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Pratique et signification des soins psychiatriques infirmiers en 1974

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Odile Meftahi Guillet

To cite this version:

Odile Meftahi Guillet. Pratique et signification des soins psychiatriques infirmiers en 1974. Médecine humaine et pathologie. 1974. �dumas-01483528�

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(3)

"

-Année 1974

f

!:}

MEDECINE et PHARMACIE

Domaine de LA MERCI LA TRONCHE

N° d 'Ordre

;J

Pratique et . signification

des soins psychiatriques infirmiers

en 1974

THÈSE

présentée

à l'Université Scientifique et Médicale de Grenoble,

pour.obtenir le grade de DOCTEUR EN MÉDECINE DIPLOME D'ÉTAT

par

"'IADAME ODILE MEFTAHI NÉE GUILLET

Cette thèse sera soutenue publiquement le 16 décembr~ 1974 devant:

M. le Professeur R. FAU, Président du Jury

MM. les Professeurs G. ARNAUD et J. BOUCHARLAT

MM. les Docteurs R. MILLON et C. PY

ANNEXE

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Année 1974

MÉDECINE et PHARMACIE

Domaine de LA MERCI LA TRONCHE

Pratique et signification

N° d'Ordre

des soins psychiatriques infirmiers

en 1974

THÈSE

présentée

à l'Université Scientifique et Médicale de Grenoble,

pour obtenir le grade de DOCTEUR EN MÉDECINE DIPLOME D'ÉTAT

par

MADAME ODILE MEFTAHI NÉE GUILLET

Cette thèse sera soutenue publiquement 1e 16 décembre 197 4 devant :

M. le Professeur R. FAU, Président du Jury

MM. les Professeurs G. ARNAUD et

J.

BOUCf-IARLAT

MM. les Docteurs R. MILLON et C. PY

ANNEXE

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(6)
(7)

-=-=-=-=-=·-=-=-=-=-=-=--=-=-Médecin - Oui, je ne sais pas si je peux dire quelque chose. Depuis un certain temps, ilme semble, on a connne un malaise. Un malaise que jeressens profondément depuis, jene sais pas, un an ou deux : comment avancer dans notre boulot, comment çomprendre notre travail, ilme semble que des tas de choses ont changé sans qu'on puisse réellement cerner les choses, c'est vrai qu'il y a eu le secteur, lamixité, les nouveaux malades, des ~

que nous avons apprisàaccueillir,à essayer de traiteret le problème de l'alcoolisme est justement liéàça. L'alcoolisme nous a posé beaucoup de problèmes, ilnous en pose encore, ça dépend des moments, pas trop en ce moment ; ily a eu le secteur, je l'aidéjà dit, le mouvement, jedirais, anti-psychiatrique qui nous a marqué quandm me~ j'aiété toujours relativement prudent

si jem'en réfèreàun de mes camarades, je l'aitoujours écouté avec amitié, mais j'aitoujours une certaine difficultéà pour-suivre ce qu'il poursuit toujours, une certaine visée, au fond jedirais, très optimiste de sa conception de lamaladie où la maladie n'existe pas, c'est une façon d'être qui est là sans

l'être,dans lamesure oùilsuffirait que quelque chose change, que quelque chose change autour pour que tout s'effondre. Des états délirants, par exemple le malade fabrique son délire. Ce sont des choses qu'on peut discuter, qu'on peut entendre. Pendant des années vous m'avez eu, j'étaisplein d'optimisme, plein de dynamismeetavec des tas de choses en tête.

G. -C'était formidable. A votre arrivée, c'était formidable.

Médecin C'était en 1955. J'avais toujours une façon de voir lesc e ~

un projet thérapeutique globalànous proposer. Je changeais souvent, jen'allais pas toujours jusqu'au bout, mais ilne se

(8)

G. Médecin

c

.

Médecin Odile

c

.

passait pas d'année où je ne vous apportais un paquet de tra -vail, d'idées, de façon de voir les choses. Et puis, depuis deux, trois ans, vous avezdûdire que c'était l'âge1 pourquoi pas! Mais ce n'est pas que ça, jedirais que c'est comme si j'avais épuisé un certain nombrede modèles, des modèles que j'avaisdans latête, des modèles clans l'expérience autour de nousoù jed:er -chaisunpeu avec les autres ou après les autres, peut-être pas

avant les autres, jene me suis jamais senti vraiment créateur ; on avançait un petit peu dans un petit groupe, jepenseà ~

pital deB.,jepenseàtout ça: les communautés thérapeutiques, les groupes. Et puis, depuis deux trois ans je suis sec.

-C'est peut-être tous ces hommes, cette mixité •••

-Je ne vais pas causer comme ça, mais jepense qu'ona tous peut-être besoin de réfléchirànouveau. On n'a plusdeschéma, jen'ai plus de schéma. Est-·ce malgré tout vrai ou faux que je n'ai plus deschéma. Peut-être poursuit-on malgré tout un certain nombrede schémas. Vous comprenez ce que jeveux dire? Comment on soigne?Qu'est-ce que soigner?

··· Mais est-ce qu'il est toujours nécessaire d'avoir un schéma?

Ou bien laisservivre les choses et vivre naturellement?Sans chercher un modèle.

-Moi personnellement je suis mal àl'aisesans schéma.

- ~ mais est-ce que c'est thérapeutique de laisservivre les

choses comme ça ? Est-ce que c'est soigner?

-De toute façon quand on a un schéma, c'est qu'on a laissévivre les choses jusqu'à pouvoir le faire, ce c ém ~ et ensuite on a

encore laissévivre les choses et on a eu encore un autre schéma et ainsi de suite. Avant que quelque chose se dessine on vit, on s'appuie là.-dessus et ilya quelque chose qui se dessine •

(9)

Médecin - Tu veux dire qu'on ne laisse pas, qu'on ne cherche pas à faire coller quelque chose avec sa pensée, on voit ce qui se passe et ensuite il se dessine quelque chose.

c.

-

C'est ça.

Médecin - On peut peut-être cor.imencer. Est-ce qu'on est à l'aise? Est-ce qu'on peut être à l'aise dans notre métier ? Ca dépend de chacun.

Odile - Oui, il n'y a pas des jours où ça vous coûte d'aller à l'hôpital et de vous dire mais qu'est-ce que je vais y faire ? Qu'est-ce que je fais ?

- Oui c'est une question que je me pose (toutes les infirmières répondent à la fois).

H. - Avant, à l'hôpital, c'étais plus structuré, on était plus protégé, parce que maintenant tout le monde à le droit à la parole, on peut s'exprimer librement tandis qu'avant il y avait des surveillantes, il y avait toute une hiérarchie, il y avait très peu de possibilités de s'expriner ou d'agir.

G. - Il aurait fallu que tu vives au moment des soeurs, alors là tu aurais vu !

H. - Moi je ne rai pas connu, j'ai connu entre le temps des soeurs et maintenant, alors •••

Odile

G.

- C'était comment au temps des soeurs ?

- C'était elles qui avaient tout le pouvoir et de décision et de tout. On était gardienne quoi. Là tu étais vraiment étouffée, tu ne pouvais pas exprimer quoi que ce soit, et malgré mon caractère, qu'on connait si bien, j'ai quand même su m'y adapter, me surmonter, peut-être pa.s sans petits accrochages parfois. C'est pour ça qu'avec votre arrivée et le largactil bien sûr, on a senti cette évolution et c'est pour ça que tout à l'heure je disais que son arrivée ici

(10)

Odile

aété formidable. L'arrivée du patron pour nous •••

-Au fond,àcette époque, vous n'étiez pas satisfaites de votre fonction.

G. ··Ilfallait bien avoir besoin de travaillerpour subir ce qu'on subissait. C'était vraiment pas folichon notre métier, notre pro-fessionàcette époque là.

Médecin -Etàcette époque, avec cette relation rigide de hierarchie, les malades aussi étaient d'une certaine façon vécus, r é ~ soignés,

ce qui fait que tout ce changement qui a eu lieu, ces dernières an-nées, a

fAœt

aussi que le rapport qu'on a avec les malades a changé. Et c'est plutôt dans ce domaine qu'on se pose des questions. Je le vois bien parfois quand on discute avec vous sur ce qu'il faut faire, sur l'agirpar rapport au malade, ily a làun balancement, on a envie d'être avec eux, on a le sentiment qu'on est toujours théra -peute. Est-·ce qu'on est toujours thérapeute du fait qu'on vit avec eux ou du fait qu'on est infirmière, est-ce qu'on fait notre métier sans arrêt, on vit avec eux, est-ce qu'il faut faire quelque chose ? Ilya lanotion de faire, faire quelque chose, alors làon discute

ensemble : est-ce qu'il faut les laisser, qu'est-ce qu'on peut faire d'autre? Cette notion qu'on a qu'ils viventàl'hôpital, cette es -pèce d'idée de force qu'on a,11ilfaut qu'ils sortent de l'hôpital, qu'il faut qu'ils travaillene'.

