B ERNARD B RU
A la recherche de la démonstration perdue de Bienaymé
Mathématiques et sciences humaines, tome 114 (1991), p. 5-17
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A LA RECHERCHE DE LA
DÉMONSTRATION
PERDUEDEBIENAYMÉ
Bernard
BRU1
RÉSUMÉ -
Nous publions et commentons brièvement une démonstration du théorème critique desprocessus de branchement très vraisemblablement due à Bienamyé.
SUMMARY - In search of the Bienaymé’s lost proof
We publish and briefly comment a proof of the criticality theorem of branching processes, very likely due to Bienaymé.
INTRODUCTION
Le 29 mars
1845,
Irénée-JulesBienaymé (1796-1878) communiquait
à la SociétéPhilomatique
de Paris un travail ayant pour titre : "De la loi de
multiplication
et de la durée des famille"[3].
En1972, Heyde
et Seneta ont montré que cette communication contenait lepremier
énoncé connudu théorème de criticalité des processus élémentaires de
branchement, anticipant
de 28 ansl’énoncé d’ailleurs inexact de Galton et
Watson,
et de 85 ans le résultat deSteffensen,
voir[21]
et
[22].
,La "communication" de
Bienaymé
ne comporte aucune démonstration et l’on n’a puretrouver à ce
jour
le "mémoirespécial"
queBienaymé
seproposait
depublier
sur cetteintéressante
question
mais dont rien ne permet à l’heure actuelle d’affirmerqu’il ait jamais
étépublié
ni surtoutrédigé.
Si eneffet, Bienaymé
avaitpris
le temps derédiger
un mémoire sur lesujet
del’extinction
des "famillesfermées", sujet qui passionnait
alors les sociétés savantesparisiennes,
il n’aurait eu aucune difficulté à le fairepublier,
parexemple
dans le Journal de Liouvillequi déjà
en 1838([10] p.334), regrettait
de nepouvoir publier
les résultats deBienaymé
sur laprobabilité
desjugements,
parce que "lesoccupations multiples
de l’auteur nelui ont pas
permis
de lesrédiger complètement".
Sur laquestion
desjugements,
comme sur cellede la durée des
familles, Bienaymé
s’était contenté de donner une"analyse
très succincte" de sesréflexions à la Société
Philomatique.
Désespérant
de retrouver unjour
le "mémoirespécial",
il restait à chercher chez les auteursdu temps, des traces de l’énoncé et si
possible
de la démonstration du théorème deBienaymé.
Ilse trouve que l’un comme l’autre sont
reproduits
dans un traité peu connu de Cournotpublié
en1847 .
(voir appendice)
et récemment réédité[12].
Selon toute
vraisemblance,
la démonstration de Cournot est celle deBienaymé,
bienqu’il
nel’indique
pasexplicitement ;
elle coïncide en tout cas très exactement avec la démonstration reconstituée par D.G. Kendall en 1974([24] p.233).
Nous
profitons
de lapublication
du texte de Cournot pour apporter certaines informationscomplémentaires
sur les travaux, les motivations et lapersonnalité
deBienaymé qui pourraient
éventuellement intéresser le lecteur.
1 Université Paris V.
1. COURNOT ET LA
DÉMONSTRATION
PERDUE DEBIENAYMÉ
En
1847,
A.A. Cournot(1801-1877)
alorsInspecteur général
del’Université, publie
son derniertraité
mathématique :
"Del’origine
et des limites de lacorrespondance
entrel’algèbre
et lagéométrie".
Publié 4 ansaprès "l’Exposition
de la théorie des chances et desprobabilités",
cetouvrage passe pour être le moins lu des livres d’un auteur
qui
fut à sonépoque
etqui
demeureencore
particulièrement
peulu,
si l’on excepte ses "Recherches sur lesprincipes mathématiques
de la Théorie des Richesses" de 1838
qui
furent traduites enitalien, anglais
et allemand et donton reconnaît
généralement l’importance.
Pourtant,
le traité de Cournot sur lacorrespondance
entrel’algèbre
et lagéométrie
se proposede rendre raison "des concordances et des discordances que
l’algèbre
et lagéométrie présentent, quand
onapplique l’algèbre
auxquestions
degéométrie",
et parce que cettequestion,
"loind’être
rebattue,
n’estposée
nettement nullepart",
Cournots’oblige
de "remonterjusqu’aux premières notions", qu’il
n’est peut être pas inutile derappeler
à notre tour enguise
d’introduction.
Pour
Cournot,
"sous le nom collectif deMathématiques,
ondésigne
unsystème
deconnaissances
scientifiques,
étroitement liées les unes aux autres, fondées sur des notionsqui
setrouvent dans tous les
esprits,
portant sur des véritésrigoureuses
que la raison estcapable
dedécouvrir sans les secours de
l’expérience,
etqui
néanmoins peuventtoujours
se confirmer parl’expérience,
dans les limitesd’approximation
quel’expérience comporte" ([12] p.355).
