correspondant aux références abrégées en note, pour lesquels il faudra attendre la bibliographie générale. On trouvera l'élucidation de certaines de ces références abrégées, ainsi que des compléments bibliographiques et des mises au point de détail, dans le compte rendu de Bengt Lôfstedt, paru dans Mittellateinisches Jahrbuch 35 (2000), p. 355-359.
L'entreprise de Peter Stotz est donc en excellente voie, et se vérifie comme une aubaine pour tous les médiolatinistes.
Pascale BOURGAIN
AINARDO, Glossario. Edizione critica a cura di Paolo GATTI, Firenze : SISMEL, 2000, XXIII-163 p. (Millennio Medievale 23. Testi 9).
D'après la préface de son glossaire latin, Aynard était moine, et sans doute écolâtre, à Saint-Èvre de Toul (en Lorraine, dans l'actuel département de Meurthe-et-Moselle). L'ouvrage, daté de 969, est explicitement destiné aux écoliers qui résidaient sur place (« ad suplementum in ibi [il faudrait plutôt écrire inibi] degentium pusionum»). Les mots y sont classés «ordine ele-mentorum», c'est-à-dire selon un ordre alphabétique partiel, qui tient compte seulement des lettres initiales.
Naguère encore, on ne connaissait du glossaire d'Aynard que les extraits publiés par G. Goetz, Corpus Glossariorum Latinorum (= CGL), t. V, Lipsiae 1893, p. 615-625, et les lemmes que M. Manitius avait, en 1911-1912, com-mentés dans un article de «Quellenforschung». Ces travaux étaient fondés sur un manuscrit unique, hélas détruit (ou disparu) en 1944 : Metz, B. M. 500, daté, selon les auteurs, de la fin du Xe ou du début du XIe s., qui provenait de
l'abbaye messine de Saint-Arnoul. En conséquence, depuis la seconde guerre mondiale, les philologues devaient se contenter des sélections opérées par Goetz et Manitius : telle était la situation dans laquelle se trouvait Paolo Gatti lui-même, quand il publia une réédition d'Aynard, dans Studi Medievali, 3a s.,
29, 1988, p. 317-374.
Une trouvaille récente a modifié radicalement l'histoire du texte. Lors d'un séjour à la bibliothèque universitaire d'Ièna, Carlotta Dionisotti a exhumé, parmi les papiers de Goetz, une transcription complète du glossaire d'Aynard effectuée par Gustav Loewe en 1879 (Nachlaß Goetz, Mappe 8a). Avec géné-rosité, elle a fait part de sa découverte à Paolo Gatti, qui a pu exploiter cette copie de Loewe. Le présent ouvrage, loin d'être seulement une version corri-gée de l'article de 1988, constitue ainsi l'édition princeps de la majeure partie du glossaire. Un seul chiffre suffira à marquer la différence : à travers les extraits de Goetz, Gatti connaissait 60 lemmes en 1988 pour la lettre A ; il est maintenant en mesure d'en commenter 316.
La compilation d'Aynard, une fois restituée dans son extension originelle, revêt un certain intérêt pour l'histoire de la lexicographie. Le moine lorrain se proposait de collecter des termes rares. Sa source majeure est le Liber glos-sarum ou Glossarium Ansileubi, mais il a également exploité, à titre secon-daire, beaucoup d'ouvrages que l'éditeur énumère en introduction (p. XIV-XVII). Les plus utilisés semblent l'épitomé de Festus par Paul Diacre, les commentaires de Servius à Virgile et de Remi d'Auxerre à Martianus Capella et Priscien. Plus ponctuels seraient les emprunts à Fulgence le mythographe, à Nonius Marcellus, à Virgilius Maro, aux scoliastes (d'Horace, de Perse, de Prudence, de la Thébaïde de Stace), ou à la traduction glosée de la Vie de saint Jean l'aumônier. Les noms d'autorités cités à l'intérieur du texte peuvent l'être de façon indirecte; les parallèles isolés avec des œuvres classiques ou patristiques, repérables grâce aux bases de données, ne proviennent pas for-cément d'un dépouillement de première main: P. Gatti a donc raison d'être prudent, quand il reconstitue les lectures du moine de Toul.
