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Document 4. Le militantisme comme élément de prise de conscience du débat sur la restitution des objets d’art.

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Texte intégral

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B. La question de la restitution des oeuvres d’art.

Quels enjeux sont soulevés par la question des oeuvres d’art aux États africains?

Document 1. Un discours présidentiel mettant le débat sur la restitution des oeuvres au centre des débats

Mesdames, Messieurs,

Je voudrais tout d’abord exprimer ma profonde reconnaissance au président Kaboré et à Monsieur le Président de l’université et à vous tous, Mesdames, Messieurs, de m’accueillir ici dans votre pays, dans votre région et dans ce lieu où votre présence et vos visages me donnent une vision pleine de promesses d’avenir et qui se construit ici. (…)

54 pays, avec autant d’histoire, avec plus encore d’ethnies et de langues, avec des relations qui ne sont pas les mêmes à l’égard de la France et un passé, des traumatismes bien souvent différents. (…)

Je suis d’une génération de Français pour qui les crimes de la colonisation européenne sont incontestables et font partie de notre histoire. (…)

Restitution du patrimoine africain :

Le premier remède c’est la culture, dans ce domaine, je ne peux pas accepter qu’une large part du patrimoine culturel de plusieurs pays africains soit en France. Il y a des explications historiques à cela mais il n’y a pas de justification valable, durable et inconditionnelle, le patrimoine africain ne peut pas être uniquement dans des collections privées et des musées européens. Le patrimoine africain doit être mis en valeur à Paris mais aussi à Dakar, à Lagos, à Cotonou, ce sera une de mes priorités. Je veux que d’ici cinq ans les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique.

Ça supposera aussi un grand travail et un partenariat scientifique, muséographique parce que, ne vous trompez pas, dans beaucoup de pays d’Afrique ce sont parfois des conservateurs africains qui ont organisé le trafic et ce sont parfois des conservateurs européens ou des collectionneurs qui ont sauvé ces œuvres d’art africaines pour l’Afrique en les soustrayant à des trafiquants africains, notre histoire mutuelle est plus complexe que nos réflexes parfois !

Mais le meilleur hommage que je peux rendre non seulement à ces artistes mais à ces Africains ou ces Européens qui se sont battus pour sauvegarder ces œuvres c’est de tout faire pour qu’elles reviennent. C’est de tout faire aussi pour qu’il y ait la sécurité, le soin qui soit mis en Afrique pour protéger ces œuvres.

Le discours de Ouagadougou (Burkina Faso) d’Emmanuel Macron, 29 Novembre 2017.

Document 2. Les réactions au rapport Savoy-Sarr.

Après la publication du rapport Sarr-Savoy prônant le retour permanent des objets d’art africains volés par la France pendant la colonisation, des responsables français ont rejeté cette option. Pour cette spécialiste sierra-léonaise, ces réactions arrogantes témoignent de l’incapacité de l’Occident à reconnaître ses erreurs. (…)

En novembre était publié le rapport rédigé par le philosophe et économiste sénégalais Felwine Sarr et l’historienne de l’art française Bénédicte Savoy sur la restitution du patrimoine culturel africain que la France s’est approprié illégalement pendant la colonisation [au moins 90  000 objets d’art d’Afrique subsaharienne sont dans les collections p u b l i q u e s f r a n ç a i s e s , d o n t 4 6  0 0 0 “ a c q u i s e s ” p e n d a n t la période coloniale].

Sarr et Savoy poursuivent en montrant comment le pillage de l’art africain était indissociable du projet colonial. Le rapport raconte par exemple comment, en 1897, un directeur de musée à Berlin apprenant que l’un de ses étudiants allait participer à une expédition punitive au Cameroun avait déclaré : « On peut s’attendre à des choses très brillantes.

[Mon étudiant] est bien informé de ce dont nous avons besoin et tentera de faire quelque chose de très soigné. Les coûts seront probablement nuls. »

L’injustice inhérente de ces pratiques et leur ampleur (on estime que 90 % du patrimoine culturel de l’Afrique subsaharienne se trouve hors du continent) conduit Felwine Sarr et Bénédicte Savoy à rejeter toute solution de compromis.

Au lieu de prêts et d’expositions tournantes, ils recommandent le retour permanent des objets acquis illégalement si un pays africain les réclame. Les élites françaises n’ont pas vraiment bien réagi à ce rapport. Le directeur du musée du Quai-Branly, qui abrite plus de 70 000 objets venus d’Afrique subsaharienne, a prévenu – peut-être avec une certaine ironie – que la restitution allait “vider les musées européens”. Le ministre de la Culture, Franck Riester, a dit préférer l’idée de faire circuler le patrimoine africain plutôt que de le restituer définitivement, des propos qui faisaient écho à la récente offre du British Museum, à Londres, de prêter les bronzes du Bénin au Nigeria. De son côté, l’Élysée a préféré ne pas trancher en disant que toutes les idées – restitution permanente, prêts, expositions, échanges – seraient prises en compte.

