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Traducteur et interprète naturel

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Academic year: 2021

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Traducteur et interprète naturel

RacheleAntonini

Traduit par Samuel Jaworski, étudiant du Master Traduction spécialisée multilingue de l’Université Grenoble Alpes, (2016)

Article original: 10.1075/hts.2.nat1

Handbook of Translation Studies Volume 2 (2011), pp. 102–104. Traduction : 2016

© 2016–2016 John Benjamins PublishingCompany

Un traducteur ou un interprète naturel est un individu bilingue, non formé et le plus souvent non-rémunéré, qui fait office de médiateur (et d’intermédiaire) culturel et linguistique dans différents contextes et situations, qu’ils soient officiels ou officieux.

Le concept de traduction naturelle (natural translation) a été évoqué pour la première fois en 1973 par Brian Harris, qui l’a décrit comme désignant « les actes de traduction effectués, dans leurs vies quotidiennes, par des individus bilingues n’ayant pas reçu de formation particulière en ce sens » (notre traduction), affirmant que la compétence en traduction et en interprétation n’était pas que l’apanage des professionnels, mais qu’elle constituait une capacité innée chez les locuteurs bilingues. Appuyant leur propos par des études de cas portant sur de jeunes enfants bilingues, Harris et Sherwood ont tenté de prouver que « la traduction et le bilinguisme vont de pair » (1978 : 155 ; notre traduction)et que le comportement traductionnel évolue en suivant des étapes chronologiques précises.

En 1980, GideonToury propose la notion, semblable en apparence, de « native translator ».Sans contester l’existence d’une prédisposition innée à traduire chez l’être humain, sa proposition ne considérait cependant pas le bilinguisme comme un prérequis à l’acquisition de la compétence en traduction, et mettait également en avant l’importance d’autres facteurs « déclenchant « l’aptitude spécialisée » à la traduction » (Toury 1995 : 246 ; notre traduction). Ceux-ci comprennent « la motivation sociale de la traduction […] ses fonctions sociales et/ou ses applications concrètes » (ibid. : 248 ; notre traduction).

La plupart des études faisant suite aux travaux de Harris et de Toury portaient sur l’intermédiation par les enfants (childlanguagebrokering CLB). Ces études concernaient essentiellement des minorités linguistiques et communautés ethniques précises

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(communautés hispanophones) basées en Amérique du Nord, notamment aux Etats-Unis (Orellana 2009 ; Tse 1995 ; Weisskirch 2007).

En Europe, l’étude de la traduction naturelle reste un domaine de recherche marginal et plutôt négligé, surtout en traductologie et en interprétologie (voir Translation Studies* ; InterpretingStudies*) et ces recherches sont presque toutes effectuées au Royaume-Uni (Hall 2004), à quelques rares exceptions près (Antonini 2010 ; Meyer 2010). Les références à l’existence et à la pratique de la traduction naturelle (par les adultes ou les enfants) ne se font qu’en filigrane d’études consacrées à la traduction et à l’interprétation professionnelle.

Ces références font généralement la part belle aux inquiétudes que partagent les interprètes et traducteurs professionnels avec les universitaires (surtout dans le domaine de l’interprétariat communautaire) au sujet de ce qui est considéré comme une pratique dangereuse, à la fois pour le corps professionnel et les parties prenantes aux échanges dont la médiation est assurée par des traducteurs/interprètes non professionnels. En effet, la traduction naturelle peut entraîner des erreurs de diagnostic, des examens inutiles, des pertes de revenu, des accusations non fondées ou l’absence de poursuites qui auraient été, elles, justifiées. Malheureusement, l’essentiel de l’interprétariat communautaire est assuré par des bénévoles (voir Networking and volunteer translators*) qui souvent sont des membres des familles, n’ayant pas suivi de formation ni été sensibilisés aux enjeux éthiques inhérents à ce type d’interprétariat (Garber, cité dans Marzocchi 2003 : 42).

