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Sous-spécification et variation: les participes présents consécutifs et la remise en question de l'adjectivité Pierrard, Michel; Havu, Eva

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Vrije Universiteit Brussel

Sous-spécification et variation: les participes présents consécutifs et la remise en question de l'adjectivité

Pierrard, Michel; Havu, Eva

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Réflexions théoriques et méthodologiques autour de données variationnelles

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2021

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Pierrard, M., & Havu, E. (2021). Sous-spécification et variation: les participes présents consécutifs et la remise en question de l'adjectivité. In A. Bertin, F. Gadet, S. Lehmann, & A. Moreno Kerdreux (Eds.), Réflexions théoriques et méthodologiques autour de données variationnelles: Actes du colloque DIA V (Vol. 21, pp. 263- 282). Chambéry: Presses Universitaires Savoie Mont Blanc.

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(2)

R éfl ex io ns th éo ri qu es e t m ét ho do lo gi qu es a ut ou r d e d on es v ar ia tio nne lle s

P resses Universitaires Savoie Mont Blanc

Laboratoire LLSETI

Langages

21

Réflexions théoriques et méthodologiques

autour de données variationnelles

Textes réunis et édités par

Annie Bertin, Françoise Gadet,

Sabine Lehmann, Anaïs Moreno

(3)

R éflexions théoRiques

et méthodologiques autouR

de données vaRiationnelles

Textes réunis et édités par Annie BERTIN, FrAnçoise GADET, sAbine LEHMANN, AnAïs MORENO KERDREUX

Actes du colloque DIA V

(5, 6, 7 septembre 2018 à Nanterre)

(4)

L

AborAtoireLAngAges

,

LittérAtures

,

sociétés

,

étudestrAnsFrontALièresetinternAtionALes

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oLLection

L

AngAges

N° 21

© Université Savoie Mont Blanc

UFR Lettres, Langues, Sciences Humaines Laboratoire Langages, Littératures, Sociétés,

Études Transfrontalières et Internationales – LLSETI Rue du Sergent Revel

BP 1104 

F – 73011 CHAMBÉRY CEDEX www.llseti.univ-smb.fr

Réalisation : Presses Universitaires Savoie Mont Blanc, C. Brun Tél. 04 79 75 85 14

Illustration de couverture: photo de Paweł Czerwiński sur Unsplash ISBN : 978-2-37741-058-3

ISSN : 1952-0891 Dépôt légal : mars 2021 

(5)

d

irectriceduLAborAtoire Emma BELL

c

omitééditoriAL duLAborAtoire

Laurence AUDEOUD (Università degli Studi del Piemonte Orientale) Nathan BADOUD (Université de Fribourg)

Alain BECCHIA (Université Savoie Mont Blanc) Maria CANDEA (Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3)

Dario CECCHETTI (Università degli Studi di Torino) Max DUPERRAY (Université Aix - Marseille) Françoise GADET (Université Paris - Nanterre)

Stéphane GAL (Université Grenoble Alpes) Dominique GLASMAN (Université Savoie Mont Blanc)

Christian GUILLERÉ (Université Savoie Mont Blanc) Dominique JEANNEROD (Queen’s University Belfast)

Jean KEMPF (Université Lumière - Lyon 2) Sabine LARDON (Université Jean Moulin - Lyon 3) Véronique LAURENS (Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3)

Sophie MARNETTE (Balliol College, University of Oxford) Michele MASTROIANNI (Università degli Studi del Piemonte Orientale)

Barbara MEAZZI (Université Nice - Côte d’Azur) Claudine MOISE (Université Grenoble Alpes) Franck NEVEU (Université Paris - Sorbonne) Geneviève PIGNARRE (Université Savoie Mont Blanc) Daniel RAICHVARG (Université Bourgogne - Franche-Comté)

Françoise RIGAT (Università della Valle d’Aosta) Paolo TORTONESE (Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3)

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L

ecomitéscientiFiquedeL

ouvrAge Olivier BAUDE (Paris Nanterre)

Gaetano BERRUTO (Torino) Mireille BILGER (Perpignan) Catherine CAMUGLI (Paris Nanterre)

Jeanne-Marie DEBAISIEUX (Paris Sorbonne Nouvelle) Andreas DUFTER (Munich)

Sibylle GROSS (Heidelberg) Pascale HADERMANN (Gand)

Gerda HASSLER (Potsdam) David HORNSBY (Kent) Johannes KABATEK (Zurich) Andres KRISTOL (Neuchatel) Jan LINDSCHOUW (Copenhague)

Ralph LUDWIG (Halle) Wim REMYSEN (Sherbrooke)

Amalia RODRIGUEZ SOMOLINOS (Madrid) André THIBAULT (Paris Sorbonne).

(7)

s

ommAire

Présentation

Annie Bertin, Françoise Gadet,

Sabine Lehmann, Anaïs Moreno Kerdreux ...7 Problèmes concernant la séparation entre certaines distinctions

diasystématiques, en particulier entre diatopie et diachronie

Lene Schøsler ... 25 Segregati e connessi. ‘Nuovi migranti’: profilo sociolinguistico

e costruzione dei dati

Mari D’Agostino ... 45 Séquentialité et variation constructionnelle dans les corpus oraux

Katja Ploog... 65 Trascrizione impressionistica e analisi della variazione fonetica :

aspetti teorici e metodologici

Giovanni Abete ... 85 Un corpus de traductions intralinguales :

Considérations méthodologiques et théoriques

Hava Bat-Zeev Shyldkrot & Hilla Karas ...99 Constructionalisation et évolution des subordonnants temporels

du latin au français classique : théorie et système

Leïla Ben Hamad ...115 Un peu, beaucoup… pas du tout.

