Interfaces dans le désordre
E. Rolley, C. Guthmann, A. Prevost, S. Moulinet, M.
Poujade, M. Pettersen pour les manips
et W. Krauth, A. Rosso, K. Wiese, P. Le Doussal, M. Pettersen
pour la théorie
Laboratoire de physique statistique de l’ENS
Interface : ligne 1D ou surface 2D
Ex : surface de séparation entre spins ↑ et ↓
Interface élastique → préfère être rectiligne (ligne distordue = allongée = coût en énergie) Désordre : l’interface peut s’accrocher
sur des défauts.
On s’intéressera surtout à des défauts désordonnés
→ ←
L’état du système dépend de la compétition entre :
− rigidité/élasticité de l’interface
− piégeage sur les défauts Questions génériques :
− quelle est la force nécessaire pour déplacer l’interface ? S’il y a une force seuil FC non nulle, l’interface peut être bloquée par les défauts.
− Comment se déplace l’interface pour une force appliquée supérieure à FC ?
Questions concrètes :
− pourquoi les gouttes de pluie restent-elles accrochées aux vitres ?
− comment s’étale un film liquide ?
− comment limiter l’échauffement d’un transformateur électrique ?
1 - Mouillage - généralités
Tension de surface Surface de séparation
entre deux phases : coût énergétique
→ énergie (libre) de surface γ
LV(T) : énergie/longueur
2→ tension de surface : force/longueur F = L γ
LVL
F
Ligne de contact – angle de contact
Angle de contact θ :
→ Comme l’ensemble de la forme de l’interface, θ est fixé par une
condition de minimisation : énergie libre totale est minimum vis-à-vis de l’angle de contact (variable interne)
ΣLV γLV(T) + ΣSL γSL(T) + ΣSV γSV(T) (+ energie pot. pesanteur)
→ Equilibre des forces (??) de tension superficielle à la ligne de contact γLV(T) cosθ = γSV(T) − γSL(T)
Ligne de contact Angle de contact
: lieu où l’interface
liquide-vapeur rencontre de le substrat
ici : cercle
Pouvoir mouillant (spreading coefficient)
γ
LV(T) + γ
SL(T) > γ
SV(T) γ
LV(T) + γ
SL(T) = γ
SV(T)
Pouvoir mouillant : S = γLV(T) + γSL(T) − γSV(T) = γLV(T) [cosθ − 1] plus S est grand, plus la surface est « mouillable »
Transition de mouillage - diagramme de phase μ
V− μ
LT
T
WC film
mince
film
épais
1 couche = 0.125 Hz
film mince < 1 couche film épais : e = (C
3/ Δμ )
1/3A l’équilibre, à saturation : S = γ
SV– ( γ
SL+ γ ) = 0
hors saturation : S = γ
SV– ( γ
SL+ γ ) –(3/2)C
3ρ ( −Δμ )
2/3[Ross 98]
Pour nos exp. ∼10 μK
Ligne de contact sur des surfaces réelles
Les surfaces réelles sont hétérogènes :
- contamination chimique → θ(x,y) ou S(x,y) - rugosité :
θ(x,y)
angle apparent local θ(x,y) = θvrai – (dz/dy) Si dz/dx << θvrai , rugosité → S(x,y)
y
Rigidité d’une ligne de contact
Coût en énergie = augmentation de la surface liq-vap
et NON augmentation de la longueur de la ligne de contact
Rigidité + piégeage : la ligne de contact
est accrochée sur les défauts :
Le comportement n’est pas le même à l’avancée et au recul
→ hystérésis ! (très embêtant
pour un physicien : on ne
peut pas connaître a priori
l’état d’éq. d’un système)
2 - Hystérésis de l’angle de contact
Peut-on prévoir/rendre compte de la valeur de l’hystérésis ? U ≈ 0 pour θ
r0< θ < θ
a0Hysteresis H ≡ γ ( cos θ
r0- cos θ
a0) - Situations/substrats modèles
- Substrats solides « ordinaires »
• Un seul défaut bien caractérisé
• mouillabilités S
0du substrat S du défaut
• taille ξ du défaut
Peut se généraliser à des défauts dilués
Systèmes modèles
• Défauts uniques
