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L'adoption tardive

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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« Mémoire de fin d’étude pour l’obtention du diplôme HES d’éducatrice sociale » Haute Ecole Valaisanne Santé et Social, Gravelone 5, 1950 Sion

(2)

Sion, août 2006

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« Les opinions émises dans ce travail n’engagent que leur auteur »

RÉSUMÉ

L’adoption d’un enfant…. Véritable aventure humaine qui demande une réflexion approfondie. Si certaines adoptions sont une parfaite réussite, d’autres entraînent une intégration dans la famille plus compliquée. Alors, comment peut-on faciliter l’intégration d’un enfant au passé différent et bien souvent inconnu de la famille adoptive ?

Pour entreprendre cette enquête, j’ai choisi d’interroger des personnes issues d’une adoption tardive. Je voulais leur donner la parole pour comprendre ce qu’ils vivaient de l’intérieur.

L’analyse des propos recueillis démontre que l’intégration dans la famille de ces enfants s’est effectuée sans problèmes majeurs. Ils ont manifesté une capacité déroutante à s’intégrer dans leur famille adoptive. Mais cette réussite ne tombe pas du ciel ; c’est un travail au quotidien. Les facteurs contribuant à l’intégration dans la famille passent par la préparation, l’approbation de l’enfant, par l’aptitude des parents adoptifs, par la faculté de résilience chez l’enfant, par l’appui de professionnels en cas de difficultés. Enfin, le temps est également important pour laisser l’enfant s’adapter à son nouvel environnement.

MOT-CLÉS

Enfant - Adoption tardive - Intégration dans la famille - Préparation – Intervention - Accompagnement

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REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier toutes les personnes qui m’ont aidé à réaliser ce travail de recherche et plus particulièrement :

- Les spécialistes de l’adoption qui m’ont éclairée sur cette aventure humaine faite de joie mais aussi de difficultés. Elles m’ont accueillie chaleureusement et ont fait preuve de gentillesse.

- Les personnes qui se sont engagées à faire des recherches d’enfants adoptés tardivement, phénomène plutôt rare dans la Suisse romande et plus particulièrement madame Helga Ney travaillant à la Fondation enfants-espoir - Les personnes qui ont accepté de me livrer leur histoire de vie.

- Ma famille, qui m’a soutenue dans les moments de découragement et qui a eu la patience de lire et de commenter mon travail de mémoire.

- Mes lecteurs…

Un grand merci également à Evelyne Thoennissen, ma directrice de mémoire sans laquelle mon travail n’aurait pas abouti.

Enfin, mon dernier remerciement s’adressera à ma petite sœur Elsa, dont l’arrivée dans notre famille m’a permit d’ouvrir une porte sur une aventure humaine parsemée de difficultés mais également de moments de bonheur intenses.

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TABLEDESMATIÈRES

1. INTRODUCTION ... p. 6 2. OBJECTIFSDECETRAVAIL ... p. 7 3. CONCEPTSTHÉORIQUES ... p. 8 3.1 L’ADOPTIONINTERNATIONALE ... p. 8 3.1.1 Historique ... p. 8 3.1.2 Définitions ... p. 9 3.1.3. Statistiques en Suisse ... p. 11 3.1.4. La procédure d’adoption ... p. 12 3.1.5. L’adoption tardive ... p. 13 3.2 L’INTÉGRATIONDANSLAFAMILLE ... p. 15 3.2.1 Définitions ... p. 15 3.2.2 La découverte réciproque ... p. 15 3.2.3 Le changement … ... p. 16

… culturel ... p. 16

… linguistique ... p. 17

… de nom ... p. 17 3.2.4 Les premiers temps dans la famille adoptive ... p. 17 3.2.5 L’intégration de l’enfant dans sa nouvelle famille p. 18 L’intégration sans problème majeur ... p. 18 L’intégration présentant certaines difficultés ... p. 19 L’intégration présentant des difficultés importantes . p. 19 L’intégration qui conduit au placement de l’enfant ... p. 19 3.2.6 Facteurs pouvant affecter l’intégration

dans la famille... p. 21 La préparation à l’adoption ... p. 21 Du côté des adoptants ... p. 21 Du côté de l’adopté ... p. 22 Les caractéristiques de la famille adoptive ... p. 22 Les premiers temps dans la famille adoptive... p. 23 Les aptitudes des parents adoptifs face à l’adopté . . p. 23 Le vécu de l’enfant ... p. 23 L’attachement ... p. 24 La séparation ... p. 25 Les premières années de l’enfant ... p. 25

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Le nombre d’enfants adoptés ... p. 26 La place de l’enfant dans la famille adoptive ... p. 27 L’appui de professionnels ... p. 27 3.2.7 Et à l’adolescence … ... p. 28 3.2.8 La résilience ... p. 29 4. TERRAINDERECHERCHE ... p. 31 4.1 HYPOTHÈSESRETENUES ... p. 31 4.2 MÉTHODEDERECUEILDESDONNÉES ... p. 31 4.2.1 Les personnes ressources ... p. 31 4.2.2 Le choix des personnes adoptées interviewées p. 32 4.2.3 Les entretiens ... p. 32 4.2.4 L’aspect éthique ... p. 33 4.3 ANALYSEDESDONNÉES ... p. 34 4.3.1 Dans le pays d’origine ... p. 35 4.3.2 La préparation ... p. 36 4.3.3 L’arrivée dans la famille adoptive ... p. 37 4.3.4 L’intégration dans la famille ... p. 38 4.3.5 L’adolescence ... p. 39 4.3.6 En tant qu’adulte ... p. 40 5. VÉRIFICATIONDESHYPOTHÈSES ... p. 42 5.1 PREMIÈREHYPOTHÈSE ... p. 42 5.2 DEUXIÈMEHYPOTHÈSE ... p. 46 6. CONCLUSION ... p. 50 6.1 SYNTHÈSE ... p. 50 6.2 COMMENTAIRES ... p. 51 6.3 PERSPECTIVESET PISTESDACTIONS ... p. 52 6.4 LIMITESDELARECHERCHE ... p. 53 6.5 RÉFLEXIONSPERSONNELLES ... p. 54 6.6 OBJECTIFSATTEINTS ... p. 56 7. BIBLIOGRAPHIE ... p. 57 8. ANNEXES ... p. 60 8.1 ANNEXE 1 : CONVENTIONDELA HAYE ... p. 60 8.2 ANNEXE 2 : GRILLEDENTRETIEN ... p. 68 8.3 ANNEXE 3 : QUESTIONNAIREDENTRETIEN... p. 70 8.4 ANNEXE 4 : EXEMPLE DUNENTRETIEN ... p. 71 8.5 ANNEXE 5 : PRÉSENTATIONDESTÉMOINS ... p. 75 8.6 ANNEXE 6 : GRILLEDEDÉPOUILLEMENT ... p. 77

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1. INTRODUCTION

L’adoption d’un enfant est un acte à ne pas prendre à la légère et qui demande une réflexion poussée. Cette démarche a pour but de donner un enfant à des parents et des parents à un enfant orphelin.

Je m’intéresse à ce thème car j’ai moi-même une petite sœur adoptive qui est arrivée dans notre famille alors qu’elle avait 11 ans. Cette adoption n’a pas été vécue facilement par tous les membres de ma famille, ma petite sœur adoptive y comprise.

