A NNALES DE L ’I. H. P., SECTION B
M ICHEL F LIESS
Séries rationnelles positives et processus stochastiques
Annales de l’I. H. P., section B, tome 11, n
o1 (1975), p. 1-21
<http://www.numdam.org/item?id=AIHPB_1975__11_1_1_0>
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Séries rationnelles positives
et processus stochastiques
Michel FLIESS 50, rue de Charonne, 75011 1 Paris Ann. Inst. Henri Poincaré,
Vol. XI, n° 1, 1975, p. 1-21.
Section B : Calcul des Probabilités et Statistique.
RÉSUMÉ. - Cet article est consacré à l’étude des séries formelles non
commutatives, qui
sont rationnellespositivement engendrées,
et à leurapplication
aux processusstochastiques.
SUMMARY. - This paper is devoted to the
study
ofpositively generated
rational non-commutative formal power series and to their
application
to stochastic processes.
TABLE DES
MATIÈRES
I. I ntroduction ... 2
II. Rappels sur les séries rationnelles ... 2
a) Définitions et propriétés générales ... 2
b) Matrice de Hankel et représentation réduite... 4
III. Séries rationnelles positives ... 7
a) Définition et proposition fondamentale ... 7
b) Propriété à la Fatou des séries posi-rationnelles ... 10
c) Pôles d’une série posi-rationnelle en une indéterminée... 11 l d) Décomposition d’une série posi-rationnelle ... 12
IV. Processus stochastiques... 13
V. Processus stochastiques rationnels ... 16
a) Définition... 16
b) Une propriété ergodique ... 16
c) Chaînes de Markov ... 17
d) Processus induits par une chaîne de Markov ... 18
e) Processus rationnels échangeables... 19
Bibliographie ... 20 Annales de l’Institut Henri Poincaré - Section
1
I. INTRODUCTION
On sait que M. P.
Schützenberger
et certains de ses élèves ont utilisédes
manipulations algébrico-combinatoires
du monoïde libre pour élucider certainsphénomènes
issus du calcul desprobabilités.
Cet article se situe dans ce cadre depensée
dans la mesure où il est consacré auxapplications probabilistes
des séries formelles rationnelles en indéterminées non commu-tatives.
La théorie des automates
finis, stochastiques
ou non(cf.
Claus[4], Eilenberg [6],
Paz[l9)),
conduit à l’étude de séries rationnelles non commu-tatives
positivement engendrées.
Utilisant les travaux de Heller[l3) [l4),
nous en entreprenons une
approche systématique
basée sur lespropriétés
de leur matrice de
Hankel,
cequi
nous permet derépondre
à uneconjec-
ture
d’Eilenberg
etSchützenberger (cf. [6]).
Les processus
stochastiques,
que nous définissons à l’aide du monoïdelibre,
sont mis en rapport avec les travaux de Cartier[3]
sur les arbres.A tout tel processus
correspond canoniquement
une série formelle enindéterminées non commutatives.
Lorsque
celle-ci est rationnellepositi-
vement
engendrée,
le processus est une fonctionsimple
d’une chaîne de Markov(cf.
Heller[13) [l4]),
résultat que nous montrons êtrel’analogue
d’un théorème
classique
sur leslangages
rationnels dû à Medvedev.Les séries et
langages algébriques,
dont il ne sera pasquestion ici,
sont aussisusceptibles d’applications probabilistes
concernant, parexemple,
les marches aléatoires sur un groupe libre
(cf. Schützenberger [22]).
Une
partie
des résultats se trouve dans la thèse[9]
de l’auteur et dans« Automates
stochastiques
et séries rationnelles non commutatives », in Automata,languages
andprogramming (M. Nivat, éd.),
p. 397-411.Amsterdam, North-Holland,
1973.II. RAPPELS SUR LES
SÉRIES
RATIONNELLES(cf. [6] [9] [10]) a)
Définitions etpropriétés générales.
Soient X un ensemble fini non vide
appelé alphabet,
X* le monoïdelibre
qu’il engendre.
Un élément de X* estappelé
mot. L’élément neutre,ou mot vide, est noté « 1 ».
Soient A un semi-anneau
(’ )
commutatifunitaire, A ~ X ~
et A« X ~ ~
(1) Un semi-anneau A est un ensemble muni de deux lois de composition, appelées addition et multiplication, satisfaisant aux axiomes :
(i) pour l’addition, A est un monoïde commutatif ;
(ii) la multiplication est associative et distributive par rapport à l’addition ; (iii) 0 désignant l’élément neutre de l’addition, pour tout a E A, on a a0 = 0a = 0.