Le recours au quantitatif dans la linguistique sur corpus à travers l’exemple de « en mode »

Mireille Bilger & Paul Cappeau ... 137 Identifier et interpréter des phénomènes

de variations morphosyntaxiques dans un corpus d’entretiens cliniques Mylène Blasco & Océane Advocat ...153

« Chaque français » et sa pratique syntaxique ordinaire.

Personne sait c’est qui (Les Parent (2009-2010))

Hélène Blondeau & Gudrun Ledegen ... 169

(8)

El uso de I think, I guess y I mean en discursos en línea del español y portugués desde una perspectiva diafásica y de cambio de código

Verónica Böhm & Anja Hennemann ... 183 Statut de la variation entre données et modélisations :

le cas des clitiques datifs pluriels loro et gli en italien contemporain

Catherine Camugli Gallardo & Liana Tronci ... 201 Les langues sources des « emprunts urbains contemporains » en français Emmanuelle Guerin ... 219 Le genre en français : est-ce que tout évolue ?

Analyse d’un corpus oral d’accords de genre atypiques en français

Amal Guha & Camille Noûs ... 233 Changement de sens pour des périphrases aspectuelles

– un phénomène panroman dû à l’influence de l’anglais ?

Gerda Haßler ... 247 Sous-spécification et variation : les participes présents consécutifs

et la remise en question de l’adjectivité

Eva Havu & Michel Pierrard ... 263 Pronoms personnels du français et de l’italien.

Différences synchroniques dans une perspective diachronique

Kirsten Jeppesen Kragh & Erling Strudsholm ... 283 Diffusions de changements grammaticaux français

et francophones, selon des principes semblables ou différents ? Étude du cas de Leonora Christina, princesse danoise (1621-1698)

Jan Lindschouw & Lene Schøsler ... 301 Pratiques orthographiques d’illettrés : la diversité des possibles

Clara Mortamet ... 317 Variations du vocabulaire disponible au Manitoba francophone

(Canada) : disponibilité et dispersion lexicales chez les filles et les garçons Liliane Rodriguez ... 333 L’omission des arguments verbaux dans les messages WhatsApp suisses.

Les nouveaux médias et la notion de variété

Elisabeth Stark & Franziska Stuntebeck ...349

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263

S

ouS

-

Spécificationetvariation

:

leSparticipeSpréSentSconSécutifS

etla remiSeenqueStiondel

adjectivité

eva Havu & micHel pierrard

Université d’Helsinki & Vrije Universiteit Brussel

Le participe présent (PPant) est généralement identifié comme une forme adjectivale du verbe : « Participles are verbal adjectives » (Haspelmath 1995 : 18). En tant que tel, il remplit dans diverses positions une fonction auprès d’un N référent.

(1a) Le premier ministre, constatant un blocage des discussions, a donné une interview au journal télévisé.

(1b) Constatant un blocage des discussions, le premier ministre a donné une interview au journal télévisé.

(1c) Le premier ministre a donné une interview au journal télévisé, constatant un blocage des discussions.

Toutefois, Rossi-Gensane (2017) relève que certains PPant (comme dans (2)) n’ont plus de lien avec un N référent et donc abandonnent l’ancrage nominal, qui est une caractéristique de l’adjectivité dans les langues (cf.

Havu & Pierrard 2014). Il s’agit des « occurrences où le participe présent à valeur consécutive porte uniquement sur la relation prédicative première car, alors, le participe présent ne possède pas ce qui est parfois appelé un contrôleur, dans la mesure où celui-ci doit renvoyer à un actant » (Rossi- Gensane 2017 : 75) :

(2) Un mot avait sauté dans une phrase de la lettre Flash n°15 envoyée hier, rendant un paragraphe peu compréhensible. (Courriel professionnel, 17/01/2014)

Dans l’exemple (2), le PPant a uniquement un ancrage propositionnel : il renvoie à la prédication première dans sa totalité (un mot a sauté dans la phrase, ce qui rend …) et exprime la conséquence de celle-ci (un mot a sauté et, en conséquence cela rend un paragraphe peu compréhensible). Dans ce type d’exemples, la règle dite de « coréférence » (voir, par exemple, Combettes

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RéflexionsthéoRiquesetméthodologiquesautouRdedonnéesvaRiationnelles

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(1998) ou Halmøy (2003)), « présupposant alors un sujet implicite ou sous- entendu de la forme verbale non finie » (Rossi-Gensane 2017 : 74) n’est plus de mise.

Les données relevées par Rossi-Gensane ne sont pas sans importance dans la mesure où la caractéristique variationnelle mise en évidence semble remettre en question les fondements du fonctionnement des participiales à PPant. Ce constat nous amène à examiner dans cette contribution les trois questions suivantes :

(a) Comment situer le tour consécutif (2), qui remet en question l’ancrage nominal du PPant et son adjectivité, par rapport aux emplois dits « standards » du PPant (exemples 1a-c) ?

(b) La valeur de conséquence mentionnée par Rossi-Gensane instille- t-elle le processus variationnel ou n’est-elle qu’une séquelle de celui-ci ?

(c) Quelle est la fréquence de ce type d’emploi et apparaît-il plus spécifiquement dans certains types de discours ?

1. Propriétés constitutives du PPant1 et emploi consécutif

Dans les études typologiques (e.a. König & van der Auwera (1990) et Haspelmath & König (1995)), le participe est décrit à la fois comme (A) une forme verbale (B) non finie (C) de type adjectival, (D) constituant une proposition subordonnée dégradée (E) de type asyndétique. Cette caractérisation essentiellement transcatégorielle implique cependant par la même occasion une sous-spécification de la forme PPant sur divers plans.