L’année où ma petite sœur est entrée dans notre famille, je me tenais souvent au cycle d’orientation avec une fille indienne qui elle avait été adoptée alors qu’elle avait quelques mois. Elle n’était pas bien dans sa peau et n’arrêtait pas de se plaindre de son statut d’adoptée. Je ne comprenais pas bien pourquoi elle réagissait comme ça alors qu’elle n’avait pas, selon moi, de raison de se comporter de la sorte.

Bref, j’ai toujours côtoyé des personnes venant d’ailleurs sans vraiment me pencher sur la question de l’adoption. Ce travail me permet donc de chercher des réponses aux questions qui sont restées sans réponses durant toutes ces années.

Je m’apprête à travailler pour ma dernière formation pratique avec des adolescents en difficultés d’apprentissage. Cette population regroupera certainement quelques adolescents ayant été adoptés. De cette manière, je serai à même d’agir avec les connaissances que j’ai développées à travers ce travail de recherche.

Après bien des tergiversations, je me suis décidée à enquêter auprès de personnes ayant été adoptée à quelques mois et auprès d’autres arrivés en Suisse à partir de 5 ans. En outre, j’ai opté pour l’interview de personnes adultes, car celle-ci ont vécu suffisamment en Suisse pour avoir du recul sur leur adoption. Je m’intéressais au départ à demander des témoignages d’adoptés qui avait plus de 8 ans à leur arrivée, mais les cas sont tellement rares qu’il m’a été impossible d’en trouver selon ce critère, malgré l’aide précieuse de professionnels.

Ce travail de recherche m’a permis de me familiariser avec les difficultés entourant l’adoption tardive et les hypothèses que j’ai posées au départ ont été vérifiées grâce aux recherches documentaires ainsi qu’aux entretiens et l’analyse qui en découle.

Cette démarche permet de répondre à ma question de départ :

« Quels sont les éléments qui facilitent l’intégration dans la famille dans le cadre d’une adoption tardive ? »

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2. OBJECTIFSDECETRAVAIL

En tant que future professionnelle, je serai certainement amenée à travailler avec des personnes adoptées. Selon mon expérience dans le domaine de l’adoption, il me paraît indispensable de pouvoir agir et accompagner un adolescent avec l’appui d’un bagage théorique.

Voici donc les objectifs que j’aimerais atteindre à travers ce travail de recherche :

Définir les besoins de l’enfant adopté

Eclaircir les particularités de l’adoption tardive

Définir les éléments facilitant l’intégration de l’enfant

Identifier les outils d’intervention pour aider à l’intégration dans la famille

J’espère ainsi pouvoir répondre aux nombreuses questions que je me pose depuis l’adoption de ma petite sœur :

- Quels sont les problèmes liés à l’adoption tardive ?

- Quels sont les comportements à avoir face aux difficultés de l’enfant adopté tardivement ?

- Quels sont les besoins de l’enfant adopté tardivement ?

- Comment intégrer de façon optimale un enfant adopté tardivement ?

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3. CONCEPTSTHÉORIQUES

3.1 L’ADOPTIONINTERNATIONALE

3.1.1.__Historique1

Le phénomène de l’adoption existe depuis bien des siècles. Nous avons ainsi quelques exemples, dont celui d’Œdipe, abandonné par ses parents et recueilli par les souverains de Thèbes ou Moïse sauvé par la fille du Pharaon.

Ce sont les Romains qui ont instauré le lien juridique unissant l’adopté à la famille adoptive dans le but d’assurer la continuité du culte sacré des ancêtres et permettre à l’homme d’avoir un héritier lorsqu’il n’a pas d’enfant à lui.

Au Moyen Âge, les parents qui ne peuvent plus s’occuper d’un enfant le déposent dans des lieux publics en espérant qu’il sera recueilli. Il peut être également abandonné à l’hôpital après la naissance et sera amené à l’hospice. Devant ce phénomène grandissant, la nécessité de créer des orphelinats, des hospices et des crèches devient de plus en plus urgente.

Vers 1850, les autorités apportent une aide aux mères et à leurs enfants dans le but de diminuer le nombre d’abandons. Le statut de l’enfant change peu à peu. En effet, jusqu’alors, il était considéré comme un être sans intérêt, une main d’œuvre peu coûteuse pour les travaux domestiques, le travail à l’usine ou à la ferme. Des services d’aide à l’enfance se développent et placent l’enfant au centre, en tant qu’être pourvu de sentiments.

Au XXème siècle, l’adoption s’étend à l’échelle internationale pour les raisons suivantes :

 le taux d’infertilité augmente dans les pays développés ;

 les gens prennent conscience du malheur des enfants abandonnés et sans famille ;

 les moyens de communication à l’échelle planétaire se développent ;

 le nombre de services sociaux et d’aide à l’enfance s’accroît.

A partir des années 1950, le phénomène de l’adoption internationale se développe considérablement. Des milliers d’enfants, provenant d’Allemagne, de la Grèce, d’Italie, de la Chine et du Japon, se retrouvent orphelins suite à la Seconde guerre mondiale, à la guerre de Corée et du Vietnam. Ces enfants seront confiés à des familles américaines, canadiennes, australiennes et européennes. L’adoption de ces enfants est alors une réponse humanitaire aux conséquences de la guerre et

1 Ministère de la Santé et des Services sociaux. Adoption internationale – Historique de l’adoption internationale à l’échelle mondiale. Secrétariat à l’adoption internationale, Québec, 2005. [en ligne] : adresse URL : http://www.adoption.gouv.qc.ca/site/fr_adoption_internationale_historique.phtml (page consultée le 14.07.2005)

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parallèlement apparaîtront des agences privées spécialisées dans l’adoption internationale.

L’adoption internationale apparaît donc vers la fin des années 1960 et est constituée majoritairement d’adoptions intra-européennes. Ce phénomène devient mondial et l’idée principale de cette institution est d’apporter une aide aux pays défavorisés. Le Nord porte secours aux milliers d’enfants laissés pour compte.

Ainsi, un axe Nord-Sud se développe et favorise ainsi le passage des enfants de pays pauvres vers les pays riches (de l’Amérique latine et l’Asie vers les USA et l’Europe). Plus tard, un nouvel axe prend un essor considérable : l’axe est-ouest, suite à l’effondrement de l’URSS.

De nos jours, la recherche d’un enfant ne connaît plus de frontières géographiques.

3.1.2.1 Définitions

Je me pencherai d’abord sur l’adoption en elle-même. Comment pourrions-nous la définir ? Il est difficile de donner une définition universelle pour le terme de l’adoption, car elle recouvre des réalités souvent très diverses qui ne permettent pas d’exprimer en une formule ce qu’est cette institution. En effet, les définitions ne retiennent que certains aspects valables dans une société, pour un temps et un lieu donnés et se situent toujours dans une perspective déterminée et limitée, historique, juridique ou sociologique.

Selon la Commission générale de terminologie et de néologie2, « l’adoption est l’institution juridique qui a pour but de créer entre deux personnes, l’adoptant et l’adopté (souvent un enfant) des rapports analogues à ceux qui résultent d’une filiation biologique. Il s’agit d’une filiation élective ».

Le but de l’adoption est d’offrir une famille, un foyer, une stabilité à l’enfant pour ensuite favoriser son épanouissement, son développement.

L’enfant est en priorité soumis à l’adoption nationale afin de lui permettre de grandir dans sa culture, dans sa religion. Si aucune solution acceptable n’est trouvée pour l’enfant dans son propre pays, il sera alors candidat à l’adoption internationale.