Cetteconception
est résolument"moderne",
pour exister lesmathématiques
n’ont nul besoin de"l’expérience"
mais c’estplutôt l’expérience qui
a besoin desmathématiques.
Cournot auraitsans doute
approuvé
les propos provocateurs de Cavaillèsqui choquèrent beaucoup
les"empiristes français" :
"... lagéométrie
n’idéalise rien.Que
penser d’un rond sinondéjà
lecercle ? C’est d’une
épistémologie
naïve que faire naître lesobjets mathématiques
par abstraction àpartir
du réel. Enfait,
il y adéveloppement
autonomed’opérations qui,
dèsl’origine,
sontmathématiques :
lesapplications pratiques
viennent du succès desopérations
codifiées dans le réel. S’il y avait
abstraction,
ce serait non du réel(où
iln’y
a rien àabstraire)
aux
opérations,
mais desopérations
au réel(négligence
dans celui-ci de certainespropriétés mathématiques) ;
ils’agit, d’ailleurs, plutôt d’approximation" ([7] p.151-152).
Comme on le
sait,
la difficulté évidente de telles "définitions modernes" estd’expliquer
lesraisons de la surprenante
applicabilité
desmathématiques
à d’autres domaines ou, pouremployer
le
langage
deCournot,
de la "valeurreprésentative
des idéesmathématiques".
Comment se fait-ilque les
mathématiques,
constructions del’esprit
humain apparemment arbitraires ouconventionnelles, puissent
aussi fairepartie
des "sciencespositives", "susceptibles
d’êtrecontrôlées par
l’expérience" ?
On peut certesinvoquer
le hasard et renvoyer cettequestion
auxspéculations
desmétaphysiciens : "Que
l’onpuisse,
au cours delongs
raisonnements de natureformelle,
oubliercomplètement l’origine
des élémentsqu’on
y fait entrer, etqu’à
laconclusion
de ces raisonnements on obtienne des résultats
qu’on applique
avec succès à l’étude deproblèmes
naturels concrets, c’est là certes unsujet
despéculation métaphysique :
pour les mathématiciens c’est seulement unfait ;
un fait fortheureux, puisqu’il
leur vaut leurs chaires etleurs
traitements ;
mais un fait incontestable : lesmathématiques,
comme ondit,
sontsusceptibles d’applications" .([37] p.202).
Théoricien du
hasard,
Cournot ne croit pas aux "faitsheureux",
du moins aux faits si continuellement heureux. Certes on ne pourrajamais
démontrer la réalité ou lapositivité
des"idées
spéculatives" qui
forment la substance desmathématiques,
pasplus
d’ailleursqu’on
neprouve "l’existence extérieure des
corps",
mais c’estprécisément
parce que lesmathématiques
sont
"susceptibles d’applications"
avec une constancequi
ne s’estjamais
démentiequ’on
peut affirmer avec uneprobabilité philosophique
frisant la certitude que les véritésmathématiques,
aumoins certaines d’entre
elles,
ont une réalité aussi assurée que celle des corps, de sortequ’aucun philosophe
ne douterajamais
de l’une comme de l’autre. Et ilappartiendra
à la"philosophie
desmathématiques",
dont c’est le rôle et lemérite,
de démêlerparmi
l’infinité des arrangementslogiques qu’on
peut librementimaginer,
ceuxqui
"ne sontpoint
de pures fictions del’esprit"
mais au contraire des "vérités abstraites" dont l’ordre et la
dépendance
rationnelle assurent à lafois la beauté et la "valeur
représentative", quand
bien même"l’experimentum
crucis de Bacon"ne saurait
indiquer
que cettephilosophie
estjuste
à l’exclusion de toutes les autres([ 12] p.363).
Il est un autre
"mystère" ([32] p.59)
desmathématiques
que l’on s’accorde à célébrer commela "fierté et la
gloire"
d’unediscipline
d’ailleurséminente,
ils’agit
de l’accord inattendu entreplusieurs
théoriesmathématiques
dont rienn’indiquait
apriori qu’elles
eussent le moindrerapport. Or,
pour Cournot, lesmystères inopinés
ne seproduisent
pasplus
souvent que les faits heureux etlorsqu’on
rencontre deux théoriesqui
s’accordent aussi bien et aussi continuellement quel’algèbre
et lagéométrie,
parexemple,
c’est là l’indication que ces deux théories siéloignées soient-elles,
relèvent d’une théoriequi
les domine toutes deux par sagénéralité
et sa valeurreprésentative,
leurspoints
de désaccord révélant quant à eux la natureparticulière
des ditesthéories,
leurs "différences".Il
importe
donc d’examiner les concordances et les discordances(et
il enexiste)
entrel’algèbre
et lagéométrie,
d’en "faire la théorie" defaçon,
là encore, à isoler au sein desconstructions artificielles et
particulières,
les "idéesfondamentales,
dont le type est dans lathéorie
générale
del’ordre ;
cequi
nous met sur la voie du sensvoilé,
maisprofond,
de ce motde Pascal : "la nature s’imite... Les nombres imitent
l’espace, qui
sont de nature si différente"([12] p.397-398).
