J.-P. BIDANEL
INRA Station de
Génétique quantitative
etappliquée
78352Jouy-en-Josas
CedexLa gestion des populations
Comment exploiter la
variabilité génétique
entre races :
du croisement simple à la
souche synthétique
Résumé.
Cet articlefait
lepoint
sur les modalitésd’exploitation
par le croisement de la variabilitégénétique
entre races. Le croisement ouaccouplement
d’animaux issus depopulations différentes permet
detirer parti
desdifférences
additives entre races, debénéficier
deseffets
d’hétérosis et decomplémentarite
etpeut
dans certains cas conduire à un accroissement de la variabilitégénétique.
Lecroisement recouvre en
fait
ungrand
nombre de modalitésappelées systèmes
ouplans
de croisement.Ceux-ci
différent
entreeux par le
nombrede populations impliquées
et le mode de renouvellement desreproducteurs,
maiségalement
par l’utilisation desdifférences
entre races, deseffets
d’hétérosis et decomplémentarité.
Le choix d’unplan
de croisementdépend
descaractéristjues biologiques
del’esp èce,
des conditions
socio-économiques
deproduction
et bien entendu de soneftlcacité économique.
Celle-ciest
fonction
deseffectifs
et desperformances
moyennes desdifférents types génétiques produits.
Cesperformances
moyennespeuvent
êtreprédites
à un instant t àpartir
desparamètres du
croisement(effets additifs et d’hétérosis directs et maternels).
La valeur additive d’un type génétique
se calcule
aisément comme la somme des
effets additifs
dechaque
racepondérés
parleur proportion
relative dans legénotype
considéré. Laprédiction
deseffets
d’hétérosispeut
s’avérerplus complexe,
car elledépend
de la nature des
effets
d’hétérosis(dominance
ouépistasie).Par
contre, pourpouvoir prédire
laperformance
moyenne d’untype génétique
au cours dutemps,
il est nécessaire deprendre
encompte
leseffets conjoints
de la sélection et du croisement.La variabilité
génétique
entre racesreprésente
une
part
trèsimportante
de la variabilitégénétique
totale dans la
plupart
desespèces
d’animaux domes-tiques.
Defaçon
similaire à la situationintra-race,
cette variabilité
peut
êtred’ origine
additive(diffé-
rences
génétiques
entre races) ou non additive (effetsd’hétérosis
générés
par le croisement). Ellepeut
être due aux effets desgènes
de l’individu surlequel
estmesurée la
performance.
Onparle
alors d’effet d’effet additif direct et d’hétérosis direct. Ellepeut égale-
ment être due aux effets des
gènes
de la mère de cetindividu. On
parle
alors d’effet additif maternel et d’hétérosis maternel.Le
croisement,
ouaccouplement
entre des indivi- dusappartenant
à despopulations
(races oulignées) génétiquement distinctes,
constitue l’outil de basepermettant d’ exploiter
la variabilitégénétique
entreraces. Ce terme
générique
recouvre en fait ungrand
nombre de variantes
appelées systèmes
de croise-ment ou
plans
de croisementqui
diffèrent entre ellespar le nombre de
populations impliquées
et le modede renouvellement des
reproducteurs. L’exemple
leplus
immédiat est celui du croisementsimple,
où desindividus de deux
populations
sontaccouplés
pourproduire
des animaux F1 destinés àl’abattage.
Maisdes situations
plus complexes peuvent
exister. Chez le porc, unsystème
de croisement assezrépandu
uti-lise des verrats et des truies
qui
sont eux-mêmes croi-sés pour la
production
des animaux destinés à l’abat-tage.
Ceplan
decroisement, qui implique quatre populations grand-parentales,
estappelé
croisementà
quatre
voies.Ce ne sont là que deuxexemples parmi
d’autres. Cet article fait le
point
sur les différentes modalitésd’exploitation
de la variabilitégénétique
entre races.
Après
uneprésentation
desobjectifs
ducroisement et des
principaux systèmes
de croise- ment, les élémentspermettant
de raisonner le choix d’unsystème
de croisement sontexposés.
1 / Les objectifs du croisement
On
peut distinguer quatre objectifs
aucroisement, qui
ne sont pas recherchés defaçon
simultanée dans tous lesplans
de croisement.1.1 / Exploitation du phénomène
d’hétérosis
Le
gain
dû à l’hétérosis varie selon lespopulations parentales.
