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LE SECRET MERVEILLEUX

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GERMAINE TIIÉRON

LE SECRET MERVEILLEUX

roman

PRÉFACE DE HENRY DE MONTHERLANT

rtrf

GALLIMARD 5, rue Sébaslieii-Botliu, Paris VII*

Troisième édition

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Il a été tiré de l'édition originale de cet ouvrage vingt-six exemplaires sur vélin pur fil Lafuma Navarre dont vingt numérotés de 1 à 20 et six,

hors commerce, marqués de A à F.

Tous droits de traduction, de reproduction et d'adaptation réservés pour tous les pays y compris la Russie.

@ 1957, Librairie Gallimard.

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En 1943, une inconnue m'écrivit d'un village de la Gironde, Gradignan, oit elle était institutrice, à propos de La Reine Morte. Je répondis. Nous échangeâmes quelques lettres.

L'inconnue, Germaine Théron, m'envoya, deux années plus tard, le manuscrit d'un roman, La Danse des peines. Ce roman me toucha singuliè- rement. Je le fis accepter par l'éditeur Robert Lajjont.

Il arriva que, lorsque le livre fut en fabrication, j'égarai le manuscrit de la préface que j'avais voulu écrire pour lui elle était assez longue je ne me décidai pas à la récrire. Le livre parut (1946). L'auteur n'avait pas pris la peine de venir à Paris. On devine l'accueil que peut recevoir le premier roman d'une provinciale, et qui ne se

montre pas.

J'ai souvent écrit sur les femmes de province et leur ai témoigné assez d'amitié, puisque, sur les cinq livres de femmes (toutes des inconnues) que j'ai préfacés, quatre sont œuvres de provinciales.

Voici le second livre de Germaine Théron. Si j'ai désiré le présenter lui aussi au public, c'était sur-

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tout pour avoir l'occasion de faire connaître ce que j'écrivais sur son auteur en 1946. La préface de Le Secret merveilleux, ce sera donc en f ait la préface de La Danse des Peines, retrouvée l'an dernier, et que je vais reproduire ici. Le procédé est assez bizarre, et peut-être un autre éditeur que celui du présent volume, peut-être un éditeur qui ne serait pas « un monsieur » en aurait-il quelque agacement. Mais quoi sur Germaine Théron il me semble que j'ai dit, en 1946, ce que j'avais à dire. Qu' ajouterais- je aujourd'hui ? Sans doute, qu'arrivé à mon âge on s'émerveille davantage encore de cette richesse de sensibilité et d'expres- sion. Certains jugeront une telle richesse « démo- dée ». Pour moi, je dirai qu'il y a quelque chose dit miracle à ce que ce jaillissement de feu s'élève d'un village français, et qu'une telle sensibilité est et sera toujours, en dépit des modes, l'honneur de l'être qui la porte et de la nation où elle s'est formée.

Henry de MONTHERLANT.

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Madame Germaine Théron nous décrit la vie

d'une jeune fille, d'une jeune femme, dans une petite localité de province, avec les dons les plus évidents de l'écrivain-né, mis au service d'un tem- pérament et d'une sensibilité exceptionnels. Un de ces premiers livres où l'on se déverse à corps perdu, comme dans les premières amours, et dont

par la suite comme pour elles il est rare

qu'on retrouve la richesse et le jaillissement sacrés.

Je vois d'abord ce que j'aime de voir. Je vois Germaine Théron nous faire vivre la grand'pitié de la famille parentale je la verrai ensuite nous faire vivre la grand'pitié du couple. Voici « la race des parents, la plus étonnante des races ».

Le mal de l'adolescence, souvent étudié chez les garçons, nous le reconnaissons ici chez les femmes;

nous nous rappelons soudain combien de femmes nous avons rencontrées, qui se plaignaient d'avoir été sans secours aucun dans. leur jeunesse. Ger-

LA DANSE DES PEINES

PRÉFACE

DE

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maine Théron nous montre comment les parents peuvent être haïs, par moments du moins, seule- ment peut-être parce qu'ils sont toujours lit (ô englués de la famille, qui ne voulez pas voir que le secret de toutes les relations sociales, c'est de s'aérer de temps en temps l'un de l'autre !)

Dans Fils de Personne nous voyons le père écœuré par son enfant ici nous voyons l'enfant écœuré par ses parents. Georges Carrion est prêt à donner sa vie pour Gillou, mais, quand il l'aper- çoit dans la rue, il traverse. Sylvia Sarabay est prête à donner sa vie pour son père, mais elle ne peut pas le supporter quand il se mouche de sa mère même, qu'elle semble chérir, elle ne parle qu'avec un malaise inspiré. Et il y a ce bel épi- sode Sylvia, molestée par des garçons, va chez leur mère pour se plaindre d'eux, et soudain, parce que leur mère les frappe, c'est elle qui se dresse à leurs côtés, contre « l'ennemie commune ».

