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La Femme et le Prêtre thème littéraire

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La Femme et le Prêtre

thème littéraire

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DU MÊME AUTEUR CHEZ LE MÊME ÉDITEUR

Paris à l'époque de Balzac.

et dans la « Comédie Humaine » , 1992.

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J e a n YGAUNIN

La Femme et le Prêtre

thème littéraire

LIBRAIRIE A.-G. NIZET

PARIS 1993

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© 1993, by Librairie A.-G. NIZET ISBN 2-7078-1169-6

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P R É F A C E

Notre temps se flatte de ne croire ni à Dieu ni au Diable, et la raison en est qu'il pense ne voir ni l'un ni l'autre.

Cependant, il en est du Diable comme de l'électricité : on sait qu'il existe et qu'il est présent par ses effets.

Et les deux personnages sur lesquels il sait qu'il lui est utile d'agir, sont les puissances humaines : la Femme, Ange de pureté ou être de plaisir total, et le prêtre, à qui le sacrement confère une puissance surnaturelle, ce qui exigerait de lui la sainteté, mais qui, perverti, devient l'ange déchu et peut être, à son tour, séducteur.

Le manquement à l'idéal peut être vu seulement sur le plan social et les personnages sont alors comiques ; si on les voit sur le plan moral et métaphy- sique, ils deviennent tragiques.

C'est ce double aspect que nous livre la littérature : elle a longtemps fait rire des imperfections. Le Romantisme a, au contraire, souligné le caractère dramatique de leur situation et, depuis, sauf chez quelques écrivains volontai- rement satiriques, on a découvert le tragique du conflit, que l'hérédité com- plique parfois, que le plan métaphysique rend profond, parce qu'il laisse devi- ner une « Puissance » qui exalte le moi et fait désirer le plaisir, avant de montrer l'inutilité profonde et l'appel au néant, c'est-à-dire la perte totale de l'être.

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A V A N T - P R O P O S

Les rapports entre les membres du clergé et les femmes ont été définis à travers l'Histoire de l'Eglise.

Au début du I V siècle, un synode d'Espagne, le Concile d'Elvira, au Canon 33 précise : « Les évêques, les prêtres, les diacres préposés au ministère doivent s'abstenir de leur femme et il leur est interdit d'engendrer des enfants ».

En 567, le Concile de Tours s'élève contre l'homosexualité et déclare que l'évêque qui n'a pas d'épouse ne doit pas avoir de femmes dans sa suite, et qu'il doit traiter son épouse, s'il en a une, comme sa sœur.

Au VII siècle, on précise que, s'il est marié, le prêtre, quand il devient évêque, doit se séparer de sa femme.

Du VIII siècle à la mort de Charlemagne, le célibat des prêtres et des évêques est tombé en désuétude, sans doute parce que les dignitaires ecclésias- tiques ont été choisis en fonction de la faveur des rois ou de l'empereur.

A la fin du X I siècle, Grégoire VII proclame que tous les mariages des clercs sont déclarés nuls. En 1139, le second Concile du Latran impose le céli- bat de manière définitive aux clercs.

Le 23 juin 1967, Paul VI fait paraître l'Encyclique Sacerdotalis caeli- batus, fort utile après le concile Vatican II, de 1962 à 1965 : il rappelait le prin- cipe du célibat ecclésiastique.

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LE THÈME AVANT 1850

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Chapitre premier L'ASPECT COMIQUE

En France, le clergé, l'un des 3 ordres, pendant le Moyen Age et jusqu'en 1789, par l'incidence du plan moral sur l'organisation sociale et politique, s'ar- roge traditionnellement des droits sur le monde des seigneurs et le Tiers État.

De plus, le rôle du sentiment religieux et son importance chez les femmes créent un rapport privilégié entre le monde ecclésiastique et le monde féminin.

Cela peut donc engendrer, pour chacune de ces catégories, une influence qui correspond au monde de l'idéal, au conflit ou au monde de la corruption. Mais à cause du caractère sacré de l'un des deux, cette corruption, d'où qu'elle vienne, prend une importance plus grande, qui aboutit, dans les périodes de foi affirmée, à la conscience du sacrilège ou à son mépris.

La littérature, au Moyen Age, en a donné un écho dans les Fabliaux, dont la tendance est satirique. Dans le fabliau du Lardier, Lorent, le clerc qui caresse la femme du savetier Baillet, est caché par elle dans un lardier, lors du retour intempestif du mari, promené dans ce meuble et vendu 20 livres à un autre clerc, son complice. Dans Le vilain de Bailleul, la femme d'un vilain affreusement laid festoie avec le curé. Le mari revient ; sa femme le trouve pâle, le force à se mettre au lit, et l'enveloppe même dans son linceul, en le persuadant qu'il est mort, pour qu'il reste tranquille. Dans Le Chevalier, la Dame et le Clerc, la Dame bat son mari, pour l'obliger à reconnaître la vertu de sa femme, qu'il a surprise en adultère.

Au XVI siècle, Marguerite de Navarre dans l'Heptaméron utilise encore cette veine littéraire. Sur 72 nouvelles, 16 traitent des violents désirs des moines, surtout des Cordeliers, ordre religieux populaire, ou des prêtres pour les femmes, ou à l'inverse d'une femme pour un religieux ou un prêtre, assez élevé dans la hiérarchie. Parfois, la femme se défend avec ruse, comme la pas- seuse de Coulon, près de Niort, qui isole ses 2 passagers, 2 cordeliers, chacun sur une île, avant d'aller quérir son mari et les autorités. Parfois, elle bouscule par la trappe le religieux entreprenant qui l'avait suivie au grenier. Dans plu- sieurs récits, le religieux précède auprès de la femme le mari qui n'est arrivé

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qu'à une heure avancée de la nuit et se voit reprocher ses excès amoureux. La sottise d'un mari, logeant dans sa maison un Cordelier, permet au religieux de penser qu'il pourra profiter d'une longue absence, mais cela exigera plusieurs meurtres pour éliminer les témoins, et l'enlèvement de la femme, que l'on a obligée à se déguiser en jeune moine, échoue, parce que le mari et son servi- teur, sur le chemin du retour, rencontrent les 2 « religieux » et reconnaissent le visage de la femme.

La femme amoureuse du prédicateur lui écrit, mais le mari oblige le por- teur à lui remettre les lettres, y répond, et affublé d'une robe de moine, prêtée par le prédicateur lui-même, vient dans la chambre de sa femme et poursuivi par l'amoureuse, lui inflige une volée de coups de bâton.