La discordance la
plus
évidente et la mieux constatée que l’on rencontrelorsqu’on
veut"appliquer l’algèbre
à la solution desproblèmes
sur desgrandeurs"
est cellequi
naît de la"multiplicité
des solutions"parmi lesquelles
se trouventgénéralement
la solution duproblème considéré,
mêlée à d’autresqui
lui sontétrangères.
Dèsl’origine,
lesalgébristes
avaientdistingué
les "vraies" racines d’uneéquation
des"fausses", négatives
ouimaginaires.
Ceproblème
avait été examiné en1755,
dans le tome 5 del’Encyclopédie [1],
à l’article"Équation"
dans
lequel d’Alembert,
l’auteur duditarticle,
considéraitl’exemple
suivant : "si on seproposait
de trouver un nombre x tel que retranchant l’unité de ce
nombre,
le carré du reste fûtégal
à4,
on trouverait
(x-1 )2
=4",
d’où l’on tire la "vraie" solution x=3 et une autre, faussecelle-là, x=-1, qui
n’est pas un nombre. D’Alembertajoutait
que "la nature del’algèbre"
neparaît
pas permettre "d’abaisser ledegré
del’équation
à celui de laquestion",
cequi
constitue uninconvénient
plutôt qu’une
richesse del’algèbre ([12] p.98).
Poinsot, qui
avaitrepris
laquestion
en 1845[30],
concluait au contraire que "ledegré
oùl’équation
s’élève est ledegré
même de laquestion,
si elle estparfaitement posée",
et que"l’algèbre
ne nous donne exactement que cequ’un
raisonnementparfait
nous aurait donné lui- même".Cournot est d’un tout autre avis. Il
répond
à Poinsot auChapitre
V de son livre de 1847 intitulé "Considérationsgénérales
sur la traduction desproblèmes
enalgèbre.
De lamultiplicité
des
solutions,
et de l’association ou de la dissociation des solutionsmultiples". "L’algèbre
estune
langue
sansdoute",
écritCournot,
"mais unelangue
dont nous ne sommes pasmaîtres,
comme nous
poûrrions
l’être d’unelangue d’origine conventionnelle,
parce quel’algèbre
estaussi une science ayant sa construction propre, son
objet
dans desidées,
dans des rapports quel’esprit
humain ne crée pas arbitrairement de toutespièces" ([12] p.78).
Pour illustrer sonpropos Cournot traite
complètement
troisexemples pris
hors du domaine de lagéométrie qui
estétudiée, dit-il,
dans leschapitres suivants,
"avecbeaucoup
dedéveloppements".
Les deux
premier exemples,
les seuls que nousexaminerons,
sontempruntés
à la théorie deschances,
"dans un ordre despéculations
tout aussi abstraites que celles de lagéométrie
peuvent l’être".Passons
rapidement
sur lepremier exemple
que Cournot avaitdéjà
traité en 1838[10]
et1843
[11],
il concerne la théorie desjugements.
Dans un tribunal decinq juges supposés indépendants
et de même "véracité" x, ouprobabilité
de bienjuger,
laprobabilité
k d’unjugement
unanime est liée à x parl’équation :
qui
permet, comme l’avaitsuggéré Laplace
en1816,
de calculer xlorsqu’on
connaît sur ungrand
nombre dejugements,
le nombre de ceuxqui
ont été rendus àl’unanimité,
chiffre donné par lesstatistiques judiciaires.
L’équation (1)
a quatre racines dont deuximaginaires,
et deuxcomprises
entre 0 et 1 depart et d’autre de 1/2. Cournot conclut que dans ce cas
l’algèbre
se trouve en accord avec la"nature de la
question".
En revanche pour un tribunal de 4juges,
si l’onçherche
à calculer x àpartir
de laprobabilité
k que lesjuges
rendront unjugement nul, l’équation (1)
seraremplacée
par
l’équation
- -qui
cette fois a quatre racines réelles dont unenégative
et l’autresupérieure à
un."Donc,
conclutCournot,
iln’y
aplus
ici ceparfait
accord que nousremarquions
tout àl’heure ;
et en effet on nevoit pas de raison pour
qu’un
tel accord subsistenécessairement",
conclusion fortjudicieuse quelque
curieusequ’elle puisse
nousparaître à
bien deségards.
Le deuxième
exemple
est "aufond
le même que celuiqui
a pourobjet
de déterminer laprobabilité
de la durée des descendances masculines ou desfamilles, problème
dont M.Bienaymé
s’estoccupé",
il estreproduit
enappendice.
