• Aucun résultat trouvé

Joël Sohier Université de Reims, REGARDS Arnaud Stimec Sciences Po Rennes

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2022

Partager "Joël Sohier Université de Reims, REGARDS Arnaud Stimec Sciences Po Rennes"

Copied!
7
0
0

Texte intégral

(1)

COOPERATION/COMPETITIONDANS LA NEGOCIATION : LAPPORT DE LA THEORIE DES JEUX

Joël Sohier

Université de Reims, REGARDS [email protected]

Arnaud Stimec Sciences Po Rennes

[email protected] Patrice Cottet*

Université de Reims, REGARDS [email protected]

* IUT de Troyes, 9 rue de Québec, BP 396, 10026 Troyes Cedex.

Résumé : Sur la base de la théorie des jeux, notre objectif est de modéliser empiriquement, sous forme de matrice, les comportements perçus issus de négociations successives dans le cadre d’une simulation complexe. Les données recueillies mettent en évidence une structure asymétrique dans la relation de coopération/compétition.

Mots clef : Théorie des jeux ; négociation ; dyades ; comportement coopératif/compétitif COOPERATION/COMPETITIONIN NEGOTIATION: THE CONTRIBUTION OF THE GAMES

THEORY

Abstract: On the basis of games theory, our aim is to empirically model behaviors perceived as a matrix from business negotiations repeated within the framework of a complex simulation. The results show that the empirical data significantly leads to an asymmetric structure in the cooperation/competition relationship.

Keywords: Games theory ; negotiation ; dyads ; cooperative/competitive behavior

(2)

COOPERATION/COMPETITIONDANS LA NEGOCIATION : LAPPORT DE LA THEORIE DES JEUX

Introduction

La question du choix d'une posture coopérative ou compétitive en négociation est l'un des enjeux centraux tant pour les chercheurs que pour les praticiens (McFarland et al., 2006).

Il y a aujourd'hui un consensus sur le fait que coopération et compétition coexistent en négociation parce qu'intrinsèquement la négociation se caractérise par une situation qui ne peut être strictement coopérative ou strictement compétitive (Dupont, 1994). Il y a toutefois un dilemme (Lax et Sebenius, 1986) quant au fait d'adopter un comportement plus coopératif ou plus compétitif dans une situation donnée. La littérature a permis d'identifier des facteurs suggérant qu'une approche est préférable ou non à un moment donné : la réciprocité avec la tactique adverse (Axelrod, 1984), l’inscription de la relation dans une perspective à court ou long terme, les contextes fortement distributifs et les situations urgentes (Lewicky et al., 1996). Mais il n’y a pas toujours alignement entre le contexte (distributif, intégratif) et le comportement.

L’un des cadres d’analyse étudiant le dilemme coopération-compétition est la théorie des jeux car elle a permis de modéliser les comportements et les résultats en s’affranchissant d’une grande partie des contingences de la négociation qui rendent difficiles les généralisations. Si de nombreuses recherches identifient les apports d’une matrice de théorie des jeux aux décisions qui se prennent en négociation, à notre connaissance, les travaux qui adoptent la démarche inverse sont absents. En effet, l’approche expérimentale en théorie des jeux consiste à vérifier si le comportement des joueurs face à une matrice est conforme aux prédictions logiques. Mais une telle démarche revient à considérer que les acteurs font des choix binaires et parfaitement lisibles (coopérer ou non). Or, l’écart entre intention et comportement puis entre comportement et perception peut être considérable et il peut y avoir des degrés et variations dans la coopération ou compétition (Patton et Balakrishnan, 2012).

Notre objectif est de croiser le comportement perçu des acteurs et les résultats de la négociation. Nous souhaitons vérifier empiriquement dans quelle mesure on retrouve les structures de la théorie des jeux dans un environnement de négociation.

Théorie des jeux et négociation commerciale

Les contributions de la théorie des jeux au dilemme du négociateur

La configuration dite du « dilemme du prisonnier » est l’une des plus célèbres tentatives pour modéliser la fragilité de la coopération. Le principe de « tit for tat» avec amorce coopérative a notamment été proposé par Axelrod (1984) dans des contextes répétitifs. En l'absence de régulation ou de suite, un comportement compétitif va souvent apparaître préférable (et réciproquement). Le contexte peut lui-même induire plus ou moins de possibilité de coopération (contexte intégratif) ou limiter l'interaction à un nombre limité d'axes avec des ressources insuffisantes pour satisfaire tous les acteurs de la négociation (contexte distributif). Les préférences individuelles ou profils (Soliman, 2011) sont aussi à prendre en compte. A côté de ces travaux qui adoptent un raisonnement in abstracto, couvrant tout type de négociation à priori, certains se sont focalisés sur des champs particuliers. Mais qu'en est-il pour la négociation commerciale ?

