INFLUENCE DE LA TENEUR EN EAU ET DE LA DÉSHYDRATATION DE L’HERBE
SUR SA VALEUR ALIMENTAIRE POUR LES VACHES LAITIÈRES
R. VÉRITÉ M. JOURNET
Jeanne FLECHET, Renée LFFAIVRE, B.
MARQUIS
A. OLLIERStation de Recherches sur
l’Élevage
des Ruminants,Centre de Recherches de Clermont-Ferrand, 63 - Saint-Genès-Champanelle
Institut national de la Recherche agronomique
RÉSUMÉ
Deux lots de 10vaches laitières, alimentées individuellement et à volonté, ont reçu à l’auge,
l’un de l’herbe verte (12à 22p. 100de M. S.) et l’autre la même herbe déshydratée à basse tem-
pérature. Six vaches munies d’une fistule du rumen ont été utilisées pour mesurer les modifi- cations des phénomènes digestifs provoquées par la déshydratation.
La quantité de M. S. (y) d’herbe verte ingérée augmente avec la teneur en M. S. (x) :
y = o,zo8 x + g,66, r = o,9z **. Elle augmente également après déshydratation mais seulement
lorsque l’herbe a une teneur en M. S. inférieure à 18 p. 100. La consommation totale d’eau par kg de M. S. ingérée diminue d’environ 15 p. ioo à la suite de la déshydratation. La digestibilité
a été peu modifiée et la valeur énergétique nette mesurée par la production de lait et le gain de poids vif n’a pas varié.
La déshydratation de l’herbe a entraîné peu de modifications des phénomènes digestifs
sauf en ce qui concerne le débit de liquide à l’orifice réticulo-omasal qui a diminué de plus de
30 p. 100.
D’un point de vue pratique, il semble possible d’extrapoler à l’herbe déshydratée longue
les résultats de quantités ingérées acquis sur l’herbe verte à condition cependant que la teneur
en M. S. de l’herbe ne soit pas trop faible.
INTRODUCTION
Les
fourrages déshydratés
intéressent actuellementbeaucoup
d’éleveurs.Or,
si l’on sait que lefourrage déshydraté (ou
lefoin) broyé
etaggloméré
estingéré
en
quantité beaucoup plus importante (!--
32 à !-6 9
p. 100 ;DE MARQUIL L y
et]
OURNET
, 19 6 7 )
que le mêmeproduit
sous formelongue,
on connaît mal l’influence de ladéshydratation
seule surl’acceptabilité
de l’herbe.D’autre
part,
les animaux aupâturage
consommentparfois
une herbe trèsaqueuse
(en particulier
auprintemps)
et onpeut
se demander si laquantité
élevéed’eau
qu’ils ingèrent
alors n’est pas un facteur limitant de leur consommation de matière sèche. Les méthodes utilisées pour vérifier cepoint
ont consisté :- soit à suivre les variations de
quantités ingérées
d’un mêmefourrage
àdifférents stades
végétatifs (donc
à différentes teneurs eneau)
comme l’ont fait DUCKSWOR T H
et
S HIR I, AW ( 195 8),
HALLEYet DOUGAI,I,( 19 6 2 ), DE M A RQUILLY ( 19 66),
H OLM E
S et LANG
( 19 6 3 ) qui
trouvent tous(sauf
HOLMES etL AN G)
une corrélationpositive
etsignificative
entre laquantité
de matière sècheingérée
et la teneur enmatière sèche de
l’herbe ;
mais cette liaison n’estpeut-être
que laconséquence
du vieillissement de laplante ;
- soit à comparer les
quantités
d’herbe verteingérées
avec celles de la mêmeplante déshydratée (ou préfanée)
ensupposant
que les modifications dues au trai- tement se limitent à l’eau. DUCKSWORTH et SHIRI,Aw( 195 8),
DAVI!ES( 19 6 2 ),
HEA-NEY
et al.
