L’UTILISATION DES ÉLÉMENTS MINÉRAUX
DE LA RATION PAR LE VEAU
I. - INFLUENCE DU RÉGIME ALIMENTAIRE
L. GULGUEN C.-M. MATHIEU
Michelle
FRASNIER-LANGLOIS dej.
M. BOISSEAUStation de Biochimie et de Nutrition et Station de Reclrerches sur
1’lIleiage,
Centre national de Recherches
zooteclmiques, Joii.%,-eii-josas (Seine-et-Oise).
SOMMAIRE
Des
expériences
de bilans portant sur lesprincipaux
éléments minéraux(P,
Ca, K, Na,Mg)
ont été effectuées
jusqu’à l’âge
de r5 semaines sur des veaux soumis à deuxrégimes
alimentaires différents : 8 veaux n’ont reçu que du lait entier(régime
L), 5 veaux ont suivi un régime de sevrageprécoce (régime LCF)
comprenant unequantité
limitée de lait, un aliment concentré et du foin de luzerne à volonté.Les coefficients d’utilisation
digestive
apparents et les coefficients de rétention apparents des éléments minéraux évoluent au cours del’expérience,
particulièrement pour le phosphore, le calciumet le
magnésium,
dont l’utilisation diminue considérablementaprès
le sevrage chez les veaux aurégime
LCF.Les éléments minéraux du lait sont mieux utilisés que ceux de l’aliment concentré et du foin.
Les
quantités journalières
moyennes de calcium, dephosphore
et de sodium retenues dela4
e à la 15e semaine sont voisines dans les deux
régimes.
En revanche, les veaux durégime
Lretiennent par
jour beaucup
moins de magnésium etplus
de potassium que les veaux durégime
LCF.
Le
gain
depoids
net(contenu digestif exclu)
contient i,6 foisplus
de calcium, 1.5foisplus
dephosphore,
1,4foisplus
de sodium et surtout 3, 6 foisplus
demagnésium
dans le cas des veaux durégime
LCF. Les teneurs enpotassium
dugain
depoids
sont voisines pour les deuxrégimes.
Des recommandations ont été faites pour
l’apport
des éléments minéraux aux veaux de 100kg
sevrés
précocement : j
g de calcium, 5 g dephosphore,
3,5 g depotassium,
2 g de sodium et 2g demagnésium
parkilogramme
dematière
sèche de la ration.Le métabolisme des éléments minéraux chez le veau est peu connu, et les travaux
déjà
effectués sur cesujet
concernent engénéral
des animaux recevant exclusivement du laitentier,
enquantité
très limitée(R AV E N
etROBI N S ON , i 95 8 ;
SMITHI9S7 ).
La mise au
point
des méthodes de sevrageprécoce
pourl’élevage
des veaux, danslesquelles
on substitue au lait entier un aliment concentré sec, du foin et del’eau,
nécessite une meilleure connaissance de l’utilisation des éléments minéraux de ces
aliments de
remplacement,
notamment durant etaprès
le sevrage.Dans ce
but,
nous avons étudiécomparativement
l’utilisationdigestive
appa-rente et la rétention
apparente
desprincipaux
éléments minéraux(P, Ca, K, Na, Mg)
de la
ration,
d’unepart
chez des veaux ne recevant que du lait de la naissance à 15semaines,
et d’autrepart
chez des veaux recevant unequantité
limitée de lait(
200
litres durant 7semaines),
un aliment concentré sec(limité
à 2hg
parjour),
dufoin et de l’eau à volonté. Le
premier régime (régime L )
est destiné àl’engraissement
de veaux de boucherie abattus vers
l’âge
de 3mois,
le second(régime LCF)
a étémis au
point
pourl’élevage
desgénisses
et des bouvillons(M ATHIEU
etBVEGAT-LITRE, 10
6 1
).
Tous les animaux ont été élevés en cages à métabolismes durantl’expérience.
