FACULTE DE
MEDECINE ET DE PHARMACIE DE BORDEAUX
ANNÉE 1897-1898 59
LE
BACILLE DE LÔFFLER
Chez les Animaux sains
THÈSE POUR LE DOCTORAT EN MÉ
présentéeet soutenue
publiquement le 19 Janvier 1898
Jean
GREIGNOU
Né à Roscoft'(Finistère), le 12
Septembre 1873.
ÉLÈVE DU SERVICE DE SANTÉ DE LA MARINE
EX-PRÉPARATEUR DU*SERVICE ANTIDIPHTÉRIQUE DE LA VILLE DE BORDEAUX
PRÉPARATEUR DE MÉDECINE EXPÉRIMENTALE A LA FACULTÉ DE
MÉDECINE
LAURÉAT DE LA FACULTÉ
Examinateurs de laThèse:<
MM. FEPiRÉ professeur Président.
LAYET professeur....j MESNARD agrégé
|
Juges.CASSAET agrégé
Le Candidat répondra aux
questions qui lui seront faites sur les
diverses parties de
l'Enseignement médicaL
BORDEAUX
IMPRIMERIE DU
MIDI
—PAUL CASSIGNOL
91 — RUE PORTE-DIJEAUX — 91
• 1898
Faculté de Médecine et de Pharmacie de Bordeaux
M. I)E NABIAS, doyen — M. PITRES, doyen honoraire.
MM. MIGE...
AZAM. .
DUPUY.
i»it© a-'i<]**i<:i;i6*
Professeurs honoraires.
MM.
nr . . . \ PICOT.
Cliniqueinterne
j
PITRFS„.. .
, \ DEMONS.
Clinique externe LANEl.ONGUE Pathologie interne... N.
Pathologie et théra¬
peutique générales. VERGELY.
Thérapeutique ARNOZAN.
Médecine opératoire. MASSE.
Clinique d'accouche¬
ments MOUSSOUS.
Anatoniie pathologi¬
que GO YNE.
Anatoniie BOUCHARD.
Anatomie générale et
histologie V1AULT.
aan aoc;tas a-: a SECTION DE MÉDECINE(Pdtholog
MM. MESNARD.
CASSAET.
AUCHii.
Physiologie Hygiène Médecine légale Physique Chimie
Histoire naturelle .. .
Pharmacie
Matière médicale....
Médecine expérimen¬
tale
Clinique ophtalmolo¬
gique
Cliniquedes maladies chirurgicales dis en¬
fants
Clinique gynécologique
■lAllItf M II :
ie interneetMédecine MM. SABRAZÈS.
LE DANTEC
MM.
JOLYET.
LAYET.
MORACHE.
BERGON1É.
BLAREZ.
GUILLAUD.
FIGUIER.
DE NABIAS.
FERRÉ.
BADAL.
P1ECHAUD.
BOURSIER.
légale.)
SECTION DE CHIIUJUOIE ET ACCOUCHEMENTS (MM. YILLAR.
Pathologie
externe]
BINAUD.I BRAQUEHAYE
Accouchements... |MM. RIVIERE,
•j CHAMBRELENT
SECTION DES SCIENCES ANATOMIQIUiS ETPHYSIOLOGIQUES
Physiologie MM. PAGHON
. , . \MM. PRINCETEAU
Analomie
j
CANN1EU. Histoire naturelle. BEI LUE.SECTIONDESSCIENCES PHYSIQUES
Physique MM. SIGALAS. | Pharmacie M. BARTHE.
ChimieetToxicologie DENIGÈS.
j
< (miimj11iim a 1 9610* :
Cliniqueinterne des enfants ~ MM. MOUSSOUS.
DUBREU1LH.
POUSSON.
MOURE.
RÉGIS.
DENUCÉ.
RIVIÈRE.
DENIGES Le Secrétaire dela Faculté: LEMAIRE.
Clinique des maladies cutanées etsyphilitiques Clinique des maladies desvoies urinaires Maladies du larynx, des oreilles etdu nez Maladies mentales
Pathologieexterne Accouchements Chimie
Pardélibération du 5 août1879, la Faculté aarrêté que les opinions émises dansles Thesesqui luisont présentées doivent être considérées commepropres à leursauteurs, et qu'elle n'entendleur donner niapprobation niimprobation.
A CEUX QUE J'AIME
Jedédie cesmodestes pages, en regrettantqu'elles nepuissent leur faire plus d'honneur.
A mon Président de Thèse
MONSIEUR LE DOCTEUR G.
FERRÉ
PROFESSEUR DE MÉDECINE EXPÉRIMENTALEA LA FACULTÉ DE MÉDECINE
DE RORDEAUX
DIRECTEUR DU SERVICEANTIDIPHTÉRIQUE DE LAVILLE DE BORDEAUX
OFFICIER DE l/lNSTRUCTION PUBLIQUE
Arrivé au terme de nos études médicales, il nous est doux de remer¬
ciertous ceuxqui nous ont facilité la tâche par leurs enseignements,
ou par leprécieux encouragementde leur sympathie.
A Brest, M. le médecinprincipal Brédiam, qui nous fit l'honneur de
nous choisir pour sonpréparateur d'anatomie, nous a souvent prouvé"
tout l'intérêtqu'il nous portait.
A Bordeaux, nos maîtres de la marine nous ont témoigné la plus grande bienveillance. M. le I)1' Bourru,Directeur duservice de santé de
la marine et Directeur del'Ecole,a été constammentpour nous un chef plein de sollicitude ; il nous en a récemment donné de
nouvelles
preuves dont nous ne perdronsjamais le souvenir.Nous tenons aussi àremercierune foisde plus M. le médecin de l1'8 classe Dufour de tout ce qu'il a fait pour nous, et particulièrement des soins dont il entoura notre
santé.
