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Academic year: 2022

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HAL Id: tel-01799402

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Submitted on 24 May 2018

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Roma crescit. Une histoire économique et sociale de Rome au XVe siècle

Cécile Troadec

To cite this version:

Cécile Troadec. Roma crescit. Une histoire économique et sociale de Rome au XVe siècle. Histoire.

Université Paris-Sorbonne - Paris IV; Università Roma Tre, 2016. Français. �tel-01799402�

(2)

UNIVERSITÉ PARIS-SORBONNE / UNIVERSITÀ ROMA TRE

É

COLE DOCTORALE

22 M

ONDES ANCIENS ET MEDIEVAUX

Centre Roland Mousnier UMR 8596

T H È S E

pour obtenir le grade de

DOCTEUR DE L’UNIVERSITÉ PARIS-SORBONNE

Discipline : Histoire Présentée et soutenue par :

Cécile T

ROADEC le : 03 décembre 2016

Roma crescit.

Une histoire économique et sociale de Rome au XV

e

siècle.

Sous la direction de :

Mme Élisabeth CROUZET-PAVAN – Professeur, Université Paris-Sorbonne M. Jean-Claude MAIRE VIGUEUR – Professore ordinario, Università di Roma Tre

Membres du jury :

M. Patrick BOUCHERON – Professeur, Collège de France

M. Sandro CAROCCI – Professore ordinario, Università di Roma Tor Vergata Mme Élisabeth CROUZET-PAVAN – Professeur, Université Paris-Sorbonne M. Jean-Claude MAIRE VIGUEUR – Professore ordinario, Università di Roma Tre

M. François MENANT – Professeur, École normale supérieure

Mme Ilaria TADDEI – Maître de conférences HDR, Université de Grenoble Alpes

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REMERCIEMENTS

À celle qui fut à l’origine de cette aventure romaine, Élisabeth Crouzet-Pavan, je tiens à exprimer ici ma plus vive reconnaissance. Il m’est difficile de dire à quel point je lui suis redevable de m’avoir orientée vers Rome et d’avoir dirigé ma recherche avec patience et bienveillance. Son soutien indéfectible fut un précieux secours et ses suggestions et remarques rigoureuses n’ont cessé d’enrichir mon travail. Moment crucial dans ma formation de médiéviste, son séminaire du jeudi matin fut l’occasion d’une immersion dans la recherche la plus actuelle et m’ouvrit des horizons et des perspectives sans cesse renouvelés : je dois dire encore combien son enseignement, transmis au cours de son séminaire mais aussi de ses publications, a imprimé sa marque sur mon propre travail. La récente réédition de sa thèse, Le Moyen Âge de Venise, m’a éclairée à maintes reprises lorsque j’achevais la rédaction de cette thèse. Pour toutes ces raisons, je voudrais lui dire ma profonde admiration.

Ma gratitude s’adresse également à l’autre directeur de cette thèse, Jean-Claude Maire Vigueur.

Pour tous ses conseils, pour toutes ses critiques, je lui suis infiniment redevable. Je ne pouvais espérer meilleur maître pour aborder la Rome médiévale. Dès nos premiers échanges, son enthousiasme pour l’entreprise dans laquelle je me lançais m’encouragea à poursuivre l’enquête. Lui seul sut me détourner de la fascination qu’exerçaient bientôt sur moi les actes notariés pour m’orienter vers d’autres fonds d’archives. Pour ce geste salutaire, pour son exigence mais aussi pour la grande confiance qu’il m’a toujours témoignée, je voudrais lui dire ma vive reconnaissance. Bien sûr, L’Autre Rome guida mes pas tout au long de cette recherche : en prenant sa suite, j’espère ne pas avoir déçu ses attentes et la liberté qu’il m’avait laissée.

Mes plus sincères remerciements vont aussi à François Menant qui m’accueillit lorsque j’entrais à la rue d’Ulm en 2006. Avec une immense générosité, il veilla sur mes premières recherches de jeune médiéviste, lorsque je m’intéressais à l’histoire de l’environnement et à ses représentations. À l’École, je suivis avec grand intérêt son séminaire consacré tout d’abord aux « Éléments d’économie médiévale », puis à l’histoire des sociétés européennes : ce séminaire, mais aussi les cours d’histoire économique et sociale byzantine qu’il dispensa dans le cadre de la préparation à l’agrégation, furent fondamentaux dans ma formation.

Pour les conseils avisés qu’ils m’ont prodigués tout au long de cette recherche, pour leurs relectures critiques, je voudrais aussi remercier tout particulièrement Ilaria Taddei, Sandro Carocci, Étienne Hubert, Jean-Baptiste Delzant et Anna Modigliani. Enfin, je remercie Clémence Revest pour m’avoir signalé le texte de Benedetto da Piglio et pour m’avoir laissé consulter sa thèse.

Ce travail n’aurait pas été possible sans le soutien de l’université Paris-Sorbonne au sein de laquelle j’ai eu la chance d’enseigner avec bonheur pendant six années consécutives, d’abord en tant que doctorante contractuelle puis comme A.T.E.R. Je profite de cette occasion pour remercier les professeurs avec lesquels j’ai collaboré dans le cadre de cet enseignement, Cécile Bresc, Béatrice Caseau, Jean-Marie Moeglin, Mathieu Tillier. Ma gratitude va également à mon laboratoire de recherche, le centre Roland Mousnier, ainsi qu’à l’école doctorale 22 Mondes anciens et médiévaux, dont je voudrais ici remercier les directeurs respectifs Denis Crouzet et Paul Demont. Je veux dire aussi combien l’École française de Rome, en m’accueillant à trois reprises comme boursière puis tout récemment en qualité de membre, m’a permis de mener à bien cette recherche dans les meilleures conditions. Pour leur accueil chaleureux, leur soutien et la confiance qu’ils m’ont témoignée, je tiens à remercier tout particulièrement les deux directeurs des études médiévales qui m’ont accompagnée dans cette recherche : Stéphane Gioanni et Pierre Savy. Enfin, mes déplacements en Italie furent également en partie financés par le programme Vinci de l’Université franco-italienne, ainsi que par une bourse de mobilité accordée par l’Île-de-France.

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Mes dépouillements d’archives ont également été grandement facilités par les conseils et la grande disponibilité du personnel et des archivistes de l’Archivio di Stato di Roma, de l’Archivio Storico Capitolino et des archives de Prato : que tous soient ici très sincèrement remerciés pour leur efficacité et leur gentillesse.

À tous mes amis, merci : à Diane, pour tous les moments partagés et traversés ensemble ; à Catherine, pour les fous-rires du dernier mois de septembre et pour tant d’autres choses ; à tous mes relecteurs et amis, Jean-Dominique, Florian, Stéphanie, Julie, Julia ; à tous ceux que j’ai rencontrés à Rome, et tout particulièrement Charles, Adeline, Isabelle et tant d’autres ; à mes petits camarades de l’ÉFR – avec une mention spéciale pour Olivia – qui m’ont soutenue (et nourrie) pendant les dernières semaines de rédaction, un immense merci !