Yarri Kamara (une spécialiste de la politique culturelle, basée à Ouagadougou, au Burkina Faso) « Restitution de biens culturels. “Chère France, ose demander pardon à l’Afrique ” », 27/02/2019.

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Document 4. Le militantisme comme élément de prise de conscience du débat sur la restitution des objets d’art.

Ce mercredi, l’activiste panafricain Mwazulu Diyabanza sera devant le tribunal de Paris. En juin, ce Congolais avait tenté de dérober un poteau funéraire tchadien au musée du Quai-Branly. Il veut ainsi protester contre l’accaparement par la France des biens culturels africains et espère faire de ce procès celui du passé colonial. Le New York Times a rencontré cet activiste.

Par un début d’après-midi de juin, le militant congolais Mwazulu Diyabanza entre au Quai- Branly, cette institution des bords de Seine qui héberge les trésors des anciennes colonies françaises. Il paie son billet. Puis, accompagné de quatre autres personnes, il se promène au milieu des collections africaines du musée parisien, lisant les cartels et admirant les chefs- d’œuvre exposés.

Mais ce qui débute comme une ordinaire sortie au musée se transforme vite en une éclatante action de protestation : pendant qu’un de ses compagnons filme son discours et le diffuse en direct sur Facebook, Mwazulu Diyabanza dénonce haut et fort le pillage de l’époque coloniale. Avec l’aide d’un autre membre du groupe, il parvient à détacher de son socle un poteau funéraire en bois provenant d’un endroit qui se trouve aujourd’hui au Tchad ou au Soudan. Les militants se dirigent ensuite vers la sortie. Mais les gardiens du musée arrêtent Mwazulu Diyabanza avant qu’il ne puisse quitter les lieux. (…) “J’ai dû acheter un billet avec mon argent pour voir des choses qui ont été volées, un patrimoine qui appartient au continent d’où je viens. C’est là que j’ai pris la décision d’agir”, nous explique Mwazulu Diyabanza lorsque nous l’interviewons début septembre à Paris. Pour lui, le Quai-Branly est “un musée d’objets volés”. Et d’ajouter :

« Rien n’interdit à quelqu’un de reprendre ce qui lui appartient quand il tombe dessus. »

d’après Farah Nayeri, Le procès de Mwazulu Diyabanza est aussi celui du passé colonial de la France, New York Times, 21/09/2020.

Document 3. Les controverses autour du musée Quai-Branly Jacques Chirac.

“Jacques Chirac, l’ancien président français qui avait soutenu l’ouverture controversée d’un musée consacré à l’art non occidental, est décédé à l’âge de 86 ans”. C’est sous ce titre que le site Internet Art News, une vénérable revue américaine consacrée aux beaux-arts, annonce à ses lecteurs le décès de l’ex-homme d’État, survenu le 26 septembre. Le musée dont il est ici question est celui du Quai Branly, inauguré en 2006 à Paris et rebaptisé dix ans plus tard musée du Quai Branly-Jacques Chirac, en hommage aux efforts déployés par l’ancien président pour qu’il voie le jour. Dans un court billet, le magazine rappelle certes la passion de Jacques Chirac pour les arts africains et asiatiques. Et cette déclaration du président lors de l’inauguration du musée dessiné par Jean Nouvel : Il n’existe pas plus de hiérarchie

entre les arts qu’il n’existe de hiérarchie entre les peuples. C’est d’abord cette conviction, celle de l’égale dignité des cultures du monde, qui fonde le musée du Quai Branly.”

“Mais presque immédiatement, des historiens de l’art et des hommes politiques ont accusé le musée d’avoir des relents colonialistes et impérialistes”, assure Art News. “Et ce dans une ville où des artistes comme Pablo Picasso avaient pu s’inspirer de masques africains pour créer un art ‘primitif’ qui a été la pierre angulaire du modernisme.” Il cite pour preuve ce propos tenu dans les colonnes du Guardian par l’historien français Gilles Manceron, spécialiste du colonialisme : “C’est comme si les autres continents étaient toujours sauvages, exubérants, dangereux, primitifs. Ce genre de vieux clichés est toujours répandu en France.”

Art News, « vu des États-Unis : Jacques Chirac et le musée du Quai Branly, un héritage controversé », Courrier International, 27/09/2019.

