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La rigueur et les réformes : histoire des politiques du travail et de l’emploi du gouvernement Mauroy
(1981-1984)
Matthieu Tracol
To cite this version:
Matthieu Tracol. La rigueur et les réformes : histoire des politiques du travail et de l’emploi du gouvernement Mauroy (1981-1984). Histoire. Université Panthéon-Sorbonne - Paris I, 2015. Français.
�NNT : 2015PA010700�. �tel-02495735�
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne UFR d’histoire
École doctorale d’histoire (ED 113) Centre d’histoire du XXe siècle (UMR 8058)
L A RIGUEUR ET LES RÉFORMES Histoire des politiques du travail et de l’emploi du
gouvernement Mauroy (1981-1984)
Thèse pour le doctorat d’histoire Présentée et soutenue publiquement par
Matthieu T
RACOLle 24 novembre 2015
Sous la direction de M. le professeur Pascal ORY
Membres du jury :
M. Alain CHATRIOT, professeur des Universités à Sciences-Po
M. Nicolas HATZFELD, professeur des Universités à l’université d’Évry
M. Michel MARGAIRAZ, professeur des Universités à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne M. Pascal ORY, professeur des Universités à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
M. Michel PIGENET, professeur des Universités à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne M. Paul-André ROSENTAL, professeur des Universités à Sciences-Po, chercheur associé à l’INED
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Remerciements
L’écriture de cette a tenu de la navigation au long cours, et nombreuses sont les personnes qui m’ont aidé tout au long de ce périple. Je tiens tout d’abord à remercier mon directeur de thèse, M. le professeur Pascal Ory. Merci à lui d’avoir accepté de me suivre, de m’avoir aidé à parvenir au but sans me laisser perdre en haute mer, en m’aiguillant toujours sur de bonnes pistes et prodiguant ses conseils avisés et exigeants.
L’idée de cette thèse n’est pas de moi. Rendons donc à Olivier Wieviorka ce qui lui appartient. Sa sagacité et son flair m’ont permis de me plonger dans un sujet auquel l’étudiant que j’étais n’aurait jamais pensé seul. Je ne saurais trop exprimer ici ma gratitude.
J’ai pu tout au long de mon parcours bénéficier d’excellentes conditions de travail, dans toutes les institutions m’ayant accueilli. Je remercie avant tout l’Université Paris 1 Panthéon- Sorbonne, son UFR d’histoire et le Centre d’histoire du XXe siècle de m’avoir permis d’y être comme allocataire-moniteur. Ma reconnaissance va également au Département d’histoire de Sciences Po et à l’UFR d’histoire-géographie de l’Université d’Artois, qui m’ont permis d’y passer de belles années d’ATER. Je remercie en particulier Marc Lazar et Paul-André Rosental pour l’accueil qu’ils m’ont fait à Sciences Po, et Michel-Pierre Chélini pour celui reçu à l’Université d’Artois.
Un travail de thèse en histoire n’est rien sans archives. Je n’aurais rien pu faire sans les archivistes qui m’ont aidé tout au long de mon parcours. Il faut leur rendre hommage.
Frédéric Cépède à l’OURS, Thierry Mérel et Guillaume Touati au CAS, Aurélie Mazet aux archives de la CGT, Annie Kuhnmunch à celles de la CFDT, Jean-Charles Bedague aux Archives nationales, Anne-Marie Pathé à l’IHTP m’ont tous offert un concours inappréciable.
Cette a bénéficié du témoignage d’un certain nombre d’acteurs, qui ont bien voulu répondre à mes questions. Ma gratitude va donc à Jean Auroux, Jean-Paul Bachy, Bernard Brunhes, René Cessieux, Michel Coffineau, Jacques Fournier, Yvon Gattaz, Jean-Paul Jacquier, Jean Le Garrec, Edmond Maire, François Mercereau, Nicole Questiaux, Pierre- Louis Rémy et François Stasse. Que René Cessieux soit tout spécialement remercié pour la chaleur de son accueil et pour m’avoir permis de consulter ses archives privées.
Cette thèse doit aussi beaucoup aux nombreux échanges qui ont pu nourrir cette recherche. Je tiens à remercier ici Gilles Morin, pour son inépuisable savoir en matière de socialisme et d’archives, Danièle Voldman, pour les innombrables conseils dispensés lors du séminaire des doctorants du CHS, ainsi qu’à Sylvie Thénault qui a pris ensuite le relais. Merci également aux autres chercheurs avec qui j’ai pu échanger, et plus spécialement à Alain Chatriot. S’il ne m’avait pas signalé l’existence du fonds Chotard un soir de séminaire à Sciences Po, cette thèse aurait été bien différente.
Merci à tous mes collègues et amis qui ont accepté de relire cette thèse : mon vieux complice et longtemps colocataire Fabrice Micallef, Clyde Plumauzille et Muriel Cohen.
Merci pour leurs remarques et leurs suggestions. Merci également à tous les autres camarades (ex-)doctorants avec qui j’ai passé de longues journées en archives ou à la BNF, pour les longues discussions autour de nos sujets respectifs : Cédric David, Claire Fredj, Mathieu Fulla, Myriam Juan, Annick Lacroix, Anne Lambert, Raphaëlle Laignoux, Francisco Roa Bastos, Emmanuel Szurek et tous ceux avec qui j’ai pu échanger, et d’abord les participants au séminaire des doctorants du CHS. Merci à mes vieux compères concordataires David Dominé-Cohn, Alexandre Marchant, Nicolas Picard et Kevin Valais. Merci aussi à tous mes amis non historiens, et d’abord à Marine Al Dahdah, Arnault Prétêt, Mathieu Quet, Xavier Rey, Florian Rideau et Émile Thalabard.
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Merci également à tous mes collègues du lycée Darius Milhaud pour leur accueil chaleureux et leur exceptionnelle générosité. Je suis particulièrement reconnaissant à François Rivière pour son aide inestimable dans les moments de surcharge pédagogique, et à Maxime Massonnat pour ses talents linguistiques.
Mon père, Gérard Tracol, a accompli une immense tâche de relecture avec une exceptionnelle rapidité. Je ne saurais dire assez ici ma reconnaissance.
Ma famille et mes parents m’ont toujours soutenu et encouragé dans cette voie, sans jamais douter ni compter leur dévouement. Rien n’aurait été possible sans eux. C’est pourquoi ce travail leur est dédié.
À Magali enfin, la compagne qui m’a tant soutenu durant ces années, tant écouté et tant donné. Les mots seuls ici ne sont pas suffisants.