Nous sommes heureux et fierd'avoir été, àl'hôpital ou à la Faculté,
l'élève de maîtres tels que MM. les professeurs Binaud, Lagrange, Piéchaud. Démons, Arnozan, Picot.
M. Viault, professeur d'anatomie générale et d'histologie, nous a accordé dans son laboratoire l'hospitalité la plus généreuse, nous le prions decroire à notre respectueuse
gratitude.
M. leprofesseur Layet
sait
avecquel plaisir
noussuivions
sesleçons
et combiennous lui sommesredevable pour les nombreuses marquesde sympathie
qu'il
nousadonnées, principalement
au coursde
cesrecher¬
ches.
A l'hôpital comme au cours ou au
laboratoire,
nous avonstrouvé
en M. le professeur agrégé Cassaëtunmaître d'une science éprouvée qui
n'a pas dédaigné de nous montrer
quelque amitié
; nous ensentons tout
le prixetnous lui adressons nos
plus vifs remerciements.
C'estavecémotionquenousécrivons ici le nom
de deux
hommes quiont eu sur la direction de notre esprit la plus grande influence.
M. Antony, médecin
principal de l'armée, professeur
auVal-de-Grâce,
- 8 -
aguidé nos
premiers
pas enbactériologie et
ne nous ajamais perdu de
vue. Nousnous rappellerons les leçons
de saine philosophie qu'il
nous donnait et nous espérons savoir enprofiter.
Nouscraindrions de gâter par
l'expression les sentiments
que nous éprouvons pour unmaître aussi bon
quel'a été
pour nousM. Ferré.
Depuis plus de deux ans que nous partageons sa
vie
aulaboratoire,
nous avons admiréen lui la science du professeur en mêmetempsque
nous apprenions à aimer les
qualités de l'homme. Qu'il soit assuré de
notre respectueuse affectionetde notre
profond dévouement. Il
nousfait
l'honneur d'accepter la présidence de cette
thèse; mais
nous sommesassez heureux pourn'être pas dans
l'obligation de le quitter sur-le-
champ. Puissions-nous au coursde la carrière médicale où
nousallons
entrersons sesauspices, rester toujoursà la hauteur
de
son.exemple, e^
mériter son approbation. Ce sera notre
meilleure récompense
etla
garantie que nous auronsfait
notredevoir.
Mercienfin à nos excellents camarades Westermann, Bellet. Colin, Maille; auxheures amères,leur bonne amitié nous fut un réconfort.
Toujours ils vivront dansnotrecoeur-
INTRODUCTION
C'est en l<824 que
Klebs signale
unmicroorganisme propre
à la
diphtérie, et Lœffler
endémontre la spécificité. Roux et
Yersin, dans
leurs mémoires
parusdans les Annales de
VInstitut Pasteur, en 1888,
1889 et 1890, vérifient les travaux
deLœffler, les
poursuivent et font du bacille de Klebs-Lœffler
et desatoxine une étude
approfondie. Puis
cesont les essais
d'immunisation d'Aronson,
de Behring, jusqu'au moment où
Behring et Roux
attachent leur
nomà la découverte et à la
vulgarisation de la sérothérapie antidiphtérique.
Depuis
longtemps,
ons'est attaché à étudier la diphtérie
des animaux. A Bordeaux, MM.
Ferré et Faguet ont montré
que
parmi les diphtéries aviaires, il en était une causée par
un bacille identique au
bacille de Lœffler humain. M. Gallez
est aussi parvenu,
et simultanément, à des résultats simi¬
laires.
Ainsiétudié dans sa
spécificité,
sesrelations étiologiques,
ses
particularités de forme et de culture, ses propriétés
biochimiques, sa
toxine et
sathérapeutique, ce bacille est
tous les jours encore
le sujet de communications et de publi¬
cations nombreuses, destinées
à jeter le jour
surquelque
point
de détail oublié
oucontroversé.
En
présence de
cesinnombrables recherches auxquelles
s'attachent des noms de
travailleurs justement estimés,
l'élève serait tenté de croire avec
l'un des maîtres de la
pensée
humaine
quetout est dit et qu'il vient trop tard.
Cependant,
la multiplicité même des travaux afférents à la
diphtérie est
unsigne qu'il reste encore place pour quelques
- 10 -
recherches, modestes sans doute, mais intéressantes et utiles.
Ouvrons, en effet, un ouvrage
classique
et tout récent, le magistral Traité de Pathologie générale, publié sous la direction du professeur Ch. Bouchard ; nous y voyons les lignessuivantes, émanées de M. le professeur agrégé Gabriel Roux(de Lyon),
l'un de ceux justement dont le nom estinséparable
de l'étude du bacille de la diphtérie. « Quel est» donc, dit-il, le substratum normal, naturel de ces bacilles?
» Où vit-il
lorsqu'il
restepathologiquement
silencieux, et» pourquoi etcomment change-t-il de milieuet détermine-t-il
» ces épidémies si soudaines et si redoutées?
» Voilà autant de questions qu'il serait du plus grand
» intérêt
scientifique
et médical de voir résolues, et qui mal-» heureusement sont encore autant d'inconnues.
