Louise Gratton
de la vallée du Saint-Laurent et
du lac Champlain, région du Québec
©2010 Conservation de la nature Canada Réalisé par :
Conservation de la nature Canada, région du Québec 55 avenue Mont-Royal Ouest, bureau 1000
Montéal, Québec, Canada H2T 2S6
Courriel : [email protected] Données de catalogage avant publication (Canada) : ISBN 978-1-897386-25-5
Gratton, L. 2010. Plan de conservation pour l’écorégion de la vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain. La Société canadienne pour la conservation de la nature, région du Québec, Montréal, Québec, Canada. 150 pp.
I. Plan de conservation pour l’écorégion de la vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain
Québec
I. La Société canadienne pour la conservation de la nature
II. Titre
Inclut les références bibliographiques.
Les cartes présentées dans ce rapport le sont pour illustrer le texte seulement. Elles ne doivent pas être utilisées comme cartes routières, ni pour naviguer sur les plans d’eau ou pour trouver des sites précis.
Photos de la page couverture : Boisé Papineau (J. Bonin - CNC); tourbière du Lac-à-la-Tortue (H. Pelletier - CNC);
tortue-molle à épines (R. Lorente); gentiane de Victorin (F. Coursol); faucon pèlerin anatum (J. Lapointe, Faune Québec).
La Société canadienne pour la conservation de la nature (CNC) est un organisme privé sans but lucratif, qui travaille en partenariat avec des individus et des propriétaires fonciers pour conserver des milieux naturels et la biodiversité du Canada par le biais de l’acquisition de propriétés (dons, achats, servitudes de conservation et renonciation à d’autres intérêts juridiques à l’égard d’un terrain) et de l’intendance à long terme de notre portefeuille de propriétés. Depuis 1962, CNC et ses partenaires ont assuré, partout au Canada, la sauvegarde de plus de 800 000 hectares de territoires jugés significatifs sur le plan écologique – des montagnes et des vallées, des milieux côtiers, des lacs et des rivières, des prairies, des forêts, des milieux humides, en passant par la toundra – et tous les écosystèmes et toutes les espèces que ces milieux abritent. Au Québec, CNC a assuré la protection d’environ 20 700 hectares de sites naturels.
Pour plus de renseignements, communiquez avec la Société canadienne pour la conservation de la nature, région du Québec, au 514 876-1606, sans frais au 1 877 876-5444 (Montréal) ou au 1 800 465-0029 (bureau National).
Louise Gratton
de la vallée du Saint-Laurent et
du lac Champlain, région du Québec
4.0 Méthodes
4.1 Analyse du filtre grossier 4.1.1 Cibles du filtre grossier 4.1.2 Bases de données territoriales 4.1.3 Objectifs de conservation du filtre grossier
4.1.4 Attributs des milieux naturels 4.1.5 Sélection des sites prioritaires 4.2 Analyse du filtre fin
4.2.1 Cibles du filtre fin 4.2.2 Objectifs de conservation
4.2.3 Sélection des occurrences prioritaires
5.0 RésultAts
5.1 Conception du plan de conservation 5.2 Validation par les partenaires 5.3 Contribution des sites prioritaies au réseau d’aires protégées
5.4 lacunes dans l’état des connaissances et recommandations
5.5 le prochain plan de conservation
6.0 ConClusIon 7.0 GlossAIRe 8.0 RéFéRenCes
A n n e x e s
Pochette arrière : DVD comprenant le rapport en format pdf, les cartes et les annexes
Table des matières Liste des tableaux Liste des figures Sommaire exécutif Executive Summary Remerciements
1.0 IntRoduCtIon
1.1 l’écorégion de la Vallée du saint-laurent et du lac Champlain
2.0 Contexte éColoGIque
2.1 Géologie et topographie 2.2 hydrographie
2.3 Climat
2.4 Paysages et fragmentation 2.5 Répartition de la biodiversité 2.5.1 Communautés végétales 2.5.2 Espèces significatives 2.6 Contexte humain
2.7 Menaces à la diversité biologique 2.7.1 Perte et altération des habitats 2.7.2 Fragmentation
2.7.3 Utilisation des ressources biologiques 2.7.4 Espèces envahissantes
et problématiques 2.7.5 Pollution
2.7.6 Changement climatiques
3.0 AIRes PRotéGées
3.1 la planification de la conservation au québec
25 25 26 26
31 31 32 34 34 45 45
47 47 47
47
50 53
55
57
63 69
151 I
II III V IX XIII
1
2
5 5 6 6 7 8 8 11 13 14 15 17 17
19 20 20
21
21
II
liste des tableaux
tABleAu 1.
liste des ensembles physiographiques de l’écorégion de la Vallée du saint-laurent et du lac Champlain
tABleAu 2.
liste des dépôts de surface
tABleAu 3.
liste des peuplements forestiers
tABleAu 4.
liste des milieux humides
tABleAu 5.
liste des cibles prioritaires du filtre fin
tABleAu 6.
liste des cibles secondaires du filtre fin
tABleAu 7.
objectifs de conservation des cibles du filtre fin
tABleAu 8.
sommaire des résultats du filtre grossier
tABleAu 9.
sommaire des résultats du filtre fin
3
28
28
29
34
39
45
48
50
FIGuRe 1.
écorégion de la Vallée du saint-laurent et du lac ChamplainFIGuRe 2.
st. lawrence and lake Champlain Valley ecoregionFIGuRe 3.
écorégions les plus à risque du CanadaFIGuRe 4.
tenure des terres de l’écorégionFIGuRe 5.
ensembles physiographiques de la Vallée du saint-laurent et du lac ChamplainFIGuRe 6.
GéologieFIGuRe 7.
utilisation du solFIGuRe 8.
Zones de végétation et domaines bioclimatiques du québecFIGuRe 9.
Répartition par groupe des espèces menacées, vulnérables etsusceptibles (Centre de données sur le patrimoine naturel du québec, 2008)
FIGuRe 10.
Répartition par statut des espèces menacées, vulnérables et susceptibles (Centre de données sur le patrimoine naturel du québec, 2008)FIGuRe 11.
Réseau routierFIGuRe 12.
Aires protégées de la Vallée du saint-laurent et du lac ChamplainFIGuRe 13.
Répartition des aires protégées par juridictionFIGuRe 14.
Répartition des aires protégées par catégorie uICnFIGuRe 15.
Base territoriale du filtre grossier - Milieux forestiersFIGuRe 16.
Base territoriale du filtre grossier - Milieux humidesFIGuRe 17.
sites prioritaires du filtre grossierFIGuRe 18.
sites prioritaires du filtre fin – espèces menacées et vulnérables prioritairesFIGuRe 19.
Cibles de conservation par groupe taxonomiqueFIGuRe 20.
Cibles de conservation par type de répartitionFIGuRe 21.
Cibles de conservation du filtre fin – Alvars, écosystèmes forestiers exceptionnels et habitats fauniquesFIGuRe 22.
Plan de conservation de la Vallée du saint-laurent et du lac ChamplainFIGuRe 23.
