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Article pp.218-235 du Vol.109 n°4 (2016)

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ÉPIDÉMIOLOGIE /EPIDEMIOLOGY

Aspects épidémiologiques de la maladie à virus Ebola en Guinée (décembre 2013 – avril 2016)

Epidemiological Aspects of Ebola Virus Disease in Guinea (December 2013–April 2016)

R. Migliani · S. Keïta · B. Diallo · S. Mesfin · W. Perea · B. Dahl · G. Rodier

Reçu le 2 mai 2016 ; accepté le 3 mai 2016

© Société de pathologie exotique et Lavoisier SAS 2016

RésuméLe virus Ebola de l’espèce Zaïre variant Makona, entre son émergence en décembre 2013 et avril 2016, a pro- voqué en Guinée une épidémie d’une importance et d’une gravité sans précédent, avec 3 814 cas notifiés, dont 3 358 ont été confirmés (88,0 %) et 2 544 (66,7 %) sont décédés. L’épidémie a évolué en plusieurs phases : une phase silencieuse sans identification des cas qui sont tous décédés jusqu’en février 2014 ; une première recrudescence à partir de mars 2014, où l’alerte est lancée et le virus iden- tifié, qui va durer jusqu’en juillet 2014 ; une deuxième recru- descence, qui va être la plus intense, à partir d’août 2014 jusqu’à janvier 2015 centrée principalement sur la Guinée forestière et une dernière recrudescence à partir de février 2015 centrée sur la Basse-Guinée et la capitale Conakry.

L’adaptation en 2015 des stratégies de lutte (initiative « Zéro Ebola en 60 jours », recherche active de cas et de décès suspects et sensibilisation des préfectures actives, microcer- clage des dernières localités touchées et ratissage autour de ces localités) et la vaccination des contacts en ceinture autour des cas confirmés ont permis de contrôler progressivement l’épidémie principalement en octobre 2015. Mais un survi-

vant excrétant du virus a été à l’origine en zone forestière d’une résurgence entre mars et avril 2016, avec dix cas dont huit sont décédés. Cette épidémie a plus particulièrement touché la région de la Guinée forestière (44 % des cas et 48 % des décès guinéens), les femmes les plus âgées (≥ 50 ans) et les professionnels de santé (211 cas dont 115 décédés), et près du tiers des malades (32,6 %) n’ont pas été pris en charge dans les centres Ebola. L’épidémie est marquée actuellement par la résurgence de petits foyers à partir de sujets guéris excrétant du virus, qui ont été contrô- lés jusqu’à présent avec succès. Les survivants font l’objet d’une attention particulière. Il est nécessaire de tirer tous les enseignements de la riposte afin de mieux préparer l’avenir, d’améliorer les connaissances sur l’histoire naturelle de la maladie à virus Ebola et de repenser la communication avec la population et ses leaders.

Mots clésEbola · Épidémie · Létalité · Épidémiologie · Guinée · Afrique intertropicale

Abstract Ebola Zaire species variant Makona between its emergence in December 2013 and April 2016, resulted in an epidemic of Guinea importance and unprecedented gra- vity with 3814 reported cases of which 3358 were confirmed (88.0%) and 2544 were died (66.7%). The epidemic has evolved in phases: a silent phase without identification of all fatal cases until February 2014; a first outbreak from March 2014, when the alarm is raised and the virus detected, which lasted until July 2014; a second increase, which was the most intense, from August 2014 to January 2015 focused primarily on the forest Guinea; and a final increase from February 2015 centered on lower Guinea and the capital Conakry. Adapting strategies in 2015 (initiative“Zero Ebola in 60 days” active case search and suspicious deaths and awareness of active prefectures, microbanding the last affec- ted communities and raking around these localities) and ring vaccination of contacts around confirmed cases has allowed to gradually control the main outbreak in October 2015. But

R. Migliani (*)

École du Val-de-Grâce, 1, place Alphonse-Laveran, F-75230 Paris cedex 05, France

e-mail : [email protected] R. Migliani · S. Keïta

Coordination nationale pour la lutte contre le virus Ebola en Guinée, Conakry, Guinée

B. Diallo · S. Mesfin

Organisation mondiale de la santé, Camayenne corniche Nord, Dixinn, BP 81, Conakry, Guinée

W. Perea · G. Rodier

Organisation mondiale de la santé, avenue Appia, CH-201211 Genève 27, Suisse

B. Dahl

Centers for Disease Control and Prevention, 1600 Clifton Rd, Atlanta, GA 30333, États-Unis DOI 10.1007/s13149-016-0511-4

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a survivor was originally resurgence in forest areas between March and April 2016 with 10 cases including 8 deaths. The epidemic has particularly affected the forest Guinea region (44% and 48% of Guinean cases and deaths), elderly women (≥50 years), and health professionals (211 cases including 115 deaths); however, almost one-third of the patients (32.6%) was not provided supportive care in the Ebola cen- ters. The epidemic is currently marked by the resurgence of small foci, from excreting subjects cured of the virus who have been controlled so far successfully. The survivors are the subject of special attention. It is necessary to learn les- sons from the response to better prepare for the future, to improve knowledge about the natural history of the Ebola virus disease, and to rethink communication in this regard with the public and its leaders.

KeywordsEbola · Outbreak · Case fatality · Guinea · Sub- Saharan Africa

Introduction

La maladie à virus Ebola (MVE), anciennement dénommée fièvre hémorragique à virus Ebola, est une zoonose grave à très mauvais pronostic chez les primates. L’homme se conta- mine par le contact avec le sang ou les liquides biologiques de chauves-souris frugivores ou d’autres animaux de forêt tropicale (singes, antilopes des bois) porteurs du virus, vivants ou trouvés morts. La transmission est ensuite humaine par contact direct avec le sang et les liquides bio- logiques des malades ou des défunts, par contact indirect avec des surfaces et des matériaux (literie, vêtements) conta- minés, par injection parentérale avec du matériel contaminé ou par voie maternelle. Les rites funéraires, pratiqués en Afrique, sont très favorables à la transmission du virus chez les parents et les amis par le contact étroit avec le défunt et ses effets personnels [3,18,36,43].

