord-est/sud-ouest.

Creusée en cuvette dans le limon argileux brun, la profondeur conservée atteint 0,21 m. La fosse est tra- versée par un drain en pierre au sud-est.

L’affaissement du col de l’urne sous-entend que la partie supérieure du vase était dépourvue d’os (et même de remplissage) et que ce processus s’est déroulé dans un espace vide. Une fine percolation limoneuse brune est venue occulter la partie supérieure de l’amas avant effondrement de la partie supérieure du vase.

L’absence de sédiment entre les fragments d’épau- lement et l’amas osseux laisse présumer une fermeture (ou une couverture) de l’urne en matériau périssable non conservé.

Composition du dépôt funéraire et étude du mobilier (fig. 5)

Dans le vase cinéraire, quatre autres céramiques, certaines fragmentaires, ont été déposées sur l’amas osseux. Un fragment de bronze, probablement un anneau (n° 7), se trouve à ce même niveau ; sa défor- mation par le feu indique qu’il s’agit d’un objet se trouvant sur le bûcher (en association avec le corps du défunt ou bien comme offrande primaire).

- Urne cinéraire : elle montre une couleur « Terre de Sienne » avec une surface lissée à l’intérieur et alté- rée à l’extérieur ; le dégraissant (calcaire/oolithes) est millimétrique.

- Gobelet biconique (vase n° 2) : en céramique très fine, de couleur grise, les parois sont lissées à l’inté- rieur et lustrées à l’extérieur ; le dégraissant (calcaire/

oolithes) est de taille nanométrique. Le registre déco- ratif est riche : il associe des « godrons » cannelés à des

Crâne Tronc Mb. sup. Mb. inf. Ext. indét. Total dét. Total indét. Total

83,8 6,6 24,6 31,0 0 146,0 67,0 213,0

Tabl. 1. Poids (en g) des différents segments anatomiques.

(7)

incisions verticales réalisées au peigne « métallique » à trois dents et des panneaux verticaux de chevrons, peignés également. Ce récipient a apparemment été déposé fragmenté au sein de l’urne.

- Petit bol (vase n° 3) : de couleur orangée, il est partiellement recuit. Il s’agit du seul vase d’accom-

pagnement complet du dépôt. La surface des parois intérieures et extérieures est lustrée et le dégraissant (calcaire/oolithes) est millimétrique. Il est à noter la présence d’un caramel « alimentaire » dans la zone de recuit du récipient. Il n’est toutefois pas possible de définir s’il s’agit d’une trace liée à la fonction du conte-

5

niveau n° 6

anneau en bronze

2

niveau n° 5

1 3

4 2

niveau n° 4

7

concentration d’esquilles

coupe cumulative et proposition de restitution drain récent

système de fermeture drain récent

us 1 us 2

us 3 us 4

légende :

us 1 : argiles brunes (substrat) us 2 : limon argileux brun grisâtre us 3 : niveau de sol ancien (post. au Bf IIb) (limon argileux brun)

us 4 : niveau de sol actuel (terre végétale)

niveau n° 3 niveau n° 2

niveau n° 1

vue cumulative

0 50 cm

1/10 1 cm = 10 cm

amas osseux 1

2 3

4

5 6 2

7

cendres

Fig. 4. Saint-Epvre. Sépulture à incinération n° 2 (dessin : I. Turé).

(8)

nant ou à l’existence d’une offrande à l’intérieur lors de l’ustion.

- Fond plat (vase n° 4) : de couleur noire, les parois sont lissées à l’intérieur et lustrées à l’extérieur, le dégraissant (calcaire/oolithes) est de taille millimé- trique.

- Petit gobelet biconique (vase n° 5) : très frag- menté, de couleur grise, les parois sont lissées à l’inté- rieur et à l’extérieur ; le dégraissant (calcaire/oolithes) est de taille millimétrique.

- Enfin, un petit fragment de bord à lèvre biseau- tée appartient à un possible sixième et dernier vase.

Chronologie du dépôt et interprétation

Les ossements furent déposés sur le fond de l’urne.

