R EVUE DE STATISTIQUE APPLIQUÉE
J. J. D AUDIN E. P OMMIÈS P. V ARRALL J. B ECQUET
Modélisation stochastique de la maintenance d’une ligne de métro
Revue de statistique appliquée, tome 35, n
o4 (1987), p. 37-53
<http://www.numdam.org/item?id=RSA_1987__35_4_37_0>
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MODÉLISATION STOCHASTIQUE
DE LA MAINTENANCE D’UNE LIGNE DE MÉTRO
J.J.
DAUDIN,
E.POMMIÈS
Institut National Agronomique
Paris-Grignon, Département
deMathématique
etInformatique,
16, rue Claude Bernard, 75005 Paris.
P. VARRALL
Direction du réseau ferré, Service du matériel roulant, Régie Autonome des Transports Parisien,
89, rue de Lagny, 75020 Paris.
J.
BECQUET Statistique Appliquée,
1987, (4),RÉSUMÉ
Une modélisation
stochastique
a été utilisée pour simuler le comportement du système de maintenance des trains d’uneligne
de métro, dans le but d’étudier les interactions entre lalogistique
de maintenance,l’organisation
des ateliers deréparation
et le fonctionnement du service
d’exploitation.
La distribution des durées inter-événement est étudiée lorsque le nombre de pannes par unité de temps est de typenégatif
binomial.L’intérêt de ce type de simulation face à des modélisations de type processus de naissance et mort est analysé.
Mots clés : Binomiale négative, Fiabilité, Loi de Pearson type VI, Simulation
stochastique.
SUMMARY
A stochastic modélisation is used to simulate the maintenance system behavior of the trains of an
underground railway ligne
in order tostudy
the interactions between the maintenancelogistic,
theorganization
of therepair shop
and the passenger conveyancedepartment.
The c.d.f. of the time between two successive failures under anegative
binomial law for counts of breackdown is
given.
The interest of this kind of simulation model in front of markovian processus modelization is studied.Key words : Negative binomial,
Fiability,
Pearson type VI, Stochastic simulation.1. Présentation
a.
Objectifs
de l’étudeLa
conception
de nouveaux matériels roulants nécessite la détermination desobjectifs
dedisponibilité,
fiabilité et maintenabilité defaçon
à assurer la meilleurequalité
de servicepossible
pour un coûtglobal minimum,
tout en respectant la sécurité. Il est donc nécessaire de rechercher lecompromis
favorable entre lesdifférents
paramètres
pouroptimiser
larépartition
descharges
entre le coût38 J.J. DAUDIN, E. POMMIÈS, P. VARRALL, J. BECQUET
d’acquisition
et le coûtd’exploitation
du matérielroulant,
dans le but d’obtenir ladisponibilité requise.
D’autre part, la connaissance des interactions entre les différents
paramètres agissant
sur lesystème
de transport doit permettre de rationaliser lesdécisions,
defaçon
à minimiser les coûtsd’exploitation
pour un matériel roulantdéjà
enservice.
La direction du réseau ferré
dispose
d’un indicateur de l’efficacité dusystème
de transport,appelé qualité
de service. Il permet d’évaluer unedispo-
nibilité
opérationnelle
dusystème
de transport par rapport aux voyageurs. Ilprend
en compte les incidentsd’exploitation (les retards,
les circulations sansvoyageurs, les missions non
assurées...)
par l’intermédiaire de la formule sui- vante :où a et b sont des coefficients de
pondération.
trp est la somme
pondérée
des minutes de retard en fonction de la nature des incidentscomptabilisés.
Te est la durée du service normal t est le temps
d’exploitation perdu
T est le temps
d’exploitation prévu.
On calcule
plusieurs
sortes dequalité
de service :QS4 :
limité aux effets dont la cause estimputable
au matériel roulant etqui
nous intéresseplus particulièrement
ici.QS3 :
limité aux incidents dont la cause estimputable
à la RATP àl’exception
desgrèves,
alors queQS2
inclutégalement
ces dernières.QS 1 :
sans limitation de cause. C’est laqualité
de service ressentie par le voyageur.L’étude
présentée
a pour but d’établir les relationsqui
existent entre laqualité
de serviceQS4
et les 5 ensembles deparamètres
suivants :- le parc
disponible,
- la fiabilité du matériel
roulant,
- la maintenabilité du matériel
roulant,
- la
logistique
demaintenance,
- les conditions
d’exploitation.
b.