Un immense merci aussi à mes parents, Denise et Michel, pour avoir su éveiller en moi le goût des sciences et des lettres dès l’enfance ; pour m’avoir ensuite portée, supportée et soutenue de manière inconditionnelle dans mes choix et pour m’avoir aidée à gravir une à une les marches de ce qu’ils appellent « l’escalier social ».

Enfin, pour avoir ensoleillé ma vie de thésarde, je remercie du fond du cœur Kim qui, par sa confiance inébranlable et son humour inimitable, a éteint en moi les doutes à peine éclos et m’a donnée l’inspiration pour poursuivre l’aventure.

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TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION GÉNÉRALE 1

1 – Rome au Moyen Âge : une histoire marginale ? 1

1.1 Rome capitale : genèse d’une nouvelle centralité 2

1.2 À l’ombre de la curie : écrire l’histoire d’une Autre Rome 3

Une histoire sous tutelle pontificale ? 3

Nouveaux courants historiographiques 5

2 – Moderne XVe siècle ? Aborder la chronologie 6

2.1 Se départir du mythe de Rome 7

2.2 Périodisation : le XVe siècle, genèse de la modernité ? 9 3 – Faire de nécessité vertu : croiser les sources pour écrire une histoire économique et sociale

de Rome au XVe siècle. 11

3.1 Les sources normatives 15

3.2 Les « recensements » de 1517 et 1526 16

3.3 Les archives de la Camera Urbis 16

3.4 Actum Rome : notaires romains et pratiques notariales au XVe siècle 18 Le notaire, garant de la stabilité : l’authenticité des actes notariés 20

Hétérogénéité du groupe des notaires romains 22

3.5 À la marge : sources littéraires, épigraphiques et archéologiques 26 CHAPITRE PREMIER CADRES ET RYTHMES DE LECONOMIE ROMAINE : UNE ECONOMIE SOUS

DEPENDANCE PONTIFICALE ? 35

1 – Les spécificités d’une démographie élastique 36 1.1 Croissance démographique (1393-1526) : état de la recherche 36 1.2 Une démographie élastique et l’expression d’un sentiment de surpopulation (d’après

l’exemple de l’année 1450). 40

2 – Des rythmes économiques originaux 46

2.1 Les importations d’une ville de cour 46

2.2 D’un mois à l’autre : la saisonnalité des échanges 49

2.3 Avec ou sans pape : contractions et dilatations du marché romain 56 2.4 La croissance incertaine : du sentiment de provisoire à la confiance 60 3 – Une économie dirigée ? L’encadrement de l’économie romaine par la papauté 63

3.1 L’économie romaine, une « économie morale » ? 63

3.2 Approvisionner Rome : la politique annonaire de l’Abondance au XVe siècle 69

Limiter les exportations de grain 71

Fixer le « prix politique » du grain 79

4 – L’émergence d’un État régional et le contrôle exercé par Rome sur le districtus Urbis 85

(7)

4.1 Définir le districtus Urbis 85

4.2 La recomposition fonctionnelle du système portuaire 87

4.3 Contre les barons, le contrôle des routes terrestres 93

4.4 Contrôler l’hinterland : politiques agraires, politiques de repeuplement 97 5 – De la perception de la croissance économique comme une « crise » 99

5.1 Les critiques du dirigisme pontifical 99

5.2 Des Romains « schizophrènes » ? 104

5.3 Le « paradoxe d’Easterlin » ou le sentiment du déclassement 106

Conclusion 108

CHAPITRE 2BREVITER LOQUENDO TUTTI PAIONO VACCARI.ROME ET LA CAMPAGNE ROMAINE

AU XVE SIECLE. 111

1 – La fin des paysans ? Réduction des emblavures et chute de la production céréalière

dans la Campagne romaine au XVe siècle 112

1.1 Cadre géographique : les casali de la Campagne romaine au XVe siècle. 112

La « Campagne romaine » : définition et contours. 112

L’incasalamento à l’origine d’un paysage agraire uniforme. 114 In partibus Latii, in partibus Transtiberinis, in partibus Insule : topographie de la Campagne

romaine 118

1.2 Les productions agricoles : la prédominance de la céréaliculture 120 Céréaliculture et culture des légumineuses : la prédominance du froment 121 Aux marges de la Campagne romaine, les vignae : une polyculture destinée à

l’autoconsommation. 125

Aux marges de la Campagne romaine, l’oléiculture : une monoculture à destination du marché

romain. 127

1.3 Les systèmes de production agricole dans la Campagne romaine. 129 La généralisation de la rotation triennale « à la romaine ». 129 Au cœur de la rotation triennale : les contrats ad laborerium. 131

Les variantes de la rotation triennale 133

Rotation entre plusieurs casali : unique exemple de céréaliculture intensive. 134 La composition des redevances, reflet des mutations des systèmes productifs 137 2.4 Caractéristiques des baux agraires et profil social des preneurs à bail 142 Locations partielles du casale : la fragmentation de la gestion du grand domaine. 142 La durée du bail : vers une pérennisation des structures d’exploitation ? 146 La résilience des anciens bovattieri : le maintien d’un investissement spéculatif 149 1.5 La conversion aux pâturages : facteurs et tendances générales 151 Le dépeuplement de la Campagne romaine et la raréfaction de la main d’œuvre agricole 151 La baisse des rendements agricoles et de la rente foncière 154

L’extension des pâturages 156

(8)

2 – L’économie de l’élevage et les « entrepreneurs de la transhumance » 159 2.1 État des lieux documentaire : les archives de la douane du bétail. 160 2.2 Bestiae grossae et bestiae minutae : la prédominance du grand élevage ovin. 164 2.3 Entre concurrence et complémentarité : les rapports entre céréaliculture et grand élevage dans

la Campagne romaine. 167

2.4 Les propriétaires du bétail : qui investit dans l’élevage ? 172 Complémentarité à l’échelle régionale : Campagne romaine – Abruzzes. 178

Conclusion 180

CHAPITRE 3MAGISTRI ET LABORANTES ARTIS.GEOGRAPHIE ET ACTEURS DU COMMERCE ET DE

LA PRODUCTION ARTISANALE. 183

1 – Quelles sources pour écrire une histoire romaine des métiers urbains ? 184

2 – Historiographie d’une ville « improductive » 188

2.1 Rome, « ville de consommation » ? 188

2.2 Une production de biens immatériels ? 192

2.3 Les indices du développement des activités artisanales 193

2.4 Une amélioration de la qualité des productions romaines 196 3 – Géographie de l’économie urbaine : répartition des activités économiques dans

l’espace urbain 197

3.1 La distribution géographique des métiers dans les différents quartiers de Rome 197 3.2 Ancienne centralité capitoline, nouvelles polarités : les lieux de commercialisation et de

production 207

Le quartier du Campo de’ Fiori, « il centro della città » 209

La piazza Giudea (platea judeorum) 211

La place du Panthéon (la Rotonda) 215

La piazza San Celso 216

4 – Nourrir Rome : les métiers de l’alimentation 217

4.1 Modes de consommation urbaine : des Romains carnivores et piscivores 217 4.2 Prestige et rang des métiers de l’alimentation dans la hiérarchie des arts 220 4.3 Le commerce de la viande et du poisson : réglementation et lieux de vente 221 4.4 Des secteurs très concentrés : le poids des intermédiaires 227