Odile ~ ça c'est peut-être récent comme conception. L'idée qu'il faut

que le malade sorte, jeme demande si on se posait les mêmes problè -mes ily a quelques années. Est-ce que c'était lapréoccupation majeure ?J? arce qu 'a.ctuellement on a l 'impressionque c 'estlapré -occupation majeure, ilfaut qu'il sorte quoi, Même s'ilestàla rue sans rien, même s'ilne va pas bien dans ses symptômes quoi, alors est-ce que c'est une notion récente ou est··ce que c'était déjà comme ça dans les années précédentes.

H. ~ On en a peut-être plus conscience maintenant àcause du secteur,

avant, lemalade on ne connaissait rien de ~ de sa famille, on

(11)

on essaye de laisser au maximum lemalade dans son milieu et puis ilya les assistantes sociales qui cherchent du travail, les in-·

firmières qui ont plusderelations avec lemalade, on s'aperçoit que malgr8 ses petits troubles ilades possibilités de s1accrocher

àl'extérieur. Au fond, tout çac'est un peu le but de lasectori -sation.

Médecin ·-Je pense qu'ilya làle problèmedemalades, de gens qui sont là et que vous avez bien l'impression qu'ils vontyêtre toute lavie, ilya ceux qui ne nous posent pas trop de problèmes, et puis les

Odile

autres.

-Nous, au fond,ona unpeul'impressionàl'heure actuelle, qu'il

yaceux dont on sait qu'ils vont resteràl'hôpital et ceux-là on n1apas l'impression de faire grand chose pour eux, on les délaisse un

peu, onal'impression de leur assurer le gîte, le couvert mais je ne sais pas, mais jecrois qu 'onrla pas tellement1'impressionde les

soigner quelque part, et puis ilyales autres dont on pense eux qu'ils peuvent ser~ érer qu'onaenvie de faire sortir comme si

c'étaitmieux pour eux qu'ils soient dehors. Ilya un peu deux catégories ~ même si c'est un peu schématique.

Médecin -Oui, mais jene sais pas si vous n1avez pas le sentiment de les soigner, quand même, les débiles profonds» lesmalades gravement atteints,àlalimite les vieillards très détériorés que vous êtes amenésàprendre en charge.

G. ~ Nous les soignons, mais je veux dire par làque le médecin lui

-même les délaisse un e ~ on s'occupe des entrées, du malade en r eme ~ mais les malades chorniques disons, le médecin les

délaisse. Quanû ~ rm re bien sûr, ilfaut qu'elle les prenne

en charge.

Médecin -Vous avez une r;rande partie de votre travail justement plus ou moins it:l.portante, qui est lanécessité de soigner rce ~ e ce que ça serait d'autre que er~ on emploie le nême terme et c'est

vrai, je veux dire par làvous savez b:i.en e~ que ce soit le malade

déficitaire ou le débile profond, iln'a pas d'autonomie et vous

(12)

G.

avez vraiment le sentiment que vous remplacez quelque chose qui est le soin enfin. Ily a le sentiment que c'est quelqu'un qui n'est pas normal et même grâvement handicapé et que c'est notre métier de nous occuper de toutes sortes de gens mais jeme demande, j'imagine e ~

qu'un que vous allez soigner en des soins très proches, vous allez les laver? les baigner dans un rapport de mère, vous leur donnez un support maternel, vital, alors imaginons qu'il vive icipendant dix ans et puis lemédecin s'amène et, pour faire de laplace, qu'est-· ce qu'il fait celui-·là7 crac!Ilva vous le mettre ailleurs sans

penser qu'il y ait quoi que ce soit, dans un hospice qualconque, (je viens d'en prendre conscience là) qu'est-ce que c'est que cet extra

-ordinaire décalaee entre finalement un médecin qui les voit, qui les voit seulement et vous qui, trois fois par jour,.?i longueur de vie, de votre vie, vous en êtes cc ée ~ est-ce que ça vous est arrivé

déjà?Est-ce que ça a pu vous faire quelque chose?

-A11unanirni té: oui.

-On se dit, mais mon Dieu, iln'y connaît rien. Quand on sait la prise en charge qu'on a faceànos oligophrènes!Et puis bien sou-vent on lemet là ou ailleurs et on se dit mais qu'est-ce qu'il va

se passer?Yeut-être, làoù ilssont envoyés ilya des gens

capa-b e ~ qui les prendront,ànouveau, vite en charge, mais enfin ça

crée une inquiétude pour soi-même qui les connaissons vraiment. Médecin -Vous pensezàune expérience, B. ?

B. -Je pense .'l Madane F. qui est revenue, parait qu'elle est dans ce pavillon. Moi, je1'avaisvueà1'hospice, elle n'avait pas l 1air mal. Médecin ... Ce que jevoudrais ressentir c'est qu'ilya quelque chose qui est

sûrement très important entre lemalade et vous, qui participe d'une relation qui ·.œs teàdéfinir, une relation humaine.

C. -Enfin, c'est un sentiment très profond qu'on éprouve visàvis du malade comme si ~ enfin pas nous parce que noua avons lapossibi-·

litéde pouvoir changer, mais on sent bien que lamalade a vécu très longtemps làet que ça va être difficile, très gràve pour elle et

qu'on l'envoie dans un lieu qu'on ne connait pas, alors on est inquiet, ''où elle va aller?Qui elle va voir?11

(13)

Médecin -Je crois que c1est plus ou moins sous-tendu par••• toutàl'heure on disait qu'on n'avait pas de projet mais on enaun, c'est de ne pas pouvoir r;arder ces malades qui sont inactifs, qu'on ne peut pas

ér r~ qu1on ne peux pas er~ qui ne peuvent pas, ne peuvent pas .•• "Alors qu'est-ce qu'on faitlà?Est-ce que c'est notre mé-tier?".C1est pas mon métier de voir tous les jours cette femme!

c

.

Odile

c

.

-C'est notre impuissance••• On délaisse ces gens parce queça fait vingt ou trente ans qu'ils sont là) onajamais rien pu poure ~

quelque chose de concret, donc on les abandonne et on met toute notre hargneàguérir les gens qu1on veut faire sortiràtoutprix.

-Comme si lasortie était un critère de guérison.

-Et pour nous un critère detravail. Onest làpour les aider au maximum, pour les e;uérir sinon qu'est-ce qu'on fait là. Est-ce qu'on est là pour leur donner lamain pendant toute notre carrière ou bien est-·ce qu'on est làpour les aideraumaximum.

Médecin -Oui, on avait é~ avec les médecins,l'autre jouri avec vous,

Odile

que ladurâe de séjour des malades était en rapport avec le nombre de lits; moins ilya de litsdans un service, moins les malades restent1 vous voyez ce que ça veut direàla m e~ alors lesb ~ tacles e ~ on peut avoir dix ou quinze litset pourquoi pas un.

Et moi jeme disais, c'est vrai si j'avaisdeux centoutrois cent litson vivrait tranquille, on serait nains persécuté par cette sorte de fantasme qu'il faut faire de laplace quoi!, Qu 'ilfaut faire sortir!Farce que c'est comme ça aussi que se passent les départs en hospice.

·-.l?arce qu'effectivementilyadeuxoutrois entrées alors ilfaut en faire sortir. On n'a bientôt plus de litsde femme, on n'a bientôt plus de litsd 'honrrne, alors n.uiilfaut faire sortir?En tous cas ilfaut faire sortir quelqu'un.

Médecin -Et c'est lapanique chez tout lemonde. Chez lesmalades et on s'en rend pas compte etàce moment-là on se dit pourquoi telmalade est attachéàtelautre malade comme si c'était une relation pathologique

(14)

Odile

et maintenant voyez on ne peut plus la faire sortir. Dans le temps on disait elle fait dumé e~ maintenant jene crois pas que ce soit

foncièrementça,on ne dit plusça,c'est comme si tout-à-coup

cette intimité ne comptait pas, cette vie commune de quelques années; donc, ilyachez lemédecin cette notion du soin noble,del'effi

-cacité du soin, le reste•••

-Mais qu'est-ce que c'est être efficace?Jecrois que c'est le problème.

c

.

-

Qu'est-ce que c'est être infirmière alors ? Pourquoionest là? Quelle est notre fonction? Et quel but cherchons-nous?Ou alors ilne faut pas être infirmière,ilfaut appeler différemment notre fonction.

