• Aucun résultat trouvé

/ 3 MI. M. IM.

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2022

Partager "/ 3 MI. M. IM."

Copied!
15
0
0

Texte intégral

(1)

On en était à la relation d’objet en tant justement que l’objet est fondamentalement manquant, ou qu’il est absent, c’est ça qui nous intéresse. Et on pourrait dire que c’est même dans cette position où il est manquant ou absent qu’il peut se produire quelque chose. C’est ce qui est l’enjeu de la castration : la castration ce n’est pas simplement un manque d’objet, c’est un manque symbolique d’objet, càd qui a un effet structurant tout à fait positif.

Dans cette leçon 10 du 06 février 1957, Lacan reprend cette question de la castration et cette question aussi de l’objet en tant qu’il pourrait être incorporé ou assimilé et servir ainsi à ce qu’on appelle l’identification en psychanalyse. Au niveau de la castration, Lacan fait remarquer qu’on pourrait dire que le fétichiste s’identifie à l’absence de castration – il n’y a pas de problème, la mère n’est pas châtrée et il a tout ce qu’il faut – et on a un répondant, dit Lacan, c’est le transvestiste, càd l’homme qui s’identifie à la femme, à la mère phallique en tant qu’elle voile ce manque de phallus.

On pourrait penser que le fétichiste c’est quelque chose de positif qui affirme positivement la

présence du phallus chez la mère tandis que le transvestiste affirmerait la négation. Mais ce n’est pas vrai du tout puisque le fétichiste affirme le phallus de la mère ou en tous les cas c’est plutôt qu’il dénie la castration de la mère, càd qu’on est dans une position qui n’est pas simple, qui est déjà dialectique, comme on l’a vu dans l’article Le Fétichisme de Freud, avec cette présence de la castration même dans le fétiche lui-même – les coupeurs de nattes, vous vous souvenez, c’est une présence de la castration qui est assez affirmée. De la même façon, le transvestiste, ce n’est pas simplement qu’il y a le manque du phallus chez la mère qui est voilé, c’est que aussi le phallus pourrait quand même encore être là puisque tout ça est voilé, donc le phallus pourrait encore être intérieur à la mère.

Donc ce qui est en jeu chaque fois, c’est une structure flottante entre l’objet présent, le phallus présent et le phallus absent. Donc il y a objet et manque d’objet. C’est la thématique qui est déjà centrale ici et qui va être développée dans l’objet a, avec ses 2 faces, une face positive, c’est un objet, et d’autre part, l’impossibilité que c’est un objet. Donc c’est une remise en question fondamentale de ce que c’est que l’objet. Donc cette structure dialectique c’est quelque chose à laquelle nous devons nous familiariser puisque nous avons toujours affaire à cette présence et cette absence et nous aurons toujours affaire dans la pratique de la cure à faire jouer ces 2 côtés-là.

Le phallus, on pourrait dire que c’est l’instrument de l’impuissance ou même de l’omnipotence, qui est d’abord l’omnipotence de la mère, de l’Autre primitif, le 1er Autre, qui a tout ce qu’il faut pour avoir la puissance, pour avoir le savoir et pour maîtriser tout. Mais de nouveau il faut le penser dans la structure avec le manque. Et donc Lacan parle du symbolisme du manque, càd le fait qu’il y a un manque, ça a des effets symboliques, le fait qu’il y a le manque d’objet ou le manque du savoir chez le grand Autre, qui donc ne nous donne pas toutes les réponses, cela implique, à partir de la

reconnaissance de ce manque et en tant que ce manque est symbolique, que nous nous y mettions nous-mêmes, càd que ça implique tout un parcours qui est impliqué, nécessité par cette découverte de la castration de la mère.

Ici, pour la 1ère fois, Lacan cite Le diable amoureux de Jacques Cazotte, c’est un petit livre de 1772, pour introduire à la fois la question de la toute-puissance, à la fois la question du grand Autre et à la fois la question du Surmoi. C’est l’histoire d’un certain Alvare, capitaine de la garde du roi de Naples, qui dans la conversation avec ses copains de garde, témoigne de sa volonté d’être en commerce avec les esprits, de son intérêt pour la cabale et tout ce monde mystérieux. Parmi ces capitaines, il y a celui dont on peut dire qu’il lui sert de mentor pour l’initier et qui veut l’initier patiemment à ce monde des esprits, on pourrait dire ce monde d’un grand Autre qui lui échappe totalement. Alvare est pourtant tout à fait impatient, il dit qu’il est absolument sans aucune crainte par rapport au diable, que s’il rencontrait le diable, il lui tirerait les oreilles. Son mentor lui propose donc, puisqu’il

(2)

veut absolument rencontrer le grand Autre, puisqu’il veut vraiment rencontrer ce monde des esprits, lui donne rendez-vous dans les ruines de Portici à Naples, dans une grotte sinistre, noire et

inquiétante. Tout se passe d’abord dans cette prise au mot de ce que Alvare veut faire, il veut montrer qu’il a cette toute-puissance – ce n’est pas la toute-puissance de la mère ici – et qu’il va pouvoir interpeller le diable et lui tirer les oreilles, etc. Donc il n’a aucune crainte. L’autre trace un cercle dans le sable du sol et lui dit : tu ne sortiras pas de ce cercle tant que tu n’auras pas appelé Belzébuth trois fois et que tu ne te seras pas confronté avec lui ; puisque tu veux te confronter à cette image du grand Autre, tu te confronteras à cette image du grand Autre. Le mentor se retire et lui dit tu nous retrouveras quand tu auras fait ta rencontre, quand tu auras fait l’expérience. Donc il y a cette situation où on a cette toute-puissance qui cerne tout et qui accepte de se confronter

vraiment à ce grand Autre sans s’échapper du tout. Donc on pourrait dire qu’on a une situation clôturée par ce cercle et le défi qui est lancé par cet homme de pouvoir interpeller le diable. Donc il appelle 3 fois Belzébuth et voilà que de la muraille sort une tête de chameau horrible, avec 2 oreilles démesurées – 2 oreilles qui bien sûr font référence aux oreilles qu’il prétendait pouvoir tirer. De ce chameau horrible, sort la voix : Che vuoi ? Que veux-tu ?

Que veux-tu qui va servir dans la psychanalyse lacanienne, qui va être mis à toutes les sauces pour la parole qui sort du grand Autre et qui interpelle le sujet. C’est intéressant de voir que ce Che vuoi vient à l’appel de Alvare, il y a cet appel qui est là et même cet appel de quelqu’un qui se prétend tout-puissant, qui prétend avoir une maîtrise absolue des choses. Donc le Che vuoi, c’est cette histoire qui est toujours référée dans la psychanalyse.

Alvare est dans une certaine terreur de cette figure qui apparaît comme ça à son appel, il ne s’y attendait pas, seulement il veut se rendre maître de sa terreur et donc il fait tout de suite remarquer que c’est lui qui a commandé à Belzébuth de venir, c’est lui qui a commandé au grand Autre de venir.

Donc il lui dit tu es l’esclave, tu n’as qu’à obéir maintenant et le grand Autre, enfin le chameau, obéit et demande sous quelle forme il doit se présenter : comme un épagneul, il se change en épagneul, puis en magnifique jeune fille, Biondetta bien séduisante, etc.

