NOTE PRÉLIMINAIRE SUR LES FACTEURS
CONDITIONNANT LA TENEUR DE L’ŒUF EN RIBOFLAVINE
J.-Cl.
BLUM, CI. CALETRaymond JACQUOT
Isabelle MACAIRE Centre de Recherches sur la
Nutrition,
Centre national de la Recherche
scientifique,
Bellevue(S.
et0.),
et Station de Recherches avicoles,
Centre national de Recherches
zootechniques, Jouy-en-Josas
(S. et 0.).SOMMAIRE
11 peut exister de
larges
écarts dans la teneur en riboflavine d’oeufspondus
par despoules
demême race recevant une alimentation
identique.
On a étudié les facteurs pouvant être mis en cause : Lapériode
de ponte nejoue
pas en dehors du mois terminal.La
place
de l’oeuf dans laséquence
de ponte n’intervient que faiblement et dans le seul cas desséquences longues.
La teneur du
régime
en riboflavine a unerépercussion
sur la teneur de l’oeuf (vitellus et albumen) :une
surchage vitaminique
conduit à unléger
enrichissement du vitellus, une ration déficiente provoque unappauvrissement progressif
de l’oeuf entier et intensifie la chute normale observée dans le vitellus en fin depériode
de ponte.La teneur en riboflavine de l’ceuf est donc essentiellement fonction des
aptitudes
propres dechaque
individu. Desanalyses
effectuéesaprès
ovariectomiepartielle
montrent la constance desteneurs en riboflavine de tous les ovocytes d’une même grappe,
quelle
que soit leur taille. Le transfert de la vitamine au vitellus constitue un processus continu et la teneur totale d’un ovocyte, blanc oujaune,
est fonction de sa masse et non de différences dans les teneurs relatives. Laplus grande partie,
sinon la totalité, de la riboflavine se
dépose
dans l’albumen au niveau du magnum sansqu’il
y ait d’enrichissement ultérieur.Plusieurs
expérience
ont étépoursuivies pendant
deux années pourpréciser
dansquelle
mesure le taux de riboflavine durégime
de lapoule pondeuse
retentit sur lateneur de l’oeuf en cette vitamine. I;es résultats initiaux montrent que cette teneur n’est pas constante chez des
poules
de raceidentique
soumises à la même alimenta- tion. Nous avons tenté de discriminer les facteursresponsables
de ces écarts.MATÉRIEL
ETMÉTHODES
Nous avons utilisé comme matériel
expérimental
despoules
Rhode XWyandotte
choisies aucours de leur
première
année de ponte,d’après
l’intensité de ponte despremiers
mois, lepoids
moyen de l’œuf et lepoids
du corps. Lesrégimes
sontcomplets
etéquilibrés,
sauf en cequi regarde
le taux deriboflavine. Ils sont distribués ad libitum.
Les ceufs sont récoltés et conservés
quelques jours
auréfrigérateur
en vue dudosage
de la ribo-flavine dans le vitellus et l’albumen par la méthode
microbiologique
de SNELLet STRONG, 1939.RÉSULTATS
ET DISCUSSION W Période dePonte.
Une
expérience
a étépoursuivie
de mars àjuin,
c’est-à-dire enpleine période
deponte ;
le second essai a été fait dejuin
à fin août en fin deponte.
Si on suit laponte
individuelle dechaque poule,
on voitqu’avec
une rationéquilibrée ( 3 , 5
mg de ribo-flavine /kg),
la teneur en riboflavine de l’oeuf demeurepratiquement
constante demars à
juin, puis
diminue brutalement dès le début dejuillet, l’appauvrissement portant
essentiellement sur le vitellus.Le
graphique
rendcompte
de ces observations.2
°
Séquence de ponte.
Les résultats
portant
sur lacomposition
en riboflavine du vitellus des oeufsappartenant
à des sérieségales
ousupérieures
à 5 oeufsfigurent
dans le tableau i.Nous
n’y
avons pasrapporté
lacomposition
des oeufs desséquences plus
courtespuisque
dans ce cas la teneur en riboflavine des oeufs estindépendante
de l’ordre danslequel
ils sontpondus.