Il est d’autantplus important
que la dis- tance entre lespopulations
est élevée.Ainsi,
l’hétéro-sis du croisement entre les deux races
porcines
Meishan
(d’origine
chinoise) etLarge White, généti- quement
trèséloignées,
est, selon lecaractère,
de deux àquatre
foisplus
élevéqu’entre
les deux racesLarge
White et Landracefrançais, génétiquement
assez
proches.
L’hétérosis varieégalement
selon lecaractère. Il est en
général
inexistant pour les carac-tères de
composition corporelle,
maispeut dépasser
10% de la moyenne des races
parentales
pour les caractères dereproduction.
Ildépend
aussi dusystè-
me de croisement. Par
exemple,
le croisementsimple
décrit ci-dessus ne
permet d’exploiter
que les effets d’hétérosis direct sur la croissance et l’efficacité ali- mentaire. Le croisement àquatre
voiespermet quant
à lui
d’exploiter
ces mêmes effets d’hétérosisdirect,
maiségalement
les effets d’hétérosis maternel sur les caractères dereproduction
des femelles. Nous y reviendrons ultérieurement.1.2 / Exploitation du phénomène
de complémentarité
Le croisement
permet également
deréunir,
chezun même
animal,
desaptitudes complémentaires pré-
sentes soit dans une race, soit dans
l’autre,
mais diffi-ciles à réunir par sélection dans une seule race ; c’est la
complémentarité.
Il est parexemple
engénéral intéressant,
pour laproduction
deviande, d’accoupler
une race
paternelle
à fortdéveloppement
musculaireà une race maternelle
possédant
de bonnesperfor-
mances
d’élevage
et dereproduction.
Une situationparticulière,
maisproche
de laprécédente quant
auprincipe,
concerne le cas d’ungène majeur
où l’hété-rozygote
est legénotype économiquement
leplus
per- formant. On cherchera alors à fixer un allèle différent danschaque population parentale
defaçon
à obtenirdes descendants croisés
hétérozygotes.
1.3 / Utilisation des différences additives
entre racesLe croisement
peut
aider à tirerparti
de lasupé-
riorité d’une race sur une autre race pour un caractè-
re ou un ensemble de caractères.
Supposons qu’un
éleveur de vaches laitières de race
Française
Frisonne souhaite les
remplacer
par des animaux derace
Holstein, plus productives.
Ilpeut
le faire en vendant soncheptel
et en achetant des vaches Holstein ou enpratiquant
destransplantations d’embryons
Holstein. Mais ilpeut également,
defaçon plus économique,
croiser par insémination arti- ficielle toutes ses vaches avec des taureaux Holstein.Au bout de sept
générations,
legénotype
de sesfemelles sera Holstein à
plus
de 99%. Ce type de croi- sement,appelé
croisements en retour successifs oucroisement
d’absorption peut également
être utilisépour introduire un
gène majeur présent
dans unepopulation
dans une autrepopulation qui
en estdépourvue. Ainsi,
legène Booroola,
associé à uneforte
prolificité
chez le mouton, estprésent
dans unepopulation économiquement
peu intéressante du fait de son faiblepotentiel
de croissance musculaire. On montrequ’il
est nettementplus
efficace d’introduire legène
Booroola dans une race à fortpotentiel
decroissance musculaire par croisements en retour suc- cessifs que de chercher à sélectionner la race
Booroola.
1.4 / Accroissement de la variabilité
génétique
La création d’une nouvelle race ou
population
àpartir
de racespossédant
desqualités complémen-
taires
peut
dans certains cas être une alternative intéressante au maintien et au croisement des popu- lationsparentales.
Dans le cas leplus simple,
on par-tira de deux races que l’on croisera. Les animaux Fl seront
accouplés
entre eux pourproduire
lesF2,
lesF2 pour
produire
lesF3,etc.
Une tellepopulation
estdite
synthétique
oucomposite.
Elle conduit à unesituation
plus simple
àgérer
sur leplan génétique.
Elle
peut
dans certains caspermettre
uneaugmenta-
tion de la variabilité
génétique.
