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Article p.30 du Vol.31 n°332 (2012)

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Academic year: 2022

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Texte intégral

(1)

Afin d’aider les malvoyants et aveugles à surmonter leur handicap, des dispositifs ont été conçus pour extraire l’information visuelle d’une image et la communiquer au moyen de modalités sensorielles restées intactes. Les systèmes qui emprun- tent la voie auditive ont récemment connu un essor important, favorisé par les développements techno- logiques et les progrès des neuro- sciences cognitives (1-3).

Une fonction intégrative nouvelle

Parmi ces dispositifs, dits de sub- stitution sensorielle (DSS) visuo- auditive, le plus récent, The vOICe*, mis au point en 1992 par l’ingé- nieur Peter Meijer, du laboratoire de recherche Philips à Eindhoven aux Pays-Bas, opère grâce à un logiciel qui convertit en sons l’image vidéo prise par une caméra (4). La repré- sentation sonore de l’image obéit à des règles précises. La scène est balayée de gauche à droite, la hau- teur du son traduit l’élévation du signal dans l’image, son intensité reflète la luminosité de l’objet.

L’analyse d’autres attributs de l’image, tels que la couleur et la distance ainsi que divers nouveaux traitements informatisés de l’in- formation visuelle, sont actu- ellement implémentés dans le sys- tème. Quelques heures de pratique suffisent pour assimiler ce nou- veau mode d’information. La perception de l’image ainsi repré-

sentée est dès lors instantanée. Ce type de message sonore permet d’élaborer une représentation mentale de la forme, de la texture et de la localisation des objets situés aux alentours, et d’interagir avec eux. Le DSS ne permet pas de restaurer au sens strict la moda- lité sensorielle perdue, mais procure le moyen de développer et utiliser une nouvelle fonction intégrative.

Les structures qui assurent cette nouvelle fonction d’intégration du son en image mentale sont, tout au moins partiellement, situées au niveau occipital, c’est-à-dire dans les tissus habituellement dévolus au traitement de l’information visuelle.

Il a en effet été démontré qu’une stimulation magnétique trans- crânienne appliquée aux lobes occipitaux inhibe temporairement l’aptitude à analyser l’information produite par un DSS visuo-auditif.

L’utilisation de ces dispositifs ouvre ainsi une voie passionnante dans l’exploration fonctionnelle des struc- tures cérébrales, en particulier de celles participant au traitement des informations sensorielles.

Plasticité intermodale Chez le sujet sain, le cortex occi- pital reçoit essentiellement des afférences visuelles. Toutefois, les processus d’intégration y inter- agissent avec des mécanismes liés à d’autres modalités sensorielles, auditives et tactiles par exemple. En cas de déprivation visuelle, le cortex occipital accroît sa participation au traitement des informations fournies

par les autres sens. Il y a lieu de pen- ser que la réorganisation fonc- tionnelle s’opère en deux temps. Le premier relève d’une activation ou d’un renforcement de connexions nerveuses préexistantes. Si la situa- tion clinique perdure, une seconde étape est engagée, avec le dévelop- pement de structures nerveuses nouvelles. Ces processus de plasti- cité intermodale expliquent l’im- plantation occipitale des mécanismes assurant l’intégration des stimuli sonores produits par un DSS jusque dans les structures spécialisées du cortex visuel.

Ainsi en est-il de l’implication du complexe latéro-occipital, essen- tiellement dévolu à la reconnaissance visuelle des visages. Une étude conduite en IRM fonctionnelle a révélé que ce complexe est activé lorsque le sujet aveugle s’efforce de reconnaître un visage au sein d’une représentation sonore produite par DSS. En revanche, le gyrus fusiforme n’est pas sollicité par un signal sonore identifiant l’individu d’une manière non spatiale, comme la voix (1).

L’importance pratique du DSS visuo-auditif est double. Ce système est appelé à enrichir l’information sensorielle des sujets souffrant de déficit visuel grave. Il a vocation à être utilisé seul ou de façon syner- gique avec un autre dispositif, une prothèse rétinienne par exemple.

Il revêt aussi un intérêt théorique considérable, dans la mesure où il offre un moyen aisé d’étudier la réorganisation cérébrale inter- modale, déterminante dans la réadaptation des déficients visuels.

(1)Amedi A et al.(2007) Nat Neurosci10, 687-9

(2)Auvray M et al.(2007) Perception36, 416-30.

(3) Reich L et al.(2012) Curr Opin Neurol25, 86-95

(4)Meijer PBL (1992) IEEE Trans Biomed Eng39, 112-21

30 > BIOFUTUR 332MAI 2012

les auteurs

Amir Amedi* et Avinoam B. Safran**

* Institute for Medical Research Israel- Canada (IMRIC) and The Edmond and Lily Safra Center for Brain Sciences (ELSC), Hebrew University of Jerusalem, Israel

** Institut de la Vision, Paris Université Pierre et Marie Curie

© INGRAM/BSIP

DES OREILLES POUR VOIR

*www.seeingwithsound.com http://brain.huji.ac.il 30-33_dossier2_zoom_332 19/04/12 17:03 Page 30

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