Cette
première
étude doitpermettre
de mieuxpréciser
les besoins des veaux,engraissés
ou sevrésprécocement,
et de discuter les recommandations habituelles pour l’alimentation minérale desjeunes
bovins.I -
MÉTHODES EXPÉRIMENTALES
ETMATÉRIEL UTILISÉ
il, =laimau.v
L’expérience
a porte sur 13 weam mâles de race Normande, achetés il jours, et maintenusen cages à métab!dismes de leur 2e à leur i! semaine.
Ces veaux ont été
répartis en
deux lots : 8 veauxreçoivent
le régime I.(lait
seul), 5 veauxreçoivent
lerégime
LCF (lait, concentré sec et foin).Tous tes animaux ont été abattus ù la fin de
l’eapériencc,
et les contenusdigestifs
ont étépesés
et
analysés.
z°
Régimes
alimcl/tairesLes
quantités
des différents aliments offertes et refusées ont été mesurées tous lesjours
pour chacun des veaux.Le lait de
mélange,
contenant environ 3,,! p. soo de matières grasses, a été distribué deux fois par jour (S h et ih)
à la température de!;°(_’. Les quantités journalières
distribuées pour chacun desrégimes
sontindiquées
dans le tableau i.Dans le
régime
L, les veaux n’ont consomme que du but. Ils n’avaient pas de litière et n’étaient pas muselés.Dans le
régime
LCT’, l’aliment concentré, le foin et l’eau ont été offerts dès la 2e semaine.L’aliment concentré, présenté sous forme de mouture grossière. a été offert chaque jour à
volonté
jusqu’à
un maximum de 2 kg parjour.
Sacomposition
est donnée dans le tableau 2. Lacomposition et la
proportion
du composé minéral introduit dans l’aliment concentré ont varié au cours del’expérience
pour maintenir le niveaud’ingestion
leplus 1>roche possible
des recomman-dations de MORRISON
( 1950 )
du moinsjusqu’au
sevrage des veaux durégime
LCF. 9fin de calculer lesquantités
d’éléments minéraux devant être apportés par la ration nous avons tenu compte des résultats fournis par uneexpérience
précédente, dans laquelle les variations de la consommationen foin et en aliment concentré avaient été étudiées (MATHIEU et WEGAT-LITRE
y 6i).
En revanche, chez ces mêmes veaux du
régime
LCF, nous n’awons pas cherché,après
le sevrage, à limiter le niveau élevéd’ingestion
d’éléments minéraux (as;uré enparticulier
par le foin de luzerne pour le calcium, le phosphore et le magnésium).Le composé minéral A (tabl. 2) a été
incorporé
a raison de 8 p. 100 dc )’aliment concentré de la ire à la 5! semaine, 6 p. 100pour les 6e et 7° semaines, p. 100 pour les 8e et ge semaines.Le composé 13 a été utilisé de la ioe à la i5e semaine à raison
de
3 p. 100 de l’aliment concentré.Le foin distribué était un foin de luzerne donné à volonté, la
proportion
des refus étant main- tenue à 10 p, 100 environ.La
composition
minérale des aliments offerts(lait,
aliments concentré,,foin)
est donnée dans le tableau 3.,g° Collecte des excreta et
p l’ /IJ¡ ’ c 1 Ile¡¡t
des /chall/illollsLes veaux ont été maintenus en cage à
partir
de leur 2e semaine et les mesures de bilansn’ont été effectuées
qu’à partir
de la 4° semaine, cequi
apermis
une adaptation des animaux.Les fèces et l’urine ont été recueillis séparément et pesés chaque jour. La teneur en matière sèche
des fèces a été déterminée
après séjour
au four à circulation d’air à !o°C.Des échantillons
pondérés
ont été révisés àpartir
de tous lesprélèvements quotidiens,
pour le lait, le foin, le concentré, les fèces et l’urine. Ceci apermis
d’obtenir,après mélange,
des échan-tillons moyens hebdomadaires. I,e concentré, le foin et les fèces ont été
broyés après séchage.
