III. - EFFETS DU POURCENTAGE DE POMMES
ENSILÉES
DANS LE
RÉGIME
ALIMENTAIRE DUPORC,
SUR LADÉPENSE ALIMENTAIRE,
LA CROISSANCE ET LESQUALITÉS
DE CARCASSE
PAR
A. M LEROY S. Z. ZELTER
Pour résoudre le
problème
de larésorption
des excédents de fruits à cidre et rechercher les conditionsqui permettraient
d’en tirer le meil- leurparti possible
dans l’alimentationanimale,
nous avonspensé
que le porcpouvait
être un excellent utilisateur de cet aliment essentiellementglucidique.
En l’absence totale d’informations relatives à l’utilisation de pommes conservées parensilage,
nous nous sommes attachés à déterminer enparticulier
les limitesd’emploi
de celles-ci pour le porcen observant l’influence de doses croissantes de cet
ensilage
sur la crois-sance, la
dépense
alimentaire et laqualité
de la viandeproduite.
TECHNIQUE
EXPÉRIMENTALE
A. - Matériel animal.
Onze
portées
de 4porcelets
de races Danoise etI,arge
White ontété associées de
façon
à former des lotsde 4
individus semblables parl’origine,
le sexe et lepoids.
Ceux-ci ont étérépartis
dans les 4 X 4 casesqui pouvaient loger
l, 2, 3 ou 5sujets.
I,es croissances individuelles et les indices moyens de consommation des unités indivisibles ainsi crééesont d’abord été déterminés au cours d’une
période préliminaire
de 21jours.
Ces mesures nous ontpermis
de constituer selon la méthode decouples
4 groupescomparables
de m porcs(voir
tableauI),
cha-que
sujet
de l’un des groupes ayant soncorrespondant
dans chacun des trois autres.I,es
pourcentages
de matières sèches des pommes àexpérimenter ayant
été fixésthéoriquement
à 15, 20 et 25, les traitements suivantsont été affectés aux divers groupes par un
tirage
au sort effectué à l’issue de lapériode
d’observation.( 1
) Avec l’assistance technique de B. DUPONT et C. DUMAY.
En
fait,
lespourcentages
réels( 1 6,6,
2z,2 et2 6,6)
ont étélégèrement supérieurs
à ceux que nous avions fixés àpriori.
Une
période
de 15jours
d’accoutumance auxrégimes d’expérience
a
précédé
lapériode expérimentale, qui
apris
fin 7ojours après, lorsque
1
e poids
moyen d’unpremier
lot de porcs a atteint 93kg
environ.La
pesée
individuelle des animaux une fois par semaine dans des conditionsidentiques
nous apermis
de suivre l’évolution dugain
depoids.
B. - Alimentation.
Trois repas
journaliers (leur
durée a été limitée àvingt
minutespour la ration de référence et à
3/4
d’heure pour les rationsexpérimentales plus
volumineuses du fait de laprésence
depommes)
ont été distribuésaux animaux. Le rationnement a été
adapté
àl’appétit
et les consomma-tions
systématiquement
relevées. Un aliment de référence dit « de crois-sance » à 14,30 p. 100 de
protides digestibles
a été consommé par tous les groupes durant lapériode préliminaire
et par le lot-témoin(T o )
seule-ment
pendant
unepartie
de lapériode expérimentale jusqu’à
unpoids
moyen de 60
kg.
Il a étéremplacé,
ensuite, par un autreappelé
«d’engrais-
sement » moins riche en matières azotées
digestibles ( 11 , 5
p.100 ).
I,esformules
types
de ces deuxmélanges
alimentaires témoins utilisées au cours deplusieurs expériences
antérieuressemblables,
ont étéindiquées
dans nos
précédentes publications ( l , 2 ).
I,es
régimes expérimentaux comportaient :
des pommes à cidreensilées,
du concentré azoté dosant3 8
p. 100 deprotides digestibles
totaux et de
l’orge
moulue.L’ensilage
de pommes a étépréparé
avec unmélange
de trois variétés(Mettais,
Binet doré etI,ongbois)
et conservédepuis le 7 décembre 1954
sous une couche de marc frais de cidrerie dans une tranchée faite dans la terre
battue ;
il a été utilisé entre le 15 février et le 10 mai suivants.Au moment de sa consommation cet
ensilage
dosait en moyenne II,9 p. 100 de matière sèche(alcool inclus), 0 ,8
p. 100 d’acideacétique,
0,13 p. 100 d’acidelactique,
1,17 p. 100d’alcool,
et étaitexempt
d’acidebuty- rique.
