A NNALES DE L ’I. H. P., SECTION A
B ARTOLOMÉ C OLL
Fronts de combustion en magnétohydrodynamique relativiste
Annales de l’I. H. P., section A, tome 25, n
o4 (1976), p. 363-391
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363
Fronts de combustion
en
magnétohydrodynamique relativiste
Bartolomé COLL
Laboratoire de Physique Mathématique, Collège de France, Paris
Vol. XXV, n° 4, 1976, Physique théorique.
RÉSUMÉ. - Une théorie relativiste des fronts de combustion se propa- geant dans un fluide
parfait
de conductivitéélectrique
infinie estdéveloppée
à
partir
deséquations
de baseusuelles,
deshypothèses
decompressibilité
relativistes et d’une
hypothèse
concernant l’évolutionthermodynamique
du fluide.
’
ABSTRACT. - A relativistic
theory
of exothermic reaction waves in aperfect
fluid is constructed on the basis of the usualMagnetohydrodyna-
mics
equations
and of ahypothesis conceming
thethermodynamics
evo-lution of the fluid.
1 INTRODUCTION
Ce travail est consacré à l’étude des fronts de combustion
(détonations
et
déflagrations)
enmagnétohydrodynamique
relativiste. D’une part et de l’autre de cesfronts,
le milieumagnétohydrodynamique
considéré estsupposé
être un fluideparfait thermodynamique
au sens de Taub[1]
etLichnerowicz
[2],
de conductivitéélectrique
infinie. Bien entendu les résultatss’appliquent
au cas purementhydrodynamique.
La méthode de base pour
l’analyse
de ces fronts est celle mise aupoint
par Lichnerowicz pour l’étude des fronts de choc
[2].
Seshypothèses
rela-tivistes de
compressibilité
nous sontessentielles ;
comme on lesait,
elles fontjouer
un rôleprincipal
au volumedynamique
r(voir
section3).
L’inté-rêt de cette variable en Relativité est encore renforcé dans notre théorie des fronts de combustion : pour le « bon comportement » de ces
fronts,
nous avons été emmenés à introduire une
hypothèse
d’évolution thermo-Annales de l’Institut Henri Poincaré - Section A - Vol. XXV, n° 4 - 197b.
dynamique,
essentiellementrelativiste, astreignant
les variations de r et de V à être du même sens, et à chercher une définition de combustion différant formellement de la définitionclassique
par lasubstitution
du volumedynamique t
au volumespécifique
V.Sous l’ensemble de ces
hypothèses,
lesystème
d’évolution de lamagné- tohydrodynamique (équations (14))
fournit des fronts de combustion du même genre que ceux queprévoit
la théorieclassique (Soubbaramayer [10] ),
mais admissibles du
point
de vue relativiste(ils
sont tous orientés dans letemps).
Comme il découle de la méthode même
employée,
tous les résultats obtenus sontintrinsèques
en ce sensqu’ils
nedépendent
du choix d’aucunrepère privilégié.
Le
présent
travail est divisé en 14 sections. Les sections2,
3 et 4précisent
les
hypothèses thermodynamiques
de base etrappellent
lesystème
fonda-mental
d’équations
de lamagnétohydrodynamique
relativiste. Dans la section 5 nous introduisonsl’hypothèse
relativiste de combustion que nouscherchons à
exprimer
sous une forme convenable aux calculsqui
suivront.Les sections 9 à 13 constituent le noyau de ce travail. Elles sont consacrées à l’étude
d~s
fronts de combustion :définition, analyse, classification,
étude de leurs vitesses.Finalement,
dans la section14,
on ébauche une méthode d’étude des frontsd’épaisseur
finie en vue de montrer un résultatimportant
concernant l’inexistence de certaines combustions.2. LE FLUIDE PARFAIT
a)
Nousdésignons
parV4 l’espace-temps
de laRelativité,
variété diffé- rentiable à 4 dimensions munie d’unemétrique hyperbolique
normaleà
signature ( + - - - ).
Dans un domaine de coordonnéeslocales {x"},
les composantes du tenseur
métrique
seront notées par =0,1, 2, 3).
Notre étude sera valable tant dans le cadre de la Relativité Restreinte que dans celui de la Relativité Générale. Dans le
premier
cas,V4
s’identi-fiera à
l’espace-temps
deMinkowski ;
dans lesecond, V4
serasupposé
declasse de différentiabilité C2
(C4
parmorceaux).