« A quoi cela sert-il, les parents ? » me deman- dais-je un jour devant un marmouset. « Ça sert à ce qu'on leur mente », répondit-il. De même, il ressort du livre de Germaine Théron qu'il y a au moins nne justification à l'existence des parents le plaisir que leurs chers petits éprouvent à les berner. « Ce démon de la jeunesse qui trouve sur terre son paradis dans l'incroyable naïveté des parents » (ô phrase à presser sur son cœur !)

Et maintenant, au ménage Vivement Nénette et Rintintin Nous plongeons dans ce que Ger- maine Théron appelle « la nuit du couple », dans ce que j'ai appelé « le marécage nuptial ». Obscu- rité et putridité, en effet. Inoubliable frémisse- ment de Sylvia, quand, fiancée encore, le « char-

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mont Lacase » (c'est son futur) lui fait recoudre un bouton à son pantalon « stupéfaite, elle l'avait regardé sans comprendre ». Inoubliable image de Sylvia pédalant le dimanche à la traîne de son mari qui ne se soucie pas si elle peut suivre. Oublierai-je coucouche ? « Cet homme en sueur duquel elle avait lutté pour ne pas s'écarter

comme d'un malade. » Le charmant Lacase a d'ail-

leurs débuté par un coup de maître, qui est aussi un coup de maître de l'auteur la nuit de noces, il a cru découvrir avec les grimaces adéquates que sa jeune femme n'était pas vierge, alors qu'elle l'est entièrement (dans l'ordre du gro- tesque nuptial, nous avons connu mieux encore).

J'ai décrit en douze cents pages l'homme en proie à la femme inférieure. Ceci est (en partie) le roman de la femme en proie à l'homme infé- rieur. Or, en 1930, je préfaçais le premier roman d'une jeune fille, Mademoiselle Jeanne Sandelion, L'Age où l'on croit aux îles, où l'héroïne renon- çait à être épouse et mère, renoncement qui lui était horrible,'plutôt que d'épouser un médiocre.

Et dans la vie aussi j'ai rencontré plusieurs fois ce drame se peut-il que je sois la femme d'un homme que je ne puis admirer ? (avecFils de Personne, nous avons se peut-il que je sois le père d'un enfant que je ne puis admirer ?) L'in- dividu refusant de se sacri f ier à un lien de famille, c'est un sujet qui m'est cher.

Mais je serais bien grossier si je prétendais résumer ainsi ce livre, et grossier jusqu'à le trahir;

bien frère du charmant Lacase, qui est un peu nous tous, nous autres hommes. L'homme toujours en retard devant la rapidité d'expression fémi-

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nine, comme un boxeur toujours en retard pour trouver les coups à rendre. Lent, épais, content de peu, exilé de cet univers si riche, si nuancé, si autre, des femmes tantôt tirant sur le goret lorsqu'il ressemble au charmant Lacase et tantôt, comme ce chirurgien de La Danse des Peines,

« tout esprit, esprit seul, l'écarté de la nature et dont la nature s'écarte ». Il est vrai qu'avec Ger- maine Théron nous avons affaire à une sensibilité merveilleuse, à « ce foyer profond qui brûle sour- dement au fond d'un grand nombre d'âmes pro- vinciales, pour qui la vie intérieure est une néces- sité » (Jeanne Sandelion). J'ai loué trop de fois cette sensibilité des femmes de province, dit trop de fois que j'y voyais le grand réservoir de « chant pro f ond » de la France, pour y revenir ici.

Nulle part cette délicatesse et cette résonance servies par un don d'expression qui leur est égal n'apparaissent mieux que dans la seconde partie du livre, occupée presque en entier par le récit d'une maladie et d'un accouchement. Ici

chaque phrase porte et porte loin. Sur la souf- france. Sur les femmes (les infirmières) qui rient de leurs sœurs crucifiées. Sur les médecins quelques traits durs, tendres, lucides. Et tant de remarques (avec quelle légèreté on accepte de faire souffrir le corps. combien les femmes sont plus courageuses que les hommes. et l'étendue de son geste quand elle boit la bière, etc.). Voilà donc de quel prix se paie la création de la vie. De même que l'homme, devant l'épreuve de la maternité, se tait et se tient à l'écart, il semble que celui qui lit ces pages n'ait lui aussi qu'à se taire. Tout ce qu'il pourrait en dire resterait très au-dessous de

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ce qu'elles sont. « Notre guerre », dit Germaine Théron. Sur leurs hôpitaux, les guerriers eux aussi ont quelque chose à dire. Mais comme ils le disent mal, comparés à cette femme.

En même temps que, dans La Reine Morte, je lyrisais l'attente de l'enfant, j'écrivais pour moi- même « L'état d'esprit d'une Inès est exception- nel dans la vie, bien qu'extrêmement convenable à notre première scène nationale. D'ordinaire, cette œuvre de chair n'est pas du tout grisante.