Cettefois-ci,
comme l’écritCournot,
"non seulement il y a une racine
algébrique étrangère
à laquestion,
mais la solution duproblème
d’abord attachée à l’une des racines
algébriques,
laquitte brusquement
pour s’attacher à l’autre".C’est cé que
Bienaymé soulignait à
la fin de sa communication de 1845 : "Il y a une sorte de discontinuité dans toute cette affaire. Non seulement il y a trop de racines mais on doit pour déterminer laprobabilité
de destruction des famillesquitter brusquement
l’un pour s’attacher à l’autre". Le ’désaccord’ est iciaggravé
d’un crime contre la continuité. Il est vraisemblable que c’est ce défaut decontinuité,
dontBienaymé s’étonnait, qui
a attiré l’attention deCournot,
sans doutel’unique
lecteur attentif de la note deBienaymé,
etqui
l’a incité à introduirel’exemple
de ladurée des familles dans ce
Chapitre
V. Il estprobable
queCournot,
ayant lu la note deBienaymé,
lui ait demandé desprécisions
sur cette curiosité rare d’un désaccord discontinu etque
Bienaymé
lui ait alors montré sa démonstration queCournot,
en lareproduisant,
a sauvé del’oubli.
Notons que ce n’est pas la
première
fois que Cournot utilisait lesrésultats,
souventésotériques,
deBienaymé
pour illustrer sesspéculations ;
il l’avait fait abondamment en 1843 dansl’Exposition
de la Théorie des Chances[ 11 ],
il le fera encore en 1875 dans son dernierouvrage
"Matérialisme, vitalisme,
rationalisme"[ 13],
danslequel
ilapplique
aux décimales de x, "l’un des curieux théorèmes de mon excellentami,
M.J.Bienaymé,
de l’Académie desSciences",
paru en 1874([22] p.124-128).
On se rapportera à([22] p.13)
pour une discussion des rapports entreBienaymé
etCournot,
rapportsqui, soulignons-le,
onttoujours
étéempreints
de la
plus grande
estimeréciproque
et d’une amitié sansfaille,
autantqu’on puisse
le savoir.Pour ce
qui
est de la démonstration proprementdite,
on noteraqu’elle
est exactementidentique,
aux notationsprès,
à celleproposée
par D..G. Kendall dans([24] p.233-235) qui
vajusqu’à
relever la remarque deBienaymé
surl’étrange discontinuité, objet principal
de l’intérêt etdes commentaires de Coumot.
Cournot utilise
plus
loin([12] p.96-98)
lesparticularités
del’exemple
de la durée desfamilles,
pourrépondre
à Poinsot. Dans cettequestion,
leproblème
estparfaitement posé
et sasolution q = lim
qn
avecqn+1= f (qn)
est"arithmétiquement
très déterminée" et néanmoins tout ne peut s’écrire enalgèbre ;
aussiparfaite qu’elle
lesoit,
lalangue algébrique
traduira leproblème
parl’équation
q =f(q)
dontl’ambiguïté
est irréductible. "Concluons donc que.l’algèbre,
par la nécessité de sa constitution propre, en tant quethéorie,
ramène à teldegré
déterminé de
généralité, quand
on yapplique l’algèbre,
desquestions
ou des définitionsqui
ontintrinsèquement
undegré
degénéralité différent,
le seul que devraient admettre un raisonnementparfait
et unelangue parfaite".
’
Les nombres et
l’espace
sont de "nature si différente"qu’ils
ne fontjamais
que "s’imiter"sans
pouvoir
seconfondre,
secorrespondre
sans véritablement s’accorder.2.
BIENAYMÉ
ET LADURÉE
DES FAMILLESLes
origines
de l’intérêt deBienaymé
pour leproblème
de ladurée
des familles ont été clairement décrites par D.G.Kendall, Heyde
et Seneta[24] n°6, [22].
Aurisque
d’obscurcir laquestion,
nous pouvons y
ajouter
les éléments suivants. Tout commence en effet avec le curieux livre de ThomasDoubleday,
paru en1842,
sur "la véritable loi de lapopulation..."
dont l’auteur fithommage
à l’Académie des Sciences Morales etPolitiques
de l’Institut de France. Cette Académie rétablie en 1832 parLouis-Philippe
avaitrepris
l’essentiel des idées de la haute administration éclairée de l’AncienRégime :
libéralismeéconomique
et contrôlestatistique
despopulations.
Certains de ses membres s’étaient entichés destatistiques
et entendaient même entraiter à leur manière et sans en référer à l’Académie des Sciences
qui possédait alors, seule,
ledroit de
juger
en dernier ressort de la valeurscientifique
des mémoiresstatistiques,
cequ’elle
faisait par l’intermédiaire du
prix Montyon
destatistique qu’elle
attribuaitchaque
annéedepuis
1819
[6].
