W/?P
ml N° 29
1993
s i.2
U
S
Ciat
a>
»-(
Perspectives
d 9 cumentaires
EN Et UCATI 9 N
W/?P
ml N° 29
1993
s i.2
U
S
Ciat
a>
»-(
Perspectives
d 9 cumentaires
EN Et UCATI 9 N
N°29
1993
Perspectives Documentaires
EN ÉDUCATION
N°29
1993
Perspectives Documentaires
EN ÉDUCATION
EN ÉDUCATION
estpubliétroisfois paranparleCentredeDocumentationRecherchede
l'Institut National deRecherchePédagogique
Conseillers à la rédaction
Jean-Marie Barbier,professeurauConservatoirenationaldesartset métiers-Jacky Beillerot, professeur en sciences del'éducationàl'Université deParisX-Michel Bernard,professeuràl'UniversitédeNantes -
Alain Coulon, professeur ensciencesdel'éducationàl'Université ParisVIII-Jean-ClaudeForquin, professeurensciencesdel'éducationà
l'INRP- JeanGuglielmi, professeur ensciencesdel'éducationàl'Université deCaen,chefdu Centreacadémiquedeformationdespersonnelsdel'Éducation nationale-GenevièveLefort-AndréeTiberghien,maîtrederecherche auCNRS-GeorgesVigarello, professeurensciences del'éducationà
l'UniversitéParisV
Rédaction
Rédacteurenchef:JeanHassenforder Rédactriceenchefadjointe: ChristianeEtévé
Secrétairesderédaction:Marie-FrançoiseCaplot, CatherineDesvé, Équipederédaction:
Mathilde
Bouthors,Monique
Caujolle, AgnèsCavalier,Danielle
Dagorn,NancyFrosio,Nelly
RomeÉdition & Fabrication
Informatique:Jean-PierreHouillon
Maquettedecouverture:JacquesSachs,PhilippeChampy Saisie:Liliane Attali,JosetteCallé,Marie-FrançoiseCaplot,
EdithSebbah
Compositionetimpression:Instaprint, Tours
Lesopinions expriméesdanslesarticlesn'engagentquelaresponsabilitédesauteurs.
Lapartie bibliographique Ouvrages et rapports est extraite de la banque de données EMILE1(INRP-CDR).
Rédaction:CentredeDocumentationRecherchedel'INRP 29,rued'Ulm,75230ParisCedex05
-
Tél. :(1)46.34.91 .44Abonnement:Servicedes
publications
del'INRP
29,rued'Ulm,75230ParisCedex05
-
Tél. :(1) 46.34.90.81EN ÉDUCATION
estpubliétroisfois paranparleCentredeDocumentationRecherchede
l'Institut National deRecherchePédagogique
Conseillers à la rédaction
Jean-Marie Barbier,professeurauConservatoirenationaldesartset métiers-Jacky Beillerot, professeur en sciences del'éducationàl'Université deParisX-Michel Bernard,professeuràl'UniversitédeNantes -
Alain Coulon, professeur ensciencesdel'éducationàl'Université ParisVIII-Jean-ClaudeForquin, professeurensciencesdel'éducationà
l'INRP- JeanGuglielmi, professeur ensciencesdel'éducationàl'Université deCaen,chefdu Centreacadémiquedeformationdespersonnelsdel'Éducation nationale-GenevièveLefort-AndréeTiberghien,maîtrederecherche auCNRS-GeorgesVigarello, professeurensciences del'éducationà
l'UniversitéParisV
Rédaction
Rédacteurenchef:JeanHassenforder Rédactriceenchefadjointe: ChristianeEtévé
Secrétairesderédaction:Marie-FrançoiseCaplot, CatherineDesvé, Équipederédaction:
Mathilde
Bouthors,Monique
Caujolle, AgnèsCavalier,Danielle
Dagorn,NancyFrosio,Nelly
RomeÉdition & Fabrication
Informatique:Jean-PierreHouillon
Maquettedecouverture:JacquesSachs,PhilippeChampy Saisie:Liliane Attali,JosetteCallé,Marie-FrançoiseCaplot,
EdithSebbah
Compositionetimpression:Instaprint, Tours
Lesopinions expriméesdanslesarticlesn'engagentquelaresponsabilitédesauteurs.
Lapartie bibliographique Ouvrages et rapports est extraite de la banque de données EMILE1(INRP-CDR).
Rédaction:CentredeDocumentationRecherchedel'INRP 29,rued'Ulm,75230ParisCedex05
-
Tél. :(1)46.34.91 .44Abonnement:Servicedes
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del'INRP
29,rued'Ulm,75230ParisCedex05
-
Tél. :(1) 46.34.90.81SOMMAIRE
ÉTUDES Itinéraires de lecture
Unengagementpassionné:detaphilosophieàlapédagogie
parFrancineBest 7
Itinéraires de recherche
-Tribulationsethorizonsduchercheur enmilieuuniversitaire
parPierre Dominice 17
- DeslettresModernesauxSciencesduLangageet del'Éducation, la«fabrique»d'unerecherche endidactiquedelalecture-écriture
parFrançoiseSublet 29
Chemins de praticiens
-Lesmomentsd'analysed'unepratique:
du tempsperdupourlarecherche?
par PhilippeMazereau 55
Repères bibliographiques
Lesétudiants:un aperçu bibliographique (1965-1992)
parJeanneLamoure-Rontopoulou 67
Communication documentaire
Lesthèmestraitésparlesarticlesdela «RevueFrançaisede Pédagogie»
et de larevue«Les Sciencesdel'Éducation
pour
l'EreNouvelle»àtraverslestablesdecesrevuesde1967à1990: donnéessur l'évolutiondu champdespublications ousurlemodedeclassementthématique?
par Claire-HélèneToux 77
Innovations et recherches
àl'étranger
par NellyRome 101
BIBLIOGRAPHIE COURANTE
Ouvrages etrapports 125
Adressesd'éditeurs 161
Summaries 163
SOMMAIRE
ÉTUDES Itinéraires de lecture
Unengagementpassionné:detaphilosophieàlapédagogie
parFrancineBest 7
Itinéraires de recherche
-Tribulationsethorizonsduchercheur enmilieuuniversitaire
parPierre Dominice 17
- DeslettresModernesauxSciencesduLangageet del'Éducation, la«fabrique»d'unerecherche endidactiquedelalecture-écriture
parFrançoiseSublet 29
Chemins de praticiens
-Lesmomentsd'analysed'unepratique:
du tempsperdupourlarecherche?
par PhilippeMazereau 55
Repères bibliographiques
Lesétudiants:un aperçu bibliographique (1965-1992)
parJeanneLamoure-Rontopoulou 67
Communication documentaire
Lesthèmestraitésparlesarticlesdela «RevueFrançaisede Pédagogie»
et de larevue«Les Sciencesdel'Éducation
pour
l'EreNouvelle»àtraverslestablesdecesrevuesde1967à1990: donnéessur l'évolutiondu champdespublications ousurlemodedeclassementthématique?
par Claire-HélèneToux 77
Innovations et recherches
àl'étranger
par NellyRome 101
BIBLIOGRAPHIE COURANTE
Ouvrages etrapports 125
Adressesd'éditeurs 161
Summaries 163
UN ENGAGEMENT PASSIONNÉ
DE LA PHILOSOPHIE À LA PÉDAGOGIE*
Francine Best
DE LA PHILOSOPHIE DE L'EDUCATION AUX MÉTHODES ACTIVES
J'ai
étéintéresséetrèstôt par l'éducation
etcetintérêt
s'est accompagnéd'un certain nombre
de lectures.Il y
atou¬jours
eudeux
objetsde passion dans mavie
etdans
mavie de lecteur
: laphilosophie
etl'éducation.
Mon goûtpour l'éducationestdûà unetradition familialetrèsforte puisquejesuis
fille
etpetite-fille d'instituteursdelaINèmeRépublique, cequiaentraîné,dèsmonplusjeuneâge,deslectures,peut-êtreplusde typesociologique,puisquela sociologie del'éducation étaitdéjà, avec Durkheim,quelquechoseque mamèrelisait. Trèsviteaussijemesuis intéresséeàlaphilosophieetàtoutcequi,chez lesphilosophes,avaittraitàl'éducation,àlaproblématiquedel'éducationetj'étais une des rares étudiantesenphilosophie, quandjepréparaislalicencedephilosophie,
àétudierleDela pédagogiedeKant.Jesuistrèskantienne, etj'ailu tout Kant, maisc'étaitcetteoeuvre-làquimeparaissaitlaplus prochedemes problèmes.J'aipourtant fait mon Diplôme d'EtudesSupérieures(ceque l'on appelle le DEA aujourd'hui) sur Descartes, et ce sont tous les problèmesd'éthique,demorale,d'éducationmorale, mêmesileterme
Itinérairesdelecture
Perspectivesdocumentairesenéducation,n°29, 1993
* Cetexteestlaretranscriptiond'un entretienavecl'auteur.