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Principaux sigles utilisés
AB : allocation de base de l’UNEDIC
AFD : allocation de fin de droits de l’UNEDIC
AGIRC : Association générale des institutions de retraite des cadres AN : Archives nationales
ANPE : Agence nationale pour l’emploi
ARCCO : Association pour le régime de retraite complémentaire des salariés AS : allocation spéciale de l’UNEDIC
ASE : allocation de secours exceptionnel
ASSEDIC : Associations pour l'emploi dans l'industrie et le commerce
BABAR : Balayage Automatique de Bilans Actualisés de Redistribution (modèle économique)
BIT : Bureau international du travail
CACT : commission pour l’amélioration des conditions de travail CE : comité d’entreprise
CERC : Centre d’Études des Revenus et des Coûts
CERES : Centre d’études, de recherches et d’éduction socialiste CES : Conseil économique et social
CFDT : Confédération française démocratique du travail CFTC : Confédération française des travailleurs chrétiens CGP : Commissariat général du Plan
CGC : Confédération générale des cadres
CGPME : Confédération générale des petites et moyennes entreprises CGT : Confédération générale du Travail
CGT-FO : Confédération générale du Travail – Force ouvrière CHS : Comité d’hygiène et de sécurité
CHSCT : Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail CJD : Centre des jeunes dirigeants
CNAV : Caisse nationale de l’assurance-vieillesse CNPF : Conseil national du patronat français
DARES : Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (ministère du Travail)
DE : Délégation à l’Emploi
DEFM : Demandeurs d’emploi en fin de mois DMS : Dynamique Multi Sectoriel (modèle du Plan)
DP : Direction de la Prévision (ministère de l’Économie et des Finances) DRT : Direction des relations du travail (ministère du Travail)
GR : garantie de ressources
GRL : garantie de ressources licenciement GRD : garantie de ressources démission IHTP : Institut d’histoire du temps présent
INED : Institut national d’études démographiques
INSEE : Institut national de la statistique et des études économiques
METRIC : Modèle Économique Trimestriel de la Conjoncture (modèle du Plan) OIT : Organisation internationale du travail
PCF : Parti communiste français PS : Parti socialiste
PSU : Parti socialiste unifié
RPR : Rassemblement pour la République
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SAS : Service des Affaires sociales du Commissariat général du Plan SFIO : Section française de l’internationale ouvrière
SNPMI : Syndicat national de la petite et moyenne industrie UDF : Union pour la démocratie française
UIMM : Union des industries métallurgiques et minières
UNEDIC : Union nationale interprofessionnelle pour l’emploi dans l'industrie et le commerce
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Sommaire
Remerciements ... 1
Principaux sigles utilisés ... 3
Sommaire ... 5
Introduction ... 8
Première partie : 1981, rupture avec l’ordre établi ? ... 47
Chapitre 1er : L’alternance : nouveau pouvoir, nouvelles élites ? La vague rose et son écume. ... 49
Chapitre 2 : L’alternance de 1981, une rupture dans le système de relations professionnel français ? ... 110
Deuxième partie : Les réformes (années 1970-1982) ... 156
Chapitre 3 : La réduction du temps de travail ou la renaissance d’un programme de réforme anti-chômage ... 158
Chapitre 4 : Du partage du travail au blocage des négociations sociales (1981-1982) ... 206
Chapitre 5 : La longue durée de la retraite à 60 ans ... 278
Chapitre 6 : Comment faire une réforme déjà presque faite ? ... 315
Chapitre 7 : Les multiples visages de la démocratie économique. Autogestion et idéal négociateur dans les années 1970 ... 375
Chapitre 8 : Les lois Auroux, ou le triomphe moderniste ... 427
Troisième partie : Gérer ... 516
Chapitre 9 : De la rigueur à l’impasse ... 518
Chapitre 10 : Réformer toujours, ou limiter les dégâts de la crise ? Le poids des enjeux financiers de l’assurance-vieillesse et de l’assurance-chômage ... 599
Conclusion générale ... 710
Archives ... 723
Entretiens ... 737
Sources imprimées ... 739
Bibliographie ... 757
Annexes ... 790
Table des figures ... 1050
Index ... 1052
Table des matières ... 1056
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À mes parents À Magali
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« On a souvent dit qu’il fallait, pour écrire l’histoire, un certain recul. C’est prendre l’effet pour la cause : l’histoire ne suppose pas une distance préalable, elle la crée. Croire qu’il suffise de laisser les années passer pour prendre du recul est se leurrer : il faut faire l’histoire de ce qui s’est passé pour créer du recul ».
Antoine PROST, « Comment l’histoire fait-elle l’historien ? », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, janvier-mars 2000, n 65, p. 12.
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Introduction
Au départ, au départ
Un homme, une rose à la main Elkabbach au placard
La Bastille, la pluie qui vient Au départ, au départ
La guillotine au panier Il aurait dit quelle histoire Cinquième semaine de congés
Au départ, au départ
Tu sais c’est comme pour nous deux J’y croyais sans trop y croire Au départ c’est toujours mieux Et puis la rigueur, et puis
Les mots qui blessent, les tensions Moi c’est moi et lui c’est lui Et la cohabitation
Alex Beaupain, « Au départ1 »
Que reste-t-il aujourd’hui du premier septennat de François Mitterrand, et des trois années de gouvernement Mauroy ? D’abord beaucoup de nostalgie, comme l’a montré le trentième anniversaire du 10 mai 1981. Hors-série dans les magazines2, bilans historiques dans les quotidiens – quelle trace dans l’histoire ? quelles leçons stratégiques en tirer pour la prochaine élection présidentielle3 ? –, colloques divers4, et surtout avalanche de livres, écrits d’abord par les grands témoins5, mais aussi par d’autres voulant exposer dans le moindre
1 Alex BEAUPAIN, « Au départ », chanson tirée de l’album Pourquoi battait mon cœur (2011).
2 Ainsi en avril et mai 1981 : Les Inrocks (« Mai 81 trente ans après »), L’Humanité (« L’histoire d’une espérance »), Le Monde (« François Mitterrand. Le pouvoir et la séduction »).
3 Le Monde du 10 mai 2011 sollicite de cette manière Bernard Accoyer, le président UMP de l’Assemblée nationale (« Le 10 mai fut […] surtout la sanction de la désunion de la droite et du centre »), le sénateur des Verts Jean-Vincent Placé (« [L]es trois gauches ont vocation à gouverner ensemble »), ainsi que les deux responsables du PS, le secrétaire national adjoint Laurent Baumel et le délégué général François Kalfon (qui voient dans le 10 mai le résultat de « trois équations majoritaires » à reproduire en 2012 : une « équation idéologique », une autre « sociologique », et une dernière « nationale ».
4 Ainsi celui organisé par la Fondation Jean-Jaurès et l’Institut François Mitterrand le 6 mai 2011 Cf.
http://www.jean-jaures.org/Evenements/Colloques/10-mai-1981-10-mai-2011-trentieme-anniversaire [25 août 2015]. Il faut également citer la journée d’étude du 10 mai 2011organisée par le Centre d’histoire de Sciences Po. Cf. http://chsp.sciences-po.fr/evenement/le-10-mai-1981-et-la-gauche-francaise [1er septembre 2015]
5 Jack LANG, François Mitterrand : fragments de vie partagée, Paris, Éditions du Seuil, 2011, 298 p ; Robert BADINTER, Les épines et les roses, Paris, Fayard, 2011, 279 p ; Didier MOTCHANE, Les années Mitterrand, Paris, Bruno Leprince, 2011, 109 p ; Roland DUMAS, Coups et blessures : 50 ans de secrets partagés avec François Mitterrand, Paris, Cherche midi, 2011, 521 p.