On voit par-là que toute cette apparition dépend d’une mise en scène très précise, donc il n’y a pas un grand Autre qui existe en soi, ce grand Autre apparaît avec l’appel de Alvare, càd que le grand Autre n’apparaît jamais qu’avec l’appel du sujet et que la mère, à qui est attribuée la toute- puissance, la mère toute-puissante n’apparaît que à partir de l’appel du sujet qui attend tout de la mère. Donc on ne peut pas mettre le grand Autre et le sujet comme deux entités séparées, tout se structure dans la scène où tous les éléments sont importants. C‘est ce sur quoi j’ai déjà insisté, c’est que le schéma L, vous ne pouvez pas mettre les éléments de ce schéma les uns à côté des autres, tout n’existe que dans l’ensemble du schéma L. Autrement dit si on veut représenter cette scène dans le schéma L, on pourrait dire que Alvare et son idée de toute-puissance se situent sur a-a’ et que là il fait appel et le grand Autre lui apparaît sous la forme de ce Che vuoi.

Mais on peut dire aussi que cette toute-puissance prétendue d’Alvare, cette maîtrise d’Alvare, elle a aussi pour fond quelque chose qu’il ne sait pas, un rien, un vide, qui est présent dans le texte, on le voit avant la scène. Donc cette toute-puissance ne se construit qu’à partir d’une mise en question de l’objet… Je reviendrai là-dessus à propos de l’explication du narcissisme qu’il sera important de préciser.

Donc ce Che vuoi sort de la figure du grand Autre en tant qu’elle est appelée par un personnage qui se situe dans un registre quand même imaginaire, la toute-puissance d’Alvare, et qui vient bien sûr la contester. Cette structure de toute-puissance à partir d’un rien est en jeu précisément dans le fétiche. C’est à partir du fait qu’il y a une absence de phallus ou du pénis de la mère que le fétiche

(3)

prend toute sa valeur et toute sa puissance. Lacan fait remarquer que « fétiche » a la même origine étymologique que la fée ou que le factice, càd c’est quelque chose qui est fabriqué, qui est fait à partir d’un rien. Il y a un manque et puis il y a quelque chose qui vient combler, qui donne cette espèce d’illusoire plénitude et d’illusoire toute-puissance, et on comprend pourquoi la toute- puissance est essentiellement la toute-puissance de la mère puisque le défaut majeur qui apparaît, c’est le défaut du sexe masculin de la mère.

C’est à partir de là que prend place la fonction du Surmoi : le Surmoi a la forme d’un Che vuoi, que veux-tu. On pourra voir très concrètement dans la clinique que la culpabilité ou le Surmoi c’est toujours une question non pas de faire ce que les commandements extérieurs disent mais c’est une culpabilité de ne pas avoir suivi soi-même son propre désir. Je pense que c’est une indication assez précise cliniquement, au lieu d’essayer d’expliquer à quelqu’un qui est culpabilisé que finalement ce n’est pas si grave, qu’il y a des choses plus terribles, etc., au lieu de déculpabiliser les choses, il vaudrait mieux culpabiliser les gens, càd leur faire remarquer que cette culpabilité qu’ils ont, c’est justement d’avoir cédé sur leur propre désir, c’est de là qu’elle vient. Elle ne vient pas du fait qu’ils ont fait des crimes plus ou moins importants. Donc le Que veux-tu, Che vuoi, c’est là l’origine du Surmoi, dans cette question de ce qu’est le désir. Cette question de ce qu’est le désir, de Alvare par exemple, ce désir se pose à partir d’un vide, à partir du rien.

Je vais ici faire un petit excursus pour vous rappeler le schéma du narcissisme en tant que c’est un développement, le développement du Moi. Donc le narcissisme ce n’est pas simplement un amour statique du Moi pour le Moi, c’est un développement. Je me réfère à l’introduction du narcissisme de Freud, ce texte de 1914 dont on a parlé précédemment. On peut dire que le Moi, on peut mettre mythiquement le Moi mais en sachant que le Moi n’existe pas indépendamment de toutes ces structures, le Moi on peut le mettre au milieu en tant qu’il y a l’objet a ou l’objet plutôt mais l’objet qui est manquant – vous voyez que ça c’est déjà dans le schéma L, le Moi et l’objet – ou

insatisfaisant, en fonction de ça il s’imagine, on est encore dans l’Imaginaire, qu’il y avait un Moi idéal. Donc on part du Moi négativé si je puis dire (-), ici, dans le Moi idéal le Moi est complet, positivé (+). Il s’imagine que le Moi positivé, que l’objet positif a été dans un passé et à partir de là il se construit quelque chose qu’il va essayer de retrouver sous forme de l’Idéal du Moi, en le reportant dans le futur comme un but à atteindre, ce n’est plus le même. Donc le Moi idéal et l’Idéal du Moi ce n’est pas du tout la même chose. Que veux-tu, c’est bien sûr la question que le moi dans sa

déficience voudrait, donc c’est la question de l’Idéal du Moi, qui est projetée et sur laquelle le sujet va essayer de s’adapter.

MI. M. IM.

Ce schéma, on pourrait dire que c’est la façon dont le Moi se développe, on pourrait dire que ce serait une forme d’identification du Moi, le Moi n’a pas d’autre façon de s’identifier que de se développer à partir de son manque en imaginant un objet positif qui aurait existé et qu’on pourrait retrouver sous une forme ou sous une autre, avec des variantes, etc. Voilà donc une introduction de l’identification, dans cet excursus qui n’est pas dans le texte de Lacan mais je pense qu’il pourra nous éclairer dans la suite de la lecture.

Dans le texte, Lacan parle de l’identification chez Freud, dans la TD, L’interprétation du rêve, de 1900, et dans Psychologie des masses et analyse du Moi, de 1923. Je voudrais vous résumer très brièvement ce dont il s’agit dans ces 2 textes de Freud.

(4)

Dans la TD, l’identification intervient surtout à 2 endroits : premièrement dans le chapitre 4 qui considère que tout est dans le déplacement, Entstellung, tout est dans la déformation, donc on n’a pas quelque chose qui est d’abord non déformé, on est dans la déformation. C’est le chapitre où Freud parle du rêve de la spirituelle bouchère – un rêve qui a ceci de caractéristique c’est qu’il a l’air d’être un rêve qui n’est pas un accomplissement de désir. Donc c’est une objection majeure à la thèse de Freud selon laquelle tout rêve est un accomplissement de désir. Le rêve de la spirituelle bouchère, c’est qu’elle voudrait donner un dîner pour son amie, elle va voir dans son frigo, elle n’a plus qu’un tout petit morceau de saumon, les magasins sont fermés, donc elle doit abandonner son désir de donner un dîner pour son amie, etc. Elle désirait donner un dîner et le rêve montre très bien qu’elle ne sait pas, donc ce n’est pas un accomplissement de désir et pourtant Lacan va dire que c’est précisément un accomplissement de désir parce que précisément l’objet est manquant et l’objet manquant pour elle, pour son amie, pour le boucher, etc., il y a tout un jeu de manque d’objet qui soutient précisément le désir. C’est naturellement quelque chose de typiquement hystérique, c’est de soutenir le désir de l’Autre par le fait qu’on lui refuse l’objet qu’il serait supposé désirer – ceci très rapidement.

Cette histoire du rêve de la spirituelle bouchère est précédée par quelque chose qui concerne l’identification de certaines patientes dans un hôpital. Cette identification se joue lorsqu’une patiente dans cette chambre commune d’hôpital reçoit une lettre ravivant un chagrin d’amour, elle fait une crise d’hystérie et toutes les autres compagnes dans cette chambre commune rentre dans une crise d’hystérie, avec l’idée : si une telle cause peut donner de tels accès alors j’ai les mêmes motifs que celle qui fait la crise d’hystérie, càd je suis aussi dans une question d’amour et plus précisément de chagrin d’amour càd de quelque chose qui ne va pas et on voit très bien que tout le désir est mobilisé là-dedans non pas par un amour positif mais par un amour en déficit. C’est à partir du manque que se joue précisément le désir et c’est à partir du manque que se joue aussi

l’identification. C’est le manque d’amour, le chagrin d’amour qui produit l’identification. Dans cette histoire vous retrouvez exactement le schéma de l’identification des jeunes filles de pensionnat avec la crise d’hystérie, c’est à peu près la même histoire sauf qu’en 1923 elle sera rapportée dans un pensionnat de jeunes filles et pas dans un hôpital. Mais le mécanisme est le même, c’est un chagrin d’amour, un amour et son côté négatif, qui déclenche une identification de toutes les personnes qui peuvent être concernées de près ou de loin par cette histoire d’amour et de chagrin d’amour.