( 19 66),
MINSON( 19 66)
n’observent pas d’action de l’eau par cette méthode.Cependant, beaucoup
de cesexpériences
ont été réalisées avec très peu d’animauxou
pendant
destemps
très courts.Le but de cette
expérience
a été d’étudier l’effet de ladéshydratation
en elle-même et le rôle de la teneur en eau sur
l’ingestion
defourrage
vert par des vacheslaitières. Nous avons utilisé pour cela les 2méthodes
exposées
ci-dessus et nous avonsenregistré parallèlement
lesphénomènes digestifs
sur des vaches munies d’unefistule du rumen.
MATÉRIEL
ETMÉTHODES
Essai d’alimentation
Au cours d’une période de 18 semaines (24-6 au 25-10-68) deux lots de 10vaches laitières
(Frisonnes Pie-Noive) ont reçu au même moment, l’un de l’herbe verte (lot i) et l’autre (lot II)
la même herbe déshydratée non conditionnée. Ce fourrage était offert à volonté (Io p. 100 de refus au moins) et constituait le seul aliment de la ration.
Les vaches étaient dans la 2&dquo; moitié de leur 2e ou 3e lactation et avaient été appariées en
tenant compte des quantités de matière sèche ingérées et du niveau de production laitière enre- gistrés au cours d’une période préexpérimentale de 3 semaines sur un régime d’herbe seule.
Respectivement pour les lots 1 et II la production laitière moyenne, le poids vif moyen et la
quantité moyenne de matière sèche ingérée étaient 11,7kg, 517kg, io,58 kg et m,6 kg, 508 kg,
10 ,
47kg. Aucune vache n’a été utilisée après le 7emois de gestation ce qui a nécessité au cours
de la I2semaine un changement de 5 animaux en même temps qu’un réappariement. Les valeurs pour les mêmes critères d’appariement ont alors été respectivement de 8,o kg, 514kg, i3,54 kg
et de ’7,9 kg, 524 kg, 13,50 kg.
Treize fourrages d’espèces ou de numéros de cycles différents ont été utilisés (tabl. i). Ce
sont surtout des graminées pures ou des herbes de prairies naturelles. L’herbe a été récoltée à un stade jeune, exception faite de la luzerne et du ray-grass d’Italie utilisé pendant les 2 der-
nières périodes, ce qui explique pour une bonne part les faibles teneurs en matière sèche (12 à
22p. 100), les teneurs moyennes en cellulose brute et les digestibilités élevées. Aucune des parcelles
utilisées n’avait été pâturée précédemment dans l’année. Pour le lot I, l’herbe était fauchée
chaque matin à la barre de coupe et ramassée immédiatement. Pour le lot II, de l’herbe de la même parcelle était récoltée tous les 2jours avec une ensileuse à couteaux et déshydratée dans
un séchoir Scolari à basse température (150à 200°C). L’herbe verte était distribuée sous forme
longue et l’herbe déshydratée sous forme de brins de 5 à 15 cm de longueur.
Les vaches étaient en stabulation entravée, sur litière de paille ; elles recevaient le fourrage
individuellement et à volonté, en 3 repas par jour (8 h 30, 15 h 30, 18 h 30) et avaient en per-
manence de l’eau à leur disposition. Elles ont eu accès chaque jour entre m h 3o et 15 h à une aire d’exercice sans herbe ni eau.
Les différentes mesures effectuées pour chaque animal et leur fréquence ont été les suivantes :
- quantité d’herbe offerte et refusée : chaque jour sauf samedis et dimanches,
- teneur en matière sèche des refus (étuve 8oo) : moyenne pour le lot, une fois par jour,
sauf samedis et dimanches,
- quantité d’eau bue : moyenne journalière pour chaque lot,
- quantité de lait : à chaque traite,
- teneur en matière grasse du lait (Gerber) : chaque jour sur un échantillon moyen des
2 traites,
- teneur en matières azotées totales du lait (noir amidé) : chaque semaine sur un échantillon moyen des ¢ traites du mercredi et du jeudi,
- poids vif : pesée simple le jeudi, triple pesée au début et à la fin de
l’expérience,
- comportement alimentaire obtenu à partir de l’enregistrement des mouvements des mandibules ; pendant 4 périodes de 5 jours sur 5 vaches de chaque lot.