Parmi les os collectés sur l’aire de crémation, on note la présence d’un tesson (n° 6), probablement résiduel car il ne correspond à aucune céramique déposée dans l’urne, et d’un fragment d’anneau (?) en alliage cuivreux (n° 7), d’un diamètre de 1 mm et conservé

sur une longueur de 5 mm, vraisemblablement une offrande primaire ou un objet de parure porté par le défunt sur le bûcher. Sur les os sont ensuite dépo- sés trois autres vases qui figuraient sur le bûcher ou à proximité immédiate comme l’attestent les traces de recuisson. Le fragment d’un dernier vase non exposé au feu est alors déposé (n° 4).

Le vase ossuaire est déposé dans la fosse creusée aux dimensions de l’urne et un système de fermeture en matériau périssable de type planche est placé pour clore la fosse. Le dispositif s’est affaissé alors que la fosse était encore vide comme l’attestent les indices taphonomiques observés sur l’urne : la partie supé- rieure s’est effondrée à l’intérieur du vase, sur l’amas osseux et le mobilier céramique, et la partie inférieure s’est écrasée laissant quelques fragments se placer à l’extérieur du volume du vase.

Les fragments de crâne se trouvent concentrés dans la partie supérieure de l’amas osseux, à proxi- mité du bol (n° 3). La répartition des os dans le vase

Crâne Tronc Mb. sup. Mb. inf. Ext. indét. Total dét. Total indét. Total

56,3 2,4 2,3 5,4 0 66,4 95,9 162,3

Tabl. 2. Poids (en g) des différents segments anatomiques.

7

5 2

6

4 3

1

0 5 cm

0 4 cm

Fig. 5. Saint-Epvre. Mobilier de la sépulture à incinération n° 2 (dessin : I. Turé, sauf n° 2 : Th. Nicolas).

(9)

ne reflète aucun agencement particulier. Les vestiges osseux correspondent au squelette d’au moins un sujet immature âgé de 7 à 10 ans (Infans II), en l’absence de zone métaphysaire ou d’indice de vieillissement signi- ficatif. Le sexe est indéterminable.

L’amas osseux se compose de 162,3 g pour 824 fragments, soit un poids moyen de 0,19 g / fragment (tabl. 2).

La sépulture à incinération n° 3

Lors de la découverte de cette sépulture aucun creusement n’était observable (fig. 6) et les quelques fragments osseux recueillis se trouvent éparpillés avec les fragments d’un vase, probablement le vase ossuaire, dans un niveau de limon brun de 2 cm, juste sous la semelle de labours.

Composition du dépôt funéraire

Du vase cinéraire n’est conservé qu’un fond ainsi qu’un tesson de céramique fine. L’urne cinéraire montre une pâte de couleur « Terre de Sienne » ; ses

parois intérieure et extérieure sont lissées à la « main mouillée » et le dégraissant (calcaire/oolithes) est de taille millimétrique.

Les vestiges osseux correspondent au squelette d’au moins un sujet de taille adulte gracile (fin Infans II (10-12 ans)/adulte jeune). Le sexe est indéterminé.

L’amas osseux se compose de 13,5 g pour 37 frag- ments, soit un poids moyen de 0,36 g / fragment (tabl. 3).

INTERPRÉTATIONDESDÉCOUVERTES

La conservation médiocre des vases n’autorise qu’une étude typologique limitée. Les caractères mor- phologiques des récipients et le registre décoratif du gobelet biconique de l’incinération n° 2 permettent d’attribuer cet ensemble au Bronze final IIb ancien, régional et à la culture Rhin-Suisse-France Orientale

D’un point de vue général, le lot céramique se scinde en deux catégories de pâtes : fine et grossière.

Le dégraissant de la matrice argileuse est le même pour tous les individus (calcaire, et oolithes) ; seule peut varier la taille des inclusions en fonction du type de production (nanométrique à centimétrique).

L’homogénéité constatée des matrices argileuses semble indiquer une origine locale de l’argile. D’un point de vue technique, tous les récipients sont éla- borés selon la technique du façonnage au colombin.

Les caractères morpho-techniques des urnes cinéraires sont tout de même à souligner. Elles sont réalisées très grossièrement : certains colombins sont encore visibles et le lissage sommaire n’a pas oblitéré les diverses opé- rations de façonnage (joints de colombins…) ; de plus, il apparaît que la cuisson du récipient a été mal conduite (nombreux coups de feu, mais absence de recuit). Ainsi, l’apparence très grossière de ces réci- pients, alors que les vases d’accompagnement où ceux trouvés en contexte d’habitats sont plus forte- ment investis, interpelle : faut-il y voir une production expédiente réalisée pour servir de récipient cinéraire ou la réutilisation opportuniste d’un récipient non fonctionnel en l’état ? Malheureusement, les données ne nous permettent pas de mettre en avant l’une ou l’autre des hypothèses, mais la possibilité ici d’avoir une production expédiente est à souligner.

os brûlés 0 10 cm

1/5 1 cm = 5 cm

0 5 cm

Fig. 6. Saint-Epvre. Sépulture à incinération n° 3 (dessin : I. Turé).