Il peut arriver que le religieux veuille abuser de son autorité, soit auprès d'une personne à laquelle il refuse l'absolution, si elle ne se met pas nue devant lui, soit auprès d'une religieuse dont il veut abuser. Mais le caractère tragique n'existe qu'à propos du prieur de Saint Martin, Etienne Gentil, devenu obsédé sexuel à 50 ans, quand on lui confie la visite du couvent de Gif et qu'il décou- vrit Marie Heroët, maîtresse des novices. Après lui avoir levé le voile et avoir essayé de lui toucher les seins, il lui raconta qu'atteint d'une maladie incurable il ne pouvait être guéri que par la jouissance avec une femme dont il serait amoureux. Il essaya donc de l'embrasser et de la coucher sur un lit du dortoir, puis il lui écorcha le corps : elle s'évanouit. Pour acheter son silence, il lui pro- mit, si elle lui cédait, de la mettre à la tête d'un des 3 plus grands monastères du royaume ; elle refusa. Le prieur fit alors remplacer la Mère Abbesse par une autre, à sa dévotion, et revint au monastère : il avait fait voler les reliques, accusa du vol l'aumônier, qu'on emprisonna et qui disparut, et la Sœur Marie de s'être donnée à l'aumônier. Sur ses protestations, il lui demanda, pour prou- ver qu'elle était encore vierge, d'accepter qu'il le vérifiât lui-même. Sur son refus, il l'excommunia, la condamna au pain et à l'eau, et à la privation de par- loir pour 3 ans. La famille inquiète dépêcha le frère, qui après enquête déféra l'affaire à Marguerite de Navarre. Malgré la confiance antérieure de cette prin- cesse pour le religieux, elle le fit interroger : il avoua et mourut l'année sui- vante. Sœur Marie devint Abbesse de Giy, près de Montargis.

Marguerite de Navarre continua donc la tradition des Fabliaux, mais la satire des Moines est accentuée à son époque par le relâchement fréquent de la vie monastique et par les idées de la Réforme sur la condition des religieux.

Dans le cercle de Marguerite, on trouve bon de ne pas voir les religieux en dehors de leurs églises. Elle n'a évoqué le monde monastique idéal que dans un récit. A la cour de Ferrare, un jeune gentilhomme pauvre, serviteur du duc de Mantoue, et Pauline, une jeune suivante de la duchesse de Ferrare, s'aimaient, mais la duchesse voulait un meilleur parti pour Pauline. Le jeune noble décida donc d'entrer en religion. Pauline vint le voir au couvent, l'admira encore plus et lui dit qu'elle allait prendre l'habit : ils oublieraient leur corps, mais seraient unis en Dieu. L'intervention de la duchesse ne changea rien à la décision de la jeune fille.

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Au XVII siècle, qui voit l'incroyance côtoyer une renaissance religieuse, on trouve, chez quelques écrivains, un aspect satirique.

En 1612, Mathurin Régnier, dans la 3 édition de ses Satires publie la Satire XIII, Macette Ce personnage, ancienne coquette, gardant des amants secrets, sous des airs de prude, ne parle pas de directeur spirituel, mais ne méprise pas le charme physique des moines et leur discrétion :

On trouve bien la Cour dedans un monastère Et après maint essai, enfin j'ai reconnu

Qu'un homme comme un autre est un moine tout nu.

Puis, outre le saint vœu qui sert de couverture, Ils sont trop obligés au secret de nature Et savent, plus discrets, apporter en aimant Avecque moins d'éclat plus de contentement.

Parmi les personnages de la société qu'elle conseille à « l'amie » du poète pour que son choix soit heureux, elle insiste sur 2 catégories :

Prenez-moi un abbé, un fils de financiers, Dont depuis 50 ans les pères usuriers, Volant à toutes mains, ont mis en leur famille Plus d'argent que le Roi n'en a dans sa Bastille.

Cela annonce le théâtre de Molière.

Dans le Misanthrope, Célimène rapporte à Arsinoé les propos qui courent sur celle-ci dans les salons :

A quoi bon, disaient-ils, cette mine modeste Et ce sage dehors que dément tout le reste ? Elle est à bien prier exacte au dernier point ; Mais elle bat ses gens, et ne les paye point.

Dans tous les lieux dévots elle étale un grand zèle ; Mais elle met du blanc et veut paraître belle.

Elle fait des tableaux couvrir les nudités ; Mais elle a de l'amour pour les réalités.

Cette prude ressemble donc, environ 50 ans après, à Macette.

La structure de la pièce de Tartuffe ressemble à l'argument d'un Fabliau.

Un homme de petite noblesse, porté à la dévotion, a installé dans sa maison une personne de rencontre qu'il a prise pour un saint, et, pour la garder, il veut lui donner sa fille en mariage, bien qu'il ait déjà donné sa parole à un jeune noble, Valère. Mais le « saint homme », Tartuffe, est plus attiré par le charme de la jeune épouse du maître de maison, qui vient de se remarier, que par la jeune fille. Il est flatté qu'elle lui demande un rendez-vous pour parler de ce mariage. Après avoir rappelé les prières qu'il a faites pour le rétablissement de la santé d'Elmire, la jeune femme, et avoué qu'il n'a critiqué la nombreuse société que par jalousie, il lui fait une déclaration en utilisant le jargon des livres de piété : il avoue, qu'à côté des beautés éternelles, il a été touché de la beauté d'Elmire, créature parfaite ; il a su rendre sa passion non coupable. Il attend d'elle son bonheur :

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En vous est mon espoir, mon bien, ma quiétude ; De vous dépend ma peine ou ma béatitude ; Et je vais être enfin, par votre seul arrêt,

Heureux, si vous voulez, malheureux, s'il vous plaît.

Vaincu par ses charmes, il aura pour elle : Une dévotion à nulle autre pareille, Et pourra lui offrir, par sa discrétion :

De l'amour sans scandale et du plaisir sans peur.

Lors du second entretien demandé par Elmire, en présence de son mari caché sous la table, Tartuffe, qui a déjà été surpris par Damis, le fils de la maison, est plus réticent. Il exigera donc des preuves qu'Elmire, parlant comme une pré- cieuse, trouve excessives dès l'abord. Et quand elle évoque l'offense au Ciel, il lui montre que l'on peut très bien concilier les scrupules et les contentements :

Selon divers besoins, il est une science D'étendre les liens de notre conscience, Et de rectifier le mal de l'action Avec la pureté de notre intention.

De ces secrets, Madame, on saura vous instruire ; Vous n'avez seulement qu'à vous laisser conduire.

Contentez mon désir, et n'ayez point d'effroi ; Je vous réponds de tout et prends le mal sur moi.

De plus :

Vous êtes assurée ici d'un plein secret,

Et le mal n'est jamais que dans l'éclat qu'on fait.

Le scandale du monde est ce qui fait l'offense, Et ce n'est point pécher que pécher en silence.

Orgon n'en finit pas de sortir de dessous la table, malgré les signes d'impatience d'Elmire, et quand il veut chasser l'imposteur, Tartuffe lui rappelle que cette mai- son est désormais sienne : il faudra l'intervention de l'autorité royale pour faire arrêter le faux dévôt triomphant.

Dans Don J u a n (IV.6), après la visite tardive de M. Dimanche, de Don Louis, père de Don Juan, Dona Elvire dans la nuit, revient voir son amant, contre lequel elle avait appelé toutes les formes de vengeance : elle ne ressent plus pour lui qu'une « sainte tendresse » et elle aspire à le sauver. Lorsqu'elle vient « de la part du ciel », pour faire prendre conscience à Don Juan de son aveuglement, et lui demander « au nom de l'amour qu'elle lui porte, de ses prières et de ses larmes, de corriger sa vie et de prévenir sa perte », on peut penser que le directeur de conscience de Dona Elvire, retournée en son cou- vent, lui a demandé de faire cette suprême tentative. Don Juan essaie d'ailleurs de la retenir, mais elle ne veut pas s'attarder : elle retourne à Dieu, dans la tris- tesse de son échec.