Médecin -Pourquoi?C'estça.On est au coeur du problème.

C. -·Moi, jeme dirais autre chose qu'infirmière, peut-être quejese·· rais satisfaite de ce que je fais.

Hédecin -.t?arce qu1 rm re~ ça aun sens?

C. ~ Mais, ilme emb e~ que donner un soinça doit aboutiràun résul

-tatsatisfaisant, et, chez nous, c'est loin de l'êtretoujours. G. -Toi, tu dis çaàcause de ton unité autonome, parce que ça n'a pas

eu les débouchés que vous espériez. Moi, jele qualifie de pavillon de chroniques.

Odile -Au fJnd, on peut se poser le problème de quand vous avez choisi d'itre rm ~re qu'est-ce que ça repr6sentait pour vous?

G. -Qu'est-ce que ça représentait pour.toi,

c

.

.

.

?

C. -Jesuis venuelàpar hasard, c'était difficile parce que jen'ai pas trouvé ce que jepensais trouver.Jepensais avoir des résultats plus satisfa.isants et pas me trouver foipuissante devant des tas de

(15)

malades que jecôtoie depuis que je suis là, c'estàdire ilya bientôt neuf ans.

G. -Mais est-ce que ça ne dépend que de nous

?

C. -Elle est li,mais est-elle mslade9 mais pour ce qu'elleyfait, pour ce qu'elleyvit, elle pourrait être ailleurs!

G. -C'est toi qui ledis.

Médecin ·-Est-ce que vous n'êtes pas d'accord que pour laplupart des malades qui sont au pavillon D ..•,par exemple, au fond, illeur faut que l-qu1un.

G. ~ Ilfaut voir le jour oùiln'y a pasd rm re~ elles sont

toutes là sur notre dos, pour une tisane, pour un comprimé, pour '1vite, venez voir ci, vite, venez voirça.11, sans arrêt elles recher -chent larelation.

C. -Oui, mais ilssontàl'hôpital psychiatrique, mais est-ce qu'ils ne pourraient pas être dans d'autres organismes, maisons de retraite, hospices, et tout le bazar et garder notre fonction d'infirmière pour des soins plus intenses et des résultats plus satisfaisants. Médecin -Et B.~ qu'est-ce qu'elle en pense?

B. -Dans mon unité, c'est encore différent, mais jepense que l'unité autonome on en fait un véritable hospice, quand, l'autrejour, il manquait des places chez nous, onya mis L .•• et A •••, A .•• n'est

pas autonome,L. ••non plus, elles ont toujours besoin de quelqu'un,

mais làilfallaitde laplace et les deux premièresysont allées,

parce qu 'A•••, quand elle est pas trop mal ça va, Dieu sait si c'est difficile, même L •••

C. -Mais, ilya une notion, elles sont aussi revalorisées là-bas,

pour elles et pour lamajorité, jecrois, elles ont les clefs, elles peuvent vivre sans les infirmières, elles sont autonomes •

(16)

B.

D.

c

.

-Elles n'ont pas toujours envie d'aller là··bas.

.. Mme B •.selle est revenue samedi et dimanche, d'ailleurs je la

reprends.

-·Oui, mais c'est un casàpart5 c'estpaslamajorité.

B. etD. -Oui, mais beaucoup ne veulent pasyaller.

c

.

·-Oui, ce pavillon, je crois que c'est mal vécu, parce que c'est le pavillonD. et qu'on pense au pavillonD. d'ilya •.•

D. -Non, je ne crois pas.

c

.

-

Je ne dis pas que c'est tout-à-fait insatisfaisant5 mais je suis

contente quand jevois une listede gens qui sont partis, jeme dis quand même ily a eu du boulot de fait.

Médecin ···Ce qui m'intéresse c'est que d'un côté, on est d'accord qu'ils

c

.

ne peuvent pas vivre d'une manière autonome, illeur faut soit une institution, soit une personne mais comment appeler cette personne, au fond, qui s'en occupe puisqu'il semble làqu'il y ait une sépa-ration, que vous ne vous vivez pas forcément comme étant cette per

-e~ vous l'avez dit d'ailleurs, ilfaudrait nous conserver pour

des tiches plus thérapeutiques, efficaces.

-Et même l'hôpitalpar lui-même, l'hôpital psychiatrique, est-ce que sa fonction réelle c'est de soigner les gens, trèsmal en phase aigüe, ilfaut revoir aussi sa fonctioniJ. l'hôpitalpsychiatrique, ou alors, ilyaura une partie de l'hôpitalqui s'appellera hospice et l'autrehôpital.

Médecin -Moi, sur le planméd c ~ ça veut dire qu'une personne està

l'extérieur, elle tombe, comme on dit, malade, malade mentale, elle vientà. l'hôpital, alors voilà, on la soigne de sa maladie avec efficacité, et l'espoirqu'elle ressorte guérie pour pouvoir vivre

àl'extérieur.

(17)

soins

C. -Ca c'est des hospitaliers pratiqués par des infirmières,ily

aune autre face du prohlèroe : les D., les ex-Ch. et les autres malades.

Médecin -Yourquoi ilssont là ces autres malades, alors?Combien de ma la-des rentrent dans le schéma dontonvient de parler?Ce que vous dites, c'est le point de départ de notre métier, on estpayépour

ça.

c

.

-

Alors que si on était dans un hospice, le nom des gens qui tra -vaillent dans un hospice c'est quoi?Des infirmières?

G, -Oui, des infirmières, des aides-soignantes, des monitrices. C. -Et bien on serait plus satisfaits.

G. -M.ême si j'avaisun autre nom avec des mémés, je ne sais pas si

jeserais plus satisfaite.

Médecin -Jecomprends ce que vous voulez dire, au fond, iln'y aurait plus d'attente, donc plus de frustration, plusdesentiment d'impuissance on sait qu'il n'y a plus rienàleur apporter, que des soins dont on parlait toutàl'heure, les aideràvivre, etc•••

C. -Ici, c'est çaqui est invivable, cette attente. Médecin -11C'estinvivable11

? elle dit.

C. ~ ~é b e c'est pénible de ne rien faire, d'être incapable de leur

apporter.

Médecin -EtH •..? qu'est-ce qu'elle en pense?

H. ~ jevis aussi dans un service différent,D ••est bien fait

pour les malades quiyhabitent, elles ne demandent rien d'autre qu'on les laisse vivre tranquilles? faire leur vaisselle connne elles en onte e~ dormir, et qu'on leur fiche lapaix avec leur petite

maladie, leur petit délire? c'estpas toujours marrant d'aller les

tarabuster.

C. -·Est-ce que ces gens-là ne pourraient pas être dans un autre lieu qu'un hôpital?

(18)

DEUXIEME REUNION - LE 13.01,1974 •

...

~

... =-=--..

~

(Le problème est8. nouveau posé de l 1objet de ces réunions, qu'est -ce qu'on cherche? Si on cherche quelque chose, le sujet est vaste).

Médecin -Mais avantdechercher, savoir "qu'est-ce qu'on fait là, quel

A.

est notre rôle ?11 Quelle est larelation qu'onaavec les gens ? Est-ce ce riue vous espérez, si vous espérez quelque chose ? Qu'est -ce que c'est que soigner ? Est-ce qu'on levoit bien, ou est-ce que c'est devenu flou? Est-ce qu'on est au clair avec ça?

On parle de notre e~ notre expérience et pasdequelque chose

d1abstra1· Ot.-'u.::.&i:ccu.<ra.-· ,_ J.JeS nec_,,, ~ -e,c:cns. :'qu1. sone .ignent pas etqu1.. .so1snent

mal ou qui soignent bizarrement :(cf, lafameuse lettrede la

CGTÀ Est-ce qu'iln1ya que les médecins ?

-''On a vraiment le sentiment d'être impuissant en fait, ne pas

pouvoir aller au·-delà. Ca dépend desgensqu'on soigne. Avec certains onal'impression de er~ de leur apporter quelque chose. Et

avecd re ~ non. Jepense que c'est ce que tout le monde vit.

C'est commeCh ••F.:vvJ1ai l'impression qu'on ne luia rien appor. C'est ça mon senti.ment d'impuissance. Les gens qui délirent, les dépressifs, ceux-làonles soi3ne parce qu'on voit un résultat assez rapidement. EtM.A., on ne peut pas grand chose. Mais jecrois

quvon est toujours prêtesàfaire des efforts pour faire plus, comme

s'i,yavait une croyance. On peut améliorer certainsdeses passages

à1'hôpital.