Le dilemme du négociateur en négociation commerciale

La recherche et la formation à la négociation commerciale se heurtent à un ensemble d’obstacles (Barth et Bobot, 2010 ; Herbst et al., 2011) qui en font une sorte de « parent

(3)

pauvre » de la recherche malgré les enjeux concrets qui la caractérise. La négociation commerciale est rarement abordée dans sa globalité. L’analyse de la coopération et de la compétition apparaît particulièrement pertinente en négociation commerciale car le résultat de la négociation y est beaucoup plus facile à appréhender que dans d’autres négociations (ex : négociations collectives dans les relations de travail).

Méthodologie et collecte des données

S’inspirant des contextes et critères de négociations réelles, un programme de recherche a été initié pour constituer une base de données de dyades de négociateurs. Sur la base d’un jeu de simulation conçu spécifiquement et appliqué auprès d’étudiants, principalement de masters, pendant dix ans, 3859 négociations ont été évaluées. Cela recouvre 9221 questionnaires remplis et 1303 négociateurs. Les leviers de négociations entre les fournisseurs et les distributeurs sont multiples : quantités, remises, frais logistiques etc. Six périodes de négociation s’enchainent reproduisant la temporalité des relations commerciales.

Outre les données spontanément produites par la négociation commerciale et un marché, nous collectons des données de profil en amont des négociations et des données de perception à l’issue de chaque négociation. Nous suivons en cela le modèle de Jolibert et Velasquez (1989) afin de mesurer les antécédents, le processus et les résultats. Dans cette recherche nous nous focalisons sur la dyade (interaction entre deux négociateurs), principalement les perceptions croisées. Une échelle de mesure du comportement coopératif est utilisée (Auteurs). A cette échelle de comportement et en nous appuyant sur la littérature, nous avons adjoint des mesures de différents facteurs influant sur, ou résultant, de l’interaction des comportements de négociation :

La confiance : nous intégrons les items de l'échelle de confiance de Doney et Canon (1997) Kong et al., (2014) montrent que la confiance a une relation positive sur les comportements intégratifs. La réciproque se vérifiant intégralement avec les postures distributives.

L’échange d’information : nous nous appuyons sur les travaux de Srivastava et Chakravarti (2009) qui soulignent une liaison entre la communication (attitude du négociateur) et la confiance du partenaire.

La satisfaction : nous mesurons la satisfaction au travers de quatre items qui appréhendent la satisfaction : quant à l’atteinte des objectifs assignés (sat1), quant à sa performance personnelle (sat2), quant à la rencontre (sat3), ainsi que la satisfaction supputée du groupe d’appartenance (sat4). Ces quatre items sont fortement liés (alpha=0,9039).

Le traitement de ces données met en évidence des indicateurs permettant d’approcher la performance du négociateur. Nous avons ainsi élaboré deux indicateurs de rentabilité : la marge nette dégagée par le vendeur et le résultat dégagé par le distributeur. La recherche d’un indicateur commun permettant une comparaison, nous a conduit à calculer le taux de marque du vendeur (CA net d’avantages commerciaux / prix d’achat des marchandises vendues).

Ainsi, un taux de marque élevé exprime un bon résultat de vendeur ; faible, il atteste d’une bonne performance de l’acheteur. Ce taux de marque ainsi que le résultat net de l’activité seront nos principaux indicateurs de performance.

Analyse des données et résultats

Qualifier un comportement de coopératif ou compétitif n’est pas simple. Faut-il prendre en compte l’intention de l’acteur, sa perception, celle du vis-à-vis, celle d’un observateur ? Nous avons choisi de nous appuyer sur la perception de la partie adverse pour

(4)

laquelle nous disposons d’un outil de mesure complet (Kremenyuk, 1991). Ainsi, chaque individu est classé en trois groupes au sein de sa population d’appartenance (vendeur / acheteur) à partir de cette perception. Le premier groupe correspond au tiers le plus compétitif, le second au tiers mitigé et le troisième au tiers le plus coopératif. Nous nous rapprochons ainsi du mode de présentation propre aux matrices que l’on trouve dans la théorie des jeux. Il est alors possible de croiser les résultats en vérifiant par des ANOVA que les variations observées sont statistiquement significatives.