4
° 112éthodes
d’analyse
Pour les aliments solides et les fèces, la minéralisation a été effectuée par calcination au four à
530 - 55 o o C
d’uneprise
de i g depoudre
sèche. Les cendres ont étéreprises
sur bain de sable par HCI pur, puis mises en solution avec II!Oa à ro p. 100et diluées avec de l’eau bi-distilléeaprès
filtration.Pour le lait et l’urine, la minéralisation a été effectuée par attaque
nitro-perchlorique
sur bain desable
électrique,
suivie d’unereprise
à l’ébullition par de l’eau bi-distillée et d’une dilution convenable.Le
phosphove
a été dosé par colorimétrie duphospho-vanado-molybdate
d’ammonium. Le calcium, lepotassium, le
sodium, et ley nagnésiurra
ont été dosés parspectrophotométrie
de flamme, en tenant compte des interférences mutuelles des cations et écentuellement desquantités
résiduelles d’acideperchlorique (G1: EG1 :EN
et ROMBA1:TS, 1961).II -
RÉSULTATS
Ces
expériences
de bilans ontégalement
étéutilisées,
parailleurs,
pour étudier l’évolution de l’utilisationdigestive
de la matièresèche,
de la matièreorganique,
desmatières minérales totales et des matières azotées totales chez le veau
(M A T HI E U
et
W!GA’r-I,iTx!, z 9 62).
Tous les résultatsindiqués
sont les moyennes obtenues pour les 8 veaux durégime
L et les 5 veaux durégime LCF.
1
0
Quantités
d’éléments minéyauxingérées et
croissance des veauxAvant de comparer l’utilisation des éléments minéraux dans les deux
régimes,
il
importe
desouligner quelques
différences fondamentales entre les deux lots L etLCF.
Le
tableau 4 montre
l’évolution desquantités
d’éléments minérauxingérées
parles veaux et met en évidence les différences
importantes
entre les deuxrégimes.
Lesquantités
de calcium et dephosphore ingérées
sont voisinesjusqu’à
la 8esemaine, puis
ensuite trèssupérieures
chez les veaux durégime I,CP’.
Enrevanche,
le lait fournitplus
depotassium
que lerégime LCF’,
du moinsjusqu’à
la 12e semaine(le
foin deluzerne distribué était relativement pauvre en
K).
Lesquantités
de sodiumingérées
restent voisines
jusqu’à
la z2esemaine, puis
sontplus
élevées chez les veaux durégime LCF. Quant
aumagnésium,
lesquantités
fournies par le lait sonttoujours
très infé-rieures
( 2
à 5 foismoins)
auxquantités
fournies par lerégime LCF.
Les
vitesses de croissance ont été très différentes dans les deux cas(tableaux 5 et 6) ;
eneffet,
durant lapériode
de Isemaines,
legain
depoids
vif moyen a été de900 g par
jour
pour les veaux durégime
I, et de665
g parjour
seulement pour lesveaux du
régime
LCF.En outre, il
importe
de tenircompte
du rôlejoué
par le contenudigestif
dans legain
depoids
vif. Eneffet,
dans l’accroissement depoids
moyen de 51kg ( 4 e
à15
semaine)
des veauxayant
reçu outre dulait,
du concentré sec et du foin(régime LCF),
il faut déduirel’augmentation
depoids
de 13kg
environ du contenu du tractusdigestif (moyenne
des mesures effectuéesaprès l’abattage
desveaux) :
ceci donne ungain
depoids
net parjour
de 4c!o g au lieu de66 5
g engain
depoids
vif. Dans le casdes veaux ne recevant que du lait
(régime L), l’augmentation
dupoids
du contenudigestif
est faible( 2 kg
enmoyenne)
et legain
depoids
net parjour
est de8 70
g au lieu de 900g.2
° Evolution de l’utilisatioot
digestive apparente
et de la rétentiortapparente
des éléments minéraux de la ration
Avec
l’âge
desanimaux,
on observe une évolution trèsmarquée
des coefficients d, .1’.
d&dquo;
(C
U DIngéré
- F’écal
)
dd’utilisation
digestive apparente (C.
U. D.apparent = - - Ingéré -
ngere x1 00 )
et des! .,,,.... /rA !. ,
Ingéré—Fécal—Urinaire
,coefficients de
rétentionapparente ( C.
R.apparent
=Ingéré- Fécal- Ingéré Urinaire
IngéréX ioo)
des éléments minéraux des deux
régimes.