’
Lorsque
laséquence
estlongue
on note une tendance àl’appauvrissement
duvitellus des derniers oeufs
pondus. I,’amplitude
des écarts estcependant
faible et nes’observe
qu’avec
des rations pauvres en riboflavine.Avec des
régimes hypervitaminés,
le facteur «séquence
deponte
» nejoue plus.
De son côté la teneur en riboflavine de l’albumen n’est en rien modifiée par la
place
del’oeuf dans la
séquence.
3
°
Influence
durégime.
Un
régime
déficient en vitamineB 2 ( 1 ,85
mg/kg)
entraîne unappauvrissement
lent et
progressif
de l’oeuf enriboflavine, appauvrissement qui porte
à la fois sur le vitellus et sur l’albumen etqui
s’accentue en fin deponte.
Unrégime hypervitaminé (
125 mg /kg)
conduit à un enrichissement du vitellus.Mais,
comme l’avaitdéjà
noté
ADxrA!r, 195 8,
les variations sont de faibleamplitude
parrapport
à la sur-charge
durégime.
Le tableau 2
rapporte
les teneurs moyennes calculées sur laponte
de 3poules.
On voit en outre que la teneur du vitellus diminue en fin de
ponte malgré
lemaintien du
régime hypervitaminé.
4
° Influence
individuelle.Ce sont de loin les
plus importantes.
Avec unrégime équilibré
et pour lemême mois de
ponte (mai)
les valeurs extrêmes d’individu à individu sont en [!g par g de 2,2 et6,6
pour levitellus,
de1 ,6
et5 ,6
pourl’albumen,
soit 2 et 5,2 pour le contenu total de l’oeuf.Néanmoins,
les valeurs extrêmes n’intéressent quequelques
cas, cequi justifie
le calcul de moyennes. Parexemple,
19 valeurs sur 28 sontcomprises
entre 3 et 4 yg de riboflavine par g de vitellusfrais’pour
une moyenne de 3,7 !.g calculée sur l’ensemble d’unlot’soumis aurégime
normal. Enrégime hyper- vitaminé,
la marge des écarts individuels est du même ordre.Il
apparaît
donc quechaque poule possède
desaptitudes
propres pour le trans- fert de la riboflavine à l’oeuf.5
0
Etude de Lagrappe
ovarienne.Il était dès lors intéressant d’étudier ce processus au niveau de la grappe ova- rienne. Afin de doser les teneurs en
riboflavine,
on effectue une ovariectomiepartielle
et on
prélève
des ovocytes à divers stades d’évolutiondepuis l’ovocyte
blanc d’undiamètre
moyen
de 6 mmjusqu’au jaune prêt
à êtrepondu.
Laponte reprend quel-
ques
jours après l’opération.
On récolte les oeufs pouranalyse.
Onpeut répéter
l’in-tervention et la
ponte reprendra
de la mêmefaçon.
En fin
d’expérience
toutes lespoules
sont sacrifiées et on dose la riboflavine dans lesovocytes
restant sur les ovaires. Ce travail aporté
sur 18poules
avec en moyenne 15dosages
par animal. Comme il estimpossible
ici de rendrecompte
de la totalité desrésultats,
nous nerapporterons
quequelques exemples représentatifs
de l’ensemble(Tableau 3).
On voit que:
- d’une
poule
à une autre, il existe des différences notables(du simple
audouble)
dans la teneur en riboflavine des
ovocytes
bienqu’il s’agisse
d’individus de la mêmerace soumis au même
régime (poules
100et17 8) ;
,
- par contre, ces teneurs varient peu dans une grappe ovarienne donnée
quelle
que soit la taille des
ovocytes depuis
lepetit ovocyte
blancjusqu’au
vitellus récolté dans l’oviducte.L’institution
d’une rationhypervitaminée cinq jours
avant la secondeovario- tomie montre que l’influence durégime
sur la teneur en riboflavine desovocytes
est immédiate avec tendance à la diminution ultérieure(Tableau q.).
Signalons
que cet effet se manifeste au niveau de tous lesovocytes indépen-
damment de leur taille.
6 0
Albumen.
On observe
également
une relation entre la teneur de l’albumen en riboflavine et celle durégime
surtoutlorsque
ce dernier est déficient(Tableau 5 ).
