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LA VOUIVRE – PSYCHE ET SOCIETE

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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LA VOUIVRE – PSYCHE ET SOCIETE

Numéro 9 Année : 1999

«La société contemporaine est toujours le passage obligé du développement du monde qui exige de l'individu le meilleur de lui-même»

(C.G. Jung) En quoi la pratique analytique - mais aussi celle du guérisseur - sont-elles affectées par les représentations collectives? Quelles répercussions sociales un cheminement individuel vers une guérison, une initiation ou une transformation intérieure peut-il avoir? Comment psyché et société se représentent-elles l'une à l'autre? La compréhension de la psyché peut-elle aider à celle de faits sociaux, et inversément? Les auteurs des essais réunis dans ce volume proviennent d'horizons aussi divers que l'ethnologie, la psychanalyse, le travail social, la physique, les disciplines martiales, la poésie.

Bernard Sartorius

Le champ analytique aujourd'hui Philippe Jeammet

Evolution sociale et fonctionnement psychique individuel Roland Cahen

L'inconscient et la violence

Catherine Briod de Moncuit, Anne Van de Perre Abus sexuels et société

Charles Chalverat

Le mythe du guérisseur blessé dans les médecines populaires comme fondement archétypique de la relation d'aide

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Pascal Krieger Dô Hô Shizen

Pascal Krieger et Alain Lenoir

Dô Hô Shizen. Réflexions sur la pratique de la calligraphie et des disciplines martiales Qui Le Qang, Duc Le Quang

Le chant de l'âme vietnamienne Vahé Godel

Ici (ailleurs) Pierre Willequet

Interroger le réel: Un entretien avec Wilhelm Just, physicien et analyste jungien Guido Mattanza

Psychothérapie et société: Où se situe la communauté jungienne en Suisse?

Notes de lecture 136 pages, illustré

ÉDITORIAL

En 1950, Jung écrit à un correspondant: «l’être humain est enfermé dans la Psyché (non dans sa psyché). Pouvez-vous citer une

quelconque représentation qui ne serait pas psychique? (...) Tout ce qui nous touche et ce que nous touchons est image, donc

psyché».

Il y a un peu plus d’un siècle naissait la psychanalyse. Sa théorie comme sa pratique sont, pensons-nous, comme à une autre époque l’alchimie, une création de la Psyché à un certain moment d’une société. Elle n’est pas une invention . Son développement, d’autre part, a toujours supposé la confrontation: celle de Freud et de ses patientes (les mots, les concepts du psychanalyste reflètent les maux, les symptômes de l’hystérique: mais ceux-ci et ceux-là émanent de la Psyché); celle de Freud avec Breuer, avec Jung...

Toujours en recherche d’identité, – la vie, l’individuation: «être et devenir soi-même» dirait le poète – ce numéro de La Vouivre voudrait illustrer ce point de vue: celui de la prééminence de la Psyché qui inclut les relations de l’individu avec la société, avec son environnement.

Il y a aujourd’hui, lié à une spécialisation à outrance dans tous les domaines de la pensée, une atomisation des théories qui est telle (B.

Sartorius) qu’elle ne permet plus un dialogue fertile: de plus cellesci ne rendent plus compte de la totalité de l’individu et de son

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environnement. Pourtant, aux origines de la psychanalyse, c’est bien à leur confrontation que Freud et Jung durent, même après leur rupture, de développer des concepts originaux, riches et variés.

Nous savons aussi que tout changement, tout «progrès», ne provient pas du plus «pointu», mais du plus indifférencié.