M.édecin -Ilya certains malades qui ne font pas question, dont lapatholo -gie de souffrance est évidente, qui doivent être B. On ne discute pas leur place. On est toujours r~ àles soigner,àfaire quelque

chose. Même si on a tout épuisé parfois, on ne met pas en question

àlafois leur maladie et notre métier, mais c'est comme s'ilnous

(19)

A.

I.

Odile

I.

manquait encore unec ce~ un médicament, une thérapeutique

1ue tôt ou tard, on trouvera. C'est ce que~ dites par rapport

àM., àl'inverse, pour Ch., ce n'est pas si facile, c'est pas si simple.

-On les accepte,M. on l'accepteentant que .••

- "Ch.semet toujoursdansune position telle.derejet. C'est difficile d'aller vers lui. Ilne nous accepte pas, nous accepte mal, et c'est difficile de faire quelque chose pour lui.

-Ilrefuse vos soins?

-Voilà, ilrefu92notre approche, ilnflous croit pas. "Vous êteslà

pourm1enfoncer", que des trucs comme ça.M. estquandmême vraiment différente. Quand elle a une angoisse profonde, elle accepte, c'est différent. On peut aller vers elle.

Médecin -Ilya des malades qui acceptent notre aide.D1autres, non. Est-·ce que ça remet en~ e notre idée de soin ?

I.

Odile

-Oui, parce que ce sont des malades difficiles.Onarrive mal

Lesmédicaments9 n'en parlons ~ parce que ••. Il les prenait ou illes prenait pas) ilsefait son traitementàlui.

·· Ilest jeune Ilest autonome, Vous avez : l'impression qu'il n'apasbesoin de vous

A.

c

.

Odile

-S'il vientà11hôpita.l, c'estqu'il abesoindenous.

- Ila tellement un gros manque detout qu'il faut lui donner des masses dec e ~ onne peutpas.Sionlui donnait tout ce qu'il

veut, ilen faudrait encore. Tout :lefric, labouffe, l'amour9

tout.Iln1apas d'argent,onne l'aime pas, iln'apasassezà man-ger, on ne veut pasd.e itt.d·Alors ••• ilfaudrait lui donner des mas-sesde choses.

-Vous avez l'impression <le lui donner quoi?

(20)

c

.

Odile

c

.

-Je ne sais pas •.• jene sais que dire. Je n'ai pas une rela -tion avec lui, comme s'ilétait un malade. Je lui parle commeà

un garsdesonâf:eetilen voudrait bien plus. Je luidis exac te-ment ce que jepense.

-Connne s1ilétait pas malade ?

-Comme s'iln'était pas malade. C'est laremise en question du soin, vraiment, les soins qu1on peut apporter. Il t"i;fusie... ',.Même la

relation11étudiée11 d'une infirmre

9 ilne laveut pas.

M.édecin -J1ai parfois le sentiment d1être amenéàlui parler conune s'il n'était pas malade. Est-ce qu'au fond, r me ~ on pense qu'il

n•est pas malade ?

Les infirmières en bloc.

c

.

Odile

c

.

-Non, ila trop de difficultés? ~ pense qu'il est malade, c'est

ladifficulté. On accepte M., schizophrène <lélirante? c'est flagrant, tandis que chez ~ on taxera ses difficultés de paresse? ou de

tout autre chose.9 ou même de profit9. larigueur.

-De paresse, non. Des fois jeme dis, ila raison, jeferais comme lui si j'étais•Janssa situation,?1 lalimite.

-Est-ce qu'il n'y a pas une remise en question alors, du fait qu'il soit malade ou pas?Tu dis si j'étaisàsa place...Est-ce qu'il n'y a pas un doute?~ àsa maladie ?

-Alors je

ne

sais pas, parce queàce moment ~ jepeux dire

que jesuis malade aussi. J?uisque, sij'étaisdans sa situation j'agiraiset je dirais des choses comme lui.

M.édecin -Je crois que c'est vrai ça, que c'est important. Avec M. iln'est pas question de s'identifieràelle, elle est vraiment séparée. Alors qu1ilya d'autres malades plus ou moins consciemment ••• Ce qui me gêne c'est que oui,àla. m e~ du moment que je peux le

comprendre, jepeux me mettre àsa place, et je ferais pareil, ça pose laquestion de lamaladie.

(21)

c

.

.

'

-Etsion faisait commes'iltiétaitpas malade ? Si tout le monde faisait commeça?Yen am rre~ on ne te soir:ne pas, puisque tu e ~ toujours là. Alors, tu n'es pasm de~ alors va-t'en!

A. -Je crois que ça ne changerait pas

~dec -Au fond ce n'est pas tellement qu'il nousposeun problèmeàun

certain e ~ maladie ou pas, ilya tout de même quelque chose,

I.

c

.

I.

mais ilne nous accepte pas. Ila besoin d'argent, de bouffe .. et ·"d'amour. Alors est·-ce qu'on est là pour ça?Ca repose le problème

on estlà

du soin : est-ce que en tant qu'infirmière, pour nourrir, alimenter les gens en argent et en nourriture, et puis aussi les aimer bien. Est-ce que c'est notre travail ?

- On n'arrive pas.3. les ameneràune certaine prise en charge d'eux-· mêmes.

-Adose limitée,, c'est un rôle que nous avons, c'est un don d 'huma-nité ça. Et une infirmière l'a.Mais avec ce gars1.8.,c'est trop.

-Ch. aquand même unecertaine débilité qui fait qu'il ne comprend

pastoujours.

C. -Non, non pas toujours, iln'est pas si con que ça. Ilest bien conscientdelasituation.

Médecin -Ilme semble que vousI.~ vous l!lettez en avant son insuffisance

et alors ~ vous avez peut-être plus de facilité pour le vivre.

Oclile -Ila une e~ par où on peut l 1approcher.

I. ·-Dans ce senslà,j vaurais r:1oins de difficultés pour1'aborder. Odile -Et pour l'accepter

?

c

.

-Iln'accepte pas.

(22)

A. -Iln'yen apasun de pareil.

C. -Ilyen abien commeCh. dans d'autres services.

A. -J'accepte bien J.B. et j'accepte pas Ch.

~dec -Vous aussi?

F. -Oui. C'est plus facile. Iln'est pas rejetant. A. -Ilest même très affectueux.

I. -Ca fait partie de sa perversité, cette affection qu'il veut nous donner. Toutes

c

.

I. F. I.

-Ilest très agressif, mais une heure r ~ ilvient se faire

pardonner. Tandis que Ch. non, c'est un mur. Il t'insulte,mais il ne revient pas.

-Oui, j'acceptemieux J.G., r.1ême s'ilm'envoie une claque. -Ch., se raconte sa petite histoire.

-C'est vrai Ch. se raconte des histoires.

-Ch.s son agressivité monte jusqu'aun pointoililcraque et on peut l'aborderàce moment là. Mais ilfaut que l'agressivitémonte, qu1i1 aitbr d~~ sur les griefs.

Médecin -Et puis J.G. ne refuse pas les soins, puisqu'il demande sans arrêt des médicaments. C'est l'inverse de Ch. On est obligé de les lui refuser. Ca le situe vraiment :11aidez-moi, je souffre, faites moi quelque chose, une cure de sommeil. Ilya une demande, parfois compliquée, parfois perverse. Ilvient chez moi, dépressif,ila ce qu1ilveut, puis en sortant ilest ravi : nj 'aieu ledocteur, faites-1!1.oi dormir11

• Il joue entre nous, entre vous, entre moi ~ et on sent bien qu'on a affaireàun problème de soin. J?as de problème

(23)

de stratégie thérapeutique, mais, si je luidisais ce que j'aidit

.:1 Ch. avant hier : "Ca suffit comme ça, tu peux t'enal1er, tupeux

vivre dehors". Je verrai telleou telleinfirmière affolée de ma folie, Iln'y a aucun problème de fond pour J .G., on est au centre même, et au centre d'un soin délicat. C'est un de ces malades compl i-qués, difficiles où on nous demande une subtilité de notre compré-hension et de notre acccrd entre nous. i:>our Ch., on peut être séparés,

ilarrive3. nous diviser assez profondément et on peut avoir des attitudes complètement contradictoires, ivje vais le soigner, le pren-dre en entretien1

i

,

ou, "je vais J:e mettre dehors,à. lvhospice". Je

luimettais une étiquette. Cela voulait dire qu'il n'était pas foutu de vivre <lehors mais qu'il n'avait pas besoin de soins.

C. -Oui, mais enfin, ça me faitmal auc e r~ ilpourrait vivre autre-·

ment. Moi, ilm1épuise ce gars.

