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Article pp.59-60 du Vol.24 n°258 (2005)

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BIOFUTUR 258 • SEPTEMBRE 200559

quelques pages

par Maël Knoll [email protected]

En cette Année de la Physique, la controverse sur la paternité de la relativité (restreinte) bat son plein.

Si le contexte commémoratif s’y prête, elle n’en date pas moins des années 1950 : Einstein n’aurait fait que compiler et pourquoi pas…plagier. Bien sûr, l’idée était dans l’air, bien sûr Poincaré a balisé le terrain, mais de là à y voir espionnage scientifique et « ma- chination allemande » (Jules Laveugle) n’entre-t-on pas en pleine fiction ?

Jean-Paul Auffray, avec le recul d’un philosophe des sciences y voit plutôt la naissance difficile d’une

« physique mathématique ». On est au début du 19esiècle, les astronomes observent que le mouve- ment apparent des « étoiles fixes » ne suit pas une paralaxe et observent des « aberrations ». Toutes les tentatives d’explication vont mener à la décou- verte de la relativité.

Poncelet, Poincaré, vont créer la « géométrie pro- jective » ; ce dernier, en disqualifiant l’optique, pré- sentera en 1888 le 2ecalcul relativiste de l’histoire de la physique et lâchera le fameux mot. Ampère sur- enchérit avec la mention de phénomènes électro- dynamiques. L’auteur décrit très scrupuleusement, les prolifiques échanges de cette époque inouïe, qui voit naître, cette « mécanique nouvelle » remodelant un espace à quatre dimensions. Poincaré, admiratif et cri- tique, met au point la « transformation de Lorentz », mais il commet la malencontreuse erreur de s’attacher au concept d’éther, comme milieu où se propagerait la lumière. Mis en équations il est immobile, puis inutile… Einstein entre officiellement sur la scène de la relativité en 1905. D’emblée, il se déclare « dis- ciple » de Poincaré. À ce point des recherches, il y a deux postulats fondamentaux : le principe de la rela- tivité et le principe de constance de vitesse de la lumière. Mais s’accordent-ils ? Einstein y ajoute la dynamique des corps rigides. Ainsi, nous dit l’auteur, au plus tard au printemps 1906, selon ses propres dires, Einstein connaissait la démonstration de E =mc2 publiée en 1900 par Poincaré. Il faut désormais for- muler les lois de la nature dans un espace quadridi- mensionnel. Quelle est cette quatrième dimension ? C’est là qu’intervient la correction relativiste de la gravitation. Sur une observation banale, il repère un champ gravitationnel statique, qui ne varie même pas en fonction du temps. Lors de la présentation par Minkowski en 1907 sur l’article d’Einstein, on

constate que le nom de Poincaré a commencé à disparaître. Ce même Minkowski qui lors d’une conférence décisive en 1908 annonce que les notions de temps et d’espace en soi s’es- tompent au profit d’une relation (pourtant, la vérification expérimentale était fausse…).

Poincaré, avant de mourir donne un nouveau nom au principe de relativité, « le principe de relativité physique », avec cette nouvelle défi- nition : « Il n’est plus une simple convention, il est vérifiable et par conséquent, il pourrait n’être pas vérifié ; c’est une vérité expérimentale…Il signifie que l’action mutuelle de deux corps tend vers zéro quand ces deux corps s’éloignent indéfiniment l’un de l’autre;

il signifie que deux mondes éloignés se comportent comme s’ils étaient indépendants. »

Or l’espace-temps, pourvu de courbures, n’admet pas le groupe des déplacements de la géométrie ordinaire ni la présence de masses solides en son sein, véritable

« catastrophe pour un physicien ». Les mathémati- ciens, eux, peuvent gérer cela. L’espace-temps est nécessairement spatialement plat. Les conséquences de cette nouvelle conception du temps ont été formulées après-coup par le mathématicien Minkowski : le temps y apparaît sous une forme totalement équi- valente aux dimensions spatiales.