Cetteaugmentation
est
cependant
loin d’êtresystématique
et nepeut
engénéral
pas êtreprédite,
de sortequ’elle
nepeut
à elle seule pasjustifier
la création d’unepopulation synthétique.
Par contre, laréunion,
chez un mêmeanimal, d’aptitudes complémentaires permet
souventd’élargir
l’éventail des combinaisons de caractères etd’envisager
une sélectionplus
efficace des combinai-sons les
plus
favorables.2 / Les différents systèmes
de croisement
On
distingue
engénéral
deuxgrandes catégories
de
systèmes
decroisement,
les croisements disconti-nus ou
statiques, qui
visent à obtenir unegénération
d’animaux destinés en totalité à
l’abattage
et pourlesquels
il faut obtenir et renouveler lesreproduc-
teurs de race pure, et les croisements
continus, qui produisent
leurs propresreproducteurs.
Des sys- tèmes &dquo;mixtes&dquo; combinant les deuxapproches,
peu- vent toutefois exister. Onconsidérera,
à titred’exemple,
lesquatre
racesporcines Hampshire (H),
Landrace
(L),
Piétrain (P) etLarge
White ouYorkshire (Y).
2.1 / Les plans de croisements discontinus
Ils diffèrent selon le nombre de races concernées et de
générations
de croisement nécessaires pour obte- nir lesproduits
terminaux. Dans le casévoqué
ci-des-sus du croisement
simple
(encoreappelé
croisement à 2 voies ou croisement&dquo;industriel&dquo;),
lesproduits
ter-minaux sont obtenus en une seule
génération
(figure
1).On
parle
de croisement à doubleétage lorsque
lesproduits
terminaux sont obtenusaprès
deuxgénéra-
tions de croisement. Des femelles et/ou des mâles issus d’une
première génération
de croisement sont utilisés commereproducteurs
pourproduire
les ani-maux destinés à
l’abattage.
Ondistingue classique-
ment trois
types
deplans
de croisement à doubleétage
selon les nombre de races concernées(figure
1).Le croisement à
quatre voies, déjà évoqué,
danslequel
lesgénotypes
parentaux sont tous deux croi-sés, implique
engénéral quatre
races. Une variante à trois races, où une des races est commune aux deuxgénotypes
parentaux estparfois
utilisée. C’est le caspar
exemple
chez le porc avec le croisement (PxY)x(LxY). Dans le croisement à troisvoies,
l’un desparents
est croisé (engénéral
la femelle) et accou-plé
à un animal d’une troisième race.Enfin,
dans lecroisement en retour, le
génotype parental
de racepure est
également
utilisé pourproduire
legénotype parental
croisé.2.2 / Les plans de croisement continus
Dans les
plans
de croisementcontinus,
unepartie
des animaux croisés est
gardée
pourproduire
lagéné-
ration suivante. Il
n’y
a doncplus
àproprement
par- ler degénération
terminale. Certainsplans
de croise-ment
continus,
à savoir le croisementd’absorption
etla
constitution d’unelignée composite,
ontdéjà
étédécrits
defaçon
détaillée. Nousn’y
reviendrons pas.Un autre
type,
le croisementd’amélioration,
estproche
du croisementd’absorption.
Il consiste en uneutilisation,
nonplus systématique
maislimitée,
d’unerace, en vue d’améliorer de
façon
modérée lesperfor-
mances d’une autre race moins
productive.
Mais laforme la
plus répandue
de croisement continu reste le croisement rotatif. Sonprincipe
consiste àremplacer
à
chaque génération
lesreproducteurs
de l’un des deux sexes(généralement
lesfemelles)
par des ani-maux issus du croisement et à les
accoupler
à desanimaux de race pure, celle-ci
changeant
àchaque génération (figure
2). Un croisement rotatif à deuxraces est
également appelé
croisement alternatif.2.3
/ Les plans de croisement &dquo;mixtes&dquo;
Il
s’agit
engénéral
deplans
de croisement disconti- nus, car lesproduits
de la dernièregénération
decroisement sont tous
abattus,
mais avec l’un aumoins des
parents,
engénéral
lamère,
issu d’unplan
de croisement continu (alternatif ou rotatif). Il est alors
possible
de tirerparti
des effets decomplémen-
tarité et d’hétérosis tout en assurant un autorenou- vellement des femelles.