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détail ces quelques heures et ces quelques jours historiques1, en expliquer les ressorts ou en expliciter le sens2. En ce printemps 2011, règne aussi une véritable « tonton mania » au parti socialiste (PS), attisée par la campagne électorale qui a démarré depuis déjà plusieurs mois, et par l’idée que, de nouveau, une victoire à l’élection présidentielle est possible3.
Dans ce concert de commémorations et de récupérations diverses, quelques voix discordantes se font cependant entendre, venues de droite, mais aussi de gauche. Pour le premier camp, la charge est menée par le député-maire UMP d’Elancourt Jean-Michel Fourgous. « Trente ans après son accession au pouvoir, [l]es décisions économiques [de François Mitterrand] continuent de peser sur nos finances publiques et d’imprégner durablement l’état d’esprit des dirigeants socialistes », écrit-il ainsi dans le quotidien du soir4. Pour lui, les conséquences de l’impéritie économique de 1981 se font toujours sentir, tandis que la gauche n’a toujours pas rompu avec ses rêves délétères de rupture avec le marché. Du côté de la gauche critique, c’est l’historien des idées François Cusset, dans la lignée de son pamphlet sur la décennie 19805, qui pourfend l’héritage du président Mitterrand et le « déluge commémoratif » qui se transforme en « écran de fumée ». Les années Mitterrand, écrit-il, sont celles d’une « transition historique », celle qui mena la France « étatiste et terrienne » du passé à la France « libérale et européenne » d’aujourd’hui, « quitte à bafouer, du moins à infléchir fortement, les valeurs d’égalité et de justice sociale mises en avant en 1981 par le candidat de la gauche unie6 ». La décennie 1980 est à ses yeux celle de l’enterrement, par les dirigeants socialistes, de l’horizon de transformation sociale qui était le leur avant l’élection de François Mitterrand. Le 10 mai prend ainsi sous sa plume des allures de couronne funéraire posée sur le cercueil de la gauche.
Trente ans après les événements, la mémoire du premier septennat Mitterrand est toujours partagée entre ces images contradictoires. D’un côté, l’euphorie du peuple de gauche fêtant l’alternance à la Bastille, après vingt-trois ans de pouvoir de la droite. De l’autre,
1 Pierre FAVIER, Dix jours en mai, Paris, Éditions du Seuil, 2011, 242 p ; Emmanuel LEMIEUX et Olivier ROLLER, 10 mai 1981 : une journée particulière, Paris, François Bourin, 2011, 199 p ; Paul QUILÈS et Béatrice MARRE, On a repris la Bastille ! : 10 mai 1981, Paris, Fondation Jean-Jaurès, 2011, 173 p.
2 Christophe BOURSEILLER, Mai 1981 raconté par les tracts, Paris, Hors collection, 2011, 157 p ; Pascal CAUCHY, L’élection d’un notable : les coulisses de mai 1981, Paris, Vendémiaire, 2011, 254 p ; Laurent JALABERT, 10 mai 1981, Mitterrand président : racines et sens d’une victoire, Paris, l’Encyclopédie du socialisme, 2011, 175 p.
3 Le Monde, 9 mai 2011.
4 Le Monde, 10 mai 2011.
5 François CUSSET, La décennie : le grand cauchemar des années 1980, Paris, la Découverte, 2006, 370 p.
6 Le Monde, 10 mai 2011. François Cusset fait ici une confusion entre 1974 (où François Mitterrand a été effectivement le candidat de la gauche unie dès le premier tour) et 1981 (où il n’a été que le candidat du PS, concurrencé à gauche par le communiste Georges Marchais, le radical de gauche Michel Crépeau, la représentante du PSU Huguette Bourchardeau et celle de Lutte ouvrière Arlette Laguiller).
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l’usure précoce que confèrent la gestion quotidienne et les difficultés économiques qui n’en finissent pas. D’abord, l’état de grâce, les réformes de progrès, l’abolition de la peine de mort, les congés payés et les 39 heures. Ensuite, l’état de rigueur, l’enlisement dans la crise, le chômage qui ne décroît pas, et finalement l’abandon des anciens projets de transformation économique et sociale. 1981 représente ainsi le modèle paradigmatique de l’alternance politique à la française, dans une Ve République qui ne l’avait pas connue depuis 1958. Celles qui sont survenues depuis n’ont jamais atteint la même intensité ni acquis la même importance. Symétriquement, le « tournant de la rigueur » incarne la mue de la gauche française au contact du pouvoir, désormais pourvue d’une « culture de gouvernement » et convertie au « principe de réalité » en même temps qu’à l’économie de marché1, même si cela s’est fait au prix d’un « changement à cent quatre-vingts degrés par rapport aux propos anticapitalistes qui prévalaient au parti socialiste jusqu’en 19812 ».
Ces représentations en miroir forment le support d’un schéma narratif binaire très profondément ancré, qui repose sur l’idée qu’il y eut un tournant dans les objectifs et les politiques du gouvernement Mauroy, ou du moins un hiatus très important entre les programmes et les discours tenus par le parti socialiste au cours des années 1970, et la réalité de l’action au pouvoir. Ce schéma produit ensuite deux grands types d’analyses politiques, selon que l’on prend l’évolution décrite en bonne ou en mauvaise part. En bonne part, il s’agit de saluer la prise de conscience et le réalisme enfin acquis par la gauche de gouvernement3. En mauvaise part, l’objectif est au contraire de dénoncer les renoncements et les trahisons des socialistes, qui, après le tournant de la rigueur, aurait définitivement cessé « d’essayer », pour se contenter de gérer au jour le jour, sans plus aucune ambition ni capacité de résistance à la déferlante néolibérale des années 19804.
Notre ambition est ici de dépasser ces oppositions, en montrant que la rigueur ne fut au fond jamais tout à faite absente des politiques mises en place après le 10 mai. Le souci de la durée, ainsi que la volonté de ne pas causer de dérapage économique irréversible, sont repérables dès les premiers jours du nouveau septennat. L’examen détaillé des politiques
1 Jean-François SIRINELLI, Les vingt décisives, 1965-1985 : le passé proche de notre avenir, Paris, Fayard, 2007, p. 228-229.
2 Ludivine BANTIGNY, La France à l’heure du monde : de 1981 à nos jours, Paris, Éditions du Seuil, 2013, p. 33.
3 À titre d’exemple (il est vrai assez caricatural), l’éditorialiste du Monde Arnaud Leparmentier, comparant la Grèce de 2015 avec la France de 1981 : « Les détracteurs de Syriza sont moqués comme ceux qui imaginaient les chars soviétiques débarquer à Paris en mai 1981. Des chars, il n’y eut point. Mais des bêtises pendant deux ans, jusqu’au salutaire virage de la rigueur en1983, plus qu’il n’en fallait ». Cf. Le Monde, 21 janvier 2015.
4 Serge HALIMI, Quand la gauche essayait : les leçons de l’exercice du pouvoir, 1924, 1936, 1944, 1981, Paris, Arléa, 2000, 646 p.