Après une incubation non contagieuse de 2 à 21 jours, la MVE, non prise en charge, évolue en quelques jours avec une phase pseudogrippale fébrile suivie d’une atteinte mul- tiviscérale, associant troubles cutanéomuqueux, digestifs avec vomissements et diarrhées profuses, respiratoires et neurologiques, qui se termine par un tableau clinique où prédominent des signes neurologiques d’encéphalite et des manifestations hémorragiques internes et externes. L’évolu- tion fatale est la règle dans la grande majorité des cas. Le décès survient dans un état de choc favorisé par les pertes hydroélectrolytiques liées aux vomissements et à la diarrhée avec, dans la moitié des cas, une coagulopathie diffuse.

Dans les formes non fatales, la MVE évolue vers la guéri- son, au fur et à mesure de la disparition du virus dans le sang sous l’effet de la réponse immunitaire. La prise en charge

thérapeutique symptomatique précoce améliore le pronostic vital. La convalescence est marquée par une asthénie pro- longée avec des séquelles rhumatologiques, neurologiques et oculaires et par des épisodes de rechute de la MVE par réactivation virale à partir notamment du compartiment neu- rologique. Ces éléments sont de mieux en mieux documen- tés avec les survivants de l’épidémie d’Afrique de l’Ouest [16,18,41,43,72,77].

Lors de son émergence chez l’homme en 1976 au Zaïre, actuelle République démocratique du Congo (RDC), la MVE était due au filovirus Ebola de l’espèceZaïre ebolavi- rus (EBOV), responsable d’une létalité très élevée, la plus forte parmi l’ensemble des cinq espèces connues de filovirus [7,32,63,76]. Durant cette première épidémie, en effet, 318 malades furent recensés, dont 280 décédèrent (88 %) [63]. Quatorze épisodes épidémiques (1 à 318 cas) avec l’es- pèce EBOV sont survenus au total en Afrique centrale avant l’émergence en 2013 en Guinée d’un variant de la même espèce dénommé Makona (EBOV/Mak) [32]. Trois pays étaient concernés par ces épidémies : la RDC, le Gabon et le Congo. Le cas d’Afrique du Sud était lié à un malade évacué du Gabon ayant contaminé une infirmière [5,19,20,23,25,28,31,36,44,49,51,62,63,78-82] (Tableau 1).

La létalité moyenne de ces épidémies était de 79,2 % (médiane : 78,0 % ; extrêmes : 46,9 à 100,0 %), malgré des mesures de lutte de mieux en mieux codifiées mises en œuvre au fil du temps et une extension géographique limitée des foyers épidémiques. La proportion moyenne de cas confirmés pour ces 14 épisodes était égale à 16,9 % (extrê- mes : 6,3 à 100,0 %). Le délai moyen d’alerte était de 39 jours, et le délai médian de 23 jours (extrêmes : 9 à 115 jours).

En Guinée, 3 814 cas ont été déclarés durant l’épidémie entre son émergence en décembre 2013, dans le village de Méliandou près de la ville de Guéckédou en Guinée fores- tière, la fin de la principale flambée le 29 décembre 2015 et la résurgence de mars-avril 2016 [8,43,85,87]. La létalité globale était égale à 66,7 % (2 544 décès) malgré toutes les mesures mises en œuvre, confirmant la gravité de la MVE due à l’espèce EBOV, même s’il s’agissait d’un variant [2].

Elle était toutefois inférieure à la létalité moyenne observée en Afrique centrale de plus de 10 %. La proportion de cas confirmés était beaucoup plus élevée que celle des épidémies précédentes, égale à 88,0 % [43,87]. La MVE était inconnue en Guinée lorsqu’elle a émergé. L’alerte par les autorités sanitaires locales a été lancée le 10 mars 2014, deux mois et demi (74 jours) après le début de la maladie chez le cas index (Tableau 1) [43].

Les objectifs de cet article sont de décrire l’importance, l’évolution et les principales caractéristiques épidémiolo- giques de l’épidémie en Guinée entre décembre 2013 et avril 2016. La résurgence de la MVE survenue en mars 2016 dans la préfecture de N’Zérékoré, en Guinée forestière, était liée

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Tableau1PrincipalescaractéristiquesdesépidémiesdEboladuesàl’espèceZaïre(EBOV)enAfriquecentralede1976à2009etauvariantMakona(EBOV/Mak)enGuinée de2013à2016/CharacteristicsofEbolaepidemicsduetothespeciesZaire(EBOV)from1976to2009andvariantMakona(EBOV/Mak)inGuineafrom2013to2016. PaysDistricts (villages) Période desurvenue (casindex derniercasa ) CasindexOrigine delacontam- ination laidalerte (casindex alerteb ) [enjours]

Nombre decas (a)

Nombre decas confirmés(b) Nombre dedécès(c) talité (c/a)

%decas confirmés (b/a)

rences Zaïre(RDC)Bumba (Yambuku), Abumonbazi, Kinshasa

01/09/1976- 05/11/1976

M44ans DC

Inconnue203183828088,1%11,9%[62,63] Zaïre(RDC)Talanda??/06/1977F9ans DC

Inconnue111100,0%100,0%[28] GabonMékouna, Andock, Minbéké

13/11/1994- 09/02/1995 Chimpanzé, gorille

3551193160,8%37,3%[20,44] RDCongoKikwit, Mosaango

06/01/1995- 16/07/1995

M42ans DC

Inconnue1153158225581,0%26,0%[25,31] GabonMakokou (Mayibout2)

31/01/1996- 12/03/1996

Chimpan133122167,7%6,5%[44,79,81] GabonBoo,Balimba, Lastourville, Libreville

13/07/1996- 18/01/1997

M39ans DC

Chimpan846044575,0%6,7%[44,78] Afrique duSud

Johannesburg02/11/1996- 26/11/1996

F46ans DC

Homme malade

12111100,0%100,0%[44,80] GabonLaZad (Mékambo), Ivondo, Impassa,Oyem

25/10/2001- 22/03/2002

M44ans DC

Gorille, chimpan, phalophe

2365285381,5%43,1%[44,49,82] CongoMbomo,Kél28/10/2001- 18/03/2002

M44ans DC

Gorille, chimpan, singe 215994474,6%15,3%[82] CongoMbomo,Kél25/12/2002- 22/04/2003