» On a incriminé successivement les fumiers, les ordures
» ménagères, les chiffons, la paille, les oiseaux de basse-
» cour, etc... ; on a accumulé nombre de preuves d'ordre
»
clinique,
mais on n'a pu encore arriver à faire, sans con-» testation possible, la preuve
bactériologique
des assertions»
écrites,
preuve qui seulelèverait tous les doutes, et entraî-» lierait toutes lesconvictions
»
L'importance
d'une telle constatation ne saurait être» discutée, et doit
imposer
des précautions d'hygiène et de» prophylaxie qui concourront, pour leur part, à l'extinction
» de cette terrible maladie. »
Lejeune etéminent professeur lyonnais ne faisait qu'ex¬
primer l'opinion
identique
de notre maître M. Ferré, qui.après avoir étudié et fait étudier le bacille de Lœffler dans les affections pseudo-membraneuses des oiseaux de basse- cour, et montré qu'il existe chez la volaille à l'état normal dansle bec et dans le
cloaque Q),
nous encouragea à le rechercher à nouveau chez les animaux sains, à vérifier sap) Ferré et Fagcet, Communication (Soc. d'Anat.et Phvs.Bord., 6juillet 1896).
présence, et à reprendre quelques-uns des autres résultats auxquels il était arrivé, mais en étendant nos examens à différentes
espèces
animales, à celles surtout qui étant plus fréquemment en contact avec l'homme, sont par là même plus susceptibles de jouer un rôle étiologiquedans la nosologie humaine.En outre, si la présence assez fréquente de ce microbe chez les animaux sains était constatée, elle permettrait, quitte à vérifier cette hypothèse, de donner une explication de certaine particularité thérapeutique rencontrée dans le
sérum de quelques animaux.
Partant deces idées directrices, nous avons groupé un petit faisceau de recherches et d'expériencesqui font le sujet
de notre thèse inaugurale.
Nous avons d'abord fait l'examen bactériologique du
mucus pharyngien d'un certain nombre
d'animaux
sains, appartenantà diversesespèces
domestiquesou utilisées par l'homme à divers titres.Ayant rencontré dans ces examens le bacille de Lœffler
nousétudions, dans un second chapitre, la morphologie de
ce bacille, et dans un troisième la virulence des échantillons rencontrés.
Des recherches sur le pouvoirimmunisantantidiphtérique du sérum de quelques animauxnormauxsont exposéesdans
une
quatrième
partie.Au cinquième chapitre, nous émettons quelques considé¬
rations
d'hygiène prophylactique. On n'y trouvera
que peu de faits, nos expériences n'ayant point porté spécialementde ce côté; toutefois, comme certaines mesures préventives découlent naturellement de nos résultats, nous avons cru bon de les signaler.
Enfin, nous conclurons en
résumant
notretravail,
et en exposantsimplement les résultats de
nosexpériences
avec leurs conséquences.Tel est le plan que nous avons
suivi dans l'exposé de
nos recherches. Ce travail, nous le savons parfaitement, est loind'être complet. Tous leschapitresdemanderaient à êtrepous¬
sésplus avant. C'est ainsi qu'il faudraitétudierquelques-uns
des microbes rencontrés dans nos examens pour voir leur influencesurla virulencedubacille
diphtérique,
expérimenterles bacilles de Lœffler que nous avons trouvés au point de
vued'un retour possible à la virulence, essayer d'expliquer
les propriétés immunisantes du sérum des animaux nor¬
maux. Nous poursuivons d'ailleurs nos recherches sur ces
points ; malheureusement, elles sont à l'heure actuelle trop peu avancées pour que nous ayons pu les faire entrer dans
ce travail. Il nous faudrait plusieurs mois encore pour les
mener à bonne fin ; or nous sommes arrivé à la dernière limite que nous accordent des règlements militaires. Que
nos juges veuillent bien
pardonner
ces lacunes, et nous accorderleur indulgence en faveur de notre bonne volonté.CHAPITRE PREMIER
Le Bacille de Lœffler dans
les voies digestives supérieures et inférieures.
Lesvoies digestives
ont
pourhôtes habituels un certain
nombre
d'espèces microbiennes dont quelques-unes ne sont
passans
jouer
unrôle dans les diverses actions chimiques
ou biologiques
qui constituent
parleur ensemble le phéno¬
mène
physiologique de la digestion. La présence fréquente
decertainesbactéries dansle tube
digestif,
presqueleur
cons¬tance, à tel point que
quelques-unes, comme le bacillus coli
communis, en peuvent
être considérées
commedes hôtes nor¬
maux,n'impliquepas quece
soient toujours des microbes non pathogènes, à
preuvele bacille d'Escherich auquel nous venons
de faire allusion. A unmoment
quelconque de leur évolution,
sousl'influence de conditions
intrinsèques
ouextrinsèques,
ces microorganismes
peuvent devenir la cause d'accidents,
surtout si côte à côte avec eux
vivent d'autres espèces capa¬
blesd'exalterleurvirulence.
S'il est d'un intérêt majeurdepré-
venirl'infection par
la destruction locale du microbe, il n'est
pas
moins utile,
pardes soins d'isolement et d'hygiène géné¬
rale, de mettre en
garde les individus contre une contagion
possible. Il faut donc s'efforcer de savoir, car, selon le sage
mot denos
pères, savoir, c'est prévoir et pourvoir, il faut sa¬
voir
quelles espèces microbiennes on rencontre dans les di¬
versmilieux,
surtout les espèces nuisibles.
Et
quand
nousparlions plus haut du tube digestif en géné¬
ral, nous ne
faisions
pasremarquer que ses voies supérieu-
— 14 —
res. utilisées à la t'ois par
l'appareil
de la respiration et ce¬lui de la digestion, sont doublementexposées au contactet à la fixation des microbes.