La gestion des étals, une initiative privée 227

Vente en gros, vente au détail : un secteur très concentré 228 4.5 Pour une prosopographie des poissonniers et des bouchers de Rome 231 4.6 Contrôler la filière de l’amont à l’aval, depuis l’élevage et les piscariae jusqu’à la vente au

détail 241

5 – À l’ombre du nobilis vir : l’enrichissement des élites artisanales et commerçantes 249 5.1 La propriété des étals : le lapis comme élément patrimonial 250

(9)

5.2 De l’étal à la noblesse citadine : ascension sociale et intégration de la noblesse citadine 252 Conclusion : la fluidité du marché du travail romain 254 CHAPITRE 4 DE LA BOVATTERIA AU BANCO. PRATIQUES ET ATTITUDES ECONOMIQUES DE LA

NOBLESSE CITADINE ROMAINE. 255

Trois cents familles romaines 257

La fin d’une tripartition sociale ? 258

1 – Définir la mobilité sociale : d’une société immobile à la mobilité d’une société 260 2 – Dynamiques politiques, attitudes économiques : une étroite concordance ? 262 2.1 Lewin, la dynamique des groupes et le concept d’attitude 262 2.2 Les illusions perdues des Romains, ou comment le positionnement politique détermine une

attitude économique 263

3 – La fin des anciens modèles : le paradigme éphémère de la bovatteria 265 3.1 Le poids de héritages : le conservatisme de quelques irréductibles bovattieri 266

3.2 L’attachement à la terre 271

4 – Ascensions sociales ou le temps des nouveaux entrepreneurs 275

4.1 Les speziali et l’essor du petit commerce 276

4.2 L’avènement des marchands-entrepreneurs 281

4.3 Financer la croissance économique : du micro-crédit à la banque 284

Les banquiers romains 289

Les livres de comptes de Mariano Alessandrini 290

Financer la production et l’artisanat 292

4.4 Les entrepreneurs de l’immobilier et la spéculation immobilière 293

Le casalenum, ou l’achat des terrains à bâtir 296

Les registres d’Ansuino di Anticoli 297

4.5 Des savoir-faire économiques aux compétences intellectuelles : les carrières des juristes et des

médecins dans la Rome du second XVe siècle 298

Au service de la Camera Urbis : fonctions et charges municipales 301 Au service de la curie : offices et charges ecclésiastiques 307

Médecins et chirurgiens 310

Épilogue : Rome, l’esprit d’entreprise et la culture du risque 312 CHAPITRE 5HABITER ROME.D’UN RIONE A LAUTRE : UNE NOUVELLE GEOGRAPHIE DES 315

QUARTIERS URBAINS. 315

1 – La renovatio urbis : les politiques pontificales de la ville 319 1.1 Roma resurgens : projets édilitaires et expérimentation urbanistique de Martin V à Léon X

320 1.2 Soutenir la croissance économique par l’aménagement du territoire 326 Le lotissement des quartiers septentrionaux : de Borgo à Campo Marzio 327

(10)

Réseau viaire, viabilité, rectilinéarité : préserver les espaces de circulation 329 Le pouvoir de détruire : expropriation et destruction des portiques 333 1.3 Les acteurs de l’aménagement urbain : les magistri stratarum et l’implication des Romains

dans la renovatio Urbis 335

2 – Une ville en chantier : production d’un territoire urbain et évolution des manières

d’habiter 338

2.1 L’économie de la construction et la ferveur édilitaire 339

L’angoisse de la ruine : reconstruction, réfection, rénovation 339 Architectus, carpentarius et murator : les artisans de la renovatio Urbis 341 Matériaux de construction : transport, production, remploi 344 2.2 Nouvelles manières d’habiter : les transformations de l’habitat romain 348

Morphologies de l’habitat romain 352

Usages de la maison : spécialisation fonctionnelle des pièces et espaces de circulation 355 Une ville de cours : palais cardinalices et demeures de la noblesse romaine 360 Alter populus lapideus : collections épigraphiques et antiquitates 364

3 – Dynamiques du marché immobilier romain 366

3.1 Sources et méthodes sur les prix de l’immobilier romain 367

3.2 Mouvements des prix de l’immobilier romain 372

3.3 Une ville de locataires 380

3.4 Vers une hiérarchisation socio-économique des quartiers de Rome 384

Centres et périphéries 386

Les rioni de Rome : une hiérarchisation duale 391

Rome, « ville éclatée » ? 394

Conclusion 398

CHAPITRE 6TENIR SON RANG DANS UNE VILLE DE COUR : LES PARAMETRES DE LA DISTINCTION

SOCIALE. 401

1 - En quête de sources : reconstituer des « archives familiales » virtuelles 403 2 - Les familles et le territoire. Héritage et transmission des patrimoines. 408 2.1 Transmission des patrimoines : les règles de l’héritage 409

2.2 Patrimoines féminins : la « revanche des femmes » 413

2.3 Pro equali portione : une succession équitable 421

Résidence commune et gestion commune du patrimoine 422

Les « casali de famille » ou la patrimonialisation de la Campagne romaine. 424 2.4 Vers un partage inégalitaire : la redistribution des cartes 429 2.5 La fin des solidarités familiales ? Là où les lignages divergent 435

Aristocratisation et décadence 438

3 – Viri eis equales : pratiques matrimoniales et inflation dotale 442

(11)

3.1 La fin de l’endogamie territoriale 443 3.2 Système dotal et inflation dotale : la course à la dot et au trousseau 446 4 – Société de cour, société des apparences : prestige, honneur et visibilité 452

4.1 Prouver et afficher sa noblesse : entre ostentation et understatement 453

La visibilité et la faveur du prince 457

4.2 Discipliner le luxe : les normes somptuaires à Rome 460

La modulation des contraintes : évolution et adaptation des lois somptuaires 465

Rendre visible l’ordre social : la taxis romaine 467

5 – Construire la mémoire familiale 469

5.1 Les lieux de sépulture 469

L’église Santa Maria in Aracoeli 471

Pierres tombales et monuments funéraires : mémoire familiale et mémoire de soi 474 5.2 Le revival antique : du style épigraphique classique à l’invention de généalogies mythiques