Un premier tableau permet d’apprécier le rapport de force crée à travers le taux de marque qui correspond ici à un coefficient multiplicateur (CA net/coût d’achat du vendeur).

Ce coefficient a le mérite de permettre une comparaison plus fiable que les remises. Dans le tableau 1, un coefficient supérieur exprime un avantage au vendeur qui bénéficie ainsi de meilleures marges. Inversement, s’il est inférieur la balance penche en faveur de l’acheteur.

Rappelons qu’un coefficient à 1 signifierait une revente des produits sans marge. Le coefficient moyen est de 1,522.

Tableau 1 : comportements dyadiques et taux de marque du vendeur

acheteur

compétitif mitigé coopératif vendeur

compétitif 1,53 1,56 1,55

mitigé 1,52 1,54 1,54

coopératif 1,49 1,51 1,52

On y retrouve un résultat qui confirme l'un des postulats courants de la théorie des jeux : le comportement coopératif face au comportement compétitif est défavorable. Cela est valable aussi bien, et dans les mêmes proportions, pour les acheteurs que pour les vendeurs.

La matrice ci-dessus, comme celle du dilemme du prisonnier, suggère une prime au comportement compétitif face à un coopératif.

Tableau 2 : comportement dyadique et satisfaction

acheteur

compétitif mitigé coopératif vendeur

compétitif

V : 3,40 A : 3,50

V : 4,35 A : 3,46

V : 4,98 A : 3,50

mitigé

V : 3,50 A : 4,43

V : 4,45 A : 4,36

V : 5,01 A : 4,43

coopératif

V : 3,46 A : 5,10

V : 4,39 A : 5,05

V : 4,99 A : 5,08

(5)

Si la satisfaction est donc en grande partie liée à la perception de la relation, des éléments d’anticipations et de calcul peuvent être recherchés. Le résultat brut fournit par le taux de marque peut ainsi être nuancé et complété. Bien que la simulation soit conçue pour être principalement distributive, l’existence de plusieurs épisodes de négociation et des possibilités de coopérations existent.

Tableau 3 : Comportement dyadique et gain des participants (marge nette)

acheteur

compétitif mitigé coopératif vendeur

compétitif 0,95 0,82 0,96

0,92 0,96 1,07

mitigé 0,87 0,95 0,91

0,91 1,01 1,07

coopératif 1,18 1,1 1,09

0,88 1,04 1,09

Si l'on retrouve dans le tableau 3 une structure de gain symétrique pour les comportements eux-mêmes symétriques, l'incitation à la coopération ou à la compétition peut être appréciée différemment chez les vendeurs et les acheteurs. Globalement, il apparaît que le vendeur a peu à gagner ou à perdre par son propre comportement, sauf dans la mesure où cela peut influencer celui de l'acheteur (effet de mimétisme par exemple). C'est avant tout le comportement de l’acheteur qui structure la matrice.

Conclusion

Les résultats obtenus mettent en évidence les structures de la théorie des jeux dans un environnement de négociation. Là où le dilemme du prisonnier est un cadre construit qui crée un « jeu », il s’agit dans notre recherche du fruit des interactions. A l’exception des modes d’incitation et de rémunération des commerciaux, le scénario et les contraintes sont aussi neutres que possible. L'analyse s'affine si on considère que les individus ne sont pas pris dans la formulation d'un jeu avec des choix limités et des incitations orientées, comme dans le dilemme du prisonnier, mais sont en interaction. Or, l'intransigeance et la coopération peuvent être analysées sous l'angle de la contagion (escalade conflictuelle ou spirale de relation positive) et de la réciprocité (en particulier pour la coopération). Etre intransigeant en maintenant l'autre partie dans une position de coopération (tactique possible de l'acheteur), n'est possible que jusqu'à un certain point. Si le vendeur perd l'espoir d'une relation profitable il risque de basculer vers l'intransigeance. En outre, l'acheteur peut se laisser aller à la coopération du fait de son profil, de ses préférences (vision à long terme) ou de sa réactivité au comportement de la partie adverse. Bien qu’il ait été montré que les échantillons d’étudiants s’approchaient des négociateurs professionnels (Bolman-Pullins, 2001) il reste à consolider ces résultats par des échantillons plus diversifiés pour augmenter la validité externe. De même le développement des stratégies de coopétition dans les transactions inter- firmes doit être intégré (Bengtsson et Kocks, 2000, Gnyawali et al., 2016). Isoler les performances des vendeurs peut aussi apparaitre comme réducteur. Ainsi, Arndt et al., (2011), ont démontré, dans le cadre de l’achat de voiture, que la réussite de la vente dépendait de l’intégration de l’ensemble des acteurs de l’entreprise en lien avec l’acheteur.