1.1. La sous-spécification du PPant

La sous-spécification de la forme PPant se manifeste sur trois plans : -de la conjonction des traits (A) et (B), il découle une sous-spécification

morpho-sémantique : le participe fait partie du paradigme du verbe (v. Arnavielle 2003 : 43, Haspelmath 1995 : 4) et affiche un ensemble de propriétés verbales, à l’exception toutefois de deux attributs essentiels de la classe du verbe, les affixes temporels (-modaux) et personnels (1c vs 1c’) :

1 Cette étude porte spécifiquement sur les participes présents et pas sur les formes adverbiales du verbe, les gérondifs, qui peuvent parfois apparaître dans le même contexte. (v. Halmøy 1982 : 121, 2003 : 154, 156-157 ; pour une discussion, v. Havu

& Pierrard 2013 chap. 1.4.2.). Ces dernières formes seront uniquement évoquées dans quelques paraphrases pour mettre en évidence des fonctionnements spécifiques de certains emplois des PPant.

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SouS-Spécificationetvariation

265 (1c) Le premier ministre a donné une interview au journal télévisé,

constatant un blocage des discussions.

(1c’) Le premier ministre a donné une interview […] car il a constaté un blocage […].

-La combinaison des traits (A) et (C) révèle une autre sous-spécification, de type catégoriel : le participe est aussi une forme adjectivale (Haspelmath 1995 : 18). C’est donc un « adnominal modifier » (Ibid. : 4) et, en tant que tel, il se réfère à une source thématique nominale qui le « contrôle » (1a). Toutefois, contrairement à l’adjectif, il ne s’accorde pas en genre et en nombre avec le N contrôleur (1a’), sauf s’il est recatégorisé en véritable « adjectif verbal » (1a’’) :

(1a) Le premier ministre, constatant un blocage des discussions, a donné une interview au journal télévisé.

(1a’) La ministre, constatant/ *constatante un blocage, […].

(1a’’) La ministre, conciliante, a donné une interview au journal télévisé.

-Enfin, du recoupement des traits (D) et (E) dérive une sous- spécification sur un plan syntaxo-sémantique. Le participe lie une proposition réduite à une principale, mais cette liaison est asyndétique, donc non marquée, contrairement aux subordonnées conjonctives ou relatives (1b vs 1b’) (König & van der Auwera 1990 : 337) : 

(1b) Constatant un blocage des discussions, le premier ministre a donné une interview au journal télévisé.

(1b’) Lorsque/ comme il a constaté un blocage, le premier ministre a donné une interview au journal télévisé.

Une caractéristique saillante de la participiale à PPant sera donc sa sous- spécification sur un triple plan et cette sous-spécification constitutive favorisera largement l’influence de facteurs externes sur l’interprétation et donc la variabilité de ces emplois (cf. déjà Havu & Pierrard 2016, 2018).

1.2. Variation et propriétés des participiales à PPant

Une telle configuration sous-spécifiée est particulièrement sensible à la variation interprétative (cf. Havu & Pierrard 2016 et 2018 pour une analyse des facteurs orientant l’interprétation). Malgré une large variété d’emplois, les participiales à PPant semblent cependant arriver à concilier leur origine verbale et leurs propriétés caractéristiques de l’adjectivité dans les langues (Havu & Pierrard 2014) :

(a) Malgré l’absence d’un accord en genre ou en nombre, le PPant maintient un ancrage nominal à travers le support actanciel livré par un

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N de la prédication régissante qui le contrôle. Celui-ci n’est d’ailleurs pas nécessairement le sujet de cette dernière : 

(3) « Méfiance donc quand vous remplissez votre déclaration 2004, et pour ceux qui ont déjà fait l’erreur, il leur suffit d’envoyer un courrier à leur centre d’impôts, précisant qu’ils ont bien un téléviseur chez eux. » (TF1, JT de 20h, 17/03/05)

[un courrier précisant […]]

(b) Le PPant tend en même temps à développer, dans une large gamme d’emplois, une portée orientée vers le prédicat régissant en remplissant la fonction d’adjoint circonstanciel auprès de celui-ci, ce qui souligne son origine verbale :

(4) Alors étant moi-même de père français et de mère immigrée je n’ai rien contre l’immigration, mais. Car oui il y a un mais. (Corpus Forums : Les quotas européens de migrants)

[Comme je suis moi-même […]]

1.3. Conclusion

Ce survol des caractéristiques des participiales à PPant a permis d’esquisser une réalité quelque peu contradictoire. D’une part, la mise en évidence de la triple sous-spécification de la forme PPant ouvre la porte à une large variation dans l’interprétation de ces participiales (1.1). D’autre part, l’examen des divers emplois permet d’identifier (a) un ancrage nominal [+N contrôleur] et (b) une portée verbale au niveau fonctionnel [+apport argumental] comme des propriétés fondatrices de la construction (1.2).

Comment situer l’emploi consécutif, relevé par Rossi-Gensane, dans ce cadre de fonctionnement des participiales à PPant, alors qu’il prend en évidence ses distances par rapport à certains traits constitutifs de celles-ci ? Dans les sections suivantes, nous examinons divers indices d’une autonomie croissante d’une série d’emplois de ces participiales par rapport aux deux propriétés « standard » : l’ancrage nominal et la portée verbale.