On a également mesuré sur une vache fistulisée la dégradation au bout de 48 heures dans le rumen des 13fourrages par la méthode des sachets de nylon (JOURNETet DEMARQUILLY, 1967).
Une panne de séchoir entre les ¢e et IDesemaines a réduit à 10semaines et demie la durée de l’expérience sur le lot I. De plus, pour être sûrs que les vaches ont bien mangé à volonté,
nous avons éliminé les journées au cours desquelles 3 vaches ou plus avaient moins de 10p. 100 de refus, si bien que l’interprétation a été faite sur 69et 39 données journalières pour les lots 1 et II.
Animaux fistulisés
Trois fourrages sous 2 formes de présentation ont été distribués chacun à un groupe de 2 vaches munies d’une large fistule du rumen.
Chaque groupe recevait pendant 3 semaines l’herbe verte puis l’herbe déshydratée de même origine au cours des 3 semaines suivantes. Le fourrage était déshydraté en une seule fois au mo- ment où s’effectuaient les principales mesures avec l’herbe verte. Les vaches étaient sur stalles courtes avec tapis de caoutchouc et étaient alimentées dans les mêmes conditions que les animaux
en lot.
Au cours des 10derniers jours de chaque période les mesures suivantes ont été effectuées :
- digestibilité du fourrage par collecte totale des fèces (7 jours),
- temps de séjour des particules indigestibles (BALCH, 1950),
- débit de liquide à travers l’orifice réticulo-omasal par la méthode de l’infusion continue d’une solution de polyéthylène glycol 4000 pendant 30 heures avec prélèvement horaire pendant
les 12 dernières heures,
- activité cellulolytique du jus de rumen mesurée par la dégradation de paille d’avoine
dans des sachets de nylon mis dans le rumen pendant 48 heures (JOURNET et DEMARQUILLY, I967) !
- activité fermentaire mesurée par la quantité de gaz produite in vitro par l’incubation de contenu de rumen (JOURNET et DEMARQUILLY, 1967),
- teneur en acides gras volatils (A. G. V.) du jus de rumen et composition du mélange
de ces acides par chromatographie en phase gazeuse (RIGAUD et JOURNET, 1970),
- poids frais et sec du contenu rumino-réticulaire, 3 heures après le repas de 8 h 30, le dernier jour.
RÉSULTATS
Influence de la déshydratation
sur lesquantités ingérées,
le
comportement
alimentaire et laproduction
des animauxQuantité de
matière sècheingérée.
Avec l’herbe dont la teneur en matière sèche variait de 12à 22p. 100, la
déshy-
dratation a
permis
uneaugmentation
limitée maissignificative (P
<0 , 05 )
desquantités ingérées
parrapport
à l’herbe verte( 13 ,6 2 kg
contre 13,07kg).
Cetteaugmentation
est très variable d’unjour
à l’autre(—
1,72 à-!- 3 ,8 3 kg
pour une moyenne de !- 0,55kg).
Elle semble accrue par laprésence
d’eau externe à laplante
verte
puisqu’elle
est deo,86 kg
dans le cas de l’herbe mouillée(n
=1 8)
et seulementde
0 , 3 6 kg (n
=24 )
dans le cas de l’herbe sèche. Cet accroissement de la différence(y)
est de i
kg quand
la teneur en matière sèche(x)
de laplante
diminue de 3points.
y = — 0,337x
+ 6,io ;
r =o,81 ;
n = 10(classes
de matière sèche de ipoint).
Ce fait est observé aussi bien avec l’herbe mouillée
qu’avec
l’herbe sèche.Quantité
d’eau.La
quantité journalière
d’eau bue par les animaux du lot recevant l’herbe verte a été en moyenne de 15,5 1 par animal(entre
o et 40 1 suivant lesjours),
celledes animaux du lot recevant l’herbe
déshydratée
de 75,5 1( 4 6
à9 6 1).