Ça c’est un des endroits central dans la TD où Freud parle d’identification puis il en parle dans le chapitre 6 d’une tout autre façon, en disant comment est-ce qu’une personne peut être composée, comment est représenté le sujet, une personne composite peut rassembler différents traits en elle et elle peut aussi être représentée par un seul élément commun qui est réel, qui est souhaité, qui est déplacé, auquel le sujet pourra s’identifier.

J’en viens tout de suite à Psychologie des masses et analyse du Moi, de 1923, où la question, psychologie des masses, c’est la question comment est-ce que se forment les grandes masses que sont principalement pour Freud, en tous les cas à ce moment-là, l’armée et l’église. Cette

identification, dit Freud, cela se joue en fonction d’une idée directrice, ça peut être le Führer (le terme est dans le texte de Freud, on voit ce que ça a donné quelques années après), ça peut être le Christ ou une personne mais ça peut être aussi une idée, en tous les cas c’est quelque chose qui vaut comme Idéal du Moi. Dans le chapitre 7, consacré à l’identification, … il va dire qu’il y a – les

lacaniens disent qu’il y a 3 formes, moi je prétends que Freud nous dit qu’il y a essentiellement 2 formes, 2 façons d’aborder l’identification : l’identification à une personne, càd comme on dit le petit garçon s’identifie à son père dans le mécanisme œdipien, la fille s’identifie à sa mère, etc. ou vice et versa, peu importe, c’est une identification à la personne. Ça c’est l’identification résultante. Mais

(5)

l’identification que Freud appelle pathologique se fait sur un trait précis, on emprunte par exemple la toux du père pour s’identifier au père, Dora commence à tousser pour être comme son père. Ou elle peut prendre un autre trait de la mère pour s’identifier à la mère : elle peut s’identifier aux 2. Mais elle prend un trait de la personne pour s’identifier à la personne. Le trait, dit Freud, peut être pris à la personne aimée ou à la personne haïe, puisque la personne aimée on l’aime donc on voudrait

s’identifier à elle mais la personne haïe est haïe parce que c’est une rivale donc on voudrait aussi être comme la rivale puisque dans la façon caricaturale de voir l’Œdipe féminin, c’est la mère qui aimée par le père donc si je suis comme la mère que je déteste je serai aimée par le père. Donc on a vraiment toutes les possibilités : identification à un trait de la personne aimée ou identification à un trait de la personne aimante, donc de la personne haïe, rivale, ou de la personne aimante. Et puis Freud dit qu’il y a encore un 3ème type – et c’est là bien sûr qu’on lit qu’il y a 3 types d’identification, mais non, il y a 3 types de trait auquel on va pouvoir s’identifier. Le 3ème type, c’est l’identification au chagrin d’amour, à la crise hystérique, où les patientes qui sont à l’hôpital dans le lit d’à côté, elles n’ont rien à voir avec les personnes d’à côté, ce n’est pas une question d’amour ou de haine vis-à-vis de ces autres-là, ce n’est pas que la voisine de lit ou la co-pensionnaire dans la pension de jeunes filles est aimée ou haïe, ce qui est en jeu c’est l’histoire de chagrin d’amour, c’est l’idéal qu’elle recherche, on peut dire l’Idéal du Moi qu’elle recherche. Donc dans l’identification il y a toujours cette question d’Idéal du Moi qui est en vue et pour représenter cet Idéal du Moi on peut prendre un trait chez la personne aimée, dans le cas classique de la petite fille chez le père, chez la personne rivale, chez la mère, ou chez quelque chose d’indifférent, la copine dans le pensionnat ou la voisine de chambre dans l’hôpital.

Freud a parlé de l’hypnose à plusieurs, càd des formations hypnotiques de masse dans l’église et dans l’armée, c’est une hypnose à plusieurs autour d’une idée directrice ou d’un Führer. Dans le chapitre qui suit l’identification, il parle de l’état amoureux et de l’hypnose, d’une hypnose à 2. Dans la fascination amoureuse il y a une surestimation de l’objet aimé qui prend toute la place. On pourrait penser que dans ce cas-là l’objet aimé prend toute la place et que donc le Moi disparaît tout à fait, que le Moi s’est appauvri infiniment, il s’est abandonné dans l’objet, il est devenu tout à fait dépendant de l’objet – et Freud note que dans l’aveuglement amoureux on voit ça, prenez Dutroux ou n’importe quel grand criminel crapuleux, vous voyez souvent qu’il y a une femme qui s’est faite criminelle et ça sans aucun remord, qui s’est mise dans la peau du criminel. Donc il y a un

aveuglement, le Moi s’est appauvri et s’est abandonné à l’objet. Donc on pourrait dire que l’objet a pris toute la place et a bouffé le Moi, ça c’est la fascination amoureuse. Et on pourrait dire

qu’inversement l’identification ce serait le Moi qui s’est enrichi des propriétés de l’objet, là c’est le Moi qui aurait bouffé l’objet, donc on aurait quelque chose de purement narcissique. C’est ce que Freud dit d’abord, il considère qu’il y a 2 possibilités donc, ou bien c’est le Moi qui prend toute la place, qui se gonfle de l’objet en intériorisant, en assimilant l’objet, ou bien c’est l’objet qui a pris toute la place et le Moi rentre simplement dans les visées de l’objet.

A cet endroit-là du texte de Freud il y a quand même, une Bedenken, Lacan dit une nouvelle

réflexion, mais on pourrait dire que Bedenken, c’est une cogitation interrogative. On a présenté que c’est l’un ou l’autre, c’est l’objet qui prend toute la place ou c’est le Moi qui prend toute la place, donc c’est ou bien la fascination amoureuse ou bien l’identification, mais il y a cette cogitation interrogative : est-il certain que l’identification présuppose l’abandon de l’investissement d’objet ? Et on pourrait rajouter : est-il certain que l’investissement de l’objet suppose que l’identification est abandonnée ? Ne peut-il y avoir identification avec un objet qui est parfaitement conservé ?

Autrement dit, on peut avoir quelqu’un qui est dans un processus d’identification très fort et qui est quand même en même temps dans un état amoureux et même une fascination amoureuse. Ce qui veut dire que si on accepte cette objection que la théorie des vases communicants, donc que la libido

(6)

irait soit du côté de l’objet soit du côté du Moi, soit je m’aime moi-même soit j’aime les autres, soit je suis altruiste soit je suis égoïste, ne tient pas la route. C’est bien pour ça que nous devons

comprendre le narcissisme non pas comme un investissement purement sur le Moi mais comme un développement du Moi, comme ce qui est en jeu dans le schéma que je vous ai rappelé.

