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Programme Assistance aux Personnes Agées (APA)
Note de travail
2019
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Table des matières
Liste des sigles et abréviations ...2
Liste des illustrations ...2
Introduction ...3
I- PRESENTATION DE LA ZONE D'INTERVENTION ...4
1- Spécificités régionales ...4
II- CONTEXTE DE CETTE NOTE DE TRAVAIL ...6
1- Contenu, objectifs et résultats attendus ...6
Contenu ...6
Objectifs ...8
Résultats attendus ...8
2- Méthodologie de capitalisation ...9
Exploitation documentaire ...9
Visites de terrain ...9
III- LE PROGRAMME APA : ETAT DES LIEUX ...12
1- Activités réalisées ...13
Visite à domicile ...13
Suivi médical ...14
Soutien psychosocial ...15
Evénements, activités culturelles et récréatives ...16
Stratégies de resocialisation par la maison APA ...16
IV- RESULTATS ET RESTITUTION ...17
1- Exposé des résultats ...17
2- Synthèse et recommandations ...19
L’identification...19
3- Processus de prise en charge ...20
4- Actions communes ...21
Conclusion ...22
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Liste des sigles et abréviations
AAMI : Association d’Aide aux Malades Indigents
ACMU : Agence de la Couverture Maladie Universelle AGR : Activités Génératrices de Revenu
APA : Assistance aux Personnes Agées ASC : Association Sportive et Culturelle CMU : Couverture Maladie Universelle
DSRP : Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté FAP : Futur Au Présent MDE : Maison de l’Education PA : Personne âgée
PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement SDAS : Service Départemental de l’Action Sociale
SENELEC : Société National d’Electricité
SONATEL : Société Nationale des Télécommunication SRAS : Service Régional de l’Action Sociale UASZ : Université Assane Seck de Ziguinchor
Liste des illustrations
Figure 1 : Pyramide des âges avec les personnes vivant avec un handicap en 2013 Figure 2 : Profil des bénéficiaires
Figure 3 : Répartition des bénéficiaires selon le sexe et la situation matrimoniale
Tableau 1 : Répartition des enquêtés bénéficiaires par quartier Tableau 2 : Répartition des entretiens par service
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Introduction
Association de solidarité internationale créée en 2012, Futur Au Présent (FAP) intervient dans la lutte contre la pauvreté en général, la résorption des inégalités socioéconomiques et l’appui psychosocial aux couches les plus vulnérables dont les enfants et les personnes âgées en particulier. Elle est implantée à Ziguinchor, capitale de la Casamance, au Sud du Sénégal, où des programmes sociaux sont mis en place, notamment le programme d’Assistance aux Personnes Agées (APA), depuis 2014, mis en œuvre avec l'accompagnement financier de la fondation MAAGDENHUIS et dont l’objectif est de lutter contre l'isolement et la vulnérabilité des personnes âgées.
Dans l’objectif de répliquer ce programme sur d’autres territoires en Afrique et en Europe, de diversifier ses actions en collaboration avec tous les acteurs intervenant dans le domaine, aussi bien publics que privés, et d’augmenter ses capacités en termes de financement, FAP a initié un processus de capitalisation afin de faire un état des lieux sur les enjeux actuels du vieillissement à Ziguinchor.
Par ailleurs, dans un contexte de relance du Plan Sésame1, et de mise en œuvre de la Couverture Maladie Universelle (CMU), cette expérience à l’échelle locale peut constituer une base pour la réalisation d’une prise en charge efficiente des problématiques liées à la vieillesse à Ziguinchor et au Sénégal de manière plus générale.
C’est l'objet de la présente note de travail qui a pour vocation de lancer ce processus et de commencer à apprécier et capitaliser les expériences, les acquis, de faire également le bilan des actions entreprises afin d'en sortir des recommandations.
Les résultats issus de cette première mission de capitalisation ont été partagés dans le cadre d'un atelier de restitution précédant un plaidoyer associant les acteurs publics, privés, associatifs ainsi que les populations.
1 Plan adopté en 2006 qui vise à assurer des soins gratuits aux personnes âgées de 60 ans et plus dans toutes les structures de santé publique.
http://www.ipres.sn/institut/index.php?option=com_content&view=article&id=134&Itemid=156
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I- PRESENTATION DE LA ZONE D'INTERVENTION
1- Spécificités régionales
Ziguinchor est l'une des 14 régions du Sénégal, située dans la partie sud du pays, avec la particularité d'être coupée géographiquement du reste du pays par la République de Gambie, l'isolant ainsi de la partie nord du pays. Il est en même temps au cœur d'un espace frontalier compris entre le Sénégal, la Gambie et la Guinée Bissau, une position carrefour avec des influences diverses, au-delà des frontières, relatives à l'homogénéité socioculturelle entre les différents pays qui l'encadrent.
Sa population est estimée en 2017 à 621 171 habitants soit environ 4,1 % de la population totale du Sénégal selon les projections démographiques du Recensement Générale de la Population de l'Habitat, de l'Agriculture et de l'Elevage2. La structure par âge montrait déjà en 2014 que les personnes de plus de 60 ans représentent 7 % à Ziguinchor alors que la moyenne nationale se situait à 4,5 % (RGPHAE, 20133).
La situation économique et sociale révèle selon les estimations de l'Agence nationale de la statistique et de la démographie et de la Banque mondiale (2016)4 une incidence de pauvreté comprise entre 60 et 70 %, ce qui la place dans le groupe des régions les plus pauvres du Sénégal avec Kolda, Sédhiou et Kédougou.