1DCGorille, phalophe 341431312889,5%9,1%[19] CongoMbomo, Mbandza

11/10/2003- 02/12/2003 4DCSinge, phalophe 1335172982,9%48,6%[5] CongoEtoumbi, Mbomo

18/04/2005- 26/05/2005

M36ans DC

Inconnue91211083,3%8,3%[50] (Suitepagesuivante)

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au virus ayant circulé dans cette région entre fin 2014 et début 2015. La transmission était très probablement liée à un sujet guéri excrétant du virus. Cette résurgence a été en Guinée, à la date du 28 avril 2016, à l’origine de dix cas, dont huit sont décédés [8,85, 87]. Par ailleurs, une femme, ayant participé aux funérailles d’un des cas de Guinée, est morte de la MVE à Monrovia. Deux de ses enfants ont éga- lement été contaminés [85].

Matériels et méthodes Guinée

La Guinée est un pays d’Afrique de l’Ouest de 245 857 km2 avec environ 11 millions d’habitants, dont 1,7 million en 2014 dans la capitale Conakry située à l’ouest sur la côte atlantique du pays [47]. On distingue quatre zones ou régions naturelles : une zone côtière ou Guinée maritime sur la façade atlantique à l’ouest, une zone montagneuse ou Moyenne-Guinée, qui comprend le massif du Fouta-Djalon, une zone de savane au nord ou Haute-Guinée et une zone de forêt au sud-est ou Guinée forestière. Le pays est subdivisé en 34 préfectures administratives dont la capitale qui se com- pose de cinq communes. La Guinée est limitée au nord-ouest par la Guinée-Bissau (lusophone), au nord par le Sénégal (francophone), à l’est par le Mali (francophone), au sud-est par la Côte-d’Ivoire (francophone) et au sud par le Liberia (anglophone) et la Sierra Leone (anglophone). Les principa- les religions sont l’islam (84,4 %) et le christianisme (10,9 %).

Surveillance épidémiologique

La notification des cas et des décès confirmés et probables est un élément important pour suivre l’évolution de l’épidémie et guider la riposte. Elle s’appuyait en Guinée sur un système d’alerte par la communauté et les structures de santé face à des cas suspects ou probables, un système de confirmation par les laboratoires et un système numérisé de recueil, de contrôle et d’analyse des informations collectées sur les cas de MVE dans les centres de prise en charge spécialisés Ebola : centre de transit (CDT), centre de traitement Ebola (CTE) et centre de traitement des soignants (CTS) [43].

Trois niveaux de définition standardisée des cas, s’ap- puyant sur des critères cliniques, épidémiologiques et biolo- giques, élaborés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ont été utilisés pour surveiller l’épidémie : cas sus- pect, cas probable et cas confirmé [43,53]. Tous les cas cli- niquement suspects ou probables ont été testés en Guinée pour être confirmés biologiquement dans les laboratoires des centres de traitement (CTE, CTS). Ces laboratoires ont utilisé comme technique de confirmation sur sérum, pour les Tableau1(suite) PaysDistricts (villages)

Période desurvenue (casindex derniercasa ) CasindexOrigine delacontam- ination laidalerte (casindex alerteb ) [enjours]

Nombre decas (a)

Nombre decas confirmés(b) Nombre dedécès(c) talité (c/a)

%decas confirmés (b/a)

rences RDCongoLuebo15/05/2007- 10/10/2007

HVVChauve- souris frugivore 982641718670,5%6,4%[23,36] RDCongoLuebo,Mweka27/11/2008- 01/01/2009

F18ans DC

Inconnue283221546,9%6,3%[23,51] Touspaysde1976à200939c 23d1388235109979,2%c 78,0%d16,9%c 13,6%d Guinée27préfectures/ 34

26/12/13-20/ 04/16

M2ans DC

Chauve- souris(?) 7438143358254466,7%88,0%[2,8,43, 65,87] a Datededébutdessignesducasindexetdatedeguérisonoudedécèsduderniercas;b Datededébutdessignesducasindexetdatedalerte;c Moyenne;d Médiane. RDC:RépubliquedémocratiqueduCongo;DC:décédé;VV:vivant.

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cas suspects et probables vivants et sur écouvillonnage buc- cal (« SWAB ») pour les sujets décédés, la RT-PCR avec le kit Filovirus, et à partir de 2015 le kitZaïre ebolavirus[70].

En Guinée : les décès non testés biologiquement ayant un lien épidémiologique avec un cas confirmé ont été considé- rés comme des cas probables ; les cas testés non confirmés biologiquement ont été définis comme non infectés et n’ont pas été comptabilisés dans le total des cas de l’épidémie (~24 500 cas suspects et décès testés négatifs pendant toute l’épidémie) ; pour les communautés, l’alerte rapide vers les équipes préfectorales de coordination était essentielle, avec des critères de définition des cas et des décès suspects adap- tés et simples [43]. Des lignes téléphoniques dédiées, dont le numéro « 115 » au niveau national, ont été mises en place à cet effet [34].

Suivi des personnes contacts

La surveillance épidémiologique des cas et des décès confir- més et probables était complétée par le suivi médical quoti- dien à domicile des sujets contacts (contact tracing) pendant 21 jours, durée maximale d’incubation de la MVE. Les objectifs de ce suivi étaient de prendre en charge, dans un centre spécialisé Ebola, un contact dès qu’il présentait les premiers symptômes de la maladie et donc devenait conta- gieux, afin de confirmer le diagnostic et, point capital, d’évi- ter la transmission du virus à ses proches en cas de positivité.

Dès qu’un cas ou un décès confirmé ou un décès probable était identifié, une enquête était réalisée. Elle permettait de recueillir les informations sur l’exposition de toutes les per- sonnes ayant eu un contact avec ce cas ou ce décès et leurs fluides corporels [43,58]. Les informations sur l’exposition devaient être vérifiées, puis leur cohérence et leur exhausti- vité revérifiées lors des visites ultérieures, les enquêteurs s’exposant à deux biais potentiels dans leur recherche : l’oubli ou biais de mémorisation et la dissimulation ou biais de prévarication, la MVE étant particulièrement stigmati- sante et la population souvent réticente à accepter les métho- des de lutte. Ces deux derniers éléments avaient également un effet délétère sur la qualité du suivi des contacts.