Autrement dit, on ne peut pas accepter l’identification qui jouerait simplement comme quelque chose qu’on mangerait, qu’on intérioriserait, càd comme quelque chose d’oral, ce qui est bon on le mange, et ce qui est mauvais on le recrache, on l’excrète, ça c’est anal. L’identification et l’état amoureux ne fonctionnent pas nécessairement comme ça et on peut dire qu’ils ne fonctionnent jamais comme ça. Or nous sommes amenés à penser de cette façon-là, nous sommes amenés à penser l’identification de cette façon-là et toute notre façon de pratiquer éventuellement la psychanalyse de cette façon-là. On en a des signes très clairs dans la façon dont on voit la fin de la psychanalyse : on se dit qu’à la fin de la psychanalyse, le sujet doit pouvoir s’être identifié. On voit ça dans les théories et on ne voit pas simplement dans les théories psychanalytiques, on voit ça aussi dans les façons de penser, le sujet doit savoir qui il est ; à la fin de l’analyse, ce serait un but, savoir qui il est, donc s’identifier – au Moi de l’analyste, au Surmoi de l’analyste, à l’objet de son fantasme, à son symptôme, peu importe, il y a toutes les formes mais c’est comme s’il devait s’identifier, donc ce serait le but de l’analyse. Or dans ces façons de comprendre l’analyse, on a toujours tendance à voir justement cette identification comme un processus d’introjection ou d’assimilation, assimiler le bon, on le mange, et d’excrétion, ce qui est mauvais on le rejette. Ça correspond exactement à ce que Freud appelait le Moi-plaisir-purifié, c’est un schéma de pensée.

Mais on va voir que ce schéma doit être dépassé précisément parce que l’identification ne suppose pas l’abandon de l’investissement d’objet et l’investissement d’objet ne suppose pas l’abandon de l’identification.

Donc dans une 2ème partie de la leçon Lacan va employer ces distinctions frustration, privation et castration, ou plus simplement la distinction entre ce qui serait l’imaginaire et la réalité et le symbolique, pour essayer de voir ce qui se joue dans l’identification et dans la fascination

amoureuse. Il reprend certains auteurs qui remarquent que chez le fétichiste on peut voir tout d’un coup des impulsions boulimiques et alors, on dit qu’il régresse, ce qui veut dire en termes lacaniens : il est fétichiste donc il était tout près de la question de la castration, qui est supposée plus avancée, et puis hop ! le voilà qui régresse dans la frustration qui est plus primitive. Je pense qu’il faut bien sûr se défaire de ce schéma de castration comme quelque chose de plus avancé et de frustration plus primitive. Lacan fait d’ailleurs remarquer que le sein, qui est un objet réel, quand il est manquant ça donne une frustration imaginaire, mais toute cette histoire n’a de sens que parce que la mère est symbolique et que donc l’objet réel, le sein, est toujours déjà un don que la mère peut faire, donc c’est déjà un objet symbolique et l’objet en jeu dans la pulsion, c’est toujours cet objet symbolique, ce n’est jamais l’objet réel, le sein en tant qu’il assouvirait la faim de l’enfant. Donc ce qui reste de toute façon là-dedans à partir du moment où on voit que l’objet – on peut naturellement le

considérer comme un objet purement réel mais dès qu’on le considère comme un objet symbolique, nous n’avons pas affaire simplement à une frustration mais déjà à une privation. Donc il n’y a pas cet étage frustration-privation-castration comme si on progressait, c’est la façon d’entendre et de comprendre l’enjeu de ce qui se joue dans un manque en général.

Donc ce qui reste de toute façon, c’est quelque chose de la relation amoureuse, avec cet objet symbolique. Et là on comprend ce que Lacan dira plus tard, on l’a déjà vu à propos de Dora, que la relation amoureuse s’explique par un don symbolique mais par un don symbolique en tant qu’il est manquant, càd qu’on donne ce qu’on n’a pas. Il est donc très difficile pour les hypernantis qui n’ont aucun défaut, qui ont tout ce qu’ils veulent, qui sont richards à tous les niveaux, il est très difficile

(7)

pour eux d’être amoureux puisqu’ils n’ont pas ce manque d’objet, comment est-ce qu’ils peuvent donner ce manque puisque ça leur est inconnu ?

S’il y a une régression orale, ça vient toujours en compensation - Mais qu’est-ce que ça a à voir avec la richesse matérielle ?

- CF. Mais la richesse matérielle, càd ceux qui n’ont que des objets, qui n’ont aucun manque…

Le don d’amour, le don de quelque chose de symbolique, l’objet symbolique joue par sa présence et par son absence. S’il ne joue pas là-dessus, sur cette présence et cette absence, où l’absence est plus importante que la présence, il ne peut pas donner ce qu’il n’a pas puisqu’il a tout. Donc on a des figures très classiques de gens qui sont hyperfortunés qui essaient de donner, de donner des cadeaux et ça ne donne rien du tout parce qu’ils n’ont pas de manque, ils ne peuvent pas concevoir que par exemple la femme qui reçoit ces cadeaux attend leur manque plutôt qu’un surplus de richesse. On a toute une série de figures de ce type-là

- Je voyais le manque plutôt du côté affectif…

- CF. On peut reprendre au niveau du sein : la mère qui veut donner, qui veut donner, qui croit qu’elle va pouvoir tout donner à son enfant, dans le meilleur des cas ça donne une anorexie mentale, càd qu’elle ne prend que le rien, donc elle indique très bien qu’elle attendrait de la mère autre chose que d’être comblée.

Donc ceci est très important puisque ce qu’il faut comprendre dans ce processus d’amour et dans ce processus d’identification, ce n’est pas l’incorporation d’objet présent mais l’incorporation de certaines paroles en tant justement qu’elles manifestent l’absence de l’objet, et l’absence de l’objet qui est par exemple présente dans l’Idéal du Moi ou dans la formation précoce du Surmoi, donc c’est l’incorporation d’un objet symbolique en tant qu’il est manquant et pas en tant qu’il est présent. On pourrait d’ailleurs reprendre chez Dora et voir comment l’incorporation se joue précisément avec un père qui est particulièrement manquant puisqu’il est impuissant. Donc il faut faire une différence très claire entre le pénis qui est un organe réel, un objet réel, dans la réalité, et qui a une fonction

imaginaire, et le phallus qui lui, est un objet imaginaire, qui est toujours manquant, le plus souvent, ou susceptible d’être manquant, et qui donc peut avoir une fonction symbolique.

Alors on va pouvoir comprendre que l’objet d’amour va pouvoir se calquer sur l’Idéal du Moi, càd va pouvoir remplacer l’Idéal du Moi. Dans l’identification à l’objet, l’objet peut être conservé, le Moi au départ, on pourrait dire qu’il n’aime que l’Idéal du Moi et il accepte d’être entièrement dévoué servilement à l’autre en tant qu’il est, qu’il présentifie l’Idéal du Moi. Donc l’identification à l’objet n’est pas une identification à un objet « plein », présent, mais une identification à un objet avec cette composante d’absence, d’objet manquant.

Pour Freud, le Surmoi c’était l’instance qui contrôlait les rapports entre la réalité et la réalisation de l’Idéal du Moi, c’est l’instance du Surmoi qui voit si le Moi correspond et s’approche de l’Idéal du Moi. Mais on peut voir en même temps que tout ça se joue dans une incorporation non pas d’objet mais de parole et que donc l’interrogation fondamentale Che vuoi interroge sur ce qu’il en est précisément de ce qu’il veut, qu’est-ce que tu veux dans ta maîtrise, dans le cercle dans lequel tu t’enfermes (dans lequel il est enfermé dans la cave), qu’est-ce que tu veux ? Donc l’identification en analyse, on pourrait dire qu’elle se présente à la fois comme le Moi qui incorpore la parole en tant qu’elle contient l’objet présent et l’objet absent, l’objet manquant, c’est en même temps

l’identification en tant que l’objet va polariser le sujet, va incorporer le sujet et c’est en même temps la mise en question de ces incorporations. Donc c’est quelque chose de très complexe qui suppose

(8)

tout à la fois l’identification, une certaine fascination amoureuse, une certaine façon de se distancier de l’identification et une certaine façon de se distancier de la fascination amoureuse.