Parmi les auteurs et lexicographes postérieurs, il reste du travail à faire pour discerner une influence éventuelle du glossaire. Un lettré contemporain est Adson de Montier-en-Der, qui fut lui-même écolâtre à Toul peu avant Aynard. Au moment où je rédigeais ce compte rendu, j ' a i eu l'occasion de relire l'ensemble des œuvres hagiographiques d'Adson, dont Monique Goul-let prépare l'édition pour le Corpus Christianorum. Il se trouve qu'Adson recourt sporadiquement à des termes rares, dont plusieurs (comme birotum, conduma, gurgustium, puteal, suppar, synergus, etc.) sont expliqués chez Aynard (B 34, C 57, G 4, T 61, S 129, E 13) : il pourrait donc être utile d'en-quêter dans cette direction. Une autre piste à explorer — plus méthodique-ment que n'a fait l'éditeur — serait le Dictionnaire publié sous le nom de Du Cange, qui mentionne souvent, avec la mention «in glossis mss. », des termes inconnus ou presque en dehors d'Aynard. Mais un tel apport vient-il du pre-mier éditeur, Charles du Fresne du Cange lui-même, ou de ses continuateurs mauristes du XVIIIe siècle ? Seule, une confrontation des diverses éditions du
Dictionnaire permettrait de répondre à la question.
Grâce à la transcription de Loewe, l'édition et le commentaire du glossaire que donne ici Paolo Gatti rendent caducs tous les travaux antérieurs. L'en-semble manifeste une érudition considérable, et les critiques éventuelles por-teront nécessairement sur des points de détail. En ce qui concerne l'édition, il est bizarre qu'aucun sigle n'ait été réservé à la copie datée de 1879 : comme l'éditeur oppose parfois îrad. à Loewe, il faut sans doute comprendre que trad. (oublié dans le Conspectus initial) fait référence au texte d'Iéna et Loewe aux conjectures marginales ou interlinéaires de l'érudit. Un flottement analogue s'observe à propos de Goetz: ce sigle, en principe, correspond aux entrées retouchées de façon critique et dispersées dans les t. VI-VII du CGL, tandis que Goetz1 recouvre les annotations du savant dans la copie d'Iéna. En
revanche, aucun sigle ne renvoie à l'édition diplomatique de CGL V, dont Goetz déclare pourtant p. XXXIV qu'il l'a revue sur l'original : « Apographon
confecit Loewius : ex quo quae edidi excerpta denuo in hac urbe [c'est-à-dire Metz] cum ipso codice contuli ». Gatti a-t-il supposé que ce travail de colla-tion coïncidait avec les annotacolla-tions manuscrites qu'il appelle Goeîz1 ? En
réa-lité, il est quasi certain que cette révision, conformément aux habitudes de l'époque, eut lieu directement sur épreuves : Gatti, dont l'apparat ne men-tionne pas les variantes (assez rares il est vrai) de CGL V, omet donc des retouches introduites par Goetz, dans son édition diplomatique, après vérifi-cation du manuscrit de Metz: ainsi l'addition d'hominis en C 175; les lec-tures que (q surmonté d'un tilde) pour qui en C 161, conciola pour concicla
en C 227, cliotedum pour cliotediem en E 20 ; la substitution d'hominis à
habens en I 72, l'omission de vel en M 92, etc. De façon paradoxale, une fidé-lité excessive à la transcription de 1879 entraîne, à mon avis, une légère dété-rioration textuelle des entrées que Goetz avait éditées diplomatiquement en 1893.
Le commentaire est très riche et témoigne d'une science lexicographique peu commune. Un oubli pourtant est regrettable : faute d'un codage approprié, le lecteur n'est pas en mesure de distinguer les entrées jusqu'ici inédites et celles qui étaient déjà publiées par Goetz ou Manitius (et donc souvent dis-cutées chez W. Heraeus ou dans le Thésaurus linguae latinae). En ce qui concerne les sources, tous les emprunts au Liber glossarum ont-ils été signa-lés de façon systématique ? On aimerait en être sûr, car le commentaire laisse de côté certains lemmes, et sa présentation est parfois ambiguë. En finale, 1'«indice délie parole notevoli» (p. 137-163) est d'une utilité évidente: il réunit tous les lemmes et une partie seulement des explications d'Aynard, ce qui laisse échapper des termes comme despectivus (A 309), mergus (G 34), perfugium (C 252), praecluis (E 39), etc. Là encore, un codage facile à
conce-voir aurait permis d'isoler l'ensemble des lemmes à l'intérieur d'un index visant à l'exhaustivité (en dehors des mots-outils).