Analyse des données

Les analyses des cas notifiés ont été réalisées à partir de la base nationale de données, validée le 28 avril 2016. Après une phase de vérification de la base, les variables utilisées ont été les principales caractéristiques démographiques (âge en années, sexe), l’appartenance à un métier de santé et le type de métier de santé, le lieu de résidence et celui de sur- venue de la MVE (préfecture, sous-préfecture), les principa- les variables descriptives de la MVE (date de début de la MVE [8,6 % de dates estimées], date de décès, résultat de la PCR Ebola Zaïre, catégorie épidémiologique [quatre caté-

gories : sujet confirmé guéri, sujet confirmé décédé en centre de prise en charge, sujet décédé confirmé non pris en charge, sujet décédé dans la communauté non pris en charge en lien épidémiologique avec un cas confirmé]). Les dates de début de maladie et de décès prises en compte dans cet article sont celles figurant dans la base nationale. Pour les sous- préfectures de début de la MVE non indiquées dans la base nationale (~10 %), la sous-préfecture de résidence a été uti- lisée lorsqu’elle était indiquée dans la base, car les sous- préfectures de début de maladie et les sous-préfectures de résidence étaient les mêmes dans la grande majorité des cas (~92 %). Les sous-préfectures de début de la MVE non identifiées étaient au total peu nombreuses (1 %). L’erreur introduite par cette méthode a été sans doute très faible.

Deux groupes ont été générés pour les besoins de l’analyse de la létalité : les malades pris en charge dans les structures de soins spécialisées (CDT/CTE/CTS) et les sujets décédés dans la communauté témoins d’un échec de la prise en charge (décès communautaires confirmés et décès probables avec lien épidémiologique). De même, la variable concer- nant les régions naturelles a été générée à partir des préfec- tures de survenue de la MVE. La létalité mensuelle cumulée correspond à la proportion de décès cumulés rapportés aux cas cumulés chaque mois depuis le début de l’épidémie.

Les données démographiques pour le calcul des taux d’incidence sont issues du recensement de la population gui- néenne de 2014 [47]. La répartition de la population selon l’âge et le sexe a été obtenue à partir du site des Nations unies en charge de la démographie mondiale [71]. L’effectif total des personnels de santé (public et privé), fin 2011, était de 11 529 travailleurs dont 84 % de professionnels.

La répartition des catégories professionnelles utilisée pour le calcul des taux d’incidence a été fournie par le ministère de la Santé [45].

Les logiciels Excel, PowerPoint et Épi-Info 6 ont été utilisés pour la réalisation des graphiques, de la carte et des comparaisons statistiques. Le seuil de signification des tests statistiques a été fixé à 5 %.

La description des activités et des stratégies développées tout au long de l’épidémie a été faite à partir des rapports quotidiens de la situation épidémiologique et des comptes rendus de la Coordination nationale de Guinée et de l’OMS, complétés par des publications scientifiques.

Résultats

Importance de l’épidémie de MVE en Guinée

Le 28 avril 2016, date de fin de la résurgence de MVE en Guinée, la coordination nationale avait recensé 3 814 cas, avec 3 358 cas confirmés (88,0 %), dont 1 270 sortis guéris des centres de prise en charge Ebola, 1 300 décédés dans

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ces centres, 788 cas décédés dans la communauté et 456 cas probables en communauté tous décédés par défi- nition (Tableau 2). La létalité globale était égale à 66,7 % (2544/3814), la létalité des cas confirmés à 62,2 % (2 088/3 358) et la létalité dans les centres de prise en charge à 50,6 % (1 300/2 570).

Description de l’épidémie et des stratégies de riposte de 2013 à 2016

La Figure 1 montre l’évolution mensuelle des cas confirmés et probables de MVE de décembre 2013 à avril 2016, ainsi que les principaux événements et activités de riposte mises enœuvre qui seront décrits dans ce chapitre pour plus de facilité.

On constate qu’après une phase où l’épidémie a évolué de façon silencieuse et où tous les cas identifiés rétrospective- ment étaient décédés (cas probables), l’alerte a été lancée le 10 mars 2014 par les autorités sanitaires régionales de la Guinée forestière [43]. Le virus Ebola a été identifié le

21 mars par le laboratoire P4 Jean-Mérieux–Inserm de Lyon [2,84]. Les cas suspects vont être pris en charge à partir de mars dans trois centres spécialisés mis en place par l’organi- sation « Médecins sans Frontières-Belgique » (MSF-B), avec un CTE dans la capitale, un CTE à Guéckédou et un CDT à Macenta en zone forestière (localisation des chefs- lieux de préfecture sur la Figure 3). La confirmation de MVE des cas et décès suspects était réalisée par le labora- toire de l’institut Pasteur de Dakar à Conakry et le labora- toire mobile européen à Guéckédou. Les volontaires de la Croix-Rouge guinéenne ont été en charge durant toute l’épi- démie des prélèvements et des enterrements dignes et sécu- risés (EDS) dans la communauté (> 26 000 EDS depuis mars 2014). Le 30 mars, l’épidémie s’étendait au Liberia dans le district frontalier de Lofa et le 30 avril en Sierra Leone dans le district frontalier de Kailahun [14,22,33,75].

Sous l’effet des mesures de lutte, l’incidence de la MVE diminuait de mai à juillet, faisant croire à tort à la fin de l’épidémie en Guinée. En fait, c’est à partir de ce moment que la phase qui a été la plus intense et la plus longue a

Tableau 2 Distribution des cas et des décès de maladie à virus Ebola notifiés dans la population de Guinée et chez les professionnels de santé entre décembre 2013 et avril 2016 selon le statut biologique, le statut vital, le sexe (Coordination nationale contre Ebola) / Distribution of cases and deaths of Ebola virus disease among population and healthcare workers in Guinea from December 2013 to April 2016 according to biological status, vital status, gender (National Coordination against Ebola).