Cette situation globale traduit une situation de vulnérabilité qui touche notamment les personnes âgées. Au Sénégal d’ici 2050, la part des personnes âgées représenterait près de 25% de la population. Ainsi, le vieillissement apparaît de plus en plus comme une problématique centrale alors que la transition démographique laissait apparaitre le poids des jeunes comme un défi majeur et prioritaire. Or, l’élévation de l’espérance de vie, suite à la baisse de la mortalité au cours des dernières décennies combinée avec une légère baisse de la fécondité, fait du vieillissement une réalité en Afrique et plus particulièrement au Sénégal.
Pourtant, peu d'études sont consacrées à la question et aux enjeux du vieillissement (la plupart sont focalisées sur la question de la jeunesse, qui constitue plus de 50% de la population dans les pays d’Afrique de l’Ouest). Par ailleurs, l’urbanisation, ainsi que les dynamiques sociales (mobilité sociale et géographique) qu’elle entraine, participent à la redéfinition de la place et du rôle des personnes âgées et, partant, des relations intergénérationnelles. Les travaux de démographes (Antoine et
2 ANSD-RGPHAE, 2013, http://www.ansd.sn/ressources/rapports/Rapport-definitif-RGPHAE2013.pdf
3 Idem
4 A l’écoute du Sénégal, ANSD et Banque Mondiale, 2016
http://www.ansd.sn/index.php?option=com_content&view=article&id=344
5 Golaz, 20105 ; Antoine et Golaz, 20116 ; Golaz et Rutaremwa, 20117) ont montré à partir de données de recensements à quel point les configurations domestiques dans lesquelles vivent les personnes âgées peuvent comporter des formes de vulnérabilité.
La région de Ziguinchor n’échappe pas à cette règle. La question de la vulnérabilité s’y pose avec persistance dans un contexte où la pauvreté sur fond de crises liées au conflit casamançais engendre des conséquences sociales profondes difficiles à résorber tant sont fortes les séquelles laissées par des années de guerre. Les personnes âgées et isolées, souvent en perte d'autonomie, paraissent dans ce contexte très peu prises en compte par les politiques d’aides mises en place par les organisations et l’Etat en matière de protection sociale. En effet, Ziguinchor se trouve dans la région naturelle de la Casamance qui a été impactée par des problèmes sécuritaires liés au conflit armé opposant le Mouvement des forces Démocratiques de la Casamance et l'Etat du Sénégal depuis le début des années 80. Même si l'accalmie règne aujourd'hui, d'importants traumatismes ont été provoqués par ces années. D'autre part, l'instabilité politique dans les pays limitrophes comme la Guinée Bissau, notamment lors de évènements de 1998, a été à l'origine d'un mouvement massif de réfugiés vers la région de Ziguinchor. En effet, selon l'Agence nationale pour la relance des activités économiques (ANRAC) le nombre de déplacés dans la seule commune de Ziguinchor est estimé à 8 000 personnes.
Aujourd'hui, les personnes âgées, fortement représentées dans ce groupe, vivent d'énormes difficultés de réintégration socioéconomique et de resocialisation à Ziguinchor. L'isolement et la perte d'autonomie les placent dans une vulnérabilité que les formes de solidarité existantes n'arrivent pas à régler.
Fort de ce constat, la Fondation MAAGDENHUIS a appuyé financièrement les associations présentes à Ziguinchor pour qu’elles prennent en charge un projet d’Accompagnement des Personnes Agées dit
« APA ». Celui-ci a été porté dans un premier temps par l’Association d’Aide aux Malades Indigents (AAMI), puis par la Croix Rouge sénégalaise.
Cependant, les difficultés rencontrées par ces structures dans la mise en œuvre du programme ont conduit la Fondation MAAGDENHUIS à proposer à FAP de reprendre le programme en 2014.
5 PHILIPPE ANTOINE, VALERIE GOLAZ, « Vieillir au Sud : une grande variété de situations », dans Autrepart, 2010/1
6 ANTOINE PHILIPPE, GOLAZ VALERIE. (2011). Quelles sont les personnes âgées en situation de vulnérabilité ? : estimations à partir de données censitaires en Ouganda et au Sénégal. Paris : IRD, 16 p. multigr. Colloque Vieillissement de la Population dans les Pays du Sud : Famille, Conditions de Vie, Solidarités Publiques et Privées ... : Etat des Lieux et Perspectives, Meknès (MAR), 2011/03/17-19
7 VALÉRIE GOLAZ, GIDEON RUTAREMWA, « The vulnerability of older adults: what do census data say? An application to Uganda», dans African Population Studies, 2011/12/30, Vol.25, N°2
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II- CONTEXTE DE CETTE NOTE DE TRAVAIL
1- Contenu, objectifs et résultats attendus
Contenu
Les personnes âgées sont particulièrement concernées par la précarité et l’isolement. Le vieillissement est un facteur de vulnérabilité dès lors qu’il s’accompagne de la dégradation de l’état de santé (impossibilité de travailler, de se déplacer) et que les personnes n’ont pas les ressources financières suffisantes pour subvenir à leurs besoins élémentaires.
Sans couverture santé ni couverture sociale, ces personnes se retrouvent exposées à un niveau de vulnérabilité socioéconomique qui mérite une attention particulière dès lors que l'on se préoccupe de résorber les inégalités. En effet, la situation devient critique si elles sont isolées et ne reçoivent aucun soutien de la part de la famille ou de membres de la communauté tout aussi exposés à la précarité. Dans ce cas, les besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits, l’hygiène et la santé se dégradent, les relations sociales s’étiolent, et les personnes âgées se retrouvent dans une détresse sociale, sanitaire et psycho- affective importante.