Lesfigures
1, 2, 3,4 et donnent
lesvaleurs moyennes des CUD et des CR des éléments minéraux pour chacun des
régimes.
Toutefois,
ces évolutions nepeuvent
être attribuées àl’âge
seul. Eneffet,
la croissance des veauxs’accompagne
de variationsimportantes
desquantités ingérées
et des
besoins,
ces deux évolutionspouvant
ne pas êtreparallèles.
Lesgraphiques
traduisent donc des évolutions dues à
plusieurs
facteursqu’il
est difficile deséparer.
Cependant,
cette évolutionprésente
un certainintérêt,
notamment chez lesveaux recevant du concentré et du foin
(régime LCF),
où le sevrages’accompagne
d’une diminution
importante
des CUD et des CR duphosphore
et du calcium de laration,
sansqu’il
y ait de variation sensible du niveaud’ingestion.
3
0 Iiillitejice
ditrégime
alimentaireDe
façon
trèsgénérale,
le CUD et le CR des éléments minéraux sontplus
élevésdans le cas du lait. Ces différences sont
probablement
liées à la nature durégime,
cequi
est manifeste lors du sevrage des veaux durégime LCF.
Enrevanche, après
laSe
semaine,
les différencesenregistrées
entre les deuxrégimes
résultent surtout del’inégalité
des niveauxd’ingestion :
les veaux sevrés(régime LCF) ingèrent beaucoup plus
decalcium,
dephosphore
et demagnésium
que les veaux ne recevant que du lait(régime I,).
Toutefois, jusqu’au
sevrage(régime LCF)
les niveauxd’ingestion
sont compara- bles(mis
àpart
lemagnésium),
et nous constatonscependant
que les éléments miné-raux du
lait,
etparticulièrement
P etCa,
sont mieux absorbés et retenus que les éléments minéraux durégime
mixte. Dans uneexpérience précédente (résultats
nonpubliés)
nous avionsdéjà
constaté clue P et Ca de la ration totale étaient d’autant mieux utilisés que laproportion
de lait offerte étaitplus grande ( 100 ,
200, 300ou 400 litres delait),
les veaux recevant par ailleurs un aliment concentré sec et du foin.4
0 Jlode d’excrétion des éléments minéraux
L’excrétion du
Phosphore présente
desparticularités
intéressantes. Dans le casdu
régime
necomportant
que du lait(L), ,!!
à go p. 100 duphosphore
excrété esturinaire,
et cetteproportion
varie peu avecl’âge (fig. 6).
Aucontraire,
chez les veauxsuivant le
régime LCF,
laproportion
du P urinaire dans laquantité
totale de P excrétéeest
beaucoup plus
faible et diminueconsidérablement,
de 66 à 25p. 100de l’excrétion totale.Quel
que soit lerégime,
le calcium urinaire esttoujours
faible(inférieur
à i p. 100 de l’excrétion totale de Caaprès
la7 e semaine)
etl’absorption apparente
est donctrès voisine de la rétention nette.
L’excrétion urinaire de
magnésium varie,
pour les deuxrégimes,
de 25 p. 100 environ à laq e
semaine à 10p. 100environ à la rjesemaine.Po2c
yle
potassium et
le sodium dont l’utilisationdigestive apparente
est très élevée l’excrétion s’effectueprincipalement
par l’urine : enparticulier,
chez les veaux nerecevant que du lait
(régime L),
l’excrétion urinaire de K et Nareprésente
97 à 99p. 100de l’excrétion totale. Dans le cas durégime comportant
du concentré et du foin(LCF),
laproportion
de l’excrétion urinaire dans l’excrétion totale diminue de c!3 à85
p. 100 pour K et reste de l’ordre de 90p. 100pour Na.5
°
Evolutioit desquantités journalières
d’éléments minéraux retenues:Les
quantités journalières
moyennes d’éléments minéraux retenues par lesveaux des deux
régimes
sont rassemblées dans le tableau !. L’évolution desquantités
retenues est en
général parallèle
à l’évolution desquantités ingérées (voir
tableauq).