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sociales du gouvernement Mauroy permet de montrer que, s’il y eut bien d’importants changements dans les objectifs et les méthodes au cours des trois années qu’il dura, la rigueur ne fit pas brutalement irruption après un an de pouvoir socialiste. D’après nous, il faut plutôt raisonner en termes d’équilibre entre ardeur réformatrice et propension à la rigueur. Cet équilibre était à la fois précaire et mouvant, la balance penchant tantôt du côté de la réforme, tantôt du côté de la rigueur. Mais aucun de ces deux éléments ne fut jamais totalement absent.
C’est pour cela que le titre de la présente thèse fait apparaître la rigueur avant les réformes : c’est une manière pour nous de souligner sa présence, dès le jour de la prise de fonction de François Mitterrand et Pierre Mauroy. Les roses et le Panthéon l’ont occultée sur le moment, mais elle était déjà là.
Les politiques du travail et de l’emploi du gouvernement Mauroy, à la croisée de l’histoire politique et de l’histoire sociale
Nous avons choisi d’étudier l’histoire du gouvernement Mauroy au prisme des politiques du travail et de l’emploi. Pour dépasser le socle de représentations qui vient d’être évoqué, et pour construire ce thème en objet de recherche, deux ensembles de travaux sont à prendre en considération. Il s’agit d’un côté d’une histoire politique et économique centrée sur le premier septennat de François Mitterrand et sur l’évolution du parti socialiste, et de l’autre, d’une histoire du travail en plein renouvellement.
Les années 1970 et 1980, des récits journalistes au renouveau de l’histoire économique et politique
Y a-t-il sujet qui ait fait plus couler d’encre, dans la France des trente-cinq dernières années, que la politique de François Mitterrand ? Il nous faut en premier lieu donner quelques repères dans cet ensemble multiforme, sans pour autant prétendre épuiser ici l’ensemble de la production écrite sur le sujet.
La première génération d’écrits : le paysage bigarré des récits faits à chaud
Une caractéristique incontournable de la période 1981-1984, pour qui veut faire son histoire, est qu’elle a immédiatement fait l’objet de mises en récit et d’analyses multiples, et de statuts très différents. Les plus prolifiques ont été les journalistes. Passons rapidement sur cette catégorie à part que constituent les ouvrages d’éditorialistes de la presse écrite et/ou
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audiovisuelle. Cet ensemble, aussi fourni qu’hétéroclite, n’est en général pas d’un intérêt très élevé, même si l’on peut y trouver ça et là quelques analyses pertinentes1. Il signale cependant le grand intérêt que l’alternance de 1981 suscita d’emblée. Attardons-nous en revanche plus longuement sur une série d’ouvrages journalistiques qui se détache nettement de tous les autres : ceux publiés par deux correspondants de l’AFP, Pierre Favier et Michel Martin- Roland, chargés durant de longues années du suivi de l’Élysée. Dès 1990, ils ont entamé la publication d’une monumentale Décennie Mitterrand en quatre tomes, qui reste encore aujourd’hui, à bien des égards, l’ouvrage de référence sur la période2. Leur enquête très fouillée est nourrie par leur propre expérience de reporters ayant couvert sur la durée l’actualité de la présidence de la République. Témoins directs des événements, ils ont par ailleurs mené une vaste campagne d’entretiens avec la plupart des acteurs politiques de premier plan de l’époque, y compris François Mitterrand lui-même. Enfin, ils ont pu bénéficier, grâce à leur position privilégiée et leurs relations avec les décideurs politiques, de l’accès à un certain nombre d’archives importantes, dont des comptes-rendus confidentiels des conseils de ministres.
Bien sûr, la Décennie Mitterrand ne répond pas aux critères de l’histoire universitaire.
Les archives citées ne sont ainsi jamais contextualisées, et les auteurs ne sont pas exempts de certaines inexactitudes et de quelques raccourcis, comme nous le verrons au fil de ce travail.
Mais, soulignons-le une nouvelle fois, cette série d’ouvrages est encore aujourd’hui la mieux informée, la plus complète et la plus précise. Elle reste la meilleure porte d’entrée pour qui voudrait se pencher sur le détail des deux septennats de François Mitterrand, les historiens n’ayant pas forcément fait mieux sur le moment3. Son importance est telle qu’on peut dire sans exagérer qu’elle a formaté la plupart des récits postérieurs. La Décennie Mitterrand a en
1 A titre d’échantillon : Philippe BAUCHARD, La guerre des deux roses : du rêve à la réalité, 1981-1985, Paris, Grasset, 1986, 358 p ; Jean-Marie COLOMBANI, Portrait du président, Paris, Gallimard, 1985, 219 p ; Jean-Marie COLOMBANI et Hugues PORTELLI, Le double septennat de François Mitterrand : dernier inventaire, Paris, Grasset, 1995, 403 p ; Alain DUHAMEL, La République de Monsieur Mitterrand, Paris, Grasset, 1982, 257 p ; Laurent JOFFRIN, La gauche en voie de disparition : comment changer sans trahir?, Éditions du Seuil, 1984, 272 p ; Serge JULY, Les années Mitterrand : histoire baroque d’une normalisation inachevée, Paris, Grasset, 1986, 284 p ; Catherine NAY, Les sept Mitterrand ou les métamorphoses d’un septennat, Paris, Grasset, 1987, 286 p.
2 Pierre FAVIER et Michel MARTIN-ROLAND, La décennie Mitterrand. Tome 1 : les ruptures (1981-1984), Paris, Éditions du Seuil, 1990, 581 p ; La décennie Mitterrand. Tome 2 : les épreuves (1984-1988), Paris, Éditions du Seuil, 1991, 774 p ; La décennie Mitterrand. Tome 3 : les défis (1988-1991), Paris, Éditions du Seuil, 1996, 589 p ; La décennie Mitterrand. Tome 4 : les déchirements (1991-1995), Paris, Éditions du Seuil, 1999, 641 p.
3 La première synthèse historienne portant sur l’ère Mitterrand est plus tardive de presque dix ans. Il s’agit de l’ouvrage de Jean-Jacques Becker paru dans la collection « Nouvelle histoire de la France contemporaine », qui, malgré sa qualité globale, reste fatalement plus rapide et plus synthétique sur les années Mitterrand que les ouvrages de Favier et Martin-Roland, et surtout fait un peu trop confiance à L’année politique. Cf. Jean-Jacques BECKER, avec la collaboration de Pascal ORY, Crises et alternances, 1974-2000, Paris, Éditions du Seuil, 2002, 944 p.
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effet été allègrement pillée – voire purement et simplement plagiée – par beaucoup de ceux qui ont voulu écrire sur cette période. Journalistes1, politistes2, historiens écrivant à chaud3 ou à froid4, et mêmes témoins écrivant leurs souvenirs5 : tous l’ont utilisée, de manière plus ou moins transparente. Dans le cas des témoignages, cela pose d’ailleurs de redoutables problèmes, car le récit de Pierre Favier et Michel Martin-Roland en est paradoxalement venu à supplanter la mémoire directe des acteurs, ces derniers le citant à l’appui de leurs souvenirs… même quand il y a des inexactitudes chez les deux journalistes6 ! Il y a là une circularité qui rend encore plus délicate qu’à l’accoutumée l’utilisation des témoignages rétrospectifs : nous y reviendrons lorsque nous aborderons la question des sources.