Description
sommaire dufonctionnement
réeld’une
ligne
de métro et de sa maintenanceUne
ligne
de métro transporte de 20 000 à 30 000 voyageurs par heure danschaque
sens aux heures d’affluence avec des trainsqui
se suivent à une minuteet demie d’intervalle. Par contre en heure creuse la
fréquence
estbeaucoup
moinsélevée. Cette
particularité
est fondamentale pour tout lesystème,
car aucun traindéfaillant ne peut être transféré des garages
pendant
les heuresd’affluence;
d’autre part la maintenance est
organisée
pour faire en sorte que lesystème
fonctionne correctementpendant
cettepériode,
les heures creuses ne posant pas deproblème
fondamental.39 La maintenance regroupe l’ensemble des
actions,
contribuant à maintenirou à rétablir le matériel roulant dans un état lui permettant d’assurer le service
exigé.
La maintenancepréventive
permet de diminuer les défaillances durant le service. La maintenance corrective est l’ensemble des actions dedépannage
effectuées suite à une défaillance. Dans cette étude nous sommes surtout intéressés par cette dernière.
Sur
chaque ligne,
une aire depremière
interventionrapide, appelé
poste de visite(situé
à Invalides pour laligne 13)
permet de réaliser laplupart
desinterventions correctives alors que l’atelier d’entretien
(situé
à CarrefourPleyel
pour la
ligne 13)
permet d’assurer les interventions correctivesimportantes
ainsique toutes les interventions
préventives.
c. Données
disponibles
et données récoltéesspécialement
pour l’étude Pour constituer le modèle et pour estimer lesparamètres
des lois deprobabilité,
il estimpératif
dedisposer
d’informations fiables et en suffisammentgrand
nombre.Tout événement provoquant une
perturbation
des missionsprévues
dé-clenche à différents niveaux de la RATP une saisie d’informations. Cette saisie est
manuelle,
locale etpartielle
car son but est derépondre
à court terme auxbesoins des différents services concernés. Seulement une
partie
des informations recueillies est centralisée et stockée sur un support informatisé. Il a donc été nécessaire de réaliser unimportant
travail desynthèse
et de contrôle des donnéesdisponibles.
Le manque d’harmonisation entre différents services(un
même trainn’est pas codifié de la même
façon
d’un service àl’autre)
a rendu cette tâcheparticulièrement
délicate.Certaines informations
indispensables
à la constitution du modèle n’étant pas recueillies par laRATP,
des observations «in situ » ont été nécessaires. La durée d’observation choisie apermis
d’accumuler des données sur un millier de défaillances environ et sur la suite des événementsengendrés
par ces dernières.Nous avons pu ainsi obtenir la distribution
empirique
de nombreuses durées inter-événement telles que :- la durée entre le
signalement
de l’avarie et le retrait du train del’exploitation;
- la durée d’attente à Invalides avant l’intervention au poste de
visite;
- la durée de l’intervention au poste de
visite;
- la durée de transfert des trains du poste de visite à
l’atelier;
- la durée d’attente avant l’entrée dans
l’atelier;
- la durée des interventions à
l’atelier;
- le délai
séparant
la fin d’uneréparation
de la remise en service du train.Enfin les données concernant le nombre de défaillances par semaine pour
un type d’incident et pour un type d’avarie données sont issues des sources RATP
sur une durée de 2 ans
(1983
et1984).
40 J.J. DA UDIN, E. POMMIÈS, P. VARRALL, J. BECQUET
2. Choix du
type
demodélisation
Plusieurs modèles peuvent être
envisagés
pour décrire le fonctionnement d’uneligne
demétro ;
les modèles purement déterministes doivent être exclus àcause de la nature aléatoire de nombreux événements comme les
défaillances,
la durée desréparations; cependant
il fautprendre
en compte certainesrègles
de fonctionnement non aléatoires comme les horaires des ateliers ou le nombre de trains circulant à une heure donnée de lajournée.
Dans le cadre d’une modélisation
stochastique,
on peut admettre la nature markovienne(c’est-à-dire
sansmémoire)
desévénements,
à condition de décrirecomplètement
l’état dusystème
àchaque
instant considéré. On utilisera alors unmodèle markovien à temps continu sous la forme d’un processus de naissance
ou mort
(voir [1])
où à temps discret(chaine
deMarkov).
LIGERON et DELAGE
[5]
ont utilisé un modèle de ce type pour modéliser ladisponibilité
d’unsystème
de transport.Définissant les N états que peut
prendre
lesystème
de transportEl, E2, ...
EN ,
ils décrivent les transitions entre ces états à l’aide de la matrice de transition A de termegénéral
aij, où aij est laprobabilité
de passage de l’étatEj
à l’étatEi.