3 / Comparaison des systèmes
de croisement
Les
systèmes
de croisement diffèrent quant à l’uti- lisation del’hétérosis,
de lacomplémentarité
et desdifférences additives entre races. Aucun
système
n’est
systématiquement supérieur
aux autres. Engénéral,
les croisements discontinus utilisent mieux lesphénomènes
decomplémentarité (par
l’utilisation detypes génétiques paternels
et maternelsspéciali-
sés) et d’hétérosis. Enrevanche,
ils sont souventplus compliqués
àgérer,
notamment sur lesplans géné- tique
etsanitaire,
et de ce faitplus
coûteux. Deplus,
le
problème
du renouvellement des femelles dans lesnoyaux de race pure limite fortement leur
développe-
ment dans les
espèces
à faibleproductivité
numé-rique
(bovins et dans une moindre mesure ovins). Eneffet,
seul le nombre de femelles en excès parrapport
à celui nécessaire pour renouveler les noyaux de race
pure est
susceptible
d’être degénotype
croisé.Ainsi,
dans
l’espèce bovine,
laproportion
de femellesdispo-
nibles pour
produire
des descendants croisés nepeut,
en l’absence de contrôle du sexe,
guère
excéder 50%dans le meilleur des cas. Les croisements
continus,
danslesquels
le renouvellement des femelles estbeaucoup plus aisé, possèdent
de ce fait de nombreux atouts dans cesespèces.
Al’inverse,
le renouvelle- ment des femelles ne pose pasproblème
dans lesespèces
à forteproductivité numérique
et lesplans
decroisement discontinus à double
étage, qui permet-
tent d’utiliser au mieux les effets
d’hétérosis,
sont enrègle générale
utilisés.Malgré
cesquelques principes
debase,
le nombre deplans
de croisementenvisageable
dans uneespèce
donnée reste engénéral
très élevé. Enpratique,
lechoix d’un
système
de croisement pourradépendre
des conditions
socio-économiques
etd’organisation
dela
production,
des contraintes degestion
de cesystè-
me et bien entendu de son efficacité
économique.
Celle-ci
dépend
étroitement desperformances
des dif-férents types
génétiques produits
dans leplan
decroisement considéré.
3.1 / Prédiction des performances
encroisement
Les
performances
en croisement sont leplus
sou-vent caractérisées par leurs seules valeurs moyennes.
La variabilité de ces
performances peut également
être un
paramètre important, mais,
sauf casparticu- lier,
la variabilitéphénotypique
desproduits
croisésest similaire à ce
qu’elle
estintra-race,
de sorte que l’ons’y
intéresse engénéral
assez peu. Lesperfor-
mances moyennes d’un
type génétique
peuvent êtreprédites
àpartir
desparamètres
du croisementcomme la somme des effets additifs et non additifs entre races. La valeur additive d’un
type génétique
secalcule très
simplement
comme la somme des valeurs dechaque
racepondérées
par leurproportion
respec- tive dans legénotype
considéré.Ainsi,
si l’onreprend l’exemple
du croisement à trois voies entre un verrat P et une truieLxY,
la valeur additive des animaux Px(LxY) s’écrira:Cette
expression
segénéralise
aisément à unplan
de croisement
quelconque :
où
P; et Posent
lesproportions
de la race i dans legénotype
croisé et chez samère, £ et g!les
valeursadditives directe et maternelle de la race i.
La valeur de l’hétérosis est
plus
difficile àcalculer,
notamment dans les
systèmes
de croisement com-plexes.
Elledépend
dutype
d’interaction entregènes
(dominance ouépistasie)
àl’origine
duphénomène
d’hétérosis. Chez un animal
F1,
l’hétérosis est dans tous les cas maximal car toutes lespaires
de chromo-somes sont constituées de chromosomes
d’origine
dif-férente. Il y a donc
possibilité d’hétérozygotie
et parconséquent
de dominance pour l’ ensemble des locus dugénome.
De la mêmefaçon,
dans les autres croise- ments, l’hétérosisdépendra
de laproportion
de locuspour
lesquels
il y apossibilité d’hétérozygotie.
