M ARC B ARBUT
Diamètres et écarts. Une décomposition du coefficient d’inégalité de C. Gini
Mathématiques et sciences humaines, tome 93 (1986), p. 61-69
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DIAMETRES ET ECARTS
UNE DECOMPOSITION DU COEFFICIENT D’INEGALITE DE C. GINI
Marc
BARBUT *
Les
façons
lesplus
usuelles de mesurer ladispersion (ou
la concentra-tion) d’une distribution, consistent
à calculer leur écart à une valeur cen-trale
représentative
de ladistribution.
Il y a
quelque temps,
Henri Rouanet attirait monattention
sur une au- treidée
naturelle : celle de sommer(ou
de"moyenner")
les écarts entre lesvaleurs observées
prises
deux àdeux;
ceciconduit
à la notion dediamètre
d’une distribution.
La note
qui suit
montre que les deuxprocédés conduisent toujours
à desmesures de la
dispersion ayant
lemême
ordre degrandeur.
Dans le cas
particulier
des écartsabsolus,
la relation entre diamètremoyen et écart moyen
fournit
unedécomposition intéressante
du coefficientd’inégalité
de C.Gini.
1. CENTRES ET ECARTS
Soit a un réel
donné, supérieur
ouégal
à 1 . On sait que, sur onpeut
luiassocier
une norme(dite
deH51der)
et une distance définies par :* Centre
d’Analyse
et deMathématique Sociales,
54 bdRaspail
Paris 6ème.et a
infini
à celui de laparfois appelée "de
la convergenceuniforme".
, d
+d n 1
Lorsque
les coordonnées vecteursx
delR repre-
sentent les valeurs
observées d’une variable numérique
X(sur
nsujets 1,2,...,n
parexemple),
onpeut
résumer les observations par une valeur cen-trale
qui
soit à distance minimum decelles-ci.
Lorsque IRn
est muni de ladistance A
définiesupra,
ceci conduit à ladéfinition
du centred’ordre
ade x ,
noté ca (x) , qui
est la valeurde t
qui
rend minimum :Où
Pour est
unique;
enparticulier,
- pour
a=2 ,
la moyenne :- pour a=oo, le milieu de
l’intervalle séparant
laplus petite
des obser-vations
de laplus grande :
Pour
a = 1
,c1(~)
est la médiane(unique)
y , des valeursobservées
lors- que n estimpair,
etn’importe quel
nombre del’intervalle
médiansinon.
Une mesure de la
dispersion
desobservations
est alors fournie parl’écart d’ordre
a dex :
Et par
l’écart-moyen d’ordre
a :En
particulier,
pour a =2 ,
estl’écart-type,
pour a = 1 ,l’écart
moyenabsolu,
et pour ainfini,
lademi-étendue
Pour tout a
(a~ 1) , l’écart
etl’écart-moyen vérifient
desproprié-
tés naturelles pour des mesures de la
dispersion :
l’écart s’exprime
dans la même unité que la variable Xobservée.
lorsque
toutes les observations sontégales,
ladispersion
est à sonminimum.
un
changement d’origine (translation)
pour la variableobservée
nemodifie
pas sadispersion.
Vir H W
l’écart
est une fonctionsous-additive du
vecteur desobservations.
-X>»)
Enfin,
pourchaque
vecteurx
des observationsfixé, Q (x)
etEa(x)
sont des fonctions monotones nondécroissantes
de a ; enparticulier :
Un
exposé élémentaire détaillé,
et lesdémonstrations
despropriétés classiques
des normes deHolder,
et desécarts
et centresqui s’en déduisent,
est
disponible
dans : M. BARBUT"Sur deux familles de valeurs centrales géné-
ralisant la
moyennearithmétique :
moyenned’ordre
a, centresd’ordre a ",
Documents du
C.A.M.S., n° P003, Septembre
1983.2. DIAMETRES
L’écart-moyen d’ordre
a mesure ladispersion
par ladistance
du vecteur desobservations
au vecteur le moinsdispersé (le plus concentré) qui
est le meil-, , ,
leur
"résumé"
decelles-ci : distance
de+
centre de x .
Une autre
façon
de mesurer ladispersion de x
=(x1,x2,...,xn)
con-siste à
prendre
encompte
lesdifférences )x. -
1x.1
parpaires
de valeursJ
observées; c’est,
comme on le verraplus loin,
cequi
est fait notamment dansle calcul du coefficient de
concentration
de C.Gini.
. , , +
Appelons diamètre d’ordre
a de x le nombre :Le
diamètre
moyenda(x)
est obtenu enprenant
la moyenne sur lespaires {x.,x.} :
1
J
B.I , ... ,,,Il est
immédiat
de vérifier que :Pour où a est
l’écart-type
Pour
Dans ces deux cas, le
diamètre
moyen est donc dumême
ordre de gran- deur quel’écart;
ceci estgénéral.