UN ENGAGEMENT PASSIONNÉ
DE LA PHILOSOPHIE À LA PÉDAGOGIE*
Francine Best
DE LA PHILOSOPHIE DE L'EDUCATION AUX MÉTHODES ACTIVES
J'ai
étéintéresséetrèstôt par l'éducation
etcetintérêt
s'est accompagnéd'un certain nombre
de lectures.Il y
atou¬jours
eudeux
objetsde passion dans mavie
etdans
mavie de lecteur
: laphilosophie
etl'éducation.
Mon goûtpour l'éducationestdûà unetradition familialetrèsforte puisquejesuis
fille
etpetite-fille d'instituteursdelaINèmeRépublique, cequiaentraîné,dèsmonplusjeuneâge,deslectures,peut-êtreplusde typesociologique,puisquela sociologie del'éducation étaitdéjà, avec Durkheim,quelquechoseque mamèrelisait. Trèsviteaussijemesuis intéresséeàlaphilosophieetàtoutcequi,chez lesphilosophes,avaittraitàl'éducation,àlaproblématiquedel'éducationetj'étais une des rares étudiantesenphilosophie, quandjepréparaislalicencedephilosophie,
àétudierleDela pédagogiedeKant.Jesuistrèskantienne, etj'ailu tout Kant, maisc'étaitcetteoeuvre-làquimeparaissaitlaplus prochedemes problèmes.J'aipourtant fait mon Diplôme d'EtudesSupérieures(ceque l'on appelle le DEA aujourd'hui) sur Descartes, et ce sont tous les problèmesd'éthique,demorale,d'éducationmorale, mêmesileterme
Itinérairesdelecture
Perspectivesdocumentairesenéducation,n°29, 1993
* Cetexteestlaretranscriptiond'un entretienavecl'auteur.
n'estpas
du tout
dansDescartes,qui
m'intéressaient aupremierchef et même uneéducation de lapenséeet delaréflexionàpartirdeDescartes, sibienquej'ai toujoursmêlédeslecturespurementsurl'éducationetdes lecturesphilosophiques.Lapédagogie deKantdonne unedéfinitionde l'éducation qui m'avaitbeaucoupséduite:il s'agitdel'éducationdela raisonetde laréflexionchezlesenfants.Il
restedanscetteoeuvreun
certainnombredenotionsquel'on pourrait
fairereleverde latradition, montrant parexemple que le jeuneenfantdoit
subir uneéducation très forte,unquasidressage, cequi meheurtait.Cettelectureillustrelefait quejepuisaischezlesphilosophes classiquescequi avait traitàl'éduca¬tion, maiscelaneveutpasdireque jesouscrivaisàtouteslesaffirmations kantiennes.
Mespremières lectures,sijeremonteàl'âge de16-17 ans,étaientde philosophie, particulièrementsurl'éducation
plutôt
quedeslectures de pédagogie. Parallèlement,j'airencontré très jeunelesCentresd'entraî¬nementaux méthodesd'éducationactive(CEMEA)etjemesuisintéres¬
séeimmédiatementàtouslesécritsd'Education nouvelle,sibienquedès l'âgede18ans,j'ai lu,peut-être pasdesouvrages entierscarmalecture du livrede Blochsurl'Educationnouvelleestpostérieure, mais aumoins desarticles,deschapitres,desoeuvres de Freinet.Unpetit
livre
qui m'a beaucoupfrappéquand j'étais jeune etdontonneparleplus maintenant alors quejeletrouveassezextraordinaireestLalibertédansl'éducationdu
DocteurAndréBerge,petitlivre édité parLeScarabéesurl'Education Nouvelle.Beaucoupplustard,j'étaisdéjà agrégéedephilosophie,j'ailu
l'ouvragedeMmeNiox-Chateau L'Educationnouvelleàl'école.A
lasortie decelivre
j'enai beaucoup parlélorsdeconférenceset decoursàdes normaliens.Jemêlais donc lalecturedesphilosophesclassiques,
il
fautentendre classiques au senslarge, parcequec'étaitaussibien la lecture deJean- Paul Sartrequiabeaucoup comptépour moi,lalecture de Paul Ricoeur aufuretàmesure quesesoeuvressortaient, et lalecture de tousleslivres depédagogiequiparaissaientdanslapériodedes années 50-60.Un autre ouvrage dont j'ai fait l'analyse est le livre de Louis Le
Guillant,
Jeunesdifficilesou tempsdifficiles. Cegrandpsychiatreétaiten même tempsmilitant
desCEMEA. Celivre
estétonnantd'actualité.Sur lajeunesseetlesproblèmesd'information,onararementécritunlivre
aussipercutant.Ilresteactuel.Deshommes commeAndréBerge,Louis LeGuillantàcettemême époqueétaientlesthéoriciens decequisepasse entre la thérapie etlapédagogie,l'Education nouvelleet lesMéthodes d'éducation active. Tony Laine a également beaucoup écrit pourles n'estpasdu tout
dansDescartes,qui
m'intéressaient aupremierchef et même uneéducation de lapenséeet delaréflexionàpartirdeDescartes, sibienquej'ai toujoursmêlédeslecturespurementsurl'éducationetdes lecturesphilosophiques.Lapédagogie deKantdonne unedéfinitionde l'éducation qui m'avaitbeaucoupséduite:il s'agitdel'éducationdela raisonetde laréflexionchezlesenfants.Il
restedanscetteoeuvreun
certainnombredenotionsquel'on pourrait
fairereleverde latradition, montrant parexemple que le jeuneenfantdoit
subir uneéducation très forte,unquasidressage, cequi meheurtait.Cettelectureillustrelefait quejepuisaischezlesphilosophes classiquescequi avait traitàl'éduca¬tion, maiscelaneveutpasdireque jesouscrivaisàtouteslesaffirmations kantiennes.