Ces
probabilités
de passage nedépendent
pas du temps cequi
est unehypothèse
très forte
qui
permet un traitementanalytique
du modèle : on obtient alors unsystème
de Néquations
différentielles à coefficients constants :dP(t)/dt
=AP(t) (1)
où
P(t)
est un vecteur colonne dont le termegénéral
p,(t) représente
laprobabilité
que le
système
soit dans l’étatE,
au temps t.Une
intégration numérique
de cesystème d’équations
différentielles fournit le vecteurP(t)
au cours du temps. Ladisponibilité D(t),
la fiabilitéR(t)
et lamaintenabilité
M(t)
peuvent êtreégalement
déduites del’équation (1).
La résolution
analytique
repose surl’hypothèse d’homogénéité.
En fait cettedernière
hypothèse
est peu réaliste dans le cas d’uneligne
de métro où le fonctionnement dusystème
estprofondément
différent selon l’heure de lajournée
à cause des fortes variations du nombre de passagers dues aux
phénomènes
desheures de
pointe.
Le comportement dusystème
de maintenance est lui aussi différent selon l’heure de lajournée :
il est parexemple impossible
deprocéder
à des transferts de trains défaillants
pendant
les heures depointe;
d’autre part les horaires de l’atelier deréparation
ontégalement
leurimportance.
Enfin il ya
également
une nonhomogénéité
des occurrences des défaillances d’une semaine à l’autre. Cepoint
est détailléau §
4.Un modèle markovien non
homogène
semble donc mieuxadapté
à la réalité.Cependant,
si certains processus nonhomogènes
peuvent être décrits defaçon analytique
et résolus parintégration d’équations différentielles,
comme parexemple
les processus de POLYA(voir [1]),
laplupart
d’entre eux sont tropcomplexes
pour permettre une résolutionmathématique.
En
résumé,
dans le cadre de l’étude de laligne
de métro considéréeici,
toute modélisation raisonnable doit tenir compte descaractéristiques
suivantes :i)
Présence derègles
déterministes de transition entre événements.ii)
Présence derègles
de transition aléatoires dont certaines sont fortementnon
homogènes
dans le temps. Deplus
la variation desrègles
au cours du tempsest discontinue.
On est donc conduit à utiliser un modèle markovien non
homogène
donton décrit le fonctionnement par simulation.
3.
Description
dumodèle
de simulation 3.1. Structure du modèleIl est caractérisé à un instant donné par un ensemble d’états dans
lesquels
se trouvent ses constituants.
1)
Etats des trains(11
étatspossibles
pour chacun des 60trains).
2)
Etats des services deréparation (fermé,
libre ouoccupé).
3)
Etatglobal
dusystème : fermé,
ouvert, tranche horaire danslaquelle
setrouve le
système (heure
depointe
ou heurecreuse).
Un événement est un
changement
d’état. Il est caractérisé par :- ses états de transition
- sa date
- des
renseignements complémentaires
tels que le type d’avarie et sagravité.
Les avaries sontréparties
en 13 types selonl’organe
touché(portes,
moteur,
bogie, etc.).
Sagravité
est classée selon 4catégories : (1)
unsimple signalement
sansconséquence
surl’exploitation,
(2)
une défaillanceplus
grave,appelée det, qui n’empêche cependant
pas le train depoursuivre
son servicejusqu’au
terminus où il est mis horsexploitation, (3)
le stationnement(sta) :
le train stationnepuis
repart avec des voyageurs ; il est mis horsexploitation plus tard,
(4)
le haut lepied (hlp) :
les voyageurs descendent du train et celui-ci est mis immédiatement horsexploitation.
Dans les 2 derniers cas, un retard subi par les voyageurs est
comptabilisé, qui
estégal
à la durée de l’incident.La
figure
1 illustre les états des trains et les liens entre eux.Une
horloge gère
les événements. Ils’agit
d’unehorloge asynchrone qui
permet de passer d’un événement à son suivant. Les sauts dans le temps sont de duréeinégale,
d’où le termed’asynchrone. L’horloge
est constituée d’undateur,
tableauordonné, géré dynamiquement,
des événements futurs. Ellepossède
3 mécanismes essentiels :
i)
Recherche dans le dateur duprochain
événement dans lefutur,
de son type, sa date et desrenseignements complémentaires
le concernant.ii)
Activation d’un événement. Le temps est incrémenté. Leschangements
d’états liés à cet événement sont effectués. Les dates des événements futurs
engendrés
sont calculées.iii)
Insertion d’un événement dans le dateur.42 J.J. DAUDIN, E. POMMIÈS, P. VARRALL, J. BECQUET
FIGURE 1
Schéma du modèle de simulation.