477

L’imitation du style classique 477

Mythiques généalogies 479

CONCLUSION GÉNÉRALE 483

Rome, la croissance anormale 484

Contre la genèse de la modernité, la notion d’adaptation 486

Rome, une ville en voie de métropolisation ? 490

BIBLIOGRAPHIE 499

INDEX DES NOMS DE PERSONNES ET DE LIEUX 545

Annexes 552

Plan de Rome à la fin du Moyen Âge 552

Note sur les monnaies en circulation à Rome au XVe siècle. 555 Unités de mesure en vigueur à Rome et dans le districtus Urbis au XVe siècle. 559 Tableaux des registres notariés conservés à l’Archivio di Stato di Roma (ASR) ainsi qu’à l’Archivio Storico Capitolino (ASC) pour le XVe siècle. 561 Liste indicative de quelques consuls des corporations, d’après les actes notariés du

XVe siècle. 578

Les pescivendoli à Rome (milieu XIVe-XVe siècle). 580 Les bouchers de Rome d’après les registres de la Gabella Carnium (années 1459, 1463

et 1478). 600

Liste des Sénateurs de Rome (XVe siècle-début XVIe siècle). 641 Liste des Conservateurs de Rome (XVe siècle-début XVIe siècle). 646

Liste des chanceliers de Rome (XVe siècle). 651

(12)

Quelques garants romains (et étrangers) des castellani des États pontificaux, entre 1464

et 1470. 653

Quelques Romains dans le personnel de la Curie 657

Arbres généalogiques 666

(13)

TABLE DES ILLUSTRATIONS

CARTES

Carte 1 : Le système portuaire de Rome au XVe siècle. 92

Carte 2 : Schéma de localisation des casali Torre Spaccata et Carcaricola. 136

Carte 3 : Schéma de localisation du casale La Cecchignola. 154

Carte 4 : Prix des logements à l’achat en fonction des différents rioni de Rome (1418-1429) : écarts par

rapport au prix médian (113 florins courants). 388

Carte 5 : Prix des logements à l’achat en fonction des différents rioni de Rome (second XVe siècle) :

écarts par rapport au prix médian (200 florins). 388

Carte 6 : Prix des logements à l’achat en fonction des différents rioni de Rome (1516-1520) : écarts par

rapport au prix médian (479,8 ducats de carlins). 389

Carte 7 : Prix de vente médians du logement par rione et résidences des membres de la curie, en

pourcentage de la population totale du rione (1521-1526). 390

Carte 8 : Corrélation entre les prix de vente médians du logement et le dynamisme du marché

immobilier, par rione (1418-1429). 393

Carte 9 : Corrélation entre les prix de vente médians du logement et le dynamisme du marché

immobilier, par rione (second XVe siècle). 393

Carte 10 : Corrélation entre les prix de vente médians du logement et le dynamisme du marché

immobilier, par rione (1516-1520). 394

Carte 11 : Marché locatif par rione : corrélation entre les loyers médians et le dynamisme du marché

locatif, par rione (1418-1429). 396

Carte 12 : Marché locatif par rione : corrélation entre les loyers médians et le dynamisme du marché

locatif, par rione (1449-1500). 396

Carte 13 : Marché locatif par rione : corrélation entre les loyers médians et le dynamisme du marché

locatif, par rione (1521-1526). 397

FIGURES

FIG. 1 :REPRESENTATION GRAPHIQUE DUNE PARTIE DU CORPUS DOCUMENTAIRE 14 Fig. 2 : Organigramme de l’administration fiscale de Rome à la fin du XVe siècle 75 Fig. 3 : Taddeo di Bartolo, Vue de Rome (fresque, Sienne, Palazzo Comunale, 1413-1414) 88 Fig. 4 : Plan du casale Capo di Bove (début XVIIe siècle ?). ASR, S. Salvatore, 423bis 118

Fig. 5 : Vue panoramique de Rome par Étienne Dupérac 350

Fig. 6 : Vue panoramique de Rome par Francesco Del Borgo (XVe siècle) 351 Fig.7 : Distribution des espaces sur une parcelle en lanière (Henri Broise) 357

Fig. 8 : Espaces de circulation dans une maison romaine 359

GRAPHIQUES

(14)

Graphique 1 : Valeur des importations par voie terrestre, en année « normale » (1452, 1453, 1457, 1458, 1461) 51 Graphique 2 : Importations de vins du Latium, à Rome, entre 1459 et 1480 52 Graphique 3 : Importations de vins étrangers, à Rome, entre 1422 et 1479 53 Graphique 4 : Importations et exportations en 1452, d’après les registres de la douane de Sant’Eustachio 54 Graphique 5 : Les rythmes du commerce de la viande sur le marché de Campo Torrechiano (1459, 1461, 1463) 55 Graphique 6 : Volumes des importations enregistrées par la douane de Sant’Eustachio, en fonction de la présence de la Curie à Rome 57 Graphique 7 : Part des redevances en nature, en numéraire et des redevances mixtes dans les contrats de location de casali (Rome, XVe siècle) 139 Graphique 8 : Détails de la part de fruits dans les redevances en nature et dans les redevances mixtes (Rome, XVe siècle) 139 Graphique 9 : Durée des contrats de location du casale dans la Campagne romaine 147 Graphique 10 : Volumes de vin, viande, farine et poisson enregistrés par la Douane della Grascia en 1459, 1469, 1478, 1479 et 1480 217 Graphique 11 : Principaux acheteurs de bovins à Rome (années 1459, 1463, 1478, d'après ASR, Camera Urbis, Gabella Carnium, 79, 81 et 82) 237 Graphique 12 : Principaux acheteurs d'ânes à Rome en 1459 (d'après ASR, Camera Urbis, Gabella Carnium, 79) 238 Graphique 13 : Trois profils d'entrepreneurs-bouchers romains en 1459 (d'après ASR, Camera Urbis, Gabella Carnium, 79) 239 Graphique 14 : Prix moyens du logement à l'achat et à la location, en florins courants (1417- 1429) 373 Graphique 15 : Prix moyens du logement à Rome, d'après les registres de la gabella contratarum (1417-1480) 375 Graphique 16 : Prix moyens du logement à l'achat et à la location, en ducats de carlins (1490- 1526) 378 Graphique 17 : Prix de vente moyens de l'immobilier dans les différents rioni de Rome (1418- 1429) 391

TABLEAUX

Tableau 1 : Vue d’ensemble synthétique du corpus documentaire 32

Tableau 2 : Quelques prix du rubbio de froment à Rome au XVe siècle 83 Tableau 3 : Détail de quelques redevances mixtes comprenant des fromages 141

(15)

Tableau 4 : Estimation de quelques troupeaux d’ovins d’après les cinq Libri assignationum pecudum de

la Camera Urbis 174

Tableau 5 : La pratique du crédit dans la famille Cenci (seconde moitié du XVe siècle) 286 Tableau 6 : la pratique du crédit dans la famille Mattei (seconde moitié du XVe siècle) 289

(16)
(17)

1

I

NTRODUCTION GÉNÉRALE

1–ROME AU MOYEN ÂGE : UNE HISTOIRE MARGINALE ?