2. Décrochage de l’ancrage nominal

La prise de distance par rapport au N contrôleur s’inscrit dans une orientation progressive plus générale du PPant en français (Havu &

Pierrard 2020) et aboutit, dans diverses configurations à PPant, à la remise en question du trait.

2.1. Configuration à double interprétation de l’ancrage nominal Rossi-Gensane décrit une configuration à PPant consécutifs qui permet une double lecture des énoncés – avec ou sans ancrage nominal :

(13)

SouS-Spécificationetvariation

267 (5a) […] Devant certains slogans […] les syndicats et les représentants de

l’Olivier – la coalition de centre gauche – ont abandonné le cortège, laissant la rue aux militants du mouvement antiglobalisation, aux Verts et aux communistes orthodoxes de Fausto Bertinotti (Libération, 16/04/2002).

(5b) La sultane s’est levée mettant fin à l’entretien (Mourad K., De la part de la princesse morte ; exemple cité par Herslund 2000 : 89).

La première interprétation (5a’-b’) suppose encore un ancrage sur un N de la régissante, qui remplit le rôle de thème auprès des deux prédicats enchaînés. La seconde interprétation (5a’’-b’’) implique la rupture de l’ancrage nominal puisque c’est l’ensemble de la prédication régissante (le fait qu’ils ont abandonné le cortège/ que la sultane s’est levée/) qui constitue alors le thème de la participiale :

(5a’) Les syndicats et […] ont abandonné le cortège et ils ont laissé la rue aux militants […].

(5a’’) Les syndicats et […] ont abandonné le cortège et le fait qu’ils aient abandonné le cortège a laissé la rue aux militants […].

(5b’) La sultane s’est levée et elle a mis fin à l’entretien.

(5b’’) La sultane s’est levée et le fait qu’elle se soit levée a mis fin à l’entretien.

Ces tours « se caractérisent donc par une double portée, sur la relation prédicative première et sur le sujet. Est-ce à dire, en vertu d’une coïncidence entre incidence et portée généralement constatée pour les appositions, que le participe est alors doté d’une double incidence qui mènerait à un cumul de fonctions, apposition phrastique et apposition nominale (au sujet) ? » (Rossi-Gensane 2017 : 70). A notre sens, il n’y a pas ici « surdétermination » (double incidence) mais sous-détermination (ou sous-spécification), ce qui permet au contexte discursif d’accentuer soit l’ancrage nominal (5c), soit la portée verbale (5d) et parfois d’autoriser la double lecture (5a-b) :

(5c) La sultane s’est levée, m’indiquant d’un geste de la main la porte de sortie.

*Le fait que la sultane se soit levée m’a indiqué d’un geste de la main […] / La sultane s’est levée et m’a indiqué […]

(5d) La sultane renversa une lampe à huile, déclenchant l’intervention immédiate de serviteurs pour éteindre l’incendie.

Le fait que la sultane renversa une lampe à huile déclencha […] /

*La sultane renversa une lampe […] et déclencha […].

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268

2.2. Configuration à ancrage actanciel

Une deuxième série d’emplois concerne des participiales à PPant séquentielles marquant la successivité. L’ancrage nominal stricto sensu y est également remis en question :

(6a) Il a tué un responsable du centre, circulé dans les bureaux, tiré de nouveau, blessant un collègue dont les jours ne sont pas en danger.

(Le Figaro, 11-12/12/2004 : 9) [tuer > circuler > tirer > blesser]

(6b) Envoyé au Sénégal en 1852, il y fut gouverneur de 1854 à 1865, luttant contre les tribus (Maures, Toucouleurs), annexant le pays des Ouolofs et le Cayor, organisant l’administration et la mise en valeur économique du pays. (article « Faidherbe » dans le Petit Robert 2, 191 : 635)

[être gouverneur > lutter contre les tribus > annexer le pays >

organiser l’administration]

Dans les énoncés de ce type, le thème du PPant est nécessairement le sujet du verbe régissant, ce qui n’est absolument pas indispensable dans le cas d‘un N contrôleur « standard » (cf. exemple 3). L’addition d’événements successifs partageant un sujet commun, celui du premier prédicat fléchi, représente une configuration typique d’un phénomène bien identifié en typologie du langage, celui de « clause chaining » (cf. Givón 1990, 1995).

La sérialité verbale se caractérise, aussi bien dans le cas d’une succession de formes finies (il a enfoncé la porte, sorti son arme, tiré dans la foule et tué 4 clients) qu’avec des formes non finies comme les PPant, par un marquage grammatical réduit pour certains sous-systèmes grammaticaux : la non- explicitation du constituant sujet auprès des différents prédicats ou la réduction des marques du temps, de l’aspect et de la modalité (Givon 1995 : 34).

Dans les exemples (6a-b), le fonctionnement en enchaînement n’impose plus l’explicitation du thème de chaque PPant et réduit dès lors la saillance de l’ancrage nominal envers un N contrôleur particulier, puisque l’ancrage nominal devient en réalité un ancrage fonctionnel/ actanciel : le PPant est « contrôlé » par l’actant « sujet » du prédicat régissant.

2.3. Configuration sans ancrage nominal

Cette troisième série d’emplois correspond à un des tours consécutifs, observés par Rossi-Gensane, où la récupération d’un support nominal contrôlant le thème du PPant n’est plus envisageable :

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SouS-Spécificationetvariation

269 (7a) Tout semble inutilement compliqué, obligeant la population à

déployer des trésors de résilience et d’ingéniosité (Le Monde Diplomatique, août 2016 : 4).