Laquantité
moyenne d’eau bue par les animaux recevant de l’herbe verte a été inférieure à 5 1 par animal
pendant
mjours
sur 5! ; il estprobable qu’alors
un certainnombre d’animaux ne buvaient pas.
Cependant
les animaux recevant l’herbe verte ontingéré
desquantités
d’eau totale(boisson
-!-aliments)
en moyenneplus
éle-vées :
86, 5
1(de 6 3
à 123 1 suivant lesjours)
que ceux du lot 1 :7 6, 7
1 soitrespecti-
vement
6,6 2
et5 ,6 3
1 d’eau parkg
de matière sècheingérée ;
la différence estsigni-
ficative
(P
<0 , 01 ).
La consommation d’eau totale par
kg
de matière sèche par le lot I diminue de r1 quand
la teneur en matière sèche de laplante augmente
de 5 à 6points (r
= 0,51** ).
Com!oytement
alimeutaire.La consommation de
fourrage déshydraté
modifie lecomportement
alimentaire des animaux. La durée de consommation diminue defaçon importante (6
h 57 mncontre 8 h i5
mn)
bien que laquantité ingérée
soitlégèrement supérieure.
En re-vanche,
letemps
de rumination estplus long ( 9
h 12 mn contre 8 h3 6 mn)
si bienque le
temps
de mastication parkg
de matière sèche n’est pas très différent(68 mn/
kg
M. S. pour l’herbedéshydratée
contre 73 pour l’herbeverte).
Production.
Seules les
productions
réalisées au cours de la 2epériode expérimentale
ontété
analysées.
Laproduction
laitière aaugmenté
au cours des 2premières
semainescar l’herbe distribuée à ce moment était de meilleure
qualité
que celle de lapériode d’appariement. L’augmentation
a étéplus
forte pour le lot II que pour le lot I.Par la
suite,
laproduction
esttoujours
restéeplus
élevée avec l’herbedéshydratée (en
moyenne8, 2
contre7 ,6 kg).
Cette différencecorrespond
à une consommationplus
forte d’herbedéshydratée (-f- 0 ,8 kg
de matièresèche)
que d’herbe verte bien que les 2 lots aient été suralimentés en permanence. Le tauxbutyreux
a évolué dela même
façon
dans les 2 lots(baisse
de 1,1 p. 100 et o,7 p. 100pour les lots I et II parrapport
à lapériode préexpérimentale).
Le
poids
vif a évolué de la mêmefaçon
dans les 2 lots. Legain
depoids
vifa été de 30
kg
en moyenne paranimal,
pour les 6 semaines considérées.Pour savoir si la
déshydratation
modifie la valeurénergétique
nette dufourrage,
un bilan a été calculé pour la 2e
période expérimentale
àpartir
des résultats deproduction (lait
etgain
depoids)
et desquantités
de matière sècheingérées (tabl. 2 ).
Il semble bien que cette valeur
énergétique
nette ne soit pas modifiéepuisqu’elle
est de
o, 7 6
U.F./kg
M. S. pour les 2 formes dufourrage.
Cette valeur n’estqu’indi-
cative car la
production
laitière(dont
les besoins sont bienconnus)
est faible parrapport
augain
depoids
des animaux(dont
les besoins sont moins bienconnus).
Variations des
quantités
d’herbe verteingérées
Matière verte.
La
quantité journalière
d’herbe verteingérée
par animal a été en moyenne de8 0 ,6 kg
pour le lot(de 5 6
à 106kg
suivant lesjours).
Elle aquelquefois dépassé
12
o
kg,
et même 150kg
pour 3 animauxpendant
3jours
consécutifs de lapériode préexpérimentale
avec une herbe à 10,5 p. 100 de matière sèche.La
quantité
d’herbeingérée
en moyenne par animal est en liaison étroite avecla teneur en eau de la
plante (r
=0 ,8 0 ** , 6g valeurs).
