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N°21
21
en
>
+»u o>
on 01
Perspectives
d § cumentaires
EN Et UCATION
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N°21
21
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Perspectives
d § cumentaires
EN Et UCATION
Perspectives Documentaires
en Education
Perspectives Documentaires
en Education
PERSPECTIVES DOCUMENTAIRES EN ÉDUCATION
estpublié trois fois paranparleCentredeDocumentationRecherchede l'Institut National deRecherchePédagogique
Conseillers
àla rédaction
Jean-Marie Barbier,professeur auConservatoirenationaldesartset métiers-JackyBeillerot, maîtredeconférenceensciencesdel'éducationà
l'UniversitéParisX-Michel Bernard,professeuràl'Universitéde Nantes-Alain Coulon, maîtredeconférenceensciencesdel'éducationà
l'UniversitéParisVîlî-Jean-ClaudeForquin, professeur ensciencesde l'éducationàl'UniversitédeRouen-JeanGuglielmi, professeuren sciencesdel'éducationâl'UniversitédeCaen, chefdu Centreacadémique de formationdespersonnelsdel'Éducation nationale-GenevièveLefort-
Andrée Tiberghien, maîtrederechercheauCNRS- Georges Vigarello, professeurdesciences del'éducationàl'UniversitéParisV
Rédaction
Rédacteurenchef:JeanHassenforder Rédactriceenchefadjointe:ChristianeEtévé Secrétairederédaction:Anne-MarieGalopeau
Équipederédaction:GeorgineAuvinet,
Mathilde
Bouthors, Monique Caujole,Agnès Cavalier,Philippe Champy, Odile Chesnot-Lambert,DanielleDagorn,ClaireDartois, Christiane Etévé,Anne-Marie Galopeau,Nelly RomeEdition & Fabrication
Maquetteetcompositiondelapartiebibliographique:Philippe Champy Informatique:Jean-PierreHouillon, Dominique Lenne,JeanPelé Maquettedecouverture:JacquesSachs,Philippe Champy Saisie:Liliane Attali, JosetteCallé,IdeFeuillette Compositionetimpression:Instaprint, Tours
tes opinions exprimées dans les articlesn'engagentque laresponsabilitédesauteurs.
La partiebibliographique Ouvrages et rapportsest extraitede labanque dedonnées EMILE1(INRP-CDR) Les logiciels standards développésauCentre informatique de l'INRP ont permisd'assurerlapréparation automatiséedesacomposition, réaliséeaveclelogiciel (r)VenturaPublisher.
Rédaction: Centre dedocumentationRecherche del'INRP
29,rued'Ulm, 75230ParisCedex05 Tél.:(1)46.34.91.44
Abonnement :Servicedespublications del'INRP
29,rued'Ulm,75230ParisCedex05
PERSPECTIVES DOCUMENTAIRES EN ÉDUCATION
estpublié trois fois paranparleCentredeDocumentationRecherchede l'Institut National deRecherchePédagogique
Conseillers
àla rédaction
Jean-Marie Barbier,professeur auConservatoirenationaldesartset métiers-JackyBeillerot, maîtredeconférenceensciencesdel'éducationà
l'UniversitéParisX-Michel Bernard,professeuràl'Universitéde Nantes-Alain Coulon, maîtredeconférenceensciencesdel'éducationà
l'UniversitéParisVîlî-Jean-ClaudeForquin, professeur ensciencesde l'éducationàl'UniversitédeRouen-JeanGuglielmi, professeuren sciencesdel'éducationâl'UniversitédeCaen, chefdu Centreacadémique de formationdespersonnelsdel'Éducation nationale-GenevièveLefort-
Andrée Tiberghien, maîtrederechercheauCNRS- Georges Vigarello, professeurdesciences del'éducationàl'UniversitéParisV
Rédaction
Rédacteurenchef:JeanHassenforder Rédactriceenchefadjointe:ChristianeEtévé Secrétairederédaction:Anne-MarieGalopeau
Équipederédaction:GeorgineAuvinet,
Mathilde
Bouthors, Monique Caujole,Agnès Cavalier,Philippe Champy, Odile Chesnot-Lambert,DanielleDagorn,ClaireDartois, Christiane Etévé,Anne-Marie Galopeau,Nelly RomeEdition & Fabrication
Maquetteetcompositiondelapartiebibliographique:Philippe Champy Informatique:Jean-PierreHouillon, Dominique Lenne,JeanPelé Maquettedecouverture:JacquesSachs,Philippe Champy Saisie:Liliane Attali, JosetteCallé,IdeFeuillette Compositionetimpression:Instaprint, Tours
tes opinions exprimées dans les articlesn'engagentque laresponsabilitédesauteurs.
La partiebibliographique Ouvrages et rapportsest extraitede labanque dedonnées EMILE1(INRP-CDR) Les logiciels standards développésauCentre informatique de l'INRP ont permisd'assurerlapréparation automatiséedesacomposition, réaliséeaveclelogiciel (r)VenturaPublisher.
Rédaction: Centre dedocumentationRecherche del'INRP
29,rued'Ulm, 75230ParisCedex05 Tél.:(1)46.34.91.44
Abonnement :Servicedespublications del'INRP
29,rued'Ulm,75230ParisCedex05
SOMMAIRE
ÉTUDES Itinéraires de lecture
Delaphilosophieàl'éducation,etretour.. .
parMichel Soëtard 7
Itinéraires de recherche
Unregardd'ailleurs:l'élaborationd'uneapprocheinterprétative ensociologiedel'éducation
parAgnèsHenriot-vanZanten 19
Cour-Cheverny
-
LosAngeles,viaAlgeret VincennesparAlain Coulon 29
Chemins de praticiens
Lireetécrirepourcomprendresonaction
garJean-FrançoisInisan 43
coûte le tempsquimarchesurle sable.. .ouchronique d'uneréconciliationannoncée
parGérardMlékuz 53
Repères bibliographiques
Lescartesdeconceptsdansta recherchecognitive surl'apprentissageetl'enseignement
parFrançoisV.Tochon 87
Communication documentaire
Pouruneinteractivitéentrela recherche etlesenseignants Quelleinformation?Quellesressources ?
parGeorgettePastiaux-ThiriatetJean-MarieBerbain 107
Innovations et recherches
àl'étranger
Lacrisedel'éducationauxÉtats-Unis:pourunerestructuration
complètedesécolespubliques 125
Aideàl'apprentissagedelalecture:tutorat parlesparentsou
lespairs (Grande Bretagne) 131
Plandeprévention contrel'échecscolaireenzoneurbainedéfavorisée
Première étape:lectureetlangage(États-Unis) 137
parNellyRome
BIBLIOGRAPHIE COURANTE
Ouvrages etrapports 145
Adressesd'éditeurs 187
Summaries 189
SOMMAIRE
ÉTUDES Itinéraires de lecture
Delaphilosophieàl'éducation,etretour.. .
parMichel Soëtard 7
Itinéraires de recherche
Unregardd'ailleurs:l'élaborationd'uneapprocheinterprétative ensociologiedel'éducation
parAgnèsHenriot-vanZanten 19
Cour-Cheverny
-
LosAngeles,viaAlgeret VincennesparAlain Coulon 29
Chemins de praticiens
Lireetécrirepourcomprendresonaction
garJean-FrançoisInisan 43
coûte le tempsquimarchesurle sable.. .ouchronique d'uneréconciliationannoncée
parGérardMlékuz 53
Repères bibliographiques
Lescartesdeconceptsdansta recherchecognitive surl'apprentissageetl'enseignement
parFrançoisV.Tochon 87
Communication documentaire
Pouruneinteractivitéentrela recherche etlesenseignants Quelleinformation?Quellesressources ?
parGeorgettePastiaux-ThiriatetJean-MarieBerbain 107
Innovations et recherches
àl'étranger
Lacrisedel'éducationauxÉtats-Unis:pourunerestructuration
complètedesécolespubliques 125
Aideàl'apprentissagedelalecture:tutorat parlesparentsou
lespairs (Grande Bretagne) 131
Plandeprévention contrel'échecscolaireenzoneurbainedéfavorisée
Première étape:lectureetlangage(États-Unis) 137
parNellyRome
BIBLIOGRAPHIE COURANTE
Ouvrages etrapports 145
Adressesd'éditeurs 187
Summaries 189
1
ETUDES
1
ETUDES
DE LA PHILOSOPHIE A L'EDUCATION,
ET RETOUR...
