L'enfant, lui, n'est p<Ui ti 111 recherche d'une "tietite sensation". ll esL co11&tellé d'impressions vives car son clavier est prodigieusement élttrgi. JI 11e saurait
.~·entrainer d faire des arpèges mét/wctiqucs ; il y va cm rément, de ses deux mai11s, de ses dix doigts, sans souci de fa1LSse:> noies, de tumulte ou de désordre.
El pou1·ta111, 11a 11w11ique si profuse et u chalrn/1111te 11 flous 1·etienl, nous nrrète, 11ous étonne, et 11ous cl1ercllo11s d comprendre.
La majorité tle nos camarades sont arrivés --- µar leu/' co11t11ct avec l'enfant créateur -- ci celle périocle de surprise inlerruyativc et aussi tl'utLe11Le et de charme qui précède la compréhension. Jlif r.ssa11enl de briser le cercle des limi- tations d'une culture primaire, pour passer de l'i11tuitio11 globale à la ju.stifi- catton cuUnrclle, pourrait-on dire, cles amvre& cLe 11•111·11 élèves, fertiles et e11vall is sa11 tes.
C'est pour eux que nou-s ouvrons celtr• rubrique.
Nous donnons aujourd'ht1i dans ce~ colonnes une puflie d'uae 11i11cère el e:tigeanle médilalion cle notre je1we cauwrade f,e Bo/tee (C.-d1t-N.) Deua: points u mblent mériler /11 discussion :
- En ]1arlir.1tlie1-, celle part du Maitre qui rt'sle 11ot1e plt1s yruncl souci d'édu 1:atet1rs.
- La nécessité cl'1111e culture arlisliqnc qui' 1w1is aimerio11.~ 11oir dégagée de toute emprise livresque.
Vous ave~ clone la parole, chers camarades.
LE BOHEC:
Petite analyse d'un f ait nouveau : L'ART A LltOLt ( 1 )
(nouveau s1trtout par son amplC1t1 présente et
f
1itttre)Pom qu'une analyse d'w1 fait aussi complexe soit utile, il raudrail qu'il
!>Oil abordé sous des angles divers ; je me hornemi !lirnpleml'11t ~\ considérer :
1° Le rôle ùc l'instituteur;
2° Le comportement ùes enfants ; 3° La valeur des œu\'res créées·
4° L'aspect social ; '
5° Les dangers et les perspectives d'avenir dt' l'Art à l'école.
t'INSTJTUTEUR
- Pourquoi commencer par lui, alors 4u'il n'est question que d'art enfan·
lin? Tout si111plerneot par ordre chronologique. En effet, qui esl à l'origine de l'activité artistique des élèves, sinon le maitre? Son action est déterminante : y a-t-il llll art à l'école possible sans que soient fournis aux enfants couleurs, iiinceaux, place et temps?
- Comment l'instituteur se décide-t-il à introduire cette technique dans son enseignement ?
Il a assisté à des expositions, participé à des stages, vu des albums ; il a lu des articles de revues ; iJ a bavardé avec des camarades et, peu à peu, est né en lui le sentiment qu'il doit se mettre encore un peu plus au service de ses enfants. (Cette notion de devoir, de responsabilité, esL lrès courante dans
(1) Il s'agit plus exactement d'art enfantin.
w-
ll. 111011de enseignant ; la conscience professionnelle y e!;t très 1·t!pandue. Une des grandes 1nisères actuelles de l'enseignement n'est-elle pus la prh.e ùe cons- cience, par les éducateurs, rie l'impossihilité rlans laquclln ils st• trouvent rl'rxercer vrni111enl leur fonction?)
.\1ais, est-ce uniquement par ùevoi1· qu·n11 est maitre d'u école 1:1rtisle » '? Je 11e le crois pns, n11 rontroire; des raisons d'onh·1· pm·sonnet peuvent inlervrnir.
PnE~llÈnE HAISO~. f.',\/~1' l~.'\1' U.V Ul~SOIN l/UillAIN.
Il sr 111<11iifest<: tlar1s 1011tes les maisons, mèmc les plus pauvres. Laquelle
11'a sa statue rie \'Îcrge, fût-elle suint-sulpicienne, son bouquet de fleurs a.rti- firielles déroupées tians ùu fer l.Jlan!', son l.Jrin dt• i.Jruyèn• ou, simplement, Sil
pomme de pin recouverte cil' papil•r tic cltoeolat.
- Lorsque lïnstil 11le111· prend contact avec: l'arL t•nfant in, il reçoit 1u1 choc.
t)11elle n été, jusqu'ici, su no111Tilure al'lislique? La France a lu chance de possédel' uu certain 11n111h1·e dH chcfs-d'œuvre, mais ces trésors sont ioaccessihles.
I.e maitre rl'une érolc de campagne est un pal'Ïn de ln cultm·e ; il est à l'écarL de foule 11ra11ifestation nrlist.i11ue; il n·a rien à se mettre sous les yeux. Aussi, L;ta nt donné surtout que les œuvrcs en
ra
nt in es peuvent avoir une cel'laine ,·aleur intrinsèque, ue rnut-il pa<> s'étonner de voit' le pauvre nfürn1é se jeter '<Ur la moindre p:tl'C'ellc de 11n11rrit111'"·llw:o.1~:m: H.\ISOI\. - /,',11/T r:;,-.;'J' llN LJESOLN PSYCHOl.OGLQUK
Le signnl:-iire <le cPs lignes connait une 11ersonne des environs de Paris, qui
H°.\ rend <'1 f'lrnqur· week -end, el chaque fois qu'elle a une minute de li.Ure.