Leur isolement est la conséquence de différents facteurs. Avec la mobilité sociale et géographique des ascendants qui entretient principalement une décohabitation intergénérationnelle, les personnes âgées sont laissées à leur sort, voire négligées par leur propre famille ou par la famille qui les a prises en charge, en raison d’un manque d’intérêt, de temps, ou de moyens pour s’occuper d’elles convenablement.
Cet éloignement à la fois géographique et social entraine un éloignement affectif et un abandon de fait. Certaines d’entre elles n’ont plus d’ascendants en vie, d’autres n’ont pas eu d’enfants. Dans tous les cas, elles se retrouvent seules sans activité économique, dépendantes et souvent atteintes de maladies chroniques et dégénératives. Les données officielles sur le rapport âge/maladies chroniques montrent, au Sénégal, que la prévalence des maladies chroniques augmente régulièrement avec l’âge, variant de 6 % à 15-19 ans à 39 % à 60 ans ou plus (ANSD, RGPHAE, 20138).
Le risque de se retrouver en situation de handicap augmente également avec l’âge. Avant l’âge de 40 ans, les taux de prévalence du handicap sont relativement faibles puisqu’ils se situent en deçà de
8 ANSD-RGPHAE, 2013, http://www.ansd.sn/ressources/rapports/Rapport-definitif-RGPHAE2013.pdf
7 10%. Au-delà de 40 ans, cette prévalence augmente rapidement pour atteindre 50% à 90 ans (ANSD, RGPHAE, 20139).
Figure 1 : Pyramide des âges des personnes vivant avec un handicap en 2013
Source : ANSD, RGPHAE, 2013
Le phénomène d’exclusion est de plus en plus fréquent. L’urbanisation favorise l’anonymat : l’abandon des personnes âgées par la famille ou la communauté est moins visible et donc moins dénoncé. La place du « vieux » dans la société évolue et les devoirs envers lui sont de moins en moins ancrés dans les mentalités, allant de pair avec la déliquescence de la solidarité intergénérationnelle.
Bien que des acteurs communautaires se partagent la responsabilité de veiller à leur bien-être et malgré les politiques et programmes menés pour une meilleure prise en charge de la vieillesse, la qualité de vie de certaines personnes âgées est particulièrement dégradée.
Le programme APA présenté ici vise à améliorer leurs conditions de vie d’un point de vue social et sanitaire, et vise également à favoriser leur socialisation, leur sécurisation, et leur épanouissement en reconstituant autour d’elles des liens de sociabilité. C’est dans ce cadre que Futur Au Présent a pris en charge l’accompagnement de 82 personnes âgées depuis le début du projet jusqu’à aujourd’hui.
L’expérience acquise par l’association dans la gestion du programme lui a permis d’appréhender les difficultés et de mettre en œuvre les améliorations nécessaires sur la base de ces résultats et du bilan
9 ANSD-RGPHAE, 2013, http://www.ansd.sn/ressources/rapports/Rapport-definitif-RGPHAE2013.pdf
8 qui en a été tiré. Ainsi, le nombre de bénéficiaires a été élargi d’une part – compte tenu de l’ampleur des besoins – et, d’autre part, les accompagnements ont été plus individualisés afin de les adapter de façon plus précise, et donc plus efficiente, à chacune des situations rencontrées.
Objectifs
Objectif général
Après cinq années de réalisation du programme et tenant compte des ajustements qui ont été apportés au fil des années, FAP, en collaboration avec des chercheurs de l’UASZ ont tenu à réaliser une étude dont l’objectif est de capitaliser sur les bonnes pratiques du programme mais aussi et surtout de réfléchir avec les acteurs concernés par les questions de vieillesse sur la mise en place d’un cadre de prise en charge pérenne et efficient.
Objectifs spécifiques
Ce travail de capitalisation se fonde dans un premier temps sur une étude dont les résultats permettent de :
• Tirer des enseignements et expériences du programme en termes de bonnes pratiques
• Déterminer les limites d’intervention du programme, les améliorations à apporter et les stratégies à mettre en place pour assurer la pérennité du projet.
• Réfléchir, lors de la tenue d’un atelier de restitution avec les acteurs concernés, à un cadre qui permettra de mettre en place un système de référencement efficient et accessible à toutes les couches de la population
Résultats attendus
Le programme APA se fixe pour objectifs que :
• Les personnes âgées aient accès à l’information et aient une meilleure prise en charge grâce à la collaboration des agents de terrain de FAP et des acteurs concernés (Action sociale, Hôpitaux etc.) ;
• Les agents de terrain soient renforcés dans leurs capacités en termes de communication pour permettre une meilleure accessibilité de l’information pour les personnes âgée ;
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• Les critères d’évaluation pour détecter les personnes âgées prioritaires éligibles pour être de potentiels bénéficiaires soient clairement établis en s’appuyant sur des relais maîtrisant le contexte socioculturel et économique;
• Les autorités publiques en charge de la question des personnes âgées et les acteurs privés intervenant dans le domaine soient sensibilisés par un plaidoyer pour une collaboration intégrant une approche participative ;
• La mobilisation d’importants fonds soit mise en œuvre pour permettre une plus large couverture de protection socio-sanitaire des personnes âgées vulnérables.