Mespremières lectures,sijeremonteàl'âge de16-17 ans,étaientde philosophie, particulièrementsurl'éducation
plutôt
quedeslectures de pédagogie. Parallèlement,j'airencontré très jeunelesCentresd'entraî¬nementaux méthodesd'éducationactive(CEMEA)etjemesuisintéres¬
séeimmédiatementàtouslesécritsd'Education nouvelle,sibienquedès l'âgede18ans,j'ai lu,peut-être pasdesouvrages entierscarmalecture du livrede Blochsurl'Educationnouvelleestpostérieure, mais aumoins desarticles,deschapitres,desoeuvres de Freinet.Unpetit
livre
qui m'a beaucoupfrappéquand j'étais jeune etdontonneparleplus maintenant alors quejeletrouveassezextraordinaireestLalibertédansl'éducationdu
DocteurAndréBerge,petitlivre édité parLeScarabéesurl'Education Nouvelle.Beaucoupplustard,j'étaisdéjà agrégéedephilosophie,j'ailu
l'ouvragedeMmeNiox-Chateau L'Educationnouvelleàl'école.A
lasortie decelivre
j'enai beaucoup parlélorsdeconférenceset decoursàdes normaliens.Jemêlais donc lalecturedesphilosophesclassiques,
il
fautentendre classiques au senslarge, parcequec'étaitaussibien la lecture deJean- Paul Sartrequiabeaucoup comptépour moi,lalecture de Paul Ricoeur aufuretàmesure quesesoeuvressortaient, et lalecture de tousleslivres depédagogiequiparaissaientdanslapériodedes années 50-60.Un autre ouvrage dont j'ai fait l'analyse est le livre de Louis Le
Guillant,
Jeunesdifficilesou tempsdifficiles. Cegrandpsychiatreétaiten même tempsmilitant
desCEMEA. Celivre
estétonnantd'actualité.Sur lajeunesseetlesproblèmesd'information,onararementécritunlivre
aussipercutant.Ilresteactuel.Deshommes commeAndréBerge,Louis LeGuillantàcettemême époqueétaientlesthéoriciens decequisepasse entre la thérapie etlapédagogie,l'Education nouvelleet lesMéthodes d'éducation active. Tony Laine a également beaucoup écrit pourlesCEMEA.Ceshommesqui,parmodestie, ne
l'ont
jamaisfait valoir, ont étéaussidesthéoriciens.Je«dévorais»leurs articles,ainsique ceux de GisèleDeFailly toutenétant unepraticienne desstagesdeformationdes CEMEA, doncdesméthodesactives.DES CEMEA À LA PSYCHOPÉDAGOGIE
Quels sontlespédagoguesquiontbeaucoupcompté ?D'abord les plusancienscommeDecroly, Pestalozzi,puisFreinet quej'airencontré très vite.J'ai
lu
sonuvre
pourlaquellej'avaisune certaine distance critique,quimevenaitdemeslectures dephilosophieclassique,notam¬mentsur le concept, quejenepartageaispasdu tout, de «naturel».A l'époque,
il
mefallaitpasserparBergsonpour
comprendreFreinet, et j'éprouvais une certainedifficulté
parce que j'étais beaucoup plus rationaliste,plutôt
ducôtédeDescartes,deKantetde Sartrequeducôté d'uneéducationdite«naturelle».Maisà forcedelireavecprécisiondes oeuvres comme L'Educationautravail,d'utiliser
un certain nombrede filtres plussociologiques, proposés parl'Educationpopulairetelle que Freinet la souhaitait, j'étais complètement d'accord aveclui,
surtoutlorsqu'il
s'agissaitdespratiques destagesde formationd'enseignants.J'aiétéextrêmement frappée parlaconvergence
d'intuitions
avecLouis Legrand,autrementplusproche demoiparl'âge.J'aidu
malàparlerde l'oeuvredeLouisLegrand commed'une oeuvrelue parcequ'il
s'agiten même tempsd'unerencontred'amis,d'une communautétotaled'intui¬tions. A
partir
de là,decetterencontreetmêmedéjàauparavant,mes lectures de Piaget et deWallonm'ont conduiteàlapédagogie moderne, àl'éducationactive.J'aiuneformationdephilosophieetj'aienseignélaphilosophie,très tôtet,parcequejelesouhaitais,en Ecolenormale.Amesdébuts,j'avais
àlafois un enseignement declasseterminale et quelques heuresd'ensei¬
gnement de pédagogie générale, autrement
dit
dephilosophiede l'édu¬cation.Jetrouve
qu'il y
aunrapport étroit entrecesdeux disciplines,en classe de formation professionnelle d'Ecole normale. J'ai enseigné la philosophiemoraleetpolitiqueaussi,pendantde nombreusesannées,àl'Université deCaen, touten dirigeant des Ecolds normales. Comme directriced'écolenormaleensuite,j'aitoujoursenseigné laphilosophie del'éducationparcequejesouhaitaisl'appelerainsi(j'ai écritdenom¬
breuxarticlesàcesujetavec JosephLeif).Onoublietropsouvent queles directeursavaientl'obligationd'enseigner,cequejefaisais avec«déli- CEMEA.Ceshommesqui,parmodestie, ne
l'ont
jamaisfait valoir, ont étéaussidesthéoriciens.Je«dévorais»leurs articles,ainsique ceux de GisèleDeFailly toutenétant unepraticienne desstagesdeformationdes CEMEA, doncdesméthodesactives.DES CEMEA À LA PSYCHOPÉDAGOGIE
Quels sontlespédagoguesquiontbeaucoupcompté ?D'abord les plusancienscommeDecroly, Pestalozzi,puisFreinet quej'airencontré très vite.J'ai
lu
sonuvre
pourlaquellej'avaisune certaine distance critique,quimevenaitdemeslectures dephilosophieclassique,notam¬mentsur le concept, quejenepartageaispasdu tout, de «naturel».A l'époque,
il
mefallaitpasserparBergsonpour
comprendreFreinet, et j'éprouvais une certainedifficulté
parce que j'étais beaucoup plus rationaliste,plutôt
ducôtédeDescartes,deKantetde Sartrequeducôté d'uneéducationdite«naturelle».Maisà forcedelireavecprécisiondes oeuvres comme L'Educationautravail,d'utiliser
un certain nombrede filtres plussociologiques, proposés parl'Educationpopulairetelle que Freinet la souhaitait, j'étais complètement d'accord aveclui,
surtoutlorsqu'il
s'agissaitdespratiques destagesde formationd'enseignants.J'aiétéextrêmement frappée parlaconvergence
d'intuitions
avecLouis Legrand,autrementplusproche demoiparl'âge.J'aidu
malàparlerde l'oeuvredeLouisLegrand commed'une oeuvrelue parcequ'il
s'agiten même tempsd'unerencontred'amis,d'une communautétotaled'intui¬tions. A
partir
de là,decetterencontreetmêmedéjàauparavant,mes lectures de Piaget et deWallonm'ont conduiteàlapédagogie moderne, àl'éducationactive.J'aiuneformationdephilosophieetj'aienseignélaphilosophie,très tôtet,parcequejelesouhaitais,en Ecolenormale.Amesdébuts,j'avais
àlafois un enseignement declasseterminale et quelques heuresd'ensei¬
gnement de pédagogie générale, autrement
dit
dephilosophiede l'édu¬cation.Jetrouve
qu'il y
aunrapport étroit entrecesdeux disciplines,en classe de formation professionnelle d'Ecole normale. J'ai enseigné la philosophiemoraleetpolitiqueaussi,pendantde nombreusesannées,àl'Université deCaen, touten dirigeant des Ecolds normales. Comme directriced'écolenormaleensuite,j'aitoujoursenseigné laphilosophie del'éducationparcequejesouhaitaisl'appelerainsi(j'ai écritdenom¬
breuxarticlesàcesujetavec JosephLeif).Onoublietropsouvent queles directeursavaientl'obligationd'enseigner,cequejefaisais avec«déli-
ces»dirais-je.Plustard,alors que j'étaisdirectricedel'Ecole normalede Coutancespuisdecelle deCaen,jefaisaisparallèlementdescours de philosophie moraleetpolitiqueà
partir
d'Eric Weil,dePaulRicoeurou detout
autre maîtreencedomaine,àl'UniversitédeCaen.Aprèsceslectures fondatrices,uncertainnombred'autreslecturesse sont ajoutées etont marquéenquelque sorteun tournant.A l'aidedema découverte del'Education nouvelle,j'entendais parlerdel'oeuvre de Piaget,del'oeuvre de Walloncommede chosesévidentesetimportantes.
Une fois directrice d'Ecole normale et
tout
en étant instructrice des CEMEA,ceslectures-lasesontfaites defaçonplussystématique. J'avaislu
également lesouvrages de Roger Gai. J'ai rencontréLouisLegrand quandil
estarrivéàl'INRP. Undesesouvrages, Pourunepédagogie de l'étonnement,m'abeaucoup marquée.L'on retrouved'ailleurscesidées dans ce quej'ai
écrit plus tard dans Pour unepédagogie de l'éveil.Au
momentoùl'éditeurmel'avaitdemandé,j'avaismêmeeubeaucoup de scrupulesàécrirecelivre,parcequejetrouvaisqu'il y avaitdéjàtoutdans Pourunepédagogie de l'étonnement,y
compris la notion d'éveil même.Donc,j'ai lu toute l'oeuvredePiaget,toutel'oeuvredeWallon.J'entre¬
tenaisdesrapportstrèsfortsavecleswalloniens,notammentàtraversles CEMEA, aux détours de conversations avec Germaine Le Guillant, épousedeLouisLeGuillant.C'estpar elle quej'airencontréplus tard JacquelineNadel, maisj'étaisdéjàencontactavectoutescespersonnes quiseréclamaientdelapenséedeWallon,dePiagetaussi.Jen'aijamais vu(et jel'ai écrittrèssouvent)decontradictionfondamentale entreces
deux grandshommesqui ontapportél'éclairagescientifiquenécessaire à l'Education nouvelle, mais au contraire j'ai noté beaucoup de convergences.J'estimequecesontplutôt leurssuccesseursqui ont voulu creuser lesdifférencesd'ordrepolitiqueetidéologiquequin'ont rienà
voir
avecleur
oeuvre scientifique. Leur lecture a donné des assisesd'ordre
psychologique,d'ordrescientifique,àla façon dont j'abordais l'éducation, eten particulier pour éclairermonchoix, car il existe un choixéthiquedel'Educationnouvelleetdel'éducationactiveparrap¬portàd'autresthèsessurl'éducation.