Classification Cas (%) Décès (létalité en %)

Cas confirmés pris en charge en CT/CTE/CTS - Sexe féminina

- Sexe masculina

- Population de 15 ans et plus (hors santé) - Professionnels de santé

2 570 (67,4)d 1 328 (51,7) 1 242 (48,3) 2 083 (67,1)d 184 (87,2)d

1 300 (50,6) 649 (48,9)*

651 (52,5)*

1 049 (50,4)***

88 (47,8)***

Décès communautaires confirmés - Sexe féminin

- Sexe masculin

- Population de 15 ans et plus (hors santé) - Professionnels de santé

788 (20,7) 425 (54,3) 359 (48,7) 648 (20,9) 12 (5,7)

788 (100,0) 425 (100,0) 359 (100,0) 648 (100,0) 12 (100,0) Décès probables (lien épidémiologique)

- Sexe féminin - Sexe masculin

- Population de 15 ans et plus (hors santé) - Professionnels de santé

456 (11,9) 254 (55,9) 200 (44,1) 374 (12,0) 15 (7,1)

456 (100,0) 254 (100,0) 200 (100,0) 374 (100,0) 15 (100,0) Total des cas et décès notifiés

- Sexe fémininb - Sexe masculinb

- Population de 15 ans et plus (hors santé)c - Professionnels de santé

3 814 (100,0) 2 007 (52,7) 1 801 (47,3) 3 105 (100,0) 211 (100,0)

2 544 (66,7) 1 328 (66,2)**

1 210 (67,2)**

2 071 (66,7)****

115 (54,5)****

a Pourcentages calculés sans les données manquantes ;bSix informations manquantes sur le sexe ;c59 informations manquantes sur lâge ;dPourcentages calculés sur le total des cas, sur le total de la population de 15 ans et plus (hors santé) et sur le total des pro- fessionnels de santé atteints de MVE.

*p= 0,07 ; **p= 0,50 ; ***p= 0,50 ; ****p< 103.

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débuté ainsi qu’au Liberia et en Sierra Leone où elle va exploser, notamment dans les deux capitales Monrovia et Freetown. De nombreuses introductions du virus vont avoir lieu en Guinée forestière à partir de malades libériens à compter de juillet 2014 [22]. La Coordination nationale de la lutte en Guinée a été restructurée avec la nomination d’un coordinateur national sous l’autorité directe du chef de l’État et renforcée avec l’aide des partenaires techniques et finan- ciers internationaux et nationaux après la déclaration d’ur- gence de santé publique de portée internationale (USPPI) le 8 août 2014 par l’OMS [52]. Treize centres de prise en charge ont été construits et six laboratoires supplémentaires mis enœuvre entre octobre 2014 et février 2015 en Guinée [43] (Fig. 1).

En janvier 2015 enfin, une forte diminution de l’incidence était constatée, en particulier en Guinée forestière (Fig. 2), comme au Liberia et à l’est de la Sierra Leone. Profitant de cette inflexion de l’épidémie, la Coordination a lancé dès le 10 janvier l’initiative « Zéro Ebola en 60 jours ». L’objectif était de renforcer les stratégies de lutte (mobilisation sociale, prise en charge précoce des cas, EDS, surveillance des contacts) pour diminuer l’incidence de la maladie à un niveau suffisamment bas pour être plus facilement contrô- lable ensuite. Mais dès février, l’épidémie a changé d’épi- centre en Guinée pour s’amplifier en région maritime, prin- cipalement dans la capitale Conakry et dans la préfecture de Forécariah. Dans cette préfecture, la recrudescence était la conséquence de la levée des réticences communautaires,

qui duraient depuis plusieurs semaines, gênant, voire empê- chant l’ensemble des activités de riposte. Le 19 janvier, après quatre mois de fermeture, les écoles et les universités du pays étaient ouvertes, avant celles du Liberia et de la Sierra Leone.

En Guinée forestière, les deux derniers cas sont sortis guéris du CTE de Macenta le 10 mars 2015. C’est à ce moment que le ministère guinéen de la Santé, aidé par l’OMS, MSF, Epicentre et l’Institut norvégien de santé publique, a mis en œuvre l’essai avec le candidat-vaccin recombinant constitué du virus de la stomatite vésiculeuse exprimant la glycoprotéine du virus Ebola Zaïre (rVSV- ZEBOV-GP) de Merck-Sharp-Dome. La vaccination était réalisée en ceinture (ou anneau ouring) dans la population chez les contacts exposés et les contacts des contacts de chaque cas et décès confirmé de façon immédiate ou retar- dée de 21 jours, après tirage au sort. Les résultats prélimi- naires sur 90 ceintures (7 651 contacts inclus) dans sept préfectures de Guinée maritime (Boffa, Boké, Coyah, Dubréka, Forécariah, Fria, Kindia) et dans la capitale mon- traient que ce vaccin était très bien toléré et que l’effica- cité vaccinale au dixième jour de la vaccination immédiate variait de 76,3 % chez les contacts en intention de vaccina- tion à 100,0 % (IC 95 % : 74,7–100,0 %) chez les contacts éligibles et consentants [15,27,57]. Un essai, dont l’investi- gateur principal était MSF-B, était également réalisé, princi- palement dans la capitale, chez les travailleurs de santé de première ligne [57].

Fig. 1 Incidence mensuelle des cas confirmés et probables et stratégies de lutte en Guinée de décembre 2013 à avril 2016 (Coordination nationale contre Ebola) /Monthly incidence of confirmed and probable cases and control strategies in Guinea from December 2013 to April 2016 (National Coordination against Ebola)

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À la fin de l’initiative « Zéro Ebola en 60 jours », la Coor- dination nationale a réalisé jusqu’en juin, dans les préfectu- res de Forécariah, Coyah et Dubréka où persistaient toujours des chaînes de transmission, des « campagnes de sensibili- sation et de recherche active » de cas et de décès suspects dans l’ensemble des ménages. Les cas ont continué à dimi- nuer en nombre, malgré quelques cas notifiés dans les pré- fectures de Boké, Dubréka, Coyah et Fria, se concentrant fin juillet à Conakry et dans la préfecture de Forécariah. À partir de ce moment, la coordination nationale a mis enœuvre une dernière stratégie de lutte, le « microcerclage » autour des derniers cas sporadiques. Cette stratégie consistait au main- tien à domicile des habitants des localités des derniers cas pendant trois semaines, qu’ils soient contacts ou non, avec surveillance médicale quotidienne, associé à la fourniture de denrées alimentaires (riz, haricots, huile, etc.) et d’un pécule financier (« prix de sauce »), à des activités de sensibilisa- tion, au renforcement des mesures d’hygiène et à une aide scolaire aux enfants. Il s’agissait au total d’une véritable mise en quarantaine autour des dernières chaînes de trans- mission. Une recherche active de cas et de décès suspects, également appelée « ratissage », complétait cette stratégie de cerclage dans un périmètre de 5 à 10 km autour des localités en quarantaine.