Écrire l’histoire de Rome au Moyen Âge, est-ce écrire une histoire en marge ? À bien des égards, la Rome des Romains est secondaire : en marge de l’histoire de la papauté, de la curie, de la construction des États pontificaux tout d’abord. À l’ombre de l’histoire des grandes cités d’Italie septentrionale, Florence, Venise, Milan ensuite. Dans l’historiographie médiévale, Rome est un objet historique excentré1 : à la jonction entre Italie du Nord et Mezzogiorno, Rome est au début du XVe siècle une ville moyenne d’Italie centrale.

Ce décentrement géographique déteignit sur l’image de la Rome médiévale : longtemps l’historiographie souligna sa spécificité, son originalité irréductible au sein du paysage des villes d’Italie. Ce n’est qu’au cours des dernières années que ce préjugé historiographique fut revu et corrigé, par la mise en lumière de similitudes entre la société romaine et les sociétés urbaines d’Italie du Nord : cet alignement sur les modèles et les schémas généraux dégagés pour d’autres réalités urbaines est défendu, entre autres, par Jean-Claude Maire Vigueur dans L’Autre Rome, ouvrage consacré à la période communale2, ou encore par E. Igor Mineo qui, à propos de la noblesse romaine, argumente en faveur d’une conformité de la Rome du XVe siècle par rapport aux autres villes d’Italie3. Ce renversement historiographique replace Rome au centre de l’attention, comme un laboratoire qui pourrait nous amener à réviser notre manière de penser les sociétés non romaines.

1 Sandro CAROCCI, Baroni di Roma. Dominazioni signorili e lignaggi aristocratici nel Duecento e nel primo Trecento, Rome, ÉFR, 1993, p. 8-9.

2 Jean-Claude MAIRE VIGUEUR, L’Autre Rome. Une histoire des Romains à l’époque communale (XIIe- XIVe siècle), Paris, Tallandier, 2010.

3 E. Igor MINEO, « Nobiltà romana e nobiltà italiana (1300-1500) : parallelismi e contrasti », dans La nobiltà romana nel Medioevo, Sandro Carocci (éd.), Rome, ÉFR, 2006, p. 43-70, p. 43 : « Vorrei provare invece a vedere se e come l’inserimento stabile di Roma nella comparazione con aree più spiccatamente connotate (in senso comunale o monarchico) confermi la coerenza dei caratteri di fondo di ciascuna di quelle aree o se invece aiuti una loro possibile decostruzione ; e, quindi, fino che punto gli schemi interpretativi elaborati per gli ambiti comunali o quelli monarchici possono essere utilizzati nel contesto romano, e fino a che punto la ricerca su Roma condizioni e trasformi ora il nostro modo di pensare le aristocrazie non romane ».

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1.1 Rome capitale : genèse d’une nouvelle centralité

Rome est à la tête du monde, et quelque vieille et délabrée qu’elle soit, elle est sans l’ombre d’un doute la tête de toute la Terre4. Au XIVe siècle, Rome est une capitale en puissance. Pétrarque énonce dans ses Lettres familières l’inadéquation entre la ville et son mythe : le paysage urbain qu’offre cette ville moyenne d’Italie centrale ne correspond guère au mythe de Rome, celui de la capitale universelle et intemporelle5. Il est vrai que pendant la période médiévale, Rome fut rarement capitale, même au niveau régional. Les Ottoniens n’en firent pas leur capitale impériale et, entre le XIe et la fin du XIVe siècle, Rome ne fut que par intermittence la capitale des papes. Capitale éphémère, la ville et son idée se dissocièrent – ce que résume fort bien au XIVe siècle la formule Ubi est papa, ibi est Roma. Ainsi, pour reprendre les mots de Pascal Montaubin, avant le XVe siècle, Rome « fut à la fois ou successivement une capitale virtuelle, une capitale à éclipse, une capitale déchue pour l’empereur trop germanique, pour la commune incapable de transformer son contado en État, mais aussi pour la papauté »6. Capitale contingente, elle n’était capitale impériale que l’espace d’une journée, au moment du couronnement impérial et c’est seulement lorsque le pape y résidait avec la curie que Rome assumait pleinement le statut de capitale pontificale, temporelle et spirituelle.

Après la parenthèse du Schisme, le retour et l’installation progressive des papes et de la curie à Rome confèrent à la ville une nouvelle centralité dans la péninsule italienne et, dans une certaine mesure, à l’échelle européenne7. Amorcée dès le pontificat de Martin V (1417-1431), l’affirmation de l’autorité temporelle du pape sur le territoire des États pontificaux entre le milieu du XVe siècle et les premières décennies du XVIe siècle fait de Rome la capitale d’un État régional émergent. La dilatation de la cour pontificale, l’essor du personnel de la curie8 et l’ampleur des enjeux qui s’y nouent renforcent le pouvoir d’attraction de Rome en Italie :

4 PETRARQUE, Lettres familières, Paris, Les Belles Lettres, 2002, XI, 7.

5 Andrea GIARDINA, André VAUCHEZ, Il mito di Roma da Carlo Magno a Mussolini, Rome-Bari, Laterza, 2000.

6 Pascal MONTAUBIN, « De l’an mil à la Renaissance : de qui donc Rome fut-elle la capitale ? », dans Les villes capitales au Moyen Âge. XXXVIe Congrès de la SHMESP, Istanbul 1er-6 juin 2005, Patrick Boucheron (éd.), Paris, Publications de la Sorbonne, p. 391-428.

7 Giorgio CHITTOLINI, « Alcune ragioni per un convegno », dans Roma capitale (1447-1527), Sergio Gensini (éd.), Rome, (Pubblicazioni degli Archivi di Stato, Saggi 29), 1994, p. 1-14 ; Sandro CAROCCI, « Introduzione », dans Vassalli del papa. Potere pontificio, aristocrazie e città nello Stato della Chiesa (XII-XV sec.), Sandro Carocci (éd.), Rome, Viella, 2010, p. 7-43.

8 Comme l’ont admirablement démontré les deux prosopographies désormais classiques consacrées au personnel de la curie : Peter PARTNER, The Pope’s Men. The Papal Civil Service in the Renaissance, Oxford, Clarendon Press, 1990 ; Thomas FRENZ, Die Kanzlei der Päpste der Hochrenaissance (1417-1527), Tübingen, Niemeyer, 1986 (« Bibliothek des Deutschen Historischen Instituts in Roma », 63).