Ainsi,
dans le cas des veaux ne recevant que dulait,
lesquantités
d’éléments minéraux retenues parjour n’augmentent plus
àpartir
de la ioesemaine,
tandis que chez lesveaux du
régime LCF
ellesaugmentent
considérablementaprès
la ioesemaine.6°
Quantités
totales d’éléments minéraux retenues.Influence
ditrégime
Les
quantités
totales d’éléments minéraux retenues,figurant
dans les tableaux 8et 9, ont été
calculées,
pour les deuxrégimes,
durant unepériode
de msemaines,
dela 4e semaine inclue à la
i 5 e
semaine exclue. Lesquantités journalières
moyennes deP,
Ca et Na retenues sont peu influencées par lerégime ( 12 , 2
et m,3 g deCa ;
7
,i et
6,z
g deP ;
2,7et 2,5 g deNa).
Unrevanche,
lesquantités journalières
deMg
et de K retenues diffèrent considérablement selon le
régime :
les veaux durégime LCF
retiennent deux fois
plus
deMg
que les veaux durégime
L(influence
desquantités
ingérées),
tandis que les veaux durégime
L retiennentbeaucoup plus
de K(8, 1
g contre4 ,6 g)
que ceux durégime I,CF!,
cequi
est dû à l’influence desquantités ingérées
et vraisemblablement de la vitesse de croissance.En tenant
compte
dupoids
et de lacomposition
minérale des contenusdigestifs,
nous avons obtenu des valeurs
corrigées
donnant lesquantités
retenues de Ca et deP
rapportées
augain
depoids
net(tableaux
8 etg).
Ceci conduit à de fortes différences dans lacomposition
minérale ducroît, particulièrement
pourP,
Ca etMg :
legain
de
poids
net contient1 ,6
foisplus
deCa,
1,5 fois deplus
deP,
1,4 foisplus
de Na etsurtout
3 ,6
foisplus
deMg
dans le cas des veaux sevrés à 7 semaines(régime LCF).
Les teneurs en K du
gain
depoids
net sont voisines dans les deuxrégimes.
III - DISCUSSION
Il est
difficile,
dansl’interprétation
desrésultats,
d’étudierséparément
l’influence de chacun des facteurscomplexes susceptibles
d’influer sur l’utilisation des éléments minéraux par l’animal en croissance. C’estpourquoi,
engénéral,
seule l’influenceconj u- guée
des facteurs de variation propres à l’animal(âge,
vitesse decroisssance)
et desfacteurs propres à la ration
(quantités ingérées,
nature del’aliment)
pourra être dis- cutée.W l’ariatio;is des
coefficients
d’lttilisationdigestive
et des
coefficients
deréteittion ; !7’!!MMS
entrerégimes.
La diminution de l’utilisation
digestive
des éléments minéraux dans le cas desveaux recevant, outre le
lait,
du concentré sec et du foin(régime LCF)
résulteprinci- palement
de l’accroissement desquantités ingérées,
surtout pcurCa,
P etMg.
Il est bien connu que l’animal
peut s’adapter
à desingestions
variables de ces élé-ments en modifiant leur
absorption intestinale,
lesingestions
faibles conduisant àune utilisation
digestive plus
élevée.Inadaptation
à des basrégimes
en Ca et P a étémise en évidence dans de nombreux travaux
(HENRY
etal., ig6o ;
CAUSERET etHuGOZ, 1958 ;
NICOLAYSEN, etal., 1953 ).
HARRISON(ig5g)
a bienmontré,
dans lecas de
Ca,
que l’intestinpouvait
ainsijouer
le rôled’un
mécanismehoméostatique, régularisant
l’utilisation de Ca parl’organisme
en fonction desapports
et des besoins.Ceci
permet d’expliquer,
du moinspartiellement,
les différences considérablesenregis-
trées entre les
régimes
étudiés(fig. 7 ).