2- Méthodologie de capitalisation
Une enquête de terrain a été réalisée par deux étudiants doctorants du département de sociologie de l’UASZ, encadrés par un enseignant-chercheur. Dans le cadre de cette étude et pour collecter les données auprès des personnes cibles, ils ont eu recours à des méthodes qualitatives, avec des entretiens semi-directifs et de l’observation participante. Ce choix tient compte des objectifs et des résultats attendus. L’outil élaboré pour la collecte des informations est le guide d’entretien. Cet outil a été testé par les enquêteurs pour qu’ils aient la même compréhension des différentes thématiques abordées.
Exploitation documentaire
La recherche documentaire a porté sur l’exploitation de supports fournis par FAP, la Direction de l’action sociale, et les structures de santé, qui ont été complétés par des référentiels comme le Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP, 2013), le rapport annuel du PNUD au Sénégal (2017), ou encore le Plan Sénégal Emergent (PSE, 2015).
Visites de terrain
Les entretiens se sont déroulés dans 12 quartiers de la commune et dans différents services.
10 Tableau 1 : Répartition des enquêtés bénéficiaires par quartier
Quartiers Nombre de personnes enquêtés
Djiringho 02
Lyndiane 05
Colobane 01
Néma II 04
Château d’eau 01 Kandialang 08
Kandé 02
Djibock 01
Corentas 05
Boucotte 03
Peyrissac 01
Tilène 02
Santhiaba -
Diabir -
Total 35
Des entretiens ont été également menés avec le Service Régional de l’Action Sociale (SRAS), le Service Départemental de l’Action Sociale (SDAS), l’Agence de la Couverture Maladie Universelle (ACMU) et la Maison De l’Education (MDE).
Tableau 2: Répartition des entretiens par service
Services Nombre
d’entretien
Qualité de l’agent
SRAS 02 Chef de service régional et son adjoint
SDAS 01 Chef de service départemental
MDE 01 Représentant de la Fondation Maagdenhuis
Région Médicale 01 Badiène-ghox régional Agence de la CMU 01 Responsable de l’Agence
11 L’étude a commencé par des entretiens exploratoires auprès des volontaires. L’objectif de ces entretiens était de déterminer les critères d’éligibilité des bénéficiaires et les outils mis en place par l’équipe chargée du projet pour sa bonne marche. Cette phase a été complétée par des visites à domicile qui ont permis aux enquêteurs de réaliser des récits de vie de cinq bénéficiaires. C’est à partir de ces récits de vie et de la recherche documentaire que les guides d’entretien ont été élaborés.
Au-delà des entretiens, des observations ont été menées par les enquêteurs. Les observations ont porté sur la nature des interactions entre les bénéficiaires et les membres de leurs familles. Les observations ont aussi porté sur l’habitation et plus particulièrement sur les pièces où résident les bénéficiaires.
Un des premiers constats lors de la collecte des données est la différence entre les pièces où vivent les personnes âgées et celles occupées par les autres membres de la famille. Les observations directes montrent que l’environnement de vie des personnes âgées laisse apparaître des problèmes d’entretien courant en termes d’hygiène notamment, mais également en termes d’équipement (dans la plupart des cas il n’y a pas de mobilier adapté). Les pièces visitées sont très humides et désordonnées : des habits trainent par terre, des sachets de lait, de bonbons, des bols qui ne sont pas lavés et qui sont dispersés dans la chambres. Les seuls bénéficiaires qui ont des pièces en bon état sont ceux dont les pièces ont été réfectionnées par le programme APA.
Choix des personnes interrogées
Des entretiens semi-directifs ont été conduits auprès de : - 20 personnes bénéficiaires du programme APA,
- 10 personnes membres des familles bénéficiaires et impliquées dans la prise en charge, - 05 personnes âgées ne bénéficiant d’aucune prise en charge,
- des agents de terrain du programme,
- le représentant de la Fondation MAAGDENHUIS à l’origine du programme, - les responsables régionaux et départementaux de l’Action Sociale,
- le responsable de la CMU, - la Badiène-ghox régionale.
Les bénéficiaires du programme APA sont au nombre de 40 au moment de l’étude et la moitié constitue la population d’étude pour ce qui est des bénéficiaires. Les 05 personnes interviewées constituent le groupe témoin. Les membres des familles bénéficiaires impliquées dans la prise en
12 charge ont un rôle dans le processus de prise en charge. Leur implication ou leur retrait peuvent être déterminants dans l’explication liée à l’isolement social vécu par certaines personnes âgées, mais ce facteur ne peut pas être le seul élément à prendre en compte.
Dans la mise en œuvre du programme APA, le constat est clair : il n’existe pas de synergie entre les agents de terrain et les acteurs étatiques chargés des questions de vieillesse. Pour appréhender les facteurs sous-jacents de ce manque de synergie des entretiens ont été réalisés avec les chefs de service de l’action sociale et de l’agence de la couverture médicale.
Guide d'entretien
Le guide d’entretien a permis de cadrer et d’orienter la discussion afin que chaque thématique soit abordée de façon explicite. Les entretiens se sont déroulés chez les enquêtés non institutionnels (les bénéficiaires, les personnes témoins, les membres de la famille impliqués dans la prise en charge des bénéficiaires).
Pour les acteurs institutionnels et les agents de terrain, les entretiens se sont déroulés sur leurs lieux de travail (Agence de la Couverture Maladie Universelle, Service Régional de l’Action Sociale, Service Départemental de l’Action Sociale, Maison De l’Education).
La durée des entretiens varie selon les répondants. Pour les bénéficiaires du programme APA, les entretiens ont duré entre 20 et 35 minutes en moyenne. Il faut cependant noter qu’avec certains bénéficiaires les entretiens ont dépassé largement cette moyenne avec une durée de plus d’une heure. Pour les acteurs institutionnels, les entretiens ont duré entre 30 et 50 minutes et pour les personnes témoins et les membres des familles bénéficiaires, entre 20 et 30 minutes.