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l’alliance réciproque qui se noue entre l’Église et la noblesse italienne – en particulier avec une noblesse récente, urbaine, qui a construit son ascension sociale sur le grand commerce et la banque – constitue un patto storico bien mis en évidence par Paolo Prodi9. La curie pontificale devient l’unique référence pour cette noblesse en construction, parfois par-delà même l’appartenance à leur région d’origine : cette dépendance est accentuée par la mainmise des papes sur la collation des charges ecclésiastiques locales, dont ils dépossèdent progressivement les pouvoirs régionaux. La présence à la curie apparaît dès lors comme une nécessité pour la noblesse italienne à tel point que l’on assiste, au cours du XVe siècle, à une italianisation de la curie pontificale10. L’attractivité de Rome est encore renforcée par le système de la vénalité des offices, mis en place à partir du pontificat de Sixte IV, dans les années 1470. Celle-ci constitue sans nul doute l’un des principaux facteurs d’attraction et de stabilisation des étrangers à Rome11. La symbiose entre l’affirmation du pouvoir pontifical et la consolidation de l’ascension sociale récente de cette noblesse marchande transforme radicalement la physionomie de la société romaine qui acquiert toutes les caractéristiques d’une ville de cour.

1.2 À l’ombre de la curie : écrire l’histoire d’une Autre Rome Une histoire sous tutelle pontificale ?

L’histoire de la Rome du Quattrocento a d’abord été lue au travers du prisme pontifical, comme une annexe de l’histoire de la papauté et de la curie romaine : histoire événementielle comme le fut celle de Ferdinand Gregorovius, histoire de l’urbanisme et de l’architecture des palais renaissants constituèrent de premières approches. Cette première veine historiographique, celle des rapports entre le pape et la société romaine, connut une longue postérité : dans le courant historiographique de la constitution des États régionaux, Rome trouvait sa place à travers la construction des États pontificaux. De nombreux travaux s’intéressèrent à la fin de l’autonomie communale romaine entre 1398 et le pontificat de Martin V, soulignant la domination pontificale sur la ville des Romains qui, depuis les Constitutions égidiennes du milieu du XIVe siècle appartenait aux terrae immediate subiectae.

9 Paolo PRODI, Il sovrano pontefice. Un corpo e due anime : la monarchia papale nella prima età moderna, Bologne, Il Mulino, 1982.

10 Pierre HURTUBISE, « Les “métiers” de cour à Rome à l’époque de la Renaissance », dans Travail et travailleurs en Europe au Moyen Âge et au début des temps modernes, Claire Dolan (éd.), Toronto, Pontifical Institute of Mediaeval Studies, 1991, p. 217-252.

11 Marco PELLEGRINI, « Corte di Roma e aristocrazie italiane in età moderna. Per una lettura storico-sociale della curia romana », Rivista di storia e letteratura religiosa, 30 (1994), p. 543-602 ; La Chiesa e il potere politico dal Medioevo all’età contemporanea, Giorgio Chittolini, Giovanni Miccoli (éd.), Turin, Einaudi, 1986 (« Storia d’Italia », Annali 9) ; Clero e società nell’Italia moderna, Mario Rosa (éd.), Rome-Bari, Laterza, 1992.

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Sous Martin V, la mainmise du pape sur la cité aurait été accentuée par la crise politique et économique qu’affrontait la noblesse citadine romaine, affaiblie par les affrontements des dernières années du Schisme, ainsi que par l’installation à Rome des compagnies bancaires étrangères, Romanam Curiam sequentes, exigeant du pape qu’il rétablisse la paix sociale et l’ordre nécessaires à la sécurité de leurs investissements. Cette thèse d’une ingérence massive et directe du pape dans les affaires urbaines dès le pontificat de Martin V, défendue notamment par Peter Partner et Luciano Palermo12, connaît toutefois quelques détracteurs, dont Ludwig von Pastor qui va jusqu’à soutenir l’idée d’un élargissement des prérogatives communales sous Martin V13. À la lumière des travaux récents sur les États régionaux d’Italie centro- septentrionale, qui mettent en avant le respect des législations locales par les pouvoirs princiers, il convient de redimensionner l’intervention pontificale dans la cité, au moins jusqu’à Sixte IV : en effet, tant les analyses de Giorgio Chittolini pour Urbino et Milan14, que celles de Gaetano Cozzi, Sergio Zamperetti et Gian Maria Varanini pour Venise15, ont montré que les pouvoirs centraux n’avaient pas cherché à modifier les anciens statuts urbains mais qu’au contraire, un certain pragmatisme politique leur avait dicté la reconnaissance formelle des statuts locaux. Or, et c’est un événement qui fut sous-estimé ou mésinterprété par les historiens, l’un des premiers actes politiques de Martin V fut la reconnaissance des statuts urbains de 1363 : ce geste s’accompagna d’un premier volet d’interventions pontificales dans la cité qui n’avaient d’autre but que la défense de l’application des statuts en vigueur et la volonté de rétablir l’ordre public

12 Peter PARTNER, The Papal State under Martin V : the administration and government of the temporal power in the early fifteenth century, Londres, British School at Rome, 1958, p. 161-169 ; Luciano PALERMO, Il porto di Roma nel XIV e XV secolo : strutture socio-economiche e statuti, Rome, Centro di ricerca pergamene medievali e protocolli notarili, 1979, p. 183.

13 Ludwig VON PASTOR, Storia dei papi dalla fine del medio evo, Rome, Desclée, 1943-1960, p. 232. Voir aussi Oreste TOMMASINI, « Il registro degli officiali del Comune di Roma esemplato dallo scribasenato Marco Guidi », Atti Acc. Lincei, ser. IV, 3 (1887), p. 181.

14 Giorgio CHITTOLINI, La formazione dello Stato regionale e le istituzioni del contado. Secoli XIV e XV, Turin, Einaudi, 1979 ; id., « Governo ducale e poteri locali », dans Gli Sforza a Milano e in Lombardia e i loro rapporti con gli Stati italiani ed europei (1450-1535). Convegno internazionale, Milano 18-21 maggio 1981, Milan, Cisalpino-Goliardica, 1982, p. 27-41 ; id., « Su alcuni aspetti dello Stato di Federico », dans Federico di Montefeltro. Lo Stato. Le Arti. La Cultura, Giorgio Cerboni Baiardi, Giorgio Chittolini, Piero Floriani (éd.), Rome, Bulzoni, 1986, I, p. 61-102.

15 Gaetano COZZI, « La politica del diritto nella Reppublica di Venezia », dans Stato, società e giustizia nella Reppublica veneta (secc. XV-XVIII), Gaetano Cozzi (éd.), Rome, Jouvence, 1980, p. 80-101 ; Sergio ZAMPERETTI, I piccoli principi. Signorie locali, feudi e comunità soggette nello Stato regionale veneto dall’espansione territoriale ai primi decenni del ‘600, Venise, Il Cardo, 1991 ; Gian Maria VARANINI, « Gli statuti delle città della Terraferma veneta nel Quattrocento », dans Statuti, città, territori in Italia e Germania tra Medioevo ed età moderna, Giorgio Chittolini, Dietmar Willoweit (éd.), Bologne, Il Mulino, 1991, p. 247-317.

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et la paix sociale dans Rome16. Le chroniqueur Stefano Infessura l’avait du reste fort bien compris :

Et gionto che fu papa Martino, volle amministrare giustizia, perché Roma stava molto scorretta, et era piena di ladri, et subito provide a tutte le cose, massime a quelli che rubbavano li poveri romieri, che venivano alla perdonanza di Roma17

Ainsi, le cas romain s’inscrit pleinement dans les réflexions historiographiques contemporaines sur les rapports entre pouvoir central et pouvoirs locaux.