La dernière chaîne de transmission de la principale flam- bée épidémique était survenue dans la sous-préfecture de Kaliah, préfecture de Forécariah, en octobre 2015 à partir d’une jeune femme résidante de cette sous-préfecture, décé-

dée dans la capitale, sans que l’alerte ne soit donnée (cas probable). L’une de ses sœurs faisait partie des contacts exposés, sans avoir été identifiée. Elle va développer la MVE et consulter un guérisseur de Kaliah. L’alerte n’était donnée qu’au moment de son décès. Au total, dix personnes ont été infectées dont trois sont décédées : le guérisseur, la coépouse de l’aide-guérisseur et une amie de ce dernier. La coépouse de l’aide-guérisseur était enceinte. Elle a donné naissance avant de décéder, au CTE de MSF-B à Conakry, à un bébé de sexe féminin qui va guérir, bénéficiant, à titre compassionnel, d’une bithérapie par Zmapp et GS 5734 [12,74]. Ce bébé, dernier cas de l’épidémie, est sorti du CTE le 16 novembre 2015. L’OMS a déclaré la fin de la transmission interhumaine de la MVE en Guinée, 42 jours plus tard, le 29 décembre 2015 [60]. Une période de sur- veillance renforcée de trois mois débutait à partir de cette date. Onze jours avant la fin de cette période de surveil- lance, une résurgence est survenue à partir d’un survivant excrétant du virus, dans la sous-préfecture de Koropara (préfecture de N’Zérékoré). Cette résurgence a été à l’ori- gine de dix cas, dont huit sont décédés (sept à N’Zérékoré et un dans la sous-préfecture de Kouankan [préfecture de Macenta]), et deux sont sortis guéris du CTE de N’Zérékoré dirigé par l’association Alima (un malade de Koropara et un de Kouankan). Le dernier cas est sorti guéri le 19 avril.

La fin de la résurgence a été déclarée le 1er juin 2016, aucun nouveau cas n’étant survenu pendant les 42 jours de surveillance.

Fig. 2 Incidence mensuelle pour 100 000 des cas confirmés et probables par région naturelle en Guinée de décembre 2013 à avril 2016 (Coordination nationale de lutte contre Ebola) /Monthly incidence rate per 100,000 of confirmed and probable cases by natural region of Guinea from December 2013 to April 2016 (National Coordination against Ebola)

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La Figure 2 décrit l’évolution de l’incidence mensuelle pour 100 000 de la MVE dans chaque région naturelle et dans la capitale. La MVE a été la plus intense en Guinée forestière, avec un pic épidémique en septembre 2014 (16,2 pour 100 000). Dans la capitale, l’épidémie a débuté dès mars 2014, puis elle a évolué jusqu’en octobre 2015 en plusieurs vagues successives peu intenses (pic le plus élevé en décembre 2014 égal à 6,0 pour 100 000). La Guinée mari- time a été la plus touchée après la région forestière. Le pre- mier cas y a débuté sa maladie en avril 2014. Ensuite, l’épi- démie est restée peu intense pour augmenter à partir d’octobre 2014 et se terminer en octobre 2015 dans la pré- fecture de Forécariah. Deux pics épidémiques ont été obser- vés l’un en décembre 2014 (8,4 pour 100 000), l’autre en mars 2015 (7,7 pour 100 000). En Haute-Guinée, après quel- ques cas sporadiques de mars à juillet 2014, l’épidémie a connu un pic en novembre 2014 (5,3 pour 100 000) avant de se terminer en mars 2015.

La Figure 3 montre la répartition spatiale des cas de MVE en Guinée dans les sous-préfectures et les communes de la capitale après le 19 avril 2016 (carte), et indique l’incidence cumulée des cas et des décès, la létalité et le taux d’incidence pour 100 000 dans les préfectures et les régions naturelles

(tableau joint à la carte). Deux épicentres épidémiques peu- vent être décrits dans lesquels la MVE a diffusé dans une grande partie, voire dans la totalité des sous-préfectures. Le premier épicentre s’est développé en Guinée forestière dans les préfectures de Guéckédou, Macenta, N’Zérékoré et Lola de décembre 2013 à mars 2015. Le foyer de résurgence de 2016 est resté localisé à deux sous-préfectures. L’autre épi- centre s’est développé dans un deuxième temps en Guinée maritime, principalement dans les préfectures de Forécariah, Coyah, Dubréka et Kindia de décembre 2014 à octobre 2015. Dans la capitale, dont le premier cas est survenu dès le 12 mars 2014 (cas probable), la MVE a touché les cinq communes de la ville, et des cas et des décès ont été notifiés tout au long de l’épidémie jusqu’en octobre 2015 (cas pro- bable originaire de Forécariah). En dehors de ces deux épi- centres, la MVE a diffusé le long des axes routiers avec apparition de cas sporadiques ou de foyers limités le plus souvent dans des chefs-lieux de préfecture, diffusant peu ou pas du tout dans les autres sous-préfectures. La Moyenne-Guinée (région administrative de Labé dans le Fouta-Djalon et région administrative de Mamou) a été très peu touchée par l’épidémie. Aucun cas n’a été déclaré dans ces deux grandes capitales régionales.