Annales de l’Institut Henri Poincaré - Section B
SÉRIES RATIONNELLES POSITIVES ET PROCESSUS STOCHASTIQUES 3
les semi-anneaux des
polynômes
et des séries formels en les indéterminéesassociatives,
non commutativesxeX,
à coefficients dans A. Un éléments E A X ~ ~
est noté :Une série est dite inversible ss’il existe s-
E A ~~ X ~~
telle que = s -1 s = 1.
Lorsque
A est un anneau, s est inversible ssison terme constant
(s, 1)
l’est dans A. Une série s est ditequasi-inversible
ssi(,s,
1)
= 0. Lequasi-inverse s
est défini par :Il vérifie les relations :
Un sous-semi-anneau R de A
((
Xjj
est dit rationnellement clos ssi lequasi-inverse (resp. l’inverse)
de tout élémentquasi-inversible (resp.
inver-sible)
de Rappartient
encore à R. Le semi-anneauA ~ (X) )
des sériesrationnelles,
introduit parSchützenberger,
est leplus petit
sous-semi-anneau rationnellement clos de
A ~ ~ qui
contienneA ~
X).
Ni
1 etN2 désignant
deux entierspositifs,
soit AN’ " N2 l’ensemble des matrices àNi
1lignes
etN2 colonnes,
à coefficients dans A. Ndésignant
un entier
positif,
unereprésentation (linéaire)
p : X* -~ est unhomomorphisme
du monoïde X* dans le monoïdemultiplicatif
sous-jacent
de N.THÉORÈME 2.1 1
(dit
deKleene-Schützenberger).
- Pourqu’une
.sérier E
A « X »
soit rationnelle, ilfaut
etil, suffit qu’il
existe un entier N >_ 1,une
représentation
p : X* -~ AN "N,
une matrice p E AN " N tels que :où Tr
ppf ~ désigne
la trace de la matriceppf:
COROLLAIRE
(dû
àSchützenberger).
Pourqu’une
série r E A~~
X~~
soit raitionnelle, il
faut
et ilsuffit qu’il
existe un entier N >_ l, unereprésen-
tation p : X* -~ des matrices
ligne
2, E A 1 " N etcol onne y
E 1tels que :
Remarque.
-Lorsque
A est un corps K etlorsque
X est réduit à un1 - 1975.
seul élément x, une série rationnelle de
K « x ~~ (noté
aussiK[[x]])
estle
développement
deTaylor
àl’origine
d’une fraction rationnelleP/Q
où
P, Q
E Kx ) (noté
aussiK[x] )
et 0.b)
Matrice de Hankel etreprésentation
réduite.Supposons
que A est un corps K. Associons à toute série s~K(( X~~
un tableau
infini, appelé
matrice de Hankel et noté dontlignes
etcolonnes sont indexées par X* et tel que l’élément d’indice
(,f; g)
E X* x X*soit le coefficient (s,
.f g).
Le rang de la matrice de
Hankel,
que l’onappelle
aussi rang de la .série,est par définition :
- zéro ssi la
série,
et donc la matrice, sontnulles ;
-
fini,
non nul,égal
à a, ssi l’on peut extraire un sous-déterminant nonnul d’ordre a et si tout sous-déterminant d’ordre a + 1 est
nul ;
- infini dans les autres cas.
THÉORÈME 2.2
(cf. [9] [lo]).
- K étant un corps, une condition néce.s.saireet
suffisante
pourqu’une
.série r E K«
X~~
soit rationnelle estqu’elle
soitde
rang fini
N. Il existe alors unereprésentation p :
X*~KNN,
des matricestelle.s que :
On peut déterminer :
- deux ensembles de N 1,
i gi }Ni=
1 ;- une
application
X : X* ~ KN Ndéfinie,
pour tout par= (r,
(i, j
= 1, ...,N),
telle queX
1 soit inversible etvérifiant X.f
=X 1 PJ~~
1 _ _-
N2 matrices mi,j
E(i, j
= 1 ...,N) vérifiant,
pour tout_f E X*,
,P.f
=u
Soient un entier N >_ l, une
représentation
p : X* --~ des matricesligne
03BBE N et colonne y E 1 tels que :Alors, N >_ N. Si N =
N,
il une inversible P E N telles que : = 03BBP = 03BB,Py
= 00FF(les représentations
p et p sont doncsemblables).