III- LE PROGRAMME APA : ETAT DES LIEUX
Initié par la Fondation MAAGDENHUIS le programme Accompagnement aux Personnes Agées (APA), a été confié à FAP en septembre 2014. En 2016, la Fondation a renouvelé sa confiance à FAP : un nouvel accord de partenariat a été signé et la dotation a été doublée, et ce pour une durée de 3 ans.
L’expérience acquise par l’association dans la gestion du programme lui a permis d’appréhender les difficultés et de mettre en œuvre les améliorations nécessaires sur la base de ces résultats et du bilan qui en a été tiré. Ainsi, le nombre de bénéficiaires a été élargi d’une part compte tenu de l’ampleur
13 des besoins et, d’autre part, les accompagnements ont été plus individualisés afin de les adapter de façon plus précise, et donc plus efficiente, à chacune des situations rencontrées.
L’équipe composée d’une chargée de projet (travailleuse sociale), d’un auxiliaire de vie, de 2 volontaires, d’un infirmier et d’une cuisinière, est chargée de dérouler les activités du programme afin d’améliorer les conditions de vie des personnes âgées.
L’identification des personnes âgées en situation d’extrême vulnérabilité se fait souvent de bouche à oreille. Les relais communautaires, les délégués de quartier ou toute autre personne peut signaler le cas d’une personne âgée isolée. Suite à ce signalement, l’équipe réalise une enquête sociale auprès de la personne âgée, de sa famille et de son entourage afin de déterminer si la personne âgée est réellement dans le besoin et nécessite une prise en charge. L’équipe, lors des descentes de terrain, peut aussi identifier d’autres personnes qui sont en situation d’extrême vulnérabilité, qui feront également l’objet d’enquêtes sociales.
Les services de l’action sociale sont identifiés comme étant le seul service qui s’occupe de la prise en charge des personnes âgées. Cependant, l’identification ne peut se faire avec les services publics, puisqu’il n'y a pas de système de référencement clairement défini, comme c'est le cas dans le domaine de la protection de l’enfance. Jusqu’à la réalisation de cette étude, l’équipe chargée de l’exécution du programme APA n’avait pas de lien avec l’action sociale, alors que des synergies pourraient se faire. Ce manque de liens entre les acteurs étatiques et l’équipe chargée de l’exécution du projet est une des limites du programme.
1- Activités réalisées
Visite à domicile
L’équipe chargée de l’exécution du programme, à savoir la chargée du projet, l’auxiliaire de vie, les volontaires, et l’infirmier, réalise des visites au domicile des personnes âgées bénéficiaires afin de s’enquérir de leur situation.
Dans le cadre du contrôle de santé des bénéficiaires, réalisé lors des visites à domicile, il arrive de constater qu’ils ne sont pas malades mais souffrent de solitude du fait que certains ne vivent pas avec leurs parents et/ou ne reçoivent pas de visite des membres de leurs familles. Ces visites sont une occasion pour recueillir des informations auprès des bénéficiaires afin de leur apporter des soutiens.
14 Ces visites sont parfois réalisées en présence du bailleur qui a d’ailleurs constaté l’avancement du projet et le niveau de changement de mode de vie des bénéficiaires.
Ces visites à domicile, qui amènent l’équipe sociale à se déplacer dans des quartiers pauvres, et à rencontrer des voisins et d’autres personnes âgées, permettent également d’identifier de nouveaux bénéficiaires qui peuvent être enrôlés dans le programme, après une enquête sociale approfondie réalisée par la chargée de projet.
Difficultés rencontrées :
Une certaine méfiance a été notée chez certains bénéficiaires. Elle se matérialise en général par des gestes ou des attitudes. En effet, à chaque fois qu’un membre de la famille s’approchait, le bénéficiaire se taisait ou baissait le ton. Il attendait que la personne s’éloigne pour continuer la discussion.
Suivi médical
Être en bonne santé participe au bien-être de la personne. Le degré de vulnérabilité d’un enfant peut être comparé à celui de la personne âgée qui parfois ne jouit pas totalement de ses facultés mentales et physiques. Dans ce sillage, l’équipe du programme APA accorde une importance particulière au suivi médical des personnes âgées.
Ce suivi est assuré par l’infirmier qui se déplace au domicile des bénéficiaires chaque début et fin de semaine, afin de s’assurer qu’elles sont en bonne santé et que celles qui sont soumises à des traitements les respectent bien. En cas d’urgence, l’infirmier est sollicité et il se libère pour aller au domicile de la personne concernée.
Lors des visites médicales au domicile des bénéficiaires, l’infirmier peut repérer des cas qui nécessitent des analyses médicales ou des référencements au niveau de structures sanitaires.
Lorsque cela arrive, un membre de l’équipe accompagne la personne âgée soit pour la réalisation de ces analyses soit pour des diagnostics approfondis. Ce travail d’accompagnement aux examens approfondis est capital dans la prise en charge médicale des personnes âgées car il permet à l’infirmier de bien cerner les maladies dont souffrent ces dernières.
L’infirmier contrôle aussi la prise de médicaments et suit de près l’évolution de la santé des bénéficiaires malades pour s’assurer que ces derniers suivent les traitements et respectent les rendez-vous à l’hôpital.
15 Ce suivi médical a pu révéler son efficacité dans la mesure où les bénéficiaires sont encadrés de telle sorte qu’ils intègrent les conseils donnés par l’infirmier et l’équipe.