Michel Soëtard
Il
estassurémentdifficile
dedémêler,
dansun itinéraire intellectuel,
cequi peut
êtreattribué
àune lecture,
àl'effet d'une rencontre
outout simplement
à dessituations
vécuesdansl'air du
temps.C'estsansdoutevraienéducationplusqu'ailleurs,danslamesure où celle-cis'imposeàlaréflexion de l'homme commeproblèmedanslestemps de rupture culturelle, à des époques où le
livre
estplutôt
contesté :Socrate n'a rien écrit, et pourtant son attitude d'éducateur continue
ànousinterrogerpar-delàtouslesouvragesphilosophiques. Et
il
faut bienadmettrequeplusd'und'entre nous neseserait jamaisrisqué surle terrain de l'éducation sans la rupture de Yidéologiefrançaise dont les événementsde mai 68 furent le symptôme leplus spectaculaire : les savoirs constitués, commelesinstitutions quilesportaient, perdaient d'uncoupleur légitimitésociale, et c'estnaturellementquel'onallait
àla sourcedesmaux,dontonespéraitenmômetempsconfusémentqu'elle serait celle delarégénération possible :l'éducation.De cettepériode,je garde le souvenir d'une lecture qui meterrassa sur mon chemin de Damasuniversitaire :Du savoiretdeshommesdeDanielHameline1, et ma sensibilitéalongtempsrésonnédel'immensebouillonnementd'idées et dequestionsvécues aucontactdel'auteuretd'autrescompères enjeu dialectique,dansle cadrefoudes"universitéspédagogiquesd'été";la véritéselisaitalorssurlesmursplutôtquedansleslivres.Itinérairesdelecture
Perspectivesdocumentaires enéducation,n°21, 1990
DE LA PHILOSOPHIE A L'EDUCATION,
ET RETOUR...
Michel Soëtard
Il
estassurémentdifficile
dedémêler,
dansun itinéraire intellectuel,
cequi peut
êtreattribué
àune lecture,
àl'effet d'une rencontre
outout simplement
à dessituations
vécuesdansl'air du
temps.C'estsansdoutevraienéducationplusqu'ailleurs,danslamesure où celle-cis'imposeàlaréflexion de l'homme commeproblèmedanslestemps de rupture culturelle, à des époques où le
livre
estplutôt
contesté :Socrate n'a rien écrit, et pourtant son attitude d'éducateur continue
ànousinterrogerpar-delàtouslesouvragesphilosophiques. Et
il
faut bienadmettrequeplusd'und'entre nous neseserait jamaisrisqué surle terrain de l'éducation sans la rupture de Yidéologiefrançaise dont les événementsde mai 68 furent le symptôme leplus spectaculaire : les savoirs constitués, commelesinstitutions quilesportaient, perdaient d'uncoupleur légitimitésociale, et c'estnaturellementquel'onallait
àla sourcedesmaux,dontonespéraitenmômetempsconfusémentqu'elle serait celle delarégénération possible :l'éducation.De cettepériode,je garde le souvenir d'une lecture qui meterrassa sur mon chemin de Damasuniversitaire :Du savoiretdeshommesdeDanielHameline1, et ma sensibilitéalongtempsrésonnédel'immensebouillonnementd'idées et dequestionsvécues aucontactdel'auteuretd'autrescompères enjeu dialectique,dansle cadrefoudes"universitéspédagogiquesd'été";la véritéselisaitalorssurlesmursplutôtquedansleslivres.Itinérairesdelecture
Perspectivesdocumentaires enéducation,n°21, 1990
8 DELAPHILOSOPHIEÀL'ÉDUCATION, ET RETOUR.. . / M.SOETARD
Maisj'étais dansle même tempsàl'écolesévèred'unhomme
qui
m'a appriscequephilosopher signifiait,etqu'enparticulierlaviolence et le refusdephilosopherrestaientencoreuneformede reconnaissance dela nécessité de faire oeuvre de philosophe : Eric Weil. Car, répétait-il inlassablement aumilieu
du tourbillon,il
s'agit encore ettoujoursde comprendre,etlapensée,dansceteffort,n'échappe pasau système,àla circularité2.L'ouverture,la miseenquestion, sielleresteuneattitude décisivelorsqu'ils'agit deprendreacte desbrisuresduréel,duconflit
des discours,desformesmultiplesdel'altérité,nepeutjamaistenirlieude pensée,etlequestionnementàn'enplusfinir finit
toujours parseperdre dansl'infinie
diversité duréel.Laraisonasonordre,le réellesien:celui- cipeutbousculercelui-là,maisl'espritn'échappepasalorsàlanécessité dereconstruireselonsesexigencespropres.Caril
estdanssanaturedevouloir
com-prendre.Cependant,croyant,jen'ai jamaispu vraimentmerésoudre audiscours del'identité.La reconnaissanceducaractèreuniquedel'autre-quin'est passeulement
'l'autre
de laraison"- danssarelationàDieuenmême temps que danssalibertéessentiellem'arégulièrementempêchéd'ad¬hérer sérieusement au discours totalisant qui fait
d'autrui
le simple moyendevérifier lebien-fondédecequejepense.Lalectured'Emmanuel Levinasetde Totalitéetinfini vint
confortermonintuition
:laréduction del'Autre
auMême,du
multipleàlaTotalitén'est-cepasleressortpar excellence de la violence qui méconnaîtl'expérienced'autrui
? Mais c'était encore trop de philosophie ! Mes sources les plus vivifiantes restent ici les Confessions d'Augustin, ainsi que son admirable De Magistro3.Quantàl'indispensableintelligencedel'attitude
defoi,jel'ai finalement trouvéedans la théologie deKarlBarth et danssa façon de maintenir,enpleinecohérenceaveclemessageévangélique, une"dis¬tance
infinie
etqualitative"entre le ciel etlaterre,Dieuetl'humanité,le Christianisme et la civilisation, et de mettre en garde contre toute compromission avec la prétention "humaniste" d'exprimer le desseindivin
parlemouvement de l'histoire ou danslamatièred'uneexpérience4.Maisjerestaisinsatisfaitdans ma quêted'un fondementdel'éduca¬
tion.Celle-ci neprésupposait-ellepas eneffetquelanature
fût
jusqu'àun certainpoint
sensée ? Or toutaccorderà la foi, c'étaitpriver
l'action humainedetout support,comme detoutaccorderaveclesphilosophes àlaprésenceaccompliedusensencemonde ou dansunautre.Il suffirait
icide savoir, là decroire :le pédagogue hégéliencommelebarthienn'ont aucuneprise réellesurledéveloppement de lanaturehumaine.Toutle problèmerestaitd'articulerlareconnaissanced'un déploiement effectif8 DELAPHILOSOPHIEÀL'ÉDUCATION, ET RETOUR.. . / M.SOETARD
Maisj'étais dansle même tempsàl'écolesévèred'unhomme
qui
m'a appriscequephilosopher signifiait,etqu'enparticulierlaviolence et le refusdephilosopherrestaientencoreuneformede reconnaissance dela nécessité de faire oeuvre de philosophe : Eric Weil. Car, répétait-il inlassablement aumilieu
du tourbillon,il
s'agit encore ettoujoursde comprendre,etlapensée,dansceteffort,n'échappe pasau système,àla circularité2.L'ouverture,la miseenquestion, sielleresteuneattitude décisivelorsqu'ils'agit deprendreacte desbrisuresduréel,duconflit
