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« Hypersensibles aux ondes » : mais encore ?

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774

Revue Médicale Suisse

www.revmed.ch

4 avril 2012

actualité, info

avancée thérapeutique

La diffusion épidémique de l’usage de la «téléphonie mobile»

soulève des questions sanitaires auxquelles la médecine peine à répondre. Il y a, nous le savons, les pathologies de nature cancé­

reuse tenues pour être (ou pas) associées à un usage intensif de ce moyen de communication. Il y a, aussi, les troubles divers (une

«hypersensibilité») associés (ou non) à l’exposition récurrente aux champs électromagnétiques géné­

rés par cette activité. Comment prouver que cette entité sémiolo­

gique existe ? Comment en démem brer les symptômes ? Comment progresser dans la compréhension de sa physiopatho­

logie ? Comment répondre au mieux à ceux qui souffrent ? C’est dans ce contexte qui dépasse lar­

gement les frontières nationales que l’on a décidé, en France, de lancer une étude clinique pour tenter d’en savoir plus et mieux.

Or, à peine ses grandes lignes en sont­elles connues, que cette ini­

tiative suscite de vives polémi­

ques ; des polémiques de nature à ruiner les espoirs de ceux qui aime raient comprendre.

Ce projet avait été élaboré dans la foulée d’une rencontre

intitulée «Radio­

fréquences, santé, envi­

ronnement», organisée au printemps 2009 par

le ministère français de la Santé ; rencontre visant notamment à dépas ser les oppositions radicales entre la puissance publi que, les représentants des industries concernées et les opposants (plus ou moins radicaux) à leur déve­

loppement incontrôlé. On avait alors bâti un projet d’étude pilote menée de manière indépendante, financée sur fonds publics, et pré­

vue pour durer 44 mois. L’idéal rationnel ou presque, en somme.

Cette étude a été organisée par l’Assistance publi que­Hôpitaux de Paris (AP­HP), travaillant ici en collaboration avec l’Institut natio nal de l’environnement indus triel et des risques (Ineris) et l’Agence nationale de sécurité sani taire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Elle doit être pilotée par le service des pathologies profes­

sionnelles de l’Hôpital Coch in de Paris et coordon née par le Pr Domi nique Choudat.

Les personnes volontaires pourron t être reçues dans l’un des 24 centres français de consulta­

tion de pathologie professionnelle et envi ronnementale. Il s’agira alors d’éva­

luer leur sensibilité vis­à­vis de l’exposi­

tion aux champs électromagnétiques, ainsi que leur état de santé et leur «qualité de vie». Il est prévu de recueillir la des­

cription qu’ils feron t de leurs symptômes et de l’évolution de

ces derniers dans le temps. Puis ces volontaires porteront un dosi­

mètre pendant une semaine afin de mesurer leur expo sition à la radiotéléphonie et au WiFi dans leurs espaces quotidiens. Un suivi des symptômes est prévu durant un an, à l’issue duquel sera pro­

posée au patient «une prise en charge globale basé e sur l’écoute et la tentative de compréhension des circonstances de survenue

des symptômes». Certains tra­

duisent : une approche psycho­

thérapique (de type cognitivo­

comportemental) généralement proposée, avec succès, dans les troubles phobiques.

«Notre objectif est de voir s’il y a corrélation entre les symptômes et les expositions aux champs électromagnétiques. Si c’est le cas, il faut en tenir compte. Car la souffrance de ces patients peut être importante, et avoir de graves répercussions sur leur vie sociale et professionnelle», expli­

que le Pr Choudat. Une explica­

tion qui doit être entendue compte tenu du fait qu’il n’existe à ce jour

«aucun argument, ni aucune piste de recherche permettant d’évo­

quer un mécanisme physiopatho­

logique faisant ce lien». Cette absen ce de lien n’est en rien une opinion personnelle de celui en

charge de cette étude. Elle est très largement partagée à l’échelon inter national dans la communauté scientifique spécialisée.

En France, c’est la conclusion à laquel le était parvenue en 2009 l’Agence de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) : «aucune preuve scienti­

fique d’une relation de causalité entre l’exposition aux radio­

fréquences et l’hypersensibilité électromagnétique n’a pu être

appor tée jusqu’à présent». Quant à l’OMS : «la recherche n’a pu fournir de données étayant une relation de cause à effet entre l’expo sition aux champs électro­

magnétiques et des symptômes rapportés par l’utilisateur».

Mais l’absence de relation démon­

trée de cause à effet signifie­t­elle que l’entité n’existe pas ? Mieux : puisque les symptômes et la souf­

france existent (et puisque la source du mal est désignée), pourquoi ne pas postuler que cette relation existe, quand bien même elle n’aurait pas été démon trée ? Chacun peut évi­

demment mesurer l’ampleur des conséquences que pourrait avoir le fait de répondre de manière posi tive à une telle proposition.

Pour l’heure, le «Collectif des électrosensibles de France» en appel le au boycottage de l’étude, dont il dénonce les «orientations».

Revendiquant le soutien de près de 400 membres, il lui reproche notamment de ne comporter

«aucu n examen physiologique ni exploration par imagerie». Il deman de aussi que soit modifié le protocole «pour objectiver les symptômes, sur la base des études qui, d’ores et déjà, auraient montré des réactions physiologiques chez l’homme ou l’animal». Cette asso­

ciation réclame, en quelque sorte, plus de science en postulant que la démarche scientifique répondra aux attentes de ses membres.