(6)

Enfin, à l’heure où se développe intensément le monde virtuel, encore peu de travaux intègrent cet effet de contexte (Citera et al., 2005), or une négociation face à face vs virtuelle influence t-elle les émergences de conflit, de coopération ou les situations intermédiaires ?

Références

Arndt A. D., Karande K et Landry T.D. (2011) An examination of frontline cross- functional integration during retail transactions, Journal of Retailing, 87, 2, 225–241.

Barth I. et Bobot L. (2010) Penser la négociation commerciale, Négociations, 1, 13.

Bengtsson M. et Kocks S. (2000) “Coopetition” in Business Networks - to Cooperate and Compete Simultaneously, Industrial Marketing Management, 29, 411-426.

Bolman Pullins E. (2001) The interaction of reward contingencies and causality orientation on the introduction of cooperative tactics in buyer–seller negotiations, Psychology and Marketing, 18, 12, 1241–1257.

Citera M., Beauregard R. et Mitsuya T. (2005) An experimental study of credibility in e- negotiations, Psychology and Marketing, 22, 2, 163–179.

Doney P.M. et Cannon J.P. (1997) An examination of the nature of buyer-seller relationships, Journal of Marketing, 61, 35-51.

Dupont C., (1982) La négociation conduite théorie applications, Dalloz Paris.

Gnyawali D.R., Madhavan R., He J. et Bengtsson M. (2016) The competition–

cooperation paradox in inter-firm relationships: A conceptual framework, Industrial Marketing Management, 53, 7-18.

Herbst U., Voeth M. et Meister C. (2011) What do we know about buyer-seller negotiations in marketing research ? A status quo analysis, Industrial Marketing Management, 40. 6, 967-978.

Jolibert A. et Velasquez M. (1989) La négociation commerciale, cadre théorique et synthèse, Recherche et Applications Marketing, 4, 4, 51-70.

Kong D. T., Dirks K. T. et Ferrin D. L. (2014) Interpersonal trust within negotiations:

metaanalytic evidence, critical contingencies and directions for future research, Academy of Management Journal, 57, 5, 1235–1255.

Kremenyuk, V. A. (1992) International Negotiation: Analysis, Approaches, Academy of Management Review, 17, 1, 151-155.

Lax D. A. et Sebenius J. K. (1986) Interests: The measure of negotiation, Negotiation Journal, 2, 73-92.

Lewicky R., Barry B. et Saunders D. (1996) Essentials of Negotiation, McGraw-Hill.

McFarland R.G., Challagalla G.N. et Shervani T.A. (2006) Influence tactics for effective adaptive selling, Journal of Marketing, 70, 4, 103-117.

Patton C. et Balakrishnan P.V.S. (2012) Negotiating when outnumbered: Agenda strategies for bargaining with buying teams, International Journal of Research in Marketing, 29, 280–291.

Soliman C. (2011) Managing the negotiator’s dilemma : organizational and individual implications, Thèse pour le doctorat en sciences de gestion, Université de Nantes, décembre.

(7)

Srivastava J. et Chakravarti D. (2009) Channel negotiations with information asymmetries: contingent influences of communication and trustworthiness reputations, Journal of Marketing Research, 64, 3, 557-572.

Références

Documents relatifs

Sans résoudre ce système, rappeler pourquoi l’ensemble E est un sous-espace vectoriel de R 4?. Résoudre le

Plus fondamentalement, deux familles sont au cœur du spectacle : la nouvelle famille, qu’on appellerait aujourd’hui famille recomposée, avec la mère, le père, les deux sœurs et

Une partie de la stratégie de soft power russe dans la région consiste à influer, de l’extérieur, sur la politique intérieure des États baltes en organisant des

Nous identifions dans cette première partie un premier système de transport ferroviaire qui correspond au contexte dans lequel se sont développés les opérateurs

Dans un premier temps, nous avons étudié l’influence des principaux paramètres tels que le mode de construction de la dalle de compression, l’état de surface des substrats,

(1997) et Loat et Rhodes (1996), le seuil ventilatoire est plus fiable pour déterminer une intensité d’exercice, tout au moins sur des temps d’effort longs, étant donnée

les perturbations de la fabrication doivent être acceptables : la mise en oeuvre d’un plan d’expériences en production peut engendrer des risques pour certains processus

Puis un système de barre a été conçu pour simuler les forces appliquées sur les pédales par le cycliste, pour étudier la déformation du cadre ; Et enfin, en condition dynamique,