[Di Meglio 90]∅ fibre < distance entre défauts
Δ : énergie de piégeage sur un défaut
Modèle & expérience → H ∝ Δ
2/S
0fibre
liquid
F
F reculavancée Δ
H
• Défauts denses ordonnés
[De Jonghe 95]Etain liquide / silicium+silice
Résultats expérimentaux Calcul +/- complet
[Schwarz 85]100 microns
• Défauts denses aléatoires (1) Chrome/verre
par lithographie Liquide : eau
eau+glycérol
Substrat très bien caractérisé : S
Cret S
verremesurés
taux de couverture imposé (25%) désordre caractérisé par
l’amplitude (ici Δ S ≈ 0.1 γ )
la longueur de corrélation ξ (ici taille des défauts 10 μ m) NB : défauts macroscopiques → accès à la dynamique complète
F
〉
−〈 〉
= 〈
ΔS (S S )2
plaque
liquid
F
2.05 2.1 2.15 2.2 2.25
-23 -22 -21 -20 -19 -18 -17 -16
1 μm/s 10 μm/s 100 μm/s 1000 μm/s
F m (mN)
displacement (mm)
Partie sans défauts
Partie avec défauts On mesure un saut de force ΔF = 0.037 γ
cohérent avec l’amplitude du désordre ΔF
≈
ΔS/2 = 0.1 γcohérent avec la simulation numérique complète ΔF
≈
0.045 γΔ F
• Défauts denses aléatoires (2)
[Ramos 03]Défauts topographiques créés par irradiation
∅≈ 20 nm, h ≈ 10 nm
Hystérésis :
Défauts dilués : OK avec modèle
H ~ densité de défauts x fdéfaut Taux de couverture > 8 % :
?
eau/PET : avancée 82°/recul 54° → H = 0.45 γ eau/téflon : 110 ± 5° → H = 0.15 γ hexadécane/téflon : 45 ± 5° → H = 0.12 γ eau/Si silanisé : H > 0.015 γ
Désordre à une échelle micro/mésoscopique est capable de piéger très efficacement la ligne...
...quasi impossible à caractériser complètement ...les modèles macroscopiques sont hors course
→ impossible d’avoir une prédiction quantitative pour H
Substrats « ordinaires »
Plus modestement, peut-on comprendre la variation de H avec certains paramètres de la surface solide ?
DIFFICILEMENT
1- Les surfaces « homogènes » ne le sont pas : H
02- Le substrat est soumis à un traitement chimique,
irradiation... H ?
En général, on connaît les propriétés moyennes (ex : taux de
couverture des défauts), mais on ne connaît pas la taille ou
la distribution de taille de défauts, leur organisation...
Loi de Cassie-Baxter : pour un substrat composite l’angle de contact est donné par la moyenne des mouillabilités
γ (cos θ – 1) = β S
1+ (1 − β ) S
2N’a de sens que si H = 0 S
1≈ S
2domaines microscopiques
Considérations empiriques
Wafer Silicium traité
par un mélange de 2 silanes en proportion variable
→ cos θ ∝ taux de couverture NB : H ≈ 0.015
[Silberzan 91]
« ...the advancing angle is a good measure of the low-energy portion of a surface. »
[Johnson&Detree 93]C’est raisonnablement vérifié pour un certain nombre d’expériences....
liquide : hexadécane
...mais parfois faux ! θ
a(°)
0 5 10 15 20 25
0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8 2
T(K)
substrat homogène S
0substrat composite 20 % S
080 % S > S
01991 : prédiction que les alcalins lourds ne sont pas mouillés par l’hélium4 1991 : ça chauffe dans la communauté « basse température » :
3 vérifications indépendantes ( UC Irvine, U Mass. Amherst, ENS)
→
premières observations de la transition de prémouillage (Cahn ‘77) Espoir : He/Cs système modèle pour le mouillage/transitions de mouillage3 - Pourquoi et comment s’intéresser à ce problème
?
(surtout quand on vient de la physique des solides /
physique quantique !)
Outil de base : un cryostat
2 m 2 tonnes avec la table optique sans les pompes
Pas d’accès mécanique
Que fait-on avec un cryostat ?