des discours,desformesmultiplesdel'altérité,nepeutjamaistenirlieude pensée,etlequestionnementàn'enplusfinir finit
toujours parseperdre dansl'infinie
diversité duréel.Laraisonasonordre,le réellesien:celui- cipeutbousculercelui-là,maisl'espritn'échappepasalorsàlanécessité dereconstruireselonsesexigencespropres.Caril
estdanssanaturedevouloir
com-prendre.Cependant,croyant,jen'ai jamaispu vraimentmerésoudre audiscours del'identité.La reconnaissanceducaractèreuniquedel'autre-quin'est passeulement
'l'autre
de laraison"- danssarelationàDieuenmême temps que danssalibertéessentiellem'arégulièrementempêchéd'ad¬hérer sérieusement au discours totalisant qui fait
d'autrui
le simple moyendevérifier lebien-fondédecequejepense.Lalectured'Emmanuel Levinasetde Totalitéetinfini vint
confortermonintuition
:laréduction del'Autre
auMême,du
multipleàlaTotalitén'est-cepasleressortpar excellence de la violence qui méconnaîtl'expérienced'autrui
? Mais c'était encore trop de philosophie ! Mes sources les plus vivifiantes restent ici les Confessions d'Augustin, ainsi que son admirable De Magistro3.Quantàl'indispensableintelligencedel'attitude
defoi,jel'ai finalement trouvéedans la théologie deKarlBarth et danssa façon de maintenir,enpleinecohérenceaveclemessageévangélique, une"dis¬tance
infinie
etqualitative"entre le ciel etlaterre,Dieuetl'humanité,le Christianisme et la civilisation, et de mettre en garde contre toute compromission avec la prétention "humaniste" d'exprimer le desseindivin
parlemouvement de l'histoire ou danslamatièred'uneexpérience4.Maisjerestaisinsatisfaitdans ma quêted'un fondementdel'éduca¬
tion.Celle-ci neprésupposait-ellepas eneffetquelanature
fût
jusqu'àun certainpoint
sensée ? Or toutaccorderà la foi, c'étaitpriver
l'action humainedetout support,comme detoutaccorderaveclesphilosophes àlaprésenceaccompliedusensencemonde ou dansunautre.Il suffirait
icide savoir, là decroire :le pédagogue hégéliencommelebarthienn'ont aucuneprise réellesurledéveloppement de lanaturehumaine.Toutle problèmerestaitd'articulerlareconnaissanced'un déploiement effectifde lanaturehumaineaveccelled'unelibertéessentiellequipermettrait d'échapperàtoute formededéterminisme;
il
s'agissaitd'instrumenter l'actionendirectiond'autrui,maisen segardantde transformerl'être éducableensimple objet de cette action, quecefûtsouslecouvertd'une technique,d'unescienceoud'une philosophie.Regardant autour demoi, je ne trouvai rienqui
pût
comblermon attente. La réflexion philosophique était entrée dans une crise sans précédent, où elle tentait de se survivre en éclats médiatiques : elle entretenait le culte desapropremort, etl'effondrementde son statut privilégiéausommetdenotreidéologiefrançaisesemblaitinéluctable.Quantàlaproductiondanslechampdes "sciencesdel'éducation",abondante etnondépourvued'intérêtdans la miseenquestion de vérités jusque-là tenuespourévidentes,elledonnait tropsouventl'impresstonde cette
"écrivaillerie"enlaquellel'auteurdesEssais-unautreouvragehaute¬
ment pédagogique pourtant construit sur le refus de la pédagogie - voyaitlesymptômed'un"siècleentrouble". Sur lefond, c'étaitfortpeu de philosophie et beaucoup d'idéologie, comprenez : des systèmes d'idéesquis'élaboraientà proposdel'éducation,sans trops'interroger surlesprésupposésquilesportaientetsurlavaliditéde ceux-cieuégard
à la spécificité de l'objet qui était en perspective : Yhomo educandus.
J'admirais le sérieux scientifique de certains travaux inspirés par les modèles desscienceshumainesetquis'appuyaient (commentauraient- ils pufaireautrement?)surla seuleconsidérationpositivedelanature humaine, mais une questionm'empêchaitdelesprendretoutà faitau sérieux :la conscienceéducativen'était-ellepas néehistoriquementd'un refus deréduire l'hommeàce
qu'il
estenfait?...Il
meplaisait devoir
par ailleurscetterupture àl'oeuvredansmaintsbrillants essaiscritiques, maisjegardaisl'impressionqueleursauteurs prenaientplutôt
prétexte delaréalitépoursefaireplaisirà eux-mêmes : Illichestpassé,l'école demeure.C'était,en toutcas, unspectacle hautementpittoresque que celui dujoyeuxaffrontemententreles"réalistes" etles"critiques"ausein delajeunesociétédes "sciencesdel'éducation".Onaurait puattendredesphilosophesqu'ilss'attellentàcequireste leurtâche entemps de crise :penserlescontraires.Mais
il
étaitdit
une fois pour toutes que la contradiction,c'était lestatutdes "sciencesde l'éducation" (on oubliait seulement qu'en posant un tel principe, on excluait son...contraire, àsavoir le désird'unité qui anime lapensée humaine depuis l'origine). La position était si peu tenable que les philosophesentranten"sciencesdel'éducation"nequittaientleurdéfroque platonicienne quepour revêtirlecostumebigarrédel'herméneuticien de lanaturehumaineaveccelled'unelibertéessentiellequipermettrait d'échapperàtoute formededéterminisme;il
s'agissaitd'instrumenter l'actionendirectiond'autrui,maisen segardantde transformerl'être éducableensimple objet de cette action, quecefûtsouslecouvertd'une technique,d'unescienceoud'une philosophie.Regardant autour demoi, je ne trouvai rienqui
pût
comblermon attente. La réflexion philosophique était entrée dans une crise sans précédent, où elle tentait de se survivre en éclats médiatiques : elle entretenait le culte desapropremort, etl'effondrementde son statut privilégiéausommetdenotreidéologiefrançaisesemblaitinéluctable.Quantàlaproductiondanslechampdes "sciencesdel'éducation",abondante etnondépourvued'intérêtdans la miseenquestion de vérités jusque-là tenuespourévidentes,elledonnait tropsouventl'impresstonde cette
"écrivaillerie"enlaquellel'auteurdesEssais-unautreouvragehaute¬
ment pédagogique pourtant construit sur le refus de la pédagogie - voyaitlesymptômed'un"siècleentrouble". Sur lefond, c'étaitfortpeu de philosophie et beaucoup d'idéologie, comprenez : des systèmes d'idéesquis'élaboraientà proposdel'éducation,sans trops'interroger surlesprésupposésquilesportaientetsurlavaliditéde ceux-cieuégard
à la spécificité de l'objet qui était en perspective : Yhomo educandus.