La femme enceinte est rarement joyeuse. Avec ses yeux dilatés et un peu hagards, elle a figure de sibylle. Passive, elle subit elle subit le jeu de la grande force cruelle (véhicule, simple véhicule simple intermédiaire en vue de la reproduction).

En elle, un grand étonnement, un étonnement qui n'en finit pas « Nous étions deux et nous voici trois » L'enfant, pour le moment, lui est étran- ger, absolument étranger (une fois né, cela chan- gera). Elle n'éprouve donc rien moins que la sen-

sation de créer. Elle réalise « le miracle » céré- bralement, par la réflexion seule. Elle ne se sent pas « fondre de tendresse », mais d'angoisse. Qu'on ajoute les folles imaginations (ce Si j'allais accou- cher d'un monstre. »), les malaises physiques, l'état nauséeux, l'enlaidissement, la prescience de douleurs excruciantes, on reconnaîtra que l'état d'âme d'Inès a tout ce qu'il faut pour plaire à mes compatriotes par sa déformation idéaliste.» Les pages de Germaine Théron corroborent cette façon de voir.

Ce que j'écris ici suffira-t-il à convaincre les hommes français de la plénitude et de la valeur humaines de ce livre prenant ? J'en doute. Voilà

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bien longtemps déjà (1930) que j'ai publié en quel mépris les hommes français tiennent la poésie écrite des femmes françaises. Cela est vrai aussi pour la prose. On oublie beaucoup, dans la France d'aujourd'hui, que, parmi les vivants, l'écrivain français le plus doué est une femme. On conti- nuera de disséquer, de pressurer et de vénérer, jusqu'à l'absurde, tel soi-disant chef-d'œuvre (mâle) de l'esprit humain, tandis que des livres comme celui-ci, après un bref remous, resteront méconnus et oubliés. Pour moi, l'ayant lu plu- sieurs fois, je l'ai refermé toujours avec un senti- ment de modestie et de respect.

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Sur cette grand'route d'Espagne, à la solitude sans repos, les muletiers passent toujours, conduits par leurs attelages de mules. Au bruit infernal des roues d'autrefois écrasant leur fer tout le long des pavés du bourg, dans l'aube noire, a succédé la confidence feutrée des pneus de caoutchouc d'à présent. Mais le pas des mules est toujours le même lent, grave, éternel. Et pour l'éternité somnole le muletier nonchalant, couché sur le dos, les mains sous la nuque et le béret posé sur le visage, cahoté, tout à une royale absence. Fichés de part et d'autre au sommet des grands pieux avant de l'attelage, ses deux sabots de bois veillent, pareils à deux phares de bois blanc, balancés, étonnant sans fin la route de l'aube.

Lorsque j'étais enfant, l'idée ne me venait pas que cette caravane toujours recommencéeà l'heure où blanchit la nuit, remontait des Landes et réveil- lait une fois de plus la paix du village à une dizaine de kilomètres de Bordeaux, vers lequel elle se dirigeait. Elle me semblait venue de très loin, elle me semblait s'en aller très loin.

I

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Déjà, dans mon sommeil, je guettais son approche comme celle d'un songe obscur où le premier roulement là-bas, irréel et menaçant, annonce peut-être un orage qui hésite, s'évanouit, revient, s'avance, s'enfle, éclate à la fin en passant près de vous. Réveillée, le cœur battant, j'écou- tais ce grand bruit nocturne de marée, de ton- nerre, d'armée en marche. Il faiblissait, il s'éloi- gnait avec de faux retours, il disparaissait comme un songe. Et j'aiguisais mes plus ultimes forces à recueillir le plus ultime écho, et l'écho de l'écho.

Mais à la fin je n'entendais plus rien que le bruit

de mon cœur.

Et je savais déjà que, le dernier songe passé, notre cœur demeure. Que si la vie peut nous apporter de quoi combler notre chair, apaiser notre esprit, elle n'a pas de quoi satisfaire notre

cœur.

Elle s'éveillait avant le village, cette maison d'école dont mon père était directeur, où ma mère cousait en chantant des « robes légères » pour les demoiselles du printemps, et des « cos- tumes tailleur » pour les dames de l'automne.

Ma jeune sœur l'emplissait de ses cris hérités des sauvages garçons toujours collés en essaims autour de mon père si doux. Frappée de mutisme, j'écou- tais sonner la cloche de l'église toute proche dont l'angelus nous berçait dès le matin.

Un grand secret couvait dans la maison, défendu par nos parents avec une pudeur brûlante nos parents s'aimaient. Inconsciemment, ma sœur s'en vengeait en les tyrannisant, et moi en voulant les ignorer. Eux, ils nous donnaient tout.

Les premiers lilas me rappellent l'enfance lilas

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