Un fluide
parfait relativiste,
nonvisqueux
et non conducteur de la cha-leur,
est caractérisé par ladonnée,
enchaque point
x deV4,
d’un tenseurimpulsion-énergie
de la formeoù p est la densité totale
d’énergie,
p lapression,
2’°‘ les composantes du vec-teur vitesse unitaire du fluide.
Aussi bien en Relativité Restreinte
qu’en
Relativité Générale tCXP est astreint à vérifier leséquations
de conservationpa désignant
la dérivée covariante induite par lamétrique.
Aimales de l’Institut Henri Poincaré - Section A
b)
En accord avec Taub[1]
et Lichnerowicz[3],
nous posons que la den- sitéd’énergie
totale est la somme de la densitéd’énergie
matérielle et de la densitéd’énergie
interne :r étant la densité de
matière, interprétée
non comme inertie mais commebilan
massique
du nombre departicules
par unité devolume,
et el’énergie
interne
spécifique.
Dans le tenseur
impulsion-énergie (1)
ilapparaît
le scalaire p + pqui, d’après (3),
peut s’écrire p + p =appelée
indice dufluide,
estdéfinie par
i étant
l’enthalpie spécifique,
i = E +p/r.
Nous supposerons donnée
l’équation
d’état dufluide,
fonction de classeC2
au
moins,
nedépendant
que de la structure interne du fluide enquestion.
Si,
parexemple,
elle définit s comme une fonction de p et r, e =e(p, r),
la forme différentielle dE +
pd(1/r)
estintégrable
et,d’après
un argumentclassique,
on saitqu’il
esttoujours possible
d’identifier un de ses déno- minateursintégrants
avec latempérature
absolue fJ dufluide ; alors,
l’entro-pie spécifique
S est définie parc)
Du fait même de la définition de r comme bilanmassique
du nombrede
particules
par unité devolume,
il résulte natureld’accepter,
pour tout processus d’évolutionn’impliquant
pas création ou annihilation du nom- bre departicules, l’hypothèse
de conservation de la matière :laquelle, jointe
auxéquations (2)
de conservation du tenseurimpulsion- énergie,
constitue lesystème fondamental
del’hydrodynamique
relativiste.Il est intéressant de noter que, tandis
qu’en thermodynamique classique,
du fait de la non
équivalence
entre masse eténergie,
pour une définitionexpérimentale
de la masse(il s’agit
habituellement de la masseinerte) l’énergie
internen’est
déterminéequ’à
une constante additiveprès,
en ther-modynamique relativiste,
telle que nous venons del’esquisser, l’énergie
interne est
univoquement
déterminée(à
travers lesystème { (2), (6), (3) })
par la donnée de la densité de matière r. Ce
fait, néanmoins, n’indique
pasque le zéro de
l’énergie
interne soit fixé en Relativité : ayantdépourvu
ladensité de matière r du caractère
inertiel,
celle-ci n’est déterminéequ’à
unfacteur constant
près
etdonc, d’après (3),
il existe encore indétermination del’énergie
interne sous forme de constante additive. Ce fait nous permettra de « localiser » convenablementl’énergie
de réaction du fluide.Vol. XXV, n° 4 - 1976.
3.
HYPOTHÈSES
RELATIVISTES DECOMPRESSIBILITÉ
ET
D’ÉVOLUTION THERMODYNAMIQUE
a)
Dans le cadre de laRelativité,
comme il a été montré par Lichnero- wicz[2],
il convient de substituer au volumespécifique
V --_1/r
la variablecar c’est
elle,
et nonV, qui apparaît
dans latranscription
formelle à la Rela-tivité d’un certain nombre de relations
classiques.
Comme
l’équation
d’état G =G(p, r)
permettoujours,
à travers la rela-tion différentielle
(5), d’adopter
p et S comme variablesthermodynamiques indépendantes,
au moyen de cette relation et des définitions(4)
et(7)
onpeut obtenir r comme fonction de ces deux variables : r =
S).
Le rôlejoué
par r est introduitaxiomatiquement
dans la théorie enastreignant
cette fonction à vérifier les
hypothèses
relativistes decompressibilité :
Ces
hypothèses,
introduites par Lichnerowicz(voir [2] [3] ),
lui ontpermis
de construire de
façon
satisfaisante la théorie des ondes de choc àpartir
du
système fondamental {(2), (6)}.
Il a été montré parLuquiaud [14]
qu’elles
sontconséquence
desstatistiques classiques
etquantiques.
A la limite
classique,
où r et Vcoïncident,
elles se réduisent auxhypothèses
habituelles de H.
Weyl [4].
Dans le domainerelativiste,
leshypothèses
de H.