Contribution des sites prioritaires au réseau d’aires protégéesV IX 1 2 3 5 7 8
12
12 16 22 23 23 27 30 33 42 43 43
44 51 52
L
’écorégion de la Vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain correspond sensiblement au même territoire que la province naturelle la plus méridionale au Québec, celle des Basses-Terres du Saint-Laurent (Figure 1).S’étalant entre les hautes terres du Bouclier canadien et la chaîne des Appalaches, le relief de plaine qui la caractérise résulte de l’accumulation des dépôts principalement marins recouvrant des roches sédimentaires. Cette plaine n’est interrompue que par de rares collines dont les plus connues sont les Montérégiennes d’origine intrusive. Le Saint- Laurent, l’un des plus grands fleuves du monde, domine le réseau hydrographique; il draine vers la mer l’une des plus importantes sources d’eau douce de la planète, le bassin des Grands Lacs. Cette écorégion jouit des conditions climatiques les plus clémentes du Québec et une grande partie de la biodiversité du territoire québécois s’y concentre.
La vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain est aussi la région la plus peuplée du Québec, avec plus de quatre millions de personnes établies en majorité le long du fleuve et de ses principaux tributaires. Au fil des siècles, ce majestueux cours d’eau et sa vallée ont subi les pires négligences de la part d’une population riveraine ignorante ou peu soucieuse de la fragilité de cette ressource incomparable. Comme c’est le
cas de plusieurs autres grands fleuves du monde, la qualité de l’eau et des berges du Saint-Laurent a été perturbée au point de menacer la survie de dizaines d’espèces. Dans les plaines argileuses des Basses-Terres, très propices à l’agriculture, le déboisement et le drainage ont été les plus intensifs au Québec et le développement y a grandement modifié les paysages. Les terres agricoles occupent aujourd’hui plus de la moitié de cette écorégion; le couvert forestier résiduel, dominé par les essences feuillues, y est très dégradé; les espèces exotiques nuisibles y sont abondantes. Malgré la dégradation et l’extrême fragmentation du couvert naturel, la vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain demeure, sur le plan de la biodiversité, le territoire le plus important au Québec et l’une des 20 écorégions les plus riches de l’Amérique du Nord.
Plus des deux tiers des plantes vasculaires du Québec y sont représentées. Des 240 espèces d’oiseaux nicheurs répertoriés, plus de 200 s’y reproduisent. Mis à part les grands carnivores extirpés du sud québécois, toutes les espèces de mammifères terrestres et semi-aquatiques caractéristiques de la forêt feuillue y vivent encore. Des 33 espèces d’amphibiens et de reptiles du Québec, seulement quatre en sont absentes. Plus de 80 espèces de poissons d’eau douce s’y trouvent.
SOMMAIRE EXÉCUTIF
Figure 1. Écorégion de la Vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain
soM M AIRe e xéCutIF
Parmi les éléments distinctifs de cette écorégion se trouvent :
• la flore remarquable des marais intertidaux, qui compte cinq taxons endémiques de l’estuaire d’eau douce du Saint- Laurent;
• la seule espèce de poisson endémique au Québec, le chevalier cuivré, dont l’unique lieu de frai se trouve dans la rivière Richelieu;
• le grand nombre d’espèces animales et végétales à leur limite nord de répartition dont certaines sont en situation précaire dans l’ensemble de leur aire de répartition au Canada et dans le nord-est de l’Amérique du Nord.
Plusieurs écosystèmes distinguent aussi cette écorégion sur le plan de la diversité biologique :
• les extraordinaires mosaïques de marais, de marécages, de tourbières et de forêts humides, notamment dans la cuvette du lac Saint-Pierre et dans les plaines de la baie Missisquoi et de Joly-Manseau;
• les marais intertidaux de l’estuaire du Saint-Laurent, où l’amplitude des marées variant de l’amont vers l’aval de 0,2 m à 7 m et le passage progressif de l’eau douce à l’eau salée exercent des effets significatifs sur la répartition des espèces;
• les alvars abritant des communautés naturelles et des plantes particulières, un phénomène exceptionnel que cette écorégion ne partage en Amérique du Nord qu’avec celles des Grands Lacs;
• les îlots forestiers encore relativement intacts des collines montérégiennes, refuges pour la flore et la faune, dans une plaine transformée par l’agriculture et l’urbanisation;
• les millions d’oiseaux qui font halte chaque année le long du Saint-Laurent; une voie de migration majeure de la sauvagine et un lieu d’importance vitale pour la reproduction dans l’est du continent.
L’exercice de planification écorégionale initié en 2001 par Conservation de la nature devait permettre d’identifier un ensemble de sites jugés prioritaires pour le maintien de cette biodiversité et qui, s’ils étaient protégés ou gérés à des fins de conservation, permettraient d’assurer la survie à long terme de populations viables d’espèces indigènes en péril et d’écosystèmes naturels et fonctionnels.
Grâce à la collaboration de nos partenaires, les sources de données les plus fiables et leur mise à jour ont servi à déterminer les cibles de conservation critiques à la protection de la biodiversité de la vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain. Ainsi, dans les limites des données disponibles, toute la variété des espèces et des écosystèmes de cette écorégion a pu être intégrée dans l’analyse.
Pour capter toute la diversité biologique de l’écorégion dans le plan de conservation tout en tenant compte de sa répartition sur le territoire, l’approche du filtre grossier et celle du filtre fin ont été privilégiées.
L’analyse du filtre grossier repose sur les valeurs d’irremplaçabilité et de représentation de la diversité écologique, établies pour chaque parcelle de forêt et chaque milieu humide ciblé par ensemble physiographique,
troisième niveau du cadre écologique de référence du Québec.
L’analyse s’appuie également sur l’évaluation d’attributs permettant de qualifier la condition de chaque parcelle ou milieu, tels leur taille, la présence d’espèces menacées ou vulnérables, le niveau de fragmentation de même que leurs fonctions écologiques et le contexte environnant. Dans cette écorégion au couvert naturel très fragmenté, les sites retenus pour l’analyse du filtre grossier ont été les milieux forestiers de plus de 40 ha, soit 3 045 parcelles de forêt. Elles abritent 150 types d’écosystèmes forestiers, représentant environ 8 000 km2, et quelque 28 % du territoire. Ce sont également 1 895 milieux humides de plus de 5 ha, composés d’herbiers, de marais, de prairies, de marécages et de tourbières occupant une superficie de près de 2 000 km2, soit 7 % du territoire.
S’ensuit l’hypothèse selon laquelle le maintien à long terme de la diversité naturelle des communautés et des espèces les plus communes comme les plus rares serait assuré si les sites exceptionnels et représentatifs ayant conservé une plus grande intégrité écologique étaient protégés.
Pour le filtre fin, l’analyse vise à saisir dans le plan de conservation les cibles qui n’ont pas été captées par le filtre grossier, telles que les occurrences d’espèces menacées ou vulnérables et de communautés et d’écosystèmes rares considérées prioritaires pour cette écorégion. Les cibles de conservation choisies pour l’analyse du filtre fin sont les meilleures occurrences de 37 animaux vertébrés et de 64 plantes vasculaires jugés prioritaires pour l’écorégion, les 330 forêts anciennes, refuges ou rares et les 21 alvars.
Le processus de sélection des sites prioritaires s’est déroulé en considérant au départ la contribution des aires protégées existantes. Il s’est poursuivi en ajoutant les sites les plus importants pour la conservation de la biodiversité de manière à combler les carences et à atteindre les objectifs suivants :
• que les sites du plan de conservation assurent par leur complémentarité, la représentation de la diversité biologique et des processus écologiques;
• que 20 % de la superficie occupée par tous les types de milieux forestiers et humides soient représentés dans les sites prioritaires;
• que les attributs des sites choisis et le contexte environnant permettent d’en assurer l’intégrité écologique à long terme.