L’influence
durégime
déficient estprogressive
et dans le lot depoules qui
lereçoivent
onenregistre
en fin deponte
un véritable effondrement des teneurs de l’al- bumen.Par
ailleurs,
on trouve la mêmequantité
totale de riboflavine dans l’albumenprélevé
à la sortie du magnum et dans l’albumen de l’oeufpondu (Tableau 6.)
Ces résultats confirment les observations de
B OLTON ,
1952. Onpeut
en déduireque la
plus grande partie,
sinon latotalité,
de la riboflavine sedépose
dans l’albumenau niveau du magnum en même
temps
que lesprotéines
sansqu’il
y ait d’enrichis- sement ultérieur.En
résumé,
la teneur en riboflavine de l’oeuf est essentiellementréglée
par unfacteur
intrinsèque
caractérisant lesaptitudes
d’unepoule
donnée à transférer cette vitamine dans le vitellus et l’albumen. Lapériode
deponte
n’a que peu d’influenceen dehors du mois terminal. La
place
de l’oeuf dans laséquence
deponte
n’intervient que faiblement et seulement pour desséquences longues.
Ledegré
de vitaminisation durégime
est un facteur devariation,
maisd’amplitude
restreinte. Eneffet,
le pour-centage
de riboflavineingérée qui
est transféré au vitellus varie en raison inverse desquantités ingérées.
Le fait leplus
intéressant est la constance des teneurs en ribo- flavine desovocytes
d’une grappe ovariennedonnée, quelle qu’en
soit la valeur absolue.Ces teneurs sont celles que l’on retrouve dans le vitellus de l’oeuf
pondu.
Ledépôt
deriboflavine dans les
ovocytes
constitue unphénomène
continu bien que lespetits
et les grosovocytes
diffèrent par lacomposition
en eau, enlipides
et enprotéines.
I,aquantité
totale de riboflavinedépend
donc essentiellement de la masse desovocytes
et non d’une modification des teneurs relatives.
Reçu en Février 1961
SUMMARY
PRELIMINARY NOTE ON THE FACTORS CONDITIONING THE RIBOFLAVIN CONTENT OF THE EGG.
There may
be great
differences in the riboflavin content of eggs from hens of the same stock(Rhode Wyandotte
in their first year oflaying)
which received the samecomplete
and balanced diet. The factorsprobably responsible
for this have been studied.i) The
laying period
does not affect the riboflavin content of the vitellus, except for the last month. While the average content in the vitellus remains constant andsuperior
to 4 vg per g of freshweight during May
andJune, it drops abruptly
inJuly ( 2 , 5
yg /g.)2
)
Theposition
of the egg in the clutchplays
but aslight
part andonly
in the caseof long
Clutches. On an average, the first four eggs contain an excess of 10p. 100riboflavin in relation to the last eggs of the clutch.
3
)
The riboflavin content of the diet affects the content in the egg(vitellus
andalbumen),
anextra amount
resulting
in aslight
increase in the vitellus, a deficient dietleading
to a decrease in the whole egg andintensifying
thedrop normally
observed in the vitellus at the end of thelaying period.
4
)
The riboflavin content of the egg is thusclosely
related to the naturaldisposition
of eachindividual.
Analyses
carried out afterpartial ovariectomy
show the constancy of the riboflavin content of all ovocytes of a sameovary, in
the oocytes of a diameter lower than 8 mm(white follicles)
as well as in the case of
yellow
follicles, whatever their size. The transfer of the vitamin to the vitellus is acontinual process
independent
of the stage ofdevelopment
of the ovocytes, and their total contentis related to their weight and not to the differences in their relative contents. The greater part, if
not the whole of the riboflavin is
deposited
in the albumentogether
with theprotein,
at the time ofthe
yolk
passagethrough
the magnum. No further increase is observed.RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
ADRIAN J., 1958. Influence des surcharges vitaminiques du régime de la poule sur la teneur de l’ceuf en
certaines vitamines. Arch. Sci. Phyriol., 12, 1°7-14°.
BOLTON W., 1952. Observations on the vitamin metabolism of the common fowl. i. - The partition of free and combined riboflavin in the tissues of the laying hens. Bril. J. A!M!., 6, 7r-75!
S
NELL E. E., STRONGF. M., 1939. A microbiological assay for riboflavin. Ind. Eng. Chein. Anal. Ed.,11, 346.