Weyl
découlent encore deshypothèses H 1
etH2
de Lichnerowicz pourvu quel’équation
d’état vérifie en outre la conditionNous verrons
plus
loin que c’est aussi cette conditionqui
rendvalable,
dans le domaine
relativiste, l’hypothèse classique
de combustion.Vis-à-vis de
Hl,
on peut inverser r =ï(p, S)
pourexprimer l’entropie
comme fonction de r et p. On montre aisément que ces
hypothèses
se tra-duisent alors par
b)
Les considérations sur la variable L que nous venons designaler,
conduisent à
interpréter
cette variable comme un « vrai » volumespéci- fique (volume d ynamique)
du fluide en Relativité.Néanmoins,
dans la miseau
point
deséquations
debase {(2), (6)} ,
c’est le volumeclassique
Vqui
est utilisé. La coexistence dans la théorie de ces deux
variables,
simulta-Annales de l’Institut Henri Poincaré - Section A
nément
représentatives
du volumespécifique
dufluide,
rendplausible l’hypothèse suivante,
que nous admettrons dans la suite :HYPOTHÈSE T. - Sur tout chemin d’évolution du
fluide,
les variationsde V et de t vérifient __ _
Cette
hypothèse
est trivialement vérifiée à la limiteclassique,
où 03C4 et Vcoïncident,
et elle est vérifiée encore lelong
deslignes
de courant du fluiderelativiste,
ainsiqu’à
travers les ondes de choc[2]
dans ce fluide.Il est à noter que
(10)
est essentiellement une relation « d’évolution »,et non « d’état », en ce
sens qu’il
n’existe aucuneéquation
d’état obéissantaux
hypothèses
relativistes decompressibilité pour laquelle
on ait(10) indépendamment
du chemin suivi.4.
SYSTÈME
FONDAMENTALDE LA
MAGNÉTOHYDRODYNAMIQUE
RELATIVISTEa)
Lamagnétohydrodynamique
est ici l’étude d’un fluideparfait
deconductivité
électrique infinie,
soumis à unchamp électromagnétique.
On sait que, dans ce cas, les
équations
de Maxwell se réduisent à.
où h°‘ est le
champ magnétique
par rapport à u°‘.En
posant h 12
= - il résulte que le tenseurd’impulsion-énergie
du
champ
s’écrit . _ . _ _ _ _ ~ _ _ , . _ ,~ étant la
perméabilité magnétique
du milieu.b)
Le tenseurimpulsion-énergie
total dusystème
est la somme des ten-seurs
impulsion-énergie
du fluide et duchamp électromagnétique :
avec, par
définition,
Le
système fondamental
de lamagnétohydrodynamique
relativiste est ainsi constitué par leséquations
où et sont donnés
respectivement
par(13)
et(11).
5.
HYPOTHÈSE
FONDAMENTALE DE COMBUSTIONa)
Une combustion est une réactionchimique exothermique ;
elle trans-forme donc les
caractéristiques physiques
du milieu considéré. Nous neVol. XXV, n° 4-1976. 25
nous intéressons
qu’aux
milieux tels que leurscaractéristiques physiques soient,
aussi bien avantqu’après
la combustionenvisagée,
celles d’un milieumagnétohydrodynamique c’est-à-dire,
celles d’un fluideparfait
de conduc-tivité
électrique infinie, duquel
nous venons d’établir leséquations
rela-tivistes d’évolution.
La variation de la
perméabilité magnétique
lors d’un tel processus de combustion n’étant pasessentielle,
c’est nécessairement lechangement
del’équation
d’état du milieumagnétohydrodynamique
d’une part et de l’autre de la zone de combustionqui
doit tenir compte du caractèreexothermique
de la
réaction,
c’est-à-dire du faitqu’une partie
del’énergie
totale d’un élément de volumedonné,
estdégagée
sous formed’énergie calorifique.
Mais
l’expression
de cette diminution del’énergie
totale n’est pasa
priori
sansambiguïté.
Nous avons été emmenés à poser, commehypothèse
relativiste de
combustion,
la relationoù
p)
etp)
sont leséquations
d’état du fluideenvisagé,
respec- tivement avant etaprès
combustion.b) Des autres
versions de(15)
sont données par le résultat suivant : THÉORÈME 1. - Lesinégalités
sont toutes
équivalentes.
En
effet,
admettons lapremière, (16)1 ;
trivialement on a :mais p + p =
c2rf
doncet comme
f
= rr, on obtient aisément(16)2
et(16)3
et de cette dernièreil suit
(16)~.
