‘ ‘ ‘
‘
L
a préoccupation d’aider les patients souffrant de douleurs chro- niques à s’approprier des savoirs et des compétences afin de mieux comprendre et «gérer» leurs symptômes douloureux (em- powerment) est dans l’air du temps. On observe en effet actuellement un fort intérêt pour l’éducation thérapeutique dans le domaine algologique, parallèlement au développement rapide de programmes de formation in- teractifs sur internet.L’engouement pour l’éducation thérapeutique qui traverse les milieux de l’algologie francophone semble curieusement surtout porté par des équipes ayant une grande expérience des thérapies cognitivo-comporte-
mentales (TCC). Au-delà d’une possi- ble désillusion quant à ces thérapies – dont le bénéfice est pourtant dé- montré – on peut y voir un recentra- ge sur leurs dimensions pédagogiques et le souhait de renforcer prioritaire- ment le sentiment de self-efficacy (auto- compétence), reconnu comme un dé- terminant majeur de la satisfaction et du pronostic fonctionnel des patients souffrant de douleurs chroniques. Gageons que pour prendre place dans l’offre de soins, ce renouvellement des propositions de prise en charge ne fait l’impasse ni sur le besoin de soutien ni sur la demande de reconnais- sance de la souffrance qui sont logés dans la plupart des interactions cli- niques avec les patients douloureux chroniques.
Les bénéfices d’une éducation thérapeutique multidisciplinaire corres- pondant aux critères exigeants de qualité pédagogique internationaux ne sont plus à démontrer. Pensons par exemple aux programmes destinés aux patients souffrant de diabète ou de maladies chroniques, aux diverses variantes des écoles du dos, aux groupes multimodaux s’adressant aux patients fibromyalgiques, développés notamment dans nos murs. La prise en compte des représentations des patients et un partenariat pédagogique centré sur leurs besoins en ont fait la force.
Parallèlement, divers programmes de formation s’adressant aux patients douloureux chroniques sont maintenant offerts sur internet. Développés par des spécialistes qualifiés, ils permettent aux patients une accessibilité et une appropriation hautement indépendantes et individualisées de sa- voirs et de compétences. En plus d’interactivités techniques, ces program- mes proposent de nombreuses modalités de communication synchrones et asynchrones avec les professionnels de la santé et les autres patients.
Cette nouvelle orientation répond aux objectifs des autorités sanitaires de nombreux pays dont la Suisse, qui encouragent à travers des plans stratégiques de cybersanté l’utilisation d’internet pour améliorer les com- pétences des citoyens dans le domaine de la santé, en assurant la qualité et la sécurité sans augmenter les coûts.
Les programmes «d’autoprise en charge» ciblant les patients doulou- reux chroniques sur internet sont très divers, allant du site d’information, au site de soutien par les pairs, en passant par des programmes complets
L’information en partage : entre soutien et indépendance
«… le sentiment de self
efficacy, reconnu comme un déterminant majeur de la satisfaction et du pronostic fonctionnel …»
éditorial
Revue Médicale Suisse – www.revmed.ch – 27 juin 2012 1371
Editorial
A.-F. Allaz V. Piguet
du professeur
Anne-Françoise Allaz
Service de médecine interne de réhabilitation – Beau-Séjour Département de médecine interne réhabilitation et gériatrie et du docteur
Valérie Piguet
Service de pharmacologie et toxicologie cliniques
Centre multidisciplinaire d’évaluation et de traitement de la douleur HUG, Genève
Articles publiés sous la direction
03_04_36534.indd 1 25.06.12 12:00
‘ ‘
de thérapie cognitivo-comportementale. Des études à venir devront ré- pondre aux questions soulevées par ces thérapies sur la toile, à savoir comment mieux standardiser les modules thérapeutiques, la communica- tion entre tous les intervenants ou encore les moyens d’évaluation. En effe t, la comparaison de leurs résultats devrait permettre d’établir des in-
dications, des critères de qualité et des re- commandations cliniques. Par ailleurs, si un effet positif tant sur la douleur et l’activité physique que sur les coûts associés aux trai- tements a été observé dans les thérapies TCC sur internet, aucune étude n’a encore comparé leur efficacité à celle d’une même thérapie, effectuée en présence d’un/e thé- rapeute, de ses compétences, de son approche relationnelle et surtout de son écoute bienveillante.
Certes, l’éducation à la santé des patients sur internet est devenue au- jourd’hui incontournable et il est essentiel de s’y engager pour y offrir des informations de qualité. Cet enjeu important fait actuellement l’objet de recherches et de développements actifs dans le domaine de l’algologie.
Rappelons néanmoins qu’au-delà des contenus, plusieurs auteurs ont dé- montré que l’information transmise aux patients a d’autant plus d’impact qu’elle est donnée par un/e professionnel/le de santé et ceci dans un par- cours de soins donné. On retrouve ici le rôle central du lien et de l’alliance thérapeutiques que nous tenons pour irremplaçables.
1372 Revue Médicale Suisse – www.revmed.ch – 27 juin 2012
«… l’information transmise aux patients a d’autant plus d’impact qu’elle est donnée par un/e professionnel/le de santé …»
03_04_36534.indd 2 25.06.12 12:00