Selon l’expérience d’Helga Ney, intermédiaire travaillant à la Fondation Enfants- espoir, les enfants indiens peuvent être soumis à l’adoption internationale sous prétexte qu’ils ont un nez trop plat ou qu’ils sont trop foncés de peau.

L’adoption est qualifiée d’ « internationale » lorsque l’adopté et l’adoptant proviennent de pays différents. Comme pour l’adoption, la définition de l’adoption internationale varie selon les auteurs mais quelle qu’elle soit, l’adoption internationale au sens large est entendue comme toute adoption présentant un caractère d’extranéité . Soutenant les propos de la Convention de la Haye de

2 Commission générale de terminologie et de néologie. Les mots du social : définition des mots les plus courants du domaine social. [en ligne]. Adresse URL :

www.social.gouv.fr/htm/modedemploi/lesmots.htm

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19933, Marlène Hofstetter, responsable de service adoption à Terre des Hommes de Lausanne, affirme que l’adoption doit être réalisée dans l’intérêt supérieur de l’enfant pour qu’il grandisse dans un milieu familial, dans un climat de bonheur, d’amour et de compréhension. Malheureusement, l’adoption internationale est une source de tensions où l’argent et le pouvoir sont en première ligne. Chez certains intermédiaires, il existe le risque de vouloir satisfaire les désirs des parents au détriment de l’intérêt de l’enfant.

En Suisse, l’adoption internationale s’est fortement développée ces dernières années. Les orphelins suisses sont de plus en plus rares, compte tenu d’une meilleure qualité de contraception et de la légalisation de l’avortement. Selon l’Office Fédérale de la Statistique Suisse, en moyenne, 650 enfants « étrangers » arrivent chaque année, dans un pays nouveau où ils vont rejoindre leur famille adoptive. Ces enfants viennent tout d’abord d’Amérique, d’Asie et du contient africain. Si l’adoption internationale s’avère souvent une bonne solution permettant aux enfants et aux adoptants de fonder une famille, elle ne résout cependant pas les problèmes auxquels toute famille est confrontée et moins encore ceux d’une famille ou chacun est imprégné d’un passé, souvent douloureux, d’une culture différente. Stéphane Auerbach, responsable du secteur socio-juridique de la Fondation suisse du service social international me raconte que certains parents croient avoir le « droit à l’enfant ». Mais ce sont les enfants qui ont droit à des parents, comme le préconise la Convention de la Haye.

Pourquoi les parents se tournent-ils vers l’adoption internationale ? Le choix d’adopter un enfant étranger peut s’expliquer par un attrait pour un type particulier, une religion, une culture, un régime politique,… En outre, les délais d’attente sont plus rapides concernant l’adoption internationale par rapport à l’adoption nationale.

On peut souvent regretter que l’ensemble de la procédure soit aussi long, mais elle est jugée cependant nécessaire par les adoptants pour la préparation à la venue de l’enfant.

3 Conférence de la Haye de droit international privé. Convention sur la protection des enfants de la coopération en matière d’adoption internationale. 29 mai 1993.

[en ligne] adresse URL : www.hcch.net/index_fr.php?act=conventions.text&cid=69

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3.1.3 Statistiques en Suisse

Age atteint de l'adopté au moment de l'adoption4

0-4 ans 5-9 ans 10-14 ans 15-19 ans 20 ans et plus

1994 395 327 209 132 95

1995 324 294 205 112 95

1996 310 332 224 136 65

1997 295 348 206 120 74

1998 318 288 207 143 83

1999 253 292 179 104 47

2000 283 233 161 83 48

2001 273 180 97 82 53

2002 279 193 107 75 48

2003 433 219 83 51 29

20045 397 179 136 86 56

D’après ce tableau fourni par L’Office Fédéral de la Statistique, l’adoption d’enfants de 5 à 9 ans a pratiquement diminué de moitié en dix ans. La majorité des adoptions se situe entre 0 et 4 ans. On peut observer que le nombre d’adoption diminue au fur et à mesure que l’âge de l’enfant augmente. Ces statistiques incluent l’adoption par des couples mariés, des beaux-pères, des belles-mères et des personnes seules. Cela peut changer l’impression que l’on peut avoir de l’adoption tardive, car l’adoption par un parent se fait souvent alors que l’enfant a déjà atteint un certain âge. Voici les statistiques du statut des adoptants6 en 1994 et 2004 (l’âge des enfants adoptés ne figurent malheureusement pas dans ces graphiques et ils incluent également l’adoption nationale).

D’après les graphiques ci-dessus, l’adoption par des couples mariés s’est considérablement développée en dix ans. Par contre, le pourcentage d’adoption par le beau-père a diminué de moitié.

Nationalité des enfants adoptés (avant adoption).

Statistique Suisse incluant l'adoption nationale.4

4Données mises à disposition par l'Office Fédéral de la Statistique

5 l’année 2005 n’était malheureusement pas disponible

6 Données mises à disposition par l’Office Fédéral de la Statistique. Plus de renseignements sur le site www.adopte.ch

2004

25%

2%

69%

4%

1994

47%

2%

49%

2%

Beau-père Belle-mère couple marié personne seule

(13)

Suisse Europe

(sans Suisse) Afrique Amérique Asie Autre Total

1994 417 198 66 305 172 0 1158

1995 365 168 60 277 156 4 1030

1996 324 213 78 231 220 0 1066

1997 310 191 71 241 228 1 1042

1998 352 171 98 242 175 1 1039

1999 252 179 57 223 164 0 875

2000 198 190 79 192 148 1 808

2001 142 162 69 158 153 1 685

2002 144 182 81 161 132 2 702

2003 93 209 127 163 223 0 815

20047 196 185 105 151 217 0 854

Il y a dix ans en arrière, l’adoption d’enfants suisses étaient beaucoup plus fréquente que l’adoption d’enfants étrangers. En 2004, la tendance est plutôt dirigée du côté des enfants asiatiques et européens (si on inclut la Suisse). Mais de manière générale, les adoptions sont beaucoup moins nombreuses en 2004 qu’en 1994.

3.1.4

La procédure d’adoption8

La première démarche à entreprendre est le dépôt d’une demande d’accueil d’un enfant étranger à adopter auprès de l’autorité centrale du canton de domicile.

Un spécialiste mandaté par l’autorité centrale du canton détermine l’aptitude du ou des requérants à adopter un enfant et rédige un rapport social. Vient ensuite la décision de l’autorité centrale cantonale pour l’octroi d’une autorisation d’accueillir un enfant. Celle-ci est définitive lorsque l’identité de l’enfant est connue ; provisoire lorsque l’identité de l’enfant n’est pas encore connue et enfin elle peut être également refusée avec possibilité de recours.

Dans le cas d’une autorisation accordée, un dossier sur les futurs parents adoptifs sera élaboré. Il contient l’autorisation provisoire ou définitive de placement, le rapport social et tous les documents nécessaires en fonction du pays concerné.