Odile -Tu passes par des phases dere e ~ puis d'acceptation.

C. -Je mets alors en question mon métier d'infirmière.

Odile -Quand je fais mon métierz quand je l'accepte ou quand je le rejette? Médecin -Ilya les malades qui nous font problème parce qu'ils ne nous

écoutent ~ qui ne veulent pas de nous quand on leur parle de soins.

Quand ilvient me voir,ildit~ "Je veux de l 'argeut'1, je ne l'en -tends pas connne "je souffre.11~ ce n vest pas montier d'entendre de

tels trucs:"j'aibesoin d'argent, ....ici,on bouffe mal". Au lieu de me demander de l'équanil, ildemande de l1argent et un beefsteak. C'est ce qui nous trouble, et quelles difficultés on aàentendre

A.

une telledemande, comme une demande de soins. C'est ce qui nous fait dire :11mais, ilse croitàl'hôtelici? Ilse trompe de portevv.

-On pense aussiàlacarence affective qu'il a eue. Le beefsteak remplace l'équanil, c'est sûr. Je crois que c'est tout en rapport avec lacarence.

Médecin ·-Ilfaut qu'on fasse l'effort.Alors c'est important. Au lieu de dire : "quand j'étaise ~ on m'a foutu au foyer de A •.•••11Au

lieude dire tout ~ ce qu'il demande d'emblée, c'est le beef, et

(24)

c

.

le fric et un peu d'amour, et encore, est-ce qu'il vous demande

del'affection?

-Ilm'a faitdes propositions directes. En plus de ça, ila besoin, ilvoudrait unefemme,des enfants.Ilaimerait avoir<' son père et samère. Ilatout un manque.

Médecin -Au lieude dire ça? ildit jevoudrais coucher avec vous.

c

.

--

Ilparle, ilditqu'ilvoudrait une femme,desenfants.Iln'a jamais rien eu : ni père, ni mère, ni a:r:1our, ni bouffe, et tout•••• iln'a pas été élevé.

F.

Odile

-Ilen veut au monde entier, son père.

-Quand on réfléchitè, lademande, on découvre qu'ilyaquelque chose derrière.

Médecin -·Sademande est re e~ c'est comme s'ilnous accusait nous.

C'est pas de notre faute. J'y suis pour rien. J'y peux pas grand-chose. Ilnous demande de combler tout ce dont ilmanque.

A. -On le remplit, ilse vide••.

C. ~ e re qu'on le remplit mal ...?

Médecin -On sent bien, etonsait intellectuellement,eton comprend ce

f)U1ilveut, pourtant on n'est pas d'accord, chaque fois quvil vous

faitune demande •.. Moi, jelui ai dit:11jene suis pas d'accord,

pour tedonnerdel'arcent, et ~ jene suis pas là pour te faire

plaisirsexuellement".On lui renvoie une position de soignant qui

n'est pas au niveauoùilse situe,D1unoncomprendd'où ça vient,etd'un autre côté,onne peut pas répondre au moment oùil demande.Ilya C!.uelque chose de trètJ important, là.

Odile -En plus, comme on ne peut pas répondreàces demandes, on dit qu'il cherche8. se faire rejeter, comme s'ilfaisait exprès de venir faire ce genre de demande en sachant très bien qu'on ne pourra pasyré -pondre. Et on dit finalement ça, ilse fait rejeter, ilfait tout ce qu'il faut pour se faire rejeter.

(25)

c

.

-

Ces gens là,ilfaudrait une priseenchargepardeux infirmières, pas par une infirmière seule ; alors une prise en char3e totale, le sortir, lui trouver une piaule, l'emmener au boulot, aller le chercher, au maximum, une rééducation•••vt.

A. -~ r lui,jel'aisouvent pensé.

C. -Si on avait une ou deux malades? ••• on ne feraitpasdes merveil -les9 mais •••

Médecin -Vous lui proposez un plandesoin."1 Ch.

C. -Ilfaudrait l'éduquer.Hàis iln'estpasle seul dans ce cas. Matériellement, c'est certainement faisable, mais ..•on en crèvera peut-·être...Ilya lui,mais ilyeâ1d'autres...

Médecin -Sion était sûr de ce plan, proposer pendant six mois ce plan de soins, vous ne croyez pas que1'une.d1entre vous pourrait faire le travail (analogie avec l'insulinothérapie). On l'afait dans le

em ~ avec une infirmière qui n'est plus là. On lui avait donné

cette tâche.

c

.

-

C'est lourd.Ilfaut deux infirmières, qui aientdesaffinités ensemble avecCh. On lvéduquerait. On lui donnerait ce qu'iln'apas eu : une mère •.,

I. -Tuveux lui donner une nourriture alors ?

C. -Est-ce qu'il accepterait?

F. -·l'our une infirmière ce serait lourd. C'est un. peu comme sielle

était donnée en pâture,q ~ attention.

I

Jne . '.1 . . A . d

C - e sais pas s i grignoterait tant que ça. .partir u moment

A.

·1 1 ' ~ ~ ~ l 1stitr · ·1

oùi a que qu un a cotere ui, qui i peut comptür .•• -:E;t quelqu '-un qui e.st dévouéàlui9 tu t'imagines

changer sa façon de voir.

.

..

/

...

(26)

C. ~ Jensais pas s'ilgrignoterait tantque ça.

I. ~ Ilpourrait peut-être se prendre encharge,àpartir de ce moment.

c

.

-Ildirait ouf!91011 essaiede me sortir de lam ·

.

..

mais quand même pas lematerner, lui faire comprendre qu1ila20et quelques années, surtout pas lematerner.

Médecin ~ me si c'était votre désir profond?

c

.

-

Oh 1non.

Médecin -Pourquoipas?Dans mon me~ la seule thérapeutique possible

c'est cette régression, c'est retrouver le moment où ila pu être privé, lemoment où ila manqué, pour refaire cette relationmater-· nante, cette relationdedon et d'échange 0.u'il n'a pas eue etÇaon

ne peut pas le fairesion a pas une certaine sympathie pour lui. Et aussitôt une crainte, Vion va se faire dévorer". Ce n'est pas faux.

C. -D'autres malades pourraient en bénéficier aussi.

Médecin -Ilpose un problème au niveau de laproblèmatique, c ~ du soin.

I.

Odile

Est-ce qu'on peut donner3un malade privilégié tout ce dont ila besoin en tant que ~ plus qu'aux autres?Puisqu'on. ne peux pas

tout donneràtous. Quelle est notre position?

-C'est difficile parce qu1ilfautfaire un choix.

- Onpourrait choisir comme un r eme ~ vous parliez toutàl'heure

d'analogie avec l'insuline qui demandait des soins e e ~ qui

de-mandait une présence importante.

I. -On peut toujours faire un choix. On sait qu'il telm me ~ on èoit

s1occuper davantage de telfl1alade.

Médecin -On devrait approfondir ça. Est-ce que pour nous, pour vous, c'est difficile de faire un choix?Ilme semble que ~ que ça nous

préoc-cupe toute lajournée.

(27)

A/ -Enré ~ on peut envisager plusieurs choses, parce que le

choix, desfois ilse fait.•• c'est la sélection.

c

.

-

C'est l'affinitéavec les gens.

A. - Ilya11 é~ c1est vrai, mais aussi ilya desgenspour

qui tu as envie de faire quelque chose, ilya des sens qui ont

be-soin••• Je penseàC., on va lui faire une cure d'insuline..•on a envie de faire quelque chose quand on sent qu'elle est mal. Les ques-tions de choix•••, ça ne se pose même plus •••, c'est•••

I. -On ressent la nécessité, le besoin, et le choix se fait d'emblée, c'est normal.

Médecin ·-Alors, s'iln'y apasdeproblèmedechoix,Je. nepeux plus dire que Ch, n'est pas choisi.

C. -Mais Ch., c'est difficile.

A. -On parlait de sympathie toutàl'heure, d'affinité physique même, de conta.et, on°f5eut pas l 'a,mir avec tout lemonde, Ilya des gens

- n'

qu'on aime, d'autres qu'on aime pas. C'est un peu gros, mais ••• Médecin ·-Je crois qu'on est piégé par ça? lasympathie ou l'antipathie. On

a du mal àlamettre en avant.

A. -Ce n'est pas parce qu'on n'aime pas lœgens qu'on s'en désinté -resse. Ce n'est pas vrai.

C. -Je suis correcte avec eux.

A. -Est-ce que c'est les soigner ou t'endésintéresser?

c

.

-

Je ne peux pas m'en désintéresser, je suis làet je suis payée pour.