J'admirais le sérieux scientifique de certains travaux inspirés par les modèles desscienceshumainesetquis'appuyaient (commentauraient- ils pufaireautrement?)surla seuleconsidérationpositivedelanature humaine, mais une questionm'empêchaitdelesprendretoutà faitau sérieux :la conscienceéducativen'était-ellepas néehistoriquementd'un refus deréduire l'hommeàce
qu'il
estenfait?...Il
meplaisait devoir
par ailleurscetterupture àl'oeuvredansmaintsbrillants essaiscritiques, maisjegardaisl'impressionqueleursauteurs prenaientplutôt
prétexte delaréalitépoursefaireplaisirà eux-mêmes : Illichestpassé,l'école demeure.C'était,en toutcas, unspectacle hautementpittoresque que celui dujoyeuxaffrontemententreles"réalistes" etles"critiques"ausein delajeunesociétédes "sciencesdel'éducation".Onaurait puattendredesphilosophesqu'ilss'attellentàcequireste leurtâche entemps de crise :penserlescontraires.Mais
il
étaitdit
une fois pour toutes que la contradiction,c'était lestatutdes "sciencesde l'éducation" (on oubliait seulement qu'en posant un tel principe, on excluait son...contraire, àsavoir le désird'unité qui anime lapensée humaine depuis l'origine). La position était si peu tenable que les philosophesentranten"sciencesdel'éducation"nequittaientleurdéfroque platonicienne quepour revêtirlecostumebigarrédel'herméneuticien10 DELAPHILOSOPHIEÀ L'ÉDUCATION,ETRETOUR.. . / M.SOETARD
qui construitsur leprincipe d'unitéentre lefait humainetson sens(une harmoniequim'ad'ailleurs toujours paru suspectedans la mesureoù l'observateur
du
faitestle mêmequidécidedusens).Cesincohérences etcesalliancescontrenaturemefaisaientapprécierd'autantletravailde salubritéépistémologiqueentreprisparGeorgesSnyders,Olivier
Reboul et,plusrécemment, par NanineCharbonnel dans son décapantessai Pour unecritiquedelaraison éducative5 :jeregrettais seulement que les uns etlesautressecontentent de lancer desmisesengardeet des anathèmes du hautdeleur
positionfacile dephilosophie pure(entachée,enl'occur¬rence,del'impuretéde
leur
contradiction mutuelle),alorsqu'onétaitendroit
d'attendred'eux une réflexion defond surlesrapportsentre la philosophieetl'éducation,où laseconde neseraitpasunenouvelle fois lesimpleterraind'applicationdelapremière.Maislerisque (socratique) reste sans doute trop grand pour unetradition
de pensée dont le présupposé debaserestelaréalitéd'unsavoir absolu,fût-il
constituéparsaproprenégation.
Tel était mon état d'esprit, lorsque Weil me jeta dansles bras de Pestalozzi.J'enconnaissaisàpeinelenomàl'époque, etla moissondes étudesenfrançais
fut
vitefaite :un long article duDictionnairedepéda¬gogiede BuissonetunebiographiedeGuillaumeparusaudébutdece siècle,un chapitredeMeylandansLesgrandspédagoguesdeChâteau; J.
Ulmanns'était intéresséàladimensionphilosophiquedesadémarche dans songrosouvrageLanatureetl'éducationparuen1964...Enrevanche, lalittératureenlangueallemande serévélaittrèsabondante : toutau longduXLX0etduXX0siècles,pratiquementtouslesacteursetles penseurs del'éducation n'avaientcessé,dansl'aireculturellegermanophone,de s'inspirerde
lui
pour l'interpréter,lecompléterou lecritiquer;c'est,dans leshistoires delapédagogie,lenomlepluscité.Jedécouvrais dansle même tempsla réalitéd'unepenséeéducativequiavaitdéveloppésamarche propredansl'histoiredenotreculture,etquel'onnepouvait réduireà une émanation de la philosophie ou des sciences humaines, encore qu'elleentretîntaveccesdeuxdomainesdesrelationsprivilégiées.Maisce
fut
surtout pour moi le lieu de vérifier cette autre conviction de Montaigne,àsavoir quel'onnetrouvedansune étude,fût-elledoctorale, que cequel'onen attend soi-même, que la lecturene faitjamais que résonner des questions qui travaillent le lecteur : c'est à un "maître intérieur" qu'uneoeuvre parle.Or
Pestalozzimefaisaitvivreune autre époque deturbulence sociale -dont la nôtre n'étaitpeut-être que l'écho assourdi-marquéeparlafin
dunaturalisme, lapercéeduprincipedelibertéetl'avènementdel'ère10 DELAPHILOSOPHIEÀ L'ÉDUCATION,ETRETOUR.. . / M.SOETARD
qui construitsur leprincipe d'unitéentre lefait humainetson sens(une harmoniequim'ad'ailleurs toujours paru suspectedans la mesureoù l'observateur
du
faitestle mêmequidécidedusens).Cesincohérences etcesalliancescontrenaturemefaisaientapprécierd'autantletravailde salubritéépistémologiqueentreprisparGeorgesSnyders,Olivier
Reboul et,plusrécemment, par NanineCharbonnel dans son décapantessai Pour unecritiquedelaraison éducative5 :jeregrettais seulement que les uns etlesautressecontentent de lancer desmisesengardeet des anathèmes du hautdeleur
positionfacile dephilosophie pure(entachée,enl'occur¬rence,del'impuretéde
leur
contradiction mutuelle),alorsqu'onétaitendroit
d'attendred'eux une réflexion defond surlesrapportsentre la philosophieetl'éducation,où laseconde neseraitpasunenouvelle fois lesimpleterraind'applicationdelapremière.Maislerisque (socratique) reste sans doute trop grand pour unetradition
de pensée dont le présupposé debaserestelaréalitéd'unsavoir absolu,fût-il
constituéparsaproprenégation.
Tel était mon état d'esprit, lorsque Weil me jeta dansles bras de Pestalozzi.J'enconnaissaisàpeinelenomàl'époque, etla moissondes étudesenfrançais
fut
vitefaite :un long article duDictionnairedepéda¬gogiede BuissonetunebiographiedeGuillaumeparusaudébutdece siècle,un chapitredeMeylandansLesgrandspédagoguesdeChâteau; J.
Ulmanns'était intéresséàladimensionphilosophiquedesadémarche dans songrosouvrageLanatureetl'éducationparuen1964...Enrevanche, lalittératureenlangueallemande serévélaittrèsabondante : toutau longduXLX0etduXX0siècles,pratiquementtouslesacteursetles penseurs del'éducation n'avaientcessé,dansl'aireculturellegermanophone,de s'inspirerde
lui
pour l'interpréter,lecompléterou lecritiquer;c'est,dans leshistoires delapédagogie,lenomlepluscité.Jedécouvrais dansle même tempsla réalitéd'unepenséeéducativequiavaitdéveloppésamarche propredansl'histoiredenotreculture,etquel'onnepouvait réduireà une émanation de la philosophie ou des sciences humaines, encore qu'elleentretîntaveccesdeuxdomainesdesrelationsprivilégiées.Maisce
fut
surtout pour moi le lieu de vérifier cette autre conviction de Montaigne,àsavoir quel'onnetrouvedansune étude,fût-elledoctorale, que cequel'onen attend soi-même, que la lecturene faitjamais que résonner des questions qui travaillent le lecteur : c'est à un "maître intérieur" qu'uneoeuvre parle.Or
Pestalozzimefaisaitvivreune autre époque deturbulence sociale -dont la nôtre n'étaitpeut-être que l'écho assourdi-marquéeparlafin
dunaturalisme, lapercéeduprincipedelibertéetl'avènementdel'èreindustrielle.