Construire un pont entre l’électromagnétisme et la gravitation ne peut se réussir sans l’aide des mathématiques (D. Hilbert). Les effets électroma- gnétiques seraient des effets gravitationnels. Mais la physique veut reprendre ses droits : essayer d’uni- fier gravitation et électromagnétisme selon une procédure autre que celle de Hilbert. L’astronomie et l’éclipse totale du soleil le 29 mai 1919 vient consacrer la Révolution scientifique (Einstein contre Newton, enfin).

En 1955, dans le discours du 50eanniversaire de la relativité, Wolfgang Pauli, charge Max Born, ami de longue date d’Einstein, d’honorer les contributions de Lorentz et Poincaré : « Le raisonnement qu’a utilisé Poincaré est exactement le même que celui qu’Einstein avait introduit dans son premier article de 1905…cela veut-il dire que Poincaré savait tout cela avant Einstein ? Il est possible que… »L’auteur conclut : « Il est même certain que… ». Troublant, mais nettement au-dessus du lot des rixes mathématiciens-physiciens qui nous submergent cette année. ●

Einstein et Poincaré Sur les traces de la relativité

Jean-Paul Auffray Éditions Le Pommier, 2005

ISBN 2-7465-0233-X

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Einstein et Poincaré

Sur les traces de la relativité

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BIOFUTUR 258 • SEPTEMBRE 2005 60

construisent à partir de notre histoire personnelle.

En génétique, on utilise trois niveaux pour définir le sexe : le niveau génétique X ou Y, le niveau gonadique testicules/ovaires, le niveau phénotypique. L’appari- tion du chromosome Y remonterait à 300 millions d’années, vestige d’un X qui a dégénéré. La cascade d’évènements permettant de déterminer le sexe mas- culin durant l’embryogenèse est de mieux en mieux connue, mais pas encore complètement éclaircie.

Mais il subsiste une différence entre l’entrée dans la vie sexuelle et la construction de l’identité sexuée. Cet écart mène la vie dure aux psychanalystes : ils ont à faire ap- paraître la psychogenèse.

Dans les réflexions sur le transsexualisme, le genre est performatif au sens linguistique et théâtral. Plus les en- fants passent de temps avec leurs partenaires du même sexe, plus leurs comportements seront différenciés. Les groupes de jeu unisexes s’avèrent plus stimulants.

Le chapitre consacré au 3esexe social chez les Inuits est passionnant (Bernard Saladin d’Anglure). Dans la langue, pas de genre grammatical et un dualisme spatial entre nuna, la terre et tariuq, la mer et la sexualisation du monde va de pair avec l’instabilité des sexes (hiver mâle, été femelle). Le sexe, instable, peut changer au moment de la naissance. Parfois les sexes sont travestis au bon vouloir des ancêtres, changement à l’adolescence, mais leur éponyme défunt reste leur identité profonde.

Françoise Héritier est modérément optimiste : « Le rôle des acquis institutionnels et de la loi ne fait que définir les limites du tolérable. »Ce petit patchwork ingénieux, semé d’exemples plutôt mordant dresse un bilan mitigé : il vaut mieux construire la différence que la subir : construire aujourd’hui ce que d’autres construiront pour vous demain. ●

Hommes, femmes, la construction de la différence Sous la direction de Françoise Héritier (Coll. Le collège de la cité)

Éditions Le Pommier, 2005

ISBN 2-7465-0255-5

8,50

Darwin et le darwi- nisme

Patrick Tort

Puf, Que sais-je ? 2005 ISBN 2-13-054974-8

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Hommes, femmes, la construction de la différence

Ce livre rend compte d’un séminaire à La Cité des Sciences et de l’Industrie « Masculin/féminin », et de séances autour du thème : « Mâle/femelle : pourquoi deux sexes ? »

Doit-on plutôt parler de « genre » ? Genre évoque une attente sociale, collective préexistant au sexe, puis un apprentissage différentiel. Dans plusieurs es- pèces, l’asymétrie biologique de la reproduction n’existe pas. Mais si les femelles gardaient et trans- mettaient leur patrimoine intégralement, celui-ci se reproduirait indéfiniment… mâles parasites, qui pla- cent la moitié de leurs gènes dans la dépendance sans assurer pour autant la reproduction. Seules les femmes ont la capacité de reproduire un sexe différent ! Au chapitre Sexe et biologie, pour Pierre-Henri Guyon, cet aspect parasitaire ne fait aucun doute.