~ c'est tout, jefais ce que j'aiàfa.ire et c'est tout, Je sais

ne pas si c'est tout.••

F. -.l?ourm ~ les malades sont tous pareils.

(28)

M.

c

.

-Ce n'est pas une atl:!itudepurclnerit intellectuelle, le choix se

fait selon l'urgence, l'intensitédes choses.

-Ily a le problème d'esthétique. Ily a des yeux bleus, des yeux noirs9des peaux blanches, des peaux brunes, ily a des trucs comme ça. Je suis très sensibleàce genre de choses ilya des trucs qui me plaisentà11oeil.

F. -Vous ne pensez pas que les malades le ressentent ça?

A. -Mais ce::rlest pas le rejet.

F. - ~ mais ilya quelque chose.••

C. - ~ce que ça se voit dans notre comportement?

A. .,. Ilya des gens avec qui tu as plus envie de discuter, tu vas plus facilement vers eux. Ilya des affinités physiques, jene

sais pas moi.

r

.

-Ca t1es arrivé quand même de te dire "tiens, celui-., ilya

longtemps que jene 11<lÎpas vu, pourquoi ?". A. -Sûrement, on se remet en question.

Médecin -C'est plus clair pour vous puisque vous êtes infirmières visiteuses, donc, vous dites uipourquoi jen'ai pas été voir celui-là ?11• Tandis que là, nous les voyons au pavillon les malades, c'est moins net.

A. -On va spontanément vers certaines personnes et d'autres••• En ~

on se rend bien compte qu'on n1a pas vu un malade d'une matinée. Pourquoi? Iln'y a pas d'atome crochu.

Médecin --C'est comme si c'était une faute professionnelle. Si on peutd re~

dans le fantasme, c1est "si jtaisune excellente infirmre, je devrais avoir une vision très, trèsé re~ au d~ jene devrais

pas me satisfaire au niveau de lasympathie des yeux bleus, etc••.11 •

(29)

A. -Ca nous aideànous corriger ça.

Médecin -ivA corriger!",vous croyez

A.

c

.

A.

-earce que, quand on s'apperçoit qu'on fuit certaines personnes .•• on se repose laquestion du pourquoi et du comment, et de qu'est-ce qui se e~ donc ça nous inciteàaller au devant d veux, pour voir.

-Alors là, tu t'excuses en donnant plus qu'il ne faudrait.

-Non, je crois pas, j'essayedecomprendre. Ca m'est arrivé déjà,

çan'est pas pour ça.qu'ilsme seront plus sympathiques, mais je cher-· cheàcomprendre pourquoi ilya des choses qui passent pas.

Médecin -C1est ce qu1on appelle,enterme savant

t

9analyse, du contre trans

-fert : qu'est-ce qu'il yaen lui, dans sa vie passée, et qui fait

F.

A.

que •••

-Souvent, quand on arriveàfaire cet effort, on découvre quelque chose. Tu trouves le côté intéressant, tu vois ••.

-C'est comme M.A. qui reste très loinde nousàcertains moments si on va vers elle, on découvre qu'elle a besoin de nous; qu'il y a quelque chose qui se passe. Elle le ressent profondément,11pourquoi vous m'avez abandonnée 7iv

- J1ai eu un truc avec S.P. comme ça. A ses premières hospitalisations,

jene pouvais pas aller au devant d'elle, j'avaisun blocage, jene pouvais plus lui dire les trucs indispensables de lajournée jusqu'au jour où jeme suisdem d~ce qui se passait, jeme suis assiseà

côté d'elle et j1ai discu pendant une heures après, j'étaisbien,

j'avais l'impression d'avoir passé le cap et maintenant, ça va bien. J'aimis longtemps. Je ne sais pas ce qui me gênait dans S.~e ~ re

son ambivalence, peut-être••• jene sais pas ce qu'ilyavait, main-· tenant, ça va mieux. Je lacomprends mieux, je peux aller au devant d'elle sans barrage, sans rien, alors que j'aimis longtemps pour

l'accepter. Enfin, je l'accepte bien en tant que malade, elle, mais pour l'approcher••. J'avais une approche difficile•

(30)

Médecin ·-On peut dire e~ alors, que soigner, c7est aller de soi vers un certain nombre de malades et pas vers d'autres ou ilfaut faire un effort, ilfaut vous dépasser? faire quelque chose. Si vous faites ça, c'est peut-être parce que fondamentalement, vous pensez que c1est votre métier de dépasser ça.

A. -Quand vous parlez d1effortr.1 faire. On ne le pense pas cet effort. Médecin -En fait,vous êtes restée uœ heure avec elle•••

A. -Je ne sais pas si ça me coûte en réalité, ça m'apporte des choses. Médecin ~ C'est un acte volontaire, au début. Vous dites : "Tiens, pourquoi

j'arrivepas? Je vais donc essayer11

• .i?uis, bien sûr, ça c'estéc ré~

vous avez trouvé une certaine satisfaction, vous avez le sentiment

A.

de pouvoir être infirmièreàpart entière avec elle, plus qu1avant; avant, vous aviez cette relation connne vous dites dec rrec ~ de

politesse bienveillante, mais vous pouviez vous demander est-ce que je pourrais lasoignersàce moment-là, ça ne suffit pas.

- J1ai eu l'impression d1apporter quelquec e~ mais personnellements ça m'apporte aussi.

Médecin -Est-·ce qu'on peut soigner si soi·-même on11 'estpas bien, si on ne nous apporte pas ; et on retombe sur Ch. qui ne vous donne rien. On retombe sur lanotion de donner et recevoir.

A. -Le sens unique, on n'aime pas.

Médecin -Si jeprends une infirmière diplomée d'état qui soigne un cancer du col ou une fracture du fémur dans un service de chirurgie, est-ce qu'elle se pose ce problème, quand elle donne des soins?

C. -·Jecrois pas, non, parce qu'elle se fait plaisir tout le temps, elle fait des trucs.

Médecin -Oui, elle donne des soins9 elle voit l 1efficacité de son soin.

(31)

c

.

Toutes

A.

F.

cl. d d ne . .

-Tan 1s que nous, quan on onne, on reçoit pas toujours.

-C'est concret, elle est satisfaite. Elle a fait ce qu'il fallait faire.

- irL 'impressiond'avoir fait sa journée'1, qu'est-ce que ça veut dire

ça aussi? Des soins comme ça...tu as l'impressiond'avoir fait tes 8 heures. Quand on part d1ici,souvent on se demande.,. On peut ~

poser laquestion.

-Des fois, on a l'impressiond'avoir rien faitde lamatinée.

Médecin -· C'est làpeut-être qu'il faut chercher -qu1on a du travail ,,. fair.:.

c

.

A.

c

.

-Moi jeconteste mon salaire parfois, jeme dis~1 est bien payée pour ce que tu fais, c1est pas possible, tu escroques11

, et parfoia

jesuis contente.

-C'est aussi une justification. Je ne veux pas parler du balais et de laserpillère, mais on a 1 'impress:i.on d'avoir bien travaillési on a faitdu ménage? alors qu'en réa.lié~ jepensequ1on a bien tra

-vaillé quand on a passé une heure avec quelqu1un.

-Les autres te font te culpabiliser. Hoi, leménage, j'aime pas le

faireet j'enfais lemoins possible.

F. -Moi? je~ pasi1 11aise quand jem1entretiens avec une malade

dans sa chambre et que cette cham1Jrce ~ ~

Wdecin -F. n'est pasà l'aisedans son·métier de surveillante, de laisser une malade dans une tellesaleté.

c

.

A.

-Ca dépend de quelle malade aussi. Si elle n'a pas envie de faire son ménage, jene vais pas le luidire••• Chez moi, je fais lei ménage tous les15 jours.

~ C'est làaussi où on pourrait associer cette notion de soin et de travailmatériel et travail autrement, Quand on ~ une heurP. ~

(32)

Odile

quelqu'un on a l'impressiond'avoir rien fait. Enré é~ c'est

pas vrai, on a travaillé,mais toujours avec ce besoin de se jus -tifier,c'estc r ~ c'est vrai••.

-C'est sûr que si un couloir est propre, tout le monde le voit•• , ilfaut un temps donné pour le faire ; tandis que rester avec une malade, c'est abstrait.

A. -On n'a rien fait qui marque.

F. -·C'estpour que lamalade se sente mieux, ce n'est pas pour les yeux des autres. Si elle ne fait pas son litpare em e~ c'est

qu'elle ne peut pas le faire. A.

c

.

I. F. A.

-Oui, mais en faisant le litavec elle, tu lui r e ~ tu fais les

deux. Quand as-tu l'impression dene rien faire?