Chezun animal F2 de constitution
(PxY)x(PxY),
il y aurapossibilité d’hétérozygotie
aux locuspossédant
unallèle
d’origine
P et l’autred’origine
Y. Cette situa-tion se
présentera
si lepère
transmet un allèle d’ori-gine
P et la mère un allèled’origine
Y ou lepère
unallèle
d’origine
Y et la mère un allèled’origine P,
soitavec une
probabilité
1/2. L’hétérosis direct en F2 est donc la moitié de sa valeur en FI. L’hétérosis mater- nel estquant
à lui maximal car la mère est FI. Dans le cas d’un croisement à trois voiesPx(LxY),
l’hétéro-sis maternel est maximal pour la même raison
qu’en
F2. Chez les individus de
génotype Px(LxY),
il y apossibilité d’hétérozygotie
pour l’ensemble deslocus,
mais il
s’agira
dans 50% des cas d’interactions entre allèlesd’origine
P et L et dans 50% d’interactions entre allèlesd’origine
P et Y. Les interactions et donc l’hétérosis ne sont pas nécessairement les mêmes dans les deux cas et la valeurglobale
de l’hétérosis s’écrira :où
hP L
eth!y
sont les valeurs de l’hétérosis dans les croisements PxL et PxYrespectivement.
Dans le cas d’un croisement
quelconque
entre untype génétique paternel
constitué de p races de pro-portions respectives
p, et untype génétique
maternelconstitué de q races de
proportions respectives
qj, l’hétérosisglobal
s’écrira :H = li 1, p, q j h j
où
h;! est
l’héterosis du croisement entre les deuxraces
i et j.
Les effets d’hétérosis pour lesprincipaux plans
de croisement continus et discontinusfigurent
dans le tableau 1.
Lorsque
l’hétérosis observé en F1 n’est pasunique-
ment du à des effets de
dominance,
maiscomporte également
des interactions entre locus(épistasie),
l’hétérosis dans les
plans
de croisementcomplexes
nepeut plus
êtreprédit
àpartir
de la seule valeur del’hétérosis en FI. Il est alors nécessaire de connaître les
composantes
de dominance etd’épistasie
de l’hété-rosis. La
décomposition
de l’hétérosisdépendra
dutype
d’interactionépistatique
(nombre de locus ettype
d’effetsimpliqués)
et s’avère vite extrêmementcomplexe
de telle sorte que l’on est enpratique
amené à se limiter aux interactions
épistatiques
lesplus simples
entre locuspris
deux à deux.Mêmeainsi,
une estimation suffisammentprécise
des effetsépistatiques
pose souventproblème. Néanmoins,
sil’on suppose connues les différentes
composantes
del’hétérosis,
laprédiction
desperformances
moyennes detypes génétiques complexes
ne pose pas deproblè-
me
particulier.
A titred’exemple,
leséquations
deprédiction
desperformances
moyennes dequelques types génétiques
enprésence
d’interactionsépista- tiques
detype
additif x additif sontprésentées
dansle tableau 2.
3.2 / Critères de comparaison
Une fois connues les
performances
moyennes des différentstypes génétiques
d’unplan
decroisement,
il reste à définir un critère
global d’appréciation
deson efficacité
économique.
Ils’agira
d’une fonctionplus
ou moinscomplexe
desperformances
moyennes de tout oupartie
destypes génétiques produits
dansle
plan
de croisement. Ilpeut s’agir
d’une fonctionextrêmement
simple,
comme le bénéfice (recettes -coûts) par animal au niveau de la
génération
&dquo;termi- nale&dquo; du croisement. On suppose alorsimplicitement
que les recettes et coûts non directement
imputables
aux
produits
terminaux sont similaires dans les diffé- rentsplans
de croisement.Lorsque
cettehypothèse
n’est pas
vérifiée,
un calcul des recettes et des coûts pour chacun des &dquo;maillons&dquo;du système
est nécessaireet le critère de
comparaison
est alors la somme, pon- dérée par leseffectifs,
des bénéfices par animal pour chacun des maillons.Enfin,
lesplans
de croisementpeuvent également
différerquant
à l’efficacité de la sélectionpratiquée
dans les noyaux de race pure. Il est alors nécessaire de connaître et de modéliser l’évolutiongénétique
des noyaux de race pure et ses effets sur lesperformances
moyennes desgénotypes
croisés
(quels
sont lesparamètres
du croisement affectés ? Comment sont-ils affectés?). Enpratique,
on est amené à scinder chacun des maillons du
systè-
me en cohortes d’animaux
homogènes
sur leplan génétique (ayant
les mêmesperformances moyennes).