Ellr rourt les musrrs, les expositions, les galel'ies d'al'l à longueur d'année.
Qu'y clwrche-t-elle? el qui rherche-t-ellc? Elle l'echerche le plaisir des yeux Pl le plaisir de l'esprit, c'csl indéniable. EL ce plaisir s'accroit, s'aiguise,
~·affine. Elle voit, elle revoit, elle apprécie, elle s'émeut nu contacl renouvelé dt's CCU\l'e:i rie 1w1tf1cs. ;"\lais, elle ne cherche pas que cela .
. \11-clcli~ des rouleurs el des lignes (comme au-ùelà des sons el des mots, car die est n11ssi a\•idc de musique el de poésie tiue de peinture), elle cherche :i Hllei11dre l'PI re sel'l'el de l'nrlisle; elle chel'che à le ronnailre, ;\ s'identifier ii lui, i1 voil' s'il est frère. Elle sait que le créateur de l'œuvœ :ie serL des lignes, de:,. t:ouleurs parfois comme d'uu rnnsque mais, le plus souvent, co111111e d'un langage. Lt• d1oc des couleurs, des sons, des nsso11a1H·es, etc., esl quelq11c- foi1; infi11i111Pnt plus pc1·ceplii.Jle pnr l'èlre humain que le langage des mots J·Orte11rs cli· !'ignificntions.
llr, il n'y u pas, pour le maitre d'une éeole rie campagne ou ùe province, de possibilité de "fréquentation" cl'tlll artiste. Paris est i1 500 km; Paris oi1 ::;ont les nrusées, les concerts, les ballets, les poèles. Et, c'est par nécessité que h· pérlagogue - qui est. aussi un ôlre humain aver !>on besoin de co111munion, de compréhen!'ion, de fralernit6, de partage (quelle souffrance éprouve celui qui est iieul iL e11te11dre quelque clrose tlp beau 1 Pourquoi irait on au concert lllnlgré les disques et la rndio, sinon pou1· partager 'l) - se retourne ve1·s les (')'(iateul'S d'enfanfs.
L'âme adulte esl infiniment plus riche que J'àrne enfantine parce qu'elle a lieuucoup éprou\•é, mais elle est aussi plus difficile d'accès, plus secrète. L'adulte, si souvent blessé dnns sa sensibililé, a fermé la porte d'accès à son èt.re intime uu, du rnuins, il a échafaudé un labyrinthe si compliqué qu'il livre seulement pai:c.;l'lge ii 1·eltri qui sail le 111ériler.
L'àme l'lllnnlinc n'a pas cette ro111plexilé. Elle est, pour peu q11'011 sache la sr1lliciler, clirnrleme11L accessible. Elle esl moins riche que l'àme ndulle, certes, 111nis il csl tl'nutrr pnrl pl11s f(1cilu «d'entrer en communil'ation" avec plusieurs
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:1mes tl'e11Cants qLt'avec une seule àme d'adulle. Et la somme des joies à éprouver dans le commerce des enfants n'est pas, au lolaJ, t.ellemenl négligeable.
Quelle Psi, en effet, l'essence du plaisir des adultes devant. l'œuvre enfantine 1 .l'\'efll-cc pas, outre le plaisir des yeux dù aux couleurs juxtaposées, souvent f'ar ha:mrd (surtout au début), le plaisir de co11u11unier avec l'àme siruple et N1ive de l'enfant, la joie d'accéder fi son èlre intime si peu secret.
Et, n'est-ce pas Ili l'origine du drame, du hiatus entre les rouvres des petits et c:elles tics plus grands. Ces derniers n'ont, pus t.oujours conservé leur fraicheur c,riginelle parce qu'elle s'est parfois !létrie au contact desséchant de la "Vie.
Je 111e pose la queslion :
" Est-il possible de faire \'l"ai111enf démarrer une expérience d'art cnfa.ntiu 11irecte1r1enf dans une grande classe? n Cela doit exiger de l'institulem· un dé- ' ouement, un dépouillement, un don de soi total pour que ! 'enfant de 12 ans
reprenne confiance. Le climat devra être hien favorable pour que ccL enfa11t
!<'ouvre i1 nouveau après l'expérience amère de ses G dernières années de vie
\suf"fo11I ::;i l'on n utilisé la raillerie com1ne moyen pédagogique).
En conclusion, l'Arl à l'Ecole procure t1 l'instituteur w1 bonheur psyclio- iogiq11e.
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r,a 111·emière BT'I' de l'annt'e va parai- tre avec un retard dont nous nous excu- sons : «La nuit n.
Suivra de près un numéro double :
« Histoire de M'.arseille », à paraitre en même temps que la BT du même titre.
Nous rattraperons ensuite le retard.
©®Il)
Le premier numéro de la BiWiothèque Enfantine sortira courant décembre :
u Promenade d'automne 11
L'albwn d'Enfants de ce trimestre sera. : u Kriska ».
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