Elleaugmente
en moyennede 4
kg quand
la teneur en eauaugmente
de ipoint.
Ces résultats sont en accordavec ceux de
DE M ARQ UIL I,Y (rg66).
Matière sèche.
La
quantité
de matière sèche d’herbe verteingérée
a été en moyenne(6 9 jours)
de
r 3 ,o8 kg
de matière sèche soit 2,51kg
de matière sèche par 100kg
depoids
vifavec des extrêmes
journaliers
de10 ,8
à 15,9kg
de matière sèche.Les
quantités ingérées
ont varié avec lefourrage
utilisé :espèce végétale,
nu-méro de
cycle,
stade devégétation (tabl. r).
Ainsi les repousses deprairies
naturellesont été les mieux consommées
( 13 , 55 kg
M.S.)
et le 2ecycle
de luzerne le moins bien( 12 ,oo kg
M.S.).
Adigestibilité pratiquement égale,
les3 e
et4 e cycles
de ray- grass Westeywold ont été mieux consommés que les 1eret 2ecycles (respectivement
13 ,
93 et 13,55
kg
de M. S. contre12 , 3 6
et 12,30kg
de M.S.).
En éliminant l’influence des facteurs
précédents (par comparaison
des valeurs à l’intérieur dechaque période)
on constate que l’humidité externe de laplante (due
à lapluie
ou larosée)
fait diminuer lesquantités ingérées.
Laquantité
de ma-tière sèche
ingérée
avec l’herbe sèche( 13 , 45 kg
estsignificativement plus
élevéequ’avec
la même herbe mouillée( 12 ,8 3 kg).
De même que
DE M A RQUII , I , Y (ig66),
on n’a pas trouvé de liaison entre laquantité
de matière sèche
ingérée
et la teneur en cellulose brute de laplante
mais il faut noter que lesfourrages
utilisés avaient tous une teneur en cellulose assez voisine(entre
20 et 26 p. 100 de la matière
sèche).
La liaison entre la
quantité
de matière sècheingérée
et ladigestibilité
mesuréepar la méthode des sachets est faible
(r
=0 ,6 5
* pour 13périodes).
Ce faitpeut
être dû àl’hétérogénéité
desespèces fourragères
utilisées ou aux faibles différences existant entre lesdigestibilités enregistrées.
La
quantité
de matière sècheingérée
est liée defaçon positive
etsignificative
à la teneur en matière sèche de la
plante (fig. 2 ).
Cette liaison est très élevéequand
on regroupe les valeurs
journalières
par classes de matière sèche(i point
= iclasse), (r
= 0,91** ,
9classes).
En moyenne uneaugmentation
de la teneur en matièresèche
(x)
de 5points correspond
à uneaugmentation
desquantités ingérées (y) de i kg.
Cette liaison existe aussi bien avec l’herbe sèche
(y s ) qu’avec
l’herbe humide( Yf t) :
Quand
on étudie lesfourrages séparément
on ne trouve de liaisonsignificative
que
dans 4
cas sur les 9 étudiés par suite dupetit
nombre de données et de la faibleétendue des teneurs en matière sèche. La
régression
est alors sensiblement différente :l’augmentation
desquantités ingérées
parpoint
de teneur en matière sèche serait alors deo,6 7
à 1,03kg
de matière sèche suivant lesfourrages.
Phénomènes
digestifs
La
comparaison
des 2 formes deprésentation
a été réalisée avec 3fourrages :
une repousse de
prairie naturelle,
un4 e cycle
de ray-grass Westerwold et un3e cycle
de ray-grass d’Italie Rina(tabl. 3 ).
La
quantité
de matière sècheingérée
sous forme d’herbedéshydratée
a étéplus
élevée que sous forme verte pour les deuxpremiers fourrages
étudiés(-! 0 ,65
et -f- 1,22
kg
de matièresèche)
etplus
faible pour le3 e fourrage (—
o,gikg
de matièresèche).
Ces différences vont dans le même sens que celles observées sur les vaches en lot.Digestibilité.