Nouveaux courants historiographiques

Bien sûr, une histoire de Rome au XVe siècle ne peut faire l’économie de la présence pontificale : toutefois, de la même manière que l’on révisa l’ingérence du pape dans les affaires de la cité, le regard se porta résolument vers l’Autre Rome18, c’est-à-dire vers la Rome des Romains. Ce faisant, l’historiographie romaine s’affranchit de la tutelle pontificale et suscita l’éclosion d’un champ d’études nouveau et fécond. Cette nouvelle histoire mit au premier plan les trajectoires, les activités, les représentations de la société romaine : moins spectaculaire, moins bien documentée que l’histoire de la papauté, cette entreprise mit au jour de nouvelles archives et renouvela notre connaissance de cette société urbaine. Une série de colloques – dont ceux consacrés aux pontificats de Martin V et de Sixte IV, mais aussi le colloque Roma Capitale en 199219 –, de nombreuses et belles publications sur des thématiques très diverses, quelques monographies consacrées à une famille (Porcari, Leni)20 ou à un groupe social (les speziali)21, témoignent de l’avancée des réflexions dans des directions très diverses : aussi bien les importations, le crédit, le marché immobilier que les structures familiales, les pratiques matrimoniales ou la définition de la noblesse citadine romaine furent interrogés, stimulés par plusieurs institutions de recherche, dont l’association Roma nel Rinascimento.

16 Mario CARAVALE, « Per una premessa storiografica », dans Alle origini della nuova Roma. Martino V (1417- 1431). Atti del convegno (Roma 2-5 marzo 1992), Maria Chiabò, Giusi D’Alessandro, Paola Piacentini, Concetta Ranieri (éd.), Rome, Istituto storico italiano per il Medio Evo, 1992 (Nuovi Studi Storici, 20), p. 1-15, p. 11.

17 Stefano INFESSURA, Diario della città di Roma, Oreste Tommasini (éd.), Rome, 1890 (Fonti per la storia d’Italia, 5), p. 23.

18 Jean-Claude MAIRE VIGUEUR, L’Autre Rome, op. cit.

19 Alle origini della nuova Roma, op. cit. ; Un pontificato ed una città : Sisto IV (1471-1484). Atti del convegno Roma, 3-7 dicembre 1984, Massimo Miglio, Francesca Niutta, Diego Quaglioni, Concetta Ranieri (éd.), Rome, Istituto storico italiano per il Medio Evo, 1986 ; Roma capitale (1447-1527), Sergio Gensini (éd.), Rome, (Pubblicazioni degli Archivi di Stato, Saggi 29), 1994.

20 Anna MODIGLIANI, I Porcari. Storie di una famiglia romana tra Medioevo e Rinascimento, Rome, Roma nel Rinascimento, 1994 ; Ivana AIT, Manuel VAQUERO PIÑEIRO, Dai casali alla fabbrica di San Pietro. I Leni : uomini d’affari del Rinascimento, Rome, Roma nel Rinascimento, 2000.

21 Ivana AIT, Tra scienza e mercato. Gli speziali a Roma nel tardo Medioevo, Rome, 1996 (Fonti e studi per la storia economica e sociale di Roma e dello Stato pontificio, VII).

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Cet affranchissement à l’égard de l’ancienne hégémonie exercée par l’histoire de la papauté ne signifie pas pour autant un reniement de la présence pontificale : le pape et la curie demeurent tout au moins une toile de fond sinon un aspect essentiel de la recherche, comme l’indiquent du reste les titres des colloques que je viens de citer. Pour ma part, j’ai pris en compte la papauté en tant que catalyseur de la croissance, mais aussi en tant qu’acteur d’encadrement de l’économie et de la société urbaines : les interventions pontificales déterminent les rythmes et mouvements macro-économiques, à travers la politique annonaire notamment, tout comme elles s’intéressent à restaurer l’image de Rome en tant que ville de cour. L’implication du pape dans la cité diffère peu de l’attitude des autres souverains temporels, à ceci près qu’il investit sa ville d’une dimension universelle sans équivalent. L’une des questions ouvertes par le cas romain est de comprendre comment s’articulent pouvoir princier et économie locale. Autrement dit quel est le degré d’imbrication de l’économie dans le politique, ou quel est le degré d’autonomie de la sphère économique ? Rome présente un intérêt méthodologique de ce point de vue, comme cas-limite : d’abord par la nature même de ce pouvoir princier, temporel, spirituel, universel ; ensuite parce qu’à Rome la croissance est allogène, que les changements économiques et sociaux sont en grande partie provoqués par le retour de la curie à Rome et qu’en ce sens le lien de dépendance entre l’Autre Rome et la papauté semble indéfectible.

2–MODERNE XVESIECLE ?ABORDER LA CHRONOLOGIE

Les bornes chronologiques retenues comme cadre d’étude sont larges (1398-1527) et embrassent un long XVe siècle, solidement ancré dans la fin du Trecento comme dans les premières décennies de l’époque moderne. Inévitablement, elles portent à s’interroger sur la notion de transition, de changement d’époque, de modernité, d’autant plus que l’objet même de cette recherche visait, dès l’abord, à étudier les transformations de l’économie romaine, les mutations de la société urbaine, provoquées par une nouvelle conjoncture politique, démographique, économique. Pourtant un premier doute surgit : la construction même de l’objet d’étude n’était-elle pas influencée par une historiographie très ancienne, celle des récits de voyageurs, des lettres d’ambassadeurs, des textes humanistes contemporains ? Après s’être affranchi d’un premier prisme, celui de l’histoire pontificale, l’historiographie de la Rome du Quattrocento n’est-elle pas profondément imprégnée, une fois encore, du mythe de Rome ?

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7 2.1 Se départir du mythe de Rome

Avant que d’être une réalité urbaine, économique et sociale, Rome est une idée, un mythe qui associe de manière oxymorique la grandeur de l’antique cité et la décadence du peuple romain. Aux Romains du Moyen Âge sont prêtés tous les vices : l’avarice, l’orgueil, l’ignorance. La violence et l’injustice parachèvent un bien sombre tableau : Bernard de Clairvaux, dans son De Consideratione, met en garde le pape contre le peuple romain,

« troupeau de loups »22. Au milieu du XVe siècle, un marchand florentin se plaint dans sa correspondance de l’insécurité latente qui règne dans Rome :

Questa terra è una spiluncha de ladri : ogni dì se ruba et occidesi, chome gl’uomeni fossero castroni ; non basta la moria che v’è ché anchora se tagliano a peçi come rape23.