Aussi, voulant contrôler la présence du bacille de Lœffier chez l'animal sain, avons-nous été le chercher dans le pha¬
rynx, au carrefour des voies digestives et respiratoiresoù il manifestele
plus
fréquemment son existence dans les affec¬tions
pathologiques
qu'il occasionne. Toutefois, dans un cer¬tain nombre de cas, nous n'avons pas négligé de le recher¬
cher semblablement à l'autre extrémité du canal intestinal, dans le mucus anal, ainsi que l'avaient
déjà
fait MM. Ferré etFaguet(Loc. cit).
Mais en même temps que nous recherchions le bacille de Lœffier, nous nous sommes trouvé nécessairementen face de nombre d'autres
microorganismes,
dont nous avons re¬connu ou étudié quelques-uns. Bien que leur étude ne ren¬
trât pas dans le plan que nous nous étions primitivement assigné, nous avons pensé qu'il serait intéressant de les si¬
gnaler. Ce sera un essai de
bactériologie
comparée du pha¬rynx. Nous pouvons dire dès
maintenant,
et le détail de nos examens le montrera, que parmi ces microbesil en est quel¬ques-uns que Ton rencontre plus souvent et qui paraissent faire du
pharynx
leur séjour habituel.Bien plus,
depuis
deux ans que nousparticipons réguliè¬
rement aux diagnostics
bactériologiques
du service anti¬diphtérique
de la Ville de Bordeaux, nous avonspratiqué
nombre d'examens. Nous avons pu remarquerqu'en dehors du bacille de Lœffier, qui fait
l'objet principal
decesdiagnos¬tics, nous rencontrons couramment un petit nombre d'es¬
pèces
microbiennes,
qui, sans êtretoujours les mêmes, ne s'écartent guère cependant d'un cercle restreint ; c'est-à-dire qu'il en est que nous retrouvons trop fréquemment pournepas en être
frappé.
Lesstatistiques
annuelles du service publiées par M. le professeur Ferré ontdéjà attiré l'attentionsur ces faits. Cesexamens
s'appliquent,
il estvrai, à descaspathologiques
; mais de lafréquence
de leur rencontre011— 15 —
peuttirer ces conclusions : quequelques-unespeuventà une
période
donnée devenir prédominantes numériquement oupatliogéniquement,
ou bien être associées à des microbes vi¬rulents, ou bien être simplement des commensaux par rap¬
port
à
ces derniers etpar rapport aussi à l'organisme dans lequel ils vivent. Somme toute, il nousparait logique d'infé¬rer de leurfréquence qu'ils sont les hôtes normaux du pha¬
rynx, en un mot, de les considérer comme les microbes du pharynx.
Cequi tendrait à nous affermir dans cette opinion, c'est
que nous avons
précisément
retrouvé ces mêmes microbeschez des animaux sains. Assurément, il n'ya dans ce fait
rien de surprenant, pour la raison que les mêmes causes doivent dans les mêmes conditions produire les mêmes effets, et quele pharynx, servant de passage à l'air et aux aliments, doit servird'asile aux microbes provenant de cette doubleorigine. Toutefois il n'étaitpas sans intérêt de cons¬
tater cette similitude et de le faire remarquer.
Mais cette tentative debactériologie comparéedu
pharynx,
accessoire pour nous, est volontairement incomplète.
Aussi, avant d'aller plus loin, devons-nous décrire la tech¬
niqueque nous avonsemployée; nousindiqueronsdonc suc¬
cessivement la
façon
dont nous avons pris le mucus, la mé¬thode d'ensemencement, le milieu et le procédé de culture, enfin les méthodes d'examen. Pour la prisedu mucus, il y a d'abord lieu de faire un départ entreles grosanimaux (che¬
vaux, etc.) etles petits animaux
(poules,
lapins,cobayes).
Pour les gros animaux, nous avions à vaincre quelques
difficultés pour faire tenir les animaux au repos eten pos¬
ture favorable pour se prêter à la prise de mucus ; nous
en sommes venu facilement à bout à l'aide du tord-nez ; l'animal est maintenu au repos, et la bouche est ouverte parl'instrument connu en art vétérinaire sous le nom de pas-d'âne.
ha prise du mucus est faite à l'aide d'une longue tige mé¬
tallique qui, à son extrémité supérieure est terminée par un
ressort en
spirale enroulé
surlui-même, constituant
untube
dont Taxe décrit une courbe, et qui jouit
de
mouvementsen diverssens grâce à
la facilité de glissement des tours de
spire l'un parrapport à l'autre. Ce ressort est
pourvuà
son extrémité d'une petite armaturemétallique
surlaquelle
on fixe avecun fil une petite épongetrès fine-;
quel'on peut chan¬
ger à chaque
expérience. L'instrument étant muni de
son éponge estentouré
depapier, et le tout est stérilisé à l'auto¬
clave.
Quand la
gueule
ducheval est maintenue béante,
onenlève
lepapier et
l'on procède à la prise du
mucuspharyngien
avec un instrument rigoureusement
stérile jusqu'au
mo¬ment de l'opération,
et
sanstoucher à la paroi buccale, ni à
la langue qu'on fait
abaisser
par unaide.
L'ensemencement estfait soit directement, en promenant l'épongea
la surface du tube de culture, mais il faut
pourcela que
le calibre du tube soit très fort
;soit dans les
cas contraires, indirectement, enraclant l'éponge imprégnée de
mucus avec une
spatule stérilisée qui est ensuite portée dans
le tube.