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Avec La Fontaine, dans les Contes (1664-1665-1666-1671-1675) nous retrouvons les thèmes des conteurs italiens de la Renaissance et de Marguerite de Navarre qui ne déplaisaient point aux Mondains de cette époque.

Le conteur amuse d'abord avec l'extrême naïveté d'une fille de la cam- pagne : dans Comment l'esprit vient aux filles, Lise, qui demandait à tous où se vendait l'esprit, se voit conseiller « d'aller trouver Père Bonaventure », qui en a bonne provision. La voilà donc au couvent, voulant en acquérir à crédit pour une petite somme. Le Père la rassure :

A l'une on vend ce qu'à l'autre l'on donne.

Entrez ici ; suivez moi hardiment...

Elle le suit ; ils vont à la cellule.

Mon Révérend la jette sur un lit, Veut la baiser ; la pauvrette recule Un peu la tête ; et l'innocente dit :

« Quoi c'est ainsi qu'on donne de l'esprit ? - Et vraiment oui, repart sa Révérence ; Puis il lui met la main sur le téton :

« Encore ainsi ? — Vraiment oui ; comment donc ? La belle prend le tout en patience :

Il suit sa pointe ; et d'encor, en encor Toujours l'esprit s'insinue et s'avance, Tant et si bien qu'Il arrive à bon port.

Lise riait du succès de la chose.

Bonaventure à six moments de là Donne d'esprit une seconde dose.

Ce ne fut tout, une autre succéda ; La charité du beau Père était grande.

Un « essaim de frères dîmeurs, les Frères de Catalogne, établirent une confrérie » et se mirent à prêcher sur le Paradis. Pour l'atteindre sûrement, il fallait que les femmes versent 3 fois par mois, aux Frères, la dîme, droit donné par le pape, des plaisirs donnés à leurs maris.

Tout ceci doit être secret, Les donselles scrupuleuses, De s'acquitter étaient soigneuses...

Il s'en trouva de si zélées, Que par avance elles payaient.

Les Beaux Pères n'expédiaient Que les fringantes et les Belles...

Un mari apprit l'affaire, sa femme se rendant à minuit au monastère et lui expliquant :

« Sachez, dit la pauvre innocente, Que pas une n'en est exempte ; Votre sœur paie à Frère Aubry ; La Baillie au Père Fabry ; Son altesse à Frère Guillaume, Un des beaux moines du royaume ; Moi qui paie à Frère Girard, Je voulais lui porter ma part.

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On réunit les moines dans une grange et on y mit le feu, Les maris sautant à l'entour,

Et dansant au son du tambour...

Tout fut brûlé comme cochons.

Tous périrent dedans les flammes.

Dans l'Hermite, une veuve fort sage et qui n'avait pour tout bien qu'une

« fille, jeune ; ingénue, agréable et gentille, pucelle encore », entendit à plu- sieurs reprises, durant la nuit, une voix l'invitant à se rendre avec sa fille près de l'hermite Luce : de lui et de cette fille devait naître un Pape qui réformerait tout le peuple chrétien. Malgré les hésitations de la mère, elles partirent :

La Belle mit son corset des bons jours, Son demi-ceint, ses pendants de velours, Sans se douter de ce qu'elle allait faire : Jeune fillette a toujours soin de plaire.

Elles arrivent à l'hermitage, d'où l'hermite les chasse : elles croient que c'est à cause de leurs péchés. Elles reviennent cependant au soir : la mère s'en va ; la fille reste.

Tout doucement il vous l'apprivoisa, Lui prit d'abord son joli bras d'ivoire, Puis s'approcha, puis en vint au baiser, Puis aux beautés que l'on cache à la vue, Puis le Galant vous la mit toute nue, Comme s'il eut voulu la baptiser...

Tant lui donna du retour de Matines, Que maux de cœur vinrent premièrement, Et maux de cœur chassés, Dieu sait comment, En fin finale, une certaine enflure

La contraignit d'allonger sa ceinture : Mais en cachette, et sans en avertir Le forge-Pape, encore moins la Mère.

Elle craignait qu'on ne la fit partir : Le jeu d'Amour commençait à lui plaire.

Revenue à la maison, elle attendait le grand événement au milieu des prépara- tifs, prenant chaque matin deux œufs pour avoir un garçon.

Mais ce qui vint détruisit les châteaux, Fit avorter les Mîtres, les Chapeaux, Et les grandeurs de toute la famille.

La Signora mit au monde une fille.

Plusieurs contes mettent en scène des religieuses curieuses des plaisirs de l'amour. Dans Les Lunettes, un jouvenceau de 15 ans est entré dans un couvent de femmes, sous le nom de Sœur Colette, Sœur Agnès devient grosse, accouche d'un enfant et est mise en prison. Pour rechercher le père , la Prieure réunit les religieuses, les fait mettres nues et, ayant mis ses lunettes, les exa-

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mine. Le délinquant avait attaché son sexe pour le dissimuler, mais devant tous ces corps de femmes nues, il se met en érection, faisant tomber les lunettes de la Mère Prieure qui l'examinait. On attacha le garçon, face à un arbre, en se préparant à le bâtonner ; un meunier le délivre et se met à sa place, disant qu'il remplira son rôle : il doit subir la « fureur de l'antique cohorte ».

Le Psautier montre comment un jouvenceau « friand de ces oiseaux », employé dans un couvent de religieuses les faisait rêver. Sœur Isabeau se le réserve. Une nuit on entend des voix dans sa cellule et on avertit la Mère Abbesse, qui n'était pas en oraison, mais dans son lit, avec

Messire Jean, curé du voisinage.

Elle se lève et, au lieu du voile, elle se met sur la tête le haut-de-chausses du curé. On réunit la communauté et la Mère Abbesse flétrit la conduite de Sœur Isabeau, qui montre l'objet insolite. Les religieuses furent invitées à rentrer dans leurs cellules et on ne reparla plus de rien.

Dans Mazet de Lamporechio, pour remplacer un vieux jardinier, désespéré des ordres contradictoires donnés par les religieuses, Mazet un jeune garçon feint d'être sourd et muet. Bientôt 2 Religieuses décident dans un lieu isolé de profiter du garçon successivement, l'une faisant le guet. La 1 étant restée fort longtemps, pour la 2

Le pauvre gars acheva simplement Trois fois le jeu, puis après il fit chasse.

Les jours suivants

Mazet, pourtant se ménagea de sorte Qu'à Sœur Agnès quelque jours ensuivant Il fit apprendre une semblable note En un pressoir tout au bout du Couvent ; Sœur Angélique et Sœur Claude suivirent, L'une au dortoir, l'autre dans un cellier ; Tant qu'à la fin la cave et le grenier

Du fait des sœurs maintes choses apprirent...

L'abbesse aussi voulut entrer en danse.

Elle eut son droit, double et triple pitance, De quoi les Sœurs jeûnèrent très longtemps.