DE LA PÉDAGOGIE À LA POÉSIE
AprèsPiaget,Wallon,
il y
eutdesrencontresaussitrèsfortesqui vont peut-être paraîtreétonnantes. Lefaitd'avoirétéimpliquéedèsledébut dans les recherches concernant la rénovation de l'enseignement duces»dirais-je.Plustard,alors que j'étaisdirectricedel'Ecole normalede Coutancespuisdecelle deCaen,jefaisaisparallèlementdescours de philosophie moraleetpolitiqueà
partir
d'Eric Weil,dePaulRicoeurou detout
autre maîtreencedomaine,àl'UniversitédeCaen.Aprèsceslectures fondatrices,uncertainnombred'autreslecturesse sont ajoutées etont marquéenquelque sorteun tournant.A l'aidedema découverte del'Education nouvelle,j'entendais parlerdel'oeuvre de Piaget,del'oeuvre de Walloncommede chosesévidentesetimportantes.
Une fois directrice d'Ecole normale et
tout
en étant instructrice des CEMEA,ceslectures-lasesontfaites defaçonplussystématique. J'avaislu
également lesouvrages de Roger Gai. J'ai rencontréLouisLegrand quandil
estarrivéàl'INRP. Undesesouvrages, Pourunepédagogie de l'étonnement,m'abeaucoup marquée.L'on retrouved'ailleurscesidées dans ce quej'ai
écrit plus tard dans Pour unepédagogie de l'éveil.Au
momentoùl'éditeurmel'avaitdemandé,j'avaismêmeeubeaucoup de scrupulesàécrirecelivre,parcequejetrouvaisqu'il y avaitdéjàtoutdans Pourunepédagogie de l'étonnement,y
compris la notion d'éveil même.Donc,j'ai lu toute l'oeuvredePiaget,toutel'oeuvredeWallon.J'entre¬
tenaisdesrapportstrèsfortsavecleswalloniens,notammentàtraversles CEMEA, aux détours de conversations avec Germaine Le Guillant, épousedeLouisLeGuillant.C'estpar elle quej'airencontréplus tard JacquelineNadel, maisj'étaisdéjàencontactavectoutescespersonnes quiseréclamaientdelapenséedeWallon,dePiagetaussi.Jen'aijamais vu(et jel'ai écrittrèssouvent)decontradictionfondamentale entreces
deux grandshommesqui ontapportél'éclairagescientifiquenécessaire à l'Education nouvelle, mais au contraire j'ai noté beaucoup de convergences.J'estimequecesontplutôt leurssuccesseursqui ont voulu creuser lesdifférencesd'ordrepolitiqueetidéologiquequin'ont rienà
voir
avecleur
oeuvre scientifique. Leur lecture a donné des assisesd'ordre
psychologique,d'ordrescientifique,àla façon dont j'abordais l'éducation, eten particulier pour éclairermonchoix, car il existe un choixéthiquedel'Educationnouvelleetdel'éducationactiveparrap¬portàd'autresthèsessurl'éducation.
DE LA PÉDAGOGIE À LA POÉSIE
AprèsPiaget,Wallon,
il y
eutdesrencontresaussitrèsfortesqui vont peut-être paraîtreétonnantes. Lefaitd'avoirétéimpliquéedèsledébut dans les recherches concernant la rénovation de l'enseignement dufrançais,la commissiondite «Rouchette» (dontles travaux sontanté¬
rieursàla commission Emmanuel), dèsl'arrivée de Louis Legrand à
l'INRP,m'afaitrencontrerdeshommesquisont devenus de trèsgrands amis comme GeorgesJean.A
partir
de là,j'ai lulespoètescontemporains avecavidité,joie,plaisir,recherche deréconfort,espoirde consonance.Jeréfléchissaissurl'approche poétiquedelalangueavecGeorgesJean, LouisLegrand et HélèneRomian. Jeme suis miseà êtreunegrande lectrice de poésiecontemporaine.Lalecture de Francis Pongequiest,je trouve,un maître «ès-poétique pédagogique»,m'abeaucoupenrichie.Je
l'exprime d'ailleursdansun
petit
ouvragequi s'intitule Pour l'expres¬sion:lalecture deF.Pongeestunemined'inventionspédagogiques,de situationspédagogiques. Des poètescomme René Char, Ronsard, les grandsclassiques,maisaussidesauteursmalheureusementmoinscon¬
nus commeP.Reverdyconstituentuneautre rencontre.Cen'estplusla philosophie qui guidealors mes lectures ; c'est la rencontre entre la poésie etlapédagogie.
Mongoûtpourlapoésie,
pour
lalecture des poèmesencontinu,les besoins delarénovationdel'enseignementdufrançaiset mesrecherches personnelles, m'ont fait découvrir Tardieu, Saint-John Perse et bien d'autres.J'aibeaucoup demal à fairedesdistinctionsentrecequi est passionprofessionnelleetcequiestpassionpersonnelleetintellectuelle.Lesdeuxaspectsont toujoursétéintimementliésdansmon existence. J'ai faitlechoix delaphilosophie,del'éducationetdelapédagogie,etdonc trèstôtégalementj'aidécidé dedevenir directriced'Ecolenormale
plutôt
qued'enseignerlaphilosophiepure. Ma rencontreaveclapoésie s'est faite d'abord à travers les rencontres d'amis, d'amitié, de relations interpersonnelles.Lesdiverses lectures conseilléesparlesuns, parles autres sont importantes pour la vie personnelle comme pour la vie professionnelle.Jene sais pasfairedepartage;c'est,jecrois,cequedisait un peu Andréde Peretti dans son itinéraire de lecture. Littératureet poésie sontaussi descompléments delaphilosophie.Jetrouvedans la poésieénormément depensée.Jenesuispaslapremièrephilosopheàfairecettedécouverte.Iln'estqu'à lireBachelardquiabeaucoupinspiré cequej'ai écritsurlapédagogie del'éveil.
J'aidécouvert Bachelardlorsquej'étaisétudianteenphilosophie,car monmaître Raphaël Lévêqueétaitungrand bachelardien. Bachelardlui- même
dit
danssesouvragessurlapoésiequelesphilosophesy
trouvent uneprofondeurdepenséeparlesdétours de lalangue elle-même. Leplaisir
delireetdegoûterlalangueoffrentuneprofondeur,une occasion deréflexionànulleautrepareille,quiesttoutà faitd'ordre philosophi- français,la commissiondite «Rouchette» (dontles travaux sontanté¬rieursàla commission Emmanuel), dèsl'arrivée de Louis Legrand à
l'INRP,m'afaitrencontrerdeshommesquisont devenus de trèsgrands amis comme GeorgesJean.A
partir
de là,j'ai lulespoètescontemporains avecavidité,joie,plaisir,recherche deréconfort,espoirde consonance.Jeréfléchissaissurl'approche poétiquedelalangueavecGeorgesJean, LouisLegrand et HélèneRomian. Jeme suis miseà êtreunegrande lectrice de poésiecontemporaine.Lalecture de Francis Pongequiest,je trouve,un maître «ès-poétique pédagogique»,m'abeaucoupenrichie.Je
l'exprime d'ailleursdansun
petit
ouvragequi s'intitule Pour l'expres¬sion:lalecture deF.Pongeestunemined'inventionspédagogiques,de situationspédagogiques. Des poètescomme René Char, Ronsard, les grandsclassiques,maisaussidesauteursmalheureusementmoinscon¬
nus commeP.Reverdyconstituentuneautre rencontre.Cen'estplusla philosophie qui guidealors mes lectures ; c'est la rencontre entre la poésie etlapédagogie.