Fig. 3 Incidence cumulée des cas de maladie à virus Ebola [carte] par sous-préfecture et incidence cumulée des cas et des décès, létalité et taux dincidence pour 100 000 par préfecture et par région naturelle [tableau] en Guinée de décembre 2013 à avril 2016 (Coordination nationale contre Ebola) /Cumulative incidence of cases of Ebola virus disease [map] per sub-prefecture and cumulative incidence of cases and deaths, case fatality and incidence rate per 100,000 per prefecture and natural region [table] in Guinea from December 2013 to April 2016 (National Coordination against Ebola)

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Le taux d’incidence pour 100 000 de la MVE a été le plus élevé en Guinée forestière (87,2) et en Guinée maritime (65,8), intermédiaire dans la capitale (36,6) et le plus bas en Haute-Guinée (12,5) et en Moyenne-Guinée (1,2).

Caractéristiques de la MVE selon le sexe et l’âge

Les proportions de cas de MVE selon le sexe égales à 52,7 % chez les femmes et 47,3 % chez les hommes n’étaient pas différentes des proportions de femmes et d’hommes du recensement de la population 2014 (p= 0,20) (Tableau 2) ; de même que l’incidence pour 100 000 égale à 36,58 (± 1,60) chez les femmes et 35,02 (± 1,62) chez les hommes (p= 0,18).

La Figure 4 décrit l’évolution des taux d’incidence pour 100 000 de la MVE selon le sexe, l’âge et la prise en charge ou non (décès communautaires confirmés et probables) dans les centres spécialisés Ebola. L’évolution était différente selon que les malades avaient été pris en charge ou non.

Chez les malades pris en charge, l’incidence pour 100 000 n’était pas différente selon le sexe (24,18 chez les femmes et 24,11 chez les hommes) [p= 0,98]. L’incidence pour 100 000 était la plus basse chez les enfants de moins de dix ans (inférieure à 10), puis elle augmentait régulièrement jusqu’à 40 ans pour atteindre 40-45. Ensuite, l’incidence res- tait stable jusqu’à 60 ans à environ 45-50. Enfin, l’incidence diminuait après 60 ans pour être inférieure à 25 chez les malades de 70 ans et plus.

Chez les malades non pris en charge avant leur décès, l’incidence pour 100 000 différait significativement selon le sexe. Elle était supérieure chez les femmes (12,37) par rapport aux hommes (10,87) (p= 0,02). L’incidence pour

100 000 dans ce groupe était la plus basse chez les sujets de moins de 20 ans stable entre 1 et 3. Ensuite, chez les hommes, l’incidence augmentait régulièrement jusqu’à 50 ans pour atteindre 13 et marquait ensuite un plateau stable autour de 11-12 au-delà. Chez les femmes, l’incidence aug- mentait également, mais jusqu’à 60 ans pour atteindre 16 puis marquait un plateau stable jusqu’à 70 ans avant que l’incidence ne diminue légèrement au-delà. Au total, dans ce groupe de malades non pris en charge, donc tous décédés, l’incidence pour 100 000 était la plus élevée chez les femmes à partir de 50 ans (184 femmes).

Caractéristiques de la MVE chez les professionnels de santé

Parmi l’ensemble des cas notifiés, 211 ont concerné des pro- fessionnels de santé, dont 115 sont décédés (54,5 %) (Tableau 2). C’est dans la capitale que l’incidence a été la plus élevée, avec 81 professionnels infectés, puis par ordre décroissant en Guinée forestière, en Guinée maritime et en Haute-Guinée, avec respectivement 58, 50 et 21 profession- nels infectés. En Moyenne-Guinée, dans la préfecture de Pita, un seul professionnel de santé décédé de la MVE a été déclaré. La létalité chez les personnels de santé, préfec- ture de Pita exclue, a été la plus élevée en Haute-Guinée (71,4 %) et en Guinée forestière (69,0 %) et la plus basse en Guinée maritime (44,0 %) et dans la capitale (45,7 %) [p = 0,07]. Le CTS a pris en charge, de janvier à juillet 2015, 26 professionnels de santé, dont huit sont décédés (30,8 %).

Les médecins et les infirmiers ont été les plus infectés (49 % des professionnels de santé infectés), ainsi que les

Fig. 4 Incidence cumulée pour 100 000 des cas de maladie à virus Ebola selon lâge, le sexe et le mode de prise en charge en Guinée de décembre 2013 à avril 2016 (Coordination nationale contre Ebola) [62 données manquantes] / Cumulative incidence rate per 100 000 of cases of Ebola virus disease according to age, gender and healthcare management in Guinea from December 2013 to April 2016 (National Coordination against Ebola) [62 missing data]

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agents techniques de santé (18 %). Le dernier cas était un garçon de salle d’une clinique de la capitale pris en charge et décédé le 30 août 2015. Les professionnels de santé ont été, avec un taux d’incidence de 21,8 pour 1 000, près de 44 fois plus infectés que le reste de la population de 15 ans et plus (hors santé), dont le taux était égal à 0,5 pour 1 000.

Ce sont les techniciens de laboratoires (neuf infectés) et les médecins (53 infectés) qui ont présenté les plus forts taux d’incidence avec respectivement 39,0 et 32,8 pour 1 000.

Quatorze guérisseurs traditionnels figuraient parmi les victimes d’Ebola dans les cas notifiés, sans aucun doute en dessous de la réalité. Dix exerçaient en Guinée maritime, dont quatre de la préfecture de Forécariah, trois en Guinée forestière et un dans la capitale. Douze sont décédés (létalité 85,7 %), dont cinq sans avoir été pris en charge avant leur décès.

Autres caractéristiques de la létalité de la MVE

La létalité globale était différente selon la région naturelle.

Elle était la plus élevée en Guinée forestière (72,5 % [1230/1697]), en Haute-Guinée (68,0 % [225/331]) et en Guinée maritime (65,8 % [757/1151]) et la plus basse dans la capitale (52,7 % [322/611]) et en Moyenne-Guinée (41,7 % [10/24]) [p< 106] (Fig. 3). La létalité des malades pris en charge dans les centres spécialisés Ebola était égale- ment la plus élevée en Guinée forestière (56,8 % [614/1 081]) et en Haute-Guinée (56,2 % [136/242]), et la plus basse en Guinée maritime (48,5 % [371/765]), dans la capitale (37,7 % [175/464]) et en Moyenne-Guinée (22,2 %

[4/18]) [p< 10–6]. Ces létalités ne reflètent pas strictement les létalités spécifiques de chaque centre qui pouvait prendre en charge des malades de différentes régions.

