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40 Ans, boulevard de Vitré

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40 Ans, boulevard de Vitré

Discours de M. Joël Bianco, Proviseur, le 22 novembre 2008

Le lycée Chateaubriand, c’est d’abord une histoire. Une longue et belle histoire, bien sûr, qui plonge ses racines jusqu’au cœur du 18ème siècle. Mais cette histoire, impossible de l’évoquer, Monsieur le Recteur, sans parler aussi de géographie. Le temps, donc, mais aussi l’espace.

Et c’est là l’une des originalités de Chatô. Longtemps, l’histoire et la géographie de notre lycée furent en accord. Le lycée de garçons trônait au centre de la cité, c’était dans l’ordre des choses, tout allait pour le mieux. Mais vint un jour où ce bel équilibre vacilla. C’était au milieu des années 50 et il fallait faire face à l’accroissement démographique. Pour accueillir dans de bonnes conditions les enfants toujours plus nombreux du Baby Boom, donner aux élèves et étudiants de l’avenue Janvier la place qui commençait à leur faire cruellement défaut, la municipalité envisagea de construire un nouveau lycée à sa périphérie.

Rennes, déjà, se passionnait pour son Ecole et le maire ne ménagea pas ses efforts pour parvenir à ses fins. Mais le dossier s’enlisa et pas moins de douze années s’écoulèrent avant qu’il n’aboutisse. Et tandis que les obstacles administratifs s’accumulaient, au grand dam du proviseur, qui, précisons-le, aurait préféré ne pas déménager du tout, l’actualité de l’époque (réforme Berthoin, réforme Foucher, loi Edgar Faure et, bien sûr, mai 68), s’ingéniait à bousculer les repères. Notre lycée fit sa première vraie rentrée au 136 boulevard de Vitré, le 23 septembre 1968.

Mais la période troublée qu’il venait de traverser l’avait ébranlé. Sa géographie, il n’en avait plus une idée bien claire. Il faut dire que sur ce plan, rien ne lui avait été épargné. On avait dans un premier temps prévu de l’installer au n° 144, mais les choses traînant en longueur, c’est l’actuel lycée Joliot-Curie qui y avait finalement pris place. Puis le collège des Gayeulles, né des récentes réformes, l’avait dépouillé de ses petites classes, pour lesquelles il disposait de tout un ensemble de salles spécialisées devenues inutiles, que les premiers occupants durent réaménager avec les moyens du bord pour les rendre compatibles avec l’enseignement en classes préparatoires.

Son histoire aussi menaçait de lui échapper. Pensez donc, il avait perdu son nom et se trouvait affublé de l’appellation nettement moins glorieuse de « lycée des Gayeulles ». Mais aussi, mais surtout, un nouveau lycée émergeait avenue Janvier, qui prendrait bientôt le nom d’Emile Zola et qui tout naturellement allait revendiquer sa part d’héritage. Entre ces deux rejetons d’une même souche, ces deux frères, on peut dire qu’au cours des premières années, les relations allèrent « Caïn-caha » !

Heureusement, le temps et la raison parvinrent à aplanir le différend et on peut dire aujourd’hui que l’époque des tensions n’est plus qu’un mauvais souvenir. Les deux établissements ont compris que ce bel héritage commun, ils ne devaient pas se le disputer, mais au contraire le cultiver ensemble et le faire fructifier.

Je voudrais dire le plaisir que j’ai à accueillir aujourd’hui mon collègue François Perrault, proviseur du lycée Emile Zola, ainsi que Jos Pennec, président de l’Amélycor, dont je tiens à saluer le remarquable travail.

Pour Chatô donc, l’année scolaire 1968-1969 fut agitée. Pourtant, elle s’acheva de la meilleure façon qui soit. Pour commencer, le patronyme rejoignit le boulevard de Vitré. Ensuite, les résultats du lycée Chateaubriand aux divers concours des grandes écoles furent excellents et le ton triomphal du courrier adressé par le proviseur au recteur d’académie au début de l’été 1969 en dit long sur le soulagement qui fut le sien.

Ce proviseur que je n’ai toujours pas nommé, c’est Gabriel Boucé. On ne peut qu’être admiratif devant l’action de cet homme qui sut maintenir le cap contre vents et marées. Dans cette période difficile, notre lycée eut la chance d’avoir à sa tête un sacré timonier !

Qu’il me soit permis d’ouvrir ici une parenthèse, pour faire brièvement la promotion de ma corporation, en rendant hommage à mes prédécesseurs. Gabriel Boucé d’abord, qui sut redonner son équilibre à notre lycée et permit à Chatô de renouer le fil de son histoire et de rester ce qu’il était, sans pour autant tourner le dos à la modernité. Yves Rannou ensuite, ici présent, qui donna au lycée Chateaubriand un nouvel élan et à qui nous devons de nombreuses avancées significatives. Je citerai notamment la mise en place des services mutualisés avec nos voisins du collège des Gayeulles et du lycée Joliot-Curie, mais aussi la construction d’un nouveau CDI ou la création de la section Abibac. Michel Vieuxloup enfin, qui sur une période beaucoup plus courte, consolida tous ces acquis et me confia un établissement en parfait ordre de marche. Trois proviseurs successifs, trois styles différents. Un point commun cependant, que je partage aussi, mais dont je ne sais quelle conclusion tirer : les proviseurs boulevard de Vitré n’ont toujours été que des littéraires… Je serais injuste si j’omettais d’associer à cet hommage les proviseurs adjoints, ou censeurs, successifs (M. Gravrand, M. Calvez,

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M. Hurtaud, M. Le Guern, M. Sanchez, Mme Fléjéo, et depuis cette année, Mme Belle), sans oublier les gestionnaires (Mme Lamour, M. Théry, M. Thébert, M. Le Bras et aujourd’hui Mme Mahé- Guillet).