Au chapitre des analyses faites à chaud, il faut ajouter aussi des travaux universitaires.
Les premiers à se mettre au travail ont été les économistes : dès 1983, Michel Beaud fit ainsi paraître le premier de ses deux tomes consacrés à la politique économique de la gauche7. Son exemple fut suivi deux ans plus tard par le tandem de l’OFCE Pierre-Alain Muet et Alain Fonteneau8. Ces travaux font la part belle à la théorie macroéconomique (surtout le dernier d’entre eux), mais ils abordent cependant les questions du travail et de l’emploi, principalement sous l’angle du nombre des chômeurs. Par leur précocité, et leur caractère déjà très complet, ils ont fait date. Michel Beaud, à sa manière, a même fait œuvre d’historien, en passant au crible les programmes électoraux de la gauche avant 1981, et en se faisant le chroniqueur minutieux de toutes les mesures économiques prises par le gouvernement Mauroy. Ce fut lui qui, le premier, diagnostiqua l’échec du « va-tout sur la croissance » et de la relance keynésienne9.
1 Christiane RIMBAUD, Bérégovoy, Paris, Perrin, 1994, 466 p.
2 Bruno JOBERT et Bruno THÉRET, « France : la consécration républicaine du néo-libéralisme », in Bruno JOBERT (dir.), Le tournant néo-libéral en Europe, Paris, L’Harmattan, 1994, p. 21-85.
3 Julius Weis FRIEND, The long presidency: France in the Mitterrand years, 1981-1995, Boulder et Oxford, Westview press, 1998, 308 p.
4 La plupart des contributeurs du colloque organisé en 1999 à propos de la période 1981-1984 mobilisent l’ouvrage. Cf. Serge BERSTEIN, Pierre MILZA et Jean-Louis BIANCO (dir.), Les années Mitterrand, les années du changement, 1981-1984, Paris, Perrin, 2001, 973 p.
5 Jacques ATTALI, Verbatim, T. 1 : Chronique des années 1981-1986, Paris, Fayard, 1993, 957 p. ; Jean LE GARREC, Une vie à gauche, La Tour-d’Aigues, Éditions de l’Aube, 2006, 221 p.
6 Jean LE GARREC, Une vie à gauche, op. cit., p. 106.
7 Michel BEAUD, La politique économique de la gauche. Tome 1 : le mirage de la croissance mai 1981- décembre 1982, Paris, Syros, 1983, 214 p ; La politique économique de la gauche. Tome 2 : le grand écart, Paris, Syros, 1985, 237 p.
8 Pierre-Alain MUET et Alain FONTENEAU, La gauche face à la crise, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1985, 389 p.
9 Michel BEAUD, Le Mirage de la croissance, op. cit., p. 147. Nous utilisons ici la pagination de la numérisation réalisée par l’Université du Québec à Chicoutimi.
Cf. http://classiques.uqac.ca/contemporains/beaud_michel/pol_econ_gauche_t1/pol_econ_gauche_t1.html [30 août 2015].
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Sous l’impulsion notamment des chercheurs anglo-saxons, un certain nombre de colloques ou d’ouvrages collectifs furent par ailleurs mis sur pied, afin de disséquer les changements induits par les années Mitterrand. On peut schématiquement distinguer deux vagues : l’une à la fin de la législature commencée en 19811, et l’autre à la fin du second septennat2. Les analyses produites relèvent alors, dans leur grande majorité, de spécialistes de science politique, de sociologie et d’économie. Les historiens universitaires ont été plutôt rares à s’enrôler sur ces chantiers d’histoire immédiate, sans en être non plus tout à fait absents3. En raison du nombre des auteurs impliqués dans ces entreprises collectives, et de la variété des disciplines représentées, le paysage scientifique qui se dégage de ce premier ensemble de publications est délicat à caractériser. Soulignons simplement ici deux éléments principaux. Tout d’abord, du fait de la proximité de cette première génération d’analyse avec les faits, il n’est alors pas question d’utiliser des archives. Ce sont les articles de presse qui forment l’écrasante majorité des sources utilisées, associées à des publications produites par les institutions et des groupements divers (syndicats et partis politiques). Les témoignages des acteurs ne sont en général pas non plus sollicités. Ensuite, les analyses produites s’inscrivent tout à fait dans la perspective d’un tournant brutal. Sur les questions sociales, la synthèse la plus percutante, parmi tout cet ensemble de travaux, est ainsi celle du sociologue américain George Ross. Celui-ci développe l’idée selon laquelle la politique suivie durant la première année du septennat Mitterrand – « l’année de l’optimisme radical » – aurait été une « politique ambivalente faite d’éléments social-démocrates et d’une version bien française de gauchisme radical4 ». Il insiste cependant bien plus sur le second aspect que sur le premier. Pour lui, les débuts de la gauche au pouvoir auraient été caractérisés par une « largesse générale » sur le plan financier, et par une véritable euphorie sur le plan économique, bref par des « doux rêves macroéconomiques irréalistes5 ». La rigueur aurait signé la fin de ce « réformisme radical »,
1 Howard MACHIN et Vincent WRIGHT (dir.), Economic policy and policy-making under the Mitterrand presidency 1981-1984, Londres, F. Pinter, 1985, 293 p ; Pierre BIRNBAUM (dir.), Les élites socialistes au pouvoir : les dirigeants socialistes face à l’État : 1981-1985, Paris, Presses universitaires de France, 1985, 311 p ; Gérard GRUNBERG et Élisabeth DUPOIRIER (dir.), Mars 1986, la drôle de défaite de la gauche, Paris, PUF, 1986, 252 p ; Stanley HOFFMANN, George ROSS et Sylvia MALZACHER (dir.), L’expérience Mitterrand : continuité et changement dans la France contemporaine, Paris, Presses Universitaires de France, 1988, 445 p.
2 Gino RAYMOND (dir.), France during the socialist years, Aldershot, Dartmouth, 1994, 278 p ; Anthony DALEY (dir.), The Mitterrand era: policy alternatives and political mobilization in France, Basingstoke et Londres, MacMillan, 1996, 285 p.
3 L’expérience Mitterrand fait figure d’exception : outre Stanley Hoffman, ont participé à l’entreprise René Rémond, Richard Kuisel et Antoine Prost.
4 Stanley HOFFMANN, George ROSS et Sylvia MALZACHER (dir.), L’expérience Mitterrand, op. cit., p. 258.
5 George ROSS, « D’une gauche à l’autre : le social dans la France de François Mitterrand », in Stanley HOFFMANN, George ROSS et Sylvia MALZACHER (dir.), L’expérience Mitterrand : continuité et changement dans la France contemporaine, Paris, Presses Universitaires de France, 1988, p. 254.
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remplacé, après un temps, par une antienne modernisatrice signant enfin la volonté de « faire face à la réalité1 ». Son interprétation penche donc totalement dans le sens d’un tournant radical dans les politiques publiques conduites par le gouvernement Mauroy.