«Ainsi peut-on en conclure que le genre est une assi- gnation en esprit, reprise socialement et culturellement, et que cette assignation dépend d’élaborations concep- tuelles et symboliques extrêmement archaïques, mais toujours présentes. »(Alain Testart). Pas forcément pertinentes d’ailleurs : la cueillette est culturellement vouée aux femmes, mais à la mesure des distances sur lesquelles elles courent pour l’atteindre, pourquoi ne pas la qualifier de « chasse » ? Conséquence sociale moderne : quelle est la relation entre la différence et la hiérarchie. Serait-ce un rapport contenant (diffé- rence)/contenu (hiérarchie) ?

Autre point délicat : Le cerveau a-t-il un sexe ? Depuis Broca, on sait que le poids du cerveau n’a de rapport qu’avec le gabarit du corps. La théorie de la dissymétrie entre les hémisphères (années 1970) a été invalidée : les deux hémisphères ne fonctionnent pas l’un sans l’autre. De plus, les circuits neuronaux se

L’auteur consacre à raison une large part à ces inquiétantes résurgences : le darwinisme social, cou- pable de toutes les dérives que l’on sait, et surtout le sociobiologisme à visage scientifique, par la voix de son héraut américain, Edward O. Wilson, tentant de rendre « présentable » la doctrine de Galton, un des pionniers de l’eugénisme.

Aussi faut-il se réjouir de voir une synthetic theory du néo-darwinisme prendre forme, matrice inter- disciplinaire, faite de systématique populationnelle dans la génétique évolutive, et l’étude approfondie des mutations à forte valeur sélective, véritable

« concept biologique de l’espèce ». Tandis que l’ac- quis actuel de la biologie moléculaire, à travers

« …l’analyse phylogénétique des familles de macro- molécules… bâtit une taxonomie moléculaire, capable, par des arbres phylogénétiques de prouver à partir de quelques individus apparentés, puis reliant des espèces proches et finissant par englober la taxonomie gé- nérale du monde vivant »(Vadim A. Ratner).

Patrick Tort, en rendant hommage à ces « synthé- ticiens », trop nombreux pour les nommer ici, nous ferait presque oublier le marasme intellectuel contem- porain qui ose puiser dans les sciences. Ce spécia- liste de Darwin prépare l’édition complète des œuvres de Darwin en français.●

Darwin et le darwinisme

Plus audacieux et plus méthodique que ses collègues, il évalua rapidement les inconnues de la variabi- lité, la même cause pouvant déterminer variabilité de la descendance ou stérilité, développant le thème d’une variation première lente à l’état naturel exploitée par une variation orientée et accélérée, chez les animaux domestiques. Il serait absurde de prétendre que l’édifice doctrinal darwinien s’est construit à l’abri des thèses malthusiennes, mais s’il les appliqua aux règnes végétal et animal, il refusa énergiquement et durablement de les étendre aux caractères intellectuels des sociétés humaines.

Mais, même en militant, preuves à l’appui, pour une éthique de l’évolution, il ne put empêcher les dérives philosophiques à partir de ses démonstrations. « The Descent of Man », paru en 1871 fut son ouvrage le plus mésinterprété. Il y est pourtant fait mention de « l’effet réversif » de l’évolution, et de la présence d’instincts sociaux. Dialectique clairement soulignée par Patrick Tort : « La sélection naturelle sélectionne la civilisation qui s’oppose à la sélection naturelle ».

Les très bruyants adeptes créationnistes, ne pourront réfuter une continuité de comportements réaction- nels et psychologiques entre l’Homme et l’Animal, notamment un principe d’association des habitudes utiles…rien de déshonorant pour l’espèce humaine…

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