Des
quantités
croissantes de pommes ainsi conservées ont été dis- tribuées de manière à maintenir sensiblement constants dans les rations dechaque
groupe, lespourcentages
de matière sècheprovenant
de cetensilage.
Une dose fixe
( 0 , 50 o g)
de concentré azoté(levure
dedistillerie
7 p. Ioo, tourteau d’arachide6 5
p. 100, farine de viande 12 p. 100, farine depois-
son 5 p. 100,
mélange
minéral m p.100 )
a été donnéejournellement
àchaque
porc avec les pommes. Desquantités d’orge
moulue consommées àpart
ontpermis d’adapter
la distribution de nourriture àl’appétit
des
sujets ;
ellescomplétaient
lesrégimes d’expérience.
Cette
façon
d’alimenter les animaux apermis
de fournir aux groupesexpérimentaux
desrégimes ayant
des teneurs enprotides digestibles,
cellulose
brute, phosphore
et calciuméquivalentes
à celles durégime
témoin
(T o ).
Lescaractéristiques
essentielles des aliments utilisés sontindiquées ci-après.
Une distribution bi-hebdomadaire d’huile de
poisson apportait
par
jour,
àchaque animal,
2500 U. I. de vitamine A et 330U. I. de vita- mineD,.
RÉSULTATS
A. - Consommation de nourriture.
Les animaux ont mis
près
dequinze jours
à s’habituerprogressi-
vement aux
pourcentages prévus
de matière sèche de pommes ensilées’ Plus lespourcentages
étaientimportants, plus
s’est trouvée réduitel’appétence
desrégimes.
Pourobliger
les porcs àingérer
la totalité des pommesqui
leur étaientdonnées,
il a fallu rationner sévèrementl’orge.
Durant la
première
semaine de lapériode expérimentale,
lesquantités journalières
de pommes absorbées dans les groupesE1 5 > E 20 et E2 5
ont
été
respectivement
de 2,0,2 ,6,
et3 ,6 kg ;
elles se sont élevées à 3,4, 4,2 et4
,8 kg
au cours de la dernière.Le manque
d’appétence
des rations à base de pommes conservées parensilage
a entraîné un abaissement sensible de la consommation de matièresèche, qui
aété,
de cefait,
nettement en dessous de celle dugroupe-témoin,
comme le montre le tableau III.B. -
Croissance, dépense
alimentaire etqualité
de carcasse.l,es données des tableaux IV, V et la
figure
ipermettent
de compa-rer l’influence des
régimes
contenant despourcentages
variables de pommes ensilées sur lacroissance,
ladépense alimentaire,
l’efficacité nutritive et lesqualités
de carcasse des divers groupes.I,’inégalité
durythme
de croissance n’a paspermis
d’abattre en find’expérience
danschaque
groupe, un nombre élevé etégal
de porcs depoids comparable.
Par cefait,
nous avons dû limiterl’épreuve d’abattage
aux seuls
sujets
dont lepoids
a atteint go à io5kg.
Ces derniers ont étéau nombre de 4 dans les groupes
T o
etF. 15 ,
et de deux dans ceuxE 20
etE 25 .
Les mensurations effectuées sur les carcasses sontindiquées
dans letableau V. Elles
permettent d’apprécier
le rendement de viande et l’étatd’engraissement
sous l’influence des diverstypes
derégimes.
Seulespeuvent
êtrecomparées
valablement entre elles les observations faitessur les lots
T o
etE l5 qui
ont eu un même nombre desujets
sacrifiés à despoids
sensiblement voisins. Les résultats des lotsE zo
et!25
ne sontrapportés qu’à
titreindicatif,
car ils sont moins nombreux et concernent des animaux abattus à unpoids
inférieur.DISCUSSION DES
RÉSULTATS
a)
Influence des pommes ensilées sur la croissance.Rappelons
que notredispositif expérimental
a été fondé sur la mé-thode de
couples.