Difficultés rencontrées :
Les personnes âgées ne bénéficient pas d’un service qui leur est spécifiquement dédié au niveau des services hospitaliers. Cette situation est problématique dans la mesure où ils passent la plupart du temps toute une journée à l’hôpital, car l’attente y est très longue. Cette situation ne les motive pas à aller à l’hôpital et il est donc important de mettre en place un service de gériatrie au niveau des hôpitaux pour une prise en charge efficiente des personnes âgées qui vivent souvent avec des affections chroniques.
Soutien psychosocial
Des séances de causerie et des entretiens individuels sont organisés en fonction des problématiques que rencontrent les personnes âgées et qui sont constatées par l’équipe. Lors des visites à domicile, l’équipe peut déceler des souffrances qui peuvent être d’ordre familial ou individuel. Dans ce derniers cas, l’équipe réalise des entretiens individuels avec la personne concernée.
Les entretiens individuels se font sous forme de dialogue entre le personnel et le bénéficiaire. Cet échange est un moyen pour l’encadrant de déceler les difficultés rencontrées par le bénéficiaire au cours de la semaine et voir comment il s’y est pris pour le résoudre. C’est à l’issue de cet entretien que l’équipe oriente le bénéficiaire en lui donnant des conseils lui permettant de résoudre certaines difficultés.
Lors des causeries, les bénéficiaires s’expriment également sur les difficultés rencontrées, ce qui permet à l’équipe de donner globalement des orientations à tous les bénéficiaires et à d’autres en fonction des points soulignés lors des discussions.
Difficultés rencontrées :
Les causeries sont des moments où l’équipe développe des mécanismes pour faire sortir les bénéficiaires de l’isolement social. Cependant, les échanges entre les bénéficiaires et l’équipe peuvent susciter beaucoup d’émotions qui ne sauraient être résolues par des orientations et recommandations. Dans certains cas, la prise en charge psychosociale nécessiterait l’intervention d’un spécialiste des questions de vieillesse.
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Evénements, activités culturelles et récréatives
Cette activité est très importante dans le programme. L’équipe d’encadrement, pour préserver la santé et le bien être des personnes âgées, organise des sorties et des promenades en tenant compte des aléas climatiques qui prévalent dans la région (hivernage, présence de vents forts et poussiéreux). Le climat est à prendre en considération car il peut agir négativement sur la santé des bénéficiaires, surtout ceux qui sont asthmatiques ou qui ont des infections pulmonaires.
Les sorties et les promenades sont complétées par les journées familiales organisées deux fois par semaine. Suite aux échanges lors des entretiens individuels ou des causeries, les bénéficiaires et l’équipe définissent ensemble les thèmes à aborder. Il arrive parfois que les bénéficiaires lors des journées familiales, saisissent ce cadre pour raconter leurs vécus antérieurs. Ces journées familiales sont organisées au domicile des bénéficiaires et à tour de rôle. Les causeries visent aussi à les préparer psychologiquement pour les activités récréatives, culturelles et autres événements auxquels ils prendront part.
Les sorties et promenades quant à elles, permettent aux bénéficiaires de rencontrer et d’échanger avec d’autres personnes de la localité où se déroule l’activité, sur plusieurs aspects de la vie courante. L’encadrement et l’animation des sorties sont assurés par l’équipe du projet avec la participation des bénéficiaires.
Stratégies de resocialisation par la maison APA
Le programme APA a pour but de sortir totalement les personnes âgées en situation d’extrême vulnérabilité de l’isolement social. Pour assurer un suivi rapproché des personnes âgées qui vivent seules et dont la situation nécessite une assistance au quotidien, le programme a mis en place une maison qui était destinée à accueillir les personnes âgées concernées. Une équipe composée d’auxiliaires, et de volontaires assuraient la permanence au sein de la maison 24/24.
Cependant, cette expérience s’est vite heurtée à des réalités socioculturelles qui faisaient que les bénéficiaires après quelques jours de séjour, voulaient rentrer chez eux. Parmi les bénéficiaires, seulement un avait fini par prendre goût à l’offre de services proposée au sein de la maison. Au contraire, les autres bénéficiaires hébergés se sentaient plus isolés dans cette maison que lorsqu’ils étaient dans leurs maisons respectives.
Après 2 ans d’expérience, la maison a donc été fermée, une prise en charge à domicile étant plus adaptée. En effet, les personnes âgées qui vivent seules dans leur maison préfèrent y rester car le lien tissé avec la communauté et l’entourage les aide à se sentir moins seules.
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IV- RESULTATS ET RESTITUTION
Pour étayer et compléter les données de terrain et partager l’expertise de Futur Au Présent en matière de prise en charge des personnes âgées, un atelier de restitution et d’échange a été organisé dans les locaux de FAP.
Cet atelier, animé par un enseignant-chercheur de l’UASZ et la chargée du développement et des partenaires de FAP, a réuni le chef du Service Régional de l’Action Sociale (SRAS), le représentant de la Fondation MAAGDHENUIS, le vice-président de l’Association des Aînés à Ziguinchor, la Badiène- ghox régionale, le chargé de l’Action Sociale au niveau de la Mairie, la chargée de projet et l’auxiliaire de vie du programme APA, deux bénéficiaires pris en charge par le programme et les deux étudiants qui ont réalisé l’enquête de terrain.