Annales de l’Institut Henri Poincaré - Section B
SÉRIES RATIONNELLES POSITIVES ET PROCESSUS STOCHASTIQUES 5
Preuve. - i) Soit r E
K ~ (X) ~
définie par :où
p, ï~.,
y,qui
ont lasignification habituelle,
sont de dimension N. LeK-espace
vectorielengendré
par les colonnes de est de dimension finie : c’est un sous-espace vectoriel de celuiengendré
par les N colonnes dont les coefficients d’indicef
sont ceux duN-uple
D’où la finitude du rang.(ii )
Soit de rang fini N. Il existe deux ensembles de Nmots
{dl,
...,dN ~ , ... , gN }
tels que le déterminant de la matrice d’ordre N[(r,
soit non nul. Pour deux motsquelconques j’ et J~’,
il vient : _
où = ( -
[(r,
étant le déterminant de lamatrice obtenue en
remplaçant dj
parf
dans[(r,
La formule(2)
exprime
que les colonnes d’indicesd i,
...,dN
forment une base duK-espace
vectoriel
engendré
par les colonnes deSoient p, x : X * --~ KN "
N,
lesapplications
définies par ==
(r,
En vertu de(2),
il vient :Comme
1 estinversible,
on vérifie que p est unereprésentation.
Soitle
et y E les matricesligne
et colonne dont les~~~ coefficients
sont
respectivement (r, d~)
etm~( 1 ).
En vertu de(2),
il vient :(3)
permet de déterminer N2 matrices telles que(ïff)
UnK ~
X)-module
sériel(2) gauche
est untriple (E,
c,1)
où E estun
K (
X)-module gauche,
c un élément deE, 1 :
E -~ K uneapplication
K-linéaire. A un tel module sériel
correspond
la série s = X E X*}.
Réciproquement,
à une sériecorrespond
un module sérielgauche (E,
c,1),
où E n’est autre que KX ~
considéré comme(~) Comparer avec les modules stochastiques de Heller [13] [14].
K X
)-module gauche,
c lepolynôme unité, 1 l’application qui
à p. EK ( X ~
fait
correspondre E ~ ( p, f )(s, f ) 1 fE X* }.
Unmorphisme
de
K (
X)-modules
sérielsgauches
est unmorphisme
duK (
X)-module
Edans le K X
)-module E’,
tel que epc =c’,
= 1(’ep désigne l’applica-
tion duale de ep considéré comme
morphisme
deK-espaces vectoriels).
On a
isomorphisme
ssi ep est unisomorphisme
entre E et E’.(E,
c,1)
est dit réduit ssi E =K ( X )
c et siSoient
un
l’épimorphisme canonique.
Il existe uneapplication
K-linéaire10 :
R -~ Ktelle que la restriction de 1 à K
X )
c soitégale
àloa. (R,
co,la);
oùco = ac, est clairement un module sériel réduit. Il est d’autre part évident que deux modules sériels
réduits,
associés à la mêmesérie,
sontisomorphes.
On peut doter le
K-espace
vectorielengendré
par les colonnes dej’f(s)
d’une structure de
K ~
X)-module gauche
de la manière suivante : tout motf E
X*opérant
sur la colonne d’indicef’
E X* lui faitcorrespondre
la colonne d’indice
ff’.
R estisomorphe
à cemodule,
cequi
en donneune
interprétation remarquable.
Définitions et
propriétés analogues
pour les modules sériels droits etles
lignes
de la matrice de Hankel.Soit donnée comme en
(1).
A p,~~,
y on peut associer le module sérielgauche (E,
c,/)
où :- E =
K-espace
vectoriel surlequel opèrent canoniquement
les matrices
pf’
et que l’on peut donc considérer comme unK ~
X)-module gauche ;
- c = y ;
- 1 est
l’application repérée
par~,,
c’est-à-dire telle quel , f c
=Les assertions du théorème concernant les liens entre p,
/).,
y etp, ~, y apparaissent
alors comme la traduction enlangage
matriciel des pro-priétés
des modules sériels réduits.Il
La
représentation p, qui
est définie à une similitudeprès,
estappelée
représentation (linéaire)
réduite..COROLLAIRE. - K étant un corps, pour
qu’une
série r E K~~
X~~
soit rationnelle, ilfaut
et ilsuffit
que leK-espace
vectorielengendré
par lesAnnales de l’Institut Henri Poincaré - Section B
7 SÉRIES RATIONNELLES POSITIVES ET PROCESSUS STOCHASTIQUES
lignes
ou les colonnes de la matrice de Hankel soit de dimensionfinie.