Le
principe
du fonctionnement de ce type de simulationstochastique asynchrone
estexposé
en détail dansl’ouvrage
deBRATLEY,
FOX etSCHRAGE
[2].
3.2.
Description
des étatsa. Etats des trains .
1)
Fonctionnement normal : le train fonctionne avec des voyageurs.2)
Avarie : le train fonctionne avec des voyageurs, mais une avarie(simple signalement
oudet)
a étésignalée.
Dans cet état le train fonctionnejusqu’à
songarage et sa mise hors
exploitation.
3)
Réserve : un train dans cet état est en état demarche,
mais ne transporte pas de voyageurs.4)
Incident. Ils’agit
des 2 cas d’avariepénalisant
le voyageur(sta
ethlp).
5)
Garé hors service. Ils’agit
de l’état où se trouvent les trains mis horsexploitation après
une avarie.6)
Attente à Invalides. Ils’agit
de l’état où se trouvent les trains horsservice,
transférés à Invalides etdisponibles
pour la visite du contremaître visiteur(cv).
7) Réparation
à Invalides par le contremaître visiteur.8)
Attente dudépart
versl’atelier, après
la visite du contremaître visiteur.9)
Attente à l’atelier. Le train est en attente deréparation
à l’atelier.10) Réparation
à l’atelier.11 )
Attente de mise àdisposition : après réparation,
à Invalides ou àCarrefour
Pleyel,
le train est mis en attente de service.b.
Description
des services deréparation
Le poste de visite d’Invalides est destiné à la
réparation
des défaillancesmineures, rapides
à effectuer. Il fonctionne de 6 h à 22 h sansinterruption.
Ce poste de travail ne peut traiterqu’un
seul train à la fois. Il peut être dans l’un des trois états suivants :fermé, libre, occupé.
L’atelier de Carrefour
Pleyel,
destiné auxréparations importantes
et àl’entretien
préventif,
fonctionne selon les horaires suivants :Du lundi au mercredi : 7 h 30 à 11 h 45
puis
12 h 45 à 16 h 30.Du
jeudi
au vendredi : 7 h 30 à 11 h 45puis
12 h 45 à 15 h 30.Trois trains peuvent être traités simultanément à l’atelier en maintenance corrective. L’atelier peut donc être dans l’un des 5 états suivants :
fermé, libre,
un,
deux,
trois trains enréparation.
c. Etats
globaux
dusystème
Le service
d’exploitation
fonctionne defaçon
très différente selon les heures de lajournée,
cequi
a desrépercussions profondes
sur ledéplacement
des trainsdéfaillants et donc sur tout le fonctionnement de la maintenance. Il est donc fondamental de tenir compte de la situation horaire. La
journée
a étédécoupée
en 9 tranches d’environ 2 heures
chacune,
et dont 2 d’entre elles forment les heures depointe (7h20-9h20
et17h20-19h20).
L’effectif moyen de trains circulant durant une tranche donnée est constant et déterminé à l’aide des horaires internes de la RATP. Il est donné pour illustration dans le tableau I. Lesystème
peut donc être dans l’un des neuf étatscorrespondants plus
un étatsupplémentaire,
de 0 h 30à 5 h
20,
durantlequel
aucuntrain,
sauf les convois de travaux, ne peutcirculer,
que ce soit en
exploitation
où horsexploitation.
TABLEAU 1
Définition des tranches horaires et nombre moyen de trains
en circulation durant la tranche
44 J.J. DA UDIN, E. POMMIÈS, P. VARRALL, J. BECQUET
3.3.
Règles définissant
leschangements
d’étatLes
changements
d’état peuvent se faire defaçon
déterministe ou stochasti- que. Dans certains cas larègle dépend
de l’heure àlaquelle
intervient l’événement.Les
règles
d’arrivées des défaillances ainsi que lesprincipales règles
de fonc-tionnement des
réparations
sont les suivantes :a.
Règles
d’occurrence desdéfaillances
Pour une semaine
donnée,
pour un type d’avarie donnée et pour unecatégorie
degravité donnée,
la loi du nombre de pannes est une loi de Poissonou une loi binomiale
négative.
La loi de Poisson modélise les défaillances peufréquentes
et dont l’occurrence estplutôt régulière (variance égale
à lamoyenne)
alors que la loi binomiale
négative
est mieuxadapté
auxdéfaillances,
dites«
contagieuses
», survenant par paquets(variance plus
forte que lamoyenne).
Lesparamètres
de ces lois ont été estimés par la méthode des moments à l’aide du relevé des nombres de défaillances par semaine au cours de deux années successives. Le tableau II donne unexemple
desparamètres
estimés pour un type d’avarie.TABLEAU II
Exemple
de lois de distribution(et
leursparamètres)
des pannesLa
répartition
des défaillances selon les 5jours
ouvrables de la semaine estfaite de manière
équiprobable.