Mongoûtpourlapoésie,
pour
lalecture des poèmesencontinu,les besoins delarénovationdel'enseignementdufrançaiset mesrecherches personnelles, m'ont fait découvrir Tardieu, Saint-John Perse et bien d'autres.J'aibeaucoup demal à fairedesdistinctionsentrecequi est passionprofessionnelleetcequiestpassionpersonnelleetintellectuelle.Lesdeuxaspectsont toujoursétéintimementliésdansmon existence. J'ai faitlechoix delaphilosophie,del'éducationetdelapédagogie,etdonc trèstôtégalementj'aidécidé dedevenir directriced'Ecolenormale
plutôt
qued'enseignerlaphilosophiepure. Ma rencontreaveclapoésie s'est faite d'abord à travers les rencontres d'amis, d'amitié, de relations interpersonnelles.Lesdiverses lectures conseilléesparlesuns, parles autres sont importantes pour la vie personnelle comme pour la vie professionnelle.Jene sais pasfairedepartage;c'est,jecrois,cequedisait un peu Andréde Peretti dans son itinéraire de lecture. Littératureet poésie sontaussi descompléments delaphilosophie.Jetrouvedans la poésieénormément depensée.Jenesuispaslapremièrephilosopheàfairecettedécouverte.Iln'estqu'à lireBachelardquiabeaucoupinspiré cequej'ai écritsurlapédagogie del'éveil.
J'aidécouvert Bachelardlorsquej'étaisétudianteenphilosophie,car monmaître Raphaël Lévêqueétaitungrand bachelardien. Bachelardlui- même
dit
danssesouvragessurlapoésiequelesphilosophesy
trouvent uneprofondeurdepenséeparlesdétours de lalangue elle-même. Leplaisir
delireetdegoûterlalangueoffrentuneprofondeur,une occasion deréflexionànulleautrepareille,quiesttoutà faitd'ordre philosophi-que. Paul Ricoeur le
dit
aussidans ses premières oeuvrescomme La philosophiedelavolontéoùil
prend comme exemples destextesde poésie oudetragiquesgrecs.Jetrouveenlisantdespoèmesuneréflexionde type philosophiquequim'agrée deplusenplus:setrouventréuniesàla foisl'émotionqueprocurelalecturemêmedestextespoétiques et,au- delà decetteémotion, une instanceou des instances deréflexiontrès approfondiessur lesgrandsthèmesphilosophiquesdu
temps,de l'éter¬nité,dela passion,de lavolonté,
bref
surtoutel'existence.AU CUR
DE LA RECHERCHE PÉDAGOGIQUE
Lapériodeoù
j'ai
eularesponsabilité del'INRPfut
pourmoiune ère dejoie parce quejeconnaissaisl'Institut
poury
avoirété«enseignante associée»,aumomentoù L.Legrandétaitdirecteurscientifique.C'était donc une très grande satisfactionpour
moi.Cequi m'est apparuicien tant que lectrice, c'est leplaisirimmense d'êtreaucur
même de la productiondetextesdepédagogie et de rechercheenéducation, devoir
lanaissancedecestextes,d'êtredansl'endroit
oùjepouvaisleslire
«tout frais», «tout neufs», merveilleusement intéressants. Cette impression d'êtreaucur
mêmedeslectures, desarticlesquiseproduisents'accom¬pagnaitenmêmetempsd'amertume devant la méconnaissancedont sontsouvent entouréscestextes.
Alors
là, meslecturesontété,jepourrais dire, uniquement«professionnelles».Jeprends beaucoup deplaisir
àlire
la Revuefrançaisede pédagogie, encore maintenant queje ne suis plus Directeurdel'INRP.Jelisaistouslesmanuscritsqui sortaient de cette maison,desrevues existantes ou des revues quej'ai
ouvertes comme Recherche et Formation ou des collections que j'ai fait naître comme«RencontresPédagogiques»ou«Rapports derecherches».Pendant cette période,meslecturessesont«réduites».Maislemotn'est pasbon
du
tout, leslectures de directeurde l'INRP sont àla fois uneobligation professionnelle etunenrichissementfabuleux.Pouvoirêtrelà,aucoeur même decesécrits,estunechancequejetrouve extraordinaire.Jen'aipasperçu cette productioncommeuniforme.Parmi tousces écrits,j'ai particulièrement suivi et aimé la succession destravaux de Jean-PierreAstolfiet
j'ai
présidéàlanaissancede larevue Asterqui m'a beaucoupplu
parcequej'avaistravaillésur la pédagogie del'éveiletsur«l'éveilscientifique». J'aitoujoursbeaucoup appréciél'ensemble dece
qui sortait de
l'Institut.
Ce qui m'a personnellement touchée c'est le que. Paul Ricoeur ledit
aussidans ses premières oeuvrescomme La philosophiedelavolontéoùil
prend comme exemples destextesde poésie oudetragiquesgrecs.Jetrouveenlisantdespoèmesuneréflexionde type philosophiquequim'agrée deplusenplus:setrouventréuniesàla foisl'émotionqueprocurelalecturemêmedestextespoétiques et,au- delà decetteémotion, une instanceou des instances deréflexiontrès approfondiessur lesgrandsthèmesphilosophiquesdu
temps,de l'éter¬nité,dela passion,de lavolonté,
bref
surtoutel'existence.AU CUR
DE LA RECHERCHE PÉDAGOGIQUE
Lapériodeoù
j'ai
eularesponsabilité del'INRPfut
pourmoiune ère dejoie parce quejeconnaissaisl'Institut
poury
avoirété«enseignante associée»,aumomentoù L.Legrandétaitdirecteurscientifique.C'était donc une très grande satisfactionpour
moi.Cequi m'est apparuicien tant que lectrice, c'est leplaisirimmense d'êtreaucur
même de la productiondetextesdepédagogie et de rechercheenéducation, devoir
lanaissancedecestextes,d'êtredansl'endroit
oùjepouvaisleslire
«tout frais», «tout neufs», merveilleusement intéressants. Cette impression d'êtreaucur
mêmedeslectures, desarticlesquiseproduisents'accom¬pagnaitenmêmetempsd'amertume devant la méconnaissancedont sontsouvent entouréscestextes.
Alors
là, meslecturesontété,jepourrais dire, uniquement«professionnelles».Jeprends beaucoup deplaisir
àlire
la Revuefrançaisede pédagogie, encore maintenant queje ne suis plus Directeurdel'INRP.Jelisaistouslesmanuscritsqui sortaient de cette maison,desrevues existantes ou des revues quej'ai
ouvertes comme Recherche et Formation ou des collections que j'ai fait naître comme«RencontresPédagogiques»ou«Rapports derecherches».Pendant cette période,meslecturessesont«réduites».Maislemotn'est pasbon
du
tout, leslectures de directeurde l'INRP sont àla fois uneobligation professionnelle etunenrichissementfabuleux.Pouvoirêtrelà,aucoeur même decesécrits,estunechancequejetrouve extraordinaire.Jen'aipasperçu cette productioncommeuniforme.Parmi tousces écrits,j'ai particulièrement suivi et aimé la succession destravaux de Jean-PierreAstolfiet
j'ai
présidéàlanaissancede larevue Asterqui m'a beaucoupplu
parcequej'avaistravaillésur la pédagogie del'éveiletsur«l'éveilscientifique». J'aitoujoursbeaucoup appréciél'ensemble dece
qui sortait de
l'Institut.
Ce qui m'a personnellement touchée c'est letravail surl'histoire
du
féminisme réaliséparleDépartementdel'His¬toiredel'Educationetle Musée del'Educationassociés,lequelmuséea,
pour
lapremièregrandeexpositionsurl'«Educationdesfilles»auMusée de Rouen,sortiunpetit
opuscule,portantcetitre.J'aiaiméégalement L'Enfant et la machine parce que les textesinitiaux
étaient tout àfait
remarquables, demême que lestextesqui, surcemême thème,étaient écritsparJeanChabal etleschercheursdu Département desEnseigne¬ments technologiques. J'ai beaucoup apprécié aussi des travaux sur l'ouverturedel'écoledont
il
estquestion dans leColloque surleParte¬nariat, le numéro de Rencontres Pédagogiques
d'
Annette Gonnin, des chosessimples maisquisontenmêmetempssérieuseset scientifiquement démontrées. DanscetInstitut
derecherche, lesconclusions,lesproposi¬tionssortenttroptôtpourêtrebien utilisées;c'estdixansplustard que l'onserendcompte,parexemple, que lepartenariatestimportant,que la pédagogie interactive est importante, que lesjeunes enfants «côté CRESAS»,c'estimportant.Jen'aipaseudepréférences,j'aiétéfascinée, passionnée par des naissances, des genèses. J'aime bien
l'innovation
pédagogique,j'aimebienl'innovation tout court.Dansles
dix
dernièresannées, leslecturesqui m'ontleplus enrichie sont celles des textes de François Audigier. J'y trouve une richesse conceptuelle,reflexive,untravaildefond bienplusquepartout ailleursà l'extérieur de l'Institut. Quand je lis maintenant les ouvrages de personnes que j'apprécie beaucoup, j'y trouve surtout l'écho d'une réflexion collective
qui
a été vécue à l'INRP,y
compris à travers les articles de la Revuefrançaisedepédagogie: touteunecontinuité, surcet immense enjeuqu'est«l'éducationauxdroitsdel'homme».Désormais, lorsquejelislesouvrages récents deL.Legrand, de A. Prost,jeretrouve des idées auxquelles j'ai travaillé moi-même, pour lesquelles je me réjouisd'avoir
étépartenaire, maisjene trouveplus quedeséchoset quelquefois des échos que j'apprécie moins que les premiers écrits, mêmes'ils étaient sous forme d'articles. J'ai assisté à la genèse d'un certainnombred'idées nouvellessurl'éducationcivique,sur l'éducation auxvaleurs ainsi quesurlesDroitsdel'Homme.Toute cette recherche prodigieuseest néeàl'Institut.