C’est dans doute, en Suisse romande, une première depuis 1913 (séparation de Freud et Jung), mais aussi, nous semble-t-il,

l’expression d’un mouvement compensatoire de la Psyché à trop de spécialisation (une revue freudienne invite l’un de nous à

s’exprimer; des revues de psychologie analytique publient des textes freudiens...), qu’un psychanalyste freudien, notoire, Ph. Jeammet, prenne la plume dans une revue jungienne. Le lecteur approchera ainsi une autre façon de penser la relation entre le psychique et la société. «Autre façon» ce n’est pas, bien sûr, dire la même chose avec d’autres mots, qui déjà, pourront dérouter certains; c’est faire La Vouivre vol. 9/1999

apparaître des éléments de réalité que ne reflètent pas d’autres miroirs (psychés) théoriques.

Avec Roland Cahen, auquel nous rendons hommage en publiant ce texte déjà ancien, le lecteur trouvera évident qu’une même théorie jungienne , selon l’époque et la personnalité de celui qui la manie, renvoie une image assez différente d’un phénomène de société constant, la violence.

Autre illustration de la formulation psychologique du lien entre la psyché individuelle et la société – et quoi de plus psychique que nos théories psychanalytiques: OEdipe, devenu concept reste avant tout une légende fruit de l’imagination – l’article de Le Quang, père et fils, qui confrontent un poème mythique et ce qu’il révèle de la psyché collective vietnamienne, avec une double approche occidentale philosophique et psychiatrique.

Il est parfois nécessaire de lever les voiles théoriques et retrouver, aussi pénible soit-il, un contact plus immédiat avec la réalité; C.

Briod de Moncuit, avec un minimum de concepts, laisse au lecteur un reflet, un éclat, douloureux de notre société.

A chaque société, à chaque groupe humain ses «guérisseurs»: Ch.

Chalverat met en évidence certains ressorts de leur efficacité – et de notre travail analytique?... – en nous parlant des rebouteux ou

détenteurs de «secret» qui exercent sur les terres jurassiennes de la vouivre. Quant aux calligraphies de P. Krieger, elles nous laissent avec la question des conditions minimales auxquelles doit satisfaire une pratique qui métamorphose l’âme et qui soit susceptible de retentir sur la vie sociale de l’individu.

«Tout est Psyché» est aussi une affirmation de la physique

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quantique, et le dialogue que nouent W. Just et P. Willequet fait écho à celui mené, il y a un demi siècle, par Jung avec W. Pauli et M. Fierz.

La question du «réel» de notre travail, de la possibilité de le cerner par des procédures statistiques pour en démontrer la scientificité (ce que, paradoxalement, fit Jung pour valider sa notion de complexe ou de synchronicité !), est au coeur d’un débat actuel aux enjeux économiques évidents. Mais la psychanalyse y gardera- t-elle son âme? Ravalée au rôle d’outil, évaluée à ses performances, que deviendra la créative autonomie de la Psyché? L’article de G.

Mattanza est l’illustration d’une approche «scientifique» de la question et dévoile, en matière de psychothérapie, un versant opposé à celui présenté par B. Sartorius.

Nos concepts devraient rester des images vivantes, créatives, de notre psyché: des symboles; nos anamnèses des contes -rendus, le matériel psychique, disions-nous, s’épanouissant dans le même terreau que les symptômes qui nous occupent. Au lieu de cela, encore trop souvent, plutôt que de nous guider dans la complexité de notre pratique, les théories deviennent des idéologies, des dogmes, qui servent à bétonner des identités défaillantes, justifier des exclusions, asseoir des prestiges personnels, défendre des intérêts économiques.

Nous espérons, par ce numéro, redonner un peu de leur richesse et de leur complexité à la Psyché et à notre travail qui nécessite, justement, un certain «polythéisme» théorique.

A certains, ce numéro apparaîtra quelque peu disparate, moins

«jungien» par le contenu que les précédents, plus «jungien» pensonsnous par la confrontation des opposés qu’il met en scène.

Car, pour reprendre les mots du poète (V. Godel), la psychanalyse ne saurait être qu’ici. Elle est toujours, en même temps, (ailleurs).

François Badoud La Vouivre vol. 9/1999

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