VI
Au terme de l’analyse des données, 1 653 sites prioritaires pour la conservation de la biodiversité ont été retenus. Ils intègrent les éléments les plus distinctifs de cette écorégion, dont certains sont illustrés ici.
La contribution globale des aires protégées à la conservation de la biodiversité de cette écorégion est importante, mais il est généralement admis qu’elle n’est pas suffisante. Les aires protégées n’y occupent actuellement que 4,5 % du territoire. Moins de 1 % appartiennent aux catégories I à III définies l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Ce sont les réserves écologiques, les parcs nationaux et la majorité des aires protégées par des organismes non gouvernementaux qui, en vertu de leur statut, conservent adéquatement toute la diversité biologique.
De plus, la répartition géographique des aires protégées illustre l’importance accordée aux cours des années à la protection des milieux riverains du fleuve Saint-Laurent et de son principal tributaire, la rivière des Outaouais. Les sites sélectionnés par la planification écorégionale permettraient d’accroître les superficies protégées à 15,6 % de l’écorégion et de les répartir sur l’ensemble du territoire.
L’issue de cette analyse vient souligner trois stratégies critiques pour la protection de la biodiversité de l’écorégion de la Vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain : 1) augmenter la contribution des aires déjà protégées des catégories IV à VI à la protection des espèces en situation précaire et des communautés et écosystèmes rares, soit en modifiant leur gestion ou en leur accordant une plus grande protection par un changement de statut (catégories I à III) sur la totalité ou une partie de leur superficie; 2) faciliter la conservation des sites prioritaires en terre privée afin de compléter le réseau existant d’aires protégées ou au moins, de freiner leur conversion à d’autres usages et 3) intervenir à tous les niveaux (local, régional et national) pour maintenir les communautés et les populations d’espèces les plus menacées.
En initiant l’exercice de planification écorégionale dans la vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain, Conservation de la Nature souhaite garantir au réseau québécois d’aires protégées, une représentation de la valeur écologique de la vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain qui, sur le plan de la biodiversité, est le territoire le plus important au Québec et l’une des 20 écorégions les plus riches de l’Amérique du Nord.
Au cours des dernières années, les efforts consentis, tant par les gouvernements que par les organismes non gouvernementaux, pour soutenir la protection des espèces et des milieux naturels sur les terres en grande majorité privées de cette écorégion ont commencé à porter des fruits. Le plan de conservation de la vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain vient confirmer l’importance de cette écorégion pour la protection de la biodiversité du territoire québécois et illustre le potentiel qui existe toujours de maintenir ce
patrimoine exceptionnel. Ce plan aurait cependant peu d’impact s’il ne prévoyait pas dès maintenant les étapes de sa mise en œuvre, soit:
• de valider le choix de sites prioritaires;
• de promouvoir la conservation des sites prioritaires auprès de nos partenaires, des intervenants du milieu et des gestionnaires d’aires protégées de catégories IV à VI;
• de définir, pour chaque site prioritaire, les exigences écologiques des espèces et des communautés ainsi que des écosystèmes ciblés;
• d’évaluer les menaces pouvant affecter ces cibles de conservation et les processus écologiques dont elles dépendent;
• de définir, à l’échelle locale, régionale, nationale et internationale, les conditions qui pourraient faciliter la réalisation de projets de conservation et de gestion des sites protégés;
• d’élaborer, pour chaque site prioritaire ou aire naturelle comprenant plusieurs sites prioritaires, une stratégie de conservation incluant toutes les actions nécessaires pour assurer la pérennité des cibles de conservation et réduire l’ampleur des menaces les affectant localement;
• d’identifier les enjeux à l’échelle du paysage qui ont ou auront à terme un impact sur l’intégrité des aires protégées et la conservation de la biodiversité, y compris le maintien ou la restauration de la connectivité et l’adaptation aux changements climatiques.
Le plan de conservation de la vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain résulte d’une approche intégrée reposant sur des bases scientifiques; il propose une sélection de sites prioritaires à conserver. Pour atteindre ses propres objectifs de protection de la diversité biologique, Conservation de la nature a déjà choisi dans cette écorégion neuf aires naturelles regroupant plusieurs sites prioritaires. À la lumière des nouvelles connaissances acquises sur les exigences des cibles de conservation, Conservation de la nature travaillera à raffiner ses stratégies. Notre organisme entend instaurer les mesures les plus efficaces pour contrer les menaces, assurer la survie à long terme des espèces en péril et maintenir l’intégrité écologique des communautés et des écosystèmes.
De plus, les données de la planification écorégionale sont partagées avec de nombreux partenaires. En les invitant à adopter, quelle que soit leur mission, une démarche semblable et à collaborer entre eux, le plan de conservation permettra de maintenir le cap sur un objectif commun et d’évaluer, de façon récurrente, les progrès réalisés en conservation dans l’écorégion de la vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain.
T
he St. Lawrence and Lake Champlain Valley ecoregion is more or less equivalent to Quebec’s southern- most natural province, the St. Lawrence Lowlands (Figure 2). Spread between the highlands of the Canadian Shield and the Appalachian mountain range, the plains topography that characterizes this ecoregion is formed from the accumulation of mainly marine deposits covering sedimentary rock. This plain is interrupted only by rare hills, the best-known of which are the Monteregion hills, of intrusive origin. The St. Lawrence, one of the world’s largest rivers, dominates the valley’s hydrographic network. It drains one of the most important sources of fresh water on the planet, the Great Lakes basin. This ecoregion enjoys the mildest climate in Quebec, where, a large proportion of the province’s biodiversity is found.The St. Lawrence and Lake Champlain Valley is also the most populous region in Quebec, with more than four million people settled mainly along the river and its principal tributaries. Over centuries, the majestic river and its valley have suffered the worst affronts from a shoreline population that cares little about the fragility of this incomparable resource. As with many of the world’s great rivers, the water quality of the St. Lawrence and its banks have been disturbed
to the point of threatening the survival of dozens of species.
In the clay plains of the Lowlands, which are highly suitable for agriculture, deforestation and drainage have been most intensive, and development has modified landscapes significantly. Agricultural land today occupies more than one-half of the ecoregion. The remaining forest cover, dominated by deciduous species, is highly degraded, and invasive exotic species are abundant.
Despite the degradation and extreme fragmentation of natural cover the St. Lawrence and Lake Champlain Valley remains, from a biodiversity perspective, the most important territory in Quebec and one of the 20 richest ecoregions in North America.
More than two-thirds of Quebec’s vascular plants are found in the ecoregion. Of the 240 known species of nesting birds, more than 200 breed in the ecoregion. Except for large carnivores, which have been eradicated from southern Quebec, all of the terrestrial and semi-aquatic mammal species characteristic of the deciduous forest still live in the ecoregion. Of the 33 species of reptiles and amphibians in Quebec, only 4 are absent from the ecoregion. More than 80 species of freshwater fish can be found here.
EXECUTIVE SUMMARY
Figure 2. St. Lawrence and Lake Champlain Valley Ecoregion
x
e xeCutIVe suM M ARY
Among the distinctive elements of the ecoregion are:
• the remarkable flora of the intertidal marshes, which include five plant taxa endemic to the St. Lawrence freshwater estuary;
• the only species of fish endemic to Quebec, the Copper Redhorse, which has its only known spawning site in the Richelieu River;
• the large number of animal and plant species at their northern limits of distribution, some of which are considered at risk throughout their entire range in Canada and eastern North America.