Lesdimensions de ces deux espaces vectoriels sont
égales
au rang de r.Il existe une dualité
canonique
entre ces deux espaces, cellequi
à laligne
d’indice
j’et
à la colonne d’indice g faitcorrespondre
le coefficient(r, fg).
Remarque.
Dans le cas d’une seuleindéterminée,
les liens entre matricesde Hankel de rang fini et séries rationnelles sont
classiques (voir,
parexemple,
Gantmacher[l2],
p.201).
III.
SÉRIES
RATIONNELLES POSITIVESa)
Définition etproposition
fondamentale.Soit A un anneau commutatif ordonné
(3)
de corps de fractions K etA+
lesemi-anneau formé par les éléments non
négatifs
de A. Une série ration- nelle deA+ ~ (X) ~
est dite rationnellepositivement engendrée
ou,plus brièvement,
rationnellepositive,
ou encoreposi-rationnelle (4).
Le but dece
paragraphe
est de caractériser ces séries.Exemple.
- Zdésignant
l’anneau desentiers,
soit p : X * --~’,
où X
= ~ x, y ~ ,
lareprésentation
définie par :La série :
où l’on
note f lx, 1 j’ Iy
les nombres d’occurences de x et y dans,f;
estrationnelle dans Z
(X) ).
Leproduit
d’Hadamard(cf. [6] [9])
de cettesérie par elle-même est la série rationnelle de Z
(X) ) :
qui
n’est pasposi-rationnelle, quoique
ses coefficients soient non(~) Un anneau A est dit ordonné ssi la propriété pour un élément d’être positif ( > 0)
vérifie les axiomes :
(i) pour tout élément a E A, on a soit a = 0, soit a > 0, soit - a > 0 ; (ii) si a > 0, ~ > 0, alors a + b > 0, ab > O.
Tout anneau ordonné est intègre et de caractéristique nulle.
(4) Ce terme nous a été suggéré par G. M. Bergman. Tenant compte de la nature de A +,
Jacob [16] a affiné cette définition.
négatifs.
Eneffet,
son support, c’est-à-dire lapartie
de X* définie par :n’est pas un
langage
rationnel(S).
Soient
s~A
X~~, H(s)
la matrice deHankel,
le A-module formé par les colonnes à coefficients dans A duK-espace
vectorielengendré
parles colonnes de Un cône convexe
positif de
est le cône convexepositif engendré
par une famille{cj 1 E I }
d’élément de à coefficientsnon
négatifs,
c’est-à-dire l’ensemble des sommes finies :(l’est
unepartie
finie de I,A+ ).
Un tel cône est dit stablessi,
étant donnéun de ses éléments c, que l’on peut
exprimer
sous la forme d’dne sommefinie :
E
A, f k
E X*,cfk
colonne ded’indice f k),
pour toutf ’E X*,
lacolonne 03A303B2kcffk appartient encore au cône. Le cône est dit polyédral
k
ss~il est
engendré
par un nombre fini d’éléments.Lorsque
A est un corps ordonné, on retrouve ainsi la définitionclassique
àpartir
des faces et desarêtes.
Le cône a une
image canonique
dans leK (
X)-module
sérielgauche
réduit associé à s
(cf. §
II.b).
La stabilités’y
traduit de la manière suivante : pour tout élément c’ appartenant àl’image
du cône et toutp E A+
X), pc’ appartient
encore à cetteimage.
Définitions
analogues
pour leslignes
de la matrice de Hankel.Le théorème suivant est
inspiré
de Heller[13] [l4].
THÉORÈME 3.1. - K étant un corps
ordonné,
pourqu’une
sérieX ~ ~,
à
coefficients
nonnégatifs,
soitposi-rationnelle,
ilfaut
et ilsuffit
que les colonnes(resp. lignes)
de la matrice de Hankel soient contenues dans un (5) Un langage rationnel n’est autre qu’un regular set ou K-langage. On montre aisé-ment (cf. [6] [9]) que le support
supp r = { f ~ f E X*, (r, f ) ~ 0 }
d’une série r de A+ ~ (X) ~ est nécessairement un langage rationnel.
SÉRIES RATIONNELLES POSITIVES ET PROCESSUS STOCHASTIQUES 9
cône convexe
positif ~ polyédral
stable duK-espace
vectorielengendré
par les colonnes(resp. lignes).
Preuve. ~
(i)
La condition est nécessaire. Soitr E K+ (X) ~
donnéepar
N,
p : X* -.N,
À EN,
y E 1 selon la formule( 1 ).