Le dossier complet est ensuite transmis à L’Autorité centrale fédérale puis à l’autorité centrale du pays d’origine de l’enfant. Ce dernier examine le dossier sur les parents adoptifs et décide de l’aptitude des requérants, selon ses propres critères. En cas de réponse positive et d’une proposition d’un enfant à adopter, un

7 l’année 2005 n’était malheureusement pas disponible

8 Département fédéral de justice et police. Office fédéral de la justice. Procédure d’adoption internationale en application de la Convention de la Haye sur l’adoption (CLaH). Dernière modification

effectuée le 03.08.2006. [en ligne] Adresse URL :

http://www.ofj.admin.ch/etc/medialib/data/gesellschaft/adoption.Par.0003.File.tmp/int-adoptionsverfahren- mithaeu-f.pdf (page consultée le 13.12.06)

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rapport social sur l’enfant est rédigé et une décision de matching positive est prise.

Ces deux documents sont envoyés à l’autorité centrale cantonale, via l’Autorité centrale fédérale.

Examen du dossier par l’autorité centrale cantonale et prise d’une décision de matching positive si l’enfant proposé se prête à un placement chez les requérants et si ces derniers sont d’accord de l’accueillir.

A ce moment-là, l’autorité centrale cantonale peut décider d’un matching positif ou négatif, avec une possibilité de recours en cas de refus.

Je ne citerai que la démarche à suivre lorsque l’adoption est prononcée dans l’Etat d’accueil (il y a également une procédure dans le cas où l’adoption doit être prononcée dans l’Etat d’origine): l’office cantonal des étrangers délivre un visa d’entrée et assure l’octroi d’une autorisation de séjour pour l’enfant. Lorsque ce dernier est en Suisse, l’autorité centrale cantonale autorise un placement définitif.

Elle communique sa décision à l’office cantonal des étrangers et à l’autorité de tutelle. Vient ensuite une déclaration au contrôle des habitants. Une tutelle est mise en place jusqu’à l’adoption (cf art. 18 LF-CLah).

L’enfant est placé chez ses futurs parents adoptifs pendant au moins une année, jusqu’à ce que l’autorisation soit prononcée.

3.1.5__L’adoption tardive

La définition délicate de l’adoption tardive varie selon les auteurs. Pour certains d’entre eux, toute adoption d’un enfant de plus d’un an, ou même de plus de six mois implique une séparation inévitablement perturbatrice d’avec les personnes qui ont pris soin de lui jusque-là et l’enfant subira une perte de ses divers repères sensoriels (les odeurs, les sons, les sensations tactiles, les formes et les couleurs auxquels il s’était habitués dans son environnement familier). L’adoption de cet enfant pourrait entraîner un risque d’échec, car il a pu manquer pendant ces six mois des soins, des stimulations et de l’affection nécessaires à son bon développement.

Malgré tout, la majorité des études concernant l’adoption tardive s’accordent pour retenir les cas d’enfants adoptés à 3 ans ou plus. Ces enfants se rendent compte de leur déplacement, ils ont acquis une bonne compréhension de leur langue maternelle, sont familiarisés avec leur culture d’origine et sont dotés d’un vécu personnel relativement long. Pour Marlène Hofstetter, l’adoption tardive prendrait plutôt en considération des enfants âgés de 5-6 ans (âge préscolaire) et elle ajoute également qu’un enfant adopté à cet âge présente un point positif, celui de l’inutilité de révélation qui est nécessaire pour un enfant adopté depuis tout petit. Par contre, selon Choulot et Brodier9, l’adoption d’enfants de ces âges est à hauts risques, car ceux-ci pourront difficilement oublier leur enfance. Plusieurs auteurs considèrent que l’adoption tardive comporte des difficultés, car l’enfant adopté plus grand est

9 CHOULOT, J.J et BRODIER, J.M. Risques d’échecs des adoptions incontrôlées d’enfants étrangers, Annales de pédiatrie, 40 (10), 1993

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susceptible d’avoir vécu des expériences négatives (nombreux placements, négligences, abus, maltraitances, manque d’amour, …).

Les couples qui adoptent des grands enfants ont souvent des enfants biologiques.

La principale motivation de ces derniers est d’entreprenne cette expérience dans un but humanitaire, c’est-à-dire de donner une chance à un enfant défavorisé. Mais selon l’auteur de Moléon10, « il me semble important de dire qu’une adoption doit, à l’origine, se traduire par un désir d’enfant. (…). Il est essentiel d’adopter en pensant à l’enfant, de savoir l’accepter tel qu’il est. (…) Faire ce choix, c’est devenir parents à part entière d’un enfant avec une histoire qu’il faut respecter. » Cet auteur explique que les adoptions purement humanitaires sont exceptionnelles. Il s’interroge sur les relations futures dans les familles où l’adoption a lieu et Marlène Hofstetter rejoint son idée en parlant de liens de parrainage plutôt que de lien de filiation.

L’adoption d’un enfant âgé comporte des risques, et le fait que les parents n’en tiennent pas compte ou en minimisent l’importance contribue bien souvent à aggraver la situation. Madame Ney exprime l’idée suivante : « Dans la phase de préparation, le désir d’adopter est tellement grand que les gens ne peuvent pas ou ne veulent pas entendre qu’il pourrait y avoir des problèmes à venir. Ils ont des idées tellement idéalistes qu’ils sont souvent à côté de la réalité. L’enfant devrait répondre à leurs attentes et celui-ci n’est pas capable de le faire ; alors ça coince.

Si on demande trop tout le temps, il y aura des blocages. Mais c’est difficile car chacun a des attentes. Les enfants en ont aussi d’ailleurs envers les parents adoptifs. »

L’adoption tardive reste particulièrement difficile, du moins pendant les premiers mois, car elle pose le problème de l'adaptation d'un enfant dont les parents ne connaissent habituellement ni la langue, ni l'histoire personnelle et familiale. Ces enfants peuvent avoir vécu toute leur petite vie dans un orphelinat, d’autres ont été abandonnés depuis peu par la famille biologique et en ont donc un souvenir vivace.

Certains ont pu être les témoins de conflits armés ou d’émeutes. D’autres ont passé de familles d’accueil en familles d’accueil. Certains n'acceptent pas ce qui leur arrive et dirigent alors leur colère contre leurs parents adoptifs. Ceux qui sont calmes et dociles, pour qui l'intégration dans la famille est, à première vue, un succès, se révèlent parfois incapables de communiquer ce qu'ils pensent et ressentent. Rares sont les adoptants préparés à de telles situations. L'opposition prolongée de l'enfant est facilement vécue comme un rejet par ses parents. C’est pour cette raison qu’il faut prendre la décision d’adopter en toute connaissance des éventuels problèmes à venir.

3.2 L’INTÉGRATION DANSLAFAMILLE

10 DE MOLÉON, J-V. Naître là-bas, grandir ici. L’adoption internationale. Editions Belin, Paris, 2003 (302 p.) (pp.

29-30)

(16)

J’aimerais avant tout spécifier que je m’intéresse seulement à la famille nucléaire, c’est-à-dire aux parents et frères et sœurs adoptifs de l’enfant.

3.2.1__Définition

En référence au dictionnaire11, « l'intégration est l'action d'intégrer, faire entrer dans un ensemble plus vaste, incorporer, inclure. Ce qui n'est pas intégré est exclu. » Françoise-Romaine Ouellette12 explique dans son livre que « de plus en plus, la famille (biologique ou adoptive) est définie comme un cadre relationnel devant permettre l’épanouissement affectif de chacun de ses membres et, surtout, répondre aux besoins des enfants dont elle assure la prise en charge affective, éducative et matérielle ».