Several ecosystems also distinguish this ecoregion from the perspective of biodiversity:
• the extraordinary mosaics of marshes, swamps, bogs and wet forests, particularly in the Lac Saint-Pierre basin and in the plains of Missisquoi Bay and Joly-Manseau;
• the intertidal marshes of the St. Lawrence estuary, where the amplitude of the tides from upstream to downstream varies from 0.2 meters to 7 meters, and the progressive passage from freshwater to saltwater exerts significant impacts on the distribution of species;
• the alvars that are home to particular natural communities and plants, an exceptional phenomenon that this ecoregion shares in North America only with the Great Lakes;
• the relatively-intact forest tracts of the Monteregian Hills, which are refuges for flora and fauna in a plain that has been transformed by agriculture and urbanization;
• the millions of birds that make a stop-over every year along the St. Lawrence, a major migration route and an area of vital importance for breeding waterfowl in the eastern part of the continent.
The ecoregional planning exercise initiated by the Nature Conservancy in 2001 has enabled the identification of a porfolio of priority sites for maintaining this biodiversity, which if protected and managed for conservation would ensure the long-term survival of viable populations of species at risk and of natural and functional ecosystems.
Thanks to the collaboration of our partners, highly reliable sources of data and their updates, have been used to determine conservation targets critical to protecting the biodiversity of the St. Lawrence and Lake Champlain Valley.
Therefore, within limits of the data available, we have been able to account for the variety of species and ecosystems in the analysis.
In attempt to seize all the biological diversity of the
ecoregion in the conservation blueprint while accounting for distribution throughout the territory, both an initial coarse filter and then a fine filter were used in our analysis.
Analysis using the coarse filter is based on the values of irreplaceability and representation of ecological diversity, which was established for each tract of forest and each wetland targeted by physiographical unit, the third level of Quebec’s ecological reference framework. This analysis also relies on the evaluation of attributes that assess their condition, such as size, the presence of threatened or
vulnerable species, the level of fragmentation, as well as their ecological functions and the surrounding context. In this ecoregion, with its highly fragmented natural cover, the sites selected for analysis using the coarse filter were forested tracts of more than 40 hectares, for a total of 3,045. These forests represent 150 types of forest ecosystem, distributed on about 8,000 km2 or roughly 28% of the territory. Also included are 1,895 wetlands of more than 5 hectares comprised of marshes, wet meadows, swamps and bogs that occupy an area of almost 2,000 km2 or 7% of the territory.
The hypothesis is that by maintaining the natural diversity of communities and species in the long term, both the most common and the rarest, would be preserved if exceptional and representative sites having maintained a greater ecological integrity are protected.
For the fine filter, the analysis aims to include within the conservation blueprint, targets that were not captured by the coarse filter, such as occurrences of threatened or vulnerable species and of rare community ecosystems considered to be priorities for the ecoregion. The conservation targets selected for the fine filter analysis are the best occurrences of 37 vertebrate animals and 64 vascular plants deemed to be priorities for the ecoregion, the 330 old-growth forests, refuge forests or rare forests, and the 21 alvars.
The process of selecting priority sites started by considering the contribution of existing protected areas. It then added the sites most important for conserving biodiversity to respond to any representation gaps and to attain the following objectives:
• that the sites in the conservation blueprint complement one another to ensure full representation of biological diversity and ecological processes;
• that 20% of the area occupied by all types of forests and wetlands be represented within the priority sites;
• that attributes of the sites selected and the surrounding context enable us to ensure their ecological integrity in the long term.
Following data analysis 1,653 sites that were priorities for biodiversity conservation were selected. These sites integrate the most distinctive elements of the ecoregion, some of which are illustrated in this document.
Analysis of the priority sites demonstrates that the existing network of protected areas is important but clearly
insufficient. These protected areas occupy 4% of the territory of the ecoregion. Less than 1% belong to categories I to III defined by the International Union for Conservation of Nature (IUCN). These are the ecological reserves, the provincial parks, and the majority of the areas protected by non-government organizations, which by virtue of their status, adequately preserve all biological diversity.
In addition, the geographic distribution of the protected areas illustrates the importance assigned over the years to protection of the aquatic habitats of the St. Lawrence River and its main tributary, the Ottawa River. If implemented, the priority sites targeted by this conservation blueprint would increase protected areas to 15,6 % and their distribution would be spread across the whole ecoregion.
The sites selected following this analysis thus highlight three critical strategies to protect biodiversity in the St. Lawrence and Lake Champlain Valley Ecoregion: 1) increasing the contribution of protected areas from categories IV to VI to the protection of species at risk as well as rare communities and ecosystems by changing their management goals or their status (categories I to III) on all or part of their area;
2) supporting the conservation of priority sites on private land to help complete the protected areas network or, at least, stopping their conversion to other uses; and 3) intervening at all levels of government (local, regional, provincial and national) to protect the most threatened species and communities.
By initiating the ecoregional planning exercise in the St. Lawrence and Lake Champlain Valley, the Nature Conservancy seeks to ensure that Quebec’s network of protected areas will include representation of the ecological value of the St. Lawrence and Lake Champlain Valley, which from a biodiversity perspective is the most important territory in Quebec and one of the 20 richest ecoregions in North America.
In recent years, efforts expended by governments and by non-government organizations to support the protection of species and natural habitats in this ecoregion, which is largely in private hands, have begun to bear fruit. The St.
Lawrence and Lake Champlain Valley conservation blueprint reaffirms the importance of this ecoregion for the protection of biodiversity in Quebec, and illustrates the potential that still exists to maintain this exceptional natural heritage.
The blueprint will have little impact, however, if it does not specify the steps for its implementation starting immediately, that is:
• to validate the selection of priority sites;
• to promote the conservation of priority sites among our partners, stakeholders and protected area managers (categories IV and VI);
• for each priority site, to define the ecological requirements of the species, the communities and targeted ecosystems;
• to evaluate threats that could affect conservation targets and ecological processes that they depend on;
• at the local, regional, national and international levels, to define the conditions that could facilitate the completion of conservation projects and the stewardship of protected lands;
• for each priority site or each natural area that includes several priority sites, to develop a conservation strategy that includes all of the actions required to ensure the survival of the conservation targets in perpetuity, and to reduce the magnitude of local threats that affect them;
• to identify challenges at the landscape scale that have or will have an impact on the integrity of protected areas and biodiversity conservation such as maintaining connectivity and climate change adaptation.
The St. Lawrence and Lake Champlain Valley conservation blueprint is the result of an integrated science-based approach; it proposes a selection of priority sites to be preserved. To achieve its own objectives of protecting biological diversity, the Nature Conservancy has selected nine natural areas in the ecoregion that include numerous priority sites. In light of the new knowledge acquired on the requirements of the conservation targets, the Nature Conservancy will work to refine its strategies. Our
organization intends to instigate the most effective measures for controlling threats, ensuring the long-term survival of species at risk, and maintaining the ecological integrity of communities and ecosystems.
By inviting our partners, whatever their mission, to adopt a similar initiative and to collaborate among themselves, the conservation blueprint will enable us to continue to work toward a common objective and to evaluate, on an ongoing basis, the conservation progress that is being achieved within the St. Lawrence and Lake Champlain Valley ecoregion.