Toutefois,
l’influence de la nature durégime (à
niveauxd’ingestion comparables)
est
également
manifeste et se traduit par des différences entre lots avant la7 e
semaine(sevrage
des veaux aurégime I,CI! )
et par une diminution brutale des CUD et des CR de P, Ca etMg
de la ration dès le sevrage. Les différences entrerégimes peuvent
être attribuées àplusieurs
facteurs :- La
physiologie
de ladigestion
est différente dans les deux cas : chez les veauxdu
régime
L le lait passe directement dans lacaillette,
tandis que chez les veaux durégime
LCF le rumen est fonctionnel.- Les veaux ne recevant que du lait
(régime L)
ont une croissanceplus rapide,
et
donc, logiquement,
des besoins minéraux accrus. Cecipourrait
favoriser l’utilisa- tion des éléments minéraux du lait.- La
digestibilité
réelle des éléments minéraux est vraisemblablementplus
élevé edans le cas du lait : l’utilisation de P
phytique
des céréales par le veau estincomplète
et le rôle du lactose du lait sur
l’absorption
intestinale de Ca est bien connu.-
L’excrétion
fécaleendogène
de certains éléments minéraux seraitplus
fortechez les veaux recevant du concentré et du
foin,
cequi
accentuerait les différences entre les CUD de ces éléments pour les deuxrégimes.
Eneffet,
l’excrétionendogène
estsans doute liée au volume des sécrétions
digestives
et enparticulier
de la salive.Ainsi,
selon SMITH
( 19 6 1 ),
l’excrétionendogène
deMg,
etpeut-être
deCa,
seraitplus
élevéechez les veaux au lait
pouvant
mâcher des copeaux de bois que chez les mêmes veauxmuselés,
la sécrétion salivaire étant différente dans les deux cas. Demême,
le volume de salive sécrété par les veaux durégime LCF
est vraisemblablement très accru parl’ingestion
de concentré et de foin.La diminution du coefficient de rétention de P du
lait,
dontl’absorption
intes-tinale reste élevée
(fig. i)
semble due au fait que laquantité
de Ca fournie par le lait n’est pas suffisante pour assurer l’utilisation maximum duphosphore.
Eneffet,
le lait fournit Ca et P dans lerapport
de 1,3tandis que la rétention de ces deux éléments s’effectue dans lerapport
der,8.
Aucontraire,
chez les veaux recevant du concentré et du foin(régime I,CF),
la fixation du P absorbé n’est pas entravée par une insuffi-sance en Ca et les évolutions du CUD et du CR sont
parallèles.
Le lait seraitdonc, paradoxalement,
insuffisamment riche en calcium pourpermettre
l’utilisation maxi-mum du
phosphore qu’il apporte.
Contrairement aux autres
éléments,
lemagnésium
du lait est relativement mal absorbé( 70
à 80 p.ioo),
bien que laquantité ingérée
soit très faible. Ceci adéjà
étéconstaté par Bi<AXTERet RooK
(r9!!).
2
° Mode d’excrétion des éléments minéraux
Pour le calcium le mécanisme
régulateur
semble se situer au niveau de l’intestin(H ARRISO
N, r9!9). Ainsi,
la diminution del’absorption
ou l’accroissement de la réex- crétionendogène
de Calorsque
la ration enapporte
ungrand
excès(cas
du foin deLuzerne) permet
d’éviter unehypercalciurie
et maintient à un taux très faible lecalcium urinaire
(moins
de i p. 100 de l’excrétiontotale). Ainsi,
sur lafigure
7, onvoit que le
grand
excès de Caingéré
par les veaux durégime LCF
est évacué dans les fèces.Dans le cas du
phosphore,
ilapparaît
sur lafigure
7 que, si laproportion
de Purinaire diminue
progressivement
chez les veauxsevrés,
en revanche lesquantités journalières
absolues excrétées par l’urine sont voisines dans les deux cas.Ainsi, puisque
lesquantités
moyennes retenues sontégalement comparables,
il semble que l’intestin exerce aussi une fonctionrégulatrice
sur l’utilisation deP, compte
tenu desapports
et des besoins.L’augmentation
de l’excrétion fécaleendogène
chez les veauxdu
régime LCF,
en mobilisant lamajeure partie
du P non retenudisponible, pourrait
aussi
expliquer
la diminution de l’excrétion urinaire deP,
très faible chez les ruminants adultes.L’excrétion urinaire de
3Ig,
pour les deuxrégimes,
n’est pasnégligeable ( 25
à10p. 100de l’excrétion
totale).