La
répartition
des défaillances dans les différentes tranches de lajournée
est faite
proportionnellement
au nombre de trains en circulation durant la tranche horaire.Enfin,
la minute d’occurrence de la défaillance est choisie selon une loi de distribution uniforme dans la tranche horaire fixée aupréalable.
Le retard dû à un haut le
pied
ou à un stationnement est modélisé par une loilog-normale
dont lesparamètres
ont été estimés de la mêmefaçon.
b.
Règles
de maintenanceCe sont les
plus complexes
à établir dans la mesure où ellesdépendent
del’heure. Nous avons eu recours aux données récoltées au cours de
l’enquête
pour les déterminer.MÉTRO
TABLEAU III
Règles
de garage et de mise horsexploitation
TABLEAU IV
Description
desrègles
de transfert entre le garage et Invalides.Z est une variable aléatoire de loi
exponentielle
deparamètre
1 = 0.018(l’unité
de temps est laminute)
A titre
d’exemple,
les tableaux III et IV décrivent d’une part lesrègles
degarage et de mise hors
exploitation
et d’autre part celles du transfert à Invalides des trains défaillants. Ces dernièresrègles
nes’appliquent
que s’il y a suffisam-ment de
places disponibles
à Invalides pour les trains défaillants. Si ce n’est pas le cas une file d’attente est constituée etgérée
selon l’évolution du nombre deplaces
libérées par les trainsréparés.
Lesplaces
de garages pour les trains défaillants à Invalides varient selon l’heure de lajournée
entre 8 le soir et 11 dansle milieu de la
journée.
Enfin aucun transfert n’estpossible
durant les heures depointe.
46 J.J. DA UDIN, E. POMMIÈS, P. VARRALL, J. BECQUET
La durée de l’intervention du contremaître visiteur est modélisée par une variable aléatoire de loi
log-normale
dont lesparamètres
ont été estimés à l’aidedes données récoltées lors de
l’enquête.
La durée deréparation
à l’atelier estégalement
modélisée par une loilog-normale dépendant
du type d’avarie.Le délai de mise à
disposition
du serviced’exploitation
d’un trainréparé
est modélisé par une loi
exponentielle.
Le
délai, X,
entre la fin de la visite du contremaître visiteur et l’arrivée à l’atelier pour les trains pourlesquels
c’estnécessaire,
est modélisé de lafaçon suivante,
selon l’heure de la fin de lavisite,
notée Y :Si Y 15
h,
X suit une loi uniforme[10,40 mn].
Si Y > 15
h,
X suit une loi uniforme[10,40 mn]
àpartir
du lendemain matin à 6 heures.Cette
règle
nes’applique
que s’il y a suffisamment deplaces
de garage à l’atelier. Si ce n’est pas le cas, on attend le moment où uneplace
estdisponible.
4. Loi de
probabilité
des duréesséparant
des défaillancesayant
une distribution binomialenégative
4.1.
Hypothèses
et notationsL’utilisation de la loi binomiale
négative,
dont on a observéqu’elle s’ajuste
bien à certains types de pannes, peut se
justifier
de lafaçon
suivante :Soit
Yi
le nombre de défaillances pour un type de panne donné au cours de la semaine i.Yi
suit une loi depoisson
deparamètre 1,.
Chaque semaine, Ii
est la réalisation d’une variablealéatoire, 1,
de loiGamma de
paramètres
N et 1 /P.Le
composé
d’une loi de Poisson et d’une loi Gamma est une loi binomialenégative (voir [4]),
dont lesparamètres
sont N et P. Par suite la loi du nombre de défaillance par semaine est une loi binomialenégative
deparamètres
N et P.Cette
présentation
de la loi binomialenégative, qui
n’est pas la seulepossible,
permet de modéliser des situations où des influencesextérieures, (chaleur, gel, humidité, affluence,
faiblefréquentation etc.)
modifient leparamètre
de la loi de Poisson d’une semaine à l’autre.
L’utilisation de cette distribution de
probabilité
s’est révéléeindispensable,
car la loi de Poisson ne permet pas une modélisation satisfaisante d’un
grand
nombre de types de panne, pour
lesquelles
la variancedépasse
le double de lamoyenne et dont la distribution n’est manifestement pas
poissonnienne.
Un
avantage
bien connu des processus de typepoissonniens
est que la loi de distribution des durées inter-événementsqui
lui sont associées est la loiexponentielle.