Pour les petits
animaux,et
çaété dans la majorité des
cas, le mucus est recueilli à l'aide d'une spatule encuivre, du
modèle de celles en usage dans leservice
antidiphtérique de
la Ville de Bordeaux.
Tous nos ensemencements ont été faits sur sérum de
cheval gélatinisé, par
frottement de la spatule à plat. Et
comme le nombre des microbes colonisant ainsi était tou¬
jours élevé, nous
pratiquions
undébut de séparation
en ensemençantsuccessivement 2, 3
etjusqu'à 4 tubes de sérum
avec la même spatule, sans
la charger à
nouveau.C'est
ainsi que certains de nos examens, pour
les chevaux
par exemple, portent sur 6 ou 8tubes d'ensemencement
prove¬nant du même animal.
Notre étude portant avant tout sur
le bacille de Lœffler,
nous jugeons oiseux dedévelopper les
raisons
pourlesquelles
nous avons utilisé exclusivementce milieu dont l'excellence
pour
les cultures de
cemicrobe
afait ses preuves. Au reste,
commeM. le professeur
Ferré l'a fait remarquer dans ses le¬
çons,
il offre de nombreux avantages
:la plupart des espè¬
ces microbiennes cultivent sursérum, et avec
des caractères
permettant une
différenciation rapide. Après notre maître,
nous nous permettrons
de relever
uneerreurqui a eu cours,
et
d'après laquelle, parmi les bacilles, celui de Lœffler seul
pousserait sur
sérum
enmoins de 24 heures ; or, et on
pourra
le constater plus d'une fois dans ces pages, de nom¬
breusesvariétésde bacilles sont dans
[ce
cas,et celle
quel'on rencontre le plus
fréquemment, d'une façon courante
même, est le
bacterium colifcommune.
Nous avons écrit plus hautque nous nous
étions servi ex¬
clusivementde sérum gélatinisô ;
il faut entendre
pourles
ensemencements de mucus, car pour
les différenciations des espèces,
nous avonsutilisé divers milieux que nous citerons
au cours de notretravail.
Les tubes étaient examinés
après
unséjour de 15 à 20 heu¬
res à l'étuve à 36°. Le
développement était
presquetoujours
extrêmement abondant; aussi,
le nombre et la grande
va¬riété des colonies nous
obligeaint-ils à
consacrer untemps
,parfoisconsidérable à
cesexamens.
L'aspect
macroscopique
nousaidait tout au plus à guider
de
préférence notre fil deplatine sur telle ou telle colonie, car
sa valeurdans la
différenciation des espèces
nepouvait être
que
très relative. En effet,
pourles deux bactéries qui nous importaient le plus, le bacille de Lœffler et celui d'Escherich,
l'apparence
extérieure est très variable, et si l'aspect classi¬
que deces
colonies
serencontre assez fréquemment, il n'en
est pas
moins vrai qu'il pourrait facilement prêter à confu¬
sion, et, pour
le
casparticulier, les colonies de l'un affec¬
tent souvent l'apparence
des coloniesjde l'autre, du moins
sur sérum. Or, l'un et
l'autre sont de
ceuxqui poussent sur
ce milieu en moins de 24
heures, et si l'on
serappelle que,
dans les examens
microscopiques, tous deux prennent sou¬
vent la même
disposition
enbâtonnets parallèles, il paraîtra
— 18 —
indispensable d'établir un moyenrapideet sûr de les différen¬
cier,étant donnéesurtout
l'importance
d'une telle distinction dans lesdiagnosticsdediphtérie.
Lemoyensurlequel M. Ferréa attiré l'attention, tant à son coursque dans ses publica¬
tions, est le procédé de coloration de Gram-Kuhne au cristal violet (sol. cristal violet à 1 0/0, 30". Laver à l'eau. Liqueurde Gram 30". Alcool absolu. Eosine. Lavage à l'eau,
etc.).
Par cette méthode de coloration le bacille de Lœffler reste tou¬jours coloré en violet, tandis que le coli-bacille, décolorépar l'alcool absolu, est coloré en rosepar
l'éosine.
Enfin, dans certains cas douteux, nousavons eu recours à desprocédés de différenciation plus compliqués,enrapport
avec l'espèce à déterminer.
Après ces renseignementssur la
technique
employée, nous pouvonsentrer dans le détail de nos examens. Ils ont portésur un total de 40 animaux d'espècesvariées : coqsetpoules, pigeons, moineau, rouge-gorge, perroquets, cobayes, la¬
pins, génisses, chevaux, chats, etc.
Gallinacés.
*
Ala date du25 novembre 1896, nous avons ensemencé concurrem¬
ment le mucus pharyngien et le mucus anal de 10 coqs ou poules. Voici les résultats obtenus :
X° 1. Pharynx. Colonies moyennes blanches : microcoques.
Colonies crémeuses, blancgrisâtre : coli-bacille.
Colonies petites blanches ; B. de Lœffler, longs etlins.
Anus. Colonies de dimensions moyennes, blanches : microco¬
ques ne prenantpas le Gram.
Coloniespetites, blanc grisâtre : bacilles de Lœffler, longs et épais.
Coloniesliquéfiantes,en godet, avec au centre un petit poinj;
blancsolide, résistant, représentant la colonie: streptocoques courts, entourésd'une capsule.
N° 2. Pharynx. Petites
colonies
jaunes :staphylocoques.
Colonies crémeuses : coli-bacille.
Anus. Grosses colonies irrégulières, souvent
crémeuses
:coli¬
bacille.
Petites colonies blanches : B. Lœftler
(moyen).
Colonies grisâtres : microcoques.
N° 3. Pharynx. Petites colonies blanc grisâtre :
staphylocoques.