Tabl. 3. Poids (en g) des différents segments anatomiques.

Crâne Tronc Mb. sup. Mb. inf. Ext. indét. Total dét. Total indét. Total

0,4 0 4,5 1,4 0 6,3 7,2 13,5

(10)

Les fosses sépulcrales présentent un taux d’arase- ment moyen (deux cas) à total (un cas) ; elles sont de forme subcirculaire avec des creusements en cuvette et des dimensions légèrement supérieures au volume du vase ossuaire. Pour les tombes arasées superficiel- lement, seules les urnes ont été affectées, permettant toutefois une approche du dépôt funéraire car les amas osseux sont préservés dans leur intégralité.

La taphonomie de la sépulture permet de proposer des espaces vides couverts par un système de fermeture en matériau périssable. Les vases ont été déposés direc- tement sur le fond de la fosse. Aucune architecture interne n’a été observée.

Pour les restes osseux, un mode unique de dépôt a été observé : les fragments regroupés en amas occupent le tiers inférieur de l’urne. Aucune esquille ne se trouve dans le remplissage de la fosse. Des vases d’accompa- gnement existent uniquement dans une sépulture de sujet immature (st. n° 2).

La présence de témoins de combustion mêlés aux esquilles (cendres et charbons de bois) a été observée dans la sépulture à incinération n° 2. Cette gestuelle diffère pour les deux autres dépôts car ils sont dépour- vus de rejets de combustion.

La répartition des restes brûlés dans l’urne de l’in- cinération n° 2 ne suit pas un dispositif particulier avec une collecte organisée en fonction des segments anatomiques. Il faut noter que des fragments osseux plus conséquents, au regard de la dominance d’es- quilles (fragments non identifiables en raison d’une très grande fragmentation), comme des os du crâne (calva) et des membres inférieurs (fibula et tarse), se trouvent déposés sur l’amas.

Dans cette sépulture, les vases accessoires sont déposés sur l’amas sans organisation visible. Le mobi- lier métallique, présent sur le bûcher, comme l’atteste l’aspect de surface et la mauvaise tenue des éléments recueillis, est lui aussi déposé en surface.

L’enregistrement de la couleur des os, considé- rée comme un moyen d’estimer le degré d’ustion, indique que la crémation des corps s’est faite de façon poussée. Quand les os prennent une coloration blanche avec une texture crayeuse, on peut envisa- ger une température d’exposition au feu supérieure à 650°C (HERMANN, 1988 ; SUSINI, 1988 ; BONUCCI, GRAZIANI, 1975). L’observation des restes osseux montre une crémation poussée ou soutenue avec une coloration blanche et une texture crayeuse des os.

Le taux de fragmentation correspond en réalité au poids moyen des fragments osseux. Dans les sépultures à incinération étudiées, la représentation est très large- ment minoritaire car le poids des os présents est très en

dessous des référentiels, avec un maximum de repré- sentation de 213 g pour la structure n° 1 (MC KINLEY, 1993) et si certains segments anatomiques sont repré- sentés conformément aux référentiels (DUDAY et alii, 2000), d’autres sont nettement sur-représentés comme le crâne.

Pour les structures n° 1 et n° 2, le crâne est légè- rement sur-représenté (fig. 7). Les mesures réalisées sur les os de la sépulture n° 3 ne peuvent être uti- lisées en raison de son très fort arasement. Dans les deux premières structures, le tronc est quasi-absent.

Dans la structure n° 1, la représentation des membres est proche de l’indice théorique, avec une répartition assez proche de l’indice pour les membres supérieurs et nettement déficitaire pour les membres inférieurs.

Il en est de même pour la part des membres dans la structure n° 2, avec une part importante d’indétermi- nés en raison d’un taux de fragmentation très élevé.