La
digestibilité
de la matière sèche obtenue par la méthode de collecte totale des fèces a étéidentique
pour les 2 formes deprésentation
dans le cas des 2e et3
e
fourrages étudiés ; par contre,
elle a été diminuée de 3points (6 9 , 2
contre72 , 1 )
par la
déshydratation
pour le 1erfourrage.
Les résultats obtenus par la méthode des sachets
(tabl. i)
montrentégalement qu’en général
ladéshydratation
diminue peu ladigestibilité : 8 2 , 0
p. 100 dedégra-
dation pour l’herbe verte contre
8 1 , 2
p. 100pour l’herbedéshydratée
avec 8 échan- tillons. Ces résultats sont en accord avec ceux deD EMARQUILLY
sur des moutons.Contenus
digestifs et
vitesse de transit desparticules indigestibtes.
Les
poids
frais et sec du contenu de rumen ont varié dans le même sens que laquantité
de matière sècheingérée
mais pas defaçon proportionnelle.
Lepoids
secdes contenus a été
plus
élevé avec l’herbedéshydratée qu’avec
l’herbe verte pourles deux
premiers fourrages (de
!-4 8
p. 100 et -f- 29 p.100 )
etplus
faible pour le dernier(de
- 7 p.100 )
alors que les différences dans lesquantités ingérées
ontété
respectivement
de -!- 15 p. 100, --!- 30 p. 100 et — 2 p. 100pendant
les deuxjours précédant
les mesures.La
déshydratation
a surtout eu pour effetd’augmenter systématiquement
lateneur en matière sèche du contenu du rumen d’environ i
point
en moyenne(de 9
,6
à10 ,6
p. 100M.S.). L’augmentation
a surtout été sensible dans les zones habi- tuellement lesplus liquides,
enparticulier
dans le sac ventral comme le montrentles valeurs de teneur en matière sèche du contenu en différents endroits :
Le
temps
moyen deséjour
desparticules indigestibles
estlégèrement plus long
avec l’herbe
déshydratée qu’avec
l’herbe verte :respectivement
74 h 30 mn et 68 h 2o mn. Cephénomène peut
être relié auxpoids
de contenusplus
élevés dansle cas de l’herbe
déshydratée.
Débit de
liquide.
Les débits de
liquide
à l’orifice réticulo-omasal onttoujours
été très élevés(entre
12 et 201/h) ;
les débits obtenus avec l’herbe verte ontdépassé
d’environ40
p. 100 ceux obtenus avec l’herbe
déshydratée (ig,o 1/h
contre 13,31/h).
Si onsuppose que la
quantité
d’eauprésente
dans le rumen lejour
de la mesure est lamême que celle
présente
lejour
duvidage
du contenu, ces débits horairesreprésentent
30 ,
3 p. 100 et 19,3 p. 100 de l’eau contenue dans le rumen
respectivement
pour l’herbe verte et l’herbedéshydratée.
Activité
fermentaire.
L’activité cellulolytique
dujus
de rumen estidentique
pour les 2 formes defourrages :
41,o et 40,7 p. 100 de lapaille
contenue dans les sachets sontdégradés
en
4 8
heures dans le rumen des animauxqui ingèrent respectivement
l’herbe verte et l’herbedéshydratée.
Par contre, l’activité fermentaire mesurée au cours de l’in- cubation de contenu estsystématiquement plus
faible avec l’herbedéshydratée qu’avec
l’herbe verte, cequi
estpeut-être
une cause de la diminution de la vitesse de transit. La teneur dujus
de rumen en A. G. V. n’est pas influencée par la forme deprésentation
de l’herbe(elle
est en moyenne de gommoles/1)
mais il semble ce-pendant qu’il
y ait unelégère
déviation des fermentations. Eneffet,
lacomposition
du
mélange
d’A. G. V. dans lejus
de rumen estlégèrement
modifiée : avec l’herbedéshydratée
on note uneaugmentation
faible maissystématique
de lapart
de l’acideacétique ( 71 , 7
contre6 9 , 1
p. 100 enmoyenne)
auxdépens
de l’acidepropio- nique
et surtout des acidesvalérianique
etisovalérianique
dans lemélange.