«Le fondateur du collectif, qui

souhaite garder l’anonymat, est un électrosensible, rapportait, il y a quelques jours, Le Monde, sans guère plus d’explications pour ses lecteurs. Cet ex­ingénieur en infor­

matique de 32 ans a supprimé tout ce qui émet des ondes dans sa maison des Yvelines, dont les murs intérieurs ont été recouverts

"d’une peinture militaire au graphi te qui bloque les ondes". Il est en arrêt de travail depuis juille t 2010, pour "syndrome d’into léran ce au champ électro­

magnétique avec état dépressif résul tant"».

Certains vont plus loin. Le coordi­

nateur d’une autre association d’électrosensibles «Next­up», appel le à «boycotter» cette étude qui n’est selon lui qu’un «piège»

pour les malades. Le cancéro­

logue Dominique Belpomme (dont les affirmations sur l’influence prépondérante de la pollution sur de nombreuses pathologies ont tendance à hérisser dans le monde scientifique) fustige lui aussi une étude «scientifiquement inacceptable et moralement indi­

gne», rapporte l’Agence France­

Presse. «On part du postulat que ces malades sont des hypocon­

driaques et qu’on va les envoyer en psychiatrie», critique cet ex­

praticien de grands hôpitaux

«Hypersensibles aux ondes» : mais encore ?

CC bY Ron Bennetts

l’absence de relation démontrée de cause à effet signifie-t-elle que l’entité n’existe pas ?

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De 2002 à 2008 dans trois hôpi­

taux de la province de Tarragone (Espagne), une étude de cohorte, comprenant 590 patients âgés de plus de 65 ans (âge moyen de 77,4 ans, 63% d’hommes), s’est intéressée à comparer la capacité de trois scores à prédire la morta­

lité à court terme (l 30 jours) de patients avec un diagnostic cli­

nique et radiologique de pneumo­

nie acquise en communauté (PAC).

Parmi ces scores qui ont été déve­

loppés et validés pour la popula­

tion générale, deux sont commu­

nément utilisés : le score de Fine (Pneumonia Severity Index) qui combine vingt variables anamnes­

tiques, cliniques et paracliniques, et le score CURB­65 qui com­

prend cinq variables (état confu­

sionnel, urée L 7 mmol/l, fré­

quence respiratoire L 30/min, TA diastolique l 60 mmHg ou systo­

lique l 90 mmHg). Un score sim­

plifié, le CRB­65 (comme le CURB­65 sans la variable «urée»), a été développé afin de mieux

correspondre à la pratique ambu­

latoire car il n’utilise pas de para­

mètre de laboratoire. Les auteurs de l’étude concluent que ces trois scores permettent une bonne éva­

luation du risque de mortalité à court terme des patients de plus de 65 ans souffrant d’une PAC. Le score CRB­65 semble être légè­

rement inférieur au score de Fine pour l’évaluation de ce risque de mortalité, sans toutefois présenter de différences statistiquement signi ficatives (aires sous la courbe ROC respectivement de 0,719 vs 0,727 ; p = 0,761). Les auteurs recom mandent ainsi d’adresser à l’hôpital pour évaluation tout pa­

tient âgé de 65 ans et plus chez qui une PAC est suspectée et qui présente un score CRB­65 M 2 points, en raison d’un risque de mortalité augmenté (dans l’étude, taux de mortalité à court terme passant de 6,6% à 26,1%

lors de l’augmentation du score de 1 à 2 points).

Commentaire : Le score clinique

CRB­65 semble être un outil inté­

ressant et simple d’usage pour le praticien dans son évaluation en ambulatoire du degré de sévérité d’une PAC chez la personne âgée. Comme le soulèvent les auteu rs de l’étude, un tel score ne peut à lui seul déterminer la néces­

sité d’adresser ou non un patient à l’hôpital, car il faut prendre en considération les comorbidités, les traitements en cours, les conditions sociales ainsi que le souhait du patient, de même que les possibilités de monitoring au domicile. L’usage d’un score est intéressant mais le jugement cli­

nique du praticien reste le plus im­

portant. Il paraît par ailleurs assez évident de ne pas laisser un patient à domicile avec de tels critères de gravité… Les médecins font donc souvent assez juste, avec… ou sans score !

Dr Francis Vu Policlinique médicale universitaire

Lausanne Ochoa­Gondar O, et al. Comparison of three predictive rules for assessing se­

verity in elderly patients with CAP. Int J Clin Pract 2011;65:1165­72.

pari siens, aujourd’hui dirigeant de l’association Artac (Association pour la recherche thérapeutique anticancéreuse). Il affirme avoir mis au point, à l’Artac, un test (allia nt échographie Doppler et ana lyses de sang, facturé 500 euros) pour reconnaître le «syndrome d’intolérance aux champs électro­

magnétiques» et «mettre en place un traitement» à base d’antihista­

miniques, anti­inflammatoires, antioxydants et vitamines». En trois ans, le Dr Belpomme assure avoir vu 568 malades. Ses traite­

ments produisent «dans 60 à 70%

des cas une amélioration nette».

Dans le camp adverse, on souligne avoir fait la démonstration que des personnes estimant être «hyper­

sensibles» «réagissent» quand elles voient une antenne de télé­

phonie mobile et ce même lorsque cette antenne est éteinte.

Faut­il voir là un argument majeur pour une prise en charge du type de celles proposées face à des comportements de type «pho­

bique» ? Vieille question : que faire face à un hypocondriaque qui sait ne pas en être un ?

Jean-Yves Nau [email protected]

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