Il
mepermettaitdesuivre,commeenlaboratoire,lamise en oeuvre,puisl'éclatementhistoriqued'unprojetéducatifqui prétendait formerdansunmêmemouvementdescitoyensactifs,pleinementinsérés danslasociétédu travail,etdesenfantspleinementdisposésà rendre grâcedeleursortàleur"pèrebienfaiteur"commeàleur
Père céleste :labora etora! L'échecdu Neuhofconsommé,jevoyais alors Pestalozzi s'engager, aussiàlalumièredudéveloppementdesévénements de1789 en Franceetàtraversl'Europe,dansuneréflexionqui finissait parposer l'existence d'unfossé insondable entrel'ordredelanature, soumis au mécanisme deseslois,etl'ordredelaliberté,quin'estabsolumentpasde ce monde : seule unefoi étaitcapabledejeter lepont entrecesdeux
"univers".Etcequ'unephilosophie, désormaislivréeàl'incohérencedes intérêtsmondains,n'étaitpluscapabledecomprendre,l'éducation était en position dele réaliser, dèslors qu'elle restait ouvertesur
l'infinie
possibilitédel'hommedeseconstituer,àpartirdecequ'ilestet dansle sensdecequ'ildoit
être,"enoeuvre desoi-même"6.Ilmeplaisaitalors devoirPestalozziscruter inlassablementlanature humainepourendécelerles mécanismes eten saisirleslois de fonc¬
tionnementde la façon la plus positive, mais inverser totalement le mouvementlorsqu'ilsetrouvaitenprésencedel'enfant :cequiimportait, c'étaitbien ledéveloppementdesanaturelaplusparticulière sur fond deliberté,enaucuncaslavérificationdu bien-fondé d'une
loi
oud'une technique d'apprentissage.Le maîtredTverdonavait, danssonrapport instrumentéaux enfants,une façon de retenirson pouvoir pour faire vivrele leur, une manièredetout remettre- lois, techniques, savoirs d'éducation -à la disposition deleur force essentielle etde son libre développement,sansjamaissesubstitueràelle, etsansjamaisperdrede vuel'exigenceformelled'un ordrehorsduquellanatureseperddansle caprice,quejevoyaisd'uncoup,àlasuitedebiend'autresquirevenaient subjuguésparlapratiquepédagogiqued'Yverdon,laréalisationd'une synthèseenfincohérenteentrel'ordredelanature,absolumentrespecté pourlui-même, et l'ordredela liberté, nonmoins systématriquement visé danstoutelapuretédesaforme, danslavolontédefaireréellement del'autre"uneoeuvre de soi-même"7.Pestalozzi me faisait ainsi apparaître l'éducation comme un projet certessocialdeboutenbout, mais fondamentalementmoral.Lesalut n'était plusàattendre delaconstitutiond'une "belle société" :lemondesocial étaitdésormaislivréàl'insatisfactiondesintérêtsdémultipliés,condamné aux soubresautset auxsecoussesrévolutionnaires,sansespoirqu'aucune Révolutionnepuissejamaisle "remettresursespieds".Despolitiques, on industrielle.
Il
mepermettaitdesuivre,commeenlaboratoire,lamise en oeuvre,puisl'éclatementhistoriqued'unprojetéducatifqui prétendait formerdansunmêmemouvementdescitoyensactifs,pleinementinsérés danslasociétédu travail,etdesenfantspleinementdisposésà rendre grâcedeleursortàleur"pèrebienfaiteur"commeàleur
Père céleste :labora etora! L'échecdu Neuhofconsommé,jevoyais alors Pestalozzi s'engager, aussiàlalumièredudéveloppementdesévénements de1789 en Franceetàtraversl'Europe,dansuneréflexionqui finissait parposer l'existence d'unfossé insondable entrel'ordredelanature, soumis au mécanisme deseslois,etl'ordredelaliberté,quin'estabsolumentpasde ce monde : seule unefoi étaitcapabledejeter lepont entrecesdeux
"univers".Etcequ'unephilosophie, désormaislivréeàl'incohérencedes intérêtsmondains,n'étaitpluscapabledecomprendre,l'éducation était en position dele réaliser, dèslors qu'elle restait ouvertesur
l'infinie
possibilitédel'hommedeseconstituer,àpartirdecequ'ilestet dansle sensdecequ'ildoit
être,"enoeuvre desoi-même"6.Ilmeplaisaitalors devoirPestalozziscruter inlassablementlanature humainepourendécelerles mécanismes eten saisirleslois de fonc¬
tionnementde la façon la plus positive, mais inverser totalement le mouvementlorsqu'ilsetrouvaitenprésencedel'enfant :cequiimportait, c'étaitbien ledéveloppementdesanaturelaplusparticulière sur fond deliberté,enaucuncaslavérificationdu bien-fondé d'une
loi
oud'une technique d'apprentissage.Le maîtredTverdonavait, danssonrapport instrumentéaux enfants,une façon de retenirson pouvoir pour faire vivrele leur, une manièredetout remettre- lois, techniques, savoirs d'éducation -à la disposition deleur force essentielle etde son libre développement,sansjamaissesubstitueràelle, etsansjamaisperdrede vuel'exigenceformelled'un ordrehorsduquellanatureseperddansle caprice,quejevoyaisd'uncoup,àlasuitedebiend'autresquirevenaient subjuguésparlapratiquepédagogiqued'Yverdon,laréalisationd'une synthèseenfincohérenteentrel'ordredelanature,absolumentrespecté pourlui-même, et l'ordredela liberté, nonmoins systématriquement visé danstoutelapuretédesaforme, danslavolontédefaireréellement del'autre"uneoeuvre de soi-même"7.Pestalozzi me faisait ainsi apparaître l'éducation comme un projet certessocialdeboutenbout, mais fondamentalementmoral.Lesalut n'était plusàattendre delaconstitutiond'une "belle société" :lemondesocial étaitdésormaislivréàl'insatisfactiondesintérêtsdémultipliés,condamné aux soubresautset auxsecoussesrévolutionnaires,sansespoirqu'aucune Révolutionnepuissejamaisle "remettresursespieds".Despolitiques, on
12 DELAPHILOSOPHIEÀL'ÉDUCATION, ET RETOUR.. . / M.SOETARD
peut seulement espérer qu'ils soient suffisamment habiles pour en écarter laviolence. La mutilation sociale
du
désirdevient unfait iné¬luctable,l'hommeestcondamnéàvivreencemondeunesituationde contradictionavecsoi-mêmeetdeguerre detouscontre tous, queseule l'actionéducative,l'actioncomprise en sonressortintimecommeune éducation,estdésormaiscapabledesurmonter.