Des statues du royaume du Dahomey (actuel Bénin) mettant en scène la cérémonie Ato, le 18 mai 2018, au musée du Quai- Branly, à Paris. PHOTO GÉRARD JULIEN / AFP

Mwazulu Diyabanza, une statuette en main, à l’Afrika Museum à Berg aux Pays- Bas, le 10 septembre 2020.

Facebook / capture d'écran

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Document 5. La circulation des oeuvres plutôt que la restitution.

Le ministre de la Culture estime que les milliers d'œuvres africaines conservées en France devront «circuler» avec les autorités compétentes sans pour autant que cela se traduise par un transfert de propriété.

«Il ne s'agit pas de vider les musées, mais de travailler étroitement avec eux sur l'objectif de faire circuler les œuvres», déclare Franck Riester avant d'ajouter «cela ne passe pas forcément par un transfert de propriété». Le ministre de la Culture se range ainsi derrière l'Académie des beaux-arts et le musée du quai Branly, favorables à une circulation des œuvres plutôt qu'à leur restitution massive préconisée dans le rapport de l'historienne de l'art française Bénédicte Savoy et le chercheur sénégalais Felwine Sarr.

En réponse, Emmanuel Macron avait annoncé la restitution au Bénin de 26 œuvres issues des prises de guerre de l'armée française en 1892. Ces pièces font partie du catalogue des collections nationales françaises, elles sont donc protégées par des dispositions d'inaliénabilité et d'imprescriptibilité depuis le XVIe siècle par l'Édit de Moulins.

Face à ce choix cornélien, Franck Riester a estimé que «l'inaliénabilité des œuvres» était «un principe important mais, comme tout principe, il peut y avoir des exceptions et cela pourrait être le cas avec le Bénin». «Une étude juridique est en cours. S'il faut passer par une loi, nous le ferons», conclut le ministre de la Culture.

Vincent Morel, Franck Riester prône une «circulation» des œuvres plutôt qu'une «restitution», Le Figaro 02/12/2028

Document 6. Une loi d’exception.

Art.1

Par dérogation au principe d'inaliénabilité des collections publiques françaises inscrit à l'article L. 451-5 du code du patrimoine, à compter de la date d'entrée en vigueur de la présente loi, les vingt-six œuvres provenant d'Abomey conservées dans les collections nationales placées sous la garde du musée du quai Branly-Jacques Chirac, dont la liste figure en annexe à la présente loi, cessent de faire partie de ces collections. L'autorité administrative dispose, à compter de la même date, d'un délai d'un an au plus pour transférer ces œuvres à la République du Bénin.

Art.2

Par dérogation au principe d'inaliénabilité des collections publiques françaises inscrit à l'article L. 451-5 du code du patrimoine, à compter de la date d'entrée en vigueur de la présente loi, le sabre avec fourreau dit d'El Hadj Omar Tall conservé dans les collections nationales placées sous la garde du musée de l'Armée, dont la référence figure en annexe à la présente loi, cesse de faire partie de ces collections.

L'autorité administrative dispose, à compter de la même date, d'un délai d'un an au plus pour transférer ce bien à la République du Sénégal. La présente loi sera exécutée comme loi de l’Etat.

Source : Légifrance., LOI n° 2020-1673 du 24 décembre 2020 relative à la restitution de biens culturels à la République du Bénin et à la République du Sénagal Document 7. L’édit de Moulins et le principe de l’inaliénabilité du

patrimoine français.

Charles IX, comme à notre sacre, nous avons, entr’autres choses, promis et juré garder et observer le domaine, et patrimoine royal de notre couronne l’un des principaux nerfs de notre lestât, et retirer les portions et membres d’icelay, qui ont été aliénèz, vrai moyen pour soulager notre peuple tant affligez des calamités et troubles passez. Et parce que les règles et maximes anciennes de l’union et conservation de notre domaine sont à aucun assez mal, et aux autres peu connues. (…)

Le domaine de nostre couronne ne peut être lié qu’en deux cas seulement, l’un pour apanage des puisnez mâles de la maison de France ; auquel y a retour à notre couronne par leur deceds sans mâles, en pareil lestât et condition qu’était le dis domaine lors de la concession de l’appanage : nonobstant toutes disposition, possession, acte exprès ou paisible fait ou intervenu pendant l’apanage : l’autre pour l’aliénation à deniers comptant pour la nécessité de la guerre (…)

Le domaine de nostre couronne est entendu celui qui est expressément consacré, uni et incorporé à notre couronne, ou qui a esté tenu et administré

par nos receveurs et officiers par l’espace de dix ans, et est entré en ligne de compte….

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