(7b) 750 000 foyers sont toujours privés d’électricité, notamment dans le sud de Manhattan, forçant les New Yorkais à user du système D (Canal +, JT 12h50, 31/10/2012).

Dans les énoncés (7a-b), une glose convoquant un N contrôleur n’est plus possible (7a’-b’) ; la seule interprétation récupérable est celle où, dans la séquence de prédications, la régissante fonctionne comme thème de la prédication participiale (7a’’-b’’) :

(7a’) *Tout semble inutilement compliqué et oblige la population […].

(7a’’) Le fait que tout semble inutilement compliqué oblige la population […].

(7b’) *750 000 foyers sont toujours privés d’électricité et forcent les New Yorkais à user du système D.

(7b’’) Le fait que 750 000 foyers soient toujours privés d’électricité force les New Yorkais à user du système D.

Dans certains cas, la régissante seule ne suffit d’ailleurs pas à constituer le thème de la participiale ; c’est tout un contexte antérieur qui fera office de thème :

(7c) Elle dénonce une clause prévoyant l’indexation des intérêts de certains prêts immobiliers sur un indice dont la méthode de calcul a été revue de manière très favorable aux banques par une loi de septembre 2013. Plus d’un million de prêts seraient concernés, empêchant de nombreuses familles de payer leurs mensualités à cause du surcoût important engendré par cette disposition, régulièrement jugée abusive par les tribunaux. (Le Monde diplomatique, février 2017 : 8)

Dans (7c), c’est l’ensemble du contexte précédent : « le fait que plus d’un million de prêts subissent l’indexation des intérêts selon une méthode de calcul très favorable aux banques » qui « contrôle » la participiale. Ce type d’énoncés confirme cette tendance à l’autonomisation du PPant par rapport à l’ancrage nominal, qui a pu être relevée dans les configurations (5a-b), (6a-b) et (7a-b).

3. Réduction de l’apport argumental et recul de la portée verbale La remise en question de la portée verbale semble moins saillante dans la mesure où Rossi-Gensane parle toujours, dans les cas qu’elle

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RéflexionsthéoRiquesetméthodologiquesautouRdedonnéesvaRiationnelles

270

relève, de participes présents consécutifs, ce qui implique que ceux-ci fournissent toujours un apport argumental de type adjoint circonstanciel (de conséquence) à la régissante.

3.1. Configuration à double interprétation de l’ancrage nominal et portée verbale

Rossi-Gensane (2017 : 69) identifie les participiales à PPant qui autorisent une double lecture – avec ou sans ancrage nominal – au moyen de deux types de gloses (8a/b pour (8), 9a/b pour (9)), qui permettent de séparer deux lectures possibles des énoncés. Nous privilégions d’autres périphrases (8a’-b’ et 9a’-b’) dans la mesure où celles-ci mettent mieux en évidence la différence de rapport syntaxique entre les prédicats, qui est liée à la distinction entre les deux interprétations :

(8) […] Devant certains slogans […] les syndicats et les représentants de l’Olivier – la coalition de centre gauche – ont abandonné le cortège, laissant la rue aux militants du mouvement anti-globalisation, […].

(Libération, 16/04/2002)

(8a) En abandonnant le cortège, ils ont laissé la rue aux militants […].

(8b) Ils ont abandonné le cortège, ce qui a laissé la rue aux militants […].

(8a’) Ils ont abandonné le cortège et ont laissé la rue aux militants […].

(8b’) Ils ont abandonné le cortège et cela a laissé la rue aux militants […].

(9) La sultane s’est levée mettant fin à l’entretien. (Mourad K., De la part de la princesse morte ; exemple cité par Herslund 2000 : 89) (9a) En se levant, la sultane a mis fin à l’entretien.

(9b) La sultane s’est levée, ce qui a mis fin à l’entretien.

(9a’) La sultane s’est levée et elle a mis fin à l’entretien.

(9b’) La sultane s’est levée et cela a mis fin à l’entretien.

Dans le cas de l’interprétation avec un ancrage nominal du PPant, les gloses 8a et 9a, données par Rossi-Gensane, où c’est le prédicat régissant qui prend la forme du gérondif, mettent déjà en évidence par cette inversion du rapport de dépendance une mise en question de l’apport argumental de la participiale au prédicat régissant. La lecture (8a’, 9a’), souligne de son côté plutôt une succession d’événements sans apport argumental du PPant au prédicat régissant.

(17)

SouS-Spécificationetvariation

271 Pour ce qui concerne l’interprétation sans ancrage nominal du PPant, ni les gloses 8b/9b, ni les lectures 8b’/9b’ n’infèrent un apport argumental entre les prédicats. En vérité, dans la succession des événements, le prédicat régissant constitue le thème de la participiale (8c, 9c) :

(8c) Les syndicats et […] ont abandonné le cortège et le fait qu’[ils aient abandonné le cortège] a laissé la rue aux militants […].

(9c) La sultane s’est levée et le fait qu’[elle se soit levée] a mis fin à l’entretien.

Nous discuterons ces gloses plus en détail dans la section 3.3. Nous pouvons néanmoins conclure que l’apport argumental de la participiale à la régissante est pour le moins mis en question dans l’interprétation avec ancrage nominal et semble inexistant dans l’interprétation sans ancrage nominal [-apport argumental].

3.2. Configuration à ancrage actanciel et portée verbale

L’emploi séquentiel marquant la successivité n’est pleinement paraphrasable que par une des gloses convoquées dans la série des énoncés précédents :

(10) Un [kamikaze]… est entré dans un autobus tuant 6 Israéliens et blessant 14 autres passagers. (FR2, JT de 20h, 10/01/2005) (10a) ??En entrant dans un autobus, un kamikaze a tué 6 Israéliens et a

blessé 14 autres passagers.