Ceci rendpossible
lacomparaison
entre croissances moyennes individuelles dessujets
des groupesexpérimentaux (E 15’ E 20
et
E 25 )
et celles de leurshomologues
du groupe témoin(T o ), comparaison qui
fait ressortir que les porcs dont lerégime
renfermait1 6,6,
21,2 et2 6,6
p. 100 de matière sèche sous forme de pommes ensilées accusent une
croissance retardée
respectivement
de g,r, zi,3 et 20,4 p. 100. Cesécarts, qui
sontsignificativement
en défaveur des rationsexpérimentales (voir
tableau
VI) prouvent
que le ralentissement dugain
depoids
s’accentueavec l’élévation du
pourcentage
de pommes introduites dans le ré-gime.
En consultant le tableau III, on remarque que :
- les teneurs de toutes les rations
consommées,
enprotides diges- tibles,
encellulose,
en calcium et enphosphore
étaientpratiquement équivalentes ;
- les doses
journalières
moyennes de calcium( 27 , 4 g)
et dephos- phore ( 11 ,8 g)
absorbées par les porcs du groupeE 25 qui
aingéré
laplus
faible
quantité
de matièresèche, dépassaient largement
les minimarequis
selon les normesclassiques ;
- la consommation
quotidienne
moyenne de nourriture s’abaissait d’autantplus
que lepourcentage
de pommesincorporées
dans lerégime augmentait :
dans les groupesE 15’ E 20
etE 25’
lesabsorptions respectives
de matière sèche ne
représentent
que 77,4 p. 100, 7a,o p. 100 et 70,o p. 100 de celleenregistrée
dans le groupeT o , qui
ne recevait pas de pommes.Ce dernier fait constitue incontestablement la cause essentielle de l’abais- sement du
gain
depoids
des animaux dont les rations contenaient l’ali- mentexpérimenté.
Sachant que la masse de
liquide
estsusceptible
de réduire la capa- citéd’absorption
de1nourriture chez le porc, il est vraisemblable que si les pommes distribuées avaient été moins aqueuses(88, 1
p. ioo d’humi-dité)
et n’avaient pas contribué àaugmenter exagérément
le volumedes
rations,
ainsi quel’inappétence,
lesingestions
de matière sèche dessujets expérimentaux
se seraient maintenues à un niveauplus élevé ;
dans ce cas, la croissance aurait donc été meilleure. On
peut,
dèslors,
supposer
qu’avec
une ration à1 6,6
p. 100 de matière sèche de fruitsplus
riches en substancenutritive,
legain
depoids
ne serait passignifica-
tivement différent de celui observé avec le
régime
témoin.Si l’on compare, d’autre
part,
les résultats del’épreuve d’abattage (tableau V),
on constate pour des porcs à croissanceéquivalente,
sacrifiésau même
poids,
que laprésence
dans lerégime,
de pommes conservéespar
ensilage,
améliore nettement laqualité
de la carcasse.b)
Effet sur l’indice de consommation.I,’efficacité nutritive des
régimes expérimentaux paraît,
enrevanche, supérieure
à celle durégime exempt
de pommes. Pour les groupes!15 , E
20
etE25’
les indices de consommation de matière sèche sont,respecti-
vement, de
3 , 0 8,
3,33 et3 ,z8 kg,
contre3 ,68 kg
pour le groupe témoinT o (tableau IV). I,’incorporation
de cet aliment semble donc avoir amélioré l’utilisationénergétique
des éléments des rationsexpérimentales, puisque
l’indice de consommation des animaux
qui
les ont reçues a fléchi de 9,4 p. 100au moins(!20)
et de1 6,6
p. 100 auplus (!15). Ceci laissant supposer
une valeur
énergétique particulièrement
élevée pour la matière sèche de pommes, il nous a paru intéressant de la calculer àpartir
de nos mesuresexpérimentales,
selon une méthode indirectedéjà employée
par nous dans d’autres étudesanalogues ( 1 , 2 ). D’après
cecalcul,
la valeur nutri- tive dukg
de matière sèche de pommes consommées par les groupesE i g,
E
20
etE 25
s’élèveraitrespectivement
à2 , 1 8,
1,77 et1 , 7 8
unités fourra-gères.
