REVUE MÉDICALE SUISSE
WWW.REVMED.CH 6 avril 2016
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Espace et temps :
antithèse ou équivalence ?
Ces deux entités essentielles avaient, comme on le sait, perdu leur caractère absolu tel qu’elles l’avaient encore avec Newton. Avec Einstein, elles ne sont en effet plus que relatives. Néanmoins, ce dernier semble avoir accordé à l’Espace une sorte de privilège : il a en fait relégué le Temps à ne se configurer que comme une simple quatrième dimension de l’Espace en tant que tel. Si l’on voulait par contre équilibrer davantage le tout, on pourrait supposer qu’à son tour l’Espace serait sus
ceptible d’être imaginé aussi en tant que quatrième dimension du Temps, ce dernier se voyant attribuer d’abord trois dimen
sions de base, représentées respectivement par les rythmes, les durées et
les instants. Alors que l’Espace ne serait donc réduit à son tour qu’à une dimension supplé
mentaire du Temps, cons ti
tuant pour ce dernier une sorte de « coagulation » mo men ta
née du devenir progressif du Monde.
En pratique, pour nous, à propos de l’Espace faudraitil se référer d’abord à notre es
pace corporel, sans cesse sou
mis aux impératifs, pour ne pas dire aux exigences du temps qui s’écoule ? De plus, notre organisme a eu un lieu de naissance, il ressent les répercussions constantes de tout ce qui l’entoure, à qualifier d’histo
rique et culturel. L’état de santé de ce corps qui est le nôtre possède comme points référentiels, et par là normatifs, un ensemble de successions temporelles autant que de survenues d’épidémies ou de catastrophes naturelles. Qu’il s’agisse en somme d’homéostasie ou d’une adap
tation progressive à un milieu particulier, qu’il s’agisse de l’espérance de vie de cha
cun ou d’une capacité particulière pour des performances sportives, des effets du milieu écologique ou des rythmes relatifs à la nutrition ou au sommeil, ce croise
ment incessant de temps et d’espace est incontournable et garantit par ailleurs à chacun de nous que le lendemain qui se profile va – ou non – contribuer à notre bienêtre, à un plein ou au contraire un défaut de vitalité. En s’endormant, chacun
de nous se laisse engloutir dans une absence de contours en ce qui concerne autant l’Espace que le Temps. C’est au réveil qu’on retrouvera simultanément leur présence et leur possible maîtrise. Déjà les astronautes, montrant leurs propres défi
ciences, pour ne pas dire leurs propres maladies qui deviendraient encore plus évidentes lors de séjours cosmiques plus longs que ceux propres déjà dans des stations spatiales, serontils davantage in
téressés par une possible rencontre juste
ment quelque part avec des extraterrestres, ou plutôt de survivre dans le Cosmos ? Une activité physique régulière pourrait aussi bien prolonger notre espérance de
vie que la réduire.
Où se situent, d’ailleurs, les confins entre la subjectivité et l’objectivité ? Autrement dit, entre ce qui semble exclusive
ment physique et mesurable, et ce qui semble appartenir à notre disposition mentale jour après jour ? Entre ce qui se ré
vèle terriblement anonyme et stéréotypé, et ce qui par contre permet à chacun de nous de mettre à profit des caractères très personnels. Des caractères si person
nels qui tant bien que mal nous rendraient peutêtre égocentriques et peu sociali
sables. Cela à travers le développement, année après année, de notre individualité singulière. La longévité permet de dépasser sans même trop y faire attention des limi
tes établies par des normes statistiques et de se rendre parfois compte d’avoir atterri pour ainsi dire dans des pays inconnus, faits donc de contours davantage tempo
rels que proprement localisables, se per
cevant parfois comme étrangers à eux
mêmes, des transgresseurs ayant atteint des zones de vie interdites à la majorité.
On peut en outre concevoir un espace interne assujetti à ce qu’on appelle la cons
cience, ellemême « assise » sans répit sur une dimension inconsciente de nousmême à laquelle, par moments, nous devons céder le gouvernail de notre vie quotidienne. Ce qui peut déterminer tantôt une sacrée envie de vivre, tantôt à l’opposé une envie de ne plus vivre, sans bien savoir d’où cela
vient, et pourquoi à un moment donné plutôt qu’à un autre. Des moments où l’on pourrait plus facilement tomber malade, et des moments où l’on se retrouve si plein d’énergie qu’on pourrait croire que la mort n’oserait pas s’approcher de nous.
Cela peut se relier surtout à ce qui se passe autour de nous, ou à ce qui se passe à l’intérieur de nous. Qu’il s’agisse de sen
sations qui s’imposent à notre autoper
ception, à des pensées optimistes, même velléitaires, ou à des pensées pessimistes qu’on aura tendance à qualifier de dépres
sives afin de leur donner un statut patho
logique temporaire.
Ce que nous nommons créativité semble dépendre en particulier du temps existen
tiel se déroulant dans une direction plutôt que dans une autre, tandis que ce que l’on nomme une découverte se relie davantage à une soudaine constatation que ce qui nous entourait avait été recouvert d’une ombre satisfaisant notre fort besoin de mystère.
Un mélange, auquel nous tous serions finalement soumis, de faits prévisibles et même imminents, mais également de dis
tances qui d’un coup peuvent se raccourcir, nanties alors d’une proximité inquiétante.
Un événement, tout important qu’il soit, peut soudain avoir lieu quelque part où nous nous trouvons alors que quelque chose de purement virtuel qui nous in
quiéterait d’avance peut nous faire déci
der de prendre le temps qu’il faut pour l’affronter.
En s’Endor- mant, chacun
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