Le renforcement des flux migratoires entrants a augmenté de manière exponentielle les besoins en médiation linguistique et culturelle. Malgré cela, de nombreux pays ne sont toujours pas en mesure d’y répondre. Il est alors très probable, lorsqu’il leur est impossible de faire appel à des professionnels pour assurer des services linguistiques, ou en raison de facteurs économiques ou culturels, que les immigrés fassent appel à l’aide de membres de leur famille ou de leur communauté linguistique parlant (relativement) couramment la langue du pays d’accueil (Antonini 2010).

De nombreux aspects de ce phénomène, qui passe grandement inaperçu alors qu’il est très répandu, mériteraient de faire l’objet de recherches approfondies. On compte parmi ceux-ci les enjeux relatifs à la construction de l’identité, à la médiation interculturelle et aux attitudes et opinions que partagent les familles, les membres de la communauté linguistique/ethnique ou encore les institutions, qui tous bénéficient des activités d’intermédiation (languagebrokering). Enfin, ces aspects comprennent également les stratégies que les interprètes improvisés (language brokers) adoptent et mettent en place

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quand ils traduisent.

Références

Antonini, Rachele. 2010. “The study of child language brokering: Past, current and emerging research.”InChild Language Brokering: Trends and Patterns in Current Research, Rachele Antonini (ed.). Special issue ofmediAzioni 10: 1–23.

Hall, Nigel. 2004. “The child in the middle: agency and diplomacy in language brokering events.”InClaims, Changes and Challenges in Translation Studies, Gyde Hansen et al. (eds) 285–297. Amsterdam/Philadelphia: John Benjamins. doi: 10.1075/btl.50.24hal

Harris, Brian. 1973.“La traductologie, la traduction naturelle, la traduction automatique et la sémantique.” In Problèmes de sémantique[Cahier de linguistique 3], Judith McA. Nulty et al.

(eds) 133–146. Montreal: Presses de l’Université du Québec.

Harris, Brian & Sherwood, Bianca.1978. “Translating as an innate skill.”InLanguage

Interpretation and Communication, David Gerver& Wallace H. Sinaiko (eds) 155–170. New York: Plenum Press. doi: 10.1007/978-1-4615-9077-4_15

Marzocchi, Carlo. 2003. “Summary of discussion on interpreting.” In Innovation and E- Learning in Translator Training, Anthony Pym (eds) 41–44. Intercultural Studies Group:

UniversitatRoviraiVirgili.

Meyer, Bernd, Birte, Pawlack&Ortrun, Kliche.2010. “Family interpreters in hospitals: Good reasons for bad practice?” In Child Language Brokering: Trends and Patterns in Current Research, Rachele Antonini (ed.) 297–423. Special issue mediAzioni 10.

Orellana, Marjorie. 2009.Translating Childhoods: Immigrant Youth, Language, and Culture.

New Jersey: Rutgers University Press.

Toury, Gideon.1980. “The translators as a nonconformist-to-be, or: How to train translators so as to violate translational norms.” In AngewandteÜbersetzungswissenschaft:

InternationalesÜbersetzungswissenschaftlichesKolloquiumander WirtschaftsuniversitätÅrhus / Dänemark, 19.-21. Juni 1980, Århus, Sven-Olaf Poulsen& Wolfram Wilss (eds) 180–194.

Århus: [s.n.].

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Toury, Gideon.1995.Descriptive Translation Studies and Beyond. Amsterdam: John Benjamins. doi: 10.1075/btl.4

Tse, Lucy. 1995. “Language brokering among Latino students: Prevalence, attitudes, and school performance.” Hispanic Journal of Behavioral Sciences17 (2): 180–193.

doi: 10.1177/07399863950172003

Weisskirch, Robert S. 2007. “Feelings about language brokering and family relations among Mexican American early adolescents.”The Journal of Early Adolescence 27 (4): 545–561.

doi: 10.1177/0272431607302935

Lectures complémentaires

Harris, Brian. 1977. “The importance of natural translation.” Working Papers on Bilingualism,12: 96–114.

Pöchhacker, Franz &Kadric, Mira.1999. “The Hospital Cleaner as Health Care Interpreter. A case study.”The Translator 5 (2): 161–178. doi: 10.1080/13556509.1999.10799039

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