-Dans lamesure onon ades grand-mères oudegros oligophrènes, on ne peut pas dire qu'onna jamais rien fait.

-QuandF,a l'impression de n'a.voir rien fait, c'est les jours où elle court le ~ pour des papiers, pour des démarches, et en

finde matinée? elle a liimpressionde n'avoir rien fait. Je crois que c'est là que ça se situe.

-Mais je sens quiily ades malades 0.uiauraient eu besoin d'autre chose.

-C'est pas que tu nias rien fait, c'est que tu nias pas fait ce que tu voulais. Ce que tu aurais aimé faire. C'estlàque tu as 11impression de ne rien faire.

Médecin -Chacun d'entre nous a une échelle de valeur de ce qu'il fait. Moi, ça m'embête quand je signe des er ~ quand je reçois lesvisiteurs

médicaux, et quand je pars, jeme dis, jen'ai pas vu un telencore aujourd'hui.

(33)

Odile -C'est quand même lapreuve qu'on a une certaine idée du ••. travail.

Médecin -Du fondamental, du nécessaire.

Odile -· On a une idée dupourquoionestlà,

A. -Un idéal?

c

.

-

Oui peut-être.

A. -L1idéal, Je crois que c'est de pouvoir s'occuper du malade.

Médecin ·-C'estaufond denous ~ "s"occuperdu malade", dèsqu'onne s'en

occupe ~ onal'impression qu'on ne fait pas le soin nécessaire,

tout le reste au fond ~ e autour.

(34)

-TROISIEME REUNION -LE 27.02.1974.

~ ~ ~ ~

D. -Celui-ci nous ne l'avons pas soigné. Si le valium pouvait pousser et avoir de belles fleurs bleues et bien dans le lavaboilserait magnifique.

Médecin -Ilne prenait pas son traitement?

D. ·-J'aitoujours pensé qu'il ne le prenait pas.

Médecin -Sa pathologie,illafait apparaitre, sans apparaitre••• Je pense

même que ce. sont des appelsdemalade en fin de compte. C'est vrai

que larelation, là, est devenue difficile. Dès qu'on se pose devant lui comrne soignant ou médecin, c'est la seule façon d'arrêter le traitement. Donc, Jecrois que c'est làoù onest ohligé d'avoir un rapport de force.Ledialoguen'estvraiment pas possible pendant un certain temps, et ilfaut donc agir sans lec e eme ~ c'est

peut-être undesproblèmes que vous avez souvent.

D. -Encemoment, oui.

Médecin -C'est un des problèmes dontilfaut parler,ilme c~mb e Ily

a tellement de manières subtiles au fond de demander, commentd re~

de faire un ~ sans que vraiment le consentement du malade ysoit.

C'esttout le problème de lamédeciœ. Si vous allez voir un médecin et que vous lui parliez, que vous luidisiez que vous avez çi et ça. Et puis après?C1est lui le patron,ila le pouvoir. Vous n'allez pas pouvoir tellement discuter de ce qu'il va vous dire, de ce qu'il faut faire. Bref, ilya làun consentement .•• au savoir du médecin.

Ilfaut vous soumettreàça. Iln'y a pas un véritable dialogue. Toute lamédecine en est là. Au maximum, lemalade veut bien être. soigné, çe lui arrive.iinaccepte les médicaments;i, "il accepte son traitementn, et pour nous, c1est toujours"oufH, Mais qu'est-ce qu1i1 accepte?

(35)

D. -Son traitement. Mais ilne prend pas ses médicaments. Médecin -Ilyaquelque chose dedifférent.

n

.

-

Dans larelation avec lemédecin le malade est d'accord, et puis

onlui donne ••• plus question.

A. D. A. D. A. E.

-· On ne parle peut·-êtrepas ~e le.même chose quelui...Je ne sais

pas quoi.

-Les malades ne se sentent pas ligo~ é en nous disant oui,tu

~ parce qu'ils savent aussi qu'ils ont le pouvoir de le refuser

et de dire non d'une façon ou d'une autre.· Un non catégorique ou en les dissimulant.

··Onne sait pas exactement ce qu'il leur faut ; ou alors, si on arriveàle savoir exactement et bien on ne peut plus le leur donner (on soigne dans lamesure <le notre possible aussi). M. je crois qu'il lui faut les deux. Il faut quelques médicaments, mais

ilfaut aussi beaucoup l'aimer.

-· e r ~ ilsen sont tous là, ilfaut pouvoir les aimer comme

ilse e ~ mais dis,e ~ ce que jevais pouvoir les aimer comme

ilsveulent? ~ je crois que je les aime comme je peux.

-Ilprend les médicaments qu'on lui donne9 mais profondemment, qu'est-ce qu'il lui faut, on le sait pas bien (cecià. propos d'un malade du secteur) •

-~ r G.9 je suis allée voir sa femme hier soir. Elle ne sait pas davantage que nous bien entendu, n1ais enfin, elle dit que cette fois-çi, c'est lafois la plus grave, parce que bien qu'il ait fait les mêmes €pisodesdé r ~ chaque fois.•• (C'étaient les mêmes

thèmes et tout ça) en lui,profondemment, iln'était pas si atteint. Elle le ressent comme une cassure. Tu ~ elle ne dort ~ elle

est ~ e Elle est plus seule que d'habitude, ce n'est pas le

même chose qu1avant. r ~ eme ~ elle dit qu1ilfaut faire

(36)

ce qu1on pense,d e r ~ effectivement, ilest trèsmalade, très t:J.alade9 quesion pense qu'il faut qu'il se repose, ila droit,3_ sapension, puisque s1ilest trèsmalade ilne peutpas travailler, que de toute façon, le r~ commeça,où ilaura envie

de r er~ personnenepourra rien non plus.C1estlui qu'il faut rejoindre, qu'il faut suivre, qu'il faut trouver. llestà

l'hôpital, comme d'autres malades.

Médecin -Vous parliez deçapourquoi?A qœlniveau?Au niveaudenotre? ••

E. ~ niveau du soin, par exemple, c'est un monsieur qui prend bien

ses médicaments. Qui accepte, Qui en discute même toujours très bien, • ?

mais .

Médecin -Qui accepte le traitement?C'est ça laquestion, souvent• .Pour l'instant, c'est G., mais ce n'est pas non plus G. comme tu dis une fois qu1ilsera 'a.utrement'i, ce sera peut-être toute autre

chose .•• A ce moment là) on aura beau l'avoirmis en pension d'in

-d é~ on ne pourra pas l'empêcher de travailler. Ca c'est tou

-jours notre problématique ••. notre problème~ àsavoir jusqu'à quel

point on peut imposer notre façon de voir sur ce plan••• Et si j'en reviensàM. : on disait toutàl'heure : si on savait exactement ce qu'il faut re~ on aurait souvent des positions plus libres

cl 1imposer mais ..•Si je pense.Ci un chirurgien pour un abcès chaud ..•, mûr. Il ne va pas discuter,ilsait qu'ilya un seul gesteàfaire,

ilest tranquille. Il sait : èe deux choses1'une, ou le malade ne

veut pas discuter ou ildiscute le soin, mais lemédecin est tran -quille, ilsaità. ce moment làce qu'il doit faire et C!Uasiment im-poser ou travailler le malade jusquv

,s

ce qu1ilcomprenne. Sa vision

est claire. Mais nous, quelques fois•.. souvent••• E. -C'est même tout le temps.

Médecin ··-Surtout dans des situations, je<lirais, comme ça, où justement on a une relation depuis des années avec une malade. Ilya des

répétitions. On està. la fois inquiet, mais pas trop, parce qu1elle

(37)

c

.

E.

est toujours en vie et qu'on ne risque pas un suicide sur l'heure, enfin? quand iln'y a pas d'urgence dramatique comme ça••• C'ast justement? on est toujours coincé dans le truc.•• Bon, d'accordon

ne le sait pas, mais on applique quelque chose, on détermine une conduite par rapportàce qu'on pense, qu'on croit ; jepense qu'il faut le faire tout en sachant que ça n'est jamais, enfin,quela personne est toujours ~ que ça peut toujours changer, que çapeut,

tu vois?Enfin, ilfaudrait que jem'explique.

-C'est jamais terminé.. C'estpascomme le bel abcès.

~ Moi, jeme demande s'ilne faut pas qu'on se situe en face.Qu'on sache• .Parce que c'est faciledene jamais savoir en fait, parce qu'on ne s'occupe jamais non plus.

Médecin -Exactement.