Voilà pour cette leçon 10.

On peut dire qu’il y a 2 parties dans la leçon 11, une 1ère partie qui concerne la frustration mais on pourrait dire déjà aussi la privation, et puis il y a un saut dans la leçon et on passe tout à coup au phallus et à la castration.

D’abord la frustration, je cite le texte de Lacan : « la frustration n’est pensable que comme le refus de don… ». Déjà en introduisant le don, il introduit la question d’un objet symbolique, l’objet donné ; donc on voit que la frustration n’est pensable que en introduisant aussi la privation – ce n’est pas simplement que la mère refuse le sein, c’est que la mère offre le don du sein comme don d’amour, c’est comme ça que c’est vécu. Je continue la phrase : « … en tant qu’il est lui-même symbole de quelque chose qui s’appelle l’amour ». Qui est-ce qui est lui-même symbole de quelque chose qui s’appelle l’amour ? Est-ce que c’est le don ou est-ce que c’est le refus du don ? Je pense que dans cette ambiguïté vous avez une question fondamentale sur ce que c’est le symbole de l’amour, le symbole de l’amour vous allez le voir dans le don ou bien dans le refus du don, càd le fait que le don, ce n’est pas ça. Vous avez là une ambiguïté fondamentale au niveau de l’amour, comme je le faisais remarquer il y a des gens qui pensent que l’amour c’est le don et que si vous donnez beaucoup à l’autre vous montrez que vous l’aimez, au plus vous l’aimez au plus vous donnez et que si vous êtes très riche il y a plus de possibilités très grandes d’aimer, si vous n’avez rien à donner vous êtes foutu.

Je pense qu’il faut nécessairement maintenir ce côté de don mais maintenir le refus du don aussi, je vous rappelle cette phrase de Lacan, aimer c’est donner ce qu’on n’a pas, donc le refus est inhérent à ce donné. Ou encore cette phrase de Ou pire, je crois, je te demande de refuser ce que je t’offre, ce que je te donne, parce que ce n’est pas ça. Donc ce n’est pas une question d’échange de dons et de bons procédés

- Ça me fait penser à la fameuse phrase populaire qu’on entend souvent, fuis-le il te suit, suis- le il te fuit

- CF. C’est ça, il y a cette notion de refus et qui est toujours absolument fondamentale pour soutenir les choses

Donc dans la relation d’amour on pourrait dire qu’il y a 3 degrés : un degré qui serait purement le besoin, c’est assez basique, un degré où il y a le don et puis un degré où il y a le refus du don. Et Lacan dit un peu plus tard que c’est sur ce fond de révocation, donc de refus, de manque, que le don surgit et est donné. Donc le don surgit à condition qu’il y ait un certain refus, que ce ne soit pas ça, etc. Et le don ne se situe que par rapport à l’appel, qui est essentiel à la parole et qui suppose bien sûr la présence et l’absence – vous vous souvenez de l’histoire du petit-fils de Freud avec le Fort-Da.

Donc si on reste dans un don qui est purement positif, on a une dégradation de l’amour du côté vénal, c’est l’histoire de la prostitution, le don d’argent contre quelque chose de l’amour.

Donc l’objet de don pour servir à la symbolisation de l’amour doit donc être nécessairement entre quelque chose, bien sûr, et rien, et c’est le rien qui est fondamental, càd savoir que quoi que vous donniez ce sera toujours rien par rapport à ce que vous demandez. Donc c’est la révocation, c’est donner ce qu’on n’a pas ou c’est « ce n’est pas ça ». Ou c’est tout à fait présent dans le cadeau chez les Japonais, où ce qui compte c’est l’emballage, la finesse de l’emballage, à l’intérieur il peut n’y avoir rien du tout, ça n’a pas beaucoup d’importance.

(9)

Bien sûr dans la satisfaction quand l’autre est content avec son don et que ça peut lui servir à bien des usages, ce qui se passe c’est qu’on a un écrasement de la relation d’amour. Parce que la relation d’amour impliquait quelque chose de la Versagung, càd du refus, de quelque chose que ce n’est pas ça et ce n’est pas en tous les cas être quelque chose qui peut servir, le meilleur don d’amour ce n’est pas quelque chose qui est utilitaire. On peut en voir les conséquences directes dans l’enfant qui est rassasié par la satisfaction du sein complètement comblant, s’il est satisfait il y a l’écrasement de la dimension de l’amour et du désir, puisqu’il n’y a plus de manque, et il s’endort mais il reste avec son désir et donc il commence à rêver, son désir survient sur le plan symbolique à partir d’un manque, d’un rien qui survient dans son rêve. Donc il faut une certaine destruction de l’objet de satisfaction pour voir la libido, pour voir le désir sexuel apparaître.

Alors quel objet ? On prend le sein comme premier objet mais ce n’est pas nécessaire, justement il ne faut pas rester dans ce réalisme. L’objet qui soutient le désir, ce n’est pas le sein, c’est le rien.

Donc c’est l’importance, comme je le disais tout à l’heure, de l’anorexie mentale comme réponse à la problématique d’une mère qui voudrait donner positivement les choses à son enfant. Ce rien n’est pas nécessairement un rien oral, c’est simplement la chose essentielle qui se joue dans le désir et qui va revenir comme un problème majeur pour le psychanalyste qui voudrait, lui, donner positivement quelque chose à son analysant : il ne peut s’attendre qu’à quelque chose d’une réponse du côté de l’anorexie mentale et si l’anorexie mentale vient comme analysante, si vous avez une conception de l’analyse qui comblerait l’anorexie mentale, vous voyez que c’est absolument impossible puisque vous présentez exactement ce qui a causé, vous remultipliez, vous représentez encore une fois ce qui a causé cette anorexie mentale.

L’objet du désir ou l’objet qui fait apparaître le désir, c’est le manque d’objet, c’est l’objet sous forme de manque. C’est pour ça qu’on dit que l’objet a est cause du désir.

- Alors on pourrait dire que pour la boulimie c’est le contraire, dire qu’encore une fois il y a de trop

- CF. Oui c’est ça mais ça se joue autour de cette polarité, il y a du trop mais c’est toujours vécu à partir de cette problématique où on se retrouverait dans le plein, que le plein soit pris d’un côté ou de l’autre… donc on ne peut pas dire que le boulimique donne une réponse valable, il comble le propre vide pour ne pas voir ce vide et qui est fondamental comme cause du désir

- Alors le boulimique a plus conscience de ce vide que l’anorexique mais il essaye de le combler d’une autre manière

- CF. Je crois qu’il n’a pas plus conscience, au contraire mais il le comble tout à fait tandis que l’anorexique dans son symptôme même répond de façon tout à fait pertinente au

comblement

- Parce que souvent dans le langage des boulimiques on entend dire « je ressens un vide », je ne crois pas avoir entendu ça chez les anorexiques, donc est-ce que ce n’est pas une prise de conscience plus importante, plus douloureuse pour le boulimique

- ... plutôt manquer que donner trop

- CF. Mais la question c’est que dans ce « je ressens un vide », il le ressent et il pense que la solution c’est de le combler. Il pense que c’est ça et en même temps il doit bien sentir que ce n’est pas ça non plus. Mais la question ce serait alors de faire travailler ce ressenti de vide comme ouvrant une dimension du désir qui est tout à fait autre que le combler… De trouver ce désir à partir de ce vide

- Mais une fois ce désir trouvé, encore une fois il sera tenté de le combler

(10)

- CF. Oui, tant qu’il n’a pas fait ce déplacement sur cette structure du désir, cette structure de l’amour pourrait-on dire, qui change tout. Ce vide chez le boulimique

- Est plus présent, non, plus parlé

- CF. Il est plus parlé, il est mal compris, chez l’anorexie mentale il est moins parlé mais il est plus juste

- (Si j’ai bien compris) l’anorexie c’est parce que la mère veut donner tout - CF. Oui, la mère ou n’importe qui

- Or peut-être que la boulimie ce n’est pas ça - Que la mère ne donne pas assez ?