1- Exposé des résultats
Figure 2 : Profil des bénéficiaires : Répartition des bénéficiaires APA selon l'âge et le sexe
Les bénéficiaires du programme APA n’ont pas de couverture sociale, ni de prise en charge sanitaire alors qu’en principe ils doivent bénéficier du Plan Sésame. Par ailleurs, la plupart d’entre eux n’entrent pas dans les régimes d’aide prévus par l’Etat : ils n’ont pas de pension de retraite car il ont
18 travaillé dans le secteur informel ou étaient agriculteurs, et n’ont pas pour certains accès aux bourses sociales.
Dans le cadre de l’étude, la tranche d’âge des personnes interviewées varie entre 60 et 100 ans.
Certains bénéficiaires sont donc très âgés, dépendants et ont besoin d’assistance. Il y a dans la population d’étude plus de femmes que d’hommes. La vulnérabilité des personnes âgées est plus récurrente chez les femmes que les hommes pour diverses raisons : mobilité économique, abandon du mari, divorce, veuvage, décès des enfants qui devaient assurer la relève.
Figure 3: Répartition des bénéficiaires selon le sexe et la situation matrimoniale
Certaines familles des bénéficiaires s’impliquent malgré des situations économiques qui les obligent à vivre au jour le jour.
D’autres membres de la famille qui disent être impliqués, se reposent beaucoup sur les agents de terrain : dans leur discours « ils sont payés pour faire ce travail » ; nous pouvons noter un désengagement de l’entourage immédiat des personnes âgées que justifierait l’intervention de FAP.
Les bénéficiaires apprécient beaucoup les animations, les sorties de découverte mais ils recommandent pour ceux qui le peuvent d’être accompagnés dans la création d’Activités Génératrices de Revenus (AGR).
Le manque de synergie entre les acteurs étatiques, hôpitaux et FAP constitue un vrai handicap autant pour la visibilité du programme, que pour son développement. Le programme APA semble être le
19 seul programme qui existe et qui prend en charge des personnes âgées en situation d’extrême vulnérabilité à Ziguinchor. Ce programme a un impact auprès des bénéficiaires, de leurs familles mais il n’est pas connu par les acteurs et services œuvrant dans le domaine.
2- Synthèse et recommandations
A l’issue de l’atelier de restitution trois points essentiels ont été retenus : l’identification des bénéficiaires, le processus de prise en charge des personnes âgées et les actions communes et le financement.
L’identification
Selon la chargée de projet du programme APA, les acteurs qui collaborent avec les agents de terrain pour l’identification des bénéficiaires sont divers (délégués de quartiers, Badiènes-ghox, hôpitaux etc.). Toutefois, il faut préciser que les agents de terrain ne s’appuient plus sur les délégués de quartier pour identifier les bénéficiaires, comme le souligne la chargée de projet : « Au début, on s’appuyait sur les délégués pour identifier les personnes âgées vulnérables. Mais, cette méthode n’a pas pu marcher car les délégués nous indiquaient des gens qui n’étaient pas vraiment dans le besoin.
En fait, ils nous indiquaient des gens avec qui ils avaient des liens de parenté ». Quand les relais communautaires indiquent à l’équipe une personne âgée, l’équipe fait des descentes afin de collecter des informations nécessaires sur la personne.
Lors de l’identification, les agents de terrain font face à des difficultés. Ils doivent notamment tenir compte des critères d’identification et du budget qui limite le nombre de personnes à enrôler dans le programme. Les critères qu’une personne doit remplir pour bénéficier du programme sont : l’âge, le revenu, la vulnérabilité, l’isolement, l’état de santé, l’habitat... Au niveau des structures sanitaires, les agents de terrain qui accompagnent les bénéficiaires pour des consultations, des analyses, des rendez-vous etc. sont confrontés à la longue attente due à l’inexistence de service réservé aux personnes âgées.
Recommandations du chargé de l’action sociale de la Mairie
Ce dernier est intervenu sur la question de l’identification des bénéficiaires. Pour lui, les difficultés sont partout présentes quand il s’agit d’identifier des gens pour une aide. C’est pourquoi il est important de faire de telle sorte que le dispositif soit neutre. Le fait de travailler avec les délégués de quartier seulement peut diminuer les chances d’identifier les personnes nécessiteuses, ce qui est une
20 raison de plus pour impliquer les conseils de quartier, les ASC, les associations… A partir de ces acteurs, il est beaucoup plus facile de repérer les personnes âgées qui sont vraiment dans le besoin.
Recommandations de la Badiène-ghox
Selon la Badiène-ghox, il existe un problème de communication et de partage d’information sur le programme APA de FAP. Pour que les gens aient une idée de ce programme, elle propose de faire un communiqué à la radio, dans les mosquées, les églises. Cela pourrait permettre de repérer les personnes âgées en situation de vulnérabilité.
Recommandations du représentant de la Fondation Maagdenhuis
Cependant, il faut noter, comme le souligne le représentant de la Fondation Maagdenhuis, que le budget alloué au projet ne peut pas résoudre tous les problèmes des personnes âgées, d’autant plus que la problématique de la vieillesse commence tout juste à attirer l’attention des autorités publiques. Pour qu’il y ait un réel impact il faudrait mettre en place des actions conjointes avec des fonds beaucoup plus importants.
3- Processus de prise en charge
Dans le cadre du programme APA, la prise en charge est diversifiée, car elle se fait en fonction des besoins. Il y a des personnes âgées qui ne bénéficient que d’un accompagnement médical, et d’autres que de la bourse sociale.
Il est très difficile d’imaginer qu’il y ait des personnes âgées qui vivent seules dans des familles.
