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Point de vue sur la biodiversité tropicale

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Academic year: 2021

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Texte intégral

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B O I S E T F O R Ê T S D E S T R O P I Q U E S , 2 0 0 1 , N ° 2 6 9 ( 3 )

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É D I TO R I A L

Point de vue

sur la

biodiversité

tropicale

La Nature se charge de nous rappeler à l’ordre.

La

preuve avec les farines animales en Europe : on ne transforme pas impunément un herbivore en carnivore. Autre preuve potentielle avec la sélection génétique bouchère dans l’espèce bovine : le critère « culard », pourtant classiquement admis depuis longtemps, interdit la mise-bas par les voies naturelles dans des proportions majeures pour certaines races ; ainsi, tout en imposant la chirurgie comme stratégie de survie de la race concernée, le procédé simplificateur impose son goulot d’étranglement génétique au détriment de la biodiversité. Enfin, la dernière preuve apportée ici sera celle de l’intensification agricole : quelle logique trouve-t-on en Europe à encourager dans le même temps le productivisme et la déprise agricole ? Faire cohabiter intensification et déprise est aussi pervers que plaider à la fois guerre et paix. Dans cet élan, les filières agricoles s’engorgent de surplus, s’intoxiquent d’impacts environnementaux négatifs et érodent la biodiversité dans une périlleuse tendance caricaturiste qui affecte aussi bien le monde végétal que le règne animal. Finalement, c’est toute la diversité qui est en danger, que ce soit celle de la flore ou de la faune, celle des systèmes agricoles et forestiers, ou même encore celle des sociétés humaines : l’uniformisation menace le monde rural comme la pensée unique les intellectuels. Toutefois, et fort heureusement, il faut reconnaître que ces pratiques réductrices et douteuses concernent essentiellement le Nord.

Jeunes capybaras se nourrissant dans un élevage privé en Amazonie péruvienne.

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B O I S E T F O R Ê T S D E S T R O P I Q U E S , 2 0 0 1 , N ° 2 6 9 ( 3 )

É D I TO R I A L /

P O I N T D E V U E B I O D I V E R S I T É T R O P I CA L E

Encore faut-il souhaiter qu’elles n’affectent le Sud ni trop, ni trop tôt ! Au-delà de tout tiers-mondisme, on ne peut dissimuler que le Nord a cherché et cherche encore sou-vent à imposer ses modèles. La quête effrénée de l’inten-sif a été exportée et se trouve encouragée sous les pré-textes, cer tes nobles, de lutte contre la pauvreté, d’autosuffisance alimentaire, de croissance économique, etc. Sur cet autel, la diversité biologique est sacrifiée. Comme si la démarche adoptée ici pouvait être imposée là. En matière de faune sauvage, par exemple, l’approche du Nord est dominée par des critères éthiques (mais quelle éthique ?) et esthétiques, alors que celle du Sud l’est par des soucis pragmatiques et culturels (on me pardonnera la caricature). Les ONG, généralement bien-pensantes, et les administrations, souvent immobilisantes, peinent à res-pecter les diversités et les innovations. On dirait qu’elles se sentent à l’abri et qu’elles ont résolu tous les pro-blèmes dès qu’ont été prononcés les mots-clés et les pon-cifs qui semblent désormais former le squelette du politi-quement correct : approche participative, accès négocié à la ressource, plan concerté d’occupation des sols, etc. Elles n’ont pourtant rien changé sur le terrain alors qu’elles devraient être au service de la société civile qui, elle, raisonne en termes de bénéfices tangibles, qu’ils soient alimentaires, économiques, sociaux ou culturels.

Exemple : la « viande de brousse », celle qui provient de la faune sauvage. Au cœur de l’actualité, elle est aujourd’hui l’objet de toutes les controverses. Un large panel du Nord la regarde actuellement d’un mauvais œil, comme l’une des premières menaces contre la biodiversité animale sau-vage. Subitement, comme si le Nord découvrait soudain que le Sud ne se nourrissait pas comme lui. Toutes sortes de déclarations, souvent intempestives, accusent les po-pulations du Sud de faire usage de leurs ressources natu-relles indigènes. Pourquoi jeter l’anathème sur les peuples forestiers qui consomment (et préfèrent) leur faune indigène, et leur imposer des productions animales exogènes fondées sur des espèces exotiques qui indui-sent la dégradation des milieux naturels ? Pourquoi, à l’op-posé, ne pas s’appuyer sur les usages et rechercher les moyens de pérenniser les productions animales sauvages, de conserver la forêt sur pied, à la fois vivante et produc-trice, enfin de sécuriser les populations dans les modes de vie qui sont les leurs ? On respecterait à la fois les peuples, leurs cultures, leurs économies et leurs habitudes alimen-taires, la biodiversité tant végétale qu’animale. Ce faisant, on ne ferait rien d’autre que d’appliquer les principes de la Convention de Rio sur la biodiversité, auxquels ont adhéré la plupart des États.

Dans cette tentative du Nord d’imposer son point de vue au Sud, il y a comme une forme d’impérialisme culturel qui manque pourtant sérieusement de crédibilité si l’on consi-dère les incohérences du Nord, dont certaines ont été évo-quées plus haut. Les revers du Nord, dans ses tentatives de manipuler la biodiversité tempérée, devraient en effet modérer le ton péremptoire des leçons qu’il adresse au Sud. En revanche, ses réels succès en la matière devraient renforcer sa motivation à appliquer et à promouvoir les bons principes comme celui de précaution, par exemple, tout en respectant la différence et sans pour autant contraindre l’innovation. Pour sécuriser la biodiversité tropicale, le Sud doit certainement pouvoir tirer un profit substantiel des expériences du Nord.

Philippe Chardonnet

Éleveur d’aulacodes au Bénin. L’élevage de ce rongeur africain contribue à améliorer l’économie familiale des éleveurs périurbains de Cotonou.

Great cane rat producer in Benin. Production of this African rodent has helped improve the economic status of periurban breeders’ families in Cotonou.

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