Ce projet a été réalisé grâce à la généreuse contribution financière de :
Environnement Canada
Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des parcs du Québec
Ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec La Fondation George Cedric Metcalf
La Fondation canadienne Donner La Fondation W. Garfield Weston La Fondation Doris Duke La Fondation EJLB
The Nature Conservancy (US)
Toute notre gratitude pour leur appui inconditionnel à la réalisation de ce projet va à Albin Tremblay et Yvon Mercier d’Environnement Canada, à Léopold Gaudreau du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs du Québec et à Claudette Blais, du ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec. Nous remercions tous les employés de la région du Québec de Conservation de la Nature pour leur support et plus spécialement Stéphanie Giguet et Hala Breich, géomaticiennes, et Marie Morineaux, stagiaire, pour la cartographie et la compilation des données.
Nos remerciements vont également à Pierre Morriset et Rodger D. Titman, membres du comité de conservation de la région du Québec, pour leur révision attentive.
Merci à tous les scientifiques et experts en conservation qui ont été directement impliqués dans la réalisation du plan de conservation de la Vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain et, tout particulièrement à Frédéric Poisson du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs du Québec, qui a réalisé une part importante du traitement des données, ainsi qu’à Francis Boudreau pour ses encouragements. Nous tenons également à remercier : Patrick Beauchesne, Gildo Lavoie, Jacques Labrecque, Jean Bissonnette, Sophie Benoît, Guy Jolicoeur, Vincent Piché, Vincent Gérardin, Tingxian Li, Martin Joly et Bernard Tardif du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs du Québec; Jean Tremblay, Jacques Jutras, Martin Léveillé, André Dicaire, Jean Dubé, Daniel Saint-Hilaire, Henri Fournier, Jean-Claude Bourgeois, Yves Robitaille, Philippe Courchesne, Pierre Dupuy, Richard Laporte, Réjean Dumas. Bruno Bélanger, François Girard, Normand Villeneuve et Nicole Lavoie du ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec; Josée Tardif, Jean-Luc Desgranges et Martin Jean d’Environnement Canada; Kara Brodribb, Kristy Ciruna et John Riley de Conservation de la nature Canada; Mark Anderson, Rose Paul et Liz Thompson de The Nature Conservancy.
Finalement, un merci à tous ceux et celles qui ont pris part directement ou indirectement à cette initiative qui n’aurait pas eu sa raison d’être sans notre conviction commune de protéger la biodiversité du Québec.
REMERCIEMEnTS
Le plan de conservation de l’écorégion la vallée du Saint- Laurent et du lac Champlain identifie un ensemble des sites qui permettraient, s’ils étaient protégés ou gérés en conséquence, d’assurer la survie à long terme de populations viables d’espèces en situation précaire et le maintien de tous les types d’écosystèmes naturels représentées dans cette écorégion et jugés prioritaires pour la conservation de la biodiversité.
La planification écorégionale est fondée sur une approche scientifique et experte. Elle se base sur les sources de données les plus accessibles et fiables ainsi que sur le consensus entre les divers intervenants pour identifier les cibles de biodiversité et les milieux qui les abritent. Le plan de conservation prend en compte les sites bénéficiant déjà d’un statut de protection et propose des sites qui permettraient de complémenter le réseau existant d’aires protégées. L’objectif est de fournir un ensemble de sites prioritaires où mener des actions de conservation à court terme et moyen terme, ainsi que de soutenir les groupes et les communautés œuvrant dans le domaine de la conservation et de la gestion des ressources et milieux naturels. Le but est de stimuler l’émergence d’initiatives de conservation et l’élaboration de stratégies à des échelles permettant de fixer des objectifs réalistes et d’obtenir des résultats concrets.
Les plans de conservation écorégionaux ainsi produits sont reconnus pour avoir un impact direct sur la conservation de
la nature, créant un climat favorable aux partenariats avec les donateurs, les agences gouvernementales et les groupes non gouvernementaux et au développement de nouvelles avenues pour préserver la biodiversité.
Initiée par Conservation de la nature Canada, cet exercice de planification s’inspire de l’approche décrite par Groves et al.
(2000, 2003) utilisée par l’organisme américain The Nature Conservancy pour réaliser des évaluations de la conservation sur l’ensemble des écorégions du territoire états-unien. Au Canada, Conservation de la Nature a choisi de procéder en priorité à cette analyse dans les écorégions les plus à risque du sud du Canada (figure 3). Au nombre de 14 ces écorégions ont plusieurs points en commun :
• les densités de population les plus élevées;
• les plus hauts taux de conversion des milieux naturels à des fins agricole et urbaine;
• les plus grandes proportions de terres privées;
• les plus faibles superficies en aires protégées;
• un faible pourcentage de milieux naturels sans accès routier;
• un nombre élevé d’espèces et de communautés naturelles en situation précaire ou en déclin.
1.0 InTROdUCTIOn
Figure 3. Écorégions les plus à risque du Canada
L’écorégion de la Vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain se trouve en majeure partie au Canada. Sa superficie totale est de 46 000 km2. Elle chevauche la frontière canado- américaine pour inclure des portions des états voisins du Vermont (24 %) et de New York (10%). Le présent plan de conservation ne concerne que la portion québécoise de cette écorégion1, soit environ 66 % de sa superficie ou 30 775 km2. La tenure des terres est essentiellement privée ce qui contraste fortement avec le nord du Québec (figure 4).
L’écorégion de la Vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain correspond sensiblement au même territoire que celui de la province naturelle la plus méridionale du Québec, les Basses-terres du Saint-Laurent, premier niveau de classification du cadre écologique de référence du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (annexe 1) (Li et Ducruc, 1999). L’écorégion est scindée en deux par le fleuve Saint-Laurent et son paysage est essentiellement celui d’une vaste plaine encadrant cet imposant cours d’eau. Au sud, sa limite suit les premiers éléments marquants du relief appalachien et la frontière
américaine. Au nord, elle inclut les basses terres de la vallée de l’Outaouais et s’accole au Bouclier canadien au contact parfois abrupt. À l’ouest, elle est interrompue par la frontière ontarienne. Enfin, l’archipel de L’Isle-aux-Grues, qui selon le cadre écologique fait partie de la province naturelle de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent, a été inclus dans le territoire couvert par ce plan et marque sa limite vers l’est.
Aux niveaux inférieurs du cadre écologique, l’écorégion se sépare en trois régions naturelles : la plaine d’Ottawa, la plaine de Montréal et la plaine de Québec et en 28 ensembles physiographiques (figure 5 et tableau 1) auxquels le texte qui suit fait à l’occasion référence pour situer les éléments du paysage et les composantes de la biodiversité de l’écorégion.
1 Un plan de conservation pour la portion américaine a été produit par Thompson et al. (2002) Il est prévu que la prochaine version de ce plan de conservation se fasse en collaboration avec les partenaires américains.