Selon Bagley13, « l’intégration dans la famille de l’enfant est étroitement liée à la capacité de communication, à la tolérance, à l’autorité et à l’affection de ses parents adoptifs. »

3.2.2__La découverte réciproque

De plus en plus souvent, il y a déjà eu un échange de photos entre les parents et l’enfant avant même leur rencontre, en particulier s’il est déjà grand. La photo leur permet de s’apprivoiser quelque peu et prépare psychologiquement à la rencontre.

Souvent, les parents qualifient ce premier contact comme un moment magique : l’enfant, à peine dans les bras de sa nouvelle maman, sourit, manifeste de la curiosité, et c’est la fête autour de lui. Mais ces témoignages ne sont malheureusement pas les plus nombreux. Cependant, ce n’est pas parce que les premiers moments sont difficiles que cela présage une situation douloureuse pour la suite. Ces difficultés peuvent concerner la rencontre elle-même, soit à l’accueil dans l’aéroport, soit dans le pays étranger, ou les premiers mois dans la famille, sans prédire pour autant une adoption difficile.

L’arrivée entre deux et trois ans semble une des plus difficiles : l’enfant a commencé à apprendre sa langue maternelle, il s’est attaché à des paysages, à des couleurs, à des ambiances, à des odeurs et ne maîtrise pas assez sa langue pour comprendre ce qu’il est en train de vivre. Les enfants de six ans vivent apparemment mieux le choc initial du changement, pour autant qu’ils aient bien été préparés et qu’ils soient d’accord avec l’adoption.

11 Le Petit Larousse. Les Editions Françaises Inc, Larousse, 1993 (1872 pl)

12 OUELLETTE, F-R. Modernité, filiation et pratiques d’adoption. in F.R Ouellette et C. Bariteau (dir.), Entre tradition et universalisme, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture. (IQRC). 1994. pp. 165-178

13 BAGLEY, C. Chinese Adoptees in Britain : A Twent-year Follw-up of Adjustment and Social Identity.

International Social Work, 36 (2) : 143-157

(17)

3.2.3__Un changement…

« Le choc est énorme quand ces enfants arrivent en Suisse », commente Madame Hofstetter. Ils ne parlent pas la même langue, n’ont souvent pas la même couleur de peau, la culture diffère, les habitudes également. L’enfant est projeté dans un monde qui lui est totalement inconnu et il va devoir s’y adapter très vite. Il s’imposera notamment l’oubli complet de sa langue maternelle et tâchera de rayer son passé de sa mémoire.

…culturel

Tout d’abord, qu’est-ce que la culture ? Selon le lexique des sciences sociales14,

« tout individu étant né dans une société participe à une culture. Si les besoins sont innés et universels, la façon de les satisfaire varie : façon de se nourrir, de dormir, etc. La culture n’est donc pas un ensemble de connaissances intellectuelles, mais l’ensemble des valeurs, des façons de vivre et de penser de tous les membres d’une société. En sociologie, il paraît nécessaire de concevoir la culture non seulement comme accession à un patrimoine artistique et culturel, mais surtout comme hiérarchie de valeurs. Le patrimoine n’en est d’ailleurs qu’une expression ».

D’après Messieurs Reynier et Chifflet15, « La culture est un système des valeurs et de comportements propres à un groupe particulier, qui lui donne un sentiment d’appartenance et lui sert à se différencier des autres. »

Lorsque l’enfant arrive dans son pays d’accueil, il vit une rupture que Marlène Hofstetler qualifie de « raciale » affectivement et pratiquement. Elle est brutale pour l’enfant ; d’une part, il ne vit plus dans son pays d’origine. D’autre part, il n’est plus entouré de personnes ayant la même culture que lui. L’origine de l’enfant doit être respectée par les adoptants, mais ceux-ci ne cultivent pas toujours cette double appartenance. Plusieurs familles tentent d’éviter une rupture totale de l’enfant avec tous ses repères culturels afin de lui favoriser un bon équilibre psychique. Ils misent alors sur les seuls traits culturels qui sont à leur portée, à savoir le musique, sports ou loisirs liés à leur pays d’origine, relations avec leurs compatriotes, langues,…

Marlène Hofstetter explique que certains parents ont utilisé de façon excessive ces moyens dans le but de maintenir la culture du pays d’origine de l’enfant, lui rappelant incessamment, par conséquent, qu’il vient d’ailleurs. A l’inverse, certains parents cherchent à effacer toute trace du passé de l’enfant en jetant toutes affaires lui rappelant son enfance. En résumé, les adoptants doivent trouver un juste milieu pour conserver la culture d’origine de l’enfant, c’est ainsi lui permettre d’apprendre à vivre avec cette double identité.

Les enfants âgés au moment de l’adoption vivent une rupture culturelle pouvant poser des problèmes. D’après François Maury16, « seul les enfants qui ont été adoptés tardivement peuvent avoir la mémoire et le goût de la culture d’origine, et de ce fait rester entre deux cultures ».

14 Lexique des sciences sociales, 1994

15 REYNIER, V. CHIFFLET, P. in CAHIER INTERNATIONAUX DE PSYCHOLOGIE SOCIALE, no 38, 1998, cité dans le support de cours d’enseignement thématique : les notions d’exclusion et d’intégration, glossaire.

16 MAURY, F. L’adoption interraciale. Paris : Editions L’Harmattan. Paris. 1999 (330 p.)

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… linguistique

L’acquisition de la langue du pays d’accueil est en général une affaire de quelques mois pour l’enfant, et notamment lorsqu’il a un fort désir d’intégration dans son nouveau milieu. Il ne serait pas étonnant que, dans sa volonté d’intégration, l’enfant perde en quelques semaines non seulement la pratique active de sa langue, mais en plus sa compréhension.

… de nom

Le nom a une fonction d’intégration incontestable car il est un marqueur de l’identité et de l’appartenance à une famille ou à une communauté. Selon l’étude de Françoise-Romaine Ouellette et Caroline Méthot17, « l’attribution du prénom à l’enfant est l’un des premiers gestes symboliques posés par les adoptants, qui président à son intégration dans la famille et sociale. »

Dans différentes études sur l’adoption tardive, trois grandes tendances ont été observées : certains parents gardent le même prénom pour leur enfant adoptifs, d’autres préfèrent le changer complètement, et enfin d’autres encore le modifient en partie.

3.2.4 Les premiers temps dans la famille adoptive

Pendant les premiers mois après l’arrivée de l’enfant, celui-ci cherche à tout prix à plaire à sa nouvelle famille et à son milieu. Il peut même voiler un temps son caractère et sa personnalité. Cette volonté d’adaptation peut se manifester par différents signes : il est d’une docilité exemplaire, il semble avoir oublié sa langue maternelle, le partage des jouets n’apparaît pas comme une difficulté, il répond parfaitement à ce que l’on attend de lui. L’enfant fournit donc un énorme effort face à tous les changements qui accompagnent sa transplantation. De ce fait, il vit une tension nerveuse intense et inévitable, qu’il ne peut d’ailleurs pas toujours maîtriser.

Il est fréquent de voir les enfants adoptés accorder une grande importance à la nourriture tout au début. Ils restent donc fort boulimiques et ne peuvent s’empêcher de dévorer tout ce qui est mangeable.

Pendant les premières semaines, l’enfant adopté prend énormément de place dans sa famille adoptive. Et tout le monde fait en sorte que tout se passe bien pour lui et lui accorde donc volontiers cette place.