E. -Mais tout en croyant savoir,e ~ par le savoir qu'on peut

avoir, ça n'exclue pasquechaque fois on peut être attentif•••De

toute façon, si on n'est plus attentif••• Si on pouvait déterminer que c'est le largactil, ou lapension d'invalidité, ce serait nier••• notre•.•

Médecin ·-On dit telhospice ...C'est des choses qu'on dit. Alorss c'est comme une fois pour toutes. C'est significatif'dans lamesure où

l'hospice c'est bien la s€paration•.• Mais enfin c'est vrai que ça se passe souvent••. C'est une déculpabilisation, onnele voit plus. Mais, au fond c'est terminé, quoi, sur tous les plans presque on ne se pose plus laquestion,il va guérir ou ilne va pas guérir. C'est fini•••

D. C'est ça qui est difficile, c1est cette répétition. Médecin -On vit avec le malade, ses répétitions, je crois. C. -Ca, c'est un morceau.

(38)

Médecin -L'histoire de l'hospice, on lavit 'toujours aussi mal, parce qu'on n'est pas tranquille.

E. F.

D.

-Quand c'est un e ~ bon •••

-Je crois qu'on les a confiésàd'autres, bon, on leur fait con-fiance. On a donné le relais.

-Moi, quand je les envoieàl'hospice, je sais qu'au moins je n'aurai pasàassumer leur mort.

Médecin -Mais enfin, le soin, en psychiatrie, c'est vrai, c'est d 'accom-pagner lemalade dans sa maladie, au long cours.

D.

E.

A. E.

-Ilnous faut cheminer.

-Moi, je crois qu'à l'intérieurde l'hôpitalc'est plus difficile de vivre ces répétitions. Enfin, jene sais pas. Je ne voudrais pas parler du secteur.

-·Quandilsviennent a l'hôpital, c'est lapériode où ilssont le plus malades.

·· Je suis sûre que c'est difficile quand une infirmière est dans le service tout le temps ~ de voir entrer lese ~ de voir se ré

-péter toujours cette mauvaise période de leur vie. Finalement, on n1a que ça d'eux. Par contre, hier? au foyer, on a vécu quelque

chose d'assez extraordinaire : Mr D. est venu, ilvient toujours se plaindre, nous voir, nous <lire qu'il a des traumatismes9 qu'il est malade ; on luimet d~ goutte.s dans les yeux, on le soigne.

Ensuite, le soir, j'aicherché une dame dans le quartier. Je me suis trompée d'adresse et je suis allée demander dans un bistrot où les gens se connaissent tous dans un quartier comme ça. Et qui je vois dans un coin?Mon ~re D., en trainde taper un carton avec

des gars. Vraiment très bieni heureux, tu vois. Ilétait très bien, C'est extraordinaire ; jeme suis dis, \Vil ne faut pas le regarder,

ilpeut bien taper le carton, ilfaut qu1ilpuisse être, qu'il

(39)

puisse vivre••• autre chose". Et puis quand je suis r e~ il

m'avait vue, ilm'a fait un clin d'oeil en rigolant. Tu ~ un

trucun peu complice•.• "Ne disr e ~ quoin.

c

.

-m:n.

ne faut pas oublier de dire que c'est un gars qui ne participe

àrien quand ilarrive au foyer,ilém ~ ila mal, ilest contre

le radiateur. Ilne joue jamais aux cartes1 ilattend, ildiscute

pour lui-même. Et on me dit que dans la journée ilpasse et ilre -gar<le les autres jouer aux cartes.

E. -Et moi, jeme suis dit nquel salaud",ilnousaeu. Ilme blouse.

C. -Mais jeme suis dit ésalement "est-ce qu'on ne le blouse pas en n'acceptant de lui que ses troubles? ...".C'estàdire qu'on n'est plus infirmière, quand on est là-bas (au foyer).

A. -D'une certaine manière, ilnous justifiepourtant dans ce rôle.

c

.

-

Je veux dire•••Voilà, cetaspect"d'àcôté0 nous échappe. Et je suis persuadée quec'estbeaucoup plus difficiledevivre toujours avec des gens qui ont quelque chose de mal en eux) qui ne sont pas vus dans leur personne. Et on ne le tolère pas non plus.

E. -Tucomprends, s'iltedit :11jevis, jejoue aux cartesi', c'est qu'il n'est pas malade. Iln'a plus rienàvoir.

C. -Mais, qu'est-ce qu'un malade ?

A. ·-Ilabesoin desamaladie. C'est avec çaqu1ilpeut venir là··bas (au foyer), qu'il peut parler.

Médecin -Vous avez là l'illustrationau fond de ce qu'on dit toujours,à

savoir que lamalade nous propose une face de lui,une de ses pos-sibilités de vie, différente selon qu'il est devant lemédecin, devant l'infirmière, devant sa femme, devant le patron dub r ~

devant les copains. C. - ~ on le croit.

(40)

Médecin -On croit que quoi?

c

.

-On croit ce qu1ilnous propose .•• et on s'enferre avec lui dans ce qu'il nous propose uniquement.

Médecin -Làoùest le problème, jecr ~ c'est que vous pensez que du

moment oùilpeut être différent avec le patrondubistrotc'est

qu'il vous blouse. Au fond, vous voudriez qu'il puisse venir vous voir comme le patron et les camarades de bistrot. C'est çalefond des choses.

D.

c

.

D.

-Est-ce qu'on peut toujours être toutàlafois?Etre entier tout le temps?

-Oui, moi, j'essaied'être entière partout, au boulot, chez moi, partout.

-Hein !moi, jesuis certainement différente avec toi et avec

d'autres••• Je ne peux pas être lamême partout••. J'en ai conscience.

C. ·-J'ai l'impression d'être une mauvaise infirmière, parce qu'ici on doit être quelque chose et au portail, autre chose. Et moi, j'essayed'être partout pareil•..

D. -Je ne peux pa.s. Et je crois quejenesuis pas unique.Ona toutes

des masques. On change jecrois. Et puis, ilyades situations, destas dechoses qui font qu'on est autres.

C. -Ilse peut que ce malade trouve un copain dans l'infirmier, le médecin. Je pensequec'est possible. Moi, j'enai vu qui proje

-taient en toi des tas de trucs•..

A. -L'autre jour, un malade t'assentie en bas, ilm'a dit, "bon, je vais voir Mme E.". Ben, ilfallait qu'il descende,ilfallaitqu'il aillevers toi..

E. -Mais avec toi aussi,ilest hypochondriaque?

Médecin -Un peu1moii;i.s

(41)

E. -Moi, ilme parle de sa femme. Ilne me parle que de sa femme. tucette vieille11

Médecin -Toi, t'es jeune, ce n'est pas pareil.

E. =Oui, mais justement, ce n'est pas un idiot• .J!a.r exemple, passé un temps, ilse plaignait beaucoup de sa femme. Je ne comprenais pas. Et tout le temps ilvenait vers moi9 effectivement parce que d'une part jel'avais connu ici ; mais sa demande jene lacomprenais pas. Ilfallait être complice de quelque chose. On les a vus tous les deux avec sa ferome, enfin, jen'ai rien dit, tu vois. Hais c'est devenu plusc r~ Bon, sa femme, elle est c01mne elle est, lui, il

est comrae ile ~ ilpeut même aller au bistrot taper son carton

mais maintenant, jesais pas, ily a quelque chose de restitué en eux .•..Je sais pas comment •.. Dans le sens que .••

Médecin -Ilya ce qu'on a compris avec le fils épileptique. .Puis ilya

E.

leur drame de laboobe qui a tué leur enfant,(tué par une bombe angla.ise).La petite filleest morte et le petit~ r a eu des

iclatset ilest 6pileptique maintenant. Et ça a déséquilibré profon-dément ce couple. Etde ~ ilya une relation privilégiéem re ~

et le père••• Ilpourrait raconter beaucoup de choses. Je crois que c'est mieux qu'il ait compris tout ça. Lui, au fond•..

-Lui, ilme semble qu'à un certain moment, ilétait bloqué~ ilpeut

dire maintenant c'est lafaute de ma femme, c'est ma fernne qui n1est pas bien. Ilme semble que sa femme elle est comrn.e elle est, mais luiaussi a des torts. Ilen avait déjà parlé de toutes ces histoires. Et c'était toujours de sa faute, pnrce qu'il n'était pas làet... alors? tout était toujours de sa faute ;m ~ ce n'était pas tout

de sa faute non plus•.. Ilme semble qu'il a son caractère, qu'il n'est peut-être pas facile en famille, qu'avec sa fer.ime, ily a certaines choses ; maintenant, peut-·être,ilme semble, qu'elle a fait un certain choix,à. un certain niveau avec son fils, que c'est plus clair, que c'est mieux accerté. C'est plus vivable .

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