Il
s'ensuit quel'éduca¬teur, etplusparticulièrementceluiquiaencharge lapremière rencontre du désiraveclenomossocialchezl'enfant,dans
lebut
delui
faireproduire cetteauto-nomiequ'appellesanature,doitêtre auclair surlesensdesa démarche,qu'il lui
fautcomprendreenparticulierquecen'estpasune simple affairede technique,de science,nimême de savoir philosophi¬que,mais de mise en oeuvre réfléchie desmoyens que l'hommes'est donnéau
fil
desonhistoire,auservicede lavolontédefairesurgirune autreliberté.L'éducationest endéfinitive affairederesponsabilité, de décisionlibrepourlaliberté,dontaucunsavoirnepeutrendreraison8.Il
restaitàpenserPestalozzi,y compriscetimpensablequi étaitaufond desadémarche ets'exprimaitdanssonaction,f
au tedequoilespédagogues devraient secondamneràtoutjamaisd'un "venez etvoyez!". Et que donnait-il d'ailleursàvoir
auxvisiteursduchâteaud'Yverdon,sinonun noeud decontradictionsquilefaisaitapparaître auxyeuxdeHerbart commeun habilemécaniciendel'éducation,àceux de Frôbelcommeun grandcoeurmaternel,àceuxdupasteurNiederercommeunprofond croyant?...Il
s'agissaitdelui
faireproduirecettethéoriepédagogiquequi étaitvisiblementàl'oeuvrechezlui,
verslaquelleil
ne cessaitdefaire signe enclamant la cohérencedesa démarche, maisqu'il
se révélait incapable de construire, tant restait vive sa sensibilité aux tensions contraires quel'actionéducativedoitassumer.Et quelregistredediscoursutiliser
pour exprimercettethéorie?Celuidu savoirpositif n'y suffisait évidemmentpas,maisla philosophie, elle-mêmelivréeàlacontradiction des intérêts qui portaient ses constructions, s'avérait impuissante à rendrecompted'uneattitudequiétaitpourtantsapropreraisond'être : quelsensavotresystèmedeliberté, objectais-jevolontiersàWeil,sijene parvienspasàleréaliser dansunautredevenirdeliberté,si je nem'en fais pasl'éducateuràpartir
decetteautrenature capable desefairelibre?A
quoisert endéfinitive
deconstruireunenouvellefoisle discours de la liberté,dèslorsqu'il
s'agit essentiellementdéfairelibre?...Pestalozzime
fit
revenirvers Rousseau,son"maîtreàrêver".J'avais uneconnaissanceuniversitaireetphilosophiquedel'oeuvreduGenevois, dominéeparl'interprétation politique duContratsocial. Lepédagogue d'Yverdon,qui avaitenpermanencesursatable de chevetlesouvrages12 DELAPHILOSOPHIEÀL'ÉDUCATION, ET RETOUR.. . / M.SOETARD
peut seulement espérer qu'ils soient suffisamment habiles pour en écarter laviolence. La mutilation sociale
du
désirdevient unfait iné¬luctable,l'hommeestcondamnéàvivreencemondeunesituationde contradictionavecsoi-mêmeetdeguerre detouscontre tous, queseule l'actionéducative,l'actioncomprise en sonressortintimecommeune éducation,estdésormaiscapabledesurmonter.
Il
s'ensuit quel'éduca¬teur, etplusparticulièrementceluiquiaencharge lapremière rencontre du désiraveclenomossocialchezl'enfant,dans
lebut
delui
faireproduire cetteauto-nomiequ'appellesanature,doitêtre auclair surlesensdesa démarche,qu'il lui
fautcomprendreenparticulierquecen'estpasune simple affairede technique,de science,nimême de savoir philosophi¬que,mais de mise en oeuvre réfléchie desmoyens que l'hommes'est donnéau
fil
desonhistoire,auservicede lavolontédefairesurgirune autreliberté.L'éducationest endéfinitive affairederesponsabilité, de décisionlibrepourlaliberté,dontaucunsavoirnepeutrendreraison8.Il
restaitàpenserPestalozzi,y compriscetimpensablequi étaitaufond desadémarche ets'exprimaitdanssonaction,f
au tedequoilespédagogues devraient secondamneràtoutjamaisd'un "venez etvoyez!". Et que donnait-il d'ailleursàvoir
auxvisiteursduchâteaud'Yverdon,sinonun noeud decontradictionsquilefaisaitapparaître auxyeuxdeHerbart commeun habilemécaniciendel'éducation,àceux de Frôbelcommeun grandcoeurmaternel,àceuxdupasteurNiederercommeunprofond croyant?...Il
s'agissaitdelui
faireproduirecettethéoriepédagogiquequi étaitvisiblementàl'oeuvrechezlui,
verslaquelleil
ne cessaitdefaire signe enclamant la cohérencedesa démarche, maisqu'il
se révélait incapable de construire, tant restait vive sa sensibilité aux tensions contraires quel'actionéducativedoitassumer.Et quelregistredediscoursutiliser
pour exprimercettethéorie?Celuidu savoirpositif n'y suffisait évidemmentpas,maisla philosophie, elle-mêmelivréeàlacontradiction des intérêts qui portaient ses constructions, s'avérait impuissante à rendrecompted'uneattitudequiétaitpourtantsapropreraisond'être : quelsensavotresystèmedeliberté, objectais-jevolontiersàWeil,sijene parvienspasàleréaliser dansunautredevenirdeliberté,si je nem'en fais pasl'éducateuràpartir
decetteautrenature capable desefairelibre?A
quoisert endéfinitive
deconstruireunenouvellefoisle discours de la liberté,dèslorsqu'il
s'agit essentiellementdéfairelibre?...Pestalozzime
fit
revenirvers Rousseau,son"maîtreàrêver".J'avais uneconnaissanceuniversitaireetphilosophiquedel'oeuvreduGenevois, dominéeparl'interprétation politique duContratsocial. Lepédagogue d'Yverdon,qui avaitenpermanencesursatable de chevetlesouvragesde son compatriote suisse, me le
fit
découvrir pour ainsidire
"de l'intérieur",commeun êtrevivantd'abord des tensions etdes contra¬dictionsquesonoeuvredéployaitàprofusionsansvraimentles résou¬
dre,sansmêmeessayerdelesrésoudre.Il marquaitlaplushaute estime pourVEmile,
qu'il
tenaitpour"le centre demouvementdel'ancien etdu nouveaumondeenfaitd'éducation", maisl'interprétationqu'ilendonnait rompaitavectoutcequej'avais pulire
à sonpropos : là où les com¬mentaires classiquesyvoyaient une démarchenaturaliste, "humaniste", privilégiantlaconnaissancedel'enfant,lerespectdesondéveloppement, l'assimilationprogressivedesdonnéesdel'expérienceet sonintégration harmonieuse dansl'univers social, Pestalozzi,sans niercesprincipes, insistaitdans lemême tempssur l'éducation delavolontéàlafaveur du heurt formateurcontrelesobstacles,surlesruptures quicreusentrégu¬
lièrementlarelationentrelegouverneuret sonpupille,surl'affrontement
ànudeségoïsmes.D'une façontoutàfaitinattenduepour moi, il faisait réapparaître leproblèmedumal aucoeur del'ouvragede1762,etjepre¬
nais,àla lecturedes Solitaires, lamesurede l'échecpratiqued'unetelle formationpourtantprésentéecommeunmodèleparsonthéoricien9.