2
1.0 IntRoduC tIon
1.1 l’écorégion de la Vallée du saint-laurent et du lac Champlain
Figure 4. Tenure des terres de l’écorégion
Code Nom des ensembles physiographiques Sup. (km2) B0101 Plaine de Drummondville-Farnham 1750 B0102 Plaine de la Yamaska-Haut-Richlieu 2895
B0104 Plaine de Hemmingford 1619
B0105 Plaine de Beauharnois 2645
B0106 L'archipel de Montréal 1652
B0107 Plaine de Verchère-Lanoraie 2004
B0108 Cuvette du lac Saint-Pierre 953
B0109 Terrasse de Saint-Justin 628
B0110 Plaine de Mirabel-Joliette 1597
B0111 Collines Oka-Saint-André-Rigaud 1531
B0112 Plaine de la baie Missisquoi 1999
B0113 Plaine de Bedford 1271
B0201 Plaine de la rivière Saint-Maurice 2032
B0202 Plaine de Batiscan 391
Tableau 1. Liste des ensembles physiographiques de l’écorégion de la Vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain
Code Nom des ensembles physiographiques Sup. (km2) B0203 Plaine de Saint-Raymond - Pont-Rouge 516 B0204 Terrasses de Cap-Rouge - Beaupré 516
B0205 Plate-forme de la Traverse 728
B0206 Plate-forme de Lotbinière 1421
B0207 Plaine de la rivière Nicolet 938
B0208 Coteaux de Victoriaville 2869
B0209 Plaine de Joly - Manseau 1081
B0210 Plaine de Bellechase 490
B0211 Plaine de l'Islet 645
B0212 Estuaire d'eau douce du Saint-Laurent 1 1911 B0301 Plaine des Îles du Grand Calumet et des Allumettes 2461
B0302 Basses-Terres de Gatineau 2474
N0101 Piedmont des Adirondacks 120
Figure 5. Ensembles physiographiques de la Vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain
1 Pour le besoin du plan de conservation, l’archipel de l’Île-aux-Grues a été intégrée à l’ensemble physiographique de l’Estuaire d’eau douce.
L
’écorégion de la Vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain forme une plate-forme sédimentaire d’âge paléozoïque au contact des rebords érodés du Bouclier canadien et des Appalaches (Landry et Mercier, 1984). L’altitude y est généralement inférieure à 100 mètres. L’assise rocheuse datant du Cambrien et de l’Ordovicien est principalement constituée de calcaires, de dolomies et de schistes déposés en strates horizontales à subhorizontales (figure 6). Ce relief de plaine n’est interrompu que par de rares collines dont les plus hautes atteignent à peine 400 mètres. Les plus notables sont les collines montérégiennes, d’origine intrusive, mises en place au Crétacé (Landry et Mercier, 1984) soit les monts Royal, Saint- Bruno, Saint-Hilaire, Saint-Grégoire, Rougemont et Yamaska2. Au Wisconsinien supérieur, il y aussi peu que 18 ka, la majeure partie du Québec était encore recouverte par l’inlandsis laurentidien, un glacier dont l’épaisseur variait entre 3 200 à 4 000 m. À cause de sa topographie et de sa faible altitude, le socle rocheux fut complètement recouvert de sédiments minéraux d’âge quaternaire. Le glacier laissa d’épais dépôts de till carbonaté riche en argile et limon dérivé du substrat rocheux sur lequel il progressait. À la fin de cette période,commence un réchauffement climatique qui sera ressenti dans tout l’hémisphère nord. Ce réchauffement débute à l’Holocène il y a environ 14 ka et amorce la fonte de l’inlandsis. Avec l’affaissement du continent sous le poids du glacier et le recul des fronts glaciaires, un long bras de mer provenant des eaux de l’Atlantique envahit lentement les Basses-Terres du Saint-Laurent pour donner naissance à la Mer de Champlain. Entre 12 et 10 ka cette mer post-glaciaire occupait la vallée du Saint-Laurent; elle laissa de nombreuses preuves de sa présence. En eau profonde, la mer devint un bassin de sédimentation où s’accumulèrent les particules fines d’argile et de limon qui dominent dans la partie sud-ouest de l’écorégion. Il n’est pas rare que ces sédiments fins marins atteignent 20 à 50 mètres d’épaisseur. L’abondante sédimentation dans les basses terres a contribué à masquer le modèle glaciaire et à construire un relief calme brisé par des deltas constitués de sables et de graviers stratifiés et perchés à différentes altitudes correspondant aux étapes d’émersion du continent.
2 Six des neuf collines Montérégiennes émergent dans la plaine du Saint- Laurent, les trois autres, les monts Shefford, Bromont et Mégantic chevauchent la province naturelle des Appalaches. Trois autres intrusions de la même origine sont totalement enfouies ou presque dans les sédiments marins : celles de Saint-André et d’Oka (selon les sources, parfois reconnue comme la dixième montérégienne), à l’ouest de Montréal, et l’intrusion Iberville, près du mont Saint-Grégoire.
2.0 COnTEXTE ÉCOLOGIQUE
2.1 Géologie et topographie
Figure 6. Géologie
Ces dépôts marins littoraux ont, par endroits, été remodelés par le vent pour former des dunes paraboliques aujourd’hui stabilisées par la végétation (Filion, 1987). Les anciennes rives de la Mer de Champlain se trouvent aujourd’hui à un peu plus de 200 mètres au dessus du niveau de la mer au nord et entre 150 et 190 mètres au sud des Basses-Terres en raison du rehaussement isostatique différentiel de part et d’autre du Saint-Laurent (Elson, 1969). Vers 6,7 ka, la vallée du Saint-Laurent avait, à peu de choses près, sa configuration actuelle (Landry et Mercier, 1984). Plus on s’éloigne du fleuve Saint-Laurent, plus les dépôts d’origine glaciaire remaniés par les eaux de la mer de Champlain prennent de l’importance (Landry et Mercier, 1984). Dans la plaine, on trouve des affleurements rocheux seulement le long du fleuve et des rivières, aux endroits où l’érosion fluviomarine a été longtemps active ou l’est toujours (Payette et Rochefort, 2001). Ailleurs, les dépressions mal drainées dans les argiles marines et les épandages fluviomarins formés par l’invasion et le retrait de la Mer de Champlain ont privilégié les processus de paludification à l’origine des tourbières (Payette et Rochefort, 2001).
Le système hydrographique du Saint-Laurent domine la Vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain. Il draine le bassin des Grands Lacs, l’une des plus grandes sources d’eau douce au monde, soit 25 % de l’eau douce à la surface de la planète. Avec un tel bassin de drainage et un débit moyen annuel de 12 600 m3/sec, le plus élevé de tous les cours d’eau canadiens, le Saint-Laurent se classe parmi les 20 plus importants fleuves au monde (Centre Saint-Laurent, 1996).
L’écorégion comprend les portions fluviale et estuarienne du Saint-Laurent. La portion fluviale s’étend entre Cornwall et Grondines3 à l’est du lac Saint-Pierre (Gauthier, 1980). Elle est caractérisée par des élargissements décrits comme les lacs Saint-François, Saint-Louis et Saint-Pierre qui atteignent près de 12 km d’envergure par endroits. La présence de rapides, dont les plus remarquables sont les rapides de Lachine en plein coeur de Montréal, résulte d’une dénivellation de 14 mètres entre le lac Saint-Louis et le bassin de La Prairie.
Enfin, de nombreuses îles, parfois regroupées en archipel, parsèment le cours du fleuve; le plus important est celui du delta du lac Saint-Pierre qui compte plus d’une centaine d’îles et d’îlots (Centre Saint-Laurent, 1996).
L’influence tidale, qui se traduit par un renversement de courant à marée montante, se manifeste à partir de Grondines et marque le début de l’estuaire du Saint-Laurent.
Ces marées d’eau douce atteignent une amplitude de 7 m à la hauteur de la ville de Québec. L’eau demeure douce jusqu’à l’extrémité est de l’île d’Orléans, la plus grande île de l’estuaire. Au-delà de l’archipel de L’Isle-aux-Grues, la salinité de l’eau augmente à plus de 3 % (Gauthier, 1980) et le caractère de l’estuaire maritime commence à s’exprimer davantage.