L’évolution
génétique
desperformances
dechaque
cohorte est
prédite
àpartir
desparamètres
du croise-ment et
d’équations
caractérisant les flux d’animaux et degènes
entre cohortes . Le bénéfice àchaque
ins-tant t est comme
précédemment
calculé comme lasomme
pondérée
par les effectifs des coûts et des recettes dans chacune des cohortes. Le critère decomparaison
desplans
de croisement est la sommedes bénéfices à
chaque
instant tsuccessifs, générale-
ment
pondérés
par un coefficient d’actualisation per- mettant deprendre
encompte
les délais d’obtention duprogrès génétique.
3.3 / Choix des
racesA
priori,
le choix des races est fonction de la valeuréconomique
relative desplans
de croisement. En pra-tique,
il estcependant
engénéral plus judicieux
d’évi-ter une évaluation de l’ensemble des
plans
de croise-ment
envisageables
et de limiter cette évaluation auxseules races
susceptibles
deprésenter
un intérêt encroisement.
Un
premier
choix sur la base desperformances
enrace pure
peut
êtreenvisagé.
Cetype
de choixpeut présenter
un intérêtlorsque
les effets d’hétérosis sont faibles. Ilpeut
par ailleurspermettre
dedistinguer
les races
paternelles
et maternellesspécialisées.
Par contre,
lorsque
les effets d’hétérosis sontimportants
etsusceptibles
de varier d’un croisement àl’autre,
lacomparaison
desperformances
en racepure est souvent insuffisante. Il
peut
alors être inté-ressant de connaître la valeur moyenne en croise- ment des différentes races. La valeur moyenne en croisement d’une race A
dépend
à la fois de ses effets additifs et de son hétérosis moyen (valeur moyenne de l’hétérosis de tous les croisementsimpliquant
larace A). Cette valeur moyenne en croisement est
appelée aptitude générale
à la combinaison ouaptitu-
de
générale
au croisement de la race A. L’écart entre la valeur de l’hétérosis du croisement entre les 2races A et B et la moyenne de leur
aptitude générale
au croisement est
appelée aptitude spécifique
à lacombinaison ou
aptitude spécifique
au croisement.Lorsque,
pour un caractèredonné,
lesaptitudes spécifiques
au croisement sontfaibles,
il estpossible
de choisir les races sur la base de leur
aptitude géné-
rale au croisement. Par contre,lorsque
lesaptitudes spécifiques
au croisement sontimportantes,
le choixest
plus délicat,
car ils’agit
de sélectionner nonplus
des races, mais des combinaisons de races. Il est alors nécessaire de
connaître,
ou de savoirprédire,
lesvaleurs d’hétérosis pour
chaque
croisement. Une telleprédiction
estthéoriquement possible.
Eneffet,
l’hétérosis étant fonction de la diversitégénétique
entre races, il suffirait de savoir mesurer cette diver-
sité,
à l’aide parexemple
de marqueursgénétiques,
pour être en mesure de
prédire
l’hétérosis.Malheureusement,
les résultats obtenusjusqu’à pré-
sent à
partir
de marqueursclassiques
se sont avérésdécevants,
mais avec il est vrai peu de marqueurs malrépartis
sur legénome.
Onpeut
penser que l’uti- lisation de marqueursmoléculaires, disponibles
enplus grand
nombre et avec une meilleurerépartition
sur le
génome, permettrait
d’aboutir à des résultatsplus probants.
4 / Croisement et sélection
La sélection et le croisement sont deux méthodes
complémentaires
d’améliorationgénétique.
Cependant,
comme nous l’avonsévoqué
au para-graphe 3.2,
la sélectionpratiquée
dans les noyaux derace pure affecte de diverses
façons
lesperformances
en croisement.
Inversement,
le fait d’utiliser desraces en croisement n’est pas sans effet sur l’orienta- tion de la sélection dans ces races.