P. LAR-vox et C. VIOLETTE
(ig6g)
ontégalement
notél’augmentation
de lapart
de l’acideacétique
auxdépens
de celle de l’acidepropionique
à la suite de ladéshydratation
de l’herbe.
Com!araison
avec dufoin.
Une
partie
de l’herbe utilisée au cours de la 2epériode ( 4 e cycle
de ray-grassWesterwold)
a été récoltée en foin séché sur lechamp
et distribuée aux mêmes ani-maux. Les
quantités ingérées,
lesquantités
de contenus et les débits horaires deliquides
à l’orifice réticulo-omasal ont été trèsproches
de ceux obtenus avec le mêmefourrage déshydraté.
Par contre, lacomposition
dumélange
d’acides gras volatils du rumen est différente et ressembleplus
à celle obtenue avec lefourrage
vert.DISCUSSION
Nous avons trouvé une liaison entre la teneur en matière sèche de l’herbe verte et la
quantité
de matière sècheingérée.
Nous avonségalement
mis en évidence unaccroissement des
quantités ingérées
à la suite de ladéshydratation
mais seulementpour une teneur en matière sèche de l’herbe inférieure à 18 p. 100. Ces résultats semblent
indiquer
un effetdépressif
de l’eau contenue dans l’herbe sur lesquantités
de matière sèche
ingérées,
cet effet ne se manifestantqu’à partir
d’une certainequantité
d’eau totaleingérée,
c’est-à-dire au-dessous d’un seuil de teneur en ma-tière sèche de l’herbe comme le
supposaient
DucKswoRTH et SHIRr,Aw( 195 8).
Cecipermettrait d’expliquer :
a)
I,es résultats discordants des différents auteurs(voir introduction)
en cequi
concerne la liaison entre teneur en matière sèche et
quantité ingérée.
On voit eneffet que cette liaison n’a été trouvée
qu’avec
l’herbe à teneur en matière sèchefaible.
b) L’absence
d’effet de ladéshydratation
sur lesquantités ingérées
notée par DUCKSWORTH et SHIRI,AW(1958),
MINSON( 195 6)
et H!AN!Y et al.(1966) qui
ontutilisé de l’herbe dont la teneur en matière sèche a
toujours
étésupérieure
à 19p. 100(au
moins pour lespremiers).
L’eau
contenue en excès dans l’herbe vertepeut
réduire lesquantités ingérées
par son
pouvoir
encombrant ou enagissant
sur lesphénomènes digestifs et gustatifs.
D’après
CAMPLING et BAI,cH( I g6 I )
lepouvoir
encombrant de l’eauest nul,
maiscette affirmation est basée sur un essai où l’eau était
ajoutée
artificiellement parune fistule du rumen et en
quantité
relativement normale(q., 5
1 parkg
de matièresèche
ingérée).
I,’importance
desquantités
d’eauingérées (eau
bue et eau de laplante)
parkg
de matière sèche par les vachesqui
ont consommé de l’herbe très aqueuse, fait penser que laquantité
d’eauapportée
par l’herbe a dû êtreparfois
excessive.Jus- qu’à
une teneur en matière sèche de l’herbe de 15 p. 100, lesquantités
d’eau buesen moyenne par animal et par
jour
ont été inférieures à Io 1. HALLEY-DOUGALL(1 9 62)
et McI,usKY
( 1955 ),
avec des vaches àl’herbe,
trouventégalement
desingestions
d’eau parkg
de matière sèche élevées(respectivement
5,1 à5 ,8
et6,g
à 7,11/kg
dematière
sèche).
OWENet al.( 19 6 7 )
et WAI,DO et al.( 19 65)
avec desrégimes
hivernauxtrouvent des valeurs
plus
faibles(respectivement 2 ,6
à4 ,8
et 3,2 à 4,9llkg
de ma-tière
sèche).