La seconde génération : l’histoire économique et politique se saisit des décennies 1970 et 1980
Depuis ces premiers travaux, les connaissances sur la période ont connu cependant de considérables avancées, dans deux directions différentes. Le premier chantier à connaître un important bouleversement a été celui concernant la période 1981-1984. Le point de départ en la matière est à situer en 1999, date d’un colloque organisé conjointement par le Centre d'histoire de l'Europe du XXe siècle de Sciences Po et l’Institut François Mitterrand, et dont les actes furent publiés deux ans plus tard2. L’événement a fait date, pour plusieurs raisons importantes. Tout d’abord, les archives furent utilisées pour la première fois. Pour l’essentiel, il s’agissait du fonds Mitterrand des Archives nationales, ouvert plutôt largement, mais dans des conditions assez peu transparentes, puisque les chercheurs durent en fait composer avec les cartons qu’on voulut bien leur ouvrir, et sans disposer d’inventaires en bonne et due forme, puisque ces derniers n’existaient pas encore3. L’événement que représenta l’ouverture du fonds Mitterrand conduisit la plupart des intervenants à construire leurs communications avant tout à partir des papiers des différents conseillers de l’Élysée, ce qui a pu susciter des critiques quant à l’absence de croisement des sources4. C’était tout de même un premier pas très important, d’autant que certains acteurs de premier plan participèrent aux travaux, et dialoguèrent avec les historiens5.
Ce colloque permit donc de poser des jalons essentiels, surtout dans le domaine de l’histoire économique. L’étude de « l’impératif économique » concentra en effet, avec l’histoire de la diplomatie et des relations internationales, les efforts des chercheurs, et conduisit à un important renouvellement du regard porté sur les premières années du septennat. Plusieurs contributions restent ainsi aujourd’hui incontournables. Le rapport introductif de Michel Margairaz, qui présente l’ensemble des communications touchant à
1 Ibid., p. 259.
2 Serge BERSTEIN, Pierre MILZA et Jean-Louis BIANCO (dir.), Les années Mitterrand, les années du changement, 1981-1984, op. cit.
3 Le fonds Mitterrand, riche de 14 000 cartons, est toujours aujourd’hui en cours de classement.
4 Agnès BOS et Damien VAISSE, « Les archives présidentielles de François Mitterrand », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, juin 2005, no 86, p. 79.
5 Ainsi Jacques Delors.
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l’économie, est ainsi tout à fait essentiel1. L’historien y démonte méthodiquement la
« vulgate » selon laquelle la « relance irréaliste » de 1981-1982 a laissé place en 1983 à « une gestion plus raisonnable et orthodoxe ». Il y réfute également l’idée de tournant brutal : il n’y a pas eu selon lui de virage brusque, mais un « dosage subtil et évolutif » entre ces ingrédients de politique économique que furent la relance, les réformes et la rigueur2. Jean-Charles Asselain apporte également sa pierre à cette entreprise de démystification, en remettant en perspective la relance de 1981. Il n’hésite pas à la qualifier de « naine », parce qu’elle fut proportionnellement deux fois moins importante que celle mise en place par le gouvernement Chirac en 19753. Enfin, l’économiste Robert Salais a étudié finement la politique de l’emploi du gouvernement Mauroy, en soumettant les archives au crible théorique de l’économie des conventions4. Il y fait notamment le diagnostic d’un « découplage entre l’emploi et l’action économique », c’est-à-dire en fait du passage précoce de la lutte contre le chômage au second plan. Voilà une piste fructueuse, que nous retrouverons dans la suite de notre travail. Robert Salais évoque enfin la possibilité avortée d’une « autre politique de l’emploi » en 1983, qui aurait pu être mise sur pied par Jack Ralite ; cela nous semble en revanche une erreur de perspective5.
Dans le domaine de la politique sociale, la récolte du colloque de 1999 fut moins riche.
La pièce essentielle est constituée par la contribution de Lucette Le Van-Lemesle et Michelle Zancarini-Fournel, qui traite simultanément du temps de travail et des lois sociales, abordées sous l’angle de la modernisation6. Malgré son caractère pionnier, leur approche souffre du cadre inhérent au colloque, centré sur les archives des conseillers de François Mitterrand.
Celles-ci ne sont pas, nous le montrerons, le meilleur point d’observation de la fabrique des réformes sociales. Les auteures pâtissent également des lacunes dans les archives présidentielles7, et ne procèdent pas non plus à une large revue des sources, puisque le seul
1 Michel MARGAIRAZ, « L’ajustement périlleux entre relance, réforme et rigueur », in Serge BERSTEIN, Pierre MILZA et Jean-Louis BIANCO (dir.), Les années Mitterrand, les années du changement, 1981-1984, Paris, Perrin, 2001, p. 333-343.
2 Ibid., p. 336.
3 Jean-Charles ASSELAIN, « L’expérience socialiste face à la contrainte extérieure (1981-1983) », in Serge BERSTEIN, Pierre MILZA et Jean-Louis BIANCO (dir.), Les années Mitterrand, les années du changement, 1981- 1984, Paris, Perrin, 2001, p. 399-400.
4 Robert SALAIS, « De la relance à la rigueur », in Serge BERSTEIN, Pierre MILZA et Jean-Louis BIANCO (dir.), Les années Mitterrand, les années du changement, 1981-1984, Paris, Perrin, 2001, p. 476-505.
5 Ibid., p. 493-495. Nous abordons ce point dans le chapitre 9.
6 Lucette LE VAN-LEMESLE et Michelle ZANCARINI-FOURNEL, « Moderniser le travail : temps de travail, conceptions de l’entreprise et lois sociales », in Serge BERSTEIN, Pierre MILZA et Jean-Louis BIANCO (dir.), Les années Mitterrand, les années du changement, 1981-1984, Paris, Perrin, 2001, p. 531-547.
7 Elles signalent ainsi un trou d’un an, correspondant à l’année 1982, dans les archives ayant pu être consultées.
Cf. Ibid., p. 540.
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contrepoint utilisé est un entretien avec Jean Auroux, qui fut ministre du Travail entre 1981 et 1983. Le tableau proposé, pour intéressant qu’il soit, en reste fatalement parcellaire. Il y a donc ici un manque, d’autant que l’impulsion du colloque de 1999 n’a pas donné lieu par la suite à une floraison de travaux. Les quelques études produites depuis lors traitent de la politique économique et monétaire, mais pas des chantiers sociaux du gouvernement Mauroy1. Le constat historiographique est donc celui d’un vide relatif : en fait, l’analyse historique du premier septennat Mitterrand, construite à partir des archives, reste encore très largement à faire.