(10b) *Un kamikaze est entré dans un autobus, ce qui a tué et a blessé […].

(10a’) Un kamikaze est entré […], a tué […] et a blessé […].

(10b’) *Un kamikaze est entré dans un autobus et cela a tué et a blessé […].

(11) Il a tué un responsable du centre, circulé dans les bureaux, tiré de nouveau, blessant un collègue dont les jours ne sont pas en danger.

(Le Figaro, 11-12/12/2004 : 9)

(11a) ??En tuant un responsable du centre, en circulant dans les bureaux et en tirant de nouveau, il a blessé un collègue.

(11b) *Il a tué un responsable du centre, circulé dans les bureaux, tiré de nouveau, ce qui a blessé un collègue […].

(11a’) Il a tué un responsable du centre, circulé dans les bureaux, tiré de nouveau, et a blessé un collègue […].

(18)

RéflexionsthéoRiquesetméthodologiquesautouRdedonnéesvaRiationnelles

272

(11b’) *Il a tué un responsable du centre, circulé dans les bureaux, tiré de nouveau, et cela a blessé un collègue […].

Le PPant marque ici l’addition d’événements successifs à travers une juxtaposition de prédicats, ce qui est le plus adéquatement glosé par une coordination en « et » ((10) il est entré, il a tué et il a blessé […] : (11) : il a circulé, il a tiré à nouveau et il a blessé […].

L’emploi en enchaînement du PPant réduit non seulement la saillance de l’ancrage nominal envers un N contrôleur particulier à un contrôle argumental ; il ne constitue plus, en outre, un apport argumental en tant qu’adjoint circonstanciel au prédicat régissant [-apport argumental].

3.3. Configuration sans ancrage nominal et portée verbale

La troisième série d’emplois, participant des tours consécutifs relevés par Rossi-Gensane, ne permet que les gloses de type (8/9b) ou (8/9b’) :

(12) 750 000 foyers sont toujours privés d’électricité, notamment dans le sud de Manhattan, forçant les New Yorkais à user du système D (Canal +, JT 12h50, 31/10/2012).

(12a) *En étant toujours privés d’électricité, 75 000 foyers forcent les New Yorkais à user du système D.

(12a’) *750 000 foyers sont toujours privés d’électricité et ils forcent les New Yorkais à user du système D.

(12b) 750 000 foyers sont toujours privés d’électricité, ce qui force les New Yorkais à user du système D.

(12b’) 750 000 foyers sont toujours privés d’électricité et cela force les New Yorkais à user du système D.

(13) Tout semble inutilement compliqué, obligeant la population à déployer des trésors de résilience et d’ingéniosité. (Le Monde Diplomatique, août 2016 : 4)

(13a) *En semblant inutilement compliqué, tout oblige la population […].

(13a’) *Tout semble inutilement compliqué et oblige la population […].

(13b) Tout semble inutilement compliqué, ce qui oblige la population […].

(13b’) Tout semble inutilement compliqué et cela oblige la population […].

Dans ce type d’énoncés, il n’y a donc pas de possibilité d’inférer un apport argumental du PPant au prédicat régissant, comme c’est déjà le cas

(19)

SouS-Spécificationetvariation

273 dans la seconde interprétation sans ancrage nominal de la première série de participiales (cf. §3.1., ex. 8/9b-b’). C’est tout le contraire qui est vrai puisque le prédicat régissant fournit ici le thème de la participiale :

(12c) Le fait que [750 000 foyers soient toujours privés d’électricité] force les New Yorkais à user du système D.

(13c) Le fait que [tout semble inutilement compliqué] oblige la population […].

La troisième série de participiales à PPant se caractérise donc bien par le trait [-apport argumental]. Comment, face à ces observations, appréhender le sens circonstanciel « consécutif » qui serait propre à ces emplois ?

3.4. À propos de la valeur consécutive

Étant donné le caractère asyndétique du rapport entre la participiale et la régissante, qui constitue le troisième plan de la sous-spécification constitutive des configurations à PPant (cf. 1.1), la nature sémantique du lien entre prédications n’est jamais grammaticalement explicitée. La lecture consécutive de la participiale devra plutôt découler des deux propriétés fondatrices de l’emploi « standard » des participiales à PPant, esquissées dans le point 1.2 : l’ancrage nominal et la portée verbale. La portée verbale vers le prédicat régissant, qui prend la forme d’un adjoint circonstanciel, permet plus particulièrement la distinction fondamentale entre une appréhension simultanée (14a) et séquentielle (14b-c) des événements représentés par la régissante et la participiale. Dans ce dernier cas, la participiale exprimera en emploi « standard » un événement précédant / antérieur à celui de la régissante, et cela en antéposition comme en postposition (14b-c) :

(14a) Quelques militants antiracistes s’étaient mobilisés, réclamant la démission du ministre de l’intérieur. (Libération, 16/04/2002 : 9) (14b) Se mobilisant en urgence, quelques militants antiracistes ont

manifesté pour réclamer la démission du ministre de l’intérieur.