- CF. Mais on se situe toujours dans une optique où le manque devrait être comblé et ça a d’ailleurs des rapports, il y a quand même beaucoup de boulimiques qui deviennent anorexiques et des anorexiques qui deviennent boulimiques

- … avec une prédominance de l’un ou de l’autre

- CF. On voit qu’on est dans une dynamique qui est à proprement parler centrée sur la satisfaction tout en ne pouvant pas être centrée sur la satisfaction, càd qu’on a déjà toute la structure qui est convoquée dans cette pathologie. Il faut toujours penser, c’est un excellent exemple pour nous amener à penser la structure, càd que la question de la satisfaction, donc on pourrait dire de la frustration, est posée, alors que c’est déjà aussi toutes les autres questions de la privation et même de la castration qui sont posées. On pourrait reprendre d’ailleurs cette question de l’anorexie mentale au niveau de ce qui serait la toute-puissance de la mère en tant qu’elle pourrait tout donner, idéalement peut-être mais on imagine qu’elle pourrait tout donner. Donc qu’elle est toute-puissante, qu’elle est non castrée et le seul pouvoir que le sujet a contre cette toute-puissance, c’est de dire non au niveau de l’action càd de rentrer dans une anorexie.

Donc il y a nécessairement une frustration, Versagung, primordiale, primordiale dans toute cette dialectique et qui s’entend partout, càd une non satisfaction fondamentale de l’objet, un manque de l’objet, ce n’est pas un manque aléatoire qu’on pourrait essayer de combler plus ou moins.

La 2ème partie de la leçon commence avec le phallus : l’existence d’un phallus imaginaire, la mère a le phallus. On connait cette histoire-là mais on peut dire que ce n’est pas un sujet qui l’invente ou Freud qui l’invente au gré de sa fantaisie ou au gré de son histoire sexuelle, de ses dispositions. Le phallus c’est quelque chose qui existe mais qui existe comme signifiant et qui existe aussi comme quelque chose en dehors du jeu de la parenté, en dehors de cette question de papa et maman et de cette question d’Œdipe, etc., qui est notamment le contexte politique, càd qu’il y a un pouvoir qui est imaginé, imaginarisé sous la forme d’un sceptre ou d’un phallus. Le phallus, à ce niveau-là, le bâton du commandant, le bâton du pouvoir, est supposé pouvoir être sans manque, sans castration.

Or ce n’est précisément pas comme ça que ça peut fonctionner sinon pour faire manquer ce phallus imaginaire càd manquer de ce phallus imaginaire, càd que ce manque est alors la castration, le manque symbolique. C’est à partir du moment justement où le phallus comme pouvoir manque que peut se développer la question positive de ce manque et qui s’appelle la castration. Naturellement ce phallus, avec la question qu’il porte en lui, ce phallus imaginaire mais qui peut aussi manquer, c’est bien sûr ce qui est en jeu dans tous les processus d’identification où il s’agit toujours de maîtriser l’objet, de se l’assimiler, au profit du Moi qui se développe en recherchant l’Idéal du Moi. Donc le phallus signifiant, par rapport au phallus imaginaire, suppose ce fait qu’il est présent ou absent, qu’il est en érection ou en détumescence, qu’il est là ou qu’il n’est pas là, c’est par là qu’il est signifiant.

C’est ce qui est en jeu, dit Lacan, dans chacune des perversions et qui permet une certaine classification des perversions : dans le transvestisme, qui n’est pas du tout la même chose que

(11)

l’homosexualité, le transvestiste s’identifie à la femme qui a un phallus caché, càd qui pourrait ne pas être là. L’homosexualité masculine cherche le phallus signifiant chez un autre. Le fétichiste trouve le phallus signifiant sous forme de rien et qu’on cache. L’exhibitionniste, ce n’est pas quelqu’un qui montre le phallus en érection, c’est au contraire quelqu’un qui montre sa disparition avec l’imperméable, le fait que ça peut se cacher, etc. La perversion en général suppose le phallus signifiant, càd au niveau du grand Autre, mais qui se projette sur l’axe a-a’.

La leçon 12, je vous signale que c’est bien la leçon du 6 mars, contrairement à ce que dit Staferla, ça me paraît très clair… Lacan parle du 3ème essai des Trois essais sur la théorie sexuelle de 1905, càd, vous vous souvenez que le 1er essai était consacré aux aberrations de la sexualité, la perversion ; le 2ème à la sexualité infantile et le 3ème aux reconfigurations de la puberté. Je vous rappelle que Freud disait qu’il y avait 2 modifications essentielles qui se jouaient à la puberté, càd la manifestation d’un primat génital – donc toute la sexualité se concentre sur les zones érogènes – et deuxièmement, le sujet trouve un objet hétérosexuel donc un partenaire de l’autre sexe. Freud disait que pour la fille, cette double tâche est doublement difficile parce que dans le primat génital, la fille doit passer du clitoris, substitut ou équivalent du phallus, au vagin ; donc il y a un changement de zone érogène. Et en plus de ça, il y a un changement de sexe du partenaire : il faut que la fille abandonne la mère en tant que 1er objet d’amour pour trouver le père et puis un homme. Et en plus de ça, l’Œdipe est relativement tardif chez la fille puisqu’il n’arrive que vers la 4-5ème année, après le complexe de castration, le complexe de castration introduit la fille dans l’Œdipe.

Lacan présente les choses de façon assez différente : il dit bien que l’Œdipe de la fille consiste à aboutir à l’hétérosexualité mais il s’agirait de se situer correctement par rapport à la fonction du père en tant que c’est lui qui a l’atout maître, le phallus. Donc la description de ce qui se joue dans cette reconfiguration de la puberté est assez différent, il y a bien le fait qu’il faut aboutir à trouver l’objet hétérosexuel convenable mais la question du primat génital est remplacé chez Lacan par le fait qu’il faut se situer correctement par rapport à la fonction du père et par rapport au phallus. On trouve là peut-être du côté du phallus la question de l’identification puisque l’identification c’est toujours en fonction d’un Idéal du Moi et que ça implique quand même la question du phallus et de la puissance, et d’autre part il y a la question du choix d’objet amoureux.

Freud disait que la problématique de la femme était beaucoup plus compliquée que la

problématique du garçon. Lacan dit que la problématique de la femme est beaucoup plus simple. Il faut essayer de voir l’enjeu de ces qualificatifs : pour Lacan il s’agit simplement d’un glissement du phallus, donc c’est la question du phallus qui est centrée ici et on n’est plus centré sur la question de l’hétérosexualité, du clitoris et du vagin, il s’agit pour la fille simplement d’un glissement du phallus imaginaire attribué à la mère – la mère a le phallus, avec la découverte de la castration, elle ne l’a plus et donc la fille attend maintenant un phallus réel de son père. Elle attend un enfant, une poupée substitut du phallus. Dans ce glissement, l’objet phallus change complètement : quand on dit un phallus réel et un phallus imaginaire, ce n’est pas le même, le phallus imaginaire attribué à la mère, qui était signe de sa toute-puissance est remplacé par un don càd qui a cette dimension du don du père mais qui est toujours marqué de cette insuffisance, de ce manque, de ce que ça ne sera pas tout à fait ça, que l’enfant ne sera pas tout à fait ce signe de puissance et de pouvoir… C’est un don du père marqué par le fait que ce don est toujours marqué d’une insuffisance, un don d’amour qui est ce qu’il est mais qui n’est pas non plus parfait.