Chatô, c’est donc une histoire. C’est aussi une réputation. Réputation, que nous devons d’abord au travail de générations d’étudiants, d’élèves et de professeurs, mais qui ne serait pas ce qu’elle est sans l’action de tous les autres personnels, grâce auxquels sont créées, jour après jour, les conditions psychologiques et matérielles favorables à la réussite. Cette réputation, nous en sommes fiers bien sûr et nous l’entretenons, mais elle ne nous aveugle pas, car nous savons qu’elle est souvent associée à des mots qui font peur, nous savons combien elle peut être source de malentendus. Elle nous motive, c’est évident, mais elle n’est pas notre seul horizon.

Je voudrais dire aussi un mot de la diversité de notre lycée, qui accueille près de 1100 étudiants de classes préparatoires, une section Abibac, mais qui est en même temps un établissement secondaire comme les autres et le revendique. Nous sommes aussi l’établissement de rattachement du service des études du Centre Médical et Pédagogique de Rennes Beaulieu. Créé en 1973 à la suite de la fermeture de la clinique psychiatrique Burloud, le CM&P, qui s’est d’abord appelé Centre de Rééducation Fonctionnelle, accueille des élèves cérébo-lésés, mais aussi, de plus en plus, des jeunes en souffrance psychique. Pour nous, il constitue une ouverture précieuse et je suis très heureux qu’aujourd’hui nos projets communs se développent. Je salue amicalement Françoise Le Mer, l’actuelle directrice des études et je voudrais rappeler le nom de ses prédécesseurs : Mmes Keller et Auffret, MM. Zimmfer et Gerber.

Chatô, c’est également un climat, un état d’esprit, mélange délicat de sérieux et de fantaisie, d’exigence et de générosité. C’est cet état d’esprit qui nous rassemble et nous tient, qui fait que nous avons toujours autant de plaisir à nous retrouver et que vous êtes aussi nombreux aujourd’hui. Pour en fournir une illustration, je pourrais citer le CRU, Cercle de Réflexion Universitaire, ses conférences et sa revue annuelle. Mais aussi notre jeune association des anciens élèves, créée il y a deux ans.

J’ai déjà eu l’occasion de dire que pour nous, ce quarantième anniversaire ne devait pas être vécu comme une commémoration, mais bien plutôt comme une célébration, une fête. Bien sûr, nous n’oublions pas d’où nous venons et ce que nous devons à tous ceux qui nous ont précédés. Nous pensons aussi, avec reconnaissance et émotion, à celles et ceux qui nous ont quittés et que nous aurions aimé avoir à nos côtés ce soir.

Mais un lycée, cela se vit au présent et si nous l’oublions parfois, les élèves sont là pour nous le rappeler. Et puis notre lycée a de nombreux projets pour l’avenir. Ceux qui s’élaborent aujourd’hui avec l’aide du Conseil régional me tiennent particulièrement à cœur. Dans 10 ans, lorsque le proviseur, ou la proviseure (!), célèbrera avec vous les cinquante ans de Chatô boulevard de Vitré, le visage de notre lycée aura changé.

Sa façade, son accueil ne seront plus les mêmes, un nouveau bâtiment, dédié aux sciences, se dressera dans la cour, l’internat sera entièrement rénové, vous serez accueillis (enfin !) dans une salle polyvalente, dont un lycée comme le nôtre devrait disposer depuis longtemps. Je voudrais ici remercier le rectorat d’académie, la Ville de Rennes et nos services techniques pour le précieux soutien logistique qu’ils nous ont apporté.

Remercier aussi chaleureusement toute l’équipe organisatrice de ces festivités, tellement représentative de la diversité, de l’état d’esprit et de l’énergie créatrice de notre lycée.

J’ai passé dans ce groupe avec vous et grâce à vous, élèves, étudiants, professeurs et personnels d’aujourd’hui ou d’hier, des moments exaltants, que je n’oublierai pas. Vous me permettrez pour conclure d’ajouter une touche plus personnelle à ce propos. Etre proviseur de Chatô, vous savez, ça compte dans la vie d’un homme. C’est une grande chance, dont j’ai pleinement conscience et que je savoure. Moi aussi, je suis tombé sous le charme et je ne me lasse pas, jour après jour, d’arpenter ce lycée, à la rencontre des uns et des autres. Et sa vitalité, palpable, me porte. J’essaie de mon mieux de jouer le rôle que je crois être le mien : faire avancer cette grande maison en m’efforçant de maintenir une cohérence, de préserver cet équilibre si fragile entre exigence et accompagnement, contrainte et encouragement, cet équilibre sans lequel il n’y a plus de plaisir d’apprendre. Une phrase m’accompagne, bien connue. Elle est de Jean-Jacques Rousseau dans les Confessions : « Je vis que je réussissais, et cela me fit réussir davantage »

Un dernier mot ? Ce lycée, nous l’aimons, tout simplement.

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