(14c) L’exécutif cale, jugeant qu’il ne peut pas exagérément lier ses successeurs. (Le Soir, 05/03/2004 : 6)

Cependant, en position finale, la participiale à PPant tend à prendre de plus en plus d’autonomie par rapport à l’ancrage nominal et à l’apport argumental au prédicat régissant, ce qui favorise l’émergence d’une interprétation des prédicats en successivité temporelle – le PPant énonçant un événement qui suit celui de la régissante –, donc l’évocation d’événements consécutifs (« qui se suivent », dans le sens originel du terme ; cf. 3.4.1.). Sous l’effet d’éléments discursifs, la consécution temporelle pourra toutefois prendre

(20)

RéflexionsthéoRiquesetméthodologiquesautouRdedonnéesvaRiationnelles

274

une valeur argumentale et s’orientera alors vers l’expression d’un rapport circonstanciel de conséquence (cf. 3.4.2. et 3.4.3.)2.

3.4.1. Dans les exemples de la seconde configuration évoquée (« clause chaining », cf. 2.2. et 3.2.), il s’agit toujours d’une pure consécution temporelle qui est exprimée :

(6a) Il a tué un responsable du centre, circulé dans les bureaux, tiré de nouveau, blessant un collègue […]

Elle découle d’une réduction de l’apport argumental suite à l’amuïssement de l’ancrage nominal.

3.4.2. Tout en rompant avec l’ancrage nominal et l’apport argumental auprès du prédicat régissant, les événements combinés dans la troisième configuration étudiée (cf. 2.3.et 3.3) et dans la deuxième interprétation de la première configuration (cf. 2.1. et 3.1.) voient leur consécution temporelle renforcée par le fait que le prédicat régissant fonctionne aussi comme thème de la participiale :

(13c) Le fait que [tout semble inutilement compliqué] oblige la population […].

La participiale à PPant apparaît ainsi comme un développement nouveau découlant logiquement de la régissante. Dès lors, dans ces configurations-ci, la consécution n’est plus purement temporelle, mais est accentuée par un rapport de non-contingence : le séquençage des deux événements n’est en effet plus fortuit mais nécessaire.

3.4.3. Dans le cas de la première interprétation de la première configuration d’énoncés (ancrage nominal), le caractère successif des événements n’implique plus nécessairement l’interprétation consécutive de la participiale, comme l’illustre l’énoncé (9c) :

(9) La sultane s’est levée mettant fin à l’entretien.

(9c) La sultane s’est levée mettant fin à l’entretien d’un geste de la main.

Il n’y a donc plus dans ces énoncés de lien direct entre consécutivité temporelle et consécutivité argumentale. Il s’agit plutôt d’une consécutivité inférentielle. À cause de la sous-spécification des configurations à PPant, c’est le type d’événements combinés (exemple 8 : abandonner le cortège =>

laisser la rue) ou la connaissance du monde (exemple 9 : se lever => fin de l’entretien) qui permet dans ces cas-ci d’inférer un sens pleinement argumental de conséquence.

2 La grammaticalisation du rapport temporel en un rapport argumental (cause, concession, etc.) a été démontré par diverses études. Lire e.a. Bat-Zeev Shyldkrot 1989 (91), 1994 et Bat-Zeev Shyldkrot & Kemmer 1988.

(21)

SouS-Spécificationetvariation

275 Selon Rossi-Gensane, la valeur consécutive des tours observés serait

« associée de manière privilégiée à une non-conformité à ladite « règle de coréférence » » (Rossi-Gensane 2017 : 62), c’est-à-dire à l’ancrage nominal.

Notre étude tend à montrer que leur fonctionnement est plus complexe, d’abord à cause de la sous-spécification des participiales à PPant, qui favorise un impact de divers paramètres discursifs, et surtout parce que les séries d’énoncés considérées sont essentiellement liées à la prise d’autonomie de la participiale en postposition, non seulement par son détachement de l’ancrage nominal, mais aussi par l’abandon de l’apport argumental comme adjoint circonstanciel auprès du prédicat régissant.

4. Ce type d’emploi est-il généralisé dans la langue ?

Un dernier aspect de l’étude concerne l’observation de la fréquence de ces configurations « autonomes », identifiées ci-dessus, et de leur utilisation plus fréquente dans certains types de discours. Des études antérieures (Havu

& Pierrard 2007, 2013, 2020) ont relevé l’impact des variations diamésique et diaphasique sur l’emploi des participiales. Cette contribution complète et précise ces observations au moyen de l’examen du développement des emplois « autonomes » dans un corpus d’environ 550 exemples de PPant couvrant 6 types de discours : oral spontané, débats/ jeux télévisés, journaux télévisés, presse écrite, romans, forums de discussion.

4.1. Fréquence et variation de la postposition

Les données observées permettent de voir quel type de discours favorise la postposition des configurations à PPant.

Tableau 1 – PPant ante- et postposés et types de discours3 Type de

texte TOTAL Antéposition Postposition Rapport Post/

Total3

Littérature 120 81 39 0.32

Presse écrite 162 47 115 0.71

Forums 29 9 20 0.69

Journal TV 81 24 57 0.70

Débats, jeux

(TV) 42 19 23 0.55

Spontané 117 74 43 0.37

TOTAL 551 254 297 0.54

3 Le rapport entre les PPant en postposition et le nombre total des PPant.

(22)

RéflexionsthéoRiquesetméthodologiquesautouRdedonnéesvaRiationnelles

276

Ces premières données nous apprennent que, si globalement dans la production langagière, il y a un équilibre entre l’emploi du PPant en antéposition et en postposition, la postposition domine largement (plus de 2/3 des emplois) dans trois contextes spécifiques : la presse, les journaux télévisés et les forums. Ces contextes sont fondamentalement identifiés par leur caractérisation médiatique et par leur caractère « scriptural » (les textes des JT sont pour l’essentiel de l’écrit rédigé pour être présenté oralement).