L’Académie des Sciences neméprisait
nullement lastatistique
d’observation nonplus
que la
statistique
administrative dont elle avaitencouragé
lespremiers établissements,
mais elleestimait
déplacées
les conclusionshâtives,
lesprétentions théoriques
et defaçon générale
l’excèsd’enthousiasme dont faisaient preuves certains activistes tels Villermé et Benoiston de
Châteauneuf,
membres tous deux de l’Académie des Sciences Morales etPolitiques qui,
sansalgèbre
nianalyse,
tiraient des chiffres de lastatistique,
des lois aussichoquantes
que celle(proposée
parGuerry)
liant ledéveloppement
de la criminalité à celui de l’instructionpublique ([31]
et[20] p.58-59)
ou aussi étonnantes que les lois deDoubleday qui
faisaient s’éteindre les familles lesplus
riches et semultiplier
lesplus
pauvres.Laplace, Fourier,
Poisson etCournot,
pourtant armés del’analyse
laplus
modernequi soit,
étaient tombés les
premiers
dans lespièges
innombrablesqui protégeaient
encore la sciencestatistique.
Aussi avaient-ils d’autant moinsd’indulgence
pour les"statistiques
exhubérantes"qui
faisaient alors recette(voir [6]
pour uneanalyse précise
des mémoires couronnés par leprix Montyon). Quant
àBienaymé,
dès son élection à l’Académie des Sciences en1852,
il maintiendraitjusqu’à
sa mort lesjurys
duprix Montyon
dans la traditionlaplacienne
d’unestatistique
soumise au contrôle du calcul desprobabilités, qui
n’accordait aux observateurs que le seul rôle d’observer et réservait aux seuls savants leprivilège
de remonter aux causes et auxlois en
utilisant,
le caséchéant,
la théorie deLaplace.
C’est ainsi que Benoiston de Châteauneuf avait reçu le
prix Montyon
destatistique
en 1824pour un mémoire bien documenté sur les enfants trouvés mais se l’était vu refuser en 1826 pour
un mémoire
plus théorique
sur les tables de mortalité deVillermé,
l’un des fondateurs des Annalesd’hygiène publique,
nefut jamais
couronné par l’Académie des Sciences(voir [6]).
Pour en revenir à l’extinction des
familles, rappelons
que c’est Villerméqui,
le samedi 12août
1843, présenta
"au nom del’auteur,
M. ThomasDoubleday,
unexemplaire
de son ouvrage ayant pour titre : "De la véritable loi de lapopulation
considérée dans ses rapports avec les moyens de subsistance"(en anglais),
et fit "une communication verbale de cetouvrage" qui
parut en 1844 dans les
Comptes-rendus
de l’Académie des Sciences Morales etPolitiques (voir [24]). Qui
lut le"rapport"
de Villermé ? Certainement Benoiston de Châteauneuf et les autresacadémiciens moraux
présents
le 12août, parmi lesquels
Lakanal(1762-1845) organisateur
del’Instruction
Publique Républicaine
en1794, peut-être
aussi Littré(1801-1881) qui
savait etlisait tout, traducteur
d’Hippocrate
et dePline,
membre de l’Académie desInscriptions
et BellesLettres, peut-être
mêmeBienaymé, esprit
curieux etérudit,
maisqui
ne devait avoirqu’une
estime limitée pour les travaux de l’Académie des Sciences Morales et
Politiques.
D.G.
Kendall, Heyde
et Seneta ontsuggéré
queBienaymé
avait pu lire le mémoire de Benoiston de Châteauneuf "sur la durée des familles nobles de France" dont l’auteur fit unepremière
lecture le 31 août 1844 à l’Académie des Sciences Morales. Iln’existe,
à notreconnaissance,
aucune trace écrite de cettepremière
lecture "à la suite delaquelle
MM.Passy,
Berriat
St-Prix, Rossi, Piraud, Villermé,
AmédéeThierry, Michelet,
Cte Portalisprésentèrent
successivement des observations"
(procès-verbal
de l’Académiedéposés
aux Archives del’Institut).
Le 15 février1845,
Benoiston de Châteauneuf donna une "seconde lecture" de son mémoire. "A la suite de cettelecture,
MM. BerriatSt-Prix, Villermé, Passy,
de Rémusatprésentèrent quelques
observations. Ce mémoire étant destiné à fairepartie
du recueil del’Académie, l’impression
en fut votée au scrutin secret à l’unanimité". Cette fois-ci le mémoire de Benoiston de Châteauneuf fut effectivementimprimé
et mêmeplusieurs fois,
cf.[24],
mais lapremière
date depublication
que nous ayons étécapables
d’établir avec certitude est celle du 30avril 1845
(donc après
la communication deBienaymé), lorsque
parut lapremière partie
dumémoire au "Moniteur Universel"
(p.1141-1142),
les deux autresparties paraissant
au mêmeendroit le 6 mais 1845
(p.1209-1210)
et le 9 mai 1845(p.1254-1255).