La létalité chez les femmes égale à 66,2 % (1 328 décès/

2 007 cas) n’était pas différente de celle des hommes égale à 67,2 % (1 210 décès/1 801) [p= 0,50] (Tableau 2).

La Figure 5 décrit la létalité due à la MVE selon l’âge et le sexe de l’ensemble des cas notifiés en Guinée. La létalité, comparable chez les femmes et les hommes, variait en fonc- tion de l’âge (p< 10–6). Elle était la plus élevée aux âges extrêmes de la vie, proche de 80 % chez les moins de cinq ans et de 90 % chez les plus de 70 ans. Elle était la plus basse entre 10 et 20 ans, légèrement inférieure à 50 %.

La létalité globale était significativement inférieure chez les professionnels de santé (54,5 %) par rapport à celle de la population comparable de 15 ans et plus (hors santé) (66,7 %) [p< 10–3] (Tableau 2). La létalité chez les profes- sionnels de santé pris en charge en centres spécialisés Ebola (47,8 %) n’était pas significativement différente de celle en population comparable (50,4 %) [p= 0,50] (Tableau 2).

La Figure 6 compare l’évolution mensuelle de la létalité cumulée globale et celle des structures de prise en charge Ebola chez les professionnels de santé et dans la population de 15 ans et plus (hors santé). On constate dans les deux groupes que la létalité globale, qui prend en compte l’ensem- ble des sujets décédés, était plus élevée que celle des seuls malades pris en charge et qu’elle diminuait au fil du temps, passant de 100 % en février 2014 à 67 % dans la population et à 50 % chez les professionnels de santé en septembre 2014. Ensuite, la létalité globale ne variait plus dans la

Fig. 5 Létalité des cas de maladie à virus Ebola selon lâge et le sexe en Guinée de décembre 2013 à avril 2016 (Coordination nationale contre Ebola) [62 données manquantes] / Case fatality rate of Ebola virus disease according to age and gender in Guinea from December 2013 to April 2016 (National Coordination against Ebola) [62 missing data]

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population jusqu’en avril 2016. Par contre, chez les profes- sionnels de santé, elle augmentait jusqu’à décembre 2014 pour atteindre 58 % avant de redescendre en mars à 55 % puis rester stable jusqu’à la fin de l’épidémie chez ces pro- fessionnels en août 2015.

Sur cette figure, on constate que la létalité mensuelle cumulée dans la population générale de 15 ans et plus, prise en charge par les structures spécialisées Ebola, diminuait en début d’épidémie, passant de 62 % en mars 2014 à 50 % en septembre 2014 puis restait stable jusqu’à la fin de l’épidé- mie. Par contre, la létalité mensuelle cumulée chez les pro- fessionnels de santé pris en charge évoluait différemment.

Elle diminuait peu de mars 2014 à juillet 2014 passant de 40 à 35 %, puis augmentait de façon importante jusqu’en décembre 2014 pour atteindre 50 %. Elle diminuait ensuite jusqu’en mars 2015 pour atteindre 47 % et restait stable jus- qu’en août 2015.

Discussion

Les analyses réalisées portent sur des données d’observation imparfaites et incomplètes. Le nombre de cas et de décès est probablement sous-déclaré, comme cela a été constaté au Liberia [21]. Il est donc important d’en tenir compte afin de nuancer les constatations faites dans cet article.

Cette épidémie a été la plus importante de celles surve- nues en Guinée auXXIesiècle non seulement par sa durée, plus de deux ans à la fin de la résurgence épidémique en avril 2016 (Fig. 1), mais également par son étendue géogra- phique, puisqu’elle a touché à des degrés divers les cinq communes de la capitale et les quatre régions naturelles et

par sa gravité avec le décès de deux cas notifiés sur trois, malgré la forte mobilisation internationale à partir de sep- tembre 2014 (Fig. 2, Tableau 2). Le virus Ebola responsable était un variant très proche des souches du virus EBOV de RDC et du Gabon (97 % d’homologie) et aussi virulent. La très forte similarité des souches analysées sur les premiers malades suggérait une introduction unique dans la popula- tion humaine [2]. Le contact du cas index, un enfant de deux ans, avec des chauves-souris a été évoqué pour expliquer l’introduction du virus chez les hommes sans toutefois être formellement prouvé. De plus, contrairement aux travaux antérieurs qui incriminaient les chauves-souris frugivores en Afrique centrale, les études réalisées dans le village du premier cas semblent incriminer des chauves-souris insecti- vores [6,36,65].

La MVE a émergé en Guinée forestière dans une zone densément peuplée proche des frontières de la Sierra Leone et du Liberia (région dite du « Bec de Perroquet »). La pro- pagation dans les trois pays a été favorisée par plusieurs facteurs synergiques : la sous-estimation de l’importance réelle de l’épidémie et de son potentiel de diffusion jusqu’en juillet 2014 ; les insuffisances des structures sanitaires avec des postes et des centres de santé non préparés et armés pour répondre à une telle maladie ; le recours fréquent aux méde- cines traditionnelles par les populations ; les rites funéraires au cours desquels les défunts sont lavés et touchés (love touch) favorisant la transmission virale ; la peur face à une maladie mortelle inconnue à l’origine de fausses rumeurs désignant les personnels de santé comme responsables de l’épidémie et de ses morts, du rejet parfois très violent des équipes de riposte avec « leurs pulvérisateurs qui inoculent le virus » et de la fuite hors des villages et des quartiers Fig. 6 Évolution mensuelle des létalités cumulées globales et en centres de prise en charge (CDT/CTE/CTS) des cas de maladie à virus Ebola dans la population (15 ans et +, hors santé) et chez les professionnels de santé (Coordination nationale contre Ebola) [59 données manquantes sur lâge des malades de 15 ans et +] /Monthly evolution of global cumulative lethality and cumulative lethality in support centers of Ebola virus disease among population (15 years and over, excluding health) and healthcare workers (National Coordination against Ebola) [59 missing data on patient age of 15 years and +]

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