Lesréciproques respectives
sont, par làmême,
évidentes.Finalement,
de{16)4
et(16)2
on déduit immédiatement(16)5 ;
montronsson inverse :
( 16) 5
s’écritsoit,
compte tenu de r =f/r,
Annales de l’Institut Henri Poincaré - Section A
mais, d’après
la définition def,
donc
le second facteur étant
toujours positif,
on ace
qu’on
voulait démontrer.c)
Sous la forme( 16)5, l’hypothèse
Capparaît
comme latranscription
formelle à la Relativité de
l’hypothèse
de la théorieclassique
ayant fait confiance de la
règle
decorrespondance V -~ r = fV suggérée
par
la
forme deshypothèses
relativistes decompressibilité.
Le lien entreces deux
hypothèses
est fourni par le théorème suivant :THÉORÈME 2. - Sous
l’hypothèse
decompressibilité H 1
et la conditionles
hypothèses
de combustion relativiste etclassique
coïncident.En
effet, l’hypothèse
relativiste de combustionC,
tenant compte du résul-tat
( 1 b)2
du théorème1,
est encoreéquivalente
àl’inégalité
Si l’on considère
V(r, p)
comme fonction des variables p etS,
il vientVs
=Or,
la conditiond’intégrabilité
de(5)
estVs
=0~
et il résulte doncAinsi,
sous leshypothèses Hi
et~p
>0, V~
estpositif.
Dans ce cas(18)
entraîne
et comme r =
fV
avecc2f
=c~
+pV,
on retrouve( 17).
Le raisonnement inverseétant,
par làmême, valable,
le théorème est démontré.d) Remarquons
quesi q
=q(r, p)
est une fonction donnée des variables ret p telle que
0,
toutes les versions(16)
del’hypothèse
C restent encorevalables par substitution de la
variable q
au lieu de p. Enparticulier
onaura , , l’ -, , , l’ -, ,.
C’est sous cette forme que nous utiliserons dans la suite
l’hypothèse
C.e)
En théorieclassique,
étant donné quel’énergie
totale d’unsystème
n’est déterminée
qu’à
une constante additiveprès,
l’évaluation de cette Vol. XXV, n° 4 - 1976.énergie
totale se fait enexplicitant
les différents typesd’énergie
intervenantsignificativement
dans le processus en étude.Ainsi,
pour établir le bilanénergétique
lors d’un processus decombustion,
on doitexpliciter
dans leséquations l’énergie
de combustion mise enjeu,
c’est-à-direl’énergie
deliaison moléculaire libérée par la combustion. Une
équation régissant
le comportement de cette nouvelle variable est donc
nécessaire ;
elle estfournie d’habitude
[9]
parl’hypothèse
quel’énergie spécifique
de combus-tion g est
indépendante
des variables caractérisant le fluide.En théorie
relativiste,
une tellehypothèse
estsuperflue,
nous montreronsque
l’hypothèse
C suffit à elle seule pour réaliser l’étudecomplète
desfronts de combustion. Ceci est dû essentiellement au fait que dans ce cas
l’énergie
totale du fluide est donnée sansambiguïté,
et que c’est àpartir
d’elle-même et de la définition de densité de matière que toutes les autresvariables
thermodynamiques
sont introduites.6. HYPERSURFACES DE
DISCONTINUITÉ
a)
Considérons dansl’espace-temps
un tubed’univers,
« histoire » d’un certain volume dufluide,
et soientLo
etLl
les sections du tubeséparant
la zone du fluide en combustion
respectivement
des zones avant etaprès
combustion. En
conjugant
convenablement le domained’espace-temps envisagé
et la vitesse àlaquelle
une telle réaction alieu,
on peut supposer, dans certains cas, la zone de combustiond’épaisseur
infinimentpetite.
Les
hypersurfaces Eo
et£ i
se confondent alors en une seulehypersurface E, qui
estappelée
lefront
de combustion. DansV 4’
un front de combustion est donc défini comme unehypersurface
de discontinuitéséparant
deuxmilieux
magnétohydrodynamiques
dont leuréquation
d’état vérifiel’hypo-
thèse fondamentale de combustion C.
Topt comme en théorie
classique,
en théorie relativiste la méthode de base pourl’analyse
des fronts de combustion sera la même que celleemployée
pour l’étude desfronts
dechoc,
définis commehypersurfaces
Ede discontinuité
séparant
deux milieuxmagnétohydrodynamiques
àcaractéristiques physiques identiques.
L’étude relativiste de ces fronts de choc a été faite parplusieurs
auteurs[6] [7] [8],
mais notamment par Lichne- rowicz[2] [3] [5] qui
adéveloppé
unetechnique
commode etpuissante
permettantl’analyse intrinsèque
de cesfronts,
sans faireappel
à aucunrepère privilégié.