Grosses colonies : coli.
Anas. Petites colonies : staphylocoques.
Colonies grosses,larges, jaunâtres :
coli.
Petites colonies blanches, surélevéesau centre : Lœftler,
longs
et fins.
N° 4. Pharynx. Petites colonies
blanches
:Lœffier
moyen.Grosses colonies crémeuses : Bacilluscolicommuais.
Colonies blanches, de dimensions moyennes :
staphylocoques.
Anus. Colonies blanches etcolonies grisâtres,
crémeuses
:coli.
Colonies trèspetitesblanches :
Lœffier
: moyen,épais.
N° 5. Pharynx. Petites colonies blanches très
adhérentes
:microco¬
ques.
Petites colonies blancgrisâtre : Lœffier long.
Colonies crémeuses, colonies grises non crémeuses et
petites
coloniesgrisâtres agglomérées :
coli-bacille.
Anus. Colonies moyennescrémeuses,ou petites
blanches
:coli¬
bacille.
N° (5. Pharynx. Colonies très petites
blanches
:Lœffier (B. moyen).
Colonies adhérentesblanches : Lœffierlong.
Colonies crémeuses : coli etspirilles.
Anus. Colonies blanches de dimensions variables ; Lœffier moyens et épais.
Coloniescrémeuses :spirilles etmicrocoques.
N° 7. Pharynx. Petites
colonies blanches
:Lœffier long et épais.
Colonies moyennes grises :
coli.
Coloniesjaunâtres :
sarcines.
Colonies grisjaunâtre :
bacille long, prenant le Gram.
Colonies blanches : spirilles.
Anus. Petites coloniesarrondies, blanches : Lœffier moyen.
Colonies moyennes, crémeuses :
B. coli éommiinis.
X" 8. Pharynx.
Colonies
blanches, soit petites soit moyennes :Lœffler
moyen, épais.
Colonies liquéfiantes : petit bacilleencapsulé ne prenant pasle
Cram : pneumobacille de Friedlander.
Colonies petites blanches : staphylocoques.
Anus. Très petites colonies blanches ou colonies moyennes : Lœflier moyen.
Amascrémeux : coli.
Colonies grisâtres : microcoques.
N° 0. Phaxynx. Coloniesjaunes : sarcina lutea.
Petites colonies blanches, rondes,surélevées au centre: bacille
de Lœffler(bacille
moyen).
Colonies blanches, arrondies, petites. Coli-bacille.
Anus. Très petites colonies blanches: bacille moyen de Lœffler.
Colonies moyennes crémeuses etliquéfiantes :
staphylocoques.
N° 10. Pharynx. Coloniesblanchesextrêmement petites: streptocoques.
Colonies blanches petites : coli-bacille.
Colonies d'aspect crémeux, grisâtres, arrondies : bacille de Lœffler(bacille moyen).
Colonies blanches moyennes : diplocoques.
Anus. Très petites colonies blanches : bacille de Lœffler moyen etfin.
Colonies crémeuses : microcoques.
Colonies grisâtres, non crémeuses: coli-bacille.
En résumé, sur ces 10 examens de mucus
pharyngien,
nous avons rencontréle bacille de Lœffler 8 fois;nousl'avons également trouvé9 fois sur 10.dans le mucus anal.
Au reste, nous devons signaler ici des recherches faites l'an dernierau laboratoire de médecine expérimentale, au pointde vue de la réaction chimique du mucus
pharyngien
etanal, tant chez les poules normales quechez celles attein¬
tes d'affectionspseudo-membraneusesà bacille de Lœfflerou à bacillus coli communis. L'alcalinité constante et parfois
assez forte de ces mucus réalise une condition éminemment favorable à la vitalité et au
développement
du bacille de Lœffler dans un tel n^ilieu.X"11. Le 19 décembre
ensemencement
avec mucuspharyngien.
Le20, développement
de nombreuses colonies, savoir :
Colonies moyennes,
rondes, blanc grisâtre : staphylocoques.
Colonies crémeuses, blanc
sale
:coli bacille décoloré par le
Gram.
Colonies larges,jaunâtres : gros
microcoque, décoloré par le
(tram.
Petitescoloniesgrisâtres :
diphtérie (bacilles longs).
Lebacilledécoloré parle Gram a
été étudié plus en détail pour as¬
surer son identité, et nous ayons
nettement constaté qu'un tube de
bouillon lactosé additionné de
carbonate de chaux, ensemencé le 27 dé¬
cembre àonze heures,
n'était
pasencoretrouble le soir de ce même jour,
maislelendemainmatin à
huit heures,
sonaspect était fortement trouble
et il était en pleine
fermentation. En outre, ce bacille coagule le lait.
Ces deuxcaractèresjoints aux
caractères morphologiques, à la mobilité
et àlaréaction colorantenous
permettent d'affimer que nous avons eu
affaire aubacilluscoli
communis.
X° 12. Ensemencementet examens
faits
auxmêmes dates que pour
len° 11. Résultats :
Colonies petites,
blanc grisâtre
:diphtérie (bacilles longs).
Coloniesliquéfiant
le sérum
:bacille très long et fin, décoloré
parla
méthode de Gram.
Colonies larges,jaune
orangé
:staphylocoques.
Colonies petites,
fortement saillantes, blanches : diplocoques
prenant
le Gram,
sanscapsule.
Rouge-Gorge.
Le30 novembre,
ensemencé 2 tubes de sérum avec le mucus pharyn¬
gien
d'un
rouge-gorge.Aubout de 24 heures,
développement presque nul. A peine quelques
colonies petites,
blanc grisâtre. Examen microscopique : streptocoques.