Commedans la démonstration du théorème
2.2,
on construit unA (
X)-module
sériel
gauche (E,
c,1)
= y,À),
et un cône convexepolyédral
stablequi
n’est autre queKN " 1.
Le cône que l’on en déduit pour le module sérielgauche réduit, qui
contient lesimages canoniques
des colonnes deeJt’(r),
permet de vérifier lapropriété
cherchée.(ii)
La condition est suffisante. Soit ..., unsystème généra-
teur du cône. Définissons la
représentation
p : X* --~ pour toutx e X, par : -
el
désignant
la colonne d’indice1,
posons :Définissons À =
... , ~, ~) E K +" N par Ji
=a~( 1 ),
c’est-à-dire le coeffi- cient d’indice 1 de at. Il vient :Le nombre d’états d’une série
posi-rationnelle
est, pardéfinition, égal
au nombre minimal d’arêtes d’un cône
positif polyédral
stable contenantles
lignes
ou les colonnes de la matrice de Hankel. Il est clair que le nombre d’états estsupérieur
ouégal
au rang. Une série rationnellepositive
est ditesimplicielle
ss’il y aégalité.
L’intuitiongéométrique
permet d’énoncer : PROPOSITION 3.2. - K étant un corpsordonné,
toute sérieposi-rationnelle
deK ~~ X » de
rang auplus deux,
estsimplicielle.
PROPOSITION 3.3
(6).
- R étant le corps des nombres réels, pourqu’une
série rationnelle de R
~~
X~~
de rang auplus deux,
soitposi-rationnelle,
il
faut
et ilsuffit
que sescoefficients
soient nonnégatifs.
(6) E. Birger et J. Berstel avaient démontré ce résultat dans le cas d’une seule indé- terminée.
Vol.
Remarque.
- Les résultatsprécédents
sont intimement liés aux pro- blèmes de minimisation des automatesstochastiques (cf.
Paz[l9], chap.
I,§ B,
Claus[4], chap. 2).
Cequi
est souventappelé
dans la littérature réali- sation des automatesstochastiques, apparaît
comme l’étude de sériesposi- rationnelles,
normées de manière élémentaire. Les éléments deN ; (X) )
ont été
considérés,
sous uneterminologie différente,
parEilenberg [6].
Enfin,
lesfonctions
de croissance dessystèmes
deLindenmayer (cf.
Paz et Salomaa[20])
sont des sériesparticulières
deN ( (X) ), qu’il
serait inté-ressant d’étudier en tant que telles
(7).
b) Propriété
à la Fatou des sériesposi-rationnelles.
En
[9] [10],
nous avons défini lapropriété
de Fatou pour unanneau commutatif unitaire
intègre A,
de corps de fractions K : toutesérie de
K ( (X) ),
à coefficients dansA, appartient
àA ( (X) ).
Le résultat
suivant, qui répond
à uneconjecture d’Eilenberg
et Schützen-berger (cf. [6]),
donne unepropriété analogue
pour N.PROPOSITION 3.4.
- Q
étant le corps des nombresrationnels,
toute série posi-rationnelle deQ+ «
X~~,
àcoe~f ~ficients
entiers, est posi-rationnelle dansN :: X ~.
Preuve. - Soient r E
Q + ~ (X) ~,
à coefficientsentiers,
et :-
CQ
leQ-espace
vectorielengendré
par les colonnes de~(r) ; - C z
le Z-moduleengendré
par les colonnes de~(r) ;
- C un cône convexe
positif polyédral
stable deCQ
contenant lescolonnes de
~(r).
D’après
un résultat de[9] [10],
rappartient
àZ ( (X) )
etCz
est unZ-module de type fini : Z vérifie la
propriété
deFatou forte.
Soient~ a 1,
...,ak ~
unsystème générateur
de C et : 1Considérons
Cz
et C’ comme des sous-monoïdes de type fini deCQ,
consi-déré comme monoïde additif. En vertu de deux théorèmes dus à
Eilenberg
et
Schützenberger [7],
leur intersection C" est encore un monoïde de typefini,
de même que :(’) Tâche entreprise avec succès par J. Berstel dans le cas d’une seule indéterminée (résultats non encore publiés).
Annales de l’Institut Henri Poincaré - Section B
SÉRIES RATIONNELLES POSITIVES ET PROCESSUS STOCHASTIQUES 11
La construction de la
représentation p : X* -
de Ây E NN x 1
produisant
r, se fait alors comme dans la deuxièmepartie
de ladémonstration du théorème 3.1.
Il
Remarque.