Un jour, ô miracle, Mazet parle pour rappeler qu'un coq ne peut suffire qu'à 7 poules. On le choya et on engagea « de petits Mazillons,

Desquels on fit de petits Moinillons ; Ces moinillons devinrent bientôt Pères ; Comme les Sœurs devinrent bientôt Mères, A leur regret, pleines d'humilité ;

Mais jamais nom ne fut mieux mérité.

Dans l'Abbesse, la Mère Abbesse qui a perdu ses couleurs et risque de mourir, doit comme remède prendre la compagnie d'un homme. Sœur Agnès propose de lui montrer l'exemple. Tout le couvent l'imite.

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on fait venir des gens

De toute guise, et des noirs, et des blancs, Et des tannés...

Ils ne cédaient à pas une nonain Dans le désir de faire que Madame Ne fut honteuse...

Un jouvenceau fait l'opération Sur la malade. Elle redevient rose, Œillet, aurore, et si quelque autre chose De plus riant se peut imaginer.

Dans le Mari confesseur, un guerrier noble du temps de François I rentré dans son village trouve sa femme en joyeuse compagnie. Un jour de fête, il se déguise en prêtre et sa femme vient se confesser à lui.

De prime abord sont par la bonne Dame Expédiés tous les péchés menus ; Puis à leur tour les gros étant venus, Force lui fut qu'elle changeât de gamme ;

« Père, dit-elle, en mon lit sonr reçus Un Gentilhomme, un Chevalier, un prêtre. » Si le Mari ne se fût fait connaître,

Elle en allait enfiler beaucoup plus ; Courte n'était pour sûr la kyrielle.

Son mari donc l'interrompt là-dessus ; Dont bien lui prit. « Ah, dit-il, infidèle ! Un prêtre même ! à qui crois-tu parler ? - A mon mari, » dit la fausse femelle, Qui d'un tel pas se sut bien demêler.

Dans les Troqueurs, des villageois, s'inspirant du troc qui existait pour les ani- maux, décident d'échanger leurs épouses. C'est l'occasion pour le conteur de faire la satire du monde ecclésiastique :

Les Villageois furent tous deux d'avis Que pour un temps la chose fut secrète ; Mais il en vint au Curé quelque vent.

Il prit aussi son droit ; je n'en assure, Et n'y étais ; mais la vérité pure Est que Curés y manquent peu souvent.

Le Clerc non plus ne fit du sien remise ; Rien ne se perd entre les gens d'Église.

L'œuvre de La Fontaine ressortit donc à l'esprit gaulois ou à celui du siècle précédent.

Comme à la fin du siècle, sous l'influence de M de Maintenon, la dévo- tion devint à la mode à la Cour, La Bruyère, dans les Caractères, publiés entre 1688 et 1695, dans le chapitre III « Des Femmes », montre l'importance de certains ecclésiastiques : « Qu'est-ce qu'une femme que l'on dirige? »... « Je vous entends, c'est une femme qui a un directeur ». Et des rivalités peuvent exister : « Si le confesseur et le directeur ne conviennent point sur une règle de

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conduite, qui sera le tiers qu'une femme prendra pour arbitre ? » L'un des 2 semble pourtant plus important : « Si une femme pouvait dire à son confesseur, avec ses autres faiblesses, celles qu'elle a pour son directeur, et le temps qu'elle y perd dans son entretien, peut-être lui serait-il donné pour pénitence d'y renoncer ». L'ironie même apparaît : « Je ne sors pas d'admiration et d'étonne- ment à la vue de certains personnages que je ne nomme point... Je ne com- prends pas comment des gens en qui je crois voir toutes choses diamétralement opposées au bon esprit, au sens droit, à l'expérience des affaires du monde, à la connaissance de l'homme, à la science de la religion et des mœurs, présument que Dieu doive renouveler en nos jours la merveille de l'apostolat et faire un miracle en leurs personnes, en les rendant capables, tout simples et petits esprits qu'ils sont, du ministère des âmes, celui de tous le plus délicat et le plus sublime ». Il s'agit plus souvent d'un intérêt personnel : « Je vois bien que le goût qu'il y a à devenir le dépositaire du secret des familles... à procurer des commissions ou à placer des domestiques, à trouver toutes les portes ouvertes dans les maisons des grands, à manger souvent à de bonnes tables, à se prome- ner en carrosse dans une grande ville, et à faire de délicieuses retraites à la campagne, je vois bien, encore une fois, que cela seul a fait imaginer le spé- cieux et irrépréhensible prétexte du soin des âmes, et semé dans le monde cette pépinière intarissable de directeurs ».

La dévotion est devenue une mode : « La dévotion vient à quelques-uns, et surtout aux femmes, comme une passion, ou comme le faible d'un certain âge, ou comme une mode qu'il faut suivre ». Et après avoir évoqué les occupa- tions et les plaisirs antérieurs des femmes, La Bruyère montre l'émulation pour la vertu qui les rend jalouses les unes des autres. Et nous rejoignons le Misan- thrope : « Elles se perdaient gaiement par la galanterie, par la bonne chère et par l'oisiveté ; et elles se perdent tristement par la présomption et par l'envie ».

La mode s'applique aussi à ceux qui doivent conduire les âmes : « Avoir un directeur mieux écouté que l'Evangile ; tirer toute sa sainteté et tout son relief de la réputation de son directeur, dédaigner ceux dont le directeur a moins de vogue, et convenir à peine de leur salut ; n'aimer de la parole de Dieu que ce qui s'en prêche chez soi ou par son directeur, préférer sa messe aux autres messes, et les sacrements donnés de sa main à ceux qui ont moins de cette cir- constance... c'est du moins jusqu'à ce jour le plus bel effort de la dévotion du temps. » L'influence des prêtres et de certains religieux, les Jésuites en particu- lier, comme l'avait montré Pascal dans les lettres V à X des Provinciales, mais sans évoquer spécialement le monde féminin, est donc considérable pendant ce siècle, jusqu'à la Régence.

L'esprit de la Régence, en réaction contre la fin du règne de Louis XIV, se manifeste dans les Lettres persanes (1721). La lettre 28 comporte une lettre d'une actrice de l'Opéra qu'un jeune abbé a violée dans sa loge et qu'il aban- donne sans scrupule : elle propose donc à Rica de l'accompagner à Ispahan, où la vertu est sans doute mieux respectée. La Lettre 48, succession de portraits sous forme d'énigmes et de réponses, évoque par la bouche de Rica et de son