Kantn'étaitpasloin.Del'aveu même de Pestalozzi, Fichteavait été frappédevoir àl'oeuvredanssonactionlesprincipes duphilosophede Kônigsberg.Ilmcfallaitalorsrevenir versl'auteurdestroisCnfi^wes,dont on sait quelrôledevaitjouer la lecture del'Emiledansl'évolutiondesa pensée :
il
enavaitoubliésarituellepromenadequotidienne. Kant-non pasle Kant taillé sur mesureparl'idéologie française,mais celui des Problèmes kantiens, qui, insiste Weil, "se veut métaphysicien, quoique métaphysicien d'une espèce nouvelle" 10 -avait superbement mis en philosophielacésureentre lemonde delanature,entièrement soumisau déterminismeetà ses lois, etlemonde de la liberté, où nous restons absolument maîtres denosdécisions.Conscientdu problèmeainsi poséà lapensée philosophique,qui estsystématique ou n'est pas,
il
s'était efforcé,danslaCritiquedujugement,dejeterunpontentrele monde du faitetcelui dusens :c'estlafinalité,observable danslanature, etsans laquellel'oeuvre d'éducation neserait pas possible.MaisWeil insiste bien surl'idéequel'indicationdecepassagen'entraînepasdenouvelle compromission dela libertéavecledonné naturel, cequiruinerait le principe d'autonomie :lalibertérestetranscendante,lanaturedemeure mécanisme;lafinaliténefaitqu'introduireuneconditionderéalisation delalibertéencemonde,enaucuncasunerègle,ellenepeutfonderune action.de son compatriote suisse, me le
fit
découvrir pour ainsidire
"de l'intérieur",commeun êtrevivantd'abord des tensions etdes contra¬dictionsquesonoeuvredéployaitàprofusionsansvraimentles résou¬
dre,sansmêmeessayerdelesrésoudre.Il marquaitlaplushaute estime pourVEmile,
qu'il
tenaitpour"le centre demouvementdel'ancien etdu nouveaumondeenfaitd'éducation", maisl'interprétationqu'ilendonnait rompaitavectoutcequej'avais pulire
à sonpropos : là où les com¬mentaires classiquesyvoyaient une démarchenaturaliste, "humaniste", privilégiantlaconnaissancedel'enfant,lerespectdesondéveloppement, l'assimilationprogressivedesdonnéesdel'expérienceet sonintégration harmonieuse dansl'univers social, Pestalozzi,sans niercesprincipes, insistaitdans lemême tempssur l'éducation delavolontéàlafaveur du heurt formateurcontrelesobstacles,surlesruptures quicreusentrégu¬
lièrementlarelationentrelegouverneuret sonpupille,surl'affrontement
ànudeségoïsmes.D'une façontoutàfaitinattenduepour moi, il faisait réapparaître leproblèmedumal aucoeur del'ouvragede1762,etjepre¬
nais,àla lecturedes Solitaires, lamesurede l'échecpratiqued'unetelle formationpourtantprésentéecommeunmodèleparsonthéoricien9.
Kantn'étaitpasloin.Del'aveu même de Pestalozzi, Fichteavait été frappédevoir àl'oeuvredanssonactionlesprincipes duphilosophede Kônigsberg.Ilmcfallaitalorsrevenir versl'auteurdestroisCnfi^wes,dont on sait quelrôledevaitjouer la lecture del'Emiledansl'évolutiondesa pensée :
il
enavaitoubliésarituellepromenadequotidienne. Kant-non pasle Kant taillé sur mesureparl'idéologie française,mais celui des Problèmes kantiens, qui, insiste Weil, "se veut métaphysicien, quoique métaphysicien d'une espèce nouvelle" 10 -avait superbement mis en philosophielacésureentre lemonde delanature,entièrement soumisau déterminismeetà ses lois, etlemonde de la liberté, où nous restons absolument maîtres denosdécisions.Conscientdu problèmeainsi poséà lapensée philosophique,qui estsystématique ou n'est pas,
il
s'était efforcé,danslaCritiquedujugement,dejeterunpontentrele monde du faitetcelui dusens :c'estlafinalité,observable danslanature, etsans laquellel'oeuvre d'éducation neserait pas possible.MaisWeil insiste bien surl'idéequel'indicationdecepassagen'entraînepasdenouvelle compromission dela libertéavecledonné naturel, cequiruinerait le principe d'autonomie :lalibertérestetranscendante,lanaturedemeure mécanisme;lafinaliténefaitqu'introduireuneconditionderéalisation delalibertéencemonde,enaucuncasunerègle,ellenepeutfonderune action.14 DELAPHILOSOPHIEÀL'ÉDUCATION, ET RETOUR.. . / M.SOETARD
Pestalozzi ne sentait pas autrement dans la mise en oeuvre de sa
Méthode,et VEmile,malgré touteslesapparences,restaitconstruit sur deuxmondesnonréconciliés,celui de laraison etceluidelavolonté.Je
metrouvaisainsienprésenced'un véritablenoeudgordiendel'éducation que Rousseauavaithabilement noué dans sonouvragede 1762,dont Kantavaitfaitlethèmedesaréflexionphilosophique,et que Pestalozzi avait, avecune naïveté philosophiqueàpeine feinte, tranché dans sa
pratiquepédagogique.Mais
il
restaitencoreettoujoursàcomprendre uneaction danslaquellele Genevois s'étaitbiengardédes'engager,qui devenaitàproprementparlerimpossible dansl'univers du philosophe deKônigsberg(laliberté,àmoins deserenierelle-même,nepeutopérer lepassagesensibleparl'éducation...), mais que le pédagogued'Yverdon n'avaitpascraint d'empoigneràbras lecorps.Aprèstout, depuisque l'hommesepense,il y
ade l'éducation...L'étudedelaproblématiquepestalozzienneetdel'intensediscussion qui s'était développée à Yverdon entre les partisans d'un leadership philosophiquedelaMéthode (Niederer)et lespartisansd'unleadership didactique (Schmid), comme l'observation
du
problème que n'avaitcessédeposer ladémarche del'éducateurd'Yverdonaux constructeurs de l'idéalisme allemand, à Fichte en particulier, me conduisaient à
retrouver,danslapenséedel'époque,unelignederéflexionqui tentait deréunir parunephilosophiedel'éducationlesdeuxbordsdelafaille kantienne. UneconvictioncommuneportaiteneffetlesFrôbel,Herbart, Schleiermacher,qu'ilsavaientacquiseaucontactdirectdel'actionetdes ouvrages de Pestalozzi :l'éducationestlanouvelleIdéequi porte notre monde,
il
convientde la placerenclef devoûted'unnouveausystème.J'examinaisleursconstructionsetjeremarquaisvitequeleurs artisans, lorsqu'il s'agissait dedonneruncontenuàcetteIdée,sombraient eux- mêmesdanslescontradictionsduconstructivisme idéaliste :Frôbelne voulait plusentendreparlerquedeVie,HerbartquedeSciencedel'édu¬
cation,Schleiermacher que dePraxissensée, maislorsqu'ilspassaientà
l'action ouquel'onessayaitde penserleursystèmedanslaperspective del'action,onvoyaitrégulièrement lalibertés'engloutirdansl'interpré¬
tation métaphysiquequ'ilsendonnaient. LàoùPestalozziétaitresté
un
croyant d'éducation, ils s'en faisaient les théologiens vite tentés par l'intolérance.Ensuivantl'évolutiondelapenséeéducativeallemandeauXX°siècle, j'observaisqu'elle necessaitaufond desedébattreaveclaproblèmeposé parKant :ceproblèmene faisaitenvérité ques'exacerberdansl'opposition entrerexpérimentalismed'unBrezinkaetleprojetémancipatoired'un
14 DELAPHILOSOPHIEÀL'ÉDUCATION, ET RETOUR.. . / M.SOETARD
Pestalozzi ne sentait pas autrement dans la mise en oeuvre de sa
