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Quand un père «explique le sexe» à sa fille

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1844 Revue Médicale Suisse www.revmed.ch 29 septembre 2010

actualité, info

: A conceptual design for pri- mary care to respond to depression and related disorders. Fam Pract 2010;

27:447-58.

Quand un père «explique le sexe»

à sa fille

Tous ceux qui s’intéressent à la vulgarisa­

tion médicale et scientifique dans l’espace francophone se souviennent certainement de l’ouvrage Biologie des passions1 dans le­

quel le neurobiologiste français Jean­Didier Vincent «dépassant le clivage traditionnel entre le corps et l’esprit » proposait de nou­

velles réponses scientifiques à des questions aussi vieilles que l’humanité peut l’être : qu’est­

ce qu’aimer ? Peut­on expliquer l’amour de Roméo pour Juliette ? Qu’est­ce que le désir, le plaisir et la douleur, le goût du pouvoir et de la domination ? Ambitieux, l’auteur y pro­

posait rien moins qu’une nouvelle «théorie des émotions» visant «à harmoniser notre conception de l’homme».

Depuis un quart de siècle, Jean­Didier Vincent a creusé son sillon vulgarisateur et beaucoup écrit, que ce soit sur la nouvelle physiologie du goût, la définition de l’hom­

me, la contagion du plaisir, le désir et la mé­

lancolie, l’intérieur de la boîte crânienne, le caractère sacré ou non de la vie ou encore, il y a peu, sur Elisée Reclus, (1830­1905) «géo­

graphe , anarchiste, écologiste». Elisée Reclus né comme l’auteur à Sainte­Foy­la­Grande, dans le département français de la Gironde.

Et puis, il y a quelques jours, un nouvel ouvrage qui s’inscrit quelque peu en marge de la foisonnante production précédente ; quoi que. Un opuscule de 85 pages au titre qui ne peut que laisser songeur : Le sexe expliqué à ma fille.2 Cours d’éducation sexuel le ou entre prise aux frontières de la perversité ? Ni l’un ni l’autre. Mais bien au contraire un dialogue hors du commun jouant sur la vaste gamme qui va de la physiologie du coït à la poétique amoureuse, de la déflorai­

son à la prostitution ; un dialogue qui est aussi un voyage à différents niveaux de vul­

garisation, intégrant la génétique et la neuro­

endocrinologie pour ce qu’elles participent, chez les animaux comme chez les hommes, aux pulsions sexuelles indispensables à la reproduction des espèces. Ainsi qu’une lon­

gue tentative pour faire la part entre la pul­

sion et la passion, le sexe et l’Amour.

Le sexe expliqué à ma fille. La fille de Jean­

Didier Vincent, né en 1935, se prénomme Felicity. Elle est aujourd’hui âgée de treize ans et sa mère est à la fois anglaise et sexolo­

gue. Dialogue d’autant plus étonnant quand on écoute le père passer à confesse. «Malgré les années passées à étudier le rôle du cer­

veau et des hormones dans la sexualité ani­

male et en dépit d’une paillardise acquise dans les salles de garde, je conserve une timi dité exquise et une réserve craintive à l’égard de cet "autre" au mystère impénétra­

ble qu’est la femme pour l’homme, avoue­

t­il. Conformiste de nature, je pensais que c’était aux mères d’expliquer à leurs filles tout ce qu’elles devaient savoir sur le sexe et les garçons, quitte à leur transmettre tous les clichés, sottises et fables qu’elles tenaient de en marge

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Revue Médicale Suisse www.revmed.ch 29 septembre 2010 1845 leur mère et parfois aussi les impressions

désastreuses venues de leur propre expé­

rience de terrain. »

Au total, rien d’indécent, rien d’inconve­

nant même si certaines questions pourront étonner dans le cadre d’une relation père­

fille. Le caractère cocasse de l’affaire est que, face à l’impatience de cette «teenager débu­

tante», le père a une tendance naturelle à re­

monter aussitôt en chaire et à y retrouver son jargon de savant. Mais il lui faut vite re­

venir sur «le terrain» : la masturbation, les règles à venir, la douleur de la défloraison, l’appétit grandissant des garçons «qui ne pensent qu’à ça», les «partouzes» entre adul­

tes consentants, l’homosexualité ou les trans­

sexuels (chez lesquels il prend le risque de ne voir qu’«une sorte de délire»)…

Puis, dès qu’il a expliqué les tourments et les joies mêlées de la chair, il remonte sur l’estrade et prêche pour sa paroisse : con vain­

cre son prochain que dans l’espèce humaine

«nécessités biologiques et représentations culturelles sont inséparables», que le sexe

«est une péripétie de l’amour, nécessaire, mais pas suffisante», martèle que c’est à la lumière de l’amour tel qu’on le fait, que le sexe peut être expliqué : la reconnaissance de l’autre ; le désir et le plaisir indissociables dans le jeu des rencontres ; la reproduction en vue d’assurer la pérennité de l’espèce.

– La fille : «Quelle attitude adopter lorsque

la fille a succombé à l’invitation pressante du garçon ?

– Le père : La première fois que tu verras un garçon bander ou que tu percevras son érec­

tion à travers ses vêtements, cela ne devrait pas t’effrayer mais au contraire te rassurer ; car c’est un signe qu’il te désire. Je ne dis pas qu’il t’aime ; encore que comme tu l’as vu la différence entre sexe et amour est bien diffi­

cile à faire. (…) Avec un peu de bonne vo­

lonté vous arriverez au coït avec pour toi une épreuve supplémentaire qui est la déchirure de l’hymen, la membra ne qui obstrue partiel­

lement les voies sexuelles. C’est à la fois douloureux et saignant. La tendresse, la gen­

tillesse, la douceur timide de ton partenaire prolongeront peut­être la chose, mais te fe­

ront aussi, un peu plus tard, crier de bonheur dans la joie d’être devenue femme. Je ne te souhaite pas d’offrir ta virginité à un adulte blasé et expert en "dépucelage". Il faut faire confiance à l’amour nouveau­né et éviter autant que possible son aspect grima çant et lubrique.»

Le père (à propos de l’acte sexuel) : «Re­

tombons sur terre. Je vais essayer de te dé­

crire maintenant l’acte sexuel lui­même. (…) La méconnaissance par le garçon des parties génitales de la femme est souvent abyssale, comme s’il avait peur d’y toucher et que le clitoris restait un objet mystérieux, soigneu­

sement enfoui dans un capuchon qu’il n’ose pas soulever. (…) Vient enfin la pénétration : les caresses préliminaires ont entraîné des sécrétions au niveau de la vulve au centre de laquelle se trouve l’entrée du vagin. C’est très beau un sexe de femme avec son Mont de Vénus qui surplombe la vallée bordée par les grandes et petites lèvres d’un rose humide et chatoyant.

– La fille : Et papa, tu t’y crois ou pas ?»

«S’y croit­il» Jean­Didier Vincent ? Vers la fin de l’ouvrage, il a cette confidence : «Je me demande parfois si l’amour n’est pas la seule chose qui ait compté dans ma vie : j’entends l’amour fabuleux de mes parents et celui de quelques femmes. »

Jean-Yves Nau [email protected]

1 Vincent JD. Biologie des passions. Paris : Editions Odile Jacob 1986, 1994, 1999. ISBN : 978-2-0200-9040-7.

2 Vincent JD. Le Sexe expliqué à ma fille. Paris : Editions du Seuil, 2010. ISBN : 978-2-02102166- 0.

… Conformiste de nature, je pensais que c’était aux mères d’expliquer à leurs filles tout ce qu’elles devaient savoir sur le sexe et les garçons …

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