Dans cettesection,
nousrappellerons,
sans démonstration les résultats dont nous aurons besoin dans la suite.b)
Dans un domaine Q deV4,
soit Lunehypersurface régulière, d’équa-
tion locale ç =
0, la
- partageant Q en deux domainesQo et S21 correspondant respectivement
à ç > 0 et rp0,
et supposons que les variablesmagnétohydrodynamiques
soient de classe C~ sur chacun des domainesQo
etQi,
maispuissent présenter
des discontinuités à la traversée deL,
de tellefaçon
que le courant de matière ru", le tenseurimpulsion-
Annales de l’Institut Henri Poincaré - Section A
énergie
lechamp électromagnétique
et leurs dérivées covariantes convergentuniformément, quand ~
tend vers zéro dansQo
etQi,
à desvaleurs bien définies d’une part et de l’autre de E.
Dans cette
situation,
on déduit[5]
que lescinq
scalaires suivants sont continus à travers E :où l’on a
posé
c)
Pour un observateur de vitesseu°‘,
la directionspatiale
depropagation
n°‘d’un front
E,
de vecteur normalta,
est donnée parLa
composante hn
duchamp magnétique h03B1
dans la direction n03B1 s’écrit alors9 -
2 - - nana;
il en résulte :Les deux lemmes
suivants,
dus à Lichnerowicz(voir [5]),
nous serontutiles dans la suite : LEMME 1.
LEMME 2.
Vol. XXV, n° 4-1976.
d)
La vitessev1:,
relative à un observateur d’unehypersurface
E denormale
ta,
est donnée parPour la classification des vitesses des fronts de
combustion,
nous auronsbesoin de connaître la vitesse de
propagation
des ondes dans le milieumagnétohydrodynamique
ou, cequi
revient aumême,
la vitesse deshyper-
surfaces
caractéristiques
dusystème
différentiel(14).
En écartant les
hypersurfaces engendrées
par deslignes
de courant dufluide,
àvitesse
nulle par rapport à leshypérsurfaces caractéristiques
du
système
différentiel(14)
sont :i)
Les ondesmagnétosoniques, hypersurfaces
vérifiantl’équation
OÙ ==
ys
est la vitesse des ondessoniques,
c’est-à-dire la vitesse de cesondes se propageant en absence de
champ magnétique.
ii)
les ondes deAt.f’ven,
vérifiantl’équation
Introduisant les définitions
(21)
et(22)
dansD(l),
on tirel’expression
dela vitesse
yA
des ondesd’Alfven ;
on obtientLes vitesses
yM
des ondesmagnétosoniques
s’établissent de la mêmefaçon
à
partir
dupolynôme P(1).
L’étude de cepolynôme
permet de conclurequ’il
existe engénéral
deux vitesses réelles etdifférentes, yML
etyMR,
corres-pondant respectivement
aux ondesmagnétosoniques
lentes et aux ondesmagnétosoniques rapides,
et que, tenantcomptè
du lemme1,
ces vitesses vérifient lesinégalités [3]
7. VITESSE LIMITE DES FRONTS DE COMBUSTION
a)
En unpoint
x d’un front de combustionE,
supposons connu l’étatmagnétohydrodynamique Yo
avantcombustion,
c’est-à-dire supposonsconnus huit
paramètres
nous permettant de déterminer lesgrandeurs
To, po,uô, hô
avantcombustion ;
à l’aide de cesparamètres
on peut calculer les valeursnumériques
descinq
scalaires(20).
Si leparamètre
L est nu~,le front de combustion sera dit
singulier.
Sauf aviscontraire,
nous ne consi- dérerons dans la suite que des fronts nonsinguliers.
Annales de l’Institut Henri Poincaré - Section A
Parmi toutes les
trajectoires possibles
del’espace
desétats { Y } joignant
l’état
Yo
à l’étatYi après combustion,
nouschoisirons,
une fois pour toutes, celles lelong desquelles
les scalaires H et L demeurent constants. Pournos
considérations,
un tel choix n’aqu’un
but desimplification
descalculs ;
comme il
apparaîtra
dans lasuite,
aucune restriction essentielle ne lui est reliée.Tout comme Lichnerowicz l’a fait en théorie des ondes de
choc,
nousaurons intérêt à considérer
systématiquement
lavariable q
définie parc’est-à-dire, d’après
la valeur de x,Il est clair que la variation de cette variable q, pour le faisceau de tra-
jectoires précédemment choisi,
est purementthermodynamique ;
eneffet,
de
(27)
on a TAinsi,
il résulte sous ces conditionsqu’un
étatthermodynamique (r, p)
du fluide est en
correspondance biunivoque
avec unpoint
Z duplan (r, q).