travail surl'histoire
du
féminisme réaliséparleDépartementdel'His¬toiredel'Educationetle Musée del'Educationassociés,lequelmuséea,
pour
lapremièregrandeexpositionsurl'«Educationdesfilles»auMusée de Rouen,sortiunpetit
opuscule,portantcetitre.J'aiaiméégalement L'Enfant et la machine parce que les textesinitiaux
étaient tout àfait
remarquables, demême que lestextesqui, surcemême thème,étaient écritsparJeanChabal etleschercheursdu Département desEnseigne¬ments technologiques. J'ai beaucoup apprécié aussi des travaux sur l'ouverturedel'écoledont
il
estquestion dans leColloque surleParte¬nariat, le numéro de Rencontres Pédagogiques
d'
Annette Gonnin, des chosessimples maisquisontenmêmetempssérieuseset scientifiquement démontrées. DanscetInstitut
derecherche, lesconclusions,lesproposi¬tionssortenttroptôtpourêtrebien utilisées;c'estdixansplustard que l'onserendcompte,parexemple, que lepartenariatestimportant,que la pédagogie interactive est importante, que lesjeunes enfants «côté CRESAS»,c'estimportant.Jen'aipaseudepréférences,j'aiétéfascinée, passionnée par des naissances, des genèses. J'aime bien
l'innovation
pédagogique,j'aimebienl'innovation tout court.Dansles
dix
dernièresannées, leslecturesqui m'ontleplus enrichie sont celles des textes de François Audigier. J'y trouve une richesse conceptuelle,reflexive,untravaildefond bienplusquepartout ailleursà l'extérieur de l'Institut. Quand je lis maintenant les ouvrages de personnes que j'apprécie beaucoup, j'y trouve surtout l'écho d'une réflexion collective
qui
a été vécue à l'INRP,y
compris à travers les articles de la Revuefrançaisedepédagogie: touteunecontinuité, surcet immense enjeuqu'est«l'éducationauxdroitsdel'homme».Désormais, lorsquejelislesouvrages récents deL.Legrand, de A. Prost,jeretrouve des idées auxquelles j'ai travaillé moi-même, pour lesquelles je me réjouisd'avoir
étépartenaire, maisjene trouveplus quedeséchoset quelquefois des échos que j'apprécie moins que les premiers écrits, mêmes'ils étaient sous forme d'articles. J'ai assisté à la genèse d'un certainnombred'idées nouvellessurl'éducationcivique,sur l'éducation auxvaleurs ainsi quesurlesDroitsdel'Homme.Toute cette recherche prodigieuseest néeàl'Institut.
UNE PHILOSOPHIE DE L'ÉDUCATION
À LA FOIS UN PROJET ET UN ENGAGEMENT
Parmileslecturesrécentesquim'ontleplusbouleversée,figureSoi- mêmecommeunautre,ledernier ouvragedephilosophiedePaul Ricoeur.
Dansce
livre
onretrouve,justement, lapédagogiedesdroitsdel'homme,l'éthique
etàpartir
delà,enremontantdanstoutel'!uvre
deRicoeur,ondevrait pouvoir
construireunephilosophiedel'éducation.Jesuis hantée parcette idée.Philippe Meirieupartageavecmoicetespoir. Ph.Meirieu etmoiavons des idées convergentes alorsque nous avonsdesitinéraires différents.Jenesaispaslequel denousarriveraàfairecette mais peuimporte,pourvu
qu'ellesoitfaite. Doncil y
aquelquechosedejuste dans «ma» façon delire
P.Ricoeur. Cettephilosophieesttrèscontempo¬raine:cette
uvre
offre unéclairagedesdroitsdel'homme,del'éthique, puisdel'éducation.A
l'INRPetavecquelqu'und'aussi précisetrigou¬reux queFrançois Audigier, nous avons pu mettre sur pied quelque chosederationnel,de cohérent, detrèspédagogique, detrèséducatifsur cesquestions
qui
forment«la»grandequestiondumoment.L'éducationaux droitsdel'homme, Ricoeurcomme philosophe de l'éducation, constituent un horizonauquel je tiens beaucoup, mêmesi par ailleurs
j'ai
d'autreschantiersd'écriture surlesmouvementspédago¬giques.Maiscela,c'est
plutôt
pourque lamémoireneseperdepas,lecôté neuf étantdansl'écriture.C'estmoinsl'histoire
desmouvementspéda¬gogiques
d'aujourd'hui
quejetente defaireque la miseenévidencedes valeurs,desidéesfortescommunesàtouslesmouvementspédagogi¬ques.Jemerefuseàenfairel'histoire, mouvementparmouvement, car présidantconfédéralementla JPA (Jeunesseauplein air),jemesenstrès prochede chacund'euxetdesidéescommunes,
y
comprisdecellesdes Eclaireurs de France. Ceux-ci ont influencéla naissance des Centres d'entraînementaux méthodesd'éducationactive,onteudesrapports avectouslesautres mouvements,voilà un mouvement quiasuscitédes pionniers!Jeneferaipasl'histoire mouvement par mouvementmaisje montreraiplutôt
cequiestpermanent,cequi résisteau temps etreste valableaujourd'hui.Le
fait
d'êtreengagéedanslaville
nouvelled'Hérouville-Saint-Clair estpour
moilaréalisationdecertainsaspectsd'une utopieéducative et culturelle,etmedonnelajoiedepouvoir
faireprofitermesconcitoyens delaréflexionpédagogique, éducative,culturelle,del'expérienceper¬sonnelle-professionnelle que j'avais acquise quand on est venu me
UNE PHILOSOPHIE DE L'ÉDUCATION
À LA FOIS UN PROJET ET UN ENGAGEMENT
Parmileslecturesrécentesquim'ontleplusbouleversée,figureSoi- mêmecommeunautre,ledernier ouvragedephilosophiedePaul Ricoeur.
Dansce
livre
onretrouve,justement, lapédagogiedesdroitsdel'homme,l'éthique
etàpartir
delà,enremontantdanstoutel'!uvre
deRicoeur,ondevrait pouvoir
construireunephilosophiedel'éducation.Jesuis hantée parcette idée.Philippe Meirieupartageavecmoicetespoir. Ph.Meirieu etmoiavons des idées convergentes alorsque nous avonsdesitinéraires différents.Jenesaispaslequel denousarriveraàfairecette mais peuimporte,pourvu
qu'ellesoitfaite. Doncil y
aquelquechosedejuste dans «ma» façon delire
P.Ricoeur. Cettephilosophieesttrèscontempo¬raine:cette
uvre
offre unéclairagedesdroitsdel'homme,del'éthique, puisdel'éducation.A
l'INRPetavecquelqu'und'aussi précisetrigou¬reux queFrançois Audigier, nous avons pu mettre sur pied quelque chosederationnel,de cohérent, detrèspédagogique, detrèséducatifsur cesquestions
qui
forment«la»grandequestiondumoment.L'éducationaux droitsdel'homme, Ricoeurcomme philosophe de l'éducation, constituent un horizonauquel je tiens beaucoup, mêmesi par ailleurs
j'ai
d'autreschantiersd'écriture surlesmouvementspédago¬giques.Maiscela,c'est
plutôt
pourque lamémoireneseperdepas,lecôté neuf étantdansl'écriture.C'estmoinsl'histoire
desmouvementspéda¬gogiques
d'aujourd'hui
quejetente defaireque la miseenévidencedes valeurs,desidéesfortescommunesàtouslesmouvementspédagogi¬ques.Jemerefuseàenfairel'histoire, mouvementparmouvement, car présidantconfédéralementla JPA (Jeunesseauplein air),jemesenstrès prochede chacund'euxetdesidéescommunes,
y
comprisdecellesdes Eclaireurs de France. Ceux-ci ont influencéla naissance des Centres d'entraînementaux méthodesd'éducationactive,onteudesrapports avectouslesautres mouvements,voilà un mouvement quiasuscitédes pionniers!Jeneferaipasl'histoire mouvement par mouvementmaisje montreraiplutôt
cequiestpermanent,cequi résisteau temps etreste valableaujourd'hui.Le
fait
d'êtreengagéedanslaville
nouvelled'Hérouville-Saint-Clair estpour
moilaréalisationdecertainsaspectsd'une utopieéducative et culturelle,etmedonnelajoiedepouvoir
faireprofitermesconcitoyens delaréflexionpédagogique, éducative,culturelle,del'expérienceper¬sonnelle-professionnelle que j'avais acquise quand on est venu me
demandersijesavais«cequec'était,desécolesouvertes».Monengage¬
mentestvenu delapédagogie, demapassionpourlapédagogie.