Le fleuve reçoit les eaux des affluents qui naissent dans les Appalaches ou dans le Bouclier canadien et viennent grossir son écoulement vers l’océan Atlantique. Les plus importants sont, sur la rive nord, les rivières Outaouais, L’Assomption, Maskinongé, Saint-Maurice, Batiscan et Sainte–Anne; et sur la rive sud, les rivières Châteauguay, Richelieu, Yamaska, Saint-François, Nicolet, Bécancour, Chaudière et Etchemin.
Si on exclut les élargissements du fleuve Saint-Laurent et ceux de la rivière des Outaouais, comme le lac des Chats et le lac des Deux-Montagnes, il y a très peu de lacs dans cette écorégion et la plupart sont de faible superficie. Le plus notable est certainement le lac Champlain qui appartient au bassin versant de la rivière Richelieu mais dont seule la portion la plus septentrionale, la baie Missisquoi, se trouve au Québec.
L’écorégion jouit des conditions climatiques les plus clémentes du Québec. Elle possède un climat continental modéré subhumide qui se caractérise par des étés relativement chauds et des hivers frais influencés par la présence du fleuve et du lac Champlain. La température moyenne annuelle varie de 4,2 à 5,8 oC et la température moyenne pour les trois mois les plus chauds varie de 17,7 à 19,2 oC. La saison de croissance4 compte de 199 à 214 jours.
Les précipitations sont abondantes et totalisent annuellement près de un mètre (Mc Kenney, 1998 in Li et Ducruc, 1999), dont approximativement le quart tombe en neige (Wilson, 1971).
3 Selon qu’on choisit les caractéristiques phytogéographiques (Gauthier, 1980) ou les caractéristiques hydrologiques et morphométriques (Centre Saint-Laurent, 1996), les limites des différents secteurs du Saint-Laurent peuvent varier.
4 Nombre de jours où la température dépasse 5 oC
2.2 hydrographie
2.3 Climat
6
2.0 Conte x te éColoGIque
Comme dans toutes les régions tempérées du globe, des siècles d’agriculture, d’exploitation forestière et d’urbanisation ont profondément modifié le paysage et morcelé les milieux naturels en îlots isolés (figure 7).
De nouveaux paysages ont ainsi été créés, résultant en de grandes terres agricoles sur les argiles fertiles de la mer de Champlain, alors que les forêts et les milieux humides occupent les sols moins propices à 1’agriculture en raison d’un excès d’eau ou d’une trop forte pierrosité. Les terres agricoles occupent aujourd’hui plus de 50 % du territoire.
Très fragmenté, ce qui reste du couvert forestier est représenté par une forêt mélangée à dominance feuillue qui, dans l’ensemble, est très dégradée (Li et Ducruc, 1999). Nombre des îlots ou fragments forestiers sont maintenant associés aux boisés de ferme, aux plaines d’inondation, aux forêts urbaines ou aux aires protégées déjà existantes. Toutefois, de plus grandes étendues de forêts, plus ou moins fragmentées, se trouvent encore dans les basses terres de la rivière des Outaouais, le piedmont des Adirondacks, les Montérégiennes et dans la plaine de Québec. Les forêts matures occupent actuellement une superficie infime par rapport aux forêts jeunes d’origine anthropique ou naturelle. Ces nouveaux
paysages de plaines cultivées et de forêts donnent souvent 1’impression que la trame précoloniale était avant tout forestière. Cependant, certains secteurs des Basses-terres du Saint-Laurent ne supportaient pas des forêts mais bien des tourbières ou des marais (Payette et Rochefort, 2001).
L’analyse des cartes pédologiques de la Vallée du Saint- Laurent et du lac Champlain fait aussi croire qu’autrefois cette écorégion était couverte de vastes étendues de forêts intercalées d’importants milieux humides.
Les caractéristiques physiques de cette écorégion ont en effet favorisé les milieux humides. D’une part, son réseau hydrographique avec des cours d’eau à fort débit comme le fleuve Saint-Laurent, la rivière des Outaouais et la rivière Richelieu, auxquels sont associés d’importantes différences entre le niveau des inondations printanières résultant de la fonte des neiges et celui des étiages estivaux, ont été propices au développement des marécages, marais et herbiers aquatiques (Bérard et Côté, 1996). D’autre part, la topographie plane et la nature des dépôts de surface de la Vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain ont été propices à l’établissement et à l’expansion des tourbières (Payette et Rochefort, 2001).
2.4 Paysages et fragmentation
Figure 7. Utilisation du sol
Aujourd’hui, les marécages et des marais épargnés par l’agriculture et l’urbanisation se concentrent surtout dans les zones riveraines des portions lentiques du fleuve Saint-Laurent, de la rivière des Outaouais, de la rivière Richelieu et dans la zone intertidale de l’estuaire du Saint-Laurent. Favorisées par l’ampleur de sa plaine inondable, les plus remarquables étendues de marais et de marécages sont celles de la cuvette du lac Saint-Pierre qui, avec un peu plus de 32 000 hectares, représentent près de 40 % des milieux humides du Saint-Laurent (Gratton et Dubreuil, 1990).
Le patron de répartition des tourbières est demeuré relativement intact dans la partie est de l’écorégion. Par contre, à l’ouest, il ne subsiste parfois que les terres noires en culture pour témoigner de leur présence. Les tourbières qui restent sont généralement celles de très grandes superficies. Même si elles ont souvent été amputées ou drainés à leur périphérie, les nombreuses tourbières de la plaine de Joly-Manseau de même que celles du lac Champlain, du lac à la Tortue, de Lanoraie ou les Small Tea Field et Large Tea Field du Haut-Saint-Laurent, ont conservé leurs caractéristiques.
Malgré la disparition du couvert naturel et l’extrême dégradation et fragmentation de ce qui en reste, la Vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain demeure, sur le plan de la biodiversité, le territoire le plus important au Québec et l’une des 20 écorégions les plus riches de l’Amérique du Nord. Cette biodiversité se mesure en termes de d’écosystèmes, de communautés naturelles, d’espèces animales et végétales.
Milieux forestiers
Cette écorégion appartient à la zone tempérée nordique du cadre de référence bioclimatique du ministère des Ressources naturelles et de la Faune. Elle correspond à la région forestière « des Grands Lacs et du Saint- Laurent » où dominent l’érable à sucre
(Acer saccharum), le bouleau jaune (Betula alleghaniensis), le hêtre à grandes feuilles (Fagus grandifolia), la pruche du Canada (Tsuga canadensis), les épinettes rouge et blanche (Picea rubens, P. glauca), le sapin baumier (Abies balsamea) et les pins blanc et rouge (Pinus strobus, P.
resinosa) (Halliday, 1937; Braun, 1950; Rowe, 1972;
Rousseau, 1974.). Le tilleul d’Amérique (Tilia americana), l’orme d’Amérique (Ulmus americana), l’érable rouge (Acer rubrum), le chêne rouge (Quercus rubra) et le thuya occidental (Thuja occidentalis) y sont aussi répandus.
Plusieurs auteurs l’associent à la forêt décidue ou au grand domaine de l’érablière (Grandtner, 1966; Thibault 1985; Richard 1987, Saucier, 1993). Les conifères ne couvrent pas de grandes étendues et colonisent généralement les sites xériques ou hydriques.