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guide dans la société, un personnage important en 1713 : « Et ce gros homme vêtu de noir, lui dis-je, que cette dame a fait placer auprès d'elle, comment a-t- il un habit si lugubre avec un air si gai et un teint si fleuri ? Il sourit gracieuse- ment dès qu'on lui parle ; sa parure est plus modeste, mais plus arrangée que celle de vos femmes. - C'est, me répondit-il, un prédicateur, et, qui pis est, un directeur. Tel que vous le voyez, il en sait plus que les maris. Il connaît le faible des femmes ; elles savent aussi qu'il a le sien. - Comment ? dis-je. Il parle toujours de quelque chose qu'il appelle la grâce. - Non, pas toujours, me répondit-il. A l'oreille d'une jolie femme il parle encore plus volontiers de sa chute. Il foudroie en public ; mais il est doux, en particulier, comme un agneau. - Il me semble, dis-je, qu'on le distingue beaucoup, et qu'on a de grands égards pour lui ; - Comment ? si on le distingue ? C'est un homme nécessaire ; il fait la douceur de la vie retirée : petits conseils, soins officieux, visites marquées ; il dissipe un mal de tête mieux qu'homme du Monde ; il est excellent. » Dans la Lettre 57, Montesquieu fait visiter à Usbek, à Paris, un couvent et le religieux qui l'accompagne déclare être casuiste, c'est-à-dire un homme permettant de bien distinguer les péchés véniels des mortels, pour l'ob- tention du Paradis, au plus juste. Il est donc un homme bien nécessaire : il apprend à classer les fautes : « L'action ne fait pas le crime, c'est la connais- sance de celui qui la commet : celui qui fait un mal, tandis qu'il peut croire que ce n'en est pas un, est en sûreté de conscience ; et comme il y a un nombre infini d'actions équivoques, un casuiste peut leur donner un degré de bonté qu'elles n'ont point, en les déclarant bonnes ; et, pourvu qu'il puisse persuader qu'elles sont sans venin, il le leur ôte tout entier. Je vous dis ici le secret d'un métier où j'ai vieilli ; je vous en fais voir les raffinements : il y a un tour à don- ner à tout, même aux choses qui paraissent les moins susceptibles ». Usbek prouva qu'en son pays, si quelqu'un montrait le moyen de violer les lois, il serait empalé. Le religieux n'eut pas l'occasion de répondre.

Montesquieu montrait donc le rôle pervers de certains membres du clergé et l'absence même de vraie morale passée dans les mœurs.

Cette même période inspira à l'abbé Prévost, dans les Mémoires d'un Homme de qualité, le récit de Manon Lescaut, publié en 1733. A l'origine, les 2 personnages, des adolescents, sont destinés, l'un, parce qu'il est noble, à l'Ordre de Malte, ordre à la fois religieux et militaire, que connaissait l'auteur, l'autre, qui a connu quelques aventures avec des jeunes, à l'état religieux, mais par contrainte. Des Grieux, provincial naïf, va donc, ému de pitié et séduit par la beauté de la jeune fille, pour lui éviter les peines du couvent, l'enlever et, renonçant à ses projets personnels, songer au mariage, puis accepter, par peur du refus de sa famille, de vivre avec sa maîtresse. Elle découvre rapidement la puissance de ses charmes sur les hommes établis, comme le fermier général, et on la débarrassera de son jeune amant.

Deux ans après, alors que Des Grieux, après son désespoir, fortifié par l'exemple de son ami Tiberge, est entré au Séminaire de Saint-Sulpice, pour y étudier la théologie et se préparer à la carrière ecclésiastique, il semble avoir

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oublié Manon, et son intelligence, son travail et sa ferveur le désignent déjà pour les bénéfices ecclésiastiques. L'exercice public en Sorbonne, qui confirme ses succès comme théologien et auquel les femmes du monde sont venues assister, le remettra en présence de sa maîtresse. Leur rencontre d'abord muette, les pleurs de cette beauté de 18 ans, sa réponse à l'accusation de perfi- die, l'aveu qu'elle mourrait, s'il ne l'aimait pas de nouveau, et ses promesses de fidélité, suivies de ses caresses, font qu'il renonce à l'état ecclésiastique. Elle n'enlève pas quelqu'un qui a prononcé des vœux : elle lui fait une seconde fois oublier le monde des honneurs. Lui ne manifeste aucune résistance à la vio- lence du renouveau de la passion et il ira de déchéance en déchéance, sur le plan social, jusqu'à l'exil avec une prostituée, qui se rachètera par son amour final, jusqu'à la mort. Pour l'auteur, c'était la mise en garde contre les dangers de la société et de la passion, durant l'adolescence et les premières années de l'âge d'homme.

Ce même esprit de la Régence, concernant la satire du monde religieux se retrouve dans les Contes de Voltaire.

Dans Scarmentado (1756), à Rome, la signora Fatelo, avant d'être la maî- tresse de Scarmentado, étudiant, était courtisée par 2 profès d'ordres disparus;

le R.P. Poignardini et le R.P. Aconiti.

Dans Candide (1759), au Portugal, Cunégonde, qui avait été vendue à Don Issacar banquier de la Cour, remarquée par le Grand Inquisiteur, doit par- tager ses faveurs entre les 2 hommes, chacun 3 jours de la semaine. A Venise, Paquette, autrefois séduite par un Cordelier qui lui avait communiqué sa syphi- lis, guérie par un médecin et arrivée à Venise où elle exerce la prostitution, se trouve au bras de Frère Giroflée, un jeune Théatin, devenu moine malgré lui à l'âge de 15 ans, pour donner toute la fortune au frère aîné. Malgré les 2 000 piastres donnés par Candide, ils se retrouveront après force malheurs à Constantinople, Frère Giroflée ayant été obligé de se faire Turc. Ils feront par- tie de la petite communauté de la Propontide.

Dans l'Ingénu (1767), la belle Saint-Yves, venue à Versailles pour sauver son Huron qu'elle veut épouser, est mise en demeure de donner ses faveurs au tout-puissant Monseigneur de Saint-Pouange. Elle consulte là-dessus un Jésuite, le P. Tout-à-tous, qui lui montre que le Huron, mari à venir, n'étant pas encore son mari, il n'y a pas adultère ; que ses intentions seraient pures et qu'il y a une foule d'exemples antérieurs de dévouements semblables. Quant au dignitaire lui-même, il est en tous points recommandable. La belle Saint-Yves se dévoua donc, mais après la délivrance du Huron enfermé à la Bastille, elle mourut de maladie ou de honte.

Pour Voltaire, ce thème est moins une satire qu'une sorte de plaisanterie traditionnelle.

En 1769, Diderot et Grimm, pour faire revenir à Paris M. de Croismare, installé près de Caen et devenu dévot, inventèrent des lettres, soi-disant écrites par une jeune religieuse obligée de prononcer des vœux par sa famille. M. de Croismare répondit, et un peu plus tard, quand il revint à Paris, Diderot lui

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avoua la supercherie, ce qui amusa M. de Croismare. Diderot, qui trouvait que le sujet correspondait à une condition (la fille naturelle et la religieuse) et que cela pouvait donner lieu à des situations pathétiques, dignes de Richardson, reprit les lettres et en fit un roman qu'il mena presqu'à son terme, sous le titre, La Religieuse. Le texte fut retrouvé et publié en 1796.

Ce titre indique à la fois une condition, comme dans le drame bourgeois, et la victime, comme dans la tragédie racinienne ; l'article défini implique une généralisation, qui correspond aux idées de Diderot sur la vie monastique.