b)
Prenons des discontinuités dans la relation déterminée par la scalaire e.On a
et comme
d’après (28)
il est[q]
=[q],
il en résulte que l’étatthermodyna- mique (ri, après
combustion doit se trouver sur la droitele scalaire invariant a étant déterminé par l’état
Y 0
avant combustion.Nous
énonçons
le lemme suivant :LEMME 3. La variation de
l’entropie spécifique S
lelong
de A est donnéepar
l’expression
, ,où
P(t)
est lepolynôme défini
par(23).
Démonstration. Il est évident que
La
différentielle
de p tirée de(27)
estVol. XXV, n° 4 - 1976.
et comme de
(28)
il est(32)
s’écritOr,
par différentiation du scalaire L =xa2,
tenant compte que da =e2 dT,
il vient d’où
En
explicitant
dans le crochet les variables d’étatd’origine
au moyen des définitionsde a,
x et a, on aboutit àSa substitution dans
(34)
démontre le lemme.c)
LEMME 4. - La pente de la droite A peut S’écrireDémonstration. On a
et
d’après (27)
ou
bien, profitant
du résultat(33),
En introduisant dans cette
expression
la valeurde x
et tenant compte de(36),
il vientil en résulte
Annales de l’Institut Henri Poincaré - Section A
A
partir
de la relationthermodynamique
MS =c~ 2014 - dp,
et de ladéfinition de r, il est immédiat d’établir que r
et portant cette valeur de
dp
dans(37)
on obtient(35).
Le lemme estainsi
démontré.
’
d)
L’étude de zéros dupolynôme P(I)
montre que, sousl’hypothèse
decompressibilité Hi, lala
> 0 entraîne > 0. D’autre part, le lemme 2assure que dans ce cas a > 0. Tenant compte de ces deux résultats dans
l’expression (31),
il résulte que pour 0 il est >0,
et del’expres-
sion
(35)
du lemme 4 il découlel’inégalité
et, tenant compte des définitions de a et de l’invariant
H,
le second membre de(38)
peut encore semajorer
parl’expression
D’autre part, l’évaluation de la pente de A en fonction de la vitesse
VI
du front de combustiondonne,
(38), (39)
et(40)
fournissent alorsl’inégalité
Dans cette
situation,
a étantpositif,
sousl’hypothèse
T d’évolution ther-modynamique (10),
le second membre de(41)
estplus petit
que l’unité.Il résulte alors que,
pour
>0, y~ 1,
cequi
est contradictoire. Nousavons donc démontré :
THÉORÈME 3. - Sous les
hypothèses
relativistes decompressibilité H 1
etd’évolution
thermodynamique T,
lesfronts
de combustion se propagent à vitesseinférieure
à celle de la lumière.Il est à remarquer
qu’on
n’a pas fait usage, dans la démonstration duthéorème,
del’hypothèse
de combustion. Il résulte donc que son énoncé est encoreapplicable
à toutehypersurface
dediscontinuité,
pourvu quel’hypothèse
d’évolutionthermodynamique
y soit vérifiée.Vol. XXV, n° 4 - 1976.
’
8. FONCTION D’HUGONIOT DES COMBUSTIONS
a)
Le théorème 3 nous a montré que, pour toute combustionphysique-
ment
réalisable,
on a nécessairementlala
0.D’après
le lemme2,
il résulteX ~ 0 ;
ceci nous permet d’écrireet par suite L =
(ka.)2.
Nous conviendrons de choisir lesigne
de k de tellefaçon
que le scalaire -rrsoit encore un invariant à travers le front.
b)
L’invariant K dusystème
des scalaires fondamentaux(20)
conduità la relation suivante entre discontinuités :
Tenant compte de l’invariance du scalaire e
exprimée
par(29),
et de(43),
la relation
(44)
s’écrit :Cette relation est la
généralisation relativiste,
valable aussi bien pour les fronts de choc que pour les fronts decombustion,
de la relationd’Hugoniot
de la théorie
classique.
c)
Apartir
de la relationd’Hugoniot (47)
ondéfinit,
pourchaque
étatYo
avant
combustion,
lafonction d’Hugoniot
relative à un état arbitraire Y parl’expression
Si Y =
Yo,
ellevérifie,
compte tenu de la définition x,et, sous
l’hypothèse
fondamentale de combustion C :Si Y =
Yl, Yi désignant
un étataprès combustion,
il est évidentd’après (47),
que .~,_ , 7’ ... 7’ ~ ... . _ _ .
d)
Pour le choix destrajectoires
del’espace
desétats { Y ~
fait au para-graphe a)
de la section7,
il résulte en outre que la fonctiond’Hugoniot
nedépend
que des variablesthermodynamiques.