Il ne semble donc pas queBienaymé
ait pu lire le mémoire de Benoiston deChâteauneuf,
lesComptes-rendus
de 1845de l’Académie n’étant parus, quant à eux,
qu’en
1846puisqu’ils
contiennent tous les mémoires de 1845jusqu’au
mois de décembre inclus.Il existe
cependant
une autrepiste,
d’ailleurs relevée par D.G. Kendall([24] p.232) ; Bienaymé
utilise en effet dans sa "communication"l’expression
"cequ’on
a nommé des famillefermées"
qui
estemployée
par Littré dans unlong
texte introductif au "Cours" d’A. Comtepublié
en 1845 et réédité en 1852[27] :
"Les classes fermées n’ont pas lapuissance
des’étendre, ni,
parconséquent,
celle de seréparer ;
et, les destructions accidentelles survenant, la diminutionnumérique
y est inévitable"([27] p.14).
Littré est d’ailleurs le seullexicographe français
à retenir ce sens duparticipe passé
"fermé" dans son dictionnaire[28].
Le texte de Littré(comme
d’ailleurs celui de Benoiston deChâteauneuf)
est trèsremarquable
à toutpoint
de vue, ilaurait pu servir de motivation
principale
àBienaymé
si ce dernier avait pu avoir un accès facileau texte dont il
s’agit,
or c’estprécisément
le caspuisque
ledit texte est paru en six extraits dans le National des22, 25, 26, 29
novembre 1844 et 3 et 4 décembre 1844. Il n’est donc pasimpossible
que ce soit Littréplus
que Benoiston de Châteauneufqui
ait incitéBienaymé
àexaminer le
problème
de l’extinction des familles fermées et à démontrer le théorèmecritique,
d’autant
qu’il pouvait
de cettefaçon régler
certains comptesqu’il
estpeut-être
opportun derappeler
ici.Littré,
comme il l’écrit([9] p.180)
avait été"subjugué"
par le Cours dePhilosophie positive publié
parAuguste Compte (1798-1857)
entre 1830 et 1842[8] : "L’ouvrage d’Auguste Compte
me saisit tout entier.
Incapable
de trouver par moi-même la solution d’ungrand problème philosophique, j’étais capable
de la reconnaître dèsqu’elle
me fut montrée". PourLittré, Compte
avait eu le mérite immense d"’étendre la méthode
positive
à l’ensemble de la connaissance humaine" c’est-à-dired"’incorporer
l’ensemble des études morales et sociales dans la sciencepositive,
faisant ainsi cesser le partageprovisoire
entre laphilosophie
et les sciencesparticulières",
découverteessentielle,
dont ilimportait
auplus
hautpoint
de porter à la connaissance dupublic
les "résultatsdéfinitifs",
ce que Littrés’obligea
de faire enpubliant
dès1844 une
longue
introduction à laphilosophie positive
dans leNational, important quotidien républicain,
fondé par Thiers en1830, auquel
il collaborait. Il avait en celaquelque
méritepuisque
lacritique philosophique
et la presse engénéral
avaientjusqu’alors ignoré complètement
l’oeuvre de
Compte qui
deviendrait pourtant àpartir
de 1880 laphilosophie
officielle de la IULERépublique
mais dont l’accès était rendu difficile par laprolixité
et la lourdeur destyle
d’unauteur doté par ailleurs d’un caractère peu accomodant.
Dans son
premier
article du 22 novembre 1844 Littré traite "de laquestion philosophique
telle
qu’elle
peut êtreposée
de notretemps".
Il y a, selon Littréqui
suitCompte,
dans tous lesordres de la connaissance un fond limité de lois constantes
qu’il appartient
à laphilosophie positive
de mettre en lumière. L’étude des sociétés humainesn’échappe
pas à cetterègle :
"Pourconcevoir la théorie
sociale,
il faut se familiariser avec l’idée que des causesplus
ou moinsgénérales,
etplacées
en dehors de l’actionindividuelle, agissent
dans le sein des sociétés. Cescauses
produisent
des résultats que le raisonnement aurait été absolument inhabile àprévoir,
etqui
ne se révèlent que par le temps etl’expérience".
Et Littré donne sixexemples
de tels"résultats" que "l’histoire commence à
produire".
1. L’extinction des
familles fermées
"Toutes les aristocraties... toutes les noblesses
d’Europe
ne se sont maintenues que par desadjonctions..."
suivent alors lesexemples classiques,
lescitoyens
romains selonTacite,
lesspartiates
deLycurgue,
etc... ,2. La
prolifération
despeuples
lesplus
pauvres"La misère tend à faire
pulluler
en nombre infini des existenceschétives", fexemple
de l’Irlandeétant
particulièrement "frappant".