Méthode,et VEmile,malgré touteslesapparences,restaitconstruit sur deuxmondesnonréconciliés,celui de laraison etceluidelavolonté.Je
metrouvaisainsienprésenced'un véritablenoeudgordiendel'éducation que Rousseauavaithabilement noué dans sonouvragede 1762,dont Kantavaitfaitlethèmedesaréflexionphilosophique,et que Pestalozzi avait, avecune naïveté philosophiqueàpeine feinte, tranché dans sa
pratiquepédagogique.Mais
il
restaitencoreettoujoursàcomprendre uneaction danslaquellele Genevois s'étaitbiengardédes'engager,qui devenaitàproprementparlerimpossible dansl'univers du philosophe deKônigsberg(laliberté,àmoins deserenierelle-même,nepeutopérer lepassagesensibleparl'éducation...), mais que le pédagogued'Yverdon n'avaitpascraint d'empoigneràbras lecorps.Aprèstout, depuisque l'hommesepense,il y
ade l'éducation...L'étudedelaproblématiquepestalozzienneetdel'intensediscussion qui s'était développée à Yverdon entre les partisans d'un leadership philosophiquedelaMéthode (Niederer)et lespartisansd'unleadership didactique (Schmid), comme l'observation
du
problème que n'avaitcessédeposer ladémarche del'éducateurd'Yverdonaux constructeurs de l'idéalisme allemand, à Fichte en particulier, me conduisaient à
retrouver,danslapenséedel'époque,unelignederéflexionqui tentait deréunir parunephilosophiedel'éducationlesdeuxbordsdelafaille kantienne. UneconvictioncommuneportaiteneffetlesFrôbel,Herbart, Schleiermacher,qu'ilsavaientacquiseaucontactdirectdel'actionetdes ouvrages de Pestalozzi :l'éducationestlanouvelleIdéequi porte notre monde,
il
convientde la placerenclef devoûted'unnouveausystème.J'examinaisleursconstructionsetjeremarquaisvitequeleurs artisans, lorsqu'il s'agissait dedonneruncontenuàcetteIdée,sombraient eux- mêmesdanslescontradictionsduconstructivisme idéaliste :Frôbelne voulait plusentendreparlerquedeVie,HerbartquedeSciencedel'édu¬
cation,Schleiermacher que dePraxissensée, maislorsqu'ilspassaientà
l'action ouquel'onessayaitde penserleursystèmedanslaperspective del'action,onvoyaitrégulièrement lalibertés'engloutirdansl'interpré¬
tation métaphysiquequ'ilsendonnaient. LàoùPestalozziétaitresté
un
croyant d'éducation, ils s'en faisaient les théologiens vite tentés par l'intolérance.Ensuivantl'évolutiondelapenséeéducativeallemandeauXX°siècle, j'observaisqu'elle necessaitaufond desedébattreaveclaproblèmeposé parKant :ceproblèmene faisaitenvérité ques'exacerberdansl'opposition entrerexpérimentalismed'unBrezinkaetleprojetémancipatoired'un
Mollenhauer,etcelasurfonddephilosophiepîusquejamaisimpuissante
à penserla contradiction
".
Des incursionsdansla pensée éducative italienne m'ont mis en présence des mêmes positions et des mêmes oppositions, dansuncontextequiresteplus idéologique12.Etquel'onne pense pastrop vitequenotrepositivisme français, si habileàcouper, dans unepublicationdetextestraduits(déjàunévénementensoi !)de Coménius ou de Frôbel,cequiseraitàmettreaucompte de"spéculations creuses" ou de "divagations subjectives", nous met à l'abri de telles aventuresmétaphysiques!Nousrestonseneffet,enéducationcomme ailleurs,leshéritiers deKantetduproblèmequ'il nousalégué. Notre Ecole est herbartienne, mais lorsque, fatiguée desonconcept, elle en appelle à la "vie"pour
renouer avec la liberté, elle est guettée par l'aventurefrôbelienne;etlorsquelapraxisdevientpourelle lecritèredu
sens,l'illusiondeSchleiermacherseprofile...Leproblèmeestque,projeté d'un absolu dansunautre et régulièrementpiégé paruneréalité qui n'admet pas de se laisser
mutiler
au nom d'une Idée, le pédagogue concretnesaitplusvraimentenquelsensil doit
agir,ets'ildoit
faireautre chosequefonctionner...Il
vient alorsinterrogerSocrate, comme ces jeunesgensd'Athènes orphelinsdela"citédenature". Maisle sageàfigurede Silène nepeutlui
indiquerd'autrevoiequela compréhension desa propredémarcheàpartir
despôlescontrairesqui l'animent,etlamiseenoeuvred'une action quineselaisseenfermer dans aucund'entreeuxetprennelerisquede la libertéautonome.Cestcequ'aucunephilosophie,elle-mêmeprisedans lacontradiction,nepeutdire.Cestcequ'unethéorie del'éducationpeut exprimer.Voilàoù j'en suis de maroutedéjàlongue. Elle réclamed'êtrepour¬
suivieenmarge del'agitationéducative decesièclefinissant, dans
un
inlassabletravailcritiqueetdansunoeuvre de constructionqui,aubout ducompte,rendenthonneuràlaphilosophie. Carl'éducationpeutelle aussiprétendreà Vuniversitasdusavoir.Michel Soëtard
ProfesseurdePhilosophiedel'éducation eld'Histoiredesidéespédagogique aux UniversitéscatholiquesdeLilleetd'Angers.
Mollenhauer,etcelasurfonddephilosophiepîusquejamaisimpuissante
à penserla contradiction
".
Des incursionsdansla pensée éducative italienne m'ont mis en présence des mêmes positions et des mêmes oppositions, dansuncontextequiresteplus idéologique12.Etquel'onne pense pastrop vitequenotrepositivisme français, si habileàcouper, dans unepublicationdetextestraduits(déjàunévénementensoi !)de Coménius ou de Frôbel,cequiseraitàmettreaucompte de"spéculations creuses" ou de "divagations subjectives", nous met à l'abri de telles aventuresmétaphysiques!Nousrestonseneffet,enéducationcomme ailleurs,leshéritiers deKantetduproblèmequ'il nousalégué. Notre Ecole est herbartienne, mais lorsque, fatiguée desonconcept, elle en appelle à la "vie"pour
renouer avec la liberté, elle est guettée par l'aventurefrôbelienne;etlorsquelapraxisdevientpourelle lecritèredu
sens,l'illusiondeSchleiermacherseprofile...Leproblèmeestque,projeté d'un absolu dansunautre et régulièrementpiégé paruneréalité qui n'admet pas de se laisser
mutiler
au nom d'une Idée, le pédagogue concretnesaitplusvraimentenquelsensil doit
agir,ets'ildoit
faireautre chosequefonctionner...Il
vient alorsinterrogerSocrate, comme ces jeunesgensd'Athènes orphelinsdela"citédenature". Maisle sageàfigurede Silène nepeutlui
indiquerd'autrevoiequela compréhension desa propredémarcheàpartir
despôlescontrairesqui l'animent,etlamiseenoeuvred'une action quineselaisseenfermer dans aucund'entreeuxetprennelerisquede la libertéautonome.Cestcequ'aucunephilosophie,elle-mêmeprisedans lacontradiction,nepeutdire.Cestcequ'unethéorie del'éducationpeut exprimer.Voilàoù j'en suis de maroutedéjàlongue. Elle réclamed'êtrepour¬
suivieenmarge del'agitationéducative decesièclefinissant, dans
un
inlassabletravailcritiqueetdansunoeuvre de constructionqui,aubout ducompte,rendenthonneuràlaphilosophie. Carl'éducationpeutelle aussiprétendreà Vuniversitasdusavoir.Michel Soëtard
ProfesseurdePhilosophiedel'éducation eld'Histoiredesidéespédagogique aux UniversitéscatholiquesdeLilleetd'Angers.