-Eilenberg
etSchützenberger (cf. [6])
ont aussiproposé
la
conjecture
suivante : toute série deR+ ( (X) ),
à coefficientsrationnels, appartient
àQ + ~ (X) ~.
c)
Pôles d’une sérieposi-rationnelle
en une indéterminée.La
proposition suivante,
que nousprésentons
comme uneconséquence
du théorème de Perron-Frobenius sur le spectre des matrices non
néga-
tives, a été démontrée par Berstel[1]
selon une méthode toute différente(voir
aussiEilenberg [6]).
PROPOSITION 3. 5. - Les arguments des
pôles
situés sur le cercle de conver-gence d’une série
posi-rationnelle
en une indéterminée, àcoef ~ficient.s
réels,sont commensurables avec x.
Preuve. Soit r E
R + ~ (X) )
de nombre d’étatsNo,
donné par :où p : { x } * -~
En vertu du théorème de Perron-Frobenius
(cf.
Gantmacher[12], chap. 13,
§
2, 3,4) (8),
pxpossède
une racine réellepositive
a de module maximumà
laquelle correspond
un vecteur propre de coordonnées nonnégatives.
Donc, dans le
R[x]-module
sériel réduit(Eo,
co,la) (R[x]
étant commu-tatif,
il n’est pas nécessaire depréciser
s’ils’agit
d’un modulegauche
oudroit),
il existe un élément non nul u EEo
tel que xv = av. Parconséquent,
si
p : ~ x ~ * -~ RN " N désigne
lareprésentation
réduite associée à r(cf. §
II.b),
a est la valeur propre depx
de module maximum.D’après
lethéorème de
Perron-Frobenius,
les arguments des autres valeurs propres de px de module a sont commensurables avec il en est donc de même pour px.Or,
lespôles
de r(en
comptant, s’il lefaut,
lepoint
àl’infini)
sontles inverses des valeurs propres de px, d’où le résultat.
Il
Application.
- On a ainsi un critère commode pour prouverqu’une
série rationnelle à coefficients non
négatifs
n’est paspositive.
La série (8) En fait, le théorème est démontré pour les matrices irréductibles. Mais l’on peut utiliser la forme normale (cf. Gantmacher [12], chap. 13, § 4).Vol. 1 - 1975.
rationnelle 03A3xn
sin2n0, produit
d’Hadamard par lui-même dudévelop-
pement de
n’est pas
positive
si 03B8 est incommensurable avec 1t(9). Lorsque
9 est commen-surable avec x, on vérifie aisément que la série est
positive.
d) Décomposition
d’une sérieposi-rationnelle.
Soient K un corps
ordonné, r E K + ~ (X) ~
une sérieposi-rationnelle, (Eo,
co,10)
leK ~
X)-module
sérielgauche
réduit associé à r.Suivant les méthodes de Bleicher et Schneider
[2]
et de Heller[14], qui
consistent à
généraliser
le théorème deKrull-Schmidt, (Eo,
Co,io)
peut êtredécomposé
de manièreunique
en la somme directe finie deK (
X)-modules
sérielsgauches (Eô~, (i
=1, ..., n)
de sorte que :1
...,n).
Les modules sériels
(Eô),
sont nécessairement réduits.n
A cette
décomposition, correspond
unedécomposition r = 03A3ri, où
(i = 1, ...,
n),
en séries rationnellespositives indécompo-
sables deux à deux
étrangères ( 1 °),
telle que ri(i
= 1,..., n)
soit donnée (9) Exemple dû à Eilenberg [6].(~o) Deux séries rationnelles ri, sont dites étrangères (cf. [9] [IO]) ssi le
rang de ri + r2 est égal à la somme des rangs de ri et r2.
Annales de l’Institut Henri Poincaré - Section B
SÉRIES RATIONNELLES POSITIVES ET PROCESSUS STOCHASTIQUES 13
par le module sériel
(Eô~, c’ô~, lô~).
Comme en[9] [IO],
lors de l’étude de ladécomposition
d’une sérierationnelle,
le. théorème de Levitzki sur lessemi-groupes
de matricesnilpotentes
permet d’isoler unpolynôme,
àcoefficients non
négatifs,
que nousappellerons
encorepartie
entière de r.On peut donc énoncer :
PROPOSITION 3.6. K étant un corps
ordonné,
toute sérieposi-rationnelle
de K +
~~
X~~
peut êtredécomposée
de manièreunique
en la somme d’unepartie
entière(polynôme
àcoefficients
nonnégatifs)
et de sériesposi-ration-
nell es
indécomposables
deK + ~ ~ X ~ ~,
deux à deuxétrangères.