Nous pourrons donc écrire indifféremmentZ
désignant
unpoint
duplan (t, q).
Annales de l’Institut Henri Poincaré - Section A
Nous allons
expliciter
cettedépendance
en calculant sadifférentielle ;
de
(48)
on aet comme MS = et, de
(43)
adk +0,
il résulter
soit,
tenant compte queUne autre
expression
utile de la différentielle de la fonctiond’Hugoniot
peut s’obtenir en introduisant comme
paramètre
la pente m de la droite Ajoignant
lepoint
fixeZo
à unpoint
arbitraire Z duplan (r, q) :
On obtient alors et il résulte
9. COURBE D’HUGONIOT DES COMBUSTIONS
a)
Onappelle
courbed’Hugoniot
descombustions,
relative à l’étatavant combustion
Yo,
l’ensemble despoints
Z duplan (r, q)
tels queLEMME 5. - La courbe
d’Hugoniot
W coupe la droite A’ *[-r]
= 0(resp.
A" _
[q]
=0)
en un.point (Io, q’) (resp. (L", qo))
tel queq’
> qo(resp.
~e.~ >
ro).
Démonstration. Considérons une droite A issue de
Zo
de pente m. Si m’ > 0 - >0, d’après (31 )
il suitet
l’expression (52)
de la différentielle de Je conduit àMais,
comme nous l’avons vu[(49)], Zo) 0,
et donc Jf doits’annu-
Vol. XXV, n° 4 - 1976.
1er sur la droite A en un
point
Z de la zone[~]
>0, [1’]
> O. Deplus,
cepoint
sur A est
unique,
car selon(53)
~f ne peut pas être stationnaire sur A si Calculons la tangente à la courbed’Hugoniot.
De(51)
il résulte:B~/~
.mais-
où
avec,
de q
= p +et
(54)
s’écritd’où il suit
pour ’L ~ ’L 0’ cette
expression
esttoujours
finie pour des fronts nonsingu- liers,
d’où l’on déduit l’énoncé du lemme.b)
LEMME 6. Sous leshypothèses
decompressibilité H1
etH2,
une droite Aissue du
point Zo
coupe la courbed’Hugoniot
tout auplus
en deuxpoints.
Démonstration. Considérons par
simplicité
q =q(t, S).
On a :Si S est stationnaire en un
point
deA,
la dernière relation se réduit en cepoint
à , _ , ,Annales de l’Institut Henri Poincaré - Section A
c’est-à-dire
Mais comme
avec
il résulte
où le second membre est
négatif,
compte tenu deshypothèses
relativistes decompressibilité H 1
etH2.
Ils’agit
donc d’un maximumunique
deS et,
par
suite,
de Je. La courbed’Hugoniot
peut ainsi couper A tout auplus
en deux
points.
c)
Les branches de la courbed’Hugoniot correspondantes
auxrégions { [r] 0 ; [q]
>0 } , {[ï]
>0 ; [q]
>0} et { [r]
>0 ; [q] 0 }
seront notéesrespectivement
parrcD, rcb C(Jd8 D’après
le lemme5,
on aLe résultat du lemme 6 nous permet d’énoncer le théorème suivant.
THÉORÈME 4. Sous
l’hypothése
que la brancheCCD (resp. hd)
estdéfinie
pour des valeurs arbitrairement
grandes
deq (resp. -r),
il existe unedroite,
et une
seule, ADI (resp. AdJ)
tangente(resp. ~d).
Si mDJ 0(resp.
md~0)
est sa pente, toutes les droites
AD (resp. Ad)
de pente m mDJ 0(resp.
mdJ m
0)
coupentCCD (resp. ~d)
en deuxpoints.
Lespoints
de tangenceADJ n D
etAdJ
nS~d
sontappelés points
deJouguet.
10.
DÉTONATIONS
ETDÉFLAGRATIONS
a)
Auparagraphe b)
de la section 7 nous avons vu que, un étatthermody- namique (ro, qo)
avant combustion étantdonné,
les états(ri, q 1 ) après
combustion doivent se trouver sur la droite A du
plan (i, q),
donnée par(30),
de pente ’" ’"
Aussi, d’après (47),
ces états(03C41, q1)
doivent se trouver sur la courbed’Hugo-
niot . Ils sont donc donnés par l’intersection n A.