Le roman a la forme d'un Mémoire, rédigé par Suzanne Simonin, pour pouvoir être relevée de ses vœux, qu'à Longchamp elle n'a même pas le souve- nir d'avoir prononcés, à cause de l'abattement dans lequel elle se trouvait. Elle a été persécutée par sa famille, objet de traitements très différents par 5 Supé- rieures de 3 couvents : celle de Sainte-Marie la plaint, mais fait le jeu de la famille et la rend à sa mère, parce que la novice n'a pas accepté de répondre :

« Oui », le jour de sa profession de foi ; les 2 Supérieures du couvent de Long- champ, la 1 ayant à la fois « l'honnêteté » et la sainteté, Madame de Moni, la seconde, intéressée et d'une cruauté diabolique, Mère Christine, qui ne capitu- lera que devant les hautes autorités ecclésiastiques ; les 2 Supérieures de Saint Eutrope d'Arpajon, la 1 d'une tendresse dangereuse pour plusieurs religieuses, notamment Sœur Thérèse et l'héroïne, terminant sa vie dans la folie, la seconde indifférente, puis hostile. Cet ensemble montre la diversité du monde religieux et le présente sous un jour défavorable, en majorité.

Le monde ecclésiastique comporte les personnes que l'on voit dans les grandes circonstances : pour la première prise d'habit, M. l'abbé Blin, docteur en Sorbonne et M. d'Alep ; pour la première profession de foi, M. Sornin, vicaire à Saint Roch, et M. Thierry, Chancelier de l'Université. Plus tard, à la suite de la plainte de l'avocat, M. Manouri, et des juges, le monastère de Long- champ aura la visite de l'Archidiacre qui menacera la Mère Supérieure des foudres de l'Archevêché.

On découvre aussi des religieux, des Sulpiciens et des Jésuites, venus pour faire signer des formulaires probablement encore relatifs à la bulle Unige- nitus de 1713 : on craignait donc des tendances jansénistes à Longchamp. Le P. Séraphin, religieux aux Feuillants, directeur spirituel de la mère et ensei- gnant surtout l'expiation, engagea la jeune fille à prendre l'habit et, après son retour à la maison remplaça la mère pour annoncer à l'adolescente l'indignité de sa naissance qui lui fermait tout avenir dans le monde. A Saint Eutrope, le P. Lemoine, 45 ans, Cordelier, Docteur en Sorbonne, théologien reconnu, grand prédicateur, très instruit sur le plan de l'histoire, des langues et de la musique, doté d'une belle voix, très aimé de la communauté, mais rigoureux sur le plan de la confession, s'inquiéta de voir Sœur Sainte Suzanne troublée, la veille de la Pentecôte. Il découvre les dangereuses manifestations de la ten- dresse de la Mère Supérieure et lui défend, sous peine de péché mortel, de res- ter seule avec elle. Son successeur, Dom Morel, 40 ans, Bénédictin, après l'avoir interrogée, lui donnera le même conseil. Ce religieux, qui a compris la

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situation de Sœur Sainte Suzanne, lui révèle que lui aussi est entré en religion malgré lui. Ils ne peuvent donc pas avoir les mérites de ceux pour qui ces pri- vations ont été volontaires. Il reste des illusions : on obtiendra de faire résilier ses vœux, les portes seraient ouvertes, ou le feu détruirait le monastère. Il lui montre aussi jusqu'à quel dérèglement peut aller un être qui se sent ainsi pri- sonnier ou celle qui, comme la Mère Supérieure, a pris conscience de son indi- gnité et se croit damnée. Leur malheur commun créera entre eux une certaine sympathie. C'est lui qui, à l'arrivée de la nouvelle supérieure, incitera la reli- gieuse à quitter le couvent ; mais celui qui se chargera de l'aider, s'il est du même Ordre, est un mauvais moine qui a quitté son couvent et croit qu'elle consent déjà à tout. Sa bataille avec le cocher amènera l'intervention de la police et il sera ramené à son couvent, pour être mis au cachot. Diderot montre donc la diversité de ce monde : certains y font preuve d'intelligence et d'esprit de justice.

La destinée de l'héroïne se manifeste sur le plan familial, sur le plan reli- gieux et sur le plan du monde retrouvé.

La famille de l'avocat, M. Simonin, était à l'aise. Mais, à l'époque où l'on a songé à marier sa sœur aînée, comme le prétendant avait surtout remarqué Suzanne, on décida rapidement de la mettre au couvent Sainte Marie. Le P. Séraphin, confesseur de sa mère, lui fit comprendre que la dot de ses deux sœurs était déjà une lourde charge pour la famille ; elle avait donc à choisir entre prononcer ses vœux dans ce couvent parisien ou être en pension dans un couvent de province jusqu'à la mort de ses parents, sans prétendre alors au par- tage de la fortune. Lorsqu'elle revint à la maison, après le scandale de son refus de prononcer les vœux, sa mère fit révéler l'indignité de sa naissance par son confesseur et lui avoua que la présence d'une fille, lui rappelant sans cesse son infidélité conjugale, lui était intolérable : elle souhaitait que sa fille, entrée en religion, puisse l'aider, par ses prières et ses pénitences, à racheter la faute qui était liée à sa naissance. La mort de M. Simonin, un 5 janvier, et de son épouse, au Noël suivant, alors que Sœur Sainte Suzanne était à Longchamp depuis 3 ans, n'apporta aucun changement, parce que ses sœurs nanties de beaucoup d'enfants, seraient gênées, s'il leur avait fallu prendre à leur charge la religieuse redevenue laïque. De sa mère elle n'héritera que de 50 louis, destinés à faire célébrer des messes pour le repos de son âme. Et lorsqu'elle aura quitté le cou- vent d'Arpajon, elle devra se défier de sœurs qui la font rechercher, pour l'obli- ger à revenir à son couvent, où elle serait mise au cachot. Sur le plan familial, elle a l'impression qu'elle supporte une tare et est victime d'une injustice.

Le plan religieux lui apportera le sentiment qu'elle n'a ni liberté physique, ni liberté morale.

Elle entre au couvent, alors qu'elle a déjà une idée de l'agrément du monde et du mariage, mais c'est la volonté expresse de ses parents qui choisit pour elle le couvent de Sainte Marie, sans doute en fonction de la somme à fournir à l'entrée. Elle y trouve une Mère Supérieure d'apparence compréhen- sive, mais en fait soumise à la volonté de la famille pour cette fille qui n'est pas

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majeure. On essaiera sans doute de lui faire un noviciat assez doux, en espé- rant qu'elle s'accoutumera, comme ses compagnes, et qu'avec le temps elle acceptera de prononcer ses vœux. Mais « elle veut tout, excepté être religieuse », sans qu'intervienne l'incroyance ou le mépris pour la religion. On lui imposera donc cette cérémoniee, après l'avoir enfermée dans sa cellule en attendant. On ne souhaitait personne ; il y a beaucoup de monde. Elle répond :

« Non » à toutes les questions du Chancelier de l'Université et elle fut enfer- mée un mois dans sa cellule, puis rendue à sa famille. En apparence elle triom- phait, mais pour retrouver une autre prison en la maison.

Puisque sa famille ne la reconnaît plus et la fait souffrir plus que la vie au couvent, elle écrit à sa mère : « Ordonnez de moi ce qu'il vous plaira ? Si c'est votre volonté que j'entre en religion, je souhaite que ce soit aussi celle de Dieu ».