IV. PROCESSUS
STOCHASTIQUES
On
appelle
processusstochastique
ou processus aléatoire touteapplica-
tion x : X* ~
R +
vérifiant :On en déduit :
Le lecteur verra aisément que cette définition se ramène à celles données dans les traités
classiques
deprobabilités (cf.
Claus[4],
p.173).
La série formelle 7r associée à 03C0 est, par
définition,
la sériede R + X~~ :
Cette notion est, bien
évidemment,
liée àcelle, classique,
de fonctiongéné-
ratrice.
Remarquons
que, en vertu de(4),
le support deTe,
c’est-à-dire l’en- semble des mots de coefficient nonnul,
que nous nommerons aussi sup- port de 7c et noterons :jouit
de lapropriété
suivante :PROPOSITION 4 . 1 . - Une cond ition nécessaire et
suf ~fisante
pourqu’une
partie P c X* soit support d’un processusstochastique n :
X* -[0, 1] ]
est
qu’elle vérifie
les conditions suivantes :(i)
lecomplément
de P est un idéalà droite de
X *, (ii)
pour toutJ~E
P, on ajX
n P ~ 0.Soit Xx l’ensemble des mots infinis vers la
droite,
c’est-à-dire l’ensemble desproduits
infinis 1 ... x~k .... Soient xn l’ensemble des mots delongueur
n,P" : X" -~
X"’~ il’application canonique surjective
définiepar :
V~ ,, ,~ -- --
On obtient un
système projectif :
dont X~ est la limite.
Il est aisé de doter X* u X~ d’une
métrique qui
en fait un espace topo-logique complet
totalement discontinu(cf. Eilenberg [6]).
La distance de deux éléments ...Xik ... et ... x~k ... est 2’" où n est le
plus petit
entier tel que :Alors X* est une
partie
partout dense de X* uX~,
dont X~ est un sous-espace compact totalement discontinu. Cette
topologie
de X~ est la limiteprojective
destopologies
discrètes triviales des X".Soit
S
l’adhérencetopologique
dans X* u X~ du support du processusx : X* -~
[0, 1]. S
n X~ est lafrontière
droite du processus. On définirait de même la frontièregauche.
Le processus x : X* -~
[0, 1]
induit une mesure deprobabilité
sur X~.Soit,
eneffet,
A unepartie
deX~, An
l’ensemble des mots facteursgauches
de
longueur n
des éléments de A. En vertu de(4),
la suiteest décroissante au sens
large,
donc convergente. Pardéfinition,
= lim On en déduit que
m~X~ =
1. Enfait,
estportée
par la frontière droite de x.
Remarques. (i)
Au processus ~ : X* -~[0, 1],
faisonscorrespondre
la chaîne de Markov
infinie, stationnaire, homogène
suivante :- l’ensemble des états est
X* ;
- pour
g g
EX*,
laprobabilité
de transitiont(f, g)
def à g
est donnéepar :
- la distribution initiale de
probabilités
estportée
par le seul mot vide l.La frontière droite de n n’est autre que la
f rontière de
Martin deAnnales de l’Institut Henri Poincaré - Section B
SÉRIES RATIONNELLES POSITIVES ET PROCESSUS STOCHASTIQUES 15
sortie de la chaîne de Markov
(cf. Kemeny, Snell, Knapp [17],
p.337).
(ii)
Cartier[3]
a montré que divers aspects del’analyse harmonique
ontun
analogue
discret en théorie des arbres. Les arbres considérés sont desgraphes infinis,
localement finis(un
sommetn’appartient qu’à
un nombrefini
d’arêtes),
connexes etacycliques.
Il est clair que l’on peut coder avec le monoïde
{
x, y}*
l’arbrependant
suivant :
où
chaque
sommet estrepéré
par le chemin le reliant àl’origine 0,
c’est- à-dire par un mot de{x, y}*,
xdésignant
une arêtependante gauche,
y une arête droite.
Ainsi,
lepoint
M est codé parxyx2,
O par 1 . Plusgéné- ralement,
tout arbre dontchaque
sommetappartient
à auplus
N arêtespendantes
peut être codé par X* où X compte auplus
N éléments. Lecomplément
de l’ensemble des mots de X* codant les sommets de l’arbreest un idéal à droite de X*
(cf. proposition 4 .1 ).
Cartier
[3]
définit des marches aléatoires sur des arbresqui, lorsque chaque
sommetappartient
à un nombre bornéd’arêtes, correspondent
demanière évidente à nos processus
stochastiques x :
X* --~[0, 1].