On aura reconnu les deux lois de
Doubleday qui
nefigurent
pas dansCompte ;
le troisièmeexemple
en revanche esttypiquement
comtien.3. La vitesse de transmission de la civilisation d’un
peuple
à l’autre"Il faut du temps pour
qu’une
nation sauvage s’assimile les idées d’une nationcivilisée,
et un temps d’autantplus long
que la distance entre les deux estplus grande",
lespeuplades
du nordde
l’Amérique
et lesgaulois
fournissant desexemples simples
d’une telle situation.Le
quatrième exemple
est très peu comtien.4. Les
statistiques judiciaires qui
"offrentl’exemple
d’uneremarquable
constance dans les faits d’un ordre moral"depuis
leurpublication régulière
en France àpartir
de l’annéejudiciaire
1825.Les deux derniers
exemples
sont de stricte obédience comtienne.5. La "stabilité croissante des civilisations
supérieures" qui
conduit à l’extension "inévitable" de la civilisationeuropéenne.
Enfin
6. La domination inéluctable du
"spéculatif’
"Du fond d’études
spéculatives
et de combinaisons abstraites sortent despuissances
biensupérieures
à toutl’emportement,
à toute lafougue
des multitudes".On aura
remarqué
que Littré mêle auxexemples
comtiens d’autres les1,
2 et 4empruntés
aux
statistiques
en vogue pourlesquelles Compte n’éprouvait,
comme on le sait(e.g. [33]
p.295, [31] p.155-15b)
que très peud’intérêt,
leurreprochant
sans doute de n’être pas assezspéculatives
et de manquer d’universalité et dedétermination,
d’autant que son aversion irréductible pour le calcul desprobabilités (e.g. [35] p. 195-196) restreignait beaucoup
lacapacité qu’il
aurait pu avoir de dominer abstraitement les multitudesstatistiques.
Ainsi Littré que
Compte
reconnaissait comme "l’hommequi
a leplus complètement
saisi etapprécié
l’ensemble de la nouvellephilosophie ([9]
note24)
introduisait dans l’oeuvre duMaître,
de son propre chef et sans que celui-ci en prenne
ombrage,
commerésultat-type
de la méthodepositive
des lois de"simple statistique" ([33] p.295)
telle la loi de l’extinction des familles ferméesqui,
il estvrai,
suivantLittré,
ne souffre pasd’exception,
et se trouve être presque aussi déterminée que la loi des vitesses depropagation
des civilisations.Quoiqu’il
ensoit,
il y avait là pourBienaymé
une occasionunique
de montrer comment les"combinaisons abstraites" des chances peuvent
régir
la "marche desgénérations",
et comment la loi d’extinction des familles fermées peut s’énoncer comme un théorème demathématiques
absolument
spéculatif,
redonnant ainsi à la théorie desprobabilités
unepositivité
queCompte
avait le front de lui contester absolument.
’
Bienaymé
connaissait fort bienAuguste Compte.
Ce dernier en effet était entré en 1814 àl’École Polytechnique,
une année avantBienaymé,
très brillant élève il avait étél’organisateur
en1816 du chahut
qui
avait servi deprétexte
au licenciement de tous les élèves del’École,
Bienaymé
ycompris,
dont le mauvaisesprit
irritait considérablement lepouvoir
d’alors.Il n’est donc pas
impossible
queBienaymé
aitsuivi,
deprès
ou deloin,
la carrièrephilosophique
mouvementée de son anciencondisciple
etqu’il
ait vouluprofiter
de la maladresse volontaire d’un"disciple indiscipliné" (voir [9])
pour assurer lasuprématie
des méthodesprobabilistes
sur tout autresystème,
comme d’ailleurs il le fera avec une absolue déterminationau cours des nombreuses
polémiques qui
ontjalonné
sa proprecarrière, (voir [22]),
tout enreconnaissant
qu"’on
seratoujours
de toute nécessité contraint de revenir à la réflexion deGibbon : "The laws of
probability
so true ingeneral,
so fallacious inparticular" ([4] p.77,
et[19] p.5)
et en admettant finalement avec Cicéron([4] p.33,
et Tusc.2,2)
"Pour moiqui
m’entiens au
probable, je
n’ai pas laprétention
d’aller au-delà du vraisemblable etje
suisprêt
àcombattre sans obstination
l’opinion
d’autrui comme à voir sans colère que l’on combatte la mienne".3.