Une gestuelle funéraire particulière ne semble pas à privilégier mais le volume d’ossement présent dans les tombes découle plus vraisemblablement d’un pré- lèvement orienté sur l’aire de crémation : partiel pour les restes du squelette du sujet de l’urne n° 1 avec une collecte privilégiée des os du crâne et plus métho- dique pour les os du sujet immature de la tombe n° 2.

En effet, en dépit d’une très forte fragmentation des os avec un ensemble de 214 fragments (excluant les esquilles), les os ont été prélevés sur le bucher avec les résidus de la crémation. Quelques fragments de crâne et des os longs des membres inférieurs plus clairement identifiables ont été collectés et déposés sur le sommet de l’amas.

CONCLUSION

Au regard des vestiges conservés, il semblerait que le mobilier céramique ne soit pas présent sur l’aire de crémation mais utilisé lors du dépôt des restes osseux dans le vase, sauf dans le cas de la sépulture à inciné- ration n° 2 (vase n° 2). Dans cette même sépulture, le mobilier céramique fut déposé fragmenté sur l’amas osseux. Le mobilier en alliage cuivreux fut quant à lui déposé sur le bûcher, probablement porté par le défunt ou du moins associé à celui-ci. L’importance du mobilier découvert dans cette sépulture ne confère pas pour autant un statut particulier à l’individu mais reflète plus une gestuelle de la population inhumante.

De plus, la possibilité ici d’avoir une production expé- diente réalisée pour servir de récipient cinéraire est à souligner.

Cette vision est pour le moins tronquée par le mauvais état de représentation des autres tombes,

(11)

notamment pour les variations de représentation des différents segments du corps au sein des vestiges osseux. Les résultats de cette étude apportent toutefois une connaissance sur les traitements funéraires prati- qués dans ce secteur de la large confluence de l’Elme et de la Nied française, au Bronze final IIb.

La découverte de cette petite nécropole à inciné- ration présente plusieurs intérêts :

- sa reconnaissance qui s’avère difficile en dehors des contextes préventifs d’envergure, sur des ensembles touchés par une érosion importante. Quand ces découvertes ont été suivies par des décapages exten- sifs, des ensembles plus vastes ont pu ainsi être étudiés.

L’ensemble de Saint-Epvre vient compléter un inven-

taire de vingt-quatre nécropoles datées du Bronze final découvertes en contexte préventif (KOENIG et alii, à paraître). Dans la typologie établie par les auteurs, cet ensemble se place dans le groupe des petites nécro- poles de deux ou trois tombes, a priori monophasées, comme à Sarreguemines « Auf Haid » (Moselle) (fouille J.-C. Brénon, 2005) ;

- d’induire le probable lien entre le modèle de la

« ferme itinérante » et ces petites nécropoles.

- de documenter une pratique funéraire connue avec le dépôt des os en urne et le dépôt de vases acces- soires (un cas ici) sur le dépôt osseux de l’urne, la rareté du métal, le dépôt de l’urne dans un milieu vide et clos et l’existence d’un couvercle en matière périssable.

Valeur théorique (LOWRANCE, LATIMER, 1957 ;

KROGMAN, 1978)

Intervalle théorique DUDAY et alii, 2000)

Valeur observée dans les sépultures à

incinération

Indice pondéral de la tête Indice pondéral du tronc

Les indices pondéraux des membres (62,6 %)

membre sup.

17,7 %

membre inf.

45,9 % 20 %

17 %

10 % à 30 %

10 % à 24 %

39,3 %

3,1 %

Sépulture à incinération n° 1

Sépulture à incinération n° 2

Sépulture à incinération n° 3 m. sup.

11,5 %

m. inf.

14,6 %

m. ind.

31,5 %

Indice pondéral de la tête Indice pondéral du tronc

Les indices pondéraux des membres (62,6 %)

membre sup.

17,7 %

membre inf.

45,9 % 20 %

17 %

10 % à 30 %

10 % à 24 %

34,7 %

1,5 %

m. sup.

1,4 %

m. inf.

3,3 %

m. ind.

59,1 %

Indice pondéral de la tête Indice pondéral du tronc

Les indices pondéraux des membres (62,6 %)

membre sup.

17,7 %

membre inf.

45,9 % 20 %

17 %

10 % à 30 %

10 % à 24 %

3 %

0 %

m. sup.

33,3 %

m. inf.

10,4 %

m. ind.

53,3 % -

-

-

Fig. 7. Valeurs observées dans les sépultures en regard des valeurs et intervalles théoriques.

(12)

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Bibliographie

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