- Le don du père symbolise cette insuffisance plus que le don de la mère ?

- CF. Mais le phallus imaginaire de la mère, elle ne le donne pas, elle l’a, elle le possède et on a donc quelque chose d’absolument complet, qui est supposé complet, qui est imaginaire, qui est le pouvoir absolu, la toute-puissance de la mère. Ici, le phallus réel attendu du père

(12)

comme don de l’enfant, c’est une poupée, donc ça doit toujours être compris dans cette dimension de présence-absence, pas suffisant, ce n’est pas ça.

- Est-ce qu’il ne dit pas (dans les 2 précédentes) que la mère a quand même le phallus puisqu’elle enfante…

- CF. Vous parlez des enfants de la mère

- … Elle a quand même le phallus puisque c’est le fait d’enfanter et c’est ça qui fait qu’elle l’a - CF. Qu’elle l’a d’une certaine façon. C’est un substitut de phallus, càd que ce n’est pas du

tout le phallus imaginaire de la mère non castrée – sauf si nous avons des mères qui pensent que leur enfant peut suffire à remplacer complètement, ce qui existe aussi et qui est assez catastrophique pour les enfants. Donc dans ce cadre-là, pour répondre à ça, l’identification de la femme est éventuellement plus facile parce qu’elle peut s’identifier à sa position de privation et elle peut recevoir le phallus comme un enfant. Donc c’est une identification qui est presque immédiate. Et la position hétérosexuelle est plus simple aussi puisqu’elle reçoit directement le phallus du père ou de l’homme. Donc on voit pourquoi Lacan dit que c’est plus facile, en fonction précisément de cette dynamique du phallus. Et en fonction de cette dynamique du phallus aussi et de cette identification tout à fait naturelle à son Idéal du Moi de recevoir ce bébé ou cette poupée, etc., on peut dire que ce narcissisme va pouvoir se développer tout à fait naturellement, dans ce développement de cet Idéal, le glissement du phallus imaginaire de la mère au phallus réel qu’elle peut recevoir comme un don, comme une poupée, comme un bébé, de son père.

- Mais quand même, l’appeler réel, c’est un peu bizarre. Le sein est réel, le phallus aussi…

tandis que la poupée on n’est déjà plus dans le réel

- CF. Mais le phallus imaginaire de la mère… on peut chercher on ne trouvera pas ! Mais le fait qu’on imagine ça et qu’il y a ce manque implique tout à fait autre chose et donc la poupée est réelle, il y a quelque chose qui est là réellement… Je pense qu’il ne faut pas trop vite coller la catégorie du réel… il ne faut pas entendre le réel lacanien du dernier Lacan… Voyons le phallus réel, dans la réalité

Donc on voit que ça se développe plus facilement, que le schéma du narcissisme se développe plus facilement, elle est tout de suite dans son Idéal du Moi avec ces enfants qui lui servent à construire d’ailleurs son image narcissique et bien sûr le Surmoi est plus simple aussi puisqu’il n’y a pas de raison de se tracasser avec la façon d’acquérir, de s’approcher de l’Idéal du Moi. Il y a simplement une fixation à celui qui peut donner le phallus réel, l’enfant réel.

- Quand le père n’est pas défaillant

- CF. Bien sûr, quand il y a quelqu’un qui peut lui donner.

Mais chez le garçon, dit Lacan, il y a une montagne de difficultés. Pour le garçon c’est beaucoup plus difficile. Il ne s’agit pas de dire Freud a tort et Lacan a raison, il faut voir pourquoi, ce n’est pas non plus chacun a son point de vue. Lacan insiste, chez le garçon, l’identification à son propre sexe entraîne une montagne de difficultés parce que toute la question freudienne est là : qu’est-ce que c’est qu’être un père ? A supposer qu’il y ait un père, que cette figure de père veuille dire quelque chose … La figure du père, est-ce que c’est le père imaginaire, le père réel ou le père symbolique, on va revenir là-dessus. Cette question est liée avec le phallus puisque le père c’est celui qui a le phallus.

Donc il en vient à cet endroit-là à la question du petit Hans, analysé par Freud, et sa question : qui a le phallus, qui a un phallus. Question à sa mère : est-ce que tu as un phallus ? Qui a le phallus ? Est-ce que j’en ai un, est-ce que tu n’en as pas, est-ce que le père en a, etc. Mais cette question, qui a le phallus, dit Lacan, ce n’est simplement que le 1er pas dans le complexe d’Œdipe et c’est en jeu dans

(13)

une rivalité avec le père : est-ce que moi j’ai le phallus ? Est-ce que le père a le phallus ? Est-ce que tous les deux on peut avoir le phallus ? Qui est-ce qui a le plus grand ? Etc. C’est toi ou moi mais c’est une question de rivalité. On est dans cette question d’absence et présence du phallus mais c’est un phallus qui a une valeur symbolique, puisqu’il y a ce jeu d’absence et de présence, mais on est dans une rivalité imaginaire où ça ne suffit pas pour penser l’Œdipe ; ce n’est pas une question où il faudrait arranger cette affaire de rivalité, qu’il faudrait lever le refoulement de la rivalité, du désir de tuer celui qui en a ou de tuer le père. Il faut au contraire à l’intérieur même du complexe d’Œdipe penser comment il faut détruire et supprimer le complexe d’Œdipe, donc dépasser cette question de pure rivalité qui est en jeu dans le complexe d’Œdipe.

Donc on peut dire que chez le garçon, la question de la disparition du complexe d’Œdipe est fondamentale, elle fait partie de l’Œdipe lui-même. Alors que chez la fille ça ne se joue pas du tout comme ça puisque l’Œdipe on pourrait dire qu’il ne disparaît pas, et donc c’est en ça que c’est plus simple : on se souvient que chez la fille, le complexe de castration introduit le complexe d’Œdipe et puis la fille, la femme, pour toujours va attendre le phallus réel du père ou de l’homme, peu importe, donc il n’y aura pas cette disparition du complexe d’Œdipe comme il y a chez le garçon.

On est obligé dans le complexe d’Œdipe du garçon de penser à la fois la question du père et la question de la loi, de la loi pas comme quelque chose qui viendrait régler simplement la question de la rivalité mais de quelle loi ? De la loi qui serait donnée par le père ? Ou bien de la loi qui serait inventée par le fils ? Est-ce que la dette c’est la dette parce qu’il y a un père sévère qui réclame son dû ? Ou bien c’est parce qu’il y a toujours quelque chose à refaire qui ne dépend pas précisément d’un père qui serait sévère et figé ?

C’est pour ça que Totem et Tabou, ou le mythe de la horde primitive – texte de Freud de 1913, donc c’est un mythe, il s’agit d’expliquer par un récit qui fonde une organisation sociale et les choses les plus fondamentales, ici par exemple le Surmoi, la culpabilité qui fait le lien social. Et le mythe de la horde primitive c’est inventé par Freud, c’est qu’il y aurait eu une horde primitive avec un père qui pouvait jouir de toutes les femmes et tous les hommes étaient réduits plus ou moins à l’état d’esclavage, jusqu’au jour où les fils ont tué le père jouisseur qui avait toutes les femmes, ce qui a entraîné tout de suite une culpabilité et en même temps le surgissement d’une loi entre ces fils, qui fait un lien social entre ces fils. Cette culpabilité, ce Surmoi qui surgit avec le meurtre du père de la horde primitive et en même temps le lien social pour que ça ne se reproduise pas, pour que cette tuerie ne se reproduise pas.