L’augmentation
sensible des consommations due à ladéshydratation
a pu être reliée :a)
A des modifications ducomportement
alimentairepuisque
letemps
de consommation est considérablement diminué avec l’herbedéshydratée
et il est dumême ordre que celui des
régimes
detype
hivernal( 7
h 01 mn +8, 4
p. 100,JouR-
N
ET, non
publié).
b)
A des modifications au niveaudigestif,
enparticulier
les contenus secs durumen sont nettement
plus
élevés dans 2 cas sur 3 et surtout les débits deliquide
sont considérablement
plus
faibles avec de l’herbedéshydratée.
Avec l’herbedéshy- dratée,
les débits parrapport
au volume deliquide
dans le rumen sont faibles( 17 , 5
à à20
,5 p.
100 )
et semblables à ceux observés avec desrégimes
hivernaux( 7 ,5 àZ Z , 1
p.100 )
par LAMPILA
(rg6 5 ), A AF] E S
etN I]HOF ( 19 6 9 )
et OWEN et al.(ig68).
Avec l’herbeverte, HUTTON
( 19 6 4 )
et TULLOHet al.( 19 65)
trouvent comme nous des débitsplus
forts : 20 à 35 p. 100. En
revanche,
les autresphénomènes digestifs
nepermettent
pasd’expliquer l’augmentation
desquantités ingérées.
Aucontraire,
avec l’herbe verte, la vitesse de fermentation et la vitesse de transit desparticules indigestibles
sont
plus grandes.
Malgré
les modifications dans lesphénomènes digestifs,
il ne semble pas y avoir de variationimportante
de la valeurénergétique
nette de l’herbe pardéshydratation
dans les conditions de
l’expérience, d’après
les résultats deproduction enregistrés.
Cependant,
1~!x!Rrr et al.( 19 6 4 )
constatent avec des moutons que ladéshydratation
de l’herbe dans un four à ioooc provoque une
augmentation
de z5p. 100de la valeurénergétique
nette par suite d’une diminution despertes
sous forme de chaleur. Enrevanche,
ScHocH etal, ( 19 6 4 )
constatentégalement
avec des moutons que la valeurénergétique
nette de l’herbedéshydratée
à 60°C est inférieure de 17p. 100à celle de la même herbe conservée par le froid.Notre étude montre que la
déshydratation (non
suivie deconditionnement)
des
fourrages
verts effectuée à bassetempérature
et dans de bonnes conditions modi- fie peu ou pas la valeurénergétique.
Lesquantités
de matières sèchesingérées
chan-gent
peu sauf si l’herbe est très aqueuse(
< 15 p. 100 de matièresèche).
En consé-quence, les
quantités
d’herbedéshydratée (non conditionnée) ingérées peuvent
varier dans degrandes
limites comme celles d’herbe verte et à cause des mêmes facteurs. Onsait que, par contre, le conditionnement
apporte
des modifications.Reçu pour publication en juin 1970.
SUMMARY
EFFECT OF THE WATER CONTENT OF GRASS AND DEHYDRATION AT LOW TEMPERATURE UPON ITS FEEDING VALUE FOR DAIRY COWS
i. We studied the effect of drying (dryer Scolari 150-2000C) and of the water content of grass upon its intake by dairy cows.
2
. During 18 weeks, 2 lots of 10 dairy cows were fed, ad libitum, fresh grass (lot I) or the
same grass dried (lot II) in blades of 5 to i5cm length. Characteristics and total intakes of grasses
are shown table i.
Dry matter (D. M.) intake of dried grass was significantly higher than that of fresh grass
(0 = 0,55 kg). The difference (y, kg D. M.) between intakes (lot II -lot I) was related to the dry matter content of the fresh grass (x, p. ioo).
... ,r , n --
Water intake was significantly higher in lot I than in lot II : 6,6 and 5,6 1 par kg of D. M.
intake respectively. When the animals were fed dried grass, the mean time spent daily in eating
was higher, but the time spent in ruminating was longer than when they were fed fresh grass.