4.2. Fréquence et variation des emplois susceptibles d’engendrer une lecture autonome

Havu & Pierrard (2007) avaient déjà étudié le rapport entre type de position (antéposition et postposition) et type d’interprétation des participiales à PPant. Ils concluent au rapprochement entre postposition et valeurs de successivité par juxtaposition ou de coverbalité (impliquant généralement une interprétation consécutive). Ils soulignent aussi le lien entre ces dernières interprétations et les textes caractérisés par leur caractère parlé et leur conception scripturale (c’est-à-dire des journaux télévisés, des interviews politiques, etc.). Havu & Pierrard 2013 pour leur part confirment que « l’oral conceptionnel4 produit plutôt des emplois marquant la séquentialité ». Que peut-on conclure des données exploitées pour la présente étude ?

Tableau 2 – PPant postposés Type de texte Total

Postposition N

Autonomes Autonomes/

Total

Littérature 39 7 0.18

Presse 115 47 0.41

Forums 20 6 0.30

Journal TV 57 20 0.35

Débats, jeux

(TV) 23 10 0.43

Spontané 43 3 0.07

TOTAL 297 93 0.31

4 Müller-Lancé (2004) propose de distinguer deux dimensions dans l’opposition oral/

écrit :

(a) la première distinction se situe sur le plan du médium : médium phonique >< médium graphique ;

(b) la seconde se situe sur le plan de la conception du discours : l’oral, le langage de l’immédiat et du spontané >< le scriptural, le langage de la distance et de l’explicite (cf. aussi Havu & Pierrard 2015).

(23)

SouS-Spécificationetvariation

277 L’analyse des différents corpus semble confirmer que l’emploi des PPant susceptibles d’engendrer une lecture autonome se développe effectivement le plus nettement dans les types de textes médiatiques favorisant déjà la postposition. C’est particulièrement le cas dans les contextes ‘presse’ et

‘journal télévisé. Le lien est beaucoup moins net dans le cas des forums, où la fréquence des emplois autonomes est nettement plus basse et dans le cas des débats et jeux, où la postposition est moins fréquente mais la densité d’emplois autonomes élevée. Par contre, aussi bien dans le cas du corpus littéraire que dans le cas du corpus spontané, le faible pourcentage de postposition va de pair avec une faible densité de participiales autonomes.

Ces données permettent d’esquisser l’impact de la variation diamésique et diaphasique (cf. Koch & Oesterreicher 1990, 2001) sur la productivité des types d’emploi considérés. L’emploi se répand dans tous les types de textes mais est particulièrement fréquent dans les textes caractérisés par les traits suivants : [+médiatique], [+médium parlé] et [+conception scripturale].

5. Conclusions

Cette contribution confronte le tour « consécutif » convoqué par Rossi-Gensane (2017) avec les autres emplois des participiales à PPant afin d’évaluer comment la variation constatée s’inscrivait dans la variation diasystémique de la participiale à PPant. L’étude apporte les réponses suivantes aux questions de recherche :

5.1 L’examen des propriétés des participiales à PPant a permis d’esquisser une réalité quelque peu contradictoire.

-D’une part, la triple sous-spécification de la forme PPant (v. 1.1.) ouvre la porte à une large variation dans l’interprétation des configurations à PPant.

-D’autre part, l’examen des divers emplois a permis d’identifier (a) un ancrage nominal [+N contrôleur] et (b) une portée verbale de type fonctionnel [+apport argumental] comme les propriétés fondatrices de ces emplois.

5.2 Une série de configurations à PPant en position postposée révèlent une prise d’autonomie croissante par rapport à ces propriétés fondatrices :

(a) Une configuration à double interprétation de l’ancrage nominal, où -une des lectures possibles engendre une interprétation sans N

contrôleur ;

(24)

RéflexionsthéoRiquesetméthodologiquesautouRdedonnéesvaRiationnelles

278

-l’apport argumental de la participiale à la régissante est contesté dans l’interprétation avec ancrage nominal et semble inexistant dans l’interprétation sans ancrage nominal.

(b) Une configuration à ancrage actanciel (« clause chaining »), où

-l’ancrage nominal, le contrôle du thème de PPant par un N, quelle que soit sa fonction, devient en réalité un ancrage fonctionnel/

actanciel : le PPant est « contrôlé » par l’actant « sujet » du prédicat régissant.

-le PPant ne constitue plus d’apport argumental comme adjoint circonstanciel auprès du prédicat régissant.

(c) Une configuration sans ancrage nominal, où

-une glose impliquant un N contrôleur n’est plus possible ; la seule interprétation convocable est celle où, dans la séquence de prédications, la régissante fonctionne comme thème de la prédication participiale.

-il n’y a pas d’apport argumental du PPant au prédicat régissant. Bien au contraire, c’est le prédicat régissant qui fournit le thème de la participiale.

5.3 La valeur circonstancielle consécutive qui peut apparaître dans certaines des configurations considérées n’instille pas le processus variationnel mais en est une séquelle. Cette valeur est en effet liée -soit à la sous-spécification des participiales à PPant, qui permet un

impact de divers paramètres discursifs (consécutivité inférentielle) ; -soit à l’inversion de l’apport argumental dans certaines configurations,

où ce n’est plus la participiale qui représente un apport comme adjoint circonstanciel auprès du prédicat régissant mais la régissante qui constitue l’apport thématique auprès de la participiale.

5.4 Deux ordres variationnels semblent particulièrement favoriser l’expansion de ces configurations : les variations diaphasique [+discours médiatique] et diamésique [+médium parlé ; +conception scripturale] du texte.

(25)

SouS-Spécificationetvariation

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