Le choix de Longchamp aurait pu lui apporter un oubli partiel de sa condition : c'était un couvent de l'aristocratie, qui comportait certains jours de fêtes, et notamment pendant la Semaine Sainte, une fréquentation de la cha- pelle par les Mondains et une part de spectacle, à cause des chants et notam- ment de l'Office des Ténèbres. Comme Sœur Sainte Suzanne touchait le clave- cin, savait tenir l'orgue et avait une belle voix, on la remarqua dès son arrivée et la Supérieure, Madame de Moni, qui était encore belle et devinait les âmes, l'estima. La sainteté rayonnante de cette femme, dont Sœur Sainte Suzanne devinait les pensées comme la Supérieure devinait les siennes, lui apporta durant son noviciat une piété profonde et une vie qui n'était pas sans agré- ments. La veille du jour fixé pour la profession de foi, la communauté pria Dieu pour celle qui devait s'engager le lendemain et la Supérieure passa la nuit à la chapelle. La cérémonie eut lieu, mais la religieuse était si bouleversée qu'elle n'avait conscience ni de ce qui se passait, ni des questions, ni de ses réponses. 2 jours après, on la prévint qu'elle était de choeur : il fallut lui expli- quer ce que cela signifiait. Peu de temps après ; Madame de Moni mourut en présence de la communauté, en disant qu'elle veillerait sur chacune des reli- gieuses dans l'au-delà.

Sœur Sainte Catherine lui succéda. Elle eut d'abord de longs et fréquents entretiens avec de jeunes ecclésiastiques : on supprima les Bibles aux reli- gieuses ; on leur distribua un cilice et une discipline que Sœur Sainte Suzanne jeta au feu. L'orgue ne servait plus que les jours de fêtes. La religieuse rappela plusieurs articles du règlement que l'on négligeait et entra en révolte. En favo- risant ses fautes, on lui imposa des pénitences multiples : on la mit au pain et à l'eau. Épuisée, elle tomba dans l'abattement, le chagrin, la mélancolie et conçut le projet, nouveau pour elle, de faire résilier ses voeux : il lui fallait pour cela rédiger un mémoire, qu'elle fit en secret et fit passer, à la chapelle, à une de ses compagnes, Sœur Sainte Ursule, qui l'aimait et la plaignait. Les « favorites » la conduisirent au cachot, où elle resta 3 jours. Ensuite, la Supérieure fit dire qu'elle lui accordait sa grâce... parce qu'on avait besoin d'elle pour les cérémo- nies de la Semaine Sainte. Elle tint l'orgue, chanta et fit chanter : il y eut des

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applaudissements, surtout le Vendredi Saint, et elle se fit des amis parmi les Mondains venus pour les cérémonies. Un avocat, M. Manouri, qui avait reçu le Mémoire confié à son amie, vint l'interroger sur son passé. La Supérieure, ayant appris que Sœur Sainte Suzanne demandait à être relevée de ses vœux, la fit venir pour savoir si ses châtiments étaient en cause et, voyant sa détermina- tion, lui dit qu'elle était possédée du démon. La religieuse lui laissa alors entendre que, si on ne la relevait pas de ses vœux, elle songerait à un suicide violent ou lent. Elle fut alors soumise à toutes sortes de vexations : prières de la communauté pour une religieuse qui a perdu l'esprit de la règle, cérémonie funèbre où, étendue dans un cercueil, le corps recouvert d'un suaire, elle était aspergée d'eau bénite, interdiction de l'approcher, privation de nourriture, d'eau pour la toilette, de la messe le jour de l'Ascension, cérémonie de l'exorcisme ; enfin on lui lia les mains derrière le dos, on lui mit un crucifix sur les genoux et elle passa ainsi la nuit, assise sur sa paillasse dans sa cellule : cela lui rap- pela la Passion du Christ, parce qu'elle se sentait elle aussi innocente.

Lors de la visite du Grand Vicaire, alerté par les juges et les juges ecclé- siastiques, elle n'accusa personne ; elle montra seulement la trace des cordes et sa cellule. La Supérieure fit mine de tout ignorer, mais elle fut menacée d'un rapport à l'Archevêché et commença à trembler. Son avocat, M. Manouri, après un premier mémoire pas assez pathétique, au cours d'une seconde séance perdit la cause de la religieuse. La Supérieure le lui annonça et l'obligea à renouveler ses vœux. Sœur Sainte Suzanne tomba malade ; on la crut à toute extrémité et on lui administra les derniers sacrements. Sœur Sainte Ursule, qui la soignait, faillit mourir de la voir souffrir. Sœur Sainte Suzanne, rétablie après une longue convalescence, vit mourir son amie : c'était pour elle le risque du désespoir. Mais M. Manouri ne restait pas inactif : il avait obtenu qu'on la changeât de monastère. Une religieuse et la sœur tourière du monas- tère Saint Eutrope, à Arpajon, vinrent prendre ses bagages ; M. Manouri et le Grand Vicaire suivaient pour assister à son installation.

Les premiers jours dans ce nouveau couvent furent des moments d'étonne- ment et elle put croire avoir au moins retrouvé un certain agrément. La Supé- rieure, la quarantaine, blanche et fraîche, avec de l'embonpoint, l'embrassa, la présenta à la communauté, et on offrit une collation, pendant que l'archidiacre expliquait les mauvais traitements infligés à sa protégée. Après la journée avec ses nouvelles compagnes, qui la surnommèrent « Sainte Suzanne la réservée », la Supérieure la conduisit à sa cellule, vérifia si tout était bien en place, et assista à son coucher, en la complimentant sur sa beauté et en lui faisant quelques caresses. Le lendemain, assez tard, elle fut invitée à prendre le café chez la Supérieure, qui l'interrogea sur son passé. Un groupe de religieuses vint les rejoindre et Sœur Sainte Suzanne fut invitée à jouer sur une épinette et à chanter quelques Psaumes de Mondonville, puis quelques chansonnettes.

Restée seule avec elle, la Supérieure se mit au clavecin et joua des choses folles ; mais avec une grande légèreté de main, montrant une longue pratique.

Puis elle prit la religieuse sur ses genoux : elle lui détaillait le visage en lui fai-

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sant des caresses, lorsqu'arriva Sœur Thérèse, tout de suite blâmée par la Supérieure qu'elle dérangeait. Sœur Sainte Suzanne comprit que sa compagne était jalouse ; elle essaya en privé de la consoler, mais la Supérieure vint rappe- ler à Sœur Thérèse qu'elle devait savoir se restreindre. Désormais la nouvelle était la préférée : elle faisait accorder pour les autres ce qu'elle demandait, et chaque fois on lui donnait un baiser, parfois même sur la bouche, parce qu'elle avait « l'haleine pure, les dents blanches, les lèvres fraîches et vermeilles », avec des compliments sur sa beauté. Pour la Supérieure seule, la religieuse jouait Couperin, Rameau, Scarlatti, et cette femme, lui mettant la main sur la base du cou et les épaules, ressentait alors une profonde émotion. Durant la journée, elle la regardait au travail, en récréation et lui prodiguait les marques de ses faveurs. Bientôt elle lui posa la question : « Sœur Suzanne, m'aimez- vous ? » et la religieuse eut l'impression qu'elle n'aimait pas assez. Un jour, elle vit la Supérieure devenir toute pâle, comme si elle allait s'évanouir, et ne pouvant plus parler ; elle eut très peur ; puis les couleurs revinrent sur le visage. Le long récit des malheurs éprouvés à Sainte Marie et à Longchamp provoqua une crise de larmes chez la Supérieure. La religieuse montra que même ici elle ressentait l'absence de liberté et qu'elle préférerait être mariée ; mais elle refusait de connaître le langage des sens, pour éviter d'avoir des désirs qu'elle ne pourrait satisfaire.