Il
est rared'avoirun engagementpolitiqueàpartirdelapédagogie.Apartir delàj'ai puréaliser,choseinouïepourunpédagoguethéoriciencomme moi, uncertainnombredechosesdurables, mêmesilesréalitésnesont jamaisàlahauteurdesthéories. Majoie demaire-adjointd'Hérouville-
Saint-Clairaétédepouvoirfaire bénéficier mes concitoyens detoutela réflexion conduiteàl'INRP surladécentralisation,d'apporter untémoi¬gnagecommeacteur-chercheuràdesrecherchesquisefontsurleterrain etquiaboutissentàl'idéed'espaceéducatifconcerté.
Francine
BESTDirecteurdel'INRPde1982à1988 Inspectrice généraledel'Éducationnationale
demandersijesavais«cequec'était,desécolesouvertes».Monengage¬
mentestvenu delapédagogie, demapassionpourlapédagogie.
Il
est rared'avoirun engagementpolitiqueàpartirdelapédagogie.Apartir delàj'ai puréaliser,choseinouïepourunpédagoguethéoriciencomme moi, uncertainnombredechosesdurables, mêmesilesréalitésnesont jamaisàlahauteurdesthéories. Majoie demaire-adjointd'Hérouville-
Saint-Clairaétédepouvoirfaire bénéficier mes concitoyens detoutela réflexion conduiteàl'INRP surladécentralisation,d'apporter untémoi¬gnagecommeacteur-chercheuràdesrecherchesquisefontsurleterrain etquiaboutissentàl'idéed'espaceéducatifconcerté.
Francine
BESTDirecteurdel'INRPde1982à1988 Inspectrice généraledel'Éducationnationale
TRIBULATIONS ET HORIZONS
DU CHERCHEUR EN MILIEU UNIVERSITAIRE
Pierre Dominice
La
recherchefait partie
de laformation universitaire
et lemétier d'enseignant universitaire
vadepair
aveccelui de chercheur. Pour
Piaget, laformation
depsychologue était une formation de chercheur
etsespublications, de même que
sesenseignements,s'appuyaient toujours sur
desrecherchesen cours.
Cemodèle amarqué mesétudesetdemeureexemplaire. Bien que tenté,aprèsun tempsd'activitéprofessionnelleconsacré à
l'animation
degroupesdejeunes,d'orientermondoctoratdanscecourantdepensée, j'aipréféréopterpour un travail intellectueldavantageaxésur l'éduca¬tion,etsingulièrementlaformationdesadultes.L'univers scientifique del'épistémologiegénétiquem'attirait,maisnemeconvenaitpas vrai¬
ment.Jen'avaispasenvie derejoindreune«Ecoledepensée»avecson Maître, ses barons et ses jeunes loups. L'action directe, le contexte d'intervention,laconfrontationavecdesinterlocuteursdequalitécons¬
tituaientdesdimensionsdontmaréflexionavaitbesoin
pour
progresser.De mes premières études en théologie protestante, j'avais gardé la perspective del'engagement intellectuel. La pensées'inscrit dans une viséeéthique;elle
doit
êtreauservicedel'action.Commelaplupart
des intellectuels dema génération, j'avais également apprisdu marxisme que le changement résulte desluttes socialesetnondu triomphe des idées.Itinérairesderechercheai
Perspectivesdocumentairesenéducation,n°29,1993
TRIBULATIONS ET HORIZONS
DU CHERCHEUR EN MILIEU UNIVERSITAIRE
Pierre Dominice
La
recherchefait partie
de laformation universitaire
et lemétier d'enseignant universitaire
vadepair
aveccelui de chercheur. Pour
Piaget, laformation
depsychologue était une formation de chercheur
etsespublications, de même que
sesenseignements,s'appuyaient toujours sur
desrecherchesen cours.
Cemodèle amarqué mesétudesetdemeureexemplaire. Bien que tenté,aprèsun tempsd'activitéprofessionnelleconsacré à
l'animation
degroupesdejeunes,d'orientermondoctoratdanscecourantdepensée, j'aipréféréopterpour un travail intellectueldavantageaxésur l'éduca¬tion,etsingulièrementlaformationdesadultes.L'univers scientifique del'épistémologiegénétiquem'attirait,maisnemeconvenaitpas vrai¬
ment.Jen'avaispasenvie derejoindreune«Ecoledepensée»avecson Maître, ses barons et ses jeunes loups. L'action directe, le contexte d'intervention,laconfrontationavecdesinterlocuteursdequalitécons¬
tituaientdesdimensionsdontmaréflexionavaitbesoin
pour
progresser.De mes premières études en théologie protestante, j'avais gardé la perspective del'engagement intellectuel. La pensées'inscrit dans une viséeéthique;elle
doit
êtreauservicedel'action.Commelaplupart
des intellectuels dema génération, j'avais également apprisdu marxisme que le changement résulte desluttes socialesetnondu triomphe des idées.Itinérairesderechercheai
Perspectivesdocumentairesenéducation,n°29,1993
Il
m'adoncfalludes annéesavantd'opter
professionnellementpour l'Université
etsurtoutdecéderàl'obligation
d'unethèsededoctorat.Si jen'avaispaschoisi ledomainedel'éducation,jen'auraisprobablement jamaisfait
cechoix.Si,parailleurs,jen'avaispaspoursuivimesétudes à Paris et à New-York, je n'aurais jamais saisi les enjeux du travail intellectuel.La recherchescientifiquen'est que peu valorisée enSuisse; elleestmême méprisée encequiconcerneles sciences sociales.L'intel¬lectuel
n'y
a pas vraiment de place, à moinsqu'il
se conforme aux exigencesdupouvoir
ouserésolveàrejoindrelecampdesartistes.Les Sciencesdel'éducationbénéficientàcetégardd'un
héritageparticulier,dû
notammentàla contributiond'universitairescomme Claparède et Piaget,qui ontacquisuneforteréputation internationaleetsontrestés proches del'évolutiondespratiques éducatives.LES PREMIERS PAS
OU LA RECHERCHE CONFRONTÉE
AU MODÈLE SCIENTIFIQUE
Mon
itinérairedechercheuradoncétéhabitéparunecontradiction quej'ai
tentéderésoudresansy
parvenir vraiment. Celle-cicomporte une tension, parfoisdifficile àvivre,entre deux pôles antinomiques:l'univers
scientifiquedelaproductionacadémiquefaceauximpératifs théoriquesspécifiques auxterrains del'éducationetl'exigencecritique detouteapprocheintellectuelleopposéeàunbesoinde reconnaissance sociale.Cesconflitssontsansdoutepartagéspardenombreuxuniversi¬taires enSciencesdel'éducation.
Il
n'est pas déshonorant delereconnaî¬tre.Jeseraismêmetentédedirequel'originalitéintellectuelle denombreux chercheurs enSciencesdel'éducationtientprécisémentàleur«indisci¬
pline» faceàla manièredontestsectionné,en disciplines,leterritoire scientifique.Lemanqued'appartenanceneprovoque-t-ilpasune errance créatricequiobligeàtrouversajuste place?