Avant la colonisation européenne, les perturbations naturelles dans les forêts feuillues de la zone tempérée nordique, tels le feu, les épidémies d’insectes et les
tornades, étaient généralement peu fréquentes et de faible intensité (Bergeron et al., 1988; Frelich et Lorimer, 1991). La dynamique forestière naturelle était surtout caractérisée par la formation de petites trouées dans le couvert, causée par la mort d’un ou de quelques individus âgés, par le déracinement ou des blessures majeures à la ramure d’un ou de quelques arbres causées par le vent ou un pathogène (Runkle, 1985). Depuis plus d’un siècle et demi, les forêts de cette écorégion font l’objet de coupes répétées. Selon Bergeron et al. (1988), elles ont été si affectées par l’activité humaine que la dynamique des trouées par laquelle s’effectuait le renouvellement de la forêt est aujourd’hui peu active puisque les gros arbres ont été prélevés lors des coupes forestières.
Ce processus n’existerait plus, selon ces auteurs, que dans les forêts vierges ou anciennes.
La zone tempérée nordique se subdivise en domaines
bioclimatiques ou zones de végétation (figure 8). L’écorégion de la Vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain chevauche deux de ces domaines : l’érablière à caryer cordiforme et l’érablière à tilleul. L’annexe 2 liste les communautés végétales les plus communes.
2.5 Répartition de la biodiversité
2.5.1 Communautés végétales
55 À moins d’indication contraire, la description du milieu forestier de l’écorégion est tirée de Bérard et Côté (1996).
Figure 8. Zones de végétation et domaines bioclimatiques du Québec
8
2.0 Conte x te éColoGIque
D
omaine Del’
érablièreà caryercorDiformeLe domaine de l’érablière à caryer cordiforme forme un triangle occupant l’extrémité sud-ouest du Québec et dont l’extrémité nord-est se trouve au lac Saint-Pierre. Des études détaillées des communautés végétales, utilisant une approche historique, montrent à quel point certaines portions du territoire ont été rapidement et profondément transformées créant le climax anthropique, l’érablière à caryer cordiforme, à partir du climax précolonial de 1’érabliere à hêtre à grandes feuilles et à pruche (Brisson et al., 1994; Bouchard et Domont, 1997).
La répartition de la végétation répond à un gradient microclimatique où les secteurs d’altitude inférieure à 100 m sont propices à l’érablière à caryer cordiforme sur les sites mésiques. Aux altitudes supérieures moins clémentes, soit principalement sur les Montérégiennes et sur les contreforts des Laurentides, les sites mésiques sont recouverts des communautés représentatives du domaine de l’érablière à tilleul.
La grande variabilité dans la composition des sols, des classes de drainage et des régimes de perturbation permet à une grande diversité de communautés forestières de s’exprimer.
En fin de succession, les sites mésiques sont occupés par l’érablière à caryer cordiforme sur les tills de drainage bon à imparfait. La strate arborescente est très diversifiée, bien que l’érable à sucre y soit presque toujours dominant. Outre le caryer cordiforme (Carya cordiformis) et le caryer ovale (Carya ovata), les principales espèces compagnes comptent le tilleul d’Amérique, le frêne d’Amérique (Fraxinus americana) et le hêtre à grandes feuilles. Les strates arbustives sont largement dominées par la régénération de l’érable à sucre et les arbustes n’occupent généralement qu’une faible proportion de la couverture. La strate herbacée montre une grande variabilité durant la saison de croissance. Largement dominée en début de saison par les plantes à floraison printanière, celles-ci font place en cours d’été aux espèces à floraison plus tardive et au feuillage plus persistant.
À plus de 100 m d’altitude, l’érablière à caryer cordiforme est remplacée par l’érablière à tilleul. En haut de pente, sur les tills minces bien drainés, l’érablière à tilleul et chêne rouge est une communauté typique. Les milieux xériques, typiques des tills très minces des collines, des affleurements rocheux et des sables secs, sont occupés par les communautés forestières dont le dynamisme est très souvent associé aux feux de forêt, notamment la chênaie rouge, la pinède blanche et la prucheraie (Bérard et Côté, 1996).
Enfin, les communautés forestières ayant le plus souvent disparu ou ayant été dégradées, et qui par le fait même se sont raréfiées, sont celles de la plaine occupant les stations mésiques à hydriques sur sol minéral. Elles comprennent notamment l’érablière à tilleul et orme d’Amérique, une forêt qui dominait possiblement les basses terres argileuses avant
son défrichement intensif. La pruche, le bouleau jaune et l’érable rouge s’approprient les sols sablonneux mal drainés et pauvres en éléments nutritifs (Bérard et Côté, 1996).
Selon les types de stations, les communautés forestières de succession sont dominées par l’érable rouge, le peuplier faux-tremble (Populus tremuloides), le peuplier à grandes dents (Populus grandidentata), le bouleau gris (Betula populifolia) et le thuya occidental.
D
omaine Del’
érablièreà tilleulLe domaine de l’érablière à tilleul englobe le reste de
l’écorégion depuis le lac Saint-Pierre jusqu’à Montmagny vers l’est et correspondant aux basses terres longeant la rivière des Outaouais vers l’ouest. Depuis plus d’un siècle et demi, les forêts de ce domaine, et plus particulièrement celle de la vallée du Saint-Laurent, ont été en grandes partie remplacées par l’agriculture et la majorité des boisés résiduels ont fait l’objet d’exploitation; l’abondance de stations dominées par l’érable rouge témoigne de l’importance des perturbations et masque bien souvent la répartition naturelle des
communautés forestières en fonction des caractéristiques des sites. Typiquement, en fin de succession, les sites mésiques sont occupés par l’érablière à tilleul. En plus de l’érable à sucre, on y observe le tilleul, le frêne d’Amérique, le hêtre, l’ostryer de Virginie (Ostrya virginiana). La diversité des strates arbustives et herbacées est moins grande et des espèces boréales s’ajoutent au cortège floristique. L’érablière à hêtre et à tilleul se rencontre sur les hauts de pente et les sommets ainsi que sur les dépôts marins bien drainés. Certains sites plus pauvres, localisés sur les sables et les graviers abandonnés par la Mer de Champlain, sont colonisés par l’érablière à bouleau jaune et à hêtre. Une amélioration légère du drainage, sur les sommets aux sols minces et les dépôts marins sableux, favorise l’érablière à tilleul et à chêne rouge.
Comme dans le domaine de l’érablière à caryer cordiforme, la chênaie rouge et la pinède blanche s’associent aux sites xériques sur roc et till très mince, souvent associés aux sommets des collines. Les dépôts sableux très filtrants favorisent également les pinèdes et la sapinière à épinette rouge. L’origine de cette sapinière serait cependant attribuée aux interventions humaines survenues au cours de la colonisation puisque, selon Filion et Quinty (1993), la forêt précoloniale occupant ces sables xériques était dominée par la pruche et le pin blanc.
Sur les stations hydriques riches des bas versants, l’érablière à tilleul et orme se développe alors que les dépressions ouvertes sont colonisées par la bétulaie jaune à frêne noir ou la sapinière à thuya. Les stations hydriques plus pauvres accueillent la sapinière à épinette rouge et sphaignes.
Suite à la coupe, l’érable rouge est favorisé dans l’ensemble des sites mais après un feu, les stations mésiques à xériques seraient envahies par des essences de lumière comme le bouleau blanc (Betula papyrifera) ou le chêne rouge.