- Ce texte fonctionne bien quand c’est une société patriarcale mais quand ce sont des sociétés matriarcales, comme dans certains peuples, ça agit de la même manière ?

- CF. Je pense que la question des sociétés matriarcales, on ne peut pas penser à Totem et tabou dans cette… Mais la question de Totem et tabou n’est pas pour prouver les sociétés - Je sais mais c’est parce que ici ce sont les garçons qui tuent le père, etc. donc ce complexe

d’Œdipe-là c’est quand c’est une société patriarcale

- CF. Mais je pense qu’on ne doit pas comprendre le complexe d’Œdipe non plus à partir de Totem et Tabou. Votre question est tout à fait pertinente mais il faudrait d’abord bien l’énoncer pour pouvoir y répondre et faire quelque chose qui soit plausible

Donc la question ici c’est de penser la fonction du père

- Ce que je veux dire, c’est ça, si la mère prend cette fonction du père, c’est ça que je voulais dire dans la société matriarcale…

- CF. On ne va pas rentrer dans ces considérations parce qu’autrement on n’y arrivera jamais.

Je pense qu’il ne faut pas faire des oppositions

(14)

- Ce n’est pas des oppositions c’est plutôt le mode de fonctionnement, comment est-ce que ça pourrait fonctionner

- CF. Eh bien alors pensons à ceci, ce qui est fondamental ici, c’est le tuer.

Et Lacan fait remarquer que tuer le père, le tuer vient aussi de tutare, protéger, conserver. Donc il y a dans ce mouvement de tuer le père de la horde primitive, le tuer et le conserver, comme dans le terme de Aufhebung allemand, il y a supprimer et élever, conserver. Il y a toute une dialectique qui se joue, ce n’est pas simplement l’annihilation.

- Ils le tuent pour pouvoir s’approprier…

- CF. Si on veut mais on peut faire remarquer qu’on dit que ce père de la horde primitive c’est le père réel mais on peut faire remarquer que c’est surtout un père tout à fait imaginaire, donc là on retomberait sur la mère imaginaire, phallique, avec la question du matriarcat qui se poserait sans doute à ce niveau-là…

Donc on doit comprendre comment on doit supprimer le père – ici c’est encore dit le père réel dans le texte de Lacan mais c’est en fait un père imaginaire, donc le fait de tuer le père imaginaire, le fait de manquer de ce côté d’un objet imaginaire, on voit que ça introduit tout de suite dans une obligation de rentrer dans le processus de la castration, dans un processus symbolique qui est le processus précisément de la création d’un nouveau lien social avec des lois, la culpabilité, etc. Mais ce qui est important ici, c’est qu’on tue tout en s’appuyant dessus et ça, c’est précisément ce qui est plus difficile chez l’homme, cette disparition du complexe d’Œdipe, qui suppose de détruire pour devenir.

Pour finir, je reprends le schéma que Lacan donne à la fin de la leçon : le phallus, la mère, l’Autre et le Surmoi. On voit que le phallus imaginaire est opposé à l’objet imaginaire qu’est la mère et qu’à partir de cette opposition se présente la question de l’Autre et notamment du père et du père réel, qui est supposé l’agent de la castration.

Es Mère SM

Phallus Autre

On voit très bien dans cette position de Lacan à cet endroit-ci, quand il présente le problème du petit Hans, que c’est qu’il n’y a pas de père réel, il n’y a pas d’agent de la castration. Donc on voit que le père réel ce n’est pas le père de la horde primitive. On a la mauvaise habitude de penser le père de la horde primitive comme le père réel, ce n’est pas un réel, c’est un pur imaginaire, même si le père de la horde primitive n’est pas dans le symbolique il n’en fait pas pour autant un père réel.

Donc la question du petit Hans ce n’est pas de régler la rivalité qu’il y aurait avec son père, c’est précisément de pouvoir rencontrer un père réel sur lequel il peut jouer toute la structure, donc il y a quelque chose d’un déficit au niveau de l’Autre, il y a quelque chose de la castration qui reste en suspens. Autrement dit, on reste au stade préliminaire de l’Œdipe càd à la rivalité, à la comparaison entre le garçon et son père, comparaison qui peut être plus ou moins développée, plus ou moins calmée, etc., mais il n’y a pas cet enjeu de tuer le père imaginaire pour conserver quelque chose quand même dedans, dans ce père tué, dans ce père mort, qui est de l’ordre du père symbolique. Du père symbolique avec la création d’un contrat, du symbolique, de la Loi et de ce lien social entre les fils du père de la horde primitive.

(15)

- Il n’y a pas de père réel qui tienne mais il y a aussi une mère qui prend une position quand même très particulière, notamment quand elle lui affirme que le phallus, elle l’a

- CF. Oui mais il me semble que le père réel on ne peut jamais le comprendre que comme tout ce qu’il implique, donc ce n’est pas un personnage fixé où on pourrait dire voilà le père tel qu’il est, c’est toujours un père avec ses insuffisances, avec ce qui se joue en même temps à côté de lui, notamment la mère, donc le père réel on ne peut pas le mettre par exemple du côté du grand Autre, au niveau du grand Autre il n’y a pas de père réel mais qu’il implique la structure et la structure avec ses insuffisances. Autrement dit on peut voir ce que c’est que le père imaginaire, on peut voir ce que c’est que le père symbolique, mais le père réel c’est beaucoup plus difficile parce que ça implique tous les tenants de la structure. Donc quand Lacan dit qu’il n’y a pas de père réel, est-ce qu’on ne pourrait pas dire que c’est la structure avec tous ses développements n’est pas bien développée. Donc ce n’est pas simplement la faute du père, de Mr Graaf, je crois qu’il s’appelle, mais de toute la situation. C’est comme ça que je verrais les choses.

- Il va y revenir mais c’était une question qu’on avait soulevé dans le cartel parce qu’à un autre moment il dit que Freud assure la position du père imaginaire et le père symbolique ça reste toujours voilé

- CF. Ça reste toujours voilé, c’est ce moment de tuer qui reste, qui est en même temps disparition du complexe d’Œdipe et disparition du père et en même temps de conserver le père, à travers ça le père symbolique.

Références

Documents relatifs

normative, des quatre axes directeurs qui caractérisent la politique étrangère de la Chine des réformes, nous mettons de côté l'abandon de l'idéologie au profit

Il en existe trop pour tous les citer ici mais voici deux pistes pour effectuer des recherches.. On retrouve sa liste des auteurs sur le site de l'observatoire de Paris

1) Le Père n'a pas de peine à se faire préférer à la mère comme porteur du phallus. 3) Elle fait ce détour plus long pour elle de s'identifier au père. Elle est «comme lui

En dernier lieu, Lacan finit par identifier la jouissance à l’extase mystique. Il reproche aux psychiatres du dix-neuvième siècle comme Charcot d’avoir réduit la mystique

- La femme pour être le phallus va rejeter la part essentielle de sa féminité, c’est pour ce qu’elle n’est pas qu’elle entend être aimée et désirée Son

Je n'y fais pas tout de suite attention, mais quand une pierre un peu plus grosse que les autres m'atterrit sur la tête, je passe tête par la fenêtre, juste pour

En tant que phallique, la femme offre sa mascarade au désir de l’Autre, fait semblant d’objet, s’offre ici comme phallus, elle va accepter d’incarner cet objet pour s’offrir à

Conversely, selling a utility token with immediate usability through sales channels and marketing language targeting investor profit expectations and value appreciation will run