Cette situation contraste avec la richesse des travaux récents portant sur le parti socialiste. Presque trente ans après le manifeste dirigé par René Rémond2, l’étude des partis et des courants politiques a connu d’importants renouvellements3, notamment autour de la notion de « culture politique », développée à l’origine sous l’impulsion de Serge Berstein4. Les représentations portées par les organisations et les individus sont désormais au cœur de l’analyse historique du politique. Le regard porté sur les partis a grandement profité de cet enrichissement, leur étude étant maintenant portée par une dynamique incluant aussi bien les politistes que les historiens. Les barrières méthodologiques entre disciplines se sont en effet considérablement érodées, tandis que les échelles et les objets se sont simultanément diversifiés. Dans ce paysage en changement rapide, le PS représente désormais, davantage sans doute que le Parti communiste français (PCF)5, un objet de recherche privilégié6. Noëlline Castagnez et Gilles Morin ont souligné le tournant qu’a représenté en 1992 la publication de l’ouvrage d’Alain Bergounioux et Gérard Grunberg, Le long remords du
1 Vincent Duchaussoy a notamment tiré plusieurs publications de son master portant sur la Banque de France au tournant des années 1970 et 1980. Vincent DUCHAUSSOY, La Banque de France et l’État : de Giscard à Mitterrand, enjeux de pouvoir ou résurgence du mur d’argent ?, 1978-1984, Paris, l’Harmattan, 2011, 225 p ;
« La Banque de France et la contrainte européenne en France (1979-1983) », Histoire, économie & société, décembre 2011, 30e année, no 4, p. 47-58 ; « Les socialistes, la Banque de France et le « mur d’argent » (1981- 1984) », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, avril-juin 2011, no 110, p. 111-122.
2 René RÉMOND (dir.), Pour une histoire politique, Paris, Éditions du Seuil, 1988, 399 p.
3 François AUDIGIER, « Le renouvellement de l’histoire des partis politiques », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, décembre 2007, no 96, p. 123-136.
4 Serge BERSTEIN (dir.), Les cultures politiques en France, Paris, Éditions du Seuil, 2003, 436 p.
5 Depuis les grandes synthèses de Marc Lazar, le champ des études communistes s’est étoffé et s’est renouvelé en privilégiant l’examen des sociabilités et celui des débuts du PCF. Marc LAZAR, Maisons rouges : les partis communistes français et italien de la Libération à nos jours, Paris, Aubier, 1992, 419 p ; Marc LAZAR, Le communisme, une passion française, Paris, Perrin, 2005, 247 p ; Romain DUCOULOMBIER, Camarades ! La naissance du Parti communiste en France, Paris, Perrin, 2010, 428 p ; Julian MISCHI, Servir la classe ouvrière : sociabilités militantes au PCF, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010, 341 p ; Emmanuel BELLANGER et Julian MISCHI (dir.), Les territoires du communisme : élus locaux, politiques publiques et sociabilités militantes, Paris, Armand Colin, 2013, 302 p.
6 Marc LAZAR, « Le réformisme des socialistes français », Histoire@Politique, janvier 2011, no 13, p. 1-4.
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pouvoir, consacré à l’histoire du parti socialiste tout au long du XXe siècle1. Depuis lors, l’intérêt conjoint de la science politique et de l’histoire pour le PS ne s’est pas démenti. Le politiste Frédéric Sawicki a de cette manière disséqué les réseaux militants des quelques fédérations emblématiques2, tandis que la vaste entreprise collective consacrée à L’Histoire des gauches en France a réservé une large place au socialisme3. Un numéro spécial de Vingtième siècle a témoigné en 2007 d’une vitalité maintenue4, concrétisée également par la montée du nombre de travaux universitaires touchant à cette histoire. Laurent Jalabert a ainsi étudié le PS dans la période 1968-19755, tandis que des thèses d’histoire, comme de science politique, sont venues nombreuses grossir les connaissances sur cet objet, avec une prédilection pour la seconde moitié du XXe siècle6. Dans le même temps, une série de colloques récents ont fait des décennies 1960 et 1970 un terrain maintenant plus que défriché : le PSU7, le programme commun de gouvernement8 et le PS dans la décennie d’Épinay9 ont chacun fait l’objet d’un ouvrage collectif, tandis que l’approche biographique a donné lieu à une manifestation consacrée à Pierre Bérégovoy en politique10. Il faut cependant souligner que le front pionnier des historiens s’arrête encore à la frontière des années 1980 : tous ces
1 Alain BERGOUNIOUX et Gérard GRUNBERG, Le long remords du pouvoir : le Parti socialiste français, 1905- 1992, Paris, Fayard, 1992, 554 p ; réédité sous le titre Les socialistes français et le pouvoir : l’ambition et le remords, Paris, Hachette littératures, 2007, 658 p.
2 Frédéric SAWICKI, Les réseaux du Parti socialiste : sociologie d’un milieu partisan, Paris, Belin, 1997, 335 p.
3 Jean-Jacques BECKER et Gilles CANDAR (dir.), Histoire des gauches en France, Paris, la Découverte, 2004, 776 p.
4 Pascale GOETSCHEL et Gilles MORIN, « Le PS, nouvelles approches », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, décembre 2007, no 96.
5 Laurent JALABERT, La restructuration de la gauche socialiste en France des lendemains de mai 1968 du congrès de Pau du Parti socialiste de janvier 1975, mémoire pour l’Habilitation à diriger des recherches, sous la direction de Jean-François Sirinelli, Institut d’études politiques de Paris, 2008, 811 p.
6 Carole BACHELOT, « Groupons-nous et demain » : sociologie des dirigeants du Parti socialiste depuis 1993, Thèse de doctorat de science politique, Institut d’études politiques de Paris, 2008, 827 p ; Thierry BARBONI, Les changements d’une organisation. Le Parti socialiste, entre configuration partisane et cartellisation (1971-2007), thèse de doctorat de science politique, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2008, 684 p ; Aude CHAMOUARD, Les maires socialistes en France dans l’entre-deux-guerres : une expérience réformiste du pouvoir ?, Thèse de doctorat d’histoire, Institut d’études politiques de Paris, 2010, 837 p ; Mathieu FULLA, Le Parti socialiste face à la question économique (1945-1981) : une histoire économique du politique, thèse de doctorat d’histoire, Institut d’études politiques de Paris, Paris, 2012, 1045 p ; Ismaïl FERHAT, Socialistes et enseignants: le Parti socialiste et la Fédération de l’Education nationale de 1971 à 1992, thèse de doctorat d’histoire, Institut d’études politiques de Paris, 2013 ; Claire MARYNOWER, Être socialiste dans l’Algérie coloniale: pratiques, cultures et identités d’un milieu partisan dans le département d’Oran, 1919-1939, thèse de doctorat d’histoire, Institut d’études politiques de Paris, Paris, France, 2013, 1025 p.
7 Noëlline CASTAGNEZ, Laurent JALABERT, Marc LAZAR, Gilles MORIN et Jean-François SIRINELLI (dir.), Le Parti socialiste unifié : histoire et postérité, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013, 329 p.
8 Danielle TARTAKOWSKY et Alain BERGOUNIOUX (dir.), L’union sans unité : le programme commun de la gauche, 1963-1978, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2012, 307 p.
9 Noëlline CASTAGNEZ et Gilles MORIN (dir.), Le Parti socialiste d’Épinay à l’Élysée, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015, 353 p.
10 Noëlline CASTAGNEZ et Gilles MORIN (dir.), Pierre Bérégovoy en politique : actes du colloque, à Paris les 28 et 29 mai 2010, Paris, L’Harmattan, 2013, 237 p.