D’autre part, les
points ~I
nA, d’après
le théorème3,
sont éliminés envertu de
l’hypothèse
T d’évolutionthermodynamique.
Il s’ensuit que lesVol. XXV, n° 4 - 1976.
états
thermodynamiques après
combustion despossibles
fronts de combus-tion sont nécessairement donnés par les
points
et n A.DÉFINITION. - On
appelle
détonations(resp. déflagrations)
lesfronts
decombustion pour
lesquels
t’étatthermodynamique après
combustion est donné par l’un despoints CC D n A (resp. n A).
b)
Lepoint ADJ n CC D (resp. Adj
nrcd),
dont son existence est établie authéorème
4,
divise la brancherc D (resp.
en deux branches que nous note-rons et
Df (resp. CC dF
etrc Df (resp. rc df)
étant cellequi
estcontiguë
à la branche Ceci nous permet de classer détonations et
déflagrations
selon les types suivants :
DÉFINITION.
- Par rapport à l’étatthermodynamique après
combustionZ1
idéfini
sur teplan Ct, q),
nous dironsqu’un front
de combustion est unedétonation forte si
Z
1 ECCDF
détonationJouguet
siZl = ADJ n ~o
détonation faible siZi
1 E~/
déflagration
faible siZ 1
ECC df déflagration Jouguet
siZ 1
=Adj n rcd déflagration
forte siZi
1 E~p
En outre, chacune de ces combustions est dite lente ou
rapide
selon que,respectivement,
on ait a 0 ou a > 0.Rappelons
que,d’après
la définition même de fronts de combustion nonsinguliers,
lesigne
de ce ne varie pas lelong
des droites A. La donnée de l’étatmagnétohydrodynamique Yo
avant combustion détermine donc le caractère lent ourapide
du front.11 COMBUSTIONS JOUGUET
a)
Lespoints
de tangenceADJ n CC D
etAdj
que nous avonsappelé points
deJouguet,
définissent les détonations etdéflagrations Jouguet.
Ces
points
sont définis parl’équation
A
partir
del’expression (51)
de la différentielle de ~ on obtientet comme
Annales de l’Institut Henri Poincaré - Section A
des
équations (55)
et(56)
on déduitqui exprime
le fait que, auxpoints
deJouguet,
lesisentropiques qui
passentet la courbe
d’Hugoniot
sont tangentes.Or,
selon le lemme3,
et l’on obtient
Nous pouvons donc énoncer :
THÉORÈME 5. -
Après combustion,
lesfronts Jouguet
se propagent à la vitesse des ondesmagnétosoniques.
b) Dérivons
à nouveau(56) ;
on aqui,
auxpoints
deJouguet,
se réduit àA
partir de q
=ql(z, S),
calculons directement on aet donc
qui,
auxpoints
deJouguet,
se réduit àoù
la valeur de M étant donnée dans la section 9.
(59)
nousindique
donc que les dérivées secondesde q
et S lelong
de ne peuvent pas s’annuler simul- tanément et,d’après (58),
il résultequ’elles
sont différentes de zéro. Plus exactement, le théorème 4oblige
à êtreVol. XXV, n° 4 - 1976.
Munis de cette
inégalité, (57)
et(58) expriment
le résultatsuivant :
THÉORÈME 6. Pour les
fronts Jouguet, ~’entropie après
combustion est stationnaire. Elle est un minimum(resp. maximum)
pour la détonation(resp.
déflagration) Jouguet
par rapport aux autres détonations(resp. déflagra- tions)
pouvant avoir lieu àpartir
du même étatthermodynamique
avantcombustion.
c)
La vitessey~
d’un front E est donnée parsoit,
tenant compte de la définition du scalaire a et de la pente m de ladroiteA: _
Il résulte que la vitesse
~
d’un front avant combustion estCet état avant combustion étant
fixé,
dérivons(60)
lelong
de ~Aux
points
deJouguet
il résulte :Le calcul de la dérivée seconde en ces
points
donnequi
estpositive
pour une détonationJouguet
etnégative
pour une défla-gration Jouguet.
Il vient donc :THÉORÈME 7. Pour les
fronts Jouguet,
la vitesse avant combustion est stationnaire. Elle est un minimum(resp. maximum)
pou; la détonation(resp.
déflagration) Jouguet
par rapport aux autres détonations(resp. déflagra- tions)
pouvant avoir lieu àpartir
du même étatthermodynamique
avantcombustion.
Annales de l’Institut Henri Poincaré - Section A