Pourtant cette situation est réelle. En effet, on constate un changement dans les mentalités au fil des années et le contexte socio-économique de la région évolue également. On observe aujourd’hui un véritable manque de considération des personnes âgées dans certaines familles, exclues de la prise de décision au sein de leur famille et dont les rôles se limitent dans certains cas à la garde des enfants.
La Badiène-ghox pour étayer ses propos donne des exemples sur :
• la maltraitance des personnes âgées au sein de leur foyer
• des personnes âgées pour la plupart abandonnées par leurs enfants ou l’entourage : l’exemple qu’elle a donné parmi tant d’autres est celui d’une veille femme laissée livrée à elle-même par son fils, sa belle-fille et ses petits-enfants
• des personnes âgées souvent traités de sorciers : c’est le cas d’une veille femme qui a été gravement blessée par ses enfants parce qu’elle est apparue dans les rêves d’un de ses petits-enfants
• des personnes âgées qui ne sont plus respectés au sein de leur famille
21 Face à ce constat, il serait important voire indispensable de redynamiser les systèmes de solidarité entre voisins pour s’appuyer sur le mécanisme communautaire, car la solidarité intergénérationnelle s’effrite toujours plus.
L’Association des Ainés, qui existe sur l’ensemble du territoire sénégalais, œuvre pour le bien-être et le respect de la dignité des personnes âgées, mais son action ne prend pas en compte du volet social.
En revanche, cette association intervient dans les domaines de la formation et du renforcement de l’encadrement des enfants des personnes âgées dans trois écoles situés dans les quartiers de Lyndiane, Kandialang et Néma 2. Il faudra donc mettre en place des synergies pour pouvoir collaborer avec cette association.
4- Actions communes
Les participants de l’atelier ont chacun eu à proposer des solutions et des recommandations qui pourraient être avantageuses pour une meilleure prise en charge des personnes âgées.
Le chargé de l’action sociale de la Mairie
La mairie reçoit chaque jour des demandes des personnes âgées pour une prise en charge. « Nous les mettons en rapport avec le service de l’Action Sociale. Je n’avais pas connaissance du programme APA de FAP. Cela veut dire qu’il y a un manque de synergie dans la coordination des actions pour la prise en charge des personnes âgées. Ce qui peut être un handicap. Aujourd’hui, nous allons afficher la disponibilité de la mairie pour une meilleure prise en charge des personnes âgées ».
Il propose par la suite qu’on installe dans les hôpitaux des bureaux d’accueil pour les personnes âgées afin de faciliter leur prise en charge et éviter les longues attentes.
Le représentant du Service Régional de l’Action Sociale
Selon lui, le moment d’associer les acteurs intervenant dans la prise en charge des personnes âgées est arrivé et il faudra s’y atteler.
La Badiène-ghox
La Badiène-ghox régionale estime qu’il faut impliquer davantage les Badiènes-ghox de quartiers.
Dans la commune de Ziguinchor, il en y a 41. Selon la localité de résidence, chacune d’elles pourrait apporter une assistance à une personnes âgées bénéficiaires. Cette idée semble être approuvée par le représentant de la Fondation qui rappelle que c’est à partir de ce type de collaborations que le projet a commencé.
22 Le vice-président de l’Association des Aînés
Il propose qu’on sollicite une demande de soutien à la SONATEL, à la SENELEC, au conseil régional, et aux autorités de bonne volonté à savoir les représentants parlementaires ou autres instances qui ont une sensibilité par rapport aux questions de vieillesse.
Conclusion
Si le vieillissement peut faire l’objet d’une attention particulière en termes de prise en charge dans les pays du Nord, la question n’interpelle pas dans les pays du Sud à la hauteur des enjeux que suppose la gérontocroissance. Le champ d’investigation est relativement nouveau et des études tirent la sonnette d’alarme sur la trop faible offre de prise en charge par rapport aux besoins de plus en plus importants.
En Afrique, la perception populaire et les représentations socioculturelles voudraient que l’on ne s’inquiète nullement de la prise en charge de nos vieux car il existe un contrat de génération qui imprime une cohabitation. Cependant, c’est sans compter sur les mutations sociodémographiques en cours en termes d’augmentation de l’espérance de vie, de mobilité sociale et d’occidentalisation de la vie et l'insécurité dans les zones sujettes à des conflits.
De nouvelles situations qui interrogent sur les perspectives quant aux stratégies pouvant être pensées dès maintenant afin de proposer une prise en charge adéquate des personnes âgées. En effet, il est indéniable qu’on s’achemine vers une décohabitation intergénérationnelle qui isole de plus en plus les personnes âgées alors que l’offre publique et privée dans ce sens est quasi inexistante.
La décohabitation intergénérationnelle ne produit-elle pas une désocialisation (processus menant quelqu'un, une catégorie de personnes à ne plus pouvoir participer à la vie sociale, par mise à l'écart prolongée du système productif, impréparation personnelle ou civique, solitude, etc.) des personnes âgées dans la mesure où le cadre d’épanouissement change ?
Comment une resocialisation (ensemble des mesures qui ont pour but une réinsertion sociale et une réadaptation progressive d’une couche de la population) peut s’opérer avec ce contexte nouveau et avec quels acteurs ?
Quels seront le rôle des réseaux familiaux et de l’offre publique de protection ?
23 Autant de questions qui peuvent susciter une réflexion sur le devenir de personnes âgées particulièrement au Sénégal.
Futur Au Présent s’inscrit dans cette perspective d’étendre ses champs d’action en collaboration avec les pouvoirs publics et les autres associations intervenant dans la protection sociale des personnes âgées vulnérables.