Dans le cas des veaux ne recevant que dulait,
Br,Ax-TE
R et RooK
( 1954 )
trouvent que seulement 5 p. 100 duMg
excrété est urinaire.Mais l’utilisation de
Mg
semble varier considérablement avec l’individu : Ainsi RAVEN et RoBiNSON( 195 8)
trouvent des excrétions urinaires deMg
variant de 4 à3 8
p. 100 de l’excrétion totale. Ceciexpliquerait
les fortes différences individuelles pour la sensibilité àl’hypomagnésiémie qui, toutefois, apparaît
rarement avantl’âge
de22semaines chez les veaux ne recevant que du lait
(S MI T H ,
1957etzg58).
Le
potassium
et le sodium sont très bien absorbés et l’excrétion se faitprincipa-
lement par l’urine.
Toutefois,
la ration de concentré et de foin conduit à une excrétion fécale de Kreprésentant
10à 20p. 100de l’excrétion totale : ceci est vraisemblable- ment dîi à ladigestibilité plus
élevée dupotassium
dulait, puisque
lesquantités ingérées
sont voisines dans les deuxrégimes.
3
0 Quantités
totales d’éléments minéraux retenuesa) Calcium
etPhosphore :
.Le
rapport
entre lesquantités
totales moyennes de Ca et de P retenues durant lapériode
de m semaines considérée est de 1,73 pour les veauxn’ayant
reçu que du lait et dez,82
pour les veauxayant
suivi lerégime LCF (tableau 8) ;
mais cettedifférence entre
régimes
n’est passignificative (à
P =0 , 05 ).
Les valeurs obtenues pour la
composition
dukilogramme
degain
depoids
netdans le cas des veaux du
régime
L sont enparfait
accord avec les teneursindiquées
par ELLENBERGER et al.
( 1950 )
pour des veaux de 3 mois(rq,5
g de Ca et8, 3
g de P parkg
de corps entierdégraissé).
Nous avons vu
(tableau 8)
que, durant cettepériode
de Isemaines,
les veaux durégime LCF retiennent
parkilogramme
degain
depoids
net,1 ,6
foisplus
de Caet z,5 fois
plus
de P que les veaux durégime
I,. Cecipeut
être attribué àplusieurs
facteurs : d’une
part,
le lait distribué engrande quantité, permet
une croissance cor-porelle
trèsrapide
parrapport
aux éléments minérauxqu’il fournit ;
d’autrepart,
la ration de concentré et de foin ne
permet
pas ungain
depoids
aussiimportant
tandis que la croissance osseuse est assurée.
Quelques
mensurations effectuées à la fin del’expérience (hauteur
augarrot,
hauteur au sacrum,longueur totale...)
donnent des valeurs très voisines pour lesveaux des deux
régimes.
Cecipermet
donc decroire, compte
tenu desquantités
totalesde Ca et de P retenues
(environ 85
p. 100du P et 99p. 100du Ca du corps se trouvant dansl’os),
que ledéveloppement
dusquelette
a été semblable dans les deux cas, indé-pendamment
de la croissancecorporelle
totale.b) 1B1agnés Ù t m :
Contrairement à ce que nous avons constaté pour Ca et
P,
lesquantités journa-
lières moyennes de
Mg
retenues sont très différentes dans les deuxrégimes :
lesveaux du
régime
IaCh retiennent deux foisplus
de3 1 g
que les veaux durégime
I,.En
effet,
lesquantités
deMg ingérées
sont trèsdifférentes, (le régime LCF
fournit 2à 5 fois
plus
de1Tg
que lerégime L)
et, en outre, la rétention duMg
du lait n’est pas très élevée( 70
p. 100en moyenne contre go p. 100pour lecalcium).