Après un certain temps, l’enfant peut devenir jaloux de ses frères et sœurs, partage de moins en moins ses jouets. Il peut ne plus supporter les remarques qu’on lui fait, surtout si elles proviennent de la mère.

17 OUELLETTE, F-R, MEHTOT, C. L’adoption internationale, l’intégration familiale de l’enfant du point de vue des parents et des grands-parents. INRS-Culture et société, 292p. 2000 (p. 121)

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3.2.5__L’intégration de l’enfant dans sa nouvelle famille

Selon Françoise Maury18, « l’intégration dans la famille est réussie lorsque le thème des différences entre les membres du groupe laisse place dans une large mesure aux ressemblances dans l’activité fantasmatique familiale ».

L’intégration sans problème majeur

A son arrivée, dans la plupart des cas, l’enfant déjà grand investit immédiatement les lieux, repère chaque détail et la place de chaque objet. Selon Matteil19,

« nombre de parents disent que les premiers temps ne sont que d’instants de bonheur. Enfants et parents parlent souvent de cette période comme d’un moment d’exclusivité : pour eux, seul l’autre était alors fondamental et satisfaire ses désirs était devenu leur seule priorité ».

Marlène Hofstetter désigne ce moment de « lune de miel » qui se caractérise par l’investissement de l’enfant pour faire ce qu’attendent ses parents de lui (peur du rejet et du renvoi chez lui). Il y a cependant quelques réglages à faire, notamment l’établissement d’une discipline, le fait de sécuriser l’enfant et de parer à certains dérapages. Mais dès le départ, chacun s’est accepté mutuellement, on parle parfois d’un « coup de foudre » entre la mère et l’enfant. Celui-ci trouve sa place assez aisément dans la famille.

Dans un deuxième temps, d’une fois que l’enfant est bien habitué, on peut observer une période plus difficile où il va tester sa famille pour avoir la confirmation que ses parents le garderont malgré son comportement d’opposition. Etant donné ce qu’il a vécu avant d’être adopté, l’enfant peut encore se sentir lâché ou ressentir le besoin d’être rejeté. On pourrait traduire ce mauvais moment par un deuil des images de ses parents de naissance. Cette période peut durer assez longtemps.

La troisième phase se traduit par une période de récession. L’enfant, dans une telle phase, montre le besoin de devenir l’enfant biologique de ses parents adoptifs. Il ira même jusqu’au point de désirer être dans le ventre de sa mère adoptive, pour être comme ses frères et sœurs un enfant biologique.

L’intégration présentant certaines difficultés

Un enfant adopté tardivement peut éprouver une certaine difficulté à s’attacher à sa nouvelle famille, car il est à un âge où des habitudes et des attachements se sont déjà mis en place ; de plus, l’enfant peut difficilement être préparé à l’adoption car les explications rationnelles ont peu de sens pour lui. Par la suite, l’équilibre relationnel trouvé ne reproduira pas nécessairement le fonctionnement familial spontanément affectueux dont les adoptants avaient rêvé au départ.

18 MAURY, F. Adopter un enfant asiatique : fantasme et réalité. Accueil. 6-7 (nov.) 1992 (pp 45-48)

19 MATTEIL, J-F. Le chemin de l’adoption. Le cœur et la raison. Paris : Editions Albin Michel S.A., 1997 (pp 227- 228)

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L’intégration présentant des difficultés importantes

Pour Marlène Hofstetter, « l’enfant qui a beaucoup de carences (affective, retard de développement,…) ressent une certaine peine à créer des liens privilégiés avec quelqu’un. Cela lui fait extrêmement peur car il n’a jamais pu l’expérimenter s’il a vécu toute son enfance dans un orphelinat où les exigences sont moindres. On parle aujourd’hui de trouble de l’attachement lorsque l’enfant n’est plus capable de faire confiance à un adulte. Il se sent menacé par le moindre signe d’affection et se comporte dans sa famille adoptive comme un animal écorché vif. » Il peut cependant nouer des relations normales avec des personnes qui lui sont indifférentes. S’attacher et percevoir l’attachement de l’autre lui sont insupportables, cela réveille des affects douloureux et des pulsions agressives. L’étude menée par Françoise-Romaine Ouellette et Caroline Méthot20 affirme que « Mis à part les parents qui sont souvent les premières cibles de l’enfant en détresse, la fratrie se trouve aussi extrêmement sollicitée et parfois même complètement désarçonnée par l’attitude du nouveau venu dans la famille ».

Une autre réaction possible à cet âge peut se traduire par un agrippement panique à une personne et une seule qui devient son unique repère. Les enfants qui ont posé de plus de difficultés d’adaptation manifestent souvent de la colère devant les règles, de l’agressivité envers les pairs, une manipulation de leur entourage, l’affrontement avec la fratrie, une demande exagérée de l’attention du parent, une consommation démesurée de nourriture.

Le manque de tendresse, de signes d’affection, de câlins, dans sa toute petite enfance peuvent mener l’enfant à essayer de combler ces manques. Ceux qui sont victimes de carences affectives profondes ne manifestent pas une telle régression : ce manque se traduit plutôt par de l’agressivité et montre ainsi qu’ils sont incapables de se laisser aller à l’affection.

L’intégration qui a conduit au placement de l’enfant

Toujours selon Marlène Hofstetter, « un enfant qui est excessivement carencé ne devrait pas être adopté. Beaucoup de parents pensent pouvoir guérir un enfant avec tout l’amour du monde. » Hélas, cette cicatrisation ne se fait pas sans difficulté et parfois, la famille doit essuyer l’échec d’adaptation de l’enfant.

Selon Robert Henckes21, « certains enfants, qu’on appelle « abandonniques », ceux qui ont un comportement asocial, ont subi de telles blessures, pendant les premiers mois et années de leur existence, qu’ils développent un type de comportement qui n’est en général pas compatible avec une vie familiale. »

L’abus sexuel, la maltraitance, le rejet, l’abandon ou le nombre important de déplacements de lieu de vie peuvent avoir un effet destructeur sur l’enfant. Tous ces facteurs entraînent l’abandon de relations vraies : lorsqu’une relation devient trop proche, ces enfants la sabotent que ce soit volontaire ou non. Ils n’éprouvent

20 OUELLETTE, F-R, MEHTOT, C. L’adoption internationale, l’intégration familiale de l’enfant du point de vue des parents et des grands-parents. INRS-Culture et société, 292p. 2000 (p. 88)

21 HENCKES-RONSSE, R. & T. L’adoption en question(s). Bruxelles : Editions feuilles familiales ; Louvain-la- Neuve : CIACO.1991 (243 p) (p. 89)

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aucune culpabilité en volant ou en mentant, ils manipulent leur entourage sans scrupule, ils n’ont aucun sens moral. Lorsque la colère les envahit, ils s’emportent vite et sont violents.

Ces enfants carencés peuvent avoir un effet dévastateur en entrant dans une famille constituée. Ils rejettent leur famille adoptive alors que les parents ainsi que les frères et sœurs sont prêts à leur donner tout l’affection du monde. Après un certain temps « d’adaptation », l’enfant transgresse la moindre règle familiale.

Pour Harper22, un élément pouvant jouer un rôle dans l’échec d’une intégration dans la famille d’un enfant déjà grand est la mauvaise compréhension du fonctionnement, des obligations et des rôles familiaux. L’enfant adopté envisage ses parents de pourvoyeur (de nourriture, de biens matériels, de divertissements,..) et a de la peine à assimiler la notion d’une relation d’affection réciproque.