Lestubessontremis à
l'étuve. Mais, même après un long séjour, le dé¬
veloppement est
faible et n'a donné que des streptocoques.
22
Moineau.
Le 1erdécembre, ensemencé 2 tubes desérum, avec le mucus pharyn¬
gien d'un moineau.
Lelendemain,sur chacunde ces tubes, se sont
développées
uneving¬taine de colonies, d'apparenceidentique. Elles sontlarges, rondes, suré¬
levéeset lisses: elles ont une coloration grisjaunâtreet un aspect mu- queux et brillant.
Au microscope, elles paraissent dues uniquement à un bacille de dimensionsmoyennes,épais,se décolorantparla méthodedeGram, sem¬
blable au bacillus coli communis. Au reste nous en faisons l'ensemence¬
ment sur pommedeterre en strie, dans du lait et dans du bouillon lactosé carbonatécalcique. Sur le premier milieu, nous avons obtenu des traînées pas très abondantes, humides, d'un grisjaunâtre. Le lait a étécoagulé en48 heures. Quant au bouillon lactosé et carbonaté, l'en¬
semencement étant fait lesoir et le tube examiné lelendemain, nous n'y
trouvons aucunetrace defermentation, pas plus d'ailleursque consécu¬
tivement,etcependant le bouillon était fortement trouble.
Pour plus de sûreténous reprenons cettedernièreexpérience, enpra¬
tiquant l'ensemencementle matin à neufheures et demie, et en exa¬
minantle tube d'heure en heure. A cinq heures, nous percevons les premières traces de fermentation; elle s'estpoursuivie pendant36 heures environ, mais defaçon modérée,en dégageant des bulles de gaz très fines.
Pigeons.
Le 18janvier, nous avonsensemencé sur sérum le mucus pharyn¬
gien de deux pigeons sains, arrivant de la campagne. Le lendemain, d'abondantes colonies recouvraient la surface du sérum. Nous faisons l'examen de cescolonies,et nous avons obtenu les résultats suivants :
Premier Pigeon. Très petites colonies blanches : streptocoques.
Colonies blanches liquéfiantes : long bacille ne prenant pas le
Gram.
Colonies blanches petites : bacille de Lœffler
(moyen).
— 23 -
Deuxiènùe Pigeon.
Colonies crémeuses et larges
:bac. coli communis.
Colonies arrondies,jaunâtres :
staphylocoques.
Colonies blancgrisâtre,
arrondies, de dimensions
moyennes: bacille de Lœffler(long).
Colonies blanches moyennes :
microcoques
neprenant
pasle
Gram.
Perroquets.
A) Le 1er
décembre, ensemencé 2 tubes de sérum avec le mucus pha¬
ryngien
d'un perroquet.
Au bout de 24 heures,1$ surface deces tubes
est couverte de colo¬
nies petites, savoir :
Très petites
colonies blanches isolées
:streptocoques courts.
Colonies très petites,
grisâtres, conglomérées
:microcoques
décolorés par le Gram,avec
quelques bacilles moyens de
Lœffler, ne formantpas de
colonies séparées.
Colonies plus larges,
grisâtres,
grasses,brillantes
:staphylo¬
coques.
Colonies glaireuses :
microcoques décolorés
parle Gram.
B) Le
même jour, ensemencement de 2 nouveaux tubes avec le mucus
d'un autreperroquet.
Le lendemain, développement très abondant de
colonies qui
paraissent identiques
surles deux tubes.
Colonies formant un amas
glaireux très abondant
:bacilles
longs et très
fins
sedécolorant
parla méthode de Gram. Ces
bacilles ne sontpas
encapsulés.
Coloniespetites,
gris jaunâtre
:diphtérie (bacilles moyens
avec quelques
bacilles longs et courts).
Coloniestrèspetites,
blanches
:streptocoques courts.
Coloniesglaireuses,
gris jaunâtre, de dimensions moyennes :
microcoques
prenant incomplètement le Gram.
Nous avons poussé
plus avant l'étude du bacille des premières colo¬
nies. Ce bacille,après
séparation est ensemencé sur pomme de terre, où
il donne une culture
abondante, festonnée, fortement saillante ; sa cou¬
leur, d'abordjaune
citrin,
passeensuite à la couleur noisette. Sa con-
sistaaae estassez grande et enprenant une parcelle de la culture, on
peut constater qu'elle estgrumeleuse.
Lelait ne secoagule pas.
Le bouillon lactosé carbonaté devientlentement trouble, mais il ne
s'y produitpasde fermentation. Dans le bouillon peptonisé, le dévelop¬
pementne se faitque lentement, en formantde volumineuxgrumeaux danslapartie la plus élevée du tube de culture, vers la surface, où se
produitun voiletrès épais, constituant une sorte de membrane vis¬
queusetrès cohérente. Sursérum, colonies blanches, épaisses, arrondies
ou ovalaires.
Sur géloseordinaire, les colonies sont arrondies, larges de 0,5 à 1 millimètre, convexes, humides et brillantes, et de coloration blanc grisâtre. Celles qui se développent sur géloseglycérinée ont les mêmes dimensions et les mêmes caractères, à part la coloration,qui est d'un grisjaunepâle.
En piqûresurgélatine, on voit des colonies se développer le long de
la piqûre; elles sont grisâtres, et ne liquéfient pasle milieu de eulture.
Cebacille est peu mobile, bien moins assurément que le bacille d'Eberth ou le bacillus coli communis.