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travaux abordent cette dernière décennie seulement comme un point de fuite, et non comme un objet à part entière. Les temps les plus récents sont encore la chasse gardée des seuls politistes, et restent à défricher.
Les politiques du travail, entre relations professionnelles, histoire renouvelée de l’État et vague néolibérale
La présente thèse se place également au sein d’une histoire sociale qui forme aujourd’hui un domaine aux contours bien plus mouvants qu’il y a quelques décennies1. Là aussi, les grandes lignes du paysage historiographique ne sont pas forcément aisées à déterminer. En voici cependant quelques-unes.
Des regards neufs sur les syndicats et le patronat
L’histoire sociale n’a plus aujourd’hui le statut qu’elle avait dans les années 1960 et 1970, lorsque, selon le mot d’Éric Hobsbawm, « la période était bonne pour faire de l’histoire sociale2 ». Le marxisme a perdu de son aura, l’ancienne histoire ouvrière n’est plus depuis longtemps dominante, et l’histoire des mouvements syndicaux a également perdu de sa centralité. Désormais plus discrètes, ces formes d’histoire n’en restent pas moins actives. Le monde ouvrier continue ainsi de susciter des monographies3, tandis qu’une synthèse est venue récemment faire le point sur le XXe siècle français4 L’étude des mouvements sociaux n’a pas non plus disparu, comme le prouve la publication récente d’une vaste somme, portant sur deux siècles5. Le regard porté a toutefois changé : les contestations sont désormais étudiées au plus près des expériences particulières, et non plus seulement par le prisme des organisations
1 La tentative de synthèse la plus récente est l’œuvre de François JARRIGE, « Discontinue et fragmentée ? Un état des lieux de l’histoire sociale de la France contemporaine », Histoire, économie & société, juillet 2012, 31e année, no 2, p. 45-59.
2 Cité par Christian DELACROIX, « Histoire sociale », in Christian DELACROIX, François DOSSE, Patrick GARCIA et Nicolas OFFENSTADT (dir.), Historiographies, I : concepts et débats, Paris, Gallimard, 2010, p. 421.
3 À titre d’exemples, on peut relever Nicolas HATZFELD, Les gens d’usine : 50 ans d’histoire à Peugeot-Sochaux, Paris, Éditions de l’Atelier-Éditions ouvrières, 2002, 598 p ; ainsi que Laure PITTI, Ouvriers algériens à Renault- Billancourt, de la guerre d’Algérie aux grèves d’OS des années 1970: contribution à l’histoire sociale et politique des ouvriers étrangers en France, thèse de doctorat d’histoire, Université Paris VIII, France, 2002, 682 p.
4 Xavier VIGNA, Histoire des ouvriers en France au XXe siècle, Paris, Perrin, 2012, 399 p.
5 Michel PIGENET et Danielle TARTAKOWSKY (dir.), Histoire des mouvements sociaux en France : de 1814 à nos jours, Paris, la Découverte, 2012, 800 p.
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structurées1. L’étude du syndicalisme se déplace quant à elle sur de nouveaux fronts pionniers, grâce notamment à des changements d’échelles, et grâce au recours plus systématique qu’auparavant à la comparaison internationale2. Les deux principales organisations syndicales françaises, la Confédération générale du travail (CGT) et la Confédération française démocratique du travail (CFDT) continuent de faire l’objet de travaux nombreux3. Les analyses centrées sur les organisations ont d’ailleurs été enrichies par des biographies de leurs principaux dirigeants, qui ne sont pas l’œuvre d’historiens universitaires mais n’en sont pas moins nourries par le recours aux archives4. Les organisations plus minoritaires ont suscité un intérêt jusque là inédit : Force ouvrière (FO), syndicat délaissé par la recherche depuis les travaux pionniers d’Alain Bergounioux5, a ainsi fait l’objet dans les dernières années d’une thèse de science politique6 et de deux colloques se traduisant chacun par une publication d’importance7.
Mais le domaine le plus dynamique de la recherche sur les organisations collectives est sans aucun doute celui portant sur le patronat. Les chefs d’entreprise et les groupements aspirant à les représenter n’ont pendant longtemps que peu suscité de travaux, que ce soit par manque d’intérêt, ou parce que ces milieux étaient – souvent à bon droit – considérés comme opaques et fermés aux chercheurs. Les monographies d’entreprises ou les biographies de patrons sont un genre courant depuis longtemps, mais l’action des organisations patronales
1 Xavier VIGNA, L’insubordination ouvrière dans les années 68 : essai d’histoire politique des usines, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2007, 378 p.
2 Michel PIGENET, Patrick PASTURE et Jean-Louis ROBERT (dir.), L’apogée des syndicalismes en Europe occidentale, 1960-1985, Paris, Publications de la Sorbonne, 2005, 282 p.
3 Élyane BRESSOL, Michel DREYFUS, Joël HEDDE et Michel PIGENET (dir.), La CGT dans les années 1950, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005, 487 p ; Joël HEDDE (dir.), La CGT de 1966 à 1984 : l’empreinte de Mai 1968, Montreuil, Institut CGT d’histoire sociale, 2009, 535 p ; Frank GEORGI, L’invention de la CFDT 1957-1970. Syndicalisme, catholicisme et politique dans la France de l’expansion, Paris, Éditions de l’Atelier et CNRS éditions, 1995, 651 p ; Nicolas DEFAUD, La CFDT, 1968-1995 : de l’autogestion au syndicalisme de proposition, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 2009, 361 p ; Frank GEORGI, CFDT, l’identité en questions : regards sur un demi-siècle, 1964-2014, Nancy, Éditions Arbre bleu, 2014, 288 p.
4 Christian LANGEOIS, Henri Krasucki : 1924-2003, Paris, Cherche midi, 2012, 263 p ; Jean-Michel HELVIG, Edmond Maire : une histoire de la CFDT, Paris, Éditions du Seuil, 2013, 601 p. En ce qui concerne les chantiers biographiques, il faut bien évidemment mentionner l’incontournable Maitron, ou Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, désormais dirigé par Claude Pennetier et Paul Boulland. L’ensemble des notices est maintenant disponible en ligne à l’adresse maitron-en-ligne.univ-paris1.fr [2 septembre 2015].
5 Alain BERGOUNIOUX, Force ouvrière, Paris, Éditions du Seuil, 1975, 252 p ; Alain BERGOUNIOUX, Force ouvrière, Paris, Presses universitaires de France, 1982, 126 p.
6 Karel YON, Retour sur les rapports entre syndicalisme et politique : le cas de la CGT-FO, thèse de doctorat de science politique, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris, France, 2008, 739 p.
7 Michel DREYFUS, Gérard GAUTRON et Jean-Louis ROBERT (dir.), La naissance de Force ouvrière : autour de Robert Bothereau, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2003, 266 p ; Michel DREYFUS et Michel PIGENET (dir.), Les meuniers du social : Force ouvrière, acteur de la vie contractuelle et du paritarisme, fin des années cinquante-début des années quatre-vingt, Paris, Publications de la Sorbonne, 2011, 270 p.