Les chroniqueurs romains en conviennent, déplorant un climat de violence gratuite et généralisée : « e così Roma era senza giustitia » répète à l’envi Antonio de Vasco dans son diario. À la fin de l’année 1485, la ville vit au rythme des larcins, des cambriolages et des assassinats, à l’ombre des luttes de faction entre Colonna et Orsini :

Ricordo come in questo medesimo tempo in Roma si viveva alla peggio per li molti malefitii che si commettevano ; e non si teneva ragione alcuna, e perché a Santa Maria in Via Lata si trovarono in due mattine tre huomini morti e messi in tombe quasi vivi, et ogni notte si spontecchiava qualche casa per robbare ; et alcune se ne rubborno et assai24.

Ce même chroniqueur se fait romancier lorsqu’il raconte, au style indirect libre, les barricades, les combats de rue, les affrontements pour le contrôle des routes et des ponts :

Ricordo che in questo istesso giorno 2 decembre li confalonieri della Chiesa con il capitano andarono al detto ponte e mandaro uno trombetta a dire alli custodi che tenevano detto ponte si dovessero rendere, se non, che li impiccarebbero ; li quali custodi risposero che essi poco stimavano loro parole né minaccie, e che se volevano andare a trovarli, che li aspettavano e che gli mostrariano quello sapessero fare25.

Dans les derniers siècles du Moyen Âge, la simple évocation de Rome et des Romains suffit à convoquer à l’esprit l’image d’une ville en ruines, décadente et laissée à l’abandon, dans

22 Alessandra CAMERANO, « La restaurazione cinquecentesca della romanitas : identità e giochi di potere fra Curia et Campidoglio », dans Gruppi ed identità sociali nell’Italia di età moderna. Percorsi di ricerca, Biagio Salvemini (éd.), Bari, 1998, p. 29-79.

23 Francesco FLAMINI, La lirica toscana del Rinascimento anteriore ai tempi del Magnifico, Pise, 1891, p. 610- 611 ; Massimo MIGLIO, « L’immagine dell’onore antico. Individualità e tradizione della Roma municipale », Studi Romani, 31 (1983), p. 252-264, p. 261-262.

24 Il diario della città di Roma di Antonio de Vasco (1481-1492), Giuseppe Chiesa (éd.), dans R.I.S.² XXIII/3, Città di Castello, 1903-1911, p. 533.

25 Ibid., p. 531 : « Ce 2 décembre, les gonfaloniers de l’Eglise et le capitaine étaient allés à la rencontre de ceux qui tenaient le pont [le pont Salario, au nord de Rome] pour leur dire qu’ils devaient se rendre, sans quoi ils les pendraient haut et court ; ceux qui gardaient le pont leur répondirent alors qu’ils n’avaient que faire de leur requête et de leurs menaces et que s’ils voulaient venir les trouver, ils les attendaient de pied ferme et qu’ils leur feraient voir de quoi ils étaient capables ! » (ma traduction).

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laquelle divaguent les animaux domestiques ou sauvages26. Écoutons par exemple Alberto degli Alberti, dans l’une des lettres qu’il adressa à Giovanni de’ Medici en 1443 :

Le conditioni di questa città da altri debbi avere sentite, pure su brevità te le repplico. Molti ediffitii di pallazzi trionfali, di ressidentie, di sepulture, di templi e di altri ornamenti ci sono, et copia infinita, ma tutti rovinati, porffidi et marmi assai di quelle cose antiche, e quali marmi tutte giorno per chalcina si disfanno, che è una villania27.

Le pillage des monuments antiques pour alimenter les fours à chaux est un scandale pour le Florentin, et le signe de l’irrespect des Romains envers leur propre passé. Leur arrogance dérive précisément de leur manque de sens historique : au XIIIe siècle, Clément IV déplorait les illusions de la société romaine, incapable d’admettre la fin de son imperium28.

Sous le regard des voyageurs étrangers et des humanistes, la Rome médiévale est devenue l’antithèse de la Rome antique. L’ignorance des Romains serait d’abord oubli de leur propre passé. Dans son récit de voyage rédigé vers 1437, Pero Tafur, un noble andalou, s’en étonne :

Je n’ai trouvé personne dans Rome qui puisse m’éclairer sur les monuments antiques qui m’intéressaient. Ils connaissent en revanche parfaitement les tavernes et les lieux mal-famés, sur lesquels ils auraient pu me renseigner avec beaucoup de zèle. On dit qu’ils ne dînent jamais chez eux et leur accoutrement comme leur maintien, aussi bien à l’intérieur que dans la rue, montrent clairement ce qu’ils sont. Cela est vrai de la majorité d’entre eux car il est certain qu’une si grande multitude doit bien compter quelques vertueuses exceptions. On dit que Rome, même dépeuplée, est encore la plus grande ville chrétienne du monde : pourtant à l’intérieur des murs combien d’endroits ressemblent à des forêts épaisses où vivent des bêtes sauvages, lièvres, renards, loups, cerfs et même, dit-on, des porcs-épics29.

À la désolation du paysage urbain après le schisme, fait écho la rusticité des habitants, qui vivent dans le temps présent, hic et nunc. La perte du sens de l’Histoire est l’essence même d’une période de tenebrae, de cette media tempestas qu’est le Moyen Âge pour les premiers

26 Alessandra CAMERANO, « La restaurazione cinquecentesca della romanitas », art. cit.

27 Angelo FABRONI, Magni Cosmi Medicei Vita, II, Adnotationes et Monumenta, Pisis, 1788, p. 165-166. La lettre date du 22 mars 1443. Il ajoute que les femmes romaines ne sont pas très avenantes, à l’exception de leur visage, sans doute parce qu’elles font la cuisine toute la journée dit-il. Massimo MIGLIO, « L’immagine dell’onore antico », art. cit., p. 261.

28 « Mundi dominium subiectum sibi potius, quam ad alios translatum » (cité par Pietro FEDELE, dans « Aspetti di Roma nel Trecento », Roma, 4 (1923), p. 116).

29 Ma traduction. Texte original : « Jamás fallé un ombre en Roma que me sopiese dar raçón de aquellas cosas antiguas por qué yo demandava ; mas creo que lo supieran dar de las tavernas e lugares desonestos. Diçen que por maravilla ninguno dellos comen en sus casas ; e bien muestran sus gestos e atavíos, así de fuera como de dentro de casa, quién ellos son. Esto digo por la mayor parte, que non es dubda en tanta multitud que non aya algunos buenos. Diçen que Roma, aunque despoblada, tiene más gente que ningunt pueblo del mundo de christianos ; pero en partes ay del muro adentro que non paresçe si non una montaña espesa, e ay muchas salvaginas que crían en aquellas cuevas, ansí como liebres e raposos, e lobos e ciervos, e diçen que puercrespines ». José VIVES GATELL,

« Andanças e viajes de un hidalgo español (1436-1439) con una descripción de Roma », Analecta Sacra Tarraconensia, 19 (1946), p. 123-215 ; Manuel VAQUERO PIÑEIRO, Viaggiatori spagnoli a Roma nel Rinascimento, Bologne, 2001, p. 26-49.

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