Nous avonsvoulu rechercher lavirulence decemicrobe. Le 23 décem¬
bre, nous inoculons une culture en bouillon âgée de quatre jours et
comme ce bouillon esten ballon, nous constatons qu'il est fortement trouble; àla surfacesontde minces pellicules, ne formant pas cepen¬
dant unvoile continu. Au fond du ballon s'est fait un dépôt extrême¬
mentabondant, en grumeaux très volumineux, d'apparence visqueuse
et très cohérents.
Expérience I. — Le23décembre, à une heuredel'après-midi,injec¬
tion sous-cutanéede 1/5 de c. c. à un moineau, entreles deux épaules.
L'animal est affaissé le lendemain et meurt à deux heures de l'après- midi, c'est-à-dire vingt-quatreheuresaprès l'injection.
Al'autopsie, nous constatons seulementque,au point d'inculation, il
ne s'estpas formé d'abcès; toutefois ily a de l'infiltration dans le tissu cellulaireet dans les muscles voisins qui ont pris une teintejaune, signe
de dégénérescence. Enoutre, avantsa mort, l'animal était atteint de diarrhée etson gros intestin, surtout à la partie terminale, contient du
liquide
diarrhéique
enabondance. Rien d'anormal dans les autres
organes.
Nous ensemençons sursérum lesang
du
cœuret de la veine sus-hépa¬
tique,
ainsi
quede la pulpe du foie ; le liquide diarrhéique est ense¬
mencésurgélose.
Surgélose, de grosses
colonies
sesont développées, larges, jaunâtres
et opaques, avecune
partie blanche, plus saillante à la partie médiane;
cescolonies sontd'aspect glaireux,
semi liquides. Elles sont formées par
unbacille gros et trapu,se
colorant mal par le cristal violet et se déco¬
lorantparla
méthode de Gram
;ensemencé sur bouillon lactosé et car-
bonaté, ily
produit
unefermentation
enmoins de 16 heures et cette
fermentation secontinuependant
plus de 24 heures. Le lait commence
àcoaguler au bout
de 16 heures et l'est complètement en 24 heures.
Le sang de la
veine sus-hépatique, dont nous n'avions d'ailleurs pu
recueilliqu'une très
minime quantité, n'a donné lieu à aucun dévelop¬
pement
de colonie.
Le sangducœura
donné deux
outrois
amasirréguliers, très blancs,
dus àun bacille trèsfin, long,
décoloré
parle Gram et qui est porté
dansle bouillonlactosé carbonaté et
dans
untube de lait. Il ne se pro¬
duitpas de
fermentation.
Avecla pulpe du
foie,
nousavonsobtenu deux larges plaques jaunâ¬
tres, d'aspectmuqueux
et formées d'un bacille long et fin, plus long que
le précédent,
mais
secolorant
commelui.
Nous l'ensemençons semblablement
dans le lait et le bouillon lactosé
additionné decarbonate de chaux. Pas
de fermentation.
Somme toute,les bacilles
trouvés dans le
sanget le foie nous ont paru
être de mêmeespèce queceux
qui ont servi à l'inoculation, tandis que
ceux provenant
du liquide diarrhéique étaient manifestement du coli.
ExpérienceII. —A un cobaye
de 345
grammes, nousinjectons à la
mêmedatele. c. de la même
culture
sousla
peaude l'abdomen.
Le24 décembre, nous constatons que
l'animal
ade la diarrhée. Il se
rétablit rapidement
après avoir néanmoins pendant quelques jours pré¬
sentéau pourtour
du point d'inoculation un liséré rouge, comme si sur
cetteligne la peau
eût dù
sedétacher
ens'escharifiant ; mais il n'en a
rien été, et à l'heure
actuelle l'animal est bien portant et n'a aucune¬
ment perdu deson
poids.
En somme, par plus d'uncaractère,ce bacillenousparaît se confon¬
dre avecle bacille de la psittacose.
C) Ensemencement le4janvier. Examen le 5. Nombreuses colonies, mais bien nettes etbien isolées :
Colonies petites, grisâtres,sèches : bacillede Lœffler
(moyen).
Colonies moyennes, muqueuses : bacille décolorépar le Grain, de deuxtailles, lesunslongs et fins, lesautresépais, moyens.
Ce dernier bacille a été séparé pour être étudié d'une façon plus détaillée. Pas de fermentation du bouillon lactose carbonate. Pas de
coagulation du lait.
D) Ensemencementet examen pratiquésà la même datequeci-dessus.
Résultats :
Colonies aplaties, larges, blanches :
diplocoques
neprenantpas le Gram.Colonies moyennes,jaunâtres : gros microcoques prenant le Gram.
Petites colonies grisâtres : diphtérie
(bacilles longs).
Colonies moyennes,d'aspectmuqueux: bacilluscolicommunis.
Colonies liquéfiantle sérum :
longs
filaments prenantle Gram.-Chats.
N° 1. Jeune chat, ayant de cinq à six semaines. Ensemencé deux tubes de sérum le 10 octobre au soir.
Colonies blanc grisâtre, de lagrosseur d'une petite têted'épin¬
gle : Lœffler àbacille longet moyen. Le bacille long sepré¬
sente même avec cette particularité quedans certainspoints de la préparation il offre l'aspectenchevêtré.
Très petites colonies blanches : streptocoques.
Colonies larges,jaunâtres : staphylocoques.
Colonies liquéfiantes : bacillelong, non encapsulé, se décolo¬
rant par la méthode de Gram.
Colonies moyennes, d'aspect muqueux ; coli-bacille avec diplo- coque encapsulé qui ne prend pas le Gram.