Cesdonnées, particulièrement fortes, surprennent
d’autantplus qu’elles
concernent un alimentqui
aperdu,
au cours de la fermentationen
silo,
lamajeure partie
de son sucre dont l’assimilabilité est très élevée.On doit leur opposer, d’une
part
le résultat nettementplus
faible( 1 , 1 86
u.
f.),
observé endigestibilité
directe chez le mouton pour des pommes à l’état frais(voir
mémoireII),
et d’autrepart,
la valeur maximum( 1 ,47
u.
f.) qui
découlerait de lacomposition chimique
de l’aliment étudié si l’on admettait que l’utilisationdigestive
de ses constituants étaitintégrale
chez le porc.On
peut
évidemtnent supposer que les valeurs discutées aient puse trouver « surévaluées », car elles ont été déduites d’un indice de con-
sommation
hypothétique
admis pour un lot témoinqui, ayant produit
des carcasses
plus
grasses que les groupes nourris avec des pommes, a eu desdépenses énergétiques plus
élevées. A moins que leurexplication
ne doive être recherchée
partiellement
dans uneprésence éventuelle,
dans nos pommesqui
ont subi une intense fermentationalcoolique,
defacteurs non
identifiés,
stimulant la croissance(?),
comme l’ontsignalé
récemment CoaiBS et coll.
( 3 )
pour des solublesdéshydratés provenant
de la
fermentation,
en distillerie de mélasse et degrains,
et Noi<ANDet coll.
( 4 )
pour d’autres résidus secs de fermentation. Notons à cesujet,
une observation
empirique rapportée
parplusieurs
éleveursqui, ayant
distribué du cidre de pommes à des veaux, ontremarqué
une très netteamélioration du
développement corporel
de ces animaux. Mais notresupposition
est unesimple hypothèse qui
nécessite de nouvelles recherches.RÉSUMÉ
ET CONCLUSIONSUn essai d’utilisation de pommes à cidre conservées par
ensilage
sous une couche de marc de
cidrerie,
a été fait avec 4 groupescomparables
de m
porcelets
sevrés. Cet aliment renfermait II,9p. 100 de substance sèche avec 1,17 p. 100d’alcool.Des taux
d’incorporation,
dans laration,
de o,1 6,6,
2I,2 et2 6,6
p. 100 de matière sèche sous forme de pommes ont étéexpérimentés ;
la crois-sance, l’indice de consommation et la
qualité
de carcasse servaient decritères. ’
Les animaux ont
parfaitement
toléré l’alimentétudié,
dont latrop grande
richesse en eau a eu pourconséquence
un abaissement du niveau de consommation de nourriture.Dans nos conditions
expérimentales,
la croissance a été très satis-faisante,
bien quelégèrement,
maissignificativement
diminuée(-
g,i p.100 )
avec unrégime comportant 1 6,6
p. 100 de matière sèche en pro-venance
d’ensilage
de pommes. Enprésence
depourcentages plus élevés,
le retard de croissance s’est fortement accentué( 21 , 3
p.100 ).
Le faibleralentissement de
gain
depoids qu’entraîne
uneingestion quotidienne
de
1 6,6
p. 100 de matière sèche à l’état de pommesensilées,
se trouvecompensé
par une amélioration sensible de l’indice de consommation et de laqualité
de carcasse. Il semble donc souhaitable de limiter l’incor-poration
de cet aliment dans lerégime
du porc à un tauxlégèrement
inférieur.
I,’adoption
d’un telrégime
pour le porc fermier desrégions
cidri-coles
présente
une solution rentable duproblème
des excédents et desrebuts de la
production
du verger, dont ellepermettrait
d’améliorer lerevenu. Elle
offre,
deplus,
lapossibilité
de réduire substantiellement la fabrication d’alcool de fruits et decomprimer
le coût del’engraissement porcin.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES (
I
)
LEROY(A. M.),
Z!I,T!R(S. Z.),
FÉVRIER(R.).
- Ann. de Zoot., 1952, 1,n° 1,