Lafrontière construite par Cartier
[3]
n’est autre que notre frontière droite.(iii)
Unesurmartingale positive
sur X* relativement au processus sto- chastiaue 1t est uneapplication m :
X* ~R +
vérifiant :Lorsqu’il
y aégalité,
m est unemartingale positive.
A toute(sur)-martingale
m,on associe évidemment la série de R
(( X~~ : =
X{(mf)f | f~
X*}.
Dans le cas
particulier qui
nous occupe, despropriétés
desmartingales pourraient
être démontrées par des moyensalgébrico-combinatoires,
excluant tout
appel
à la théorie de la mesure.V. PROCESSUS
STOCHASTIQUES
RATIONNELSa)
Définition.Un processus
stochastique 7r :
X* -~[0, 1]
est dit rationnel ssi la série associéel’est,
c’est-à-direappartient
àR (X) ).
Pardéfinition,
la matricede Hankel et le rang de sont ceux de TE. Le théorème 2 . conduit à énoncer : PROPOSITION 5 .1. - Un processus
stochastique x :
X* -;[o, 1 ]
estrationnel si seulement s’il est de rang
fini.
Remarque.
Laproposition précédente
donne un critère pour montrer que certains processus sont irrationnels. Il en existed’autres, parfois plus
commodes.
Soit,
parexempte, 7c :
X* --~Q
f1[0, 1]
un processusrationnel,
à valeurs rationnelles.D’après
lapropriété
de Fatou(cf. [9] [l o]), ~
appar- tient àQ (X) ).
Il est alors aisé degénéraliser
un résultat d’Eisenstein enprouvant
qu’il
existe un entierM,
telqu’en
substituant dans~,
à toutx E X, Mx, on obtienne une série de Z
(X) ) (cf. [9]).
On en déduit immé- diatement que le processus examiné par Traub[24]
est irrationnel.b)
Unepropriété ergodique.
Un processus
stochastique 7c :
X* --~[0, 1]
est ditmélangeant (en anglais mixing)
ssi pour toutf, g
EX*,
la limite delorsque
n --~ oo, existe et vaut Un tel processus est unautomorphisme (en anglais K-shift) ssi, f
étantdonné,
la convergence est uniforme par rapport à g. Robertson[21]
a démontré le résultat suivant :PROPOSITION 5 . 2. - Tout processus
stochastique
~c : X* -[o, 1], qui
est rationnel
mélangeant,
est unautomorphisme.
Preuve. - Soit ~ : X* -
[0, 1]
un processus rationnelmélangeant.
Supposons
7Tdonné,
comme dans le théorème2.2,
par lareprésentation
réduite : _ _
Posons Par
hypothèse,
pourtout f, g
EX*,
on a :Soient E le sous-espace vectoriel de 1
engendré
par l’ensembleAnnales de l’Institut Henri Poincaré - Section B
17 SÉRIES RATIONNELLES POSITIVES ET PROCESSUS STOCHASTIQUES
(’ 1 ),
a eta" : E -~
R lesapplications R-linéaires, qui
sont les restrictions à E
de 03BB03C1f03B303BB
et(5)
montre que 03B1n tend vers apour la
topologie
de la convergencesimple
etdonc,
la dimension de E étantfinie,
pour une normequelconque
de E.Or, d’après
une formuledu théorème 2.1 1
où est inférieur ou
égal
à1,
toute norme de pg est bornée indé-pendamment
de g. Commela convergence, pour
f donné,
est uniforme par rapport à g.Il
On notera que la convergence est aussi uniforme par rapport à
J:
Un processus
stochastique
M : X* --~[0, 1]
est une chaîne de Markovfinie homogène (que
nous supposeronstoujours stationnaire)
ss’il peut être défini de la manière suivante : il existe desapplications
i : X --~[0, 1],
t : X x X -i
[0, 1]
telles que, pour toutf =
xil ...Xik E XX.,
onait : (6)
...Xik)
=xh)t(Xi2’ Xi3)
...On en déduit :
De
plus,
les t(x,x’)
peuvent être choisis de sorte que :La matrice
stochastique (t(x;, Xj))
ER+cardXxcardX
est la matrice de transi-tion de la chaîne M.
La
proposition suivante, qui
n’estqu’une
reformulation d’un résultat dû à Heller[13] [14],
se déduit immédiatement de la formule(6).
PROPOSITION 5.3. - Un processus
stochastique
n : X * -~[0, 1]
estune chaîne de Markov