Par contre, il estplus
malaisé de connaître cette distribution dans le cas de la loinégative
binomiale. C’est cet aspect que nousdéveloppons
dansle § suivant,
en utilisant leshypothèses précisées
ci-dessus.MÉTRO
4.2. Distribution des durées inter-événement
On
appelle
T la variable aléatoire durée d’attente d’une panne àpartir
du temps 0. On note F(t)
etf (t) respectivement
la fonction derépartition
et lafonction densité. L’unité de temps est l’unité de comptage des défaillances
(la
semaine dans notrecas).
On noteIn
l’intervalle[n - 1, n].
a. Etude sur l’intervalle
I1
D’où l’on déduit :
Si l’on utilise le fait que 1 suit une distribution Gamma de densité :
avec
on obtient
Ce
qui
est la densité de Pearson type VI(voir [3])
et la fonction de
répartition
associée est :b. Etude sur l’intervalle
I2
Le même raisonnement que
précédemment,
utilisant le fait queIl
et12
suivent des lois Gamma
indépendantes
de mêmesparamètres
permet d’obtenir les résultats suivants :c. Etude sur
In
On étend ces résultats à un intervalle
quelconque In
par récurrence et on obtient :48 J.J. DAUDIN, E. POMMIÈS, P VARRALL, J. BECQUET
Il faut noter que la fonction densité
présente
despoints
de discontinuité pour les valeurs entières de tpuisque
L’espérance
et la variance de T découlent del’expression
de la densité deprobabilité f (t) après quelques manipulations :
Ces deux
expressions
sont à comparer à leurshomologues
pour la loiexponentielle :
et pour la loi de Pearson type VI :
Cette dernière peut être obtenue comme cas
particulier
de la loigénérale développée ci-dessus,
en choisissant une unité de temps que l’on fait tendre versl’infini,
car alors K tend vers 0. Enfinquand
P tend vers 0 et N tend versl’infini,
avec NP constant, on obtient la loi
exponentielle
comme casparticulier
du casgénéral.
Cette situationcorrespond
à une loi Gamma de variancenulle,
c’est-à-dire à un
paramètre
1 fixequelle
que soit la semaine.Par contre, d’un
point
de vuepratique,
il peut y avoir des différences de distributionimportantes
entre la loigénérale
et la loiexponentielle,
surtoutquand
N est
petit,
c’est-à-direproche
ou même inférieur à 1. Lesfigures
2 et 3 donnentles deux fonctions de
répartitions
pour 2couples
de valeurs de N etP,
leparamètre
1 de la loiexponentielle
étantpris égal
à NP. L’unité de temps est la semaine de fonctionnement pour l’ensemble des trains de laligne.
FIGURE 2
Fonctions de
répartition
de la durée inter-événement dans le cas poissonnien et dans celui de typenégatif
binomial N = 0.355 et P = 1.7.49
FIGURE 3
Fonction de
répartition
de la loiexponentielle
et de la loi générale pour N = 4.7 et P = 0.56.TABLEAU V
Moyenne
etécart-type
des loisexponentielle
etgénérale
pour différentes valeurs de N et de P
Le tableau V donne les moyennes et variances de ces 2 distributions pour
plusieurs
valeurs de N et de P. La moyenneplus
élevée de la loigénérale signifie
que des nombres de défaillances moyens
égaux correspondent
à des durées moyennes inter-événementplus
élevées pour une binomialenégative
que pour la loi de Poisson. Autrementdit,
des durées inter-défaillanceséquivalentes
donne-ront un nombre moyen de défaillances par unité de temps
plus
élevé dans le cadre d’un processus de typenégatif
binomial que dans celui d’un processus de Poisson.5. Résultats essentiels et validation du modèle 5.1. Le programme de simulation
Un programme comportant environ 2 000
instructions,
a été. réalisé enFORTRAN,
selon le modèle décrit succintementau §
3. La simulation des variables aléatoires a été faite àpartir
de nombrespseudo-aléatoires
obtenus par50 J.J. DA UDIN, E. POMMIÈS, P. VARRALL, J. BECQUET
une méthode de congruence linéaire. Un certain nombre de
paramètres
doiventêtre donnés par l’utilisateur avant l’exécution du programme, tels que le parc de trains
disponible
sur laligne,
les horaires de travail des postes deréparation,
lesparamètres
derègles
de transfert des trains défaillants ainsi que le nombre de semaines de simulation. Cesparamètres
peuvent êtreschématiquement séparés
en deux groupes. Le
premier
contient lesparamètres
permettant de caler le modèle sur laréalité,
le deuxième contient lesparamètres
fixés par l’utilisateur selon des scénarii constitués defaçon indépendante
selon lesprojets
desresponsables
du fonctionnement de laligne.