Dans l’équipe « hélium » devenue « mouillage et nucléation » :
transition rugueuse (ou comment les facettes viennent aux cristaux) surfaces cristallines vicinales
cavitation (comment faire un trou dans un liquide en tirant dessus) Des questions générales auxquelles le cas de l’hélium (3 ou 4) permet
d’apporter des réponses.
systèmes pour le mouillage partiel :
liquides : hélium-4 (TW = 2 K) hydrogène (TW = 20 K)
mélanges He-4 + Hydrogène
On connaît très bien leurs propriétés : tension de surface, viscosité…
Ce sont des liquides très purs (rien n’est soluble à froid).
On peut contrôler avec une grande précision température, pression…
substrat : Césium. Métal alcalin : très réactif
→ nécessité de déposer le Cs à froid, in situ
1996 : premières expériences !
But : mesurer θ(T). Avec γLV(T) cosθ = γSV(T) − γSL(T) → dépendance en température de γSL(T)
cellule
Images interf.
du ménisque
1996 : …premiers échecs
On mesure θa(T) à l’avancée. Mais θr(T) est en général nul : hystérésis !
Le substrat est loin d’être idéal !!!
« grains » de taille
typique 20 nm
Stratégie 1 : contournement de la difficulté
Mesurer qq chose qui dépend peu de la qualité du substrat.
- θa(T) à l’avancée ? Règle empirique : dépend essentiellement des parties les moins mouillantes (i.e. là où le Cs est de bonne qualité ?) Bof….
- TW . Effectivement très reproductible d’un substrat à l’autre. Mais difficile de mesurer une dépendance en T à une seule température ?
Solution : mesurer TW (X) pour des mélanges H2 + He en concentration X γSL(T) − γSL(0) = T3
...en 2003
Stratégie 2 : exploiter la difficulté
S’intéresser au propriétés de la ligne de contact en présence
de désordre : axe principal de recherche depuis environ 10
ans
4 – Caractérisation du comportement de la ligne de contact
Comment caractériser la géométrie de la ligne ?
Comment l’angle de contact dépend-il de la vitesse
de la ligne de contact ?
Comment caractériser la géométrie de la ligne ?
Rugosité :
W
2(L)
≡< [h(x+L) − h(x)]
2>
On attend :
W ∝ L
ζ,
ζ : exposant de rugosité
Solide Liquide
x
O U
θ
Ligne de contact
h
Qualitativement :
ligne auto-affine = ligne de plus en plus proche d’une droite quand on regarde de plus en plus loin
Rugosité :
W2(L) ≡ < [h(x+L)−h(x)]2>
ici ζ = ½ (marche au hasard)
-6000 -4000 -2000 0 2000 4000 6000
0 10000 20000 30000 40000 50000 60000
-400 -300 -200 -100 0 100 200 300 400
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 400
-20 -10 0 10 20
0 50 100 150 200 250
-3.2 -2.4 -1.6 -0.8 0 0.8 1.6 2.4 3.2
0 5 10 15 20 25 30
-0.4 -0.3 -0.2 -0.1 0 0.1 0.2 0.3 0.4
0 0.5 1 1.5 2 2.5 3 3.5 4
L
W
ζ est un exposant « universel »
Il ne dépend pas de la forme et de la force des défauts, ni de leur densité.
Il ne dépend que de la dimensionnalité du système et du type de force élastique (locale ou non locale)
LC : ζ = 0,39 / paroi magnétique 1D : ζ = 2/3 Courant dans le contexte des transitions de phase
Ex : transition paramagnétique / ferromagnétique : χ = (∂M/∂B)T
Curie-Weiss : χ ~ 1/T
1 10 100
1 10 100 1000 104
eau, v=20 µm/s eau, v=2 µm/s eau, v=0,5 µm/s
eau/glycérol(70%), v=2 µm/s
W(L) (µm)
L (µm)
pente 0,5
ξ L
cζ = 2/3 yes !
ζ = 0,5
bof ?
Pourquoi le modèle ne marche-t-il pas ?
Préliminaire : éliminer les biais expérimentaux un exemple de manip non crédible
Ligne de contact (eau/Aquapel) A : avant traitement
B : après traitement
χ = 1 → ligne fractale ?
Ligne de contact après traitement
A : référence
B : après translation de 500μm
A : référence
→ géométrie de la ligne dépend surtout de l’hetérogénéité grande échelle (traînées verticales)
550 500 450
B : après translation de 500μm
A : référence
→ géométrie de la ligne dépend surtout de l’hetérogénéité grande échelle (traînées verticales)
550 500 450