Elle s'aperçut que; la nuit, la Supérieure passait souvent devant sa cellule ; une fois, elle entra même doucement, la regarda, se plaignit du froid et voulut se mettre dans le lit, pour qu'on la réchauffât. La religieuse rappela l'interdic- tion, mais la Supérieure indiqua qu'elle détenait l'autorité et que personne n'en aurait connaissance : ce n'était pas mal. Elle entra donc dans le lit et la prit près d'elle, d'abord retournée, puis face à face, leur linge étant relevé. Comme on frappait à la porte, Sœur Sainte Suzanne se leva et la Supérieure la quitta, pour entrer chez Sœur Thérèse qui avait frappé.

L'après-midi, elle réunit chez elle une quinzaine de religieuses, qui bro- daient ou faisaient de la dentelle. On servit la collation : la Supérieure distri- buait ses caresses. Sœur Sainte Suzanne joua sur le clavecin, puis accompagna 2 sœurs qui chantaient, et chanta elle-même : beau tableau transposant au XVIII siècle l'école de Sapho à Lesbos.

On trouva utile, pour le monastère d'Arpajon, de réclamer, par l'intermé- diaire de M. Manouri, la dot que la famille avait versée déjà au monastère de Longchamp et que l'on avait... « oublié » de transférer. Il obtint satisfaction.

Cependant l'attitude de la Supérieure créait des scrupules chez la jeune religieuse et, la veille de la Pentecôte, elle s'en ouvrit à sa protectrice, qui lui conseilla de ne pas en parler au P. Lemoine, confesseur de la communauté ; elle l'invitait même à ne pas s'en confesser. Étonné de son absence parmi les pénitentes, le religieux, qui avait confessé la Supérieure, la pria de lui envoyer Sœur Sainte Suzanne ; il la questionna sur son attitude et habilement apprit la vérité. Il la mit en garde : « Oui, mon enfant, Satan c'est sous cet aspect que je suis contraint de vous montrer votre Supérieure ; elle est enfoncée dans l'abîme

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du crime ; elle cherche à vous y plonger ; et vous y seriez peut-être avec elle, si votre innocence même ne l'avait remplie de terreur et ne l'avait arrêtée », et il l'invita à passer la nuit en prières pour remercier Dieu de l'avoir protégée. Le jugement parut excessif à la religieuse pour une partie des actes. La nuit venue, la Supérieure retrouva la Sœur à la chapelle et malgré la pénitence que le confesseur avait imposée, l'envoya dormir ; mais la religieuse se tenait à dis- tance et fit comprendre qu'elle avait été troublée par un comportement inat- tendu. Le lendemain, toute la communauté, Supérieure en tête, alla à la Sainte Table, ce qui rassura Sœur Suzanne.

Mais quelques jours après, un nouveau directeur de conscience arriva, Dom Morel, âgé de 40 ans ; il s'entretint avec la Mère Supérieure, et le couvent fut réorganisé dans le sens de la rigueur. Sœur Suzanne assista à l'évolution de cette femme, qui passa de la mélancolie à une piété ostentatoire, et de la piété au délire, restant souvent enfermée seule dans ses appartements. Elle demanda aux religieuses de prier pour elle et craignait de ne plus pouvoir avoir foi en la miséricorde divine. Elle s'imposait 3 jours de jeûne par semaine, pratiquait les macérations et se rendait à l'église, pieds nus, la nuit. Elle avoua au Père qu'elle se croyait damnée : elle avait des visions de l'au-delà, appelait Sœur Agathe et craignait de rencontrer Sœur Thérèse ; elle souhaitait entrer dans le néant. On fut obligé de l'enfermer : elle s'échappa, nue, 2 cordes dans les mains. Elle mourut, peu après, désespérée. Dom Morel expliqua à la jeune religieuse atterrée devant ce spectacle et frappée par la mort de Sœur Thé- rèse peu après, que ces femmes n'étaient pas faites pour cet état ; cela avait créé des affections déréglées auxquelles elles s'étaient abandonnées. La communauté avait un peu rendu Sœur Sainte Suzanne responsable du changement survenu lors de l'arrivée de Dom Morel : le manque d'affec- tion de la religieuse avait fait souffrir la Supérieure. Mais, devant le spec- tacle de la folie, elles l'accusèrent de l'avoir ensorcelée.

La nouvelle Supérieure, plus âgée, avait l'esprit étroit. Comme le nou- veau directeur spirituel et Sœur Sainte Suzanne étaient persécutés, chacun de leur côté, et qu'ils s'étaient avoué être entrés en religion tous les 2 par contrainte, le moine lui conseilla de quitter le monastère pour éviter de nouvelles persécutions : elle ne pouvait plus espérer être relevée de ses vœux et, les monastères brûlaient rarement. La destinée, qui semblait par- fois atténuer ses rigueurs, avait de nouveau resserré son emprise.

La dernière phase de la vie de Suzanne Simonin, rendue à l'état laïque, correspond aux craintes que lui avait antérieurement manifestées Sœur Sainte Ursule : elle risqua d'être violée dans le fiacre par le jeune religieux fugitif qui l'emmenait ; si elle demeurait dans la chambre où elle avait couché, le 1 soir, à Paris, elle tombait dans la société galante de l'époque. Si elle ne voulait pas être enfermée à l'Hôpital général, réunissant le crime, la débauche, la folie et l'indigence, il lui fallait, malgré ses jambes blessées, accepter de suite un tra- vail pénible : elle était devenue aide chez une blanchisseuse, mais elle crai- gnait d'être dénoncée ou reconnue rapidement, et d'être ramenée au couvent ;

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Claire à Assise. Sur le plan de l'écrivain, ce sujet exige une compréhension au moins intellectuelle de cette relation, que Lamartine ni même Zola, à cause de ses idées, n'ont eue. Mais certains, au XIX et à notre époque ont apporté une richesse encore plus grande et une intensité émotive nouvelle, en montrant l'hérédité morale chez la Femme et chez le Prêtre, ce qui crée une dimension métaphysique et un élément de tragique : après Barbey d'Aurevilly, Bernanos l'a mis dans toute son œuvre. C'est ce qui fait l'originalité de cet écrivain, qui a recherché et trouvé la « raison des causes ».

Cela nous rappelle la Pensée de Pascal (443 éd. Brunschwicg) : « A mesure qu'on a plus de lumière, on découvre plus de grandeur et plus de bas- sesse dans l'homme ».

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