5.2. Présentation des résultats pour une simulation
Les résultats d’une simulation sont
présentés
dans les tableaux VI et VII.Il
s’agit
de moyennes et de variances calculées sur les 2 ans de simulation. Ladurée,
assezimportante,
a été choisie en raison de la variabilité de certains résultats. Un nombre de 104semaines,
soit 520jours ouvrables,
permet d’obtenir des intervalles de confiance suffisammentpetits
pour rendrepertinentes
lescomparaisons
entreplusieurs
simulations. Une conclusionpremière, qui
n’étaitpas évidente à
priori,
et que l’on peut faire àpartir
du tableauVII,
est que les trains défaillants passentplus
de temps en transfert ou en attentequ’en réparation réelle,
cequi souligne l’importance
de lalogistique
des transferts dans la réduction du tempsd’indisponibilité
des trains défaillants.TABLEAU VI
Résultat d’une simulation sur 2 ans concernant la
qualité
de serviceTABLEAU VII
Durée moyenne
d’indisponibilité
en minutes(*) seulement 15 % des défaillances nécessitent le passage à l’atelier
51
5.3.
Calage
du modèle et validationUne
première étape
consiste à fixer certains desparamètres
mal connus defaçon
à ce que le modèles’ajuste
le mieuxpossible
à la réalité. Les variablesqui
ont servi au
calage
sont certaines durées de transfert des trains défaillants ainsi que le nombre de trainsindisponibles
à une heure donnée de lajournée,
le tempsd’exploitation perdu (Cf. § 1)
mesuré en nombre de tours non effectués(appelés
nombre de tours
perdus)
et laqualité
de service. Parexemple
on compare la distribution du délaiséparant
la mise horsexploitation
de l’arrivée à Invalides pour l’échantillon obtenu lors del’enquête
d’une part, et celui issu de la simulation d’autre part.5.4. Utilisation des simulations
La simulation a été faite dans
l’objectif
d’améliorer laqualité
de service touten diminuant le parc de
trains,
defaçon
à réduire les coûtsd’exploitation.
Plusieurs scénarii ont été établis :
Le
premier représente
la situation actuelle.Le deuxième est une modification du
premier qui
estprévue
pour faire face àl’augmentation
du nombre de voyageurs sur laligne.
La simulation montrequ’un
accroissement du parc se traduirait par unedégradation
de laqualité
deservice,
ceciquel
que soit le nombre de trainssupplémentaires
affectés à laligne
car si cette
augmentation
est nécessaire pour augmenter lafréquence
de rotation destrains,
elle se traduit pas ailleurs par un encombrement des stationnements avantréparation,
ayant pourorigine
laconfiguration
des installations.Le troisième scénario consiste à aller dans le sens des
objectifs
définisplus
haut à l’aide de deux améliorations du service de maintenance : d’une part assurer
FIGURE 4
Evolution du nombre moyen de trains
indisponibles
au cours de lajournée.
52 J.J. DAUDIN, E. POMMIÈS, P. VARRALL, J. BECQUET
le transfert des trains défaillants au poste de visite le
jour
même de la panne, et d’autre part faire fonctionner ce postejusqu’à
24 h. Ces deux modifications ont étésuggérées
par lespremiers
résultats du modèlequi
montrent que le nombre de trainsindisponibles
peut êtreparticulièrement
élevé à 6 h cequi
rend délicat le passage de l’heure depointe
du matin.(Cf. Fig. 4). D’après
lasimulation,
ces modificationspermettraient
de diminuer le parc de 3 trains(sur 60)
sans fairebaisser la
qualité
de service. Ces mêmes modifications rendraientpossible l’augmentation
des rotationsprévues
dans le scénario 2 sansaugmentation
duparc.
Le dernier scénario est celui de la
ligne
« idéale »(poste
de visite et atelierau même
lieu, proche
duterminus,
pas de limitation concernant lesplaces
degarage
disponibles.
Si ce scénario n’a pas d’intérêt pour laligne considérée,
ilest par contre riche en
enseignements
pour la construction de nouvelleslignes.
D’autres études ont été faites concernant
l’impact
de l’amélioration de la fiabilité sur laqualité
de service pour certaines pannessensibles,
ainsi que sur l’effet d’une réduction des temps deréparation.
6. Conclusions sur la
méthodologie employée
L’intérêt des modèles de simulation
stochastique
pour traiter desproblèmes
de ce type peut être résumé en
quelques points :
1)
La nonhomogénéité
dans le temps des processus considérés crée unobstacle de taille à la résolution
analytique
de modèlesmathématiques
tenant compte de cette réalité. D’autre part il semble irréaliste de fairel’hypothèse d’homogénéité
dans ce type de situation et d’utiliser des processus de naissanceou mort, par
exemple qui
nécessitent cettehypothèse.