Ilest,dans touslescas,frappantde constater,aveclereculdes années, queriennem'a permisderésoudrevéritablementcescontradictions,ni le doctorat, ni la conduite de projets de recherche, ni la publication d'ouvragesoud'articles,ni un statutacadémique stableetreconnu. La spécificité de la recherche en formation d'adultes continue de poser problème, même si les acquis
du
travail effectué dans ce domaine permettentque desoptions méthodologiquessoientprécisées.Enrepre-Il
m'adoncfalludes annéesavantd'opter
professionnellementpour l'Université
etsurtoutdecéderàl'obligation
d'unethèsededoctorat.Si jen'avaispaschoisi ledomainedel'éducation,jen'auraisprobablement jamaisfait
cechoix.Si,parailleurs,jen'avaispaspoursuivimesétudes à Paris et à New-York, je n'aurais jamais saisi les enjeux du travail intellectuel.La recherchescientifiquen'est que peu valorisée enSuisse; elleestmême méprisée encequiconcerneles sciences sociales.L'intel¬lectuel
n'y
a pas vraiment de place, à moinsqu'il
se conforme aux exigencesdupouvoir
ouserésolveàrejoindrelecampdesartistes.Les Sciencesdel'éducationbénéficientàcetégardd'un
héritageparticulier,dû
notammentàla contributiond'universitairescomme Claparède et Piaget,qui ontacquisuneforteréputation internationaleetsontrestés proches del'évolutiondespratiques éducatives.LES PREMIERS PAS
OU LA RECHERCHE CONFRONTÉE
AU MODÈLE SCIENTIFIQUE
Mon
itinérairedechercheuradoncétéhabitéparunecontradiction quej'ai
tentéderésoudresansy
parvenir vraiment. Celle-cicomporte une tension, parfoisdifficile àvivre,entre deux pôles antinomiques:l'univers
scientifiquedelaproductionacadémiquefaceauximpératifs théoriquesspécifiques auxterrains del'éducationetl'exigencecritique detouteapprocheintellectuelleopposéeàunbesoinde reconnaissance sociale.Cesconflitssontsansdoutepartagéspardenombreuxuniversi¬taires enSciencesdel'éducation.
Il
n'est pas déshonorant delereconnaî¬tre.Jeseraismêmetentédedirequel'originalitéintellectuelle denombreux chercheurs enSciencesdel'éducationtientprécisémentàleur«indisci¬
pline» faceàla manièredontestsectionné,en disciplines,leterritoire scientifique.Lemanqued'appartenanceneprovoque-t-ilpasune errance créatricequiobligeàtrouversajuste place?
Ilest,dans touslescas,frappantde constater,aveclereculdes années, queriennem'a permisderésoudrevéritablementcescontradictions,ni le doctorat, ni la conduite de projets de recherche, ni la publication d'ouvragesoud'articles,ni un statutacadémique stableetreconnu. La spécificité de la recherche en formation d'adultes continue de poser problème, même si les acquis
du
travail effectué dans ce domaine permettentque desoptions méthodologiquessoientprécisées.Enrepre-nant quelques-unes des grandesétapesquiontmarquémon parcoursde chercheuruniversitaire,jevoudraisessayerderendrecomptedel'itiné¬
rairequiaétélemien, avec le souci
d'introduire
undébat,davantage que demeraconter,lapratique du récitdeviem'ayantfaitdécouvrirlaportée reflexived'une simple histoirede vie.Au momentoùj'aicomprisquesijen'entreprenaispasuneffort plus systématique de recherche, ma place d'assistant à
l'Université
était menacée, j'ai accepté d'associer l'élaboration de mon doctorat à la réalisationd'un
projetde recherche financéparleFondsNationaldela RechercheScientifique. Ce projet ambitieux, menéen groupe sous la direction de Mike Huberman, avait pour objectif de construire un modèle d'évaluation des effets dela formation continue. Le plan de recherche essayait de respecterles canonsd'un
modèle de recherche semi-expérimental.Nousavions sélectionné desinstrumentsde mesu¬res,prévudesgroupes decontrôleetdéfinidestraitementsstatistiques.
Nous avons toutefoisrencontréplusieurs obstacles dans
leur
mise en uvre. Il n'étaitpastoujoursévidentd'obtenirdesparticipants qu'ilsseplientauxprocéduresd'évaluationtellesqu'ellesavaientétéplanifiées.
Ladynamique propreauxsituations deformation bousculaitnosprévi¬
sionset, parfoismême, rendait inutilisables lesinstrumentsque nous avionsconstruits.Jemesuisdonc renducompteassezrapidementdes limitesdumodèleexpérimental, dansdes con textesdeformationd'adul¬
tesdans lesquels le contenu de l'enseignement ou les thèmes traités dépendent largement del'interactionquis'instaureentre leformateuret les participants. En terme d'évaluation, la mouvance de l'objet qui caractériselessituationsdeformationd'adultesrendquasimentimpos¬
sible toutedéterminationpréalabled'instruments,si l'on veut éviterce que d'aucunsdénoncent, à savoir queles résultats se restreignentau
produit
desmesures effectuées.Mais,enaccompagnant cette recherche de nombreuses lecturespro¬
venantnotammentdesmilieux anglo-saxons,c'estl'absencederessour¬
ces théoriques mobilisées par les démarches d'évaluation qui m'a principalement frappé. Nous étions enfermés dans un monde instrumental avant tout soumis aux critères devalidité de la mesure.
L'évaluation faisait le constat de changements de compréhension ou d'attitudechezdesadultessanssepréoccuper dedonneràcestransfor¬
mations une consistance conceptuelle ou sans les inscrire dans une
«théoriede laformation».11m'estnotammentapparu,dansle cadrede cette recherche, que l'absence d'effets à attribuer à un programme éducatif destiné à des enseignants, des animateurs ou des parents nant quelques-unes des grandesétapesquiontmarquémon parcoursde chercheuruniversitaire,jevoudraisessayerderendrecomptedel'itiné¬
rairequiaétélemien, avec le souci
d'introduire
undébat,davantage que demeraconter,lapratique du récitdeviem'ayantfaitdécouvrirlaportée reflexived'une simple histoirede vie.Au momentoùj'aicomprisquesijen'entreprenaispasuneffort plus systématique de recherche, ma place d'assistant à
l'Université
était menacée, j'ai accepté d'associer l'élaboration de mon doctorat à la réalisationd'un
projetde recherche financéparleFondsNationaldela RechercheScientifique. Ce projet ambitieux, menéen groupe sous la direction de Mike Huberman, avait pour objectif de construire un modèle d'évaluation des effets dela formation continue. Le plan de recherche essayait de respecterles canonsd'un
modèle de recherche semi-expérimental.Nousavions sélectionné desinstrumentsde mesu¬res,prévudesgroupes decontrôleetdéfinidestraitementsstatistiques.
Nous avons toutefoisrencontréplusieurs obstacles dans
leur
mise en uvre. Il n'étaitpastoujoursévidentd'obtenirdesparticipants qu'ilsseplientauxprocéduresd'évaluationtellesqu'ellesavaientétéplanifiées.
Ladynamique propreauxsituations deformation bousculaitnosprévi¬
sionset, parfoismême, rendait inutilisables lesinstrumentsque nous avionsconstruits.Jemesuisdonc renducompteassezrapidementdes limitesdumodèleexpérimental, dansdes con textesdeformationd'adul¬
tesdans lesquels le contenu de l'enseignement ou les thèmes traités dépendent largement del'interactionquis'instaureentre leformateuret les participants. En terme d'évaluation, la mouvance de l'objet qui caractériselessituationsdeformationd'adultesrendquasimentimpos¬
sible toutedéterminationpréalabled'instruments,si l'on veut éviterce que d'aucunsdénoncent, à savoir queles résultats se restreignentau
produit
desmesures effectuées.Mais,enaccompagnant cette recherche de nombreuses lecturespro¬
venantnotammentdesmilieux anglo-saxons,c'estl'absencederessour¬
ces théoriques mobilisées par les démarches d'évaluation qui m'a principalement frappé. Nous étions enfermés dans un monde instrumental avant tout soumis aux critères devalidité de la mesure.
L'évaluation faisait le constat de changements de compréhension ou d'attitudechezdesadultessanssepréoccuper dedonneràcestransfor¬
mations une consistance conceptuelle ou sans les inscrire dans une
«théoriede laformation».11m'estnotammentapparu,dansle cadrede cette recherche, que l'absence d'effets à attribuer à un programme éducatif destiné à des enseignants, des animateurs ou des parents