Compte
tenu des différences degain
depoids,
les veaux durégime LCF
retien-nent par
kilogramme
degain
net3 ,6
foisplus
dealg
que les veaux durégime
I,.A
quantités égales
de Ca et de P retenues(rapport
der,6
entre les deuxrégimes)
et en admettant que 60 p. 100 du
Mg
du corps se trouve dans l’os(S MI T H , 1957 ),
on
peut
estimerapproximativement
que lesquelette
des veaux durégime
LCFcontient
2 ,8
foisplus
deiVTg
que lesquelette
des veaux durégime
I,.En
fait,
les travaux de SMITH(rg 5 g)
et de THOMAS( 195 9 )
montrent que lemagné-
sium de l’os est très labile
(6 5
p. 100 duMg
de l’os seraitsimplement
adsorbé à lasurface des
cristaux)
et, dans le cas d’unrégime
très pauvre en!Tg,
sa concentration dans l’ospeut
être réduite au tiers de sa valeur normale. Cette mobilisation duMg
osseux se fait au
profit
des tissus mous et sert enparticulier
à freiner la chute de lamagnésiémie.
Il n’existe pas, dans la
littérature,
de donnéesprécises
sur lacomposition
minéraledu
gain
depoids
nondégraissé
chez le veau.Toutefois,
pour les deuxrégimes étudiés,
les teneurs en
Mg
dugain
depoids
sontparticulièrement élevées,
lerapport
Ca retenud 1 d, . 1 d, .
M
g
retenu
g retentiétant de z3,o pour les veaux durégime L,
et de 5,5pour les veaux durégime
I,CF’.
Eneffet,
si lerapport Ca,,.. 31g
de l’os normal est de 40à 45(S MI T H ,
1959 ;THOMAS, ig
5
g),
et si 60 p. 100 duMg
du corps se trouve dans lesquelette,
cerapport
devraitêtre de 24 à 27 dans le corps
entier ; cependant,
lacomposition
minérale du corps entier n’est pas nécessairementidentique
à celle dugain
depoids.
Nous
n’ignorons
pas ledanger, signalé
par Di;xc.<( 195 8),
del’application
dela méthode des bilans à la détermination de la
composition
minérale ducroît,
lesrésultats obtenus étant en
général trop
élevés(par
suite depertes inexpliquées).
Toutefois,
l’erreur ainsi commise doit être bien inférieure aux écartsobservés,
et nousenvisageons
de contrôler ces résultats par desanalyses corporelles.
c)
PotassÙtm et sodi2cnx :Les
quantités
de K retenues parjour
sontbeaucoup plus
élevées chez les veauxdu
régime L,
cequi peut s’expliquer
par les différences de vitesse decroissance, portant principalement
sur ledéveloppement
des tissus musculaires. Lesquantités journa-
lières de Na retenues sont voisines dans les deux cas.
Pour les deux
régimes,
legain
depoids
net contient desquantités
voisines deK,
tandis que la teneur en Na estplus
élevée dans le cas durégime I,CF ;
en effetles veaux de ce dernier
régime
ont uneproportion plus
forted’os,
contenant unequantité
nonnégligeable
de Na et peu de K.Les
quantités
de K et de Na retenues sont trèsimportantes
et ne vérifient pas la relation entre la rétention d’eau et la rétention de K et de Na établie par Bi,axT!R et RooK(ig 5 6),
chez des veaux à faible vitesse de croissance et recevant une ration de laitsynthétique
pauvre enpotasium.
!o Evolution des
quantités journalières
d’éléments minéraux retenuesSi les
quantités
totales de Ca et de P retenues sont du même ordre degrandeur
pour les deux
régimes (tableau 8),
en revanche les évolutions desquantités journa-
lières retenues diffèrent considérablement
(tableau
8 etfig. S).
Pour chacun desrégimes
les rétentions
journalières
de Ca et de P sontremarquablement parallèles ;
si celles-cisont synonymes de croissance osseuse, on
peut
conclure que l’édification du sque- lette ne s’effectue pasparallèlement
pour les veaux des deuxrégimes.
Chez les veauxdu
régime
LCF la vitesse de croissance osseuse est très ralentie durantplusieurs
semaines
après
le sevrage,puis
augmenterapidement après
la 11’&dquo; semaine(ce qui
est
également
lié aux variations del’énergie
nette et de la teneur en matières azotéesdigestibles
de laration).
Enrevanche,
chez les veaux durégime L,
elle semble passer par un maximum vers la 10esemaine(poids
vif de clokg).
Cecis’explique simplement
par les variations de