La constitution d’un modèlestochastique
réaliste et son traitement par des méthodes de Monte-Carlo semble être la seule solutionpossible
dans ce cas.Il faut
souligner
que dans notre cas les améliorations essentiellessuggérées
par la simulation concernent
précisément l’organisation
de la maintenance dans lajournée,
etqu’elles
n’auraient donc pas pu être mises en évidence par un modèlehomogène
dans le temps.2)
Lemélange
de lois de distributionsexponentielles, log-normales,
unifor-mes, de lois de Pearson type VI et de
règles
fixes estégalement
peu favorableau traitement
analytique.
Là encore la simulation est souvent la seule solutionpossible.
3)
Leparamétrage
du modèle peut êtreadapté
auxobjectifs
de l’étude. Parexemple,
si l’on s’intéresse àl’impact
dechangements
d’horaires de travail sur laqualité
deservice,
il est facile de le faire dans le cadre d’un modèle de simulation où ces horaires sontexplicitement
introduits en tant queparamètres
modifiables. L’utilisation de modèles que l’on désire traiter
analytiquement
ne permet pastoujours
la mêmesouplesse
et nécessite souvent l’utilisation deparamètres
intermédiaires : on peut parexemple,
être amené àprendre
en compteune
augmentation
des horaires de travail par une diminution duparamètre
« temps moyen d’attente avant
réparation
».Cependant,
la relation entrel’aug-
53 mentation des horaires et la diminution du temps d’attente n’est pas
parfaitement quantifiée,
cequi
rend délicatel’interprétation
des résultats.4)
L’évolution des matérielsinformatiques
rend faisable des simulationsassez
complexes auxquelles
on aurait renoncé il y a seulementquelques
annéespour des raisons de durée et de coût des calculs. Le programme de simulation décrit
au §
3 effectue 2 ans de simulations en 10 minutes sur un Mini ordinateur passpécialement rapide (Mini 6).
5)
La transmission des résultats aux utilisateurs du modèle estlargement
facilitée par le fait que ce dernier est décrit en des termes assez
proches
de laconnaissance
empirique
etqu’il
fonctionne « comme la réalité ». Ce n’est pastoujours
le cas pour les modèlesstochastiques
traités defaçon analytique
pourlesquels
la schématisation et le formalisme constituent des obstacles à lacompréhension
et à l’utilisationcomplète
du modèle par les décideurs écono-miques.
On
reproche
aux méthodes de simulation leur lourdeur en investissementinformatique,
lalongueur
et lacomplexité
des programmes. On confondparfois
deux
étapes
dans la construction de la simulation :- la
première étape
consiste àcomprendre
lesystème
et à élaborer un modèledescriptif;
cetteétape,
si elle demande souventbeaucoup
de temps, est fondamentale par la meilleure connaissancequ’elle
apporte engénéral
sur lesystème étudié;
- la deuxième
étape
est la rédaction et la mise aupoint
du programme.Elle est relativement
rapide
quand la premièreétape
a été correctement réalisée.Cependant,
il y a une tailleoptimum
desproblèmes traités,
au-delà delaquelle
les avantages cités ci-dessus et notamment lepoint
5 ne sontplus
vrais.En effet la
complexité
du modèle et du programme associé le rend opaque àl’utilisateur,
etquelquefois
au concepteurlui-même,
des erreurs non décelées peuvent semultiplier. Quand
le modèle devient aussicompliqué
que la réalité etquelquefois davantage
encore, la modélisationperd
de son intérêt en tantqu’outil
de
synthèse
et decompréhension.
Deplus
sa valeurprédictive
devient douteuse.L’utilisation
d’hypothèses simplificatrices
s’avère alorsnécessaire,
à la fois dansle but d’une meilleure
compréhension
dusystème
étudié et d’uneprédiction
deson comportement dans certaines situations.
Bibliographie
[1] BAILEY N.T.J. (1964). - The elements of stochastics processes.
Wiley.
[2] BRATLEY P., FOX B.L., SCHRAGE L.E. (1983). - A
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[3] JOHNSON N.L., KOTZ S. (1970). - Distribution in Statistics : Continuous Univariate Distributions.
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[4] JOHNSON N.L., KOTZ S. (1969). - Distribution in Statistics : Discrete Distributions.
Wiley.
[5] LIGERON J.C., DELAGE A. (1980). 2014 Modélisation de la