Quelque
soit a 3 1 , on a en effet la doubleinégalité :
Montrons
d’abord
la seconde de cesinégalités.
+
, ,
la moyenne de x . Par
définition :
Or : ·
D’où :
·La
dernière inégalité ci-dessus résulte
de ce que la fonctionf(t) = tu
ayant,
pour a 3 1 , et t 20 ,
saconvexité
vers le haut(Fig. 1),
ellesatisfait, quels
quesoient
à
l’inégalité
deconvexité :
On a donc :
Soit
en sommant parrapport
à i :En
divisant
les deux membres parpuissance 1/a,
ilvient
finalement :et en les
élevant
à laL’inégalité :
se
démontre également
enutilisant
laconvexité
def(t) = ta
pour a ~ 1 ,t ~ 0 .
Soit
c = le centre(x1,x2,...,xn) .
Pour toutepaire
{i,j} ,
on a :Donc
Or
f(t) = ta satisfait
enparticulier
à :D’où :
O OEt : O O
Sommons sur tous les
couples (i,j) , i ~ j :
En
divisant
parn(n-1) ,
et en élevant à lapuissance 1/a ,
on ob-tient
l’inégalité annoncée.
La double
inégalité (1),
ou, ensimplifiant :
N.B. -1- Tout ce
qui
a étémontré
dans ceparagraphe
reste vrai sil’on
rem-place IRn
par un espacemétrique (E,6) quelconque,
dont’’°°°’ S°nt
n
points,
et enremplaçant partout
les par-2- On vérifie
aisément
que le diamètre et lediamètre
moyen satisfont auxpropriétés
desécarts rappelées
à la fin duparagraphe
1ci-dessus.
et d
a (x) est, pour X fixé,
une fonction monotone non décroissante de a . .3. LE CAS a = 1 , ET APPLICATION AU COEFFICIENT
D’INEGALITE
DE C. GINISupposons
a = 1 , le centre est alors lamédiane p
pour n = 2k + 1 , etn’importe quelle
valeur del’intervalle
fermé médian pour n = 2k .Supposons
lesindices
i choisis defaçon
que :On a
alors,
si et(en abrégeant l’écriture) :
Si l’on
pose :1 d
-+ -
d k -." ,
les deux vecteurs
x I
etXs
deIR peuvent
êtreinterprétés
comme ceuxdes observations
petites (au
dessous de lamédiane) d’une part, grandes
del’autre; s’il s’agissait
de revenus(x. i distribués
à desindividus i),
ondirait : les
"pauvres",
et les"riches".
D’autre part,
pourFinalement,
ladécomposition (2) s’écrit :
Pour n =
2k ,
onobtiendrait :
En
passant
aux diamètres moyens, on obtient :(4)
pour(4’)
pourPrenons k
grand,
et omettonsl’indice,
ilvient :
Le
diamètre
moyen absolu estapproximativement égal
à l’écart moyenabsolu, majoré
duquart
de la somme des diamètres moyens despetites
valeurs(les "pauvres")
et desgrandes
valeurs(les "riches").
D’autre part, l’inégalité :
d ~ 2£montrée
supra prouve que :Interprétons (4)
et(5)
en termes de coefficientd’inégalité
de C.Gini.
On sait que l’une des
expressions
de celui-ci est :On déduit de
(4) (pour
n = 2k +1)
Soit
approximativement :
ou, en écriture
abrégée,
etcompte
tenu de :est
l’écart
absolu à lamédiane, rapporté
au totaldistribué.
Le second :
est la moyenne des
coefficients d’inégalités
des"pauvres"
et des"riches", pondérés
par lesproportions pI
etps
du totaldistribué
que chacune deces deux
catégories reçoit respectivement.
Ceci
éclaire,
mesemble-t-il,
le lien entre deux mesures(G
et£/m)
usuelles de
l’inégalité.
D’ailleurs, l’inégalité (6)
vueci-dessus,
setraduit, compte
tenu de(1’)
et(9),
par :-
Ce
qui signifie
notamment que le coefficient de Gini del’inégalité globale
est
toujours
au moinségal
à la moyennepondérée (par
lesproportions qu’ils reçoivent respectivement)
des coefficientsrelatifs
aux"pauvres" d’une part,
et aux
"riches" d’autre part,
etinférieur
àl’écart
moyenrelatif.
A titre
d’exemples :
- la
situation
laplus inégalitaire,
donne
- la
situation
laplus égalitaire,
donne :- une
situation intermédiaire, Vi, x. - is , donne :
Remarquons
enfinqu’en
itérant(8),
et en divisantl’ensemble {1,2,...,i,...,n}
desdétenteurs
de"revenus"
x. i
enquatre (quartiles),
huit
(octiles), seize,
etc ...successivement,
onobtient,
dans les nota-tions