Pour Balland et al23, les enfants adoptés tardivement manifestent une rapidité impressionnante pour l’apprentissage de la langue du pays d’accueil. Et cela induirait des demandes trop hâtives sur le plan culturel de la part des parents adoptifs qui voudraient les voir adhérer aux valeurs occidentales. Ces auteurs estiment également que les risques d’échecs de l’adoption tardive sont liés à la rupture culturelle vécue par l’enfant arrivé de l’étranger et plaident en faveur de l’adoption des enfants plus âgés à l’intérieur du pays d’origine.

3.2.6____Facteurs pouvant affecter l’intégration dans la famille

La préparation à l’adoption Du côté des adoptants…

Il est difficile pour les futurs adoptants de se rendre compte de ce que l’enfant a vécu, car l’adoption implique une perte de liens sociaux du pays d’origine et une rupture dans l’histoire personnelle. De plus, l’adoption internationale se fait généralement dans des conditions peu propices à la transmission d’informations.

22 HARPER, J. Counslling Issues in Intercountry Adoption Disruption. Adoption and Fostering. 18 (2) (pp. 20-26)

23 BALLAND ET AL. A propos de l’adoption internationale. Prisme, 5 (2-3) 1995. (pp. 321-327)

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Selon de nombreux auteurs, le niveau de préparation des adoptants aux difficultés qu’implique l’adoption internationale serait un facteur important dans l’intégration dans la famille de l’enfant. Souvent, les parents tiennent peu compte des mises en garde préparatoires et minimisent les difficultés à venir. En effet, leur projet se concrétise enfin et ils sont complètement aveuglés par cette bonne nouvelle, se concentrant surtout sur les aspects positifs de l’adoption. L’adoption n’est malheureusement pas conforme à l’image idyllique que certains parents s’en sont fait car l’enfant parfait reste un mythe.

Les problèmes liés à l’enfant (désordres alimentaires, crises à répétition, refus de s’attacher à la mère ou au père, manipulation extrême,..) peuvent indiquer une souffrance importante chez l’adopté. Cette souffrance peut avoir un impact considérable sur la vie familiale. La préparation des parents qui adoptent des enfants âgés peut faire une différence remarquable dans leur capacité à venir en aide à l’enfant et de maintenir leur famille en équilibre.

Pour mieux se préparer à l’adoption d’un grand enfant venu de l’étranger, les familles adoptives devraient procéder à une recherche d’informations spécialisées concernant l’adoption tardive. Depuis quelques années, la documentation sur le sujet est certainement mieux connue et diffusée étant donné la préoccupation croissante dans les milieux d’adoption pour une meilleure préparation des adoptants. Les échanges avec d’autres adoptants peuvent constituer un outil également intéressant pour la préparation à l’adoption tardive. Ils peuvent s’avérer rassurants et encourageants et de ce fait aident à calmer les craintes des adoptants.

Selon le rapport de Françoise-Romaine Ouellette et Caroline Méthot24, une évaluation psychosociale serait bénéfique aux candidats à l’adoption car « elle les invite, en principe, à faire une réflexion approfondie sur leur projet, mais sa fonction n’est pas d’apporter une préparation concrète et clairement orientée en fonction de besoins précis. Elle peut permettre d’écarter ceux à qui l’adoption tardive ne convient pas du tout, de façon évidente et rapidement perceptible et, pour les autres, elle peut être l’occasion de prévenir les mauvaises surprises en les informant des défis qu’ils auront à relever s’ils persistent dans leur décision ».

L’expérience parentale a aussi son poids dans la préparation de l’adoption. En effet, les gens ayant eux-mêmes des enfants biologiques auront déjà pu « tester » leur manière d’éduquer avant d’accueillir un enfant avec un passé différent.

Du côté de l’adopté…

La préparation de l’enfant adopté devrait être une priorité dans toute adoption. Pour être bien préparé à sa nouvelle situation, l’enfant devrait avoir les renseignements suivants sur son pays d’accueil :

- le logement, la ville et la campagne, la circulation,…

24 OUELETTE, F-R. METHOT, C. L’adoption internationale, l’intégration familiale de l’enfant du point de vue des parents et des grands-parents. INRS-Culture et Société, 292 p. 2000 (p 44)

[en ligne]. Adresse URL : http://partenariat-familles.inrs-ucs.uquebec.ca/DocsPDF/RapportAdoptiontardive.pdf (page consultée le 06.07.05)

(23)

- la nourriture différente et l’apprentissage de la façon de manger - la chambre à coucher avec un lit

- l’hygiène : brossage des dents, existence des toilettes, bains réguliers - les vêtements différents et les chaussures

- le climat : froid, pluie, neige

Malheureusement, dans les orphelinats mal structurés, cette information est souvent très insuffisante. De plus, en guise de préparation, on leur dit que tout sera beau et merveilleux dans leur famille adoptive, on leur met plein de rêves en tête. Il serait préférable de les préparer à un choc et qu’on leur explique qu’il faudra faire un effort d’adaptation.

Il serait judicieux également de pouvoir préparer l’enfant à sa future famille au moyen de photos. De ce fait, il pourra se familiariser avec le visage de chacun des membres de sa famille.

L’adoption n’est pas forcément accueillie comme une bonne nouvelle pour l’enfant.

En effet, il doit assumer plusieurs pertes en même temps, à savoir la perte de ses parents biologiques et de ses origines, la perte de statut liée au fait d’être différent, de n’avoir pas été désiré et d’avoir été abandonné, et enfin, la perte d’un sentiment de stabilité et de continuité généalogique. Soudain, il se retrouve devant des inconnus qu’on lui présente comme ses nouveaux parents. D’après Marlène Hofstetter, si l’enfant est convaincu du bien-fondé de son adoption et s’il a été bien préparé, il pourra trouver sa place au sein de son pays d’accueil.

Dans certains cas, l’enfant est escorté vers le pays qui va le recevoir et est remis à ses nouveaux parents, à l’aéroport, sans transition, ce qui peut être très angoissant pour l’enfant (ainsi que pour les parents).

Les caractéristiques de la famille adoptive

Il peut y avoir certaines tensions au sein de la fratrie quand l’enfant nouvellement arrivé accapare la mère et crée ainsi un sentiment de jalousie. Selon certains auteurs, dans les cas les plus difficiles, l’absence d’autres enfants serait probablement souhaitable lorsque l’enfant adopté souffre de déficits graves ou s’il est déjà grand. De plus, les perturbations qu’entraîne l’adaptation difficile de l’enfant nouvellement arrivé au sein de la famille peuvent être une lourde épreuve pour les enfants biologiques.

D’autres recherches démontrent à l’inverse que l’intégration dans la famille est plus facile si des enfants biologiques sont déjà présents. Les parents ont alors déjà l’expérience de l’éducation et les autres enfants peuvent faciliter l’intégration et l’adaptation de leur frère ou sœur adoptif(ve) au nouveau milieu.

Les premiers temps dans la famille adoptive

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Pendant les premières semaines, l’enfant vit une période d’acclimatation et ne devrait pas, de ce fait, être chahuté de droite à gauche, car il doit apprivoiser son cadre de vie pour s’y adapter.