BIENAYMÉ, BRéCHET
ET LES "SEMI-INVARIANTS DE THIELE".Maurice Fréchet
(1878-1973),
l’un despères
de"l’Analyse générale"
a,parallèlement
à sescours
d’analyse, enseigné
le calcul desprobabilités
et lastatistique pendant près
de trente ans,d’abord à
Strasbourg
de 1921 à1929, puis
à Paris notamment dans le cadre de la Chaire de Calcul des Probabilités etPhysique Mathématique
où il succéda en 1940 à E. Borel(1871-1956) jusqu’à
sa retraite en 1949. Fréchet avait dugoût
pour l’histoire dessciences, particulièrement
pour l’histoire des mathématiciens
français ;
c’est luiqui
fonda en novembre 1948 le Séminaire d’Histoire desMathématiques
de l’Institut HenriPoincaré, qui
fonctionnetoujours
actuellement.Chargé
par Borel d’écrire deux volumes sur les "Recherchesthéoriques
modernes sur lecalcul des
probabilités" ([15], [16])
dans le cadre du vaste "traité du calcul desprobabilités
et sesapplications" qu’il
avaitentrepris, Fréchet,
avec l’aide de ses très nombreuxcorrespondants internationaux, s’essaya
à l’exercicepérilleux
des attributions depaternité
pour chacune des notionsqu’il
était amené à introduire. Ses ouvrages restent encore maintenant deprécieux
auxiliaires pour les recherches
bibliographiques
portant sur lapériode
1920-1950.C’est ainsi que, l’un des
premiers,
Fréchetsuggéra ([ 15] p.77) d’appeler égalité
deBienaymé l’égalité
que l’on trouve effectivement en 1852 chez
Bienaymé, (cf. [22] p.89)
mais que l’on trouveégalement,
comme on lesait,
chezLaplace, Gauss,
Poisson ou Cournot bien avant cette date.Fréchet fut le
premier
auteurfrançais
à proposerd’appeler inégalité
deBienaymé, l’inégalité
que l’on
sait,
avec sans doute cette fois-làplus
de raison(cf. [5], [22])
sans d’ailleursbeaucoup
de succès
puisque
dans laplupart
des livresfrançais
actuels onappelle inégalité
deTchébycheff
ou de
Bienaymé-Tchébycheff, l’inégalité
deBienaymé.
Fréchet pourtant l’un des fondateurs avec
Hadamard
de l’écoleparisienne
de "théorie des événements enchaîne", (l’actuelle
théorie des chaînes deMarkov)
ne semble pas s’être intéresséaux travaux de
Bienaymé
sur lamultiplication
en chaîne des familles fermées.En
revanche,
lacorrespondance
que Fréchet entretint avec E.C. Molina et dont unepartie
setrouve
déposée
aux Archives de l’Académie des Sciences[ 17],
montre que Fréchet avait cherché à établir lapriorité
deBienaymé
dans l’introduction de ce que l’onappelait
dans les années 30 les semi-invariants de Thiele etqu’on
connaît actuellement pour le nom de cumulants.E.C. Molina
(1877-1964), "switching engineer" à
laCompagnie
Bell est bien connu deshistoriens du calcul des
probabilités
pour ses travaux surLaplace qu’il
avait étudié "with a zealamounting
toworship"
comme l’écrivaitSavage
dans une lettre à Fréchet du 16.01.1961.Répondant
àFréchet,
Molina écrivait en effet le 03.03.1935 : "1 have not had thegood
fortune tosee the paper
by Bienaymé anticipating
Thiele’s semi-invariants. However on page 262 vol.l of Lacroix’s famous old three volumes treatise on the diff. and int. calculus we have theanalytical
relations
équivalent
to thesemi-invariants...",
cetteréponse
de Molina semble avoir convaincuFréchet
qui
neparla plus
d’attribuer les semi-invariants de Thiele àBienaymé,
ce enquoi
il eutsans doute tort, comme nous
l’expliquons rapidement.
La référence de Molina à Lacroix est
parfaitement
exacte. Dans([26] n°97)
Lacroix déduit del’égalité :
les relations :
qui
sont essentiellement cellesqui
lient moments et cumulants.Cependant Bienaymé
en 1852semble bien être le
premier
à avoir montréles propriétés
des cumulants etl’usage qu’on
peut en faire en calcul desprobabilités.
Dans([4] p.44-45) Bienaymé
écrit en effet : si e est une v.a.de
moments J1k
=E(ek) :
iet si on "rétablit cette suite en
exponentielle"
c’est-à-dire si on écrit :on a alors :
relations que Thiele introduira en 1903
(cf. [36]
n°22p. 188).
Bienaymé
montre ensuite que les coefficients kjouissent (comme
la variance et contrairementaux autres moments centrés ou
non)
de lapropriété
d’additivité : sie Jj
...,1, e .
sontindépendants
de même loi que e :ajoutant (p.45)
que "rien ne seraitplus
facile que de supposer la loi deprobabilité
variable d’une observation à l’autre" cequi
conduit à la formule :pour des
Xi indépendantes,
formule donnée par Thiele
(^36]
n°29p.203).
Sur ce
point
on verra([22] p.68).
Tout ceci d’ailleurs essentiellement pour
rappeler
le souvenir dugrand
astronome-actuaire- statisticien danois que fut Thorwald Nicolai Thiele(1838-1910), professeur
d’astronomie à l’Université deCopenhague, qui,
endépit
d’une vue trèsbasse, publia
en 1903 uneremarquable
théorie des observations rééditée en