Voici pour terminer quelques notes de lecture: A 87-88 «accerso est accuso, arcesor: advoco», la correction signalée sous A 133 suggère de rec-tifier arcesor en arceso est. — A 143 « abavus est <pro>avi pater, tritavus est attavi pater», la lacune pourrait être plus étendue, et rien n'empêche de sup-poser une formulation du type « abavus est <proavi pater, attavus est ab>avi pater, tritavus est attavi pater». — A 198, la substitution d'ambarvale au texte transmis aruambale est de mauvaise méthode, si deux des sources possibles attestent la seconde forme. — C 64 «catecasta: nomina», résolution fautive d'una, tenu pour une abréviation ? — D 78 (dissitudo), mot rarissime, attesté chez Frotharius, évêque de Toul (t 847), Epist. 9 (éd. M. Parisse et alii, Paris 1998, p. 106, 1. 16). — D 97 (dûmes), terme cité chez Du Cange («in glossis Mss. ») sous la forme dumex. — E 75 « ...spermologus : seminator verbi », cf. H. Silvestre, «L'évolution sémantique de spermologus», ALMA 30, 1960, p. 155-159. — E 117 «edoporium est victus vel cibus», cité par Du Cange d'après ce passage; il s'agit apparemment d'une forme corrompue du terme antique (h)odoeporium (la mélecture d'o en e est banale, cf. A 151, N 4, etc.).
— 151 « insto est lugeo ; hinc institium est luctus mortui » ; le texte transmis est «iusto ... iustitium» ; comme iustitium est effectivement un deuil public, on hésite à adopter la correction proposée. — L 9 « lateruli est ttorsatoriat » ; Heraeus suggérait de lire laterculi, et Gatti propose de substituer dorsa, terga à torsatoria ; la correction lacertuli fournirait le nom d'une pâtisserie, c'est-à-dire d'une forme de torta (suivi de tosta ou d'un adjectif signifiant en tor-sade ?). — L 52 « latus (latis trad.) est pars intestinorum ... », conjecture erro-née : lire lactis (en général au pluriel lactés, -ium), qui désigne l'intestin grêle. — P 71 «paniculus: parvus panis (paviculus: parvus palus trad.)»; l'expli-cation ne nécessite aucun changement si l'on rectifie le lemme en paxillus/paxillulus. — P 89 «proceres sunt capita trabium (tribuum trad.)», comment la conjecture trabium peut-elle remonter à Saumaise ? Aurait-elle été faite dans le modèle (Servius) plutôt que chez Aynard ? Il est étrange de trouver la même corruption sous M 31 « mutuli sunt capita trabium (tribuum trad.)», où la retouche est imputée à Loewe. — P 165 «praes est fide<i> iussor», rectification inutile, car fideiussor est une graphie usuelle (d'ailleurs conservée sous la forme fide iussor en U 27). — P 185 « tplatamat est lata tabula », la conjecture platoma (voir sous ce mot les dictionnaires de Porcel-lini et Biaise) ne semble pas trop audacieuse. De façon générale, le conserva-tisme délibéré de l'éditeur est sûrement l'attitude la plus judicieuse à l'égard d'une œuvre aussi mal transmise. De ce livre important, voir aussi la présen-tation que donne A. Bartòla aux pages 304-306.
François DOLBEAU
Antonio LINAGE CONDE, Biobibliografía, Segunda edición, Coord. Adela Tarifa Fernández, Alcalá la Real : Ayuntamiento, Centro de Estudios Históricos «Carmen Juan Lovera», Instituto de Historia Eclesiástica y de las Reli-giones, 2000 (4998), 140 p.
Aux médiévistes qui traitent du monachisme, il n'est pas nécessaire de présenter longuement A. Linage Conde. Ce savant, né en 1931, a soutenu sa thèse à Salamanque sous la direction de Manuel C. Díaz y Díaz. Sa réputa-tion repose sur deux contriburéputa-tions majeures à l'histoire des bénédictins : Los orígenes del monacato benedictino en la Península Ibérica, 3 vol., León, 1973, XX-1684 p. ; San Benito y los benedictinos, 1 tomes en 8 vol., Braga, 1992-1996, 3508 p., 67 caites, 308 pl. Mais il est aussi l'auteur de beaucoup d'autres publications : livres, articles de revue ou de dictionnaires, comptes rendus, dont on trouvera ici un catalogue complet (partiellement indexé aux p. 59-61). Les chiffres, qui donnent un peu le vertige, manifestent une fécon-dité exceptionnelle: 22 livres d'érudition, 370 articles, 262 comptes rendus,