4.1 / Effets de la sélection
surla variabilité
entre racesLa sélection est en
général
réalisée intra-race surles valeurs
génétiques
additives. Leprogrès génétique
réalisé intra-race n’aboutit pas forcément à une amé- lioration similaire des
performances
en croisement. Eneffet, lorsque
le déterminismegénétique
d’un caractèren’est pas
purement additif, il n’y
a engénéral
pas iden-tité entre les
performances
en race pure et en croise- ment. Laréponse
en croisement à une sélection en race pure est alors fonction de la corrélationgénétique
entre
performances
en race pure et en croisement La sélectionpeut
aussithéoriquement
entraîner, du fait de modifications desfréquences géniques
dansles races
parentales,
deschangements
de valeur de l’hétérosis.Cependant,
lesquelques
résultatsexpéri-
mentaux
disponibles n’indiquent
aucune modificationdes valeurs de
l’hétérosis,
mêmeaprès plusieurs
dizaines de
générations
de sélection.4.2 / Sélection de
racesspécialisées
Comme nous l’avons vu, le croisement permet, par l’utilisation de
types génétiques paternels
et mater-nels
spécialisés,
de tirerprofit
des effets decomplé-
mentarité. Cette
spécialisation
se traduit par des contributionsinégales
à laproductivité
del’étage
ter-minal du croisement.
Ainsi,
dans le cas de laproduc-
tion de
viande,
la contribution de la racepaternelle
ne concerne que les effets directs sur la
croissance,
l’efficacitéalimentaire,
laquantité
et laqualité
de laviande. La contribution du
type génétique
maternelconcerne les effets
directs,
mais aussi les effets maternels sur ces mêmes caractères et saproductivi-
té
numérique
oupondérale.
Il en résultegénérale-
ment une
spécialisation
desobjectifs
de sélection . Dans le cas de laproduction
deviande,
les typesgénétiques paternels
seront sélectionnés exclusive- ment pour l’efficacité de la croissance et laqualité
dutissu
maigre.
Dans le cas destypes génétiques
mater-nels,
la sélectionportera également
sur l’efficacité de la croissance et laqualité
du tissumaigre,
maiséga-
lement sur les caractères de
reproduction.
4.3 / Sélection
pourla performance
encroisement
L’hétérosis étant fonction de la distance
génétique
entre races, il
peut
être intéressant d’accroître par sélection la distancegénétique
entre deuxpopula-
tions pour
augmenter
l’hétérosis et laperformance
encroisement. C’est le
principe
de la sélection récurren- te.Elle estthéoriquement
intéressantelorsque
lescaractères sélectionnés sont influencés par des effets de surdominance. Il en existe deux variantes. Dans le
cas de la sélection récurrente
réciproque,
on amélioresimultanément deux races A et B en sélectionnant les
reproducteurs
sur la base desperformances
deleurs descendants croisés AxB. Les
reproducteurs
sont ensuite
accouplés
en race pure pourproduire
lagénération
suivante. Dans le cas de la sélection récur- rente surpopulation consanguine,
une seulepopula-
tion est
sélectionnée,
l’autre étant unepopulation consanguine
en fonction delaquelle
on veut améliorerla
première.
Enpratique,
la sélection récurrente est peuutilisée,
sauf dans certaines firmes de sélection avicole.Une des raisons en est la nécessité deprati-
quer une sélection familiale (en
général
sur descen-dance).
Dans lesespèces
où la sélection est indivi-duelle,
elle en engénéral
moins efficace du fait d’une diminution des intensités de sélection et d’unallonge-
ment de l’intervalle de
génération.
L’utilisation d’une sélection assistée par marqueurspourrait changer
cette situation. En
effet,
une évaluationprécoce
etindividuelle des candidats devient alors
théorique-
ment
possible.
Conclusion
L’utilisation du croisement comme méthode d’amé- lioration
génétique
recouvre desaspects
extrêmement variés. Cette diversité concerne à la fois lesobjectifs
du croisement et les modalités de son
utilisation, qui
varient fortement en fonction de de la
production
etde
l’espèce
considérées. Le choix d’unplan
de croise-ment
dépendra
notamment de la variabilitégéné-
tique
entre races des caractèreséconomiquement
lesplus importants
et de laproductivité numérique
del’espèce.
Dans de nombreux cas, ce choix nepeut
enoutre pas être dissocié de celui d’un
plan
de sélection et aboutit auproblème plus général
du choix d’unplan
d’améliorationgénétique.
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