Un enfant adopté ne doit pas bénéficier de privilèges au sein d’une famille et, pour être l’égal de ses frères et sœurs, il doit être traité comme eux.

Les aptitudes des parents adoptifs face à l’adopté

A l’arrivée de leur enfant adoptif, les parents devraient présenter certaines aptitudes qui sont les suivantes :

 avoir une très grande ouverture culturelle et connaître le mieux possible la culture d’origine de leur enfant

 pouvoir déceler rapidement les carences de l’enfant

 avoir une grande capacité d’empathie pour comprendre les sentiments de l’enfant et une volonté de l’aider face aux stéréotypes sociaux

 être tolérants et avoir peu ou aucune attente envers l’enfant. Ils doivent également avoir la faculté de se remettre en question

 être assez forts pour accompagner l’enfant dans sa souffrance, ses pertes, ses deuils, avoir une grande disponibilité (temps et énergie). De plus, ils doivent être ouverts aux retrouvailles de la famille biologique

 tenir les promesses qu’ils font ou ont fait et rester fermes dans les limites données (l’enfant doit savoir ce qu’il peut et ce qu’il ne peut pas faire)

 ne pas fuir devant le besoin d’une aide professionnelle ou de partage à des groupes d’entraide.

Le vécu de l’enfant

Les psychologues disent souvent que les trois premières années dans la vie sont les plus importantes pour le développement affectif de l’enfant. C’est à cette période de la vie que le bébé apprend à s’attacher à une personne (dans bien souvent des cas la mère). Alors je pense qu’il est indispensable d’expliquer le phénomène de l’attachement.

L’attachement

Selon la théorie de Bowlby, le bébé a besoin de construire les premiers liens avec sa mère. Le nourrisson est totalement dépendant de sa mère et fusionne avec elle.

En effet, elle seule est capable de subvenir à ses besoins. Le bébé va donc s’attacher à la personne qui la nourrit, le soigne, l’entoure d’affection. Avec la présence de sa mère, le bébé va construire et organiser son monde. Il est capable de reconnaître sa mère au timbre de sa voix, à la manière dont elle le porte, à son odeur,… La mère satisfaisant les besoins de l’enfant, une relation de confiance va

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pouvoir se nouer entre les deux. Le nourrisson sait pertinemment que ses besoins seront comblés et de ce fait pourra explorer sereinement le monde qui l’entoure.

Lorsque l’enfant est confié à un étranger, celui-ci ne connaît pas le langage du bébé et comblera souvent un besoin qui n’est pas souhaité.

Entre six et neuf mois, l’enfant est capable de reconnaître sa mère et la distingue des autres personnes. Si plusieurs personnes se sont occupées de lui, le nourrisson aura plus de difficulté à se fixer sur une personne et choisir la plus importante à ses yeux.

A l’âge de deux à trois ans, l’enfant va commencer à tester ses parents, pour s’assurer que sa mère continue à pourvoir à ses besoins, même lorsqu’il s’oppose à elle. Si, à ce moment-là, il y a rupture de la relation, l’enfant va croire que c’est parce qu’il s’est opposé, qu’il a pris de la distance que la rupture est survenue. Il perdra alors tout repère affectif et il risque de se replier sur lui-même, car il a peur d’établir à nouveau une relation.

Selon l’association « PETALES France25 », « les troubles de l’attachement sont une des conséquences possibles des carences affectives et/ou du traumatisme apparaissant après rupture de la relation mère/enfant survenant au cours des trois premières années de la vie de celui-ci. Sans ces conditions, il est difficile de parler de troubles de l’attachement ».

Voici les différents comportements qu’un enfant souffrant de trouble de l’attachement peut présenter dans la famille :

 rejet d’un membre proche (souvent la mère)

 refus de contact physique et affectif

 recherche de la provocation du rejet

 évitement du contact visuel

 confiance accordée à aucune personne

La séparation

Le docteur Chamberlain, dans son livre « les bébés se rappellent leur naissance »26 affirme que le nouveau-né se rappelle de façon inconsciente de ce qui lui est arrivé juste après la naissance, c’est-à-dire que sa mère, avec laquelle il était lié jusqu’alors, a disparu brusquement.

25 Pétales France, « Pétales France », 17.05.2004. [en ligne], adresse URL :

www.webzinemaker.net/petales.France/index.php3?action=page&id_art=78331 (page consultée le 12.10.05)

26 CHAMBERLAIN, D. Babies remember birth. New York: Ballantine Books, 1988

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On peut donc déduire que cette perte et l’impact qu’elle aura dans l’adoption ne peut qu’engendrer une souffrance plus ou moins profonde.

Comme je l’ai mentionné plus haut, le développement affectif de l’enfant se fait dans les trois premières années de la vie. Il semblerait que l’enfant est pu être profondément affecté par l’expérience de la séparation d’avec sa mère biologique au moment de la naissance. Ce n’est pas parce que l’enfant ne s’en souvient pas que l’impact est moindre. Les chercheurs affirment que les bébés ont la capacité de reconnaître le visage de leur mère, de sentir les odeurs et sont dotés d’émotions, d’énergie, de souvenirs, de capacités d’apprentissage, de l’utilisation de leurs cinq sens dans le but d’expérimenter la vie hors du ventre de leur mère. Il est donc très probable que le nourrisson vive une expérience bouleversante, voire terrifiante lorsqu’il est confié à un étranger. Cela dit, il est préférable qu’il soit confié le plus tôt possible au lieu de le laisser seul dans une pouponnière pendant plusieurs jours.

Ce dont l’enfant manque au moment de la séparation, c’est la sécurité et la sérénité de son union avec sa mère biologique. Celle-ci représente le monde entier pour le bébé et la relation entre eux est primordiale pour le bien-être et l’intégrité de l’enfant.

Les premières années de l’enfant

Le vécu de l’enfant peut être fondamentalement différent s’il a vécu ses premières années dans sa famille biologique ou chez la même nourrice, dans un orphelinat, ou s’il a vécu chez plusieurs familles d’accueil.

L’enfant qui a passé au moins les trois premières années dans sa famille biologique ou chez la même nourrice, et qui n’a pas subi de mauvais traitements aura pu développer la capacité de créer des relations durables. Malgré tout, il est difficile pour l’enfant de passer de sa première famille à sa famille adoptive. Si cette transplantation n’a pas été suffisamment préparée, elle peut perturber profondément l’enfant, voir définitivement.

Dans un tel cas, l’enfant peut avoir deux réactions possibles :

 il peut montrer une agressivité farouche à l’égard de sa nouvelle famille (refus de jouer, de s’amuser, d’obéir)

 il peut se réfugier dans la passivité qui traduit une régression à un stade antérieur.

Concernant le vécu dans un orphelinat, la découverte de son adoption est généralement accueillie comme une bonne nouvelle pour l’enfant. On remarque que les enfants adoptés qui ont vécu en orphelinat ont souvent, dans un premier temps, le contact plus facile avec le père adoptif qu’avec la mère adoptive. A travers sa colère envers sa mère adoptive, l’enfant peut exprimer que cette relation peut devenir importante pour lui. Les enfants ayant vécu principalement en orphelinat ont souvent des carences au niveau de la socialisation. De plus, dans certains pays, les orphelinats sont souvent inhumains, nourrissant les enfants comme des animaux, sans avoir la possibilité d’avoir un échange ni un regard